Avec un retard phénoménal, je m'en excuse, dû aux vacances durant lesquelles je ne pouvais écrire, d'un chapitre pas facile en raison des nombreuses révélations et que la longueur à rendu long à corriger, voici le chapitre 22 !

Pour faire une piqure de rappel, Link va se livrer aux Bublins qui veulent le soumettre à une épreuve pour venger leur chef, mais l'armée se sert de Link comme appât pour localiser leur village et leur tendre un piège afin de les éliminer une bonne fois pour toutes...


Link et son escorte se rendent au point de rencontre…

Nous étions arrivés dans la région d'Ordinn lorsque le reste de mon escorte m'abandonna, ils descendirent de leurs montures et comme prévu, un homme ne faisant pas parti de la mission attacha tout les chevaux au sien et repartit en direction du lac. J'étais le seul à être toujours à cheval, je n'étais déjà pas serein en quittant le camp, mais le fait que ceux qui avaient fait le chemin avec moi m'aient laissé, même si en vérité ils veilleraient à ma sécurité, me faisais encore plus réaliser à quel point le moment fatidique se rapprochait. Mon arrogance avait disparue en même temps que mon épée. Je me rassurais au contact de la bosse discrète que formait le poignard dans ma botte.

« Ne fais pas ça où tu risque de leur donner l'emplacement même de ta seule garantie. » me prévint un soldat avant de lui aussi s'éloigner.

Je me trouvais encore assez loin du point de rencontre, enfin pas tellement, j'étais à l'autre bout de la plaine. Cette plaine où j'avais tant risqué pour sauver Colin alors qu'il était attaché comme un vulgaire drapeau au bout d'un bâton. En apercevant les premières ruines, je m'interrogeais sur l'aspect de ce lieu autrefois, je me remémorais, le cœur battant, le duel à mort qui s'était déroulé sur le pont. Après une course poursuite effrénée je m'étais retrouvé coincé sur le pont avec le Bublin, chaque extrémités fermées par le feu. Il était là, de l'autre côté, une lueur de défi brillant dans ses petits yeux rouges et perfides. Epona s'agitait, ce n'était pas seulement de ma survie dont il était question, mais de celle de trois être vivants : moi, Colin et Epona. Je me souviens encore de ma main moite qui tenait fébrilement mon épée, mon pied hésitant, l'autre attendait que je m'élance. Une vraie joute, sauf que ce n'était pas seulement une pointe que j'allais me prendre, c'était le vide qui m'attendait, les bras grands ouverts. Après, tout s'était déroulé très vite, je lançais ma jument, j'essayais de slalomer pour éviter les cornes de son cochon mais il s'ajustait. Je me déplaçai juste avant l'impact et dans un mouvement désespéré lançai mon épée qui contrairement à ce à quoi je m'attendais n'avait pas fendue le vide. Le cochon sans cavalier s'était arrêté et les autres monstres avaient déserté face à ma victoire. J'avais pu ramener Colin à l'abri.

Je me trouvais à présent devant l'entrée du pont, une fois de plus, une chose décisive allait se dérouler sur cette construction rafistolée. Comme lors de ce fameux duel, le crépuscule prenait possession du royaume. Mais cette fois une chose différait : j'étais le seul en danger, bien sûr derrière il y avait tout une armée qui comptait sur moi pour que le plan réussisse, mais aux yeux des Bublins la seule personne pour qui je me battrais serait moi-même. L'instinct de survie dépasserait-il celui de sauver ses semblables ?

Mon cheval s'était arrêté à l'entrée et refusait de bouger, la figure des gobelins ne devait pas lui rappeler de bons souvenirs. Je donnais un coup de talon pour le faire avancer mais sa seule réponse fut de se cabrer. Je manquais de peu de tomber.

« Très bien, si tu y tiens. »

Je descendais et lui donnais une tape, il parti au grand galop dans les plaines. Je préférais encore ça plutôt que de me retrouver avec le dos brisé à force d'essayer de le faire avancer. De plus, je doutais que les monstres qui m'attendaient m'auraient laissé l'emmener. J'avais envie de toucher mon poignard pour me rassurer, je me sentais encore plus vulnérable à pied, mais me rappelais que d'ici ils pouvaient me voir. « Ne fais pas ça ou tu risque de leur donner l'emplacement même de ta seule garantie. » La voix du soldat résonna dans ma tête et m'aida à vaincre ce besoin.

Je voyais dans leurs postures et leurs regards qu'ils s'impatientaient. D'un pas le plus assuré possible, je m'engageais sur le pont.

Ils étaient trois, et malgré mon manque de matériel j'aurais parfaitement pu les tuer étant donné qu'ils étaient descendus de leur montures. Mais mon ma fierté les protégeaient, celle de vouloir vaincre à nouveau, de leur prouver que je pouvais les vaincre une seconde fois, comme une barrière invisible et indestructible. C'était en parti vrai, mais je ne me serais pas aussi sûrement lancé dans cette entreprise sans la certitude de débarrasser Hyrule de ces bandits de grand chemins une bonne fois pour toutes. L'un d'entre eux avait des chaînes dans une mains et un bandeau dans l'autre, ce qui ne m'étonnait pas une seule seconde, s'en était presque flatteur. Je valais la peine qu'il prennent la précaution de me priver de mes gestes et de ma vue.

« Te voilà, hylien.

-Oui me voilà. »

Ils rigolèrent entre eux, pas un rire amusé, plutôt celui qu'aurait un rapace s'il pouvait se réjouir ainsi, et se concertèrent un instant, puis celui qui tenait les chaînes s'avança avec un autre qui faisait jouer un poignard.

« Je pense que tu comprends qu'il va falloir nous faire confiance. » Dit celui qui tenait l'arme.

« Ce n'est pas une bonne idée, mais oui. »

Il fit un signe de tête à l'autre qui m'inspecta à la recherche d'une quelconque arme, j'essayais de garder mon calme malgré la panique qui montait de mes pieds. Grandes déesses, gardez de leur vue mon poignard.

« Tes bras dans le dos et tourne-toi. »

Le plus discrètement possible, je soufflais pour laisser le soulagement envahir mon corps. Il enroula la chaîne autour de mes bras, il n'y allait pas doucement, je sentais mon pouls battre dans mes poignets, en espérant que le sang puisse encore circuler. Il était sûr que je ne pourrais pas bouger le petit doigt. J'entendis un « clic » et il lâcha mes bras, sûrement un cadenas.

On me poussa violemment dans le dos et je tombai à terre, déséquilibré par mon manque de liberté de mouvement.

« Aïe! Mais qu'est-ce que - ?

-Tu ferais mieux de la fermer Hylien! »

Je marmonnais, si en cet instant là j'avais eu les bras libres je me serais vraiment senti de faire rater l'opération en les éliminant. L'un piquait mon dos avec son poignard pendant que l'autre me tirait la tête en arrière pour me bander les yeux, bien sûr, il n'y allait pas de main morte.

« Allez, relève-toi maintenant ! »m'ordonna t-il en me donnant un coup de pied dans les côtes.

Garde ton calme, garde ton calme. Ma botte me démangeait furieusement en cet instant. Je ne comptais pas me laisser abattre, je prenais le temps de réfléchir à la meilleure manière de me relever dans ma situation, pour essayer de sauver le peu de crédibilité qu'il me restait. Je courbais mon dos et me mettais sur les genoux avant de me relever.

« Pas mal. » Son ton était moqueur.

On me poussa jusqu'à que je me heurte à l'une de leurs montures. Je me demandais bien comment ils allaient me faire monter maintenant. Je les entendit chuchoter, mais je n'étais pas suffisamment proche pour connaître la teneur de leur conversation. Je sentis qu'on rendait à mes mains leur liberté.

« Finalement tu vas faire le chemin à pied, mais ne crois pas qu'on te laisse libre. »

En effet, il me rattacha les poignets devant et passa entre mes bras une corde. Je sentais qu'on attachait cette dernière à quelque chose, mais quoi ?

« Mais pourquoi est-ce que je ne peux pas monter ? Je suis trop lourd ?

-Absolument pas... »

Je sursautai en reconnaissant cette voix.

« Pardonne cet imprévu Héro, mais j'ai finalement décidé de me joindre à ton escorte.C'est pour cela que tu n'as plus ta place sur l'une de ces montures.

-Pourquoi !

-Nous en parlerons une fois à destination. Le voyage en lui-mêmene prendra que quelques secondes. Néanmoins... »

J'entendis un coup porté et l'objet auquel j'étais attaché parti comme une furie. C'était un cochon. En moins d'une, je me retrouve par terre. La douleur et la surprise m'ont noué la gorge. J'ai l'impression qu'on m'arrache les bras et tout mon corps est écorché, il n'y a pas de doute, je suis traîné par une bête en furie. Il faut qu'elle s'arrête, qu'elle s'arrête ! La douleur croisse, je n'arrive plus à respirer, je me sens mourir…


« Allez ! Debout l'Hylien ! Il t'attends. »

Le froid me réveille subitement, de l'eau froide, tout comme l'air. Je suis allongé sur le côté, tout mon corps me lance. J'ouvre doucement les yeux et la lumière ne se fait pas aussi abrupte que ce à quoi je m'attendais : il fait nuit. J'ai mal aux épaules, celle que je croyais enfin guérie est plus douloureuse que jamais. Je sens tout mon dos griffé au sang par mes cottes de mailles. Je crois bien que mes bras sont la partie la plus douloureuse de mon corps, j'ai l'impression qu'ils ont été déboîtés. Une lumière vive me brûle les yeux et réchauffe mon visage, on passe une torche près de ce dernier. Je me relève tant bien que mal, je sens un vide sur ma tête.

« Où est mon bonnet ?

-Pfff, j'en sais rien, t'aura qu'à demander à ceux qui t'ont amené ici, enfin, si t'es vivant d'ici là. »

Et ils ricanent. Même si ce couvre-chef ne m'offrait pas beaucoup de protection et pouvait même parfois s'avérer être une gêne, le fait de porter cette tenue sans cet accessoire me faisait le même effet que si j'avais été nu comme un vers. Mais bon, ce n'était pas comme si on m'avait retiré mes gantelets ou mes cottes de mailles, le plus important était encore en place. J'étais un peu rassuré par la sensation de l'arme dissimulée sous ma botte, je les pensais plus assidus que ça, mais ils avaient mal fait leur boulot pour ne l'avoir pas découverte. Il me firent signe de les suivre, j'étais à l'extérieur et à part quelques lumières ci et là, mon environnement était plongé dans la pénombre. Je levais la tête et distinguais une grande ombre couronnée : la Tour du Jugement, pas de doute, j'étais de nouveau dans leur village. Mon escorte avait-elle pu me suivre ? En tout cas elle n'avait « d'escorte » que le nom vu l'état dans lequel j'étais. Cela ne m'étonnait pas, en tant que bons soldats ils préféraient se tenir aux ordres et n'agir qu'en extrême nécessité. Ou bien alors… Non, il ne faut pas laisser des idées noires m'embrouiller l'esprit. Ils sont tous vivants, déjà infiltrés. Je vais m'en sortir, même si j'y crois de moins en moins, je vais vaincre une énième fois.

J'évite de regarder la flamme rassurante qui danse pour laisser mes yeux s'adapter à la nuit. Je distingue de mieux en mieux les maisons rudimentaires qui m'entourent. Leurs bases sont construites sur d'anciennes ruines, ce qui doit leur assurer une protection supplémentaire, c'est du moins ce que je devine à la vue des quelques pans de murs en pierres blanches sur lesquelles se perd la lumière de la torche. Je comprenais peu à peu l'endroit où on m'emmenait, mais pour me faire quoi ? J'avais jusque là bêtement pensé que c'était un duel à mort que l'on allait me proposer… Non, ils étaient conscients de leurs nombreuses défaites et à la fois sûrs de gagner, cela devait être autre chose, mais quoi ?

Je sentis toute ma confiance me quitter d'un coup, mon instinct de survie me hurlait de partir, maintenant, j'avais peut-être encore une chance de m'en sortir après tout. Une part peu humaine de moi flairait le danger. Le loup qui m'habitait se manifestait.

« Inutile de penser comme un animal. »

Je sursautais et cherchais qui avait pu pénétrer ainsi mon esprit, deux yeux rouges, pas petits et malicieux comme les Bublins, non.

« Il doit être un peu endormi par ailleurs, il aurait dû deviner bien plus tôt.

-Toi… »

S'en était trop, je m'élançais dans un bond souple et rapide sur lui, le poignard à la main. Son regard brilla plus puissamment et il fit glisser un objet de sa manche entre ses doigts.

« On peut le dire, tu sautes directement dans la gueule du loup. »

Cela fut d'autant plus douloureux de la force avec laquelle je m'étais élancé. Le pic s'enfonce violemment dans mon front. Je hurle de douleur tandis que mon corps entier est déformé, mes muscles froissés, mes os tordus comme du beurre. Je m'écroule, par terre, haletant. De la salive coule de ma gueule grande ouverte. Le tintement de ma lame tombant sur le sol est un son insupportable.

« Parfait, il est prêt pour notre vengeance, néanmoins, je dois d'abord lui parler un peu. »

Je sentis des dents se refermer sur mon cou mais je ne voyais rien, on me traînais comme un sac à patate par terre. Les Bublins se retirèrent. Je pouvais m'estimer heureux d'être sur du sable plutôt que de la terre, je n'avais pas besoin d'être aussi abîmé une deuxième fois. Malgré le fait d'être par terre, je reconnus rapidement la construction en demi-cercle : l'arène. De nombreuses torches éclairaient l'endroit, même si il était vide cette fois, ce n'était décidément pas ici qu'allait se dérouler leur « vengeance », j'aurais dû m'y attendre. Je regrettais de ne plus pouvoir rire de ma propre stupidité sous cette forme.

« Tu peux le lâcher. »

Je sentis avec soulagement la pression sur ma gorge se retirer et me remis immédiatement sur pattes. Je n'allais pas céder à la précipitation cette fois et jaugeait donc mon adversaire, concluant rapidement que sous cette forme je n'avais aucune chance de victoire. Du moins en face à face. Nous étions seuls au milieu de l'arène, même si je me doutais fortement que son monstre invisible se situait toujours à ses côtés. Comme si ce n'était pas suffisant, ma blessure à l'épaule se manifesta de nouveau, la caresse du vent m'était douloureuse, elle devait s'être rouverte, les blessures causées par le fait que j'avais été traîné comme un sac par terre se présentaient toujours sur mon corps canin, réduisant à néant mes chances de m'en sortir.

« Ton talent à l'épée n'a d'égal que ta naïveté, Héro loup. »

Je me mettais en position défensive et grognais, c'était ce que je pouvais faire de mieux dans ma position.

« Vois-tu, contrairement à ceux qui m'ont tout enseigné, je ne ferai pas l'erreur de te sous-estimer. »

Ceux qui lui ont tout enseigné ? Que veux t-il dire par là ?

« Ils se sont entre-tués, vois-tu. Le Grand Maître a laissé son homme le plus fidèle mourir et ce dernier à assouvi sa vengeance en lui arrachant son dernier souffle. Tu dois en partie ta victoire à sa haine. »

J'avais une petite idée de qui il parlait, mais j'attendais qu'il donne des noms.

« Je sais ce que tu te demandes, qui étaient-ils ? Je te croyais plus perspicace. Tu es trop bête pour tirer des conclusions par toi-même. Qu'aurais-tu fait sans l'aide de Midona ? »

Comment savait-il ? Moi qui avait laissé mon attention s'endormir, je me remettais debout et montrais les dents.

« Tu sais, tout ceci n'a rien de secret pour l'un des plus fidèles hommes de Xanto. »

Xanto…

« Comme cela à probablement effleuré tes pensées, je suis un twili, un twili qui acompris la traîtrise de sa princesse. Qui a vu le véritable Héro en l'ancien roi des Gérudo. »

Il ment ! Il essaye de me déstabiliser !

« Quelle peine cela à dû lui faire de voir que son fier peuple de guerrière savait été remplacé par ces bandits de pacotille ! »

Ce n'est pas possible, ce n'est pas possible, ce n'est pas possible ! Ça ne peut pas recommencer, j'ai fini de me battre, je ne veux plus me battre contre ce peuple !

« Ooooh, regarde comme tes mauvaises pensées te rendent laid, tu commence à baver, méfie-toi, tu n'es pas de taille. »

Trop tard, je m'élance. Il me repousse violemment d'un revers de main, sans même m'avoir touché. Non, ce n'est pas lui, c'est son monstre qui me maîtrise.

« Je dois avouer que tu m'as grandement aidé en tuant leur chef, je n'ai même pas eu besoin d'user de la force, ils sont venus de leur plein gré. Mes sous-fifres sont bien plus efficaces lorsqu'ils sont motivés. »

Il me regarda et son regard rouge s'intensifia.

« Tu te demandes de quoi je t'accuse, pourquoi ta mort me tiens tant à cœur. Il y a certes la gêne que tu représente, je sais de quoi tu es capable. Mais pour te dire la vérité, tu es la cause. La cause de quoi ? Me dirait-tu. Enfin si tu pouvais parler. »

Il se rapprocha de moi jusqu'à s'agenouiller à ma hauteur, entre-temps sa bête s'était mise à l'écart, j'étais à nouveau libre de mes mouvements, du moins jusqu'à qu'elle m'attrape une énième fois par la gorge.

« Toi et Midona êtes la cause de mes malheurs, l'obstacle à la survie des êtres qui m'étaient chers et au pouvoir absolu qui aurait enfin vengé le Crépuscule. Le fait que tu ne saches pas la gravité de ce que tu as commis allège un peu le poids de tes erreurs, mais le fait de t'être opposé au réels détenteurs de ces terres n'en reste pas moins un fait très aggravant. »

Il sorti sa main gantée de sa manche et souleva lentement son masque. Je fixais la peau bleue qui se dévoilait, une mâchoire d'homme, assurément. Un sourire aussi dégoûtant que Xanto, un nez fin et surtout, des yeux… Pas un joli dégradé comme Midona, non, juste un rouge sang, feu, haine. Des marques twilis sur les joues, toutes deux barrées par des cicatrices.

« Tu peux m'appeler Vaarc. »

Je n'arrivais pas à quitter son regard. Sûrement qu'autrefois son regard n'était pas aussi agressif .

« Je ne compte pas te tuer ici, j'ai choisi un endroit tout à fait spécial que tu trouveras certainement à ton goût. »

Il remit son masque aux deux visages en place et appela deux gobelins qui se placèrent à mes côtés, je sentais aussi de manière très vague la présence de la bête invisible. Nous partîmes en direction de la Tour du Jugement. Ils ne voulaient quand même pas ?… Non ! Surtout pas ! Si les soldats ayant pour ordres de se cacher là-bas sont découverts, tout tomberait à l'eau et je pourrais dire adieu à mes chances de survie ! Mais si je résiste trop, Le Masque, enfin Vaarc, risque de se douter de quelque chose. Je tentais donc de paraître calme, avançant d'un pas sûr vers ma probable mort, si je ne pouvais pas lui échapper ou le tuer, mourir avec honneur serait la meilleure solution. Le froid désertique s'intensifiait et je sentais les Bublins se crisper dans leur quelques maigres tissus, la température glaciale ne m'atteignait pas autant que les gobelins grâce à ma belle fourrure, néanmoins mes blessures n'y échappaient pas et je souffrais donc malgré mes poils. Le sorcier restait de marbre, du moins en extérieur, il m'était dur de deviner ce qu'il pensait sous ce bout de bois. Nous quittâmes le village qui ne possédait aucune muraille, juste des postes de guets, pour contourner la tour par un étroit passage dans la roche, particulièrement surveillé. Je reconnus immédiatement le grand escalier marquant l'entrée. Une fois en haut des marches, j'adressais une prière muette, même si elles refusaient de m'accorder leur aide, aux trois déesses en voyant la Triforce sculptée au-dessus de l'entrée. Je sentais mes muscles se raidir à l'idée d'entrer une fois de plus dans ce temple de l'horreur sans la compagnie amicale de Midona. Je fus infiniment soulagé de constater que la première salle était vide. Les Bublins s'arrêtèrent, il refusaient d'avancer.

« Cet endroit est maudit, jamais nous n'y n'irons plus loin, la colère des morts…

-Oh vraiment ? Hé bien c'est ma colère que vous allez subir. »

Il retira un gant, révélant une main bleue et fine et enfonça ses ongles sur le crâne de l'un des deux gobelins immédiatement, des cicatrices brillant d'un bleu vif, comme ce que subissait Aria avec ses chaînes, se répandirent sur son corps tandis qu'il hurlait de douleur. Dans un dernier râle, ses yeux roulèrent dans leur orbites et il tomba raide mort.

« Alors, qu'elle colère te semble la plus clémente à présent ? »

Le Bublin encore en vie ne dit mot et s'avança en premier, son œil jusque là mauvais était à présent complètement rond de terreur. C'était aussi pour moi un avertissement, mais je me demandais si cela était vraiment pire que ce qu'il me réservait, néanmoins, je préférais garder espoir jusqu'au bout. Le sorcier remit son gant et d'un signe m'explicita que je ferais mieux de suivre. La bonne répartition de mon poids sur mes quatre pattes me facilita la traversée des sables mouvants. Étonnamment, Le Masque s'enfonçait à peine alors qu'il devait être celui qui éprouverait le plus de difficultés. Mais devrais-je m'en étonner de la part d'un homme qui tue d'une simple pression ?

Dans la grande salle les quatre flammes étaient toujours à leur places, en conséquent la porte conduisant à la salle circulaire permettant de monter était toujours ouverte, il pouvait me remercier d'avoir fait la chasse aux fantômes. A peine étais-je arrivé pour la première fois dans cet endroit que les esprits étaient partis avec les lumières, prolongeant mon séjour dans l'horreur. Je pouvais m'estimer heureux que la princesse du Crépuscule ait été là pour me tenir compagnie et me conseiller ou je crois bien que je n'aurais pas tenu très longtemps. La présence de ces quatre clés étaient aussi le signe que l'endroit n'avait pas été perturbé depuis. En même si sa réputation allait jusqu'à faire fuir les Bublins je n'avais pas à m'étonner que l'endroit ne reçoive pas de visiteurs. Je me demandais bien comment il comptait nous faire monter sans l'aérouage, néanmoins étant donné ses capacités il ne m'étonnerait pas qu'il n'en ai pas besoin. Sous cette forme je détectais les esprits qui se tenaient à l'écart, même eux reconnaissaient le danger que représentait celui qui se trouvait derrière moi. En dehors des voleurs de lumière que j'avais dû éliminer les esprits habitants cette tour n'étaient pas des produits de Ganondorf, tout comme les Bublins, et c'était la raison pour laquelle ils se trouvaient toujours ici. Nous avançâmes dans la salle circulaire et je crus déceler de la contrariété dans la voix du Masque.

« Oh, j'avais oublié ce détail, j'ai la regrettable impression que je vais devoir te montrer mon tour de passe-passe. »

Il saisit la tête du Bublin et l'élimina de la même manière que celui qui avait payé sa peur de sa vie.

« Je ne veux pas d'autre témoin que moi-même, vois-tu. »

Une cruauté digne de ses maîtres, au final coopérer ne lui aurait pas apporté plus à part quelques minutes supplémentaires à son existence. Mais même avec toute la compassion du monde j'avais toujours du mal à ressentir de la tristesse pour ces bandits.

Il tendit son bras et de fines particules noires apparurent, de plus en plus nombreuses, jusqu'à s'organiser en un mur noir sur lequel apparurent des signes bleutés. Un portail de téléportation… Il savait en faire apparaître à partir de rien alors que Midona devait s'aider des restes des ennemis vaincus !

« Tu sais tout comme moi de quoi il s'agit et je te conseillerais de coopérer, à moins que tu veuillesubir une mort bien pire que celle que je te réserve. »

Je n'avais pas besoin de menace, la curiosité me faisait irrémédiablement avancer vers le portail. En une poignée de secondes, je me trouvais dans la salle où j'avais affronté Humbaba, squelette de je ne sais quelle créature monstrueuse. Vaarc suivit et le passage se referma. J'avançais vers la sortie. Le froid se faisait plus intense à cette hauteur et je commençais à réellement le subir. Ma blessure à l'épaule se fit ressentir encore plus vivement qu'en bas, je couinais. Vaarc tourna son masque vers moi et dit sur un ton de pitié.

Oh, pauvre bête, ne t'inquiète pas, je compte t'éliminer proprement. Je soignerai tes blessures avant de te tuer. »

Etais-je supposé me sentir mieux après ces paroles ?

Pourquoi prendre la peine de m'emmener ici alors qu'il aurait pu se débarrasser de moi bien plus tôt ? J'étais incapable de savoir si c'était juste son côté théâtral, ce qui irait dans le sens de son masque ou si il avait une chose précise à faire là-haut. Mais que faire là-bas alors que le Miroir était brisé à jamais ? Je fus surpris en arrivant de constater que sur la pierre qui avait servie à la mise à mort de Ganondorf se trouvait des chaînes à taille Hylienne, gravées des mêmes signes que celles des autres victimes. J'avais la très désagréable sensation que ces attaches m'étaient destinées. Je sursautais alors qu'un débris de verre s'enfonçait dans l'une de mes pattes et lâchait un couinement. On me saisit à la gorge et me souleva, je pendais comme un sac à patate tandis que l'on m'amenait à la pierre suspendue. Je sentis les crocs s'enfoncer un peu trop et le sang couler. On me jette violemment et je suis plaqué par terre dès que je touche le sol.

« Ne t'inquiète pas, tu vas rapidement retrouver ta forme humaine, je voulais juste m'assurer que tu ne sois pas trop turbulent durant le trajet. J'ai décidé de ne plus perdre mon temps en futilités. Ne t'inquiète pas je vais t'exposer que très brièvement pourquoi tu vas mourir ici. Comme tu as pu le constater, le Miroir est définitivement brisé... »

Bien sûr que oui ! J'étais quand même l'un des deux témoins, avec Zelda, de la séparation définitive du monde de la Lumière et du monde du Crépuscule. Seul celui ou celle que le peuple Twili reconnaît comme son digne souverain peut faire cette action, ainsi Midona l'avait fait.

« Mais ce miroir n'est qu'un moyen de passage stable, pas le seul moyen. »

Pas le seul moyen ? Impossible ! Comment voulait-il faire sans ?

« Quelqu'un comme moi peut très bien s 'en passer et faire l'aller-retour, cela demande néanmoins beaucoup de force. »

Je commençais à comprendre où il voulait en venir et j'espérais sincèrement qu'il bluffait.

« Pourquoi penses-tu que je me donne tout ce mal pour enchaîner toutes ces personnes, que je préfère encore influencer par la peur que de forcer par mes pouvoirs ? »

Parce qu'il en a besoin pour rejoindre le Crépuscule.

« Juste, mais je ne suis pas assez bête pour te dire ce que j'ai l'intention d'y faire, de toute façon l'aller devrais te faire perdre conscience et le retour te tuer. Néanmoins ce n'est pas la raison pour laquelle je t'ai amené ici. Cette pierre permet de concentrer la magie et était l'une des deux clés pour se rendre au Crépuscule et je ne peux en remplacer qu'une seule.»

J'avais échoué, il allait me clouer à la pierre et comme son prédécesseur détrôner Midona, s'il ne la tuait pas. Midona, je suis désolé, j'ai failli, je n'ai pas su nous protéger…

« Clac », une par une, les chaînes m'entravent. « Clac » les jambes. « Clac » les bras. « Clac » le cou. Je n'ai plus la force, ni mentale ni physique de bouger. Je sens mes blessures cicatriser, au moins aura t-il tenu parole là-dessus. Je serre les poings et les dents tandis que je sens la douleur parcourir mon corps, ma peau être gravée petit à petit. Mais cela est un peu atténué par la perte de mes sens. Seule la douleur résonne, je ne vois plus, je n'entends plus, je ne peux plus bouger, mes muscles se détendent, j'entends d'étranges incantations résonner dans ma tête. Alors que je me sens partir, tout s'arrête, je recouvre petit à petit ma vue et les sons deviennent plus distincts. Je ne suis pas inconscient comme il l'avait dit.

« Jeune homme ! Vous m'entendez ? »

J'ouvre les yeux pour découvrir le visage d'un inconnu qui semble très inquiet.

« Vous êtes l'appât. »

J'essaye d'ouvrir la bouche pour dire quelque chose mais rien ne sort. Il me tends une gourde et m'aide à boire. Enfin, je me sens capable d'articuler.

« Oui…

-Ah ! L'équipe supposée vous suivre n'est jamais arrivée à destination alors nous avons dû improviser. Heureusement cela n'a pas trop gêné l'opération, nous vous avons repéré au niveau du passage près de la tour et avons déduit que c'était pas cette voie que nous devions attaquer. Où est Le Masque ?

-Loin d'ici…

-Cela n'a pas d'importance pour le moment, la nuit nous confère un sérieux avantage et l'alerte n'a pas encore été donnée. Plus un de ces brigands ne sera en vie lorsqu'il reviendra.

-Nous avons déjà perdu…

-Comment ça ?

-Je dois parler à son altesse, elle comprendra.

-Son altesse est loin d'ici. Il faudra que vous veniez à elle, comment détache t'ont cela… »

Il examine mes chaînes, il ne sait pas que je ne peux pas m'en débarrasser et que mon temps est compté, la seule chose encore utile que je peux faire est de prévenir Zelda. L'homme recule d'un air inquiet.

« On ne peut pas briser ces chaînes, j'ai bien peur que-

-Non, on ne peut pas. »

Il lève les yeux sur la pierre et semble réfléchir quelques instants avant de murmurer.

« Puisse les déesses me pardonner. »

Il se saisit de la masse qui pend dans son dos et se met à frapper la pierre autour de là où sont accrochées mes chaînes. Je vois à son visage qu'il n'aime ce qu'il est en train de faire, il doit connaître l'importance de ce roc et doit redouter la colère des gardiens des lieux. Je ne pense pas que les sages lui en tiendront rigueur, premièrement le Miroir des Ombres est brisé, ensuite cela fait longtemps que l'on a cessé d'exécuter ici. La dernière exécution ayant eu lieu fut un bel échec qui leur passèrent l'envie de procéder ainsi, c'était plus cérémonial mais aussi plus dangereux. Une des raisons pour lesquelles il fut préférable que j'élimine Ganondorf sur place. Petit à petit je sens que mes chaînes se dégagent, j'essaye de tirer pour me libérer de la pierre mais je suis trop affaibli. Il m'aide et je tombe sur le sol, celles de mes bras et de mes jambes sont supportables, néanmoins un poids gênant pèse sur ma nuque, je vais devoir faire avec. Il me tend une main amicale pour m'aider à me relever que j'accepte volontiers, il m'étais dur de retrouver l'équilibre avec tout ces poids. Je pouvais pleinement avoir une idée de ce que devait supporter Aria. La force dont elle avait fait preuve devait être l'une des raisons pour laquelle elle ne se brisait pas comme du verre. Une explosion déchira le noir et le silence de la nuit suivit du son d'un cor.

« On dirait qu'ils se sont fait repérer et qu'ils ont opté pour la manière brute. Remarqua le soldat. Je devrais les rejoindre. Mais je dois d'abords vous escorter hors de cet endroit. »

Je me demandais comment il avait réussi à monter ici, on ne pouvait pas atteindre le sommet sans l'aérouage. Je préférais observer que de poser des questions, je le suivis donc. Il dû me soutenir, chaque pas était difficile, j'avais l'impression de porter mes bottes de plomb. Cela n'aurait pas été aussi éprouvant si mes cinq condamnations ne m'avaient pas volé mon énergie. Nous descendîmes les marches et entrâmes dans l'immense salle, il me laissa sur la plate-forme.

« Je ne suis pas entré par là, j'ai escaladé l'extérieur de la tour, mais je ne vais pas avoir le choix si je veux vous ramener entier en bas, expliqua t-il.

-Nous ne pouvons pas descendre par là, il nous manque un objet. Laissez-moi ici, je me débrouillerais.

-Impossible, vous ne pourrez pas vous en sortir seul.

-Avec ou sans vous, ça ne change rien. »

Il parut réfléchir et finit par me tourner le dos en déclarant :

«Il est trop peu probable qu'ils atteignent cet endroit, mais pouvez-vous m'assurer que Le Masque ne risque pas de revenir ?

-Il est loin d'ici.

-Très bien, nous reviendrons vous chercher victorieux, en tout cas je l'espère ou c'est moi qui paiera votre perte en premier. Tout le monde sait l'affection que son altesse vous porte. »

Pour peu que j'en aurais eu la force je lui aurais mis mon poing dans la figure ! Si je n'avais pas été l'élu des déesses, son dernier espoir, je doute qu'elle se serait intéressée à moi, et puis j'ai des êtres bien plus chers à mes yeux. Je ne faisais que demander de l'aide à la seule personne étant au secret et lui témoigner le respect que l'on doit à la souveraine d'Hyrule, elle me le devait bien après tout ce que moi et Midona avions enduré pour sauver son royaume. Midona m'était aussi redevable de l'avoir aidé, même si elle s'était bien plus appliquée que Zelda. Enfin, en me couvrant ainsi elle remboursait déjà une partie de sa dette. Cette fois, aucune obligation divine, aucun grand destin ne me forçait à faire tout ça, non, j'étais libre de mes choix. J'aurais très bien pu décider de me terrer chez moi en espérant que cela s'arrange. Mais non, j'avais décidé de m'en mêler de mon plein gré.

Je me traînais jusqu'au milieu, à côté du trou où se plaçait normalement l'aérouage. Je n'avais plus qu'à attendre.


Voilà, j'espère que vous ne m'en voulez pas trop de cette absence et que vous aurez apprécié ce chapitre, je suis contente d'avoir enfin pu révéler qui se cachait sous ce masque, même si beaucoup de mystère restent à découvrir. J'ai passé ce chapitre au peigne fin alors j'espère qu'il n'y à pas trop de fautes.

Si vous n'avez pas trop la flemme je serais ravie d'avoir votre avis par le biais d'une review ou d'un PM.

Le prochain chapitre devrait être en ligne sans faute dans deux semaines (du moins je l'espère), ce sera celui à la troisième personne.