-Non, merci. Je ne crois pas que Léo en ait envie.
Je remerciai toutes les entités célestes quand Greg ajouta en pointant son doigt en direction de Raphael.
-Tu ne devrais pas forcer Léo à faire ce qu'il n'a pas envie de faire. J'ai entendu parler de toi. Il étouffe, c'est évident. Si tu continues, il te quittera pour de bon. Tu ne le traites pas comme il le mérite.
Je vis l'expression de Raphael passer par toutes les couleurs. Il ouvrit la bouche, la referma, je vis bien qu'il ne se contenait que par ma présence et non, parce que nous étions sur un trottoir. Je devais intervenir.
-Bon, nous allons y aller. On se recroise peut-être un jour, Greg!
Je tirai avec frénésie Raph qui ne voulait pas bouger, les poings serrés et les yeux fixes vers le sol.
Son attitude alors me rappela quelque chose. Ce fameux jour de St-Valentin ou il avait, par la faute de Mikey, brisé ma tasse. Un air d'enfant grondé injustement. Un enfant intimidé sur une cour d'école, une fois de trop. Mon instinct de protection me fit voler à son secours.
-Greg, je dois mettre les choses au clair, si nous nous revoyons. Je suis avec Raphael. Je l'aime. Et c'est très sérieux entre nous.
Greg avec un air blessé se retourna et parti. Je mis mes mains autour des épaules de Raphael qui tremblait de rage contenue.
-Raph, partons, stp. Je ne reverrais pas ce garçon.
Il hocha la tête silencieusement et emboita le pas. Rendu dans la voiture, je lui dis :
-Je sais Raph que tu as voulu me faire plaisir en l'invitant, mais tu n'as pas à faire cela. Je suis heureux avec toi, d'accord?
-Don a dit…
-Je me fiche de ce qu'a dit Don. Il ne m'a pas encore psychanalysé
-Est-ce que c'est vrai?
-Quoi? Que je ne le reverrai plus? Bien sûr.
-Non, que tu m'aimes? Et que tu es heureux avec moi?
Je réfléchi une seconde pour donner plus de force à ma réponse.
-Raphael. Je ne te mentirai pas en disant que tout est rose dans notre relation. Mais, quand tu es parti, je me suis aperçu que tu me manquais et que sans ta présence et ton amour, je me sentais vide. Je crois que j'ai vraiment envie de mettre des efforts pour que cela fonctionne entre nous. J'ai compris que lorsque je te repousse ou que je remets en question notre relation, cela n'amène que du négatif. Je crois que pour des raisons de code moral comme la hiérarchie, l'homosexualité ou l'inceste, même si ce n'est que figuré, j'ai repoussé mon attirance pour toi. Je ne crois pas que j'aimais tant Karai que cela. Je crois que ce n'était que pour me mentir à moi-même. C'est comme Elizabeth. Une autre échappatoire. Je crois que j'ai été rétif car ça été si soudain. Tu ne m'as pas vraiment courtisé, tu sais? Je me souviens encore des journées avant cette réunion dans le dojo. Tu m'as donné du fil à retordre. Tu as questionné mes ordres encore plus que d'habitude. La veille même tu étais rentré complètement ivre, à 4h du matin et couvert de sang. Mais ce n'était pas le tien. Tu n'avais pas répondu à ton T-Phone de la soirée et tu ne nous avais pas dit où tu étais. Je suis sorti, je t'ai cherché, sans succès. Le matin, j'avais prévu te donner le sermon du siècle. Mais, Sensei nous a convoqués. Maintenant que j'y repense, j'avais été surtout énervé car tout le monde agissait comme si quelque chose d'imminent arrivait et qu'on me laissait hors du coup. Don ne sortait pas de son lab. Mikey de sa chambre. Sensei méditait toujours. J'avais l'impression que la famille s'écroulait et que c'était de ma faute. Puis, j'apprends que mes frères d'armes, que je n'avais consciemment jamais regardé d'un autre œil que fraternel allait devenir mes partenaires sexuels dans une immense orgie. Je venais à peine de m'éveiller au désir sexuel et dans ma tête cela ne demeurait qu'une fantaisie pour me réchauffer l'âme quand j'étais seul. Je ne m'étais jamais visualisé avec un homme. Ne ris pas de moi, mais je ne pensais même pas que c'était possible. Mes pensées étaient très virginales et le sexe était pour moi essentiellement un accomplissement romantique. Le faire sans amour me paraissait absurde. Et là, soudain, on me demande de m'accoupler avec mes frères. Douze heures auparavant, tu me hurlais des imprécations et des insultes dessus et là soudain, tu me traites comme si j'étais l'être le plus désirable au monde. Comprends-moi d'avoir douté de tes sentiments, Raph. Et tu vas peut-être rire de moi, car je suis l'ainé, mais je n'étais pas prêt, je pense. On m'a forcé la main et par réflexe et orgueil, j'ai combattu, tu saisis? Tu ne m'as pas laissé le temps de m'adapter. Personne ne l'a fait. Encore aujourd'hui, tu me forces la main pour beaucoup de choses. Je sais que tu penses agir pour le mieux, mais je n'aime pas cela. J'ai été le grand frère responsable toute ma vie et tu ne peux me demander de lâcher tout mon pouvoir d'un coup. J'avoue qu'il est relaxant de se laisser parfois aller. Mais, j'ai besoin de garder du contrôle sur ma vie. Sinon, je t'avoue, je panique. Je ne doute pas de tes sentiments, Raphael. Je ne suis juste pas confortable avec ta façon parfois de l'exprimer. Je n'aime pas les secrets non plus et je sais que tu ne caches des choses. Pour me protéger. Mais Raph, c'est moi qui ai été chargé de vous protéger tous. Tu ne peux me demander d'oublier mon rôle. Je sais que tu as besoin de ton espace. Moi, également. Tu détestes les questions. Je vais essayer de te faire confiance, Raphael, car je sais que tu ne me feras jamais du mal. Après tout, je suis ton frère. Mais, j'aimerais que tu me laisses entrer dans ta vie davantage. Si tu le fais, je te partagerais mes pensées. Car pour ce qui est de mes agissements au quotidien, je n'ai rien à cacher.
-Même un baiser échangé dans les salles de bain?
-Raph, il me l'a donné. Je n'ai rien fait du tout.
-Tu ne lui as pas envoyé un direct à la mâchoire en tout cas.
-Je n'ai pu réagir car Mikey est arrivé.
-Tu as accepté ce qu'il t'a donné par contre.
-Raphael, il aurait grossier de ne pas le faire.
-Non, Léo, ce qui ne se fait pas c'est de donner l'espoir à d'autres que tu es libre.
-Tu as raison, Raph. Je ne sais ce qui m'a pris. Mais je croyais sincèrement que tu m'avais quitté.
-Léo, je ne te quitterais jamais de mon plein gré.
Il se tut quelques instants puis :
-Fearless, es-tu fatigué?
-Pas vraiment, non. Je me sens en forme. Étrangement, cette j'ai passé cette journée mouvementée assez sereinement.
-Veux-tu savoir pourquoi? Parce que tu as abandonné de ce fameux contrôle. Léo. Don, Mikey et moi partageons des points communs à différents échelles. Je ne sais que nous ne sommes pas vraiment frères, mais il serait quasi improbable qu'ayant passé ton entière existence avec nous, tu sois différent. La seule chose qui selon moi te différencie est ta maitrise de soi. Don m'a expliqué. Notre cerveau reptilien est demeuré avec plus de connexion que les autres. Notre instinct est donc plus développé que ceux des humains réguliers. Tu dois suivre ton instinct, Léo et te faire plaisir. La séance avec Don demain te fera du bien. Quand je lui parle, tout devient tellement plus clair…cela sera pareil pour toi, j'en suis certain…
