TITRE : SCOTTFIELD'S LEGEND
Auteur : Marianclea
Bonjour !
Nous débutons à présent la dernière partie de cette aventure.
Merci à tous mes reviewers, mes followers, mes lecteurs anonymes.
Sans plus attendre, je vous livre la suite.
Enjoy it !
Résumé des parties précédentes :
Novembre 1875.
Suite au décès prématuré de Lord Henry Blake, son père, Castiel devient Comte de Scottfield. Vivant sur leurs terres irlandaises, le notaire de la famille, David Thomas, vient l'informer que sa nouvelle condition l'oblige à tenir son rang à Londres. Contraint et forcé, Castiel s'installe à Bryanston Square et reprend les activités de son défunt père au Gouvernement britannique. Très réservé, il ne participe pas aux soirées mondaines organisées par la haute société. Jusqu'à ce bal du Duc de Worthington en janvier 1876 où il est tenu de faire une courte apparition. Là, il y croise brièvement Dean Winchester, héritier du Comte de Kent.
Mars 1876.
Lors d'un bal du Duc, Castiel et Dean s'observent pour la première fois. Si Dean est un gentleman très porté sur la gente féminine, Castiel, lui, tente encore de découvrir son orientation sexuelle. Ce soir-là, il fait la connaissance d'Alexane de Winter, une jeune roturière dont le père Allan de Winter vient d'être anobli.
Le lendemain, Castiel rencontre fortuitement Dean à Hyde Park et réalise qu'il éprouve des sensations qu'il n'a jamais connues auparavant. Il cherche à en savoir plus, inconscient que Dean est dans le même état psychologique et s'y refuse. Surpris, Dean se conduit mal et insulte ouvertement la famille Blake ce qui provoque le départ de Castiel. Intrigué, Dean le suit dans les rues de Londres pour découvrir qu'il entretiendrait une liaison avec la jeune Alexane. Enervé et furieux, luttant contre ses propres démons, il fuit à Whitechapel, son quartier de prédilection. Lieu de débauche et de vie. Son frère Samuel vient l'y retrouver et le confronte à la réalité de ses sentiments. Ils se fâchent. Il finit par revenir chez lui où il doit affronter son père John Winchester, Comte de Kent, avec qui il est en froid depuis 18 mois.
Avril 1876, Bal de la Reine.
Dean apprend à ses dépends que son père l'a quasiment fiancé à la jeune Ruby Betsford, fille du Comte de Sussex. Sauvé in extremis par Samuel, il décide de retrouver le jeune Lord Blake auquel il doit présenter des excuses. En chemin, il croise Alexane dont il espère tirer avantage pour se rapprocher de Castiel. Cette dernière n'est pas dupe de son jeu et le dissuade de recourir à une telle méthode. Il ignore encore qu'il vient de mettre les pieds dans une intrigue qui le dépasse. Mais le fait que le Duc cherche à tout prix à les séparer l'en convainc rapidement.
De son côté, Castiel est inquiet de l'avenir de sa nouvelle amie. Pour lui, la menace est réelle. Et vu que ses recherches n'ont mené à rien, il doit se rapprocher de la jeunesse qui évolue chez le Duc, en particulier de Dean Winchester, qui lui doit des excuses pour son comportement. Lorsqu'ils finissent par se retrouver et s'expliquer, Dean décide de se joindre à lui pour régler sa dette.
Juillet 1876.
Déshérité, Dean partage désormais son temps entre son travail sur les docks et les combats clandestins. Avec les économies qu'il a réalisé, il compte s'embarquer pour l'Amérique et y refaire sa vie. Mais avant il se rend sous couvert de l'anonymat à l'hymen de Castiel et d'Alexane. Sur place, il réalise trop tard qu'il est amoureux de cet homme qu'il a fui.
En convalescence d'une blessure qui le laisse amnésique et hanté par un seul prénom, Castiel a pris la décision d'épouser Alexane qui vit sous son toit depuis quelques semaines, inconscient de l'erreur qu'il commet. Cette dernière, encore affligée, accepte pour répondre à une promesse qu'elle a faite à Dean et parce qu'elle leur doit la vie. A l'issue du contrat, elle sera libre.
Le jour de leurs noces, le destin les met de nouveau en présence d'un Dean méconnaissable. Percé à jour, il prend la fuite sans savoir que Castiel s'est effondré au sol et que les souvenirs bloqués depuis l'accident ressurgissent de sa mémoire endommagée.
Avril 1876. Londres, Lendemain du Bal de la Reine
Lors de son premier orgasme, Castiel découvre son orientation sexuelle et les conséquences désastreuses qu'elle pourrait avoir dans sa vie. Afin d'oublier, il se consacre à l'affaire Winter.
Alexane, elle, a un entretien difficile avec son père qui tente de la convaincre d'épouser le Comte de Dare. S'y opposant farouchement, le Baron décide de rencontrer le Duc pour comprendre.
De son côté, le Duc savoure les noces à venir. Mais un courrier de Lady Hunt relatif aux fréquentations de Dean enjoint ce dernier à le mettre sous surveillance.
A Whitechapel, au Barry's Pub, ce dernier se remémore sa conversation avec Castiel et l'aide qu'il lui a promise dans l'affaire "Alexane". Pour contrer les desseins de son père, il conçoit un plan impliquant son frère mais son idée est mise à mal lorsqu'il réalise que Samuel est déjà au courant de son mariage et qu'il le vit mal.
Le lundi suivant, le Duc reçoit le Baron. Il parvient à le convaincre du bien-fondé de ce mariage et étend la surveillance d'Alexane pour s'assurer de son succès. En parallèle, Dean et Castiel s'attachent à réunir des preuves contre le Duc et à mettre au point un stratagème pour sauver leur amie à la librairie Watson & Son.
Mai 1876.
A Londres, inquiet de la tournure des évènements, le Duc passe à l'offensive et convoque John Winchester pour l'informer de la déviance supposée de Dean et de sa relation avec Castiel. La réaction du Comte de Kent lui assure que le problème "Winchester" sera rapidement réglé. Puis il somme le Baron de Winter de prendre du repos et l'envoie à Cheltenham, son homme de main à sa suite.
Sur place, Dean et Castiel découvrent que ce dernier a été assassiné. Conscients des risques encourus par Alexane, ils regagnent Londres à la hâte mais arrivent trop tard sur les lieux. Dans le fiacre du retour, Castiel prend la décision de rompre le contact avec Dean, considérant qu'il ne l'a déjà que trop impliqué dans cette histoire qui n'est pas la sienne. Stevenson le prévient que Dean ne s'en laissera pas facilement conter et que tout danger n'est pas écarté concernant le Duc. En secret, il choisit de retrouver Dean et de le mettre devant ses responsabilités. Ce dernier ayant à cœur sa liberté amadoue son frère pour qu'il l'aide à retrouver la trace d'Alexane.
Les semaines ont passé sans qu'aucune recherche n'ait abouti. Lorsque Dean se présente à sa porte avec des informations capitales, il le laisse exposer sa théorie et finit par reconnaître que sa présence peut être un atout dans leur expédition.
Dans le Hampshire, le Duc prend enfin possession d'Alexane, séquestrée et droguée. Refusant sa nouvelle condition, elle s'isole dans ses pensées et finit par perdre le contact avec la réalité. Tout doucement elle sombre dans la folie.
Juin 1876.
Dean, Castiel et Stevenson se rejoignent à la gare de Charing Cross. Direction : Farnborough. Là, Samuel fait officiellement connaissance avec Castiel. Le jeu de regards échangés avec Dean le conforte dans son intuition que son frère a beaucoup d'affection pour cet homme. Pourtant, alors qu'ils se quittent, il a un étrange pressentiment.
A destination, ils découvrent que leur expédition sera plus longue et semée d'embûches que prévu. Au bout d'une semaine de recherches infructueuses, une piste s'offre enfin à eux. Après vérification, ils décident d'agir dans la nuit mais leur sauvetage tourne au drame. Castiel est gravement blessé et ils rentrent ventre à terre à Londres. C'est là que chacun réalise ce qu'il est l'un pour l'autre. Au réveil de Castiel devenu amnésique, Dean le quitte et dépose un baiser sur ses lèvres en guise d'adieu.
TROISIEME PARTIE
CHAPITRE VINGT
Juillet 1876 - Londres, Eglise Saint Giles.
- Dean !
Les yeux écarquillés, les bras tendus vers l'avant pour agripper une ombre invisible, Castiel Blake hurla son prénom. Prénom qui résonna en écho sur les murs blancs de l'Eglise où il venait de se marier.
Face à l'afflux brusque d'information, une violente migraine lui battait les tempes. Son esprit en effervescence. Il devait comprendre mais avant tout il devait le rattraper. Et vite. Sa vie dépendait de sa présence. Les battements précipités de son cœur ne cessaient de le lui rappeler. Ses yeux aussi. Ses orbes émeraude noyés de chagrin alors qu'il se détournait de lui avant qu'il ne sombre dans l'inconscience.
Chassant d'un revers de main les idées qui s'associaient à tout-va dans son cortex cérébral, il décida de se lancer à sa poursuite séance tenante. Se relevant tant bien que mal, il fut soudain retenu par une poigne de fer qui s'abattit fortement sur ses épaules. Tentant malgré tout de s'échapper des bras qui le maintenaient au sol, il suivit la ligne des mains jusqu'au visage de son propriétaire dans l'intention évidente de lui faire connaître son courroux. Il stoppa tout mouvement lorsqu'il vit le visage penché sur lui. Non, leurs visages. Atterrés. Tourmentés.
- P…
Aucun son, aucun mot ne franchit la barrière de ses lèvres. Maintenant il avait peur de comprendre ce que ces regards qu'ils portaient sur sa personne signifiaient. La sensation de vertige s'accrut au fur et à mesure qu'il observait sa « famille », ses amis, sa…. Sa femme. Alexane.
Cette dernière était agenouillée à ses côtés dans cette robe ivoire qu'elle s'était elle-même choisie, indifférente à tout ce qui n'était pas cet homme qu'elle avait épousé sous le regard de Dieu quelques minutes plus tôt. Son regard bleuté si semblable au sien reflétait son désarroi, sa souffrance. Son sourire éthéré ne cachait pas l'inquiétude évidente qu'elle ressentait pour lui. Il mit plusieurs secondes avant de réaliser qu'elle s'adressait à lui. Doucement. Sa voix murmurant, presque suppliante :
- Castiel, je vous en prie. Pas ici. Venez, mon ami. Rentrons chez nous.
Avec élégance, elle avait posé sa main gantée sur la sienne. Elle l'avait serrée puis elle l'avait invité à se relever en sa compagnie. La pression sur ses épaules avait diminué de concert lorsqu'il avait amorcé le mouvement.
Pour la première fois, il se laissa guider. Isolé dans sa tour d'ivoire, une seule phrase tournant en boucle dans sa tête : « Elle savait. Tous savaient. Pourquoi ? Pourquoi n'avaient-ils rien dit ? ». Respirant profondément, il lui donna le bras et lui offrit un sourire de circonstance. Il se devait de recouvrer ses esprits avant de prendre des décisions qui seraient lourdes de conséquences.
Une fois debout, appuyé sur sa canne, Alexane le conduisit vers la porte principale où les attendaient leurs invités qui les avaient laissés en tête à tête lors de l'incident qui n'avait duré tout au plus que quelques minutes. Seul Rupert Stevenson était resté à son côté. Silencieux comme toujours. Ami fidèle et bienveillant.
Samuel Winchester, lui, était revenu sur ses pas lorsqu'il avait entendu crier le nom de son frère et n'avait pu que vérifier l'absence de ce dernier auprès d'un Castiel en position assise sur le sol. Il en avait déduit que son ami avait dû être victime d'une hallucination et avait alors jeté un regard désolé et compréhensif à la jeune épouse du Comte de Scottfield et à son majordome. Concerné, il avait immédiatement offert ses services. D'un signe discret, Stevenson l'avait éconduit et l'avait invité à rejoindre le cortège nuptial pour ne pas éveiller davantage les soupçons, lui signifiant par la même qu'ils se verraient plus tard au cours de la soirée. Incertain il avait pesé le pour et le contre avant d'accéder à sa demande d'un simple hochement de tête. Il avait fait demi-tour et avait retrouvé la compagnie de sa charmante fiancée, Ruby, qui patientait tranquillement avec le libraire, Monsieur Watson.
Inconscients du trouble qui s'était produit à l'intérieur de la nef, quelques badauds et les rares invités de la noce devisaient sur le parvis de l'Eglise attendant avec fébrilité le nouveau couple. Lorsqu'ils les virent apparaître enlacés, ils les accueillirent comme il se doit avec les félicitations d'usage. A nouveau maître de lui-même, peu discernèrent l'état d'esprit réel de Castiel. Alexane quant à elle avait posé le masque de la nouvelle femme mariée comblée de bonheur. Elle remercia chaleureusement chacun d'entre eux sans qu'aucun ne perçoive sa vive douleur.
Avant de prendre le chemin de la demeure des Blake, le prêtre ayant officié avait procédé à une ultime bénédiction de leur union, les plaçant sous la protection de Dieu, comme si sa foi lui intimait que le couple qui se tenait devant lui en avait étrangement besoin. Le Comte et la Comtesse de Scottfield avaient simplement baissé la tête en signe de recueillement, réalisant à quel point cette bénédiction leur serait nécessaire pour survivre aux jours sombres qui s'annonçaient.
Main dans la main, ils avaient grimpé dans la berline aux armoiries du Comte de Scottfield, Stevenson sur le siège avant auprès du cocher. Ils avaient esquissé un léger signe de tête à l'attention de leurs invités et ils avaient disparu au coin de High Street en direction d'Oxford Street. Ils se retrouveraient tous dans la demeure du Comte où un copieux dîner aux accents méditerranéens les attendait.
A l'intérieur de l'habitacle, à l'abri des regards, les époux avaient lâché leurs mains et s'étaient assis à distance raisonnable, sans contact. Le silence était pesant. Lourd comme il ne l'avait jamais été entre eux. L'un et l'autre savaient qu'une discussion sérieuse et orageuse devrait se tenir. Et que le plus tôt serait le mieux. Leur souffrance était partagée. Elle se lisait sur chaque trait de leur visage et dans leur attitude respective de repli.
Alexane ouvrit la bouche mais elle se tut avant même de prononcer le moindre mot. Là, devant le mutisme de son mari, elle prit pleinement conscience de la gravité de la situation. Son front se plissa. Elle avait toujours su que ce jour arriverait, elle aurait juste préféré que ce ne soit pas ce jour-ci précisément. Elle souffla doucement n'ayant pas souvenance d'avoir cessé de respirer puis elle reporta son attention sur les boutiques d'Oxford Street qui défilaient à présent sous ses yeux, une unique question au bord des lèvres : « Dean, pourquoi ? Pourquoi êtes-vous revenu ? ».
A leur retour de l'Eglise, à Bryanston Square, chaque domestique était venu saluer la nouvelle maîtresse de maison, s'inclinant respectueusement et avec le sourire devant la douce jeune femme que leur employeur avait épousée. Quoi qu'on en dise, Alexane ferait une très belle Comtesse de Scottfield. Puis chacun avait regagné son poste et la journée avait suivi son cours.
Durant plusieurs heures, Castiel et Alexane avaient joué les hôtes charmants et attentionnés auprès de leurs invités cachant au maximum leur conflit intérieur. Il était hors de question d'inquiéter davantage leurs amis : Samuel Winchester et Ruby Betsford sa fiancée, Monsieur Watson et son fils Alfie, David Thomas et Rupert Stevenson, qui pour l'occasion avait délaissé son rôle de majordome. Quand bien même aucun n'était dupe de leur manège.
Epuisé par son malaise, Castiel avait dû prendre congé en milieu de soirée écourtant sa conversation fort intéressante avec Monsieur Watson qu'il appréciait particulièrement et dont l'absence lui avait cruellement manqué au cours de ce dernier mois. Amateur de poésie, il avait noté que deux auteurs dont il appréciait les écrits avaient publié des recueils au cours de ces derniers mois : Robert Browning avec son Pacchiarotto and How He Worked in Distemper, with Other Poems et William Morris avec The Story of Sigurd the Volsung and the Fall of the Niblungs. Bien entendu, il se ferait un devoir de les commander auprès du libraire et ils en discuteraient ensemble autour d'une bonne tasse de thé Earl Grey.
Avec difficulté, il avait rejoint l'abri sécurisant de sa chambre. D'un regard il avait dissuadé Rupert et Alexane qui se précipitaient vers lui de le suivre alors qu'il quittait le salon. Il avait besoin de solitude et de repos. Un repos salutaire qui lui permettrait de faire le point sur sa situation sans occire tout un chacun. Seul car il était inconcevable qu'Alexane le voit dans un état de rage et de faiblesse associé. Par réflexe, il avait fermé à double tour la porte de ses appartements. Il était hors de question qu'il soit dérangé cette nuit que ce soit par Stevenson qui ne manquerait pas de venir s'enquérir de son état de santé ou que ce soit Alexane qui solliciterait sa…
Bien assis dans son fauteuil, il poussa un soupir d'agacement dérisoire. Pourquoi avait-il fallu que tous ces souvenirs ressurgissent aujourd'hui ? Il connaissait les clauses du contrat de mariage qu'ils avaient passé ensemble et qui stipulaient que de leur union devait naître un enfant. Comment avait-il pu lui infliger cela ? En particulier après les assauts du Duc ? Sans doute qu'il lui manquait encore des données mais il était assuré d'une chose : elle avait été violentée. Physiquement et psychologiquement. Il n'oublierait jamais son attitude lorsque la détachant de ces chaînes barbares d'un autre âge, elle avait cherché par tous moyens de se défaire de son emprise, griffant et hurlant. Elle paniquait. Littéralement. Il avait dû user de sa voix grave et profonde pour l'approcher. L'approcher suffisamment pour la serrer dans ses bras, l'enveloppant de caresses et de mots doux pour l'apaiser. Il avait écouté les battements erratiques de son cœur ralentir et reprendre un rythme normal. Il l'avait alors étreint dans un geste désespéré et lorsqu'elle avait relevé son regard vers lui, il avait lu au fond de ses prunelles azurées la terreur à l'état pur. Elle était brisée. Pourquoi, mon Dieu, pourquoi ?
Petit à petit, les brumes de son esprit se dissipèrent et chaque pièce du puzzle s'imbriqua l'une dans l'autre lui donnant une vision globale du drame qui s'était noué.
XXX
Dans le salon, le départ du Comte de Scottfield avait jeté un froid sur leur petite assemblée. Chacun avait interrompu sa discussion et attendait le retour de la maîtresse de maison qui s'était absentée à l'office. A son retour, ils avaient observé sans mot dire leur hôte et son air pâle. Quelques toussotements gênés avaient mis fin au silence et Alexane relevant la tête de la table qu'elle supervisait avait décidé de crever l'abcès. Après tout, il était inutile de se voiler la face. Autant révéler ce que tous supputaient. Un regard vers Rupert l'avait conforté dans son choix. Elle se lança, la voix légèrement tremblante :
- Mes amis, j'aurais aimé vous dire que le retrait de mon époux en ce jour de noce est dû à la gravité de sa blessure et à ses séquelles mais ce serait vous mentir. Et je ne le puis… Je…
- Alexane ? l'interrogea David sentant la détresse poindre derrière les mots.
- Aujourd'hui…, commença-t-elle sans se soucier de l'interruption. Aujourd'hui la mémoire de Castiel s'est réveillée. J'ignore encore dans quelle mesure il se souvient des évènements des derniers mois mais une chose est certaine, il se rappelle de Dean.
- Alexane, vous êtes sérieuse ?... poursuivit un David blême.
- Malheureusement oui… dit-elle tout en baissant la tête.
Chacun se mura dans le silence, réfléchissant à ce que sous-tendait une telle nouvelle. Ce fut David qui reprit la parole :
- Si le médecin confirme vos propos, nous allons au devant d'un orage particulièrement violent sans parler des conséquences que notre mensonge aura sur sa personne et nos relations.
- Nous le savons Monsieur Thomas. Tous, nous connaissions les risques lorsque Dean Winchester nous a demandé de prêter serment… le coupa Rupert.
- Pour l'instant Castiel a choisi de s'isoler. Je pense qu'il a besoin de temps pour assimiler toutes les informations que son esprit vient de lui révéler. De toute manière, je prendrai contact avec le chirurgien dès lundi matin pour qu'il vienne poser un diagnostic et évaluer son état psychologique… précisa Alexane, soudain étonnamment lasse.
Se sentant faiblir, elle chercha à s'accrocher à un objet solide lorsqu'une main gracile l'avait attrapée. Soutenue et conduit vers le siège le plus proche, elle avait remercié d'un regard affable la jeune Ruby qui choisit de rester auprès d'elle tout le long de la soirée. Prévenante et douce, elle lui avait apporté une collation et lui avait conseillé de manger par petite quantité ce qui dissiperait son malaise. Elle l'avait fixée quelques instants chassant l'étrange sentiment qui venait de la saisir. Se pourrait-il que… ?
Autour d'elles, David, Rupert, Monsieur Watson et Sam discutaient à voix basse.
- Le médecin vous avait-il dit que sa mémoire reviendrait aussi brusquement ?... demanda Monsieur Watson.
- Je ne suis pas certain d'en avoir personnellement discuté avec lui. Il avait l'air extrêmement soucieux vis-à-vis de sa blessure. Mais il nous a bien dit que son amnésie pouvait être aussi bien temporaire qu'irréversible. Que seul le temps nous renseignerait. Eh bien je crois qu'aujourd'hui nous tenons notre réponse… lui répondit Rupert.
- Oui, soufflèrent en chœur les trois hommes.
- Et maintenant que faisons-nous ?... s'inquiéta David.
- Le plus simple serait d'attendre les conclusions du médecin. Nous aviserons alors… se contenta de répondre Rupert. Puis il se tourna vers Samuel qui était resté particulièrement silencieux. Monsieur Winchester, qu'en pensez-vous ?
Samuel plongea son regard vert d'eau dans les prunelles de Rupert et prit le temps de la réflexion avant d'énoncer sa pensée.
- Pour être tout à fait sincère, je partage complètement votre avis, Monsieur Stevenson. En l'état actuel, la seule chose sensée à faire est de prendre notre mal en patience. Lundi n'est pas si loin. Nous serons rapidement fixés. Mais…
- Poursuivez Samuel, je vous en prie… s'invita Alexane dans la conversation le voyant soudainement hésitant.
Ce dernier lui lança un regard incertain avant de finalement accéder à sa requête :
- Si jamais Castiel se souvient de mon frère, de ce qu'ils ont traversé pour vous sauver, je crains que notre ami n'ait l'intention de partir à sa recherche. Or nous tous ici savons que ce dernier ne veut pas être rattrapé. Et que s'il ne le souhaite pas, nous…
-… Nous ne le retrouverons pas… conclut Rupert sombrement.
- Précisément.
- Mais ce n'est pas la seule chose qui vous inquiète Samuel, n'est-ce pas ?... poursuivit Alexane qui avait reposé la tasse de thé qu'elle avait dans les mains sur la desserte près d'elle.
- Non.
- Je vois… murmura-t-elle.
Son regard dévasté et affligé se posa dans le sien et ils surent. Son cœur à l'agonie. Cette douloureuse trahison qu'elle avait acceptée en toute connaissance de cause. Ce secret qu'elle portait comme une croix, comme un devoir pour racheter ses fautes.
- Je vous admire… lui répliqua simplement Samuel.
Elle lui rendit un fin sourire de connivence. Tout était dit.
- Et si nous passions à table ?... les coupa David, le nez plongé au dessus du buffet présentant des denrées colorées et fort appétissantes. Il me semble que tous ces mets délicats et odorants nous chatouillent les papilles gustatives depuis bien trop longtemps à mon goût.
Son interruption involontaire eut pour effet de dissiper le trouble qui avait saisi l'assemblée aux derniers mots prononcés par le futur Comte de Kent, Samuel Winchester.
Une ligne fine s'incurva sur les lèvres closes de la jeune épousée. Autant jouer la mascarade jusqu'au bout. Elle se leva avec précaution et rejoignit le notaire de son mari près de la table garnie.
- Qu'est-ce qui vous tenterait le plus, David ? Aimez-vous les plats épicés ? Oui ? Alors je vous conseillerais un samoussa accompagné de….
Samuel observa Alexane guider ce dernier puis les autres convives dans leur choix en fonction de leur appétence et de leurs goûts. Il ne pouvait nier qu'elle s'en sortait plutôt bien au vu de son passé et de ses récents déboires. Si ce que son frère lui avait rapporté était vrai, il ne pouvait que louer les talents de la Duchesse de Worthington. Nul ne pourrait soupçonner derrière cette apparence soignée et précieuse que la jeune Lady Blake, Comtesse de Scottfield, était il y a six mois encore, une simple bourgeoise non rompue aux usages de la bienséance.
Détournant son regard sur la droite, il aperçut le majordome qui lui indiquait d'un léger signe de tête de le rejoindre dans le vestibule. Faisant mine de vouloir soulager un besoin naturel, il prit congé de son hôte quelques instants et le rejoignit au pied de l'escalier menant à l'étage.
- Monsieur Stevenson. Je vous écoute.
- Monsieur Winchester. J'aimerais savoir si notre accord était toujours d'actualité. Je sais que le moment peut vous sembler inopportun mais avec ce revirement… Je….
- Oui. Il tient toujours. Je ne laisserais jamais mon frère dans la misère sans réagir. J'imagine que de votre côté vous n'avez reçu aucune nouvelle le concernant.
- Non, Monsieur. A mon plus grand regret.
- Vous faites de votre mieux et votre priorité, pardon notre priorité, était la sécurité d'Alexane et de Castiel. Je vous assure que je vous suis gré de votre travail. Dean ne tarissait pas d'éloge sur vos talents et je les reconnais aussi bien volontiers.
- Merci Monsieur, tout en s'inclinant poliment.
- De grâce, pas de cela entre nous, je vous prie. Je vois votre dévouement envers cette famille, envers ces personnes à votre charge, quelles que soient les circonstances. Je n'ai pas eu la chance de connaître l'ancien Castiel mais je suis certain que c'était un homme de bien au vu de votre attachement à sa personne.
Ils se regardèrent pendant quelques minutes, se considérant avec respect. Ce fut Stevenson qui rompit l'échange et reprit la parole, sa voix à la limite du murmure :
- Pardonnez-moi mais j'aurais une question à vous soumettre.
- Je vous en prie, posez-la !
- Pensez-vous que l'homme aperçu par Lord Blake dans cette Eglise était votre frère ? Je veux dire… Il est curieux que mon maître, qui pendant plusieurs semaines ne l'a plus évoqué devant nous, le crie ainsi et à un tel moment.
- Je vous avouerais que je l'ignore même si mon cœur le souhaiterait. Je ne l'ai pas vu personnellement. Je n'ai qu'entendu la voix de Castiel s'élever brutalement et je me suis précipité à votre rencontre. Et vous, l'avez-vous reconnu ?
- Non. Je n'ai vu qu'un homme fort peu vêtu qui s'enfuyait en courant. Je pense plutôt que le bruit a effrayé le pauvre hère et qu'il a craint des représailles.
- Et Alexane ?... souffla Samuel à brûle-pourpoint.
- Je ne sais pas, Monsieur. Je n'ai pas encore eu l'occasion d'évoquer le sujet avec elle. Vous aurez pu noter que l'ambiance est assez tendue quand bien même chacun fait semblant de ne rien voir.
- Oui, j'avais remarqué. Mais cela me semble logique si Castiel a recouvré sa mémoire défaillante.
- Que va-t-il advenir à présent qu'ils se sont mariés ? Enfin, je ne devrais pas penser à cela. Mais vous comprenez ce que….
- Bien sûr... Je pense que nous sommes tous deux suffisamment intelligents pour savoir ce que cache ce mariage. Et pour vous prouver ma confiance, je vais vous révéler un secret Stevenson : Dean, tout coureur de jupons qu'il soit, n'est pas destiné à une femme. Il est amoureux. Amoureux fou d'un homme. Un homme qui j'en suis certain vient de se souvenir un peu tard qu'il a commis une erreur. Mais si j'ai tort, détrompez-moi à votre aise !
Le majordome avait écouté le raisonnement de son vis-à-vis puis l'avait fixé, muet de stupeur. Il n'avait rien à ajouter à ce que lui-même pressentait depuis des mois et que le futur Comte de Kent lui formulait à haute voix. Il finit par hocher la tête en signe d'assentiment.
- Je ne m'étais donc pas trompé à leur sujet… poursuivit naturellement Samuel. Maintenant il nous faut attendre les compléments d'information que nous produira le médecin qui a opéré Castiel. Et nous agirons. Je vous le promets, Stevenson.
- Merci Monsieur.
- Dans tous les cas, je vous assisterais. Si ma présence s'avérait indispensable, nous procèderons par la voie habituelle. Je pense que le Duc de Worthington a choisi de jouer la carte de la prudence, attendant des jours meilleurs pour récupérer son bien, donc je ne peux garantir que la famille Blake est tirée d'affaire. Ce vil personnage a, malheureusement pour nous, plus d'une corde à son arc.
- J'en suis bien conscient Monsieur et je me dois de vous remercier pour votre appui dans cette sordide affaire, au nom de mon employeur.
- Tsss. Rencontrez Alexane rapidement et discutez-en. Il nous faudra intervenir vite si jamais le Duc se décidait à nous la reprendre.
- Oui, Monsieur.
- Maintenant vous m'excuserez mais je me dois à ma fiancée et à mes futurs devoirs de pair du royaume. Je dois me retirer pour ne pas éveiller les soupçons de mon père. Vous connaissez son aversion pour votre maître qu'il estime en partie responsable de la déviance de Dean.
- J'avais cru comprendre, Monsieur.
-Venez. Le devoir nous appelle.
Samuel Winchester retourna sans plus attendre vers le salon et sa charmante compagne pour prendre congé de la charmante Lady Blake.
Une main posée sur la balustrade, Stevenson avait levé un regard préoccupé vers l'étage supérieur. Il avait amorcé un pas vers la première marche lorsqu'il décida de ne pas monter plus avant. Le Comte avait été clair sur le sujet. La boule au ventre, il fit demi-tour et rejoignit les autres convives.
XXX
A l'intérieur, les discussions allaient bon train et tous semblaient avoir retrouvé un peu de gaieté.
Alexane devisait avec un Alfie, apparemment aux anges d'être à côté de cette jeune personne qu'il affectionnait tout particulièrement. L'apercevant, elle lui glissa un rapide regard pour le rassurer et reprit sa conversation l'air de rien.
Un peu plus loin, Ruby, Samuel et Monsieur Watson s'entretenaient des inventions présentées lors de la Centennial Exhibition of Arts, Manufactures and Products of the soil and minequi se tenait actuellement à Philadelphie, aux Etats-Unis d'Amérique, et dont les quotidiens londoniens ne parlaient presque jamais.
Ce n'est que vers les vingt-trois heures trente qu'ils furent enfin seuls. Le dernier invité à prendre congé fut le notaire de feu Lord Henry Blake : David Thomas. Secondé par Rupert, Alexane l'avait raccompagné jusqu'à la porte d'entrée où il lui avait lancé un dernier regard embrumé par les vapeurs de l'alcool. Sa voix plus grave qu'à l'accoutumée, il lui avait glissé, un franc sourire coquin sur les lèvres : « Et amusez-vous bien ! Qu'un petit Blake voit bientôt le jour ! ». Puis il s'était détourné en sifflotant. Il avait descendu en zig-zag les marches du perron et avait grimpé sans se blesser dans la berline qui le reconduirait jusqu'à sa demeure.
A ses côtés, la nouvelle Comtesse de Scottfield s'était statufiée. Son expression et son corps crispés sous l'effet de la blague grivoise de son ami. Elle n'eut pas conscience d'avoir retenu sa respiration avant que le majordome ne pose sa main sur son avant-bras pour la guider vers l'intérieur. Alors qu'elle le suivait machinalement, elle réprima à grand peine le tremblement qui la saisit.
- Madame ?... s'enquit ce dernier devant sa faiblesse évidente.
- Ce n'est rien, Rupert. Un peu de fatigue, voilà tout. La journée aura été riche en émotions. Mais vous noterez que j'ai suivi vos conseils et que je me suis alimentée correctement…sourit-elle malgré tout.
- Je… commença-t-il.
- Oui Rupert. Je sais.
- Plaît-il Madame ?
- Rupert, je ne suis pas une aristocrate de naissance. Je n'ai pas l'arrogance de ces femmes qui se croient tout permis parce qu'elles sont bien nées. Alors oui je sais que nous devons parler. Que cette conversation est même vitale dans ce qui nous occupe actuellement. Me trompé-je ?
- Non. Seulement, dans votre état, peut-être vaudrait-il mieux attendre demain que vous vous soyez reposée ? Voilà ce que j'allais vous dire, Madame.
- Rupert, vous êtes toujours si prévenant envers ma personne. Personne qui ne vous cause d'ailleurs que de l'embarras. Venez, allons dans mon boudoir. A cette heure-ci, nous serons tranquilles pour évoquer notre avenir.
- Bien, Madame.
Ils montèrent à l'étage et rejoignirent silencieusement ses appartements. Il ne dit rien mais son extrême pâleur le tourmentait. Quelque chose clochait. Son intime conviction lui soufflait que des évènements funestes s'annonçaient. Il fut tiré de ses pensées par la voix douce et lasse d'Alexane qui s'était assise de profil face à lui, la petite lampe de chevet allumée éclairant ses traits à contre-jour.
- Allez-y Rupert. Que vous a dit Samuel Winchester ? Ou plutôt que vous a-t-il demandé ?
- Je… bafouilla-t-il, pris au dépourvu.
- Ne soyez donc pas si surpris…le coupa-t-elle brusquement sans se retourner. J'étais à ses côtés. Mais vu votre confusion, je vais vous épargner cette question : est-ce Dean qui s'est présenté à nous sous un déguisement ? La réponse est oui.
- Mais comment ? Pourquoi n'avoir rien dit ? Je…
- Pourquoi ? Vous osez me demander pourquoi Rupert ?... s'emporta-t-elle, se levant dans le même temps pour cacher sa détresse. Castiel s'était effondré, j'ai à peine eu le temps de le rattraper pour éviter qu'il se blesse davantage. Je n'étais sûre de rien à cet instant puis j'ai relevé mon regard sur cet homme qui ouvrait la porte à la volée et s'enfuyait. Son allure m'était familière. Puis je l'ai entendu. J'ai entendu mon époux le murmurer : « Dean ! ». Ce prénom qui m'a souvent poursuivi pendant ces nuits de cauchemars où je me débattais seule, sans son épaule pour me rassurer. Alors j'ai su. Et mon cœur s'est arrêté de battre.
- Madame… tenta-t-il en vain, trop troublé pour interrompre les confessions de sa nouvelle maîtresse.
Alexane, elle, était incapable de taire plus longtemps sa douleur. Surprenant le majordome, elle s'agenouilla devant lui et releva son visage baigné de larmes poursuivant à voix plus basse :
- Sachez Rupert que je l'aime. Oui, je l'aime. Depuis notre première rencontre. Même si je viens seulement de comprendre qu'il ne m'aimera jamais comme je l'aime, moi. Il me l'avait dit pourtant. Mais par commodité, je n'ai pas voulu voir les signes...
Elle s'interrompit pour reprendre son souffle et son regard se perdit dans les méandres de ses souvenirs. Sa voix se fit murmurante alors qu'elle reprenait le cours de son récit :
- Lorsque Dean Winchester s'est approché de moi pour lui parler à ce Bal, je n'ai pas vu autre chose qu'une simple et banale rencontre. Lorsqu'ils se sont associés pour me sauver, je n'ai pas vu autre chose qu'une forte amitié. Lorsqu'ils m'ont délivrée des sbires du Duc, j'ai cru que Castiel avait de l'affection pour moi et que c'est ce qui avait motivé ses actes et que Dean étant son ami, il s'était joint à lui. A notre retour de l'enfer, lorsque j'ai surpris Dean auprès de lui, toutes ces nuits, hagard mais en vie, j'ai vu au-delà. Au-delà de ce lien profond qu'ils partagent. Même si je ne pouvais m'y résoudre. Et puis Castiel s'est réveillé. Amnésique. Dean m'a alors fait promettre de garder le silence sur cet aveu qu'il m'avait fait et que je vous révèle à cet instant. Dean m'a fait promettre de veiller sur lui, à sa place. Il partait. Il nous quittait pour nous protéger. J'ai obéi. Parce que mon devoir envers ces deux hommes dépasse tout entendement. Je leur dois la vie. Mon honneur m'oblige à respecter et tenir ma promesse. Avec son départ, j'ai cru que Castiel se tournerait enfin vers moi. Les semaines ont passé et il ne mentionnait plus Dean. Naïvement, j'ai gardé espoir. Dean avait disparu corps et biens. Jusqu'à ce jour où mes rêves viennent de se briser sur l'autel des illusions parce qu'il a rompu sa promesse et s'est approché de nous à nouveau. Alors oui, nous sommes mariés, Castiel et moi... Mais ce n'est qu'un simple acte notarié. Son aveu inconscient vient de me le prouver. Castiel n'a que Dean dans le cœur. Je n'ai nulle place dans sa vie. Je ne suis qu'un obstacle à leur bonheur. Je…
Elle se tut torturée dans son âme et dans sa chair en mille morceaux.
La gorge nouée, Rupert l'avait écoutée se délivrer de son fardeau, témoin impuissant de cet amour à sens unique. Il n'avait rien à répondre. Aucune parole réconfortante à lui donner pour soulager sa peine. Elle devait faire le deuil de cet amour avorté. Il la plaignait. Elle ne méritait pas ces souffrances.
Il fit alors la seule chose qui lui vint à l'esprit, rompant l'espace qui séparait habituellement employeur et employé. Il la prit et la serra dans ses bras en un geste de pure tendresse, désintéressé. Il sentit ses larmes se déverser sur son costume, le traverser et mouiller jusqu'à sa chemise. Il perçut ses sanglots qu'elle contenait à grand peine. Il caressa son dos et la berça comme une enfant. Il la sentit se détendre contre sa large poitrine, ses sanglots s'espacer et s'arrêter. Son souffle irrégulier reprit progressivement un rythme normal, quoique légèrement plus lent, et il s'amusa à penser que sa jeune maîtresse venait sans doute de s'assoupir sous le coup du chagrin. Il l'écarta avec douceur et il ne fut pas surpris de voir qu'elle avait enfin rendu les armes.
Il la porta jusqu'à son lit sans la déshabiller, lui retirant uniquement ses chaussures et lui délaçant sa veste pour que sa respiration ne soit pas gênée durant la nuit. Il aurait dû sonner Martha pour la dévêtir complètement mais il était inutile de la réveiller. Ces quelques heures, elle en avait besoin. Son corps en avait besoin. Son âme aussi. Peu importe sa tenue.
Avec un regard bienveillant, il attrapa le plaid qui était disposé sur une chaise près de sa couche et l'en recouvrit délicatement. Il éteignit la lampe de chevet et prit le chemin de ses propres quartiers. Il ne s'arrêta pas devant les appartements de Lord Blake quand bien même il y perçut de la lumière.
Demain ne présageait rien de bon. Pour aucun d'entre eux.
XXX
A la nuit succéda le jour.
Castiel n'avait pratiquement pas dormi, son esprit enfiévré dévoré par ses réminiscences qui s'imposaient à lui. Dans la douleur. Dans la violence.
A l'aube, sa décision était prise. Il patienta jusqu'à la demie de sept heures et se leva légèrement chancelant de ne pas avoir pris de repas copieux depuis l'avant-veille. Il se débarbouilla observant son reflet abîmé dans le petit miroir de sa chambre.
Puis il descendit à la cuisine où ses domestiques à l'exclusion de Rupert prenaient leur premier repas en commun. Il ne dérogea pas à son habitude et s'assit au milieu d'eux. Il perçut leurs regards intrigués et clairement inquiets posés sur sa personne et il finit par leur répondre un peu sèchement que « tout était en ordre. Que sa nouvelle vie ne changerait pas ses habitudes ». Aucun n'avait répondu. Ils avaient tous baissé la tête dans leurs bols et continué leurs repas sans un mot.
Il se rendit ensuite dans son bureau où il rédigea un pli urgent à l'attention de David. Dans cette missive, il exprimait sa volonté de le voir sur le champ pour régler une affaire d'importance. En notant ces mots, il savait que dans une heure tout au plus, ce dernier serait dans sa demeure. Dans l'intervalle, il aurait réuni son majordome et Alexane dans le salon privé. Ils lui devaient une explication.
Cette dernière s'était réveillée couverte de sueurs, son plaid à moitié par terre. Elle avait avisé sa position et constaté avec horreur que ce n'était point une de ses hallucinations mais la triste réalité. Elle avait porté sa main gauche à ses yeux et y avait vu l'anneau d'or la liant sa vie durant à un homme qui ne la considèrerait jamais plus que comme une amie, une amie très chère. Qu'avait-elle fait ?
Avec précaution, elle avait quitté sa couche sans un regard de plus sur sa tenue et son corps en piteux état. Les cheveux en bataille, une mine défaite, des yeux encore légèrement gonflés et rougis, des douleurs latentes dans l'estomac lui confirmèrent que de nouvelles nausées ne tarderaient pas à apparaître. Et malgré la lenteur de ses mouvements, elle n'y couperait pas. Tout comme elle n'échapperait pas à sa conversation avec Castiel.
Mais avant cela, elle se devait de remercier Rupert pour sa discrétion et sa compréhension. Elle se doutait que le majordome avait fait le nécessaire pour qu'elle ne soit pas dérangée. Hier, elle aurait dû célébrer sa nuit de noces. A la place, elle avait pleuré sur ce qui jamais ne serait dans les bras d'un homme qui aurait pu être son père. A aucun moment il ne l'avait jugé. Il était resté près d'elle, silencieux, la réconfortant avec des gestes plus efficacement qu'avec des mots.
Elle finissait de s'apprêter lorsqu'on avait toqué à sa porte. Elle avait invité Martha à la rejoindre et fut décontenancée par la présence imprévue de Rupert dans son dos. Lui, toujours si impeccable, semblait soucieux. Soucieux et fatigué. Que se passait-il ? Pourquoi venait-il de si bon matin ? Castiel était-il… ?
Faisant fi de sa stupeur, ce dernier s'inclina poliment et lui présenta ses hommages :
- Bonjour Madame. Monsieur le Comte souhaite vous entretenir dans le petit salon d'ici une heure.
- Bonjour Rupert. Très bien. Dites-lui que j'y serais.
- Bien, Madame.
Il s'inclina de nouveau et revenait sur ses pas lorsqu'elle lui lança :
- Y êtes-vous convié également ?
Elle vit le corps du majordome se tendre quelques secondes puis elle l'entendit répondre sourdement :
- Oui, Madame.
- Soit. Je suppose que cet entretien fait suite à notre arrangement… Merci, Rupert.
Un dernier signe de tête et il franchit le pas de la porte la refermant doucement derrière lui. A aucun moment, il ne l'avait regardé dans les yeux. Avait-il peur d'être renvoyé ? Castiel aurait-il l'audace de le faire alors qu'il l'avait toujours sauvegardé ?
Elle s'affaissa brusquement sur le siège de sa coiffeuse, de violentes douleurs ventrales la cisaillant de part en part. Ses nausées avaient un soudain regain de vigueur, signe de sa profonde anxiété. Elle attrapa la cruche à sa portée et se saisit du verre dont elle disposait pour la nuit lorsqu'elle était souffrante. Elle le remplit à ras-bord et le vida d'une seule traite manquant de s'étouffer tant la douleur était puissante.
Elle se devait de se ressaisir. Elle défendrait Rupert face à Castiel et si elle devait partir pour satisfaire sa colère, elle s'en irait. Mais jamais elle n'abandonnerait le majordome de la famille Blake. Le regard clair et déterminé, elle se leva encore vacillante et descendit dans la bibliothèque où elle continua l'ouvrage qu'elle avait parcouru quelques jours plus tôt, une collation à portée de main.
Une heure plus tard, ils se rejoignirent dans le salon. David Thomas venait d'arriver, encore essoufflé d'être parti si précipitamment de son domicile. Son visage cireux, ses traits tirés indiquaient que sa nuit n'avait pas dû être particulièrement bonne, comme aucun d'eux d'ailleurs. Après les politesses d'usage, ils conversèrent de la pluie et du beau temps, évitant délibérément l'objet de leur convocation, jusqu'au moment où Castiel fit enfin son apparition.
Ce dernier avait le visage fermé des mauvais jours : ses lèvres étaient pincées en un rictus sévère, ses yeux aux reflets océaniques avaient pris une teinte foncée et électrique. Quant à son attitude générale, elle laissait transparaître son état d'esprit contrarié et la fureur rentrée qui coulait dans ses veines. Distant. Impassible. Un Lord anglais dans toute sa splendeur. Tel était-il en ce matin de juillet.
Et à sa vue, chacun des protagonistes ressentit un étrange frisson d'appréhension le saisir. Une vague froide et mouvante glissant le long de la colonne vertébrale pour lui signifier le danger.
Instinctivement, chacun se sentit viser. Et à juste titre. Ils avaient voulu le protéger. A leur manière. Du Duc. De lui-même. De cet amour qui ne portait pas encore son nom. Ils avaient préféré obéir à un homme qu'ils ne connaissaient pas ou si peu plutôt que suivre leur intime conviction. Et aujourd'hui, ils allaient devoir payer leur méfait, leur couardise. Castiel ne lâcherait rien.
Dans un premier temps, Lord Blake décida de ne pas lancer le débat désirant délivrer son message à travers son comportement menaçant. Avec application, il les fixa de ses yeux perçants s'abreuvant de leurs craintes grandissantes. Les condamnant d'un regard métallique « vous m'avez mystifié, vous avez perdu, vous paierez ».
Le silence déjà lourd de non-dits devint pesant. Dans ces conditions, aucun ne désirait prendre la parole et risquer les foudres du Comte de Scottfield qui n'attendait qu'un mot de leur part pour laisser libre cours à son évident et implacable courroux.
Et ce fut David Thomas qui à bout de patience, sa nuit courte jouant immanquablement sur son humeur, se jeta dans la gueule du loup quitte à tout perdre :
- Castiel, écoute-moi. Je sais que tu dois te poser des questions sur notre silence. Ta colère est compréhensible et justifiée. Mais sache que sur le moment, nous avons agi au mieux de tes intérêts, pour régler une situation d'urgence.
- Vraiment ?… lui répondit vertement celui-ci.
- Oui…lui confirma sans une once de remords son avoué.
La tension était déjà palpable mais cet aveu la fit encore grimper d'un cran. L'air autour d'eux sembla soudain s'être raréfié et lorsque la voix tranchante et glaciale de Castiel s'éleva, il n'y eut plus d'échappatoire. La sentence serait sans appel.
- Bien. Monsieur Thomas, puisque vous pensez avoir agi au mieux de mes intérêts, je vais aussi agir en conséquence. Puisque notre dernier entretien au sujet de ma vie privée ne vous a, semble-t-il, pas servi de leçon, je vais prendre de nouvelles dispositions. A compter de ce jour, je vous retire le placement de mes fonds. Je désignerai sous peu un nouvel avoué qui se rendra à votre étude où vous lui remettrez tous les documents afférant à ma famille. D'ici là, je ne veux plus avoir à faire avec votre personne. Par respect pour mon défunt père qui vous appréciait beaucoup, je m'en tiendrais là même si ma colère me pousserait à poursuivre plus avant.
Choqué par ses propos, David dut s'appuyer sur le dossier de la chaise haute à sa portée. Il devait se défendre. Leur démarche était mal comprise. Le fils d'Henry ne pouvait pas le rejeter ainsi. Il allait répliquer lorsque la voix sifflante de Castiel s'adressa non plus à lui mais à son majordome qui se trouvait un peu plus sur sa gauche auprès d'Alexane :
- Monsieur Stevenson. A votre tour. J'avoue que votre trahison m'affecte beaucoup. Vous, toujours si fidèle depuis ma plus tendre enfance, comment avez-vous simplement pu imaginer que je serais dupe une seule seconde ? Nous n'avons jamais eu besoin de beaucoup de mots pour nous comprendre toutes ces années. Et pourtant… Pourtant vous m'avez trahi. Vous connaissiez l'objet de mon affection alors même que je n'en ai jamais soufflé mot à âme qui vive et vous l'avez chassé de ma vie sans m'en avertir ? Je…
Castiel s'interrompit quelques secondes en proie à un conflit intérieur. Cette blessure de l'âme et du cœur le fatiguait. Ces mots qu'ils prononçaient à leur encontre le déchiraient mais ils se devaient d'être dits. Il devait connaître la vérité, aussi odieuse soit-elle, pour avancer. Se reprenant il poursuivit les traits durs :
- Je ne sais pas ce qui me heurte le plus : vous que je considère davantage que je ne le devrais ou l'homme de loi de mon père dont je pourrais éventuellement entendre les arguments ? Mais vous ne me laissez guère le choix. Je vous rends votre liberté et vous ordonne de quitter mon domicile demain à la première heure. Vos gages seront acquittés dans la soirée. Cependant, eu égard aux services rendus à ma famille, je vous produirais une lettre de recommandations qui vous ouvrira sans problème la porte d'autres logis. A défaut, votre réseau vous aidera certainement à vous reconvertir. A présent, je vous prie de disposer.
Le regard baissé, Rupert n'avait pas prononcé le moindre mot. Il accepta la sentence comme la juste punition qu'elle était. Il n'y avait rien à dire. Rien à ajouter. Castiel avait toujours été parfaitement clair sur la probité qu'il exigeait de ses employés et en omettant de lui parler de Dean et de sa promesse, il avait enfreint et brisé les règles fixées par son employeur. En une ultime marque de respect, il s'inclina devant cet enfant maigrichon et craintif devenu un Lord responsable et avisé qui l'expulsait de sa vie, cet homme qu'il aimait comme s'il était né de sa chair. Ce soir, il donnerait ses ultimes conseils aux autres domestiques et demain…Demain serait un autre jour. Le cœur serré, il fit demi-tour et se dirigeait déjà d'un pas lourd vers la porte lorsque la voix d'Alexane s'éleva brusquement dans son dos le stoppant dans son mouvement :
- Castiel, non !
Les yeux noirs, la respiration haletante, ce dernier se détourna d'un bloc de l'homme qu'il venait de renvoyer et qu'il suivait du regard pour reporter son attention sur Alexane. Comment osait-elle s'élever devant sa volonté ? Comment osait-elle se dresser face à lui alors même qu'elle était aussi responsable qu'eux de cette situation ? Le peu de maîtrise qu'il conservait encore vola en éclat à son intervention. Se moquant bien d'être entendu par d'autres membres de sa domesticité, il lui cracha tout ce qu'il avait sur le cœur, déversant sur elle ce poids qui l'étouffait à en crever :
- Pourquoi ? Pourquoi devrais-je vous écouter ? Qui êtes-vous pour me dire ce que je dois faire ?
La réponse qu'elle lui opposa en retour le scia, désespérant d'une cruelle vérité :
- Votre femme. Ne vous en déplaise. Et à ce titre, je suis en droit de m'opposer au remerciement de Messieurs Thomas et Stevenson.
- Ma femme, oui ! Parlons-en ! Depuis quand complotiez-vous avec ces deux-là ?...indiquant d'un geste brusque les susnommés.
Mortifiée, Alexane sentit les battements de son cœur se précipiter et un puissant malaise la saisir. Dans un geste gauche, elle se maintint comme elle put contre le canapé qui était derrière elle, s'accrochant à lui pour ne pas sombrer. Définitivement. Dans son esprit, un seul leitmotiv : « Elle ne devait pas s'écrouler. Pas encore. Elle devait les sauver, coûte que coûte ». Respirant profondément, elle prit soin de bien peser chaque mot avant de les énoncer.
- Vous pensez vraiment ce que vous dites, n'est-ce pas Castiel ?
- …
- Votre silence est éloquent. Soit. Vous nous condamnez tous trois pour avoir agi au mieux de vos intérêts. Peut-être était-ce aussi les nôtres, je vous l'accorde. Mais avez-vous seulement songé que Dean Winchester aurait pu vouloir tout ceci ?
- Pardon ?... lui rétorqua Castiel, la tête légèrement inclinée, signe de son intérêt.
- Vous m'avez parfaitement entendue, Castiel. Vous désirez la vérité, je vais vous la dire.
- Non… s'écrièrent Stevenson et David d'un même élan.
- Je la lui dois. Peu importe ce qu'il en découlera… leur lançant un regard déterminé qui les dissuada d'intervenir à nouveau.
Prenant sur elle, elle s'approcha à pas lents de sa personne et lui souffla à l'oreille, une main posée sur son avant-bras :
- Dean vous aime, Castiel. Et par amour, il a choisi de vous quitter. Pourquoi ? Parce que votre vie était en danger. Votre survie incertaine suite à votre blessure. Ensuite parce que sa propre existence a pris une tournure désastreuse. Je n'étais pas présente lorsque Dean a appris que son père l'avait déshérité mais il m'a été rapporté qu'il n'avait pas dit un seul mot. Il est juste resté là, reprenant sa veille silencieuse près de vous. Puis lorsque votre état de santé s'est stabilisé, il est venu nous trouver. Un par un. Et contre toute attente, il a exigé une promesse : celle de ne rien vous dire sur sa situation et encore moins sur les sentiments qui l'animait. Lorsque vous avez enfin repris conscience, amnésique, il y a vu un signe du destin. Se considérant dès lors comme un obstacle à votre bonheur et à votre sécurité, il a vidé les lieux nous laissant la charge de vous entourer de notre affection. Il ignorait simplement que son nom était le seul souvenir que vous ayez des évènements. En secret, nous avons décidé de contacter son frère Samuel Winchester pour qu'il nous apporte un appui dans nos recherches. Nous connaissions le lien puissant les unissant. Malheureusement toutes nos entreprises se sont révélées vaines et votre mémoire ne se réveillant pas, aucun d'entre nous n'a eu le cœur de briser la promesse arrachée. Maintenant, vous savez tout Castiel. Libre à vous de nous juger. En votre âme et conscience.
Soudainement vidée de toute énergie, elle se recula de quelques centimètres pour observer les traits de son visage chiffonnés par ces révélations pour le moins inattendues puis elle ajouta le souffle court :
- Une dernière chose encore et j'en aurais enfin terminé avec ceci. Mon père, paix à son âme, m'a appris que la colère était souvent mauvaise conseillère. J'ose donc croire que vous saurez reconsidérer votre position. Pour votre propre bien. Toutefois, si demain vous estimez que nos décisions entachent à jamais nos rapports futurs, vous n'aurez qu'à prendre les dispositions qui s'imposent pour dissoudre ce mariage qui de toute façon ne sera jamais consommé. Mais je vous conjure de garder près de vous ces messieurs qui n'ont à cœur que votre vie.
Assurée d'avoir été écoutée, elle le lâcha, lui fit une rapide révérence et lui jeta un regard au moins aussi glacial que le sien. Puis elle se retira avec dignité, sans autre cérémonie, adressant au passage un discret signe de tête aux deux autres hommes restés silencieux durant leur altercation.
Quoi qu'il advienne à présent, elle aurait tenté le tout pour le tout…pensa-t-elle.
Elle n'atteignit jamais la porte du salon. Sous le poids conjugué de la souffrance et de la peine, elle s'effondra sur le tapis, sans un bruit, sous le regard effaré des trois hommes qui se précipitèrent à sa rencontre, oubliant leur querelle pour se porter à son secours.
- Alexane !
- Madame !
XXX
Voilà c'en est fini pour aujourd'hui.
Dans le chapitre suivant : Castiel part à la recherche de Dean. Comme je travaille déjà sur la suite, elle devrait arriver dans deux voire trois semaines maximum.
Au plaisir de vous lire.
Marianclea
