Guest : bah laisser une review, c'est quand même gentil de ta part, tu n'as pas à t'excuser... Je trouve ça même encore mieux dans la mesure où elle est laissée à un chapitre si avancé. Merci pour ta patience ^^ C'est vrai que si le SQ est l'élément motivant, cette fanfic est frustrante. Courage ! On y arrive...doucement...

Queenie : Pour moi le RPG c'est juste un type de jeux vidéo donc je ne vois pas trop ce que tu veux dire par là... (je suis à la ramasse donc tu peux y aller avec les explications xD)

MissOeildeLynx : Je suis contente que tu aies eu un peu peur au cours du dernier chapitre x) Et voilà le retour de Mamie !

Bonne lecture !


Killian peinait à lui faire entendre raison. La pause échiquéenne prenait la tournure d'un pugilat. Emma reposa sèchement sa pièce sur le damier. Elle s'efforçait de paraître aimable les murs transparents du bureau formaient un petit aquarium dans lequel il était aisé de les espionner.

- « Tu lui donnes de faux espoirs concernant son fils, étaya Killian avec diplomatie.

- Pas du tout, contredit-elle.

- Elle est dans le déni parce qu'elle a pas vu son corps.

- Parce que Wood le lui a interdit.

- Tu déformes les faits. Il a voulu la protéger. Voir un cadavre peut être traumatisant. Je me souviens encore de mon frère dans son cercueil. J'aurais préféré ne pas aller le voir. »

Killian fit glisser un Bateau sur l'échiquier. Emma pesait ses mots mais restait vindicative concernant ses idées.

- « Enterrer son fils doit être la chose la plus éprouvante du monde. Tu ne peux pas nier que cela a dû la traumatiser.

- Pas comme ça, s'obstina Emma.

- Tu es butée, Swan.

- Tu me fais chier, Jones.

- Je ne veux pas que tu aies de mauvaises surprises, c'est tout. Et si son fils est vivant qui s'en occupe ? Tu n'aimes peut-être pas Wood mais ce type aimait son gosse, il peut pas le laisser en pension complète sans se donner la peine d'aller le voir. On l'a suivi et on a rien trouvé. »

Emma ne pouvait nier que c'était le point d'ombre qui entachait ses convictions. Elle avisa l'heure. Elle se leva et s'empara de sa veste rouge accrochée au porte-manteau de son bureau. Elle l'enfila et repoussa ses cheveux blonds qui s'étaient pris dans sa veste.

« J'en aurais pas. Je sais ce que je fais. A plus tard, Killian. »

Elle quitta la pièce après s'être emparée d'un dossier qui était sur son bureau. Killian le regarda s'éloigner puis rejoignit son bureau avant que Gold ne le réprimande.


Emma sortit du tribunal. Sa conversation avec Killian plus tôt dans la matinée l'avait un peu échaudée. Peut-être qu'une méthode plus offensive aurait des répercutions plus significatives. Elle prit la direction des locaux du Major Oak.

Elle passa devant la secrétaire sans prendre la peine de se faire annoncer. Elle atteignit le bureau de M. Wood avant que quiconque ne puisse l'en empêcher. La secrétaire essaya de faire sortir Emma mais Robin lui signe de les laisser.

Le bureau était immense, entouré de grandes vitres qui accentuaient l'impression d'espace. Les meubles étaient massifs, de bois et d'une matière nacré qu'Emma identifia comme de l'ivoire ou une matière qui l'imitait fortement. M. Wood devait avoir un certain attrait pour le luxe au quel cas, son goût pour la richesse était feint avec brio.

- « Je sais exactement qui vous êtes, annonça Robin.

- Vous m'en voyez flattée. Ça nous fait gagner du temps.

- Que voulez-vous ?

- Je me demandais si vous aviez rectifié vos clauses dans les contrats d'assurance décès. »

Robin s'installa derrière son bureau. Emma ne prit pas la peine de s'asseoir, préférant rester debout pour le dominer de toute sa hauteur.

- « Voyez ce que j'ai pu découvrir sans trop prendre la peine de chercher. Je me demande ce que je pourrais trouver en cherchant un peu. Vous avez une idée ?

- C'est une menace ?

- Il ne s'agit que de votre interprétation, sourit Emma. Je ne faisais que venir aux nouvelles. Il serait triste d'apprendre que vous trempez dans quelque chose de louche.

- Je pourrais dire la même chose de vous, murmura Robin. Il est étrange de voir que ma femme a réussi à s'évader suite à deux de vos visites. »

Ils se défièrent un instant du regard. Robin soupira.

- « Je pense que vos intentions sont louables : vous voulez l'aider. C'est aussi ce que je veux mais personne ne peut l'aider, à part elle. Sans ses médicaments, sans le personnel médical, son état risque de se dégrader. Je ne veux que son bien, assura-t-il.

- Je suis rassurée de l'apprendre, murmura Emma d'une voix glaciale.

- J'essaye de la retrouver depuis son évasion. Mais puisque vous êtes ici, je vous le demande : où est Regina ? »

Robin regarda Emma avec espoir. Maitre Swan demeura impassible. Une once de rancœur se trahit sur le visage de l'avocate. L'inquiétude de M. Wood se mua en une colère désespérée.

- « Elle a été diagnostiquée dépressive et suicidaire. Elle pourrait se faire du mal.

- C'est une affaire de point de vue.

- S'il arrive quelque chose à ma femme, ce ne sera pas une affaire de point de vue, répliqua Robin en serrant la mâchoire. Je vous en tiendrai pour responsable. Je vous le ferai payer.

- Faites attention, M. Wood. Cela sonne comme une menace.

- Ce n'en est une que si vous avez quelque chose à vous reprocher, fit Robin en la défiant du regard.

- C'est une chose heureuse que je ne sois pas mêlée à son évasion alors. » conclut Emma avec une légèreté feinte.

Robin contourna son bureau. Il s'arrêta à quelques pas de Maitre Swan.

« A moins que vous ne soyez encline à me dire où se trouve ma femme, je vous serais gréé de sortir de mon bureau. » lui conseilla-t-il.

C'était une bataille silencieuse que personne ne souhaitait perdre. Chacun avait des soupçons mais aucune preuve directe permettant d'impliquer l'autre.


Emma s'arrêta au bureau circulaire de l'accueil. Ruby leva le nez de ses papiers.

- « Salut. Tu dois avoir un colis pour moi.

- J'ai rien eu mais Whil et Germaine étaient là avant moi.

- Putain, non..., râla Emma dans une grimace contrariée. Pas elles...

- Et ton rendez-vous a du retard.

- Ouais... Merci Ruby. »

Maitre Swan s'en alla d'un pas trainant. Elle trouva Germaine, qui la salua d'un rictus crispé. Elle rajusta ses lunettes sur son nez et replongea dans ses papiers.

- « Mme Roz, est-ce qu'il y aurait un colis pour moi s'il vous plait ?

- Swan, vous ne m'avez pas remis le dossier..., répliqua Germaine de sa voix trainante en levant les yeux vers elle.

- Je vais le faire. C'est pas à cinq minutes, assura l'avocate.

- M. Gold tient à être au courant de tous les dossiers en cours, les vôtres en font partie également, poursuivit Germaine avec lenteur.

- Mme Placard est là ? »

L'intéressée revenait justement avec un café, l'oreillette d'ors et déjà greffée à son oreille.

- « Mme Placard, bonjour. Vous auriez eu un colis ce matin ? Il devait arriver aujourd'hui et j'en ai besoin pour travailler.

- J'arrive, mon chou, j'arrive..., marmonna l'intéressée en rechargeant sa cigarette électronique.

- Vous pourriez vous dépêcher...s'il vous plait ?

- Doucement, mon chou, y a pas le feu. »

Emma s'accommoda de cette attente. Mme Placard tira une bouffée de fumée.

« La fraise a un goût de médicament, j'en reprendrais plus... »

Emma lui accorda un sourire crispé quoique quelque peu agacé. Elle estima bon de garder le silence : lui répondre la distrairait et elle serait encore ici dans un quart d'heure. La secrétaire déverrouilla un large tiroir et en sortit un colis de la taille d'un livre volumineux. Emma la remercia et partit avec son colis qui n'était pas aussi lourd qu'il en avait l'air. Elle le posa sur son bureau. Elle chercha une paire de ciseaux dans le pot à crayons mais n'en trouva pas.

« Killian, tu fais chier... » marmonna-t-elle.

Elle sortit les clefs de la voiture de la poche de sa veste et entreprit de mettre à profit la clef dentelée de sa coccinelle. Cependant, le scotch utilisé était trop épais et opposait trop de résistance. Emma n'avait pu qu'entailler la moitié.

Emma soupira. Elle quitta son bureau. Elle en franchit le seuil. Elle entendit un clic distrait, un clic presque inaudible. Une explosion gronda et souffla. Emma fut projetée à terre. La détonation fut contenue en partie par le vitrage épais qui noircit et vibra. Une vitre se fêla. Emma se redressa. Elle vit le paquet en feu, incendier son bureau. Elle se leva avec précipitation et s'empara de l'extincteur.

« Y a des jours où on ferait vraiment mieux de rester couché. », marmonna-t-elle à sa propre intention.

Elle actionna la poignée de l'extincteur. Le tuyau noir cracha son écume blanche qui noya les flammes. Certains documents avaient été détruits mais rien qu'elle ne puisse récupérer. Son ordinateur avait été endommagé et l'écran gisait à présent au sol. L'échiquier avait été renversé. Les pièces blanches étaient maculées de cendres et étaient devenues aussi noires que les pièces adverses.


Killian sortit du cabinet, accompagné par Emma.

- « Tu vas le voir le mardi et le jeudi au matin, ton bureau part en fumée. Tu ne peux pas dire que ce n'est pas lié, accusa Maitre Jones.

- C'est pas toi qui me rabâche sans arrêt qu'il faut pas faire de conclusion hâtive ?

- Pas quand il s'agit de ta sécurité. »

Elle rit doucement. Killian contourna sa voiture. Il prit place derrière le volant. Il baissa la vitre passager. Emma s'appuya sur le rebord de la portière.

- « Tu seras déçu d'apprendre qu'il avait laissé ni adresse, ni lettre d'aveu sur le colis, lança-t-elle avec détachement.

- S'il essaye de te descendre, tu ferais mieux d'arrêter.

- Certainement pas. S'il essaye de me flinguer, c'est parce qu'il se sent menacé.

- Spéculation, évoqua Killian.

- Toi-même. »

Killian secoua la tête et retenta de démarrer sa voiture. L'étincelle ne vint pas et le véhicule resta silencieux. Emma lui dit de venir. Il la suivit donc jusqu'à sa voiture. Elle ouvrit le coffre et en sortit un vélo qu'elle déplia avec aisance. Elle donna ses clefs à Killian.

- « Prends ma voiture. Ton tribunal est plus loin que le mien et ton audience est plus tôt.

- Comment se fait-il que tu aies un vélo ?, s'étonna-t-il.

- Depuis que ma voiture m'a plantée, j'en garde un dans le coffre, juste au cas où. Juste tu me l'esquintes pas s'il te plait, j'y tiens.

- Merci, Swan.

- A plus tard. »

Maitre Jones démarra la voiture et s'éloigna. Le klaxon se fit entendre. Emma lui fit un signe de la main puis elle grimpa sur son vélo et fila, elle-aussi au tribunal. Elle avait oublié à quel point le vélo pouvait s'avérer pratique. Elle vaquait entre la route et le trottoir, préférant la piste la moins ombragée.

La coccinelle jaune poursuivait sa route. Killian avait roulé une vingtaine de minutes et il était près du tribunal à présent. Le feu passa au vert. La voiture d'Emma s'élança. Elle traversa le carrefour. Un autre véhicule affublé d'un pare-buffle arriva sur la droite, sur les chapeaux de roue. Le monstre sur roues chargea la coccinelle qui partit en tête à queue. Les autres automobilistes pillèrent pour ne pas l'emboutir à leur tour. Les pneus crissèrent sur le bitume. Killian se redressa, le cœur battant et encore étourdi par la violence du choc. Il se débarrassa de l'air-bague et de sa ceinture. Les voitures étaient arrêtés en plein milieu de la route mais l'automobiliste au pare-buffle était déjà parti.


L'été revenait et amenait avec lui soleil et chaleur. Le petit refuge se muait en une fournaise inextricable, bien que la climatisation tourne à plein régime. La grand-mère préparait un repas froid. Mulan bavardait avec elle, tout en se tortillant pour ôter son haut qui lui tenait trop chaud. Elle ajusta son caraco. Regina prit les plats et les emmena dans la salle à manger où l'air était plus frais.

Mulan se défaisait de tout sourire ou toute autre expression dès que Regina était dans la pièce. Elle se méfiait toujours, encore réticente à l'idée de laisser sa grand-mère en sa seule compagnie. Et le temps passé ne changeait rien à cela.

« Comment avez-vous connu Emma ? », demanda Regina.

Mulan lança un regard éloquent à sa grand-mère. Celle-ci chassa d'un geste l'ordre silencieux de sa petite-fille. Mulan s'en vexa et sortit de la pièce, s'agaçant que sa grand-mère soit si peu méfiante et trop bavarde. Mamie Huai la regarda quitter la pièce et ne la retint pas. Regina tenta, elle, de la retenir et aperçut dans son dos, caché en parti sous le tissu sombre un immense tatouage où l'on devinait des fleurs effilées et écarlates ainsi qu'un immense dragon aux écailles rouges.

- « Nous avons été l'une des premières affaires d'Emma, lorsqu'elle était encore une jeune avocate, souffla la grand-mère en reposant ses couverts.

- Vous vous connaissez depuis quelques années... »

La grand-mère acquiesça et conta leur histoire :

« Le restaurant que nous avons était tenu par les parents de Mulan ma fille et mon gendre. Le quartier était le cas d'échanges et de trafics. Ils ont eu des menaces ainsi que l'ordre de payer une certaine somme d'argent afin d'avoir le droit de rester. »

Elle reprit son souffle et joignit ses mains. Elle caressa pensivement le dos de ses mains ridées.

- « Le restaurant a été la cible de coups de feu. Plusieurs clients sont morts... et ma fille et mon gendre se sont éteints ce jour-là. Nous avons engagé Emma pour plaider notre cause.

- Quelle a été l'issue du procès.. ?

- Ils ont été acquittés, lança-t-elle d'une voix noyée de tristesse et de colère. Ils ont été acquittés parce que les preuves ont été prises avant le mandat. C'est une honte.

- Je suis désolée..., souffla Regina.

- Ne le sois pas. Nous avions l'identité des meurtriers. Mulan a vengé ses parents. Emma nous a assuré un alibi et personne n'a pu la relier à ces meurtres. »

Le visage triste de la grand-mère paraissait alors plus vieux et plus grave. Regina se doutait de la reconnaissance de Mamie envers Emma.

« Alors, j'ai voulu continuer à voir Emma, continua la grand-mère. Je sentais qu'il y avait quelque chose chez elle, de noble et de grandiose mais aussi de brisé. Elle n'avait personne alors, Mulan et moi, nous sommes devenues sa famille. Il a fallu beaucoup de temps avant qu'elle m'appelle 'Mamie'. Cette fille est une tête de mule. »,

Sa voix se fit plus légère. Ses lèvres fines s'étirèrent en un fin sourire mélancolique.

« Le tatouage que tu as vu... Celui que ma petite-fille a dans le dos, précisa la vieille dame, il représente un dragon entouré de spiders lilies qui fleurissent sur le chemin des enfers. Elle porte son chagrin sur son dos. Emma le porte autrement. »

Emma claqua la porte et jeta son sac un peu plus loin. Elle salua Mulan et rejoignit les voix qu'elle entendait dans le salon.

- « Ah te voilà enfin !, s'écria la grand-mère en se levant.

- Ouais bah on m'a crevé mes pneus et il y avait du monde sur la route. Et le procès s'est un peu éternisé aussi. »

La grand-mère s'approcha et prit Emma dans ses bras. Cette dernière se raidit un peu tout d'abord, surprise puis l'enveloppa à son tour de ses bras.

« Si j'ai droit à un tel accueil pour chaque retard, je viendrai de plus en plus tard » plaisanta-t-elle.

Mamie serra Emma contre son cœur, la contraignant à se plier encore plus. Emma interrogea Regina du regard, afin de connaître la nature d'une telle démonstration d'affection. La brune haussa les épaules, préférant garder la nature de sa conversation avec grand-mère comme un secret.

- « Qu'est-ce qu'on mange ?, demanda Emma.

- Une salade, répondit Mamie.

- Une salade ?, répéta Emma dans une grimace de déception.

- Mais Regina a fait un gâteau, ajouta la grand-mère.

- Chouette. A quoi ?

- Nutella et beurre de cacahuète, répondit Regina. Je me demande même comment on peut appeler ça un gâteau. C'est tellement gras... Mais... Mamie a insisté.»

Emma savait que la recette était imprégnée d'une quantité indécente de calories.

- « Avec la nourriture pour tortue, ça s'équilibre, analysa l'avocate.

- Je me demande comment vous pouvez concilier le sport et votre hygiène alimentaire... douteuse. », soupira Regina.

Emma remarqua alors le regard éloquent de Mulan. Si elle ne disait rien, elle restait en mesure de se faire comprendre. Emma lui lança un regard réprobateur et l'intéressée haussa les sourcils, indifférente à cette oreillarde vengeresse. Le repas poursuivit son cours. Emma picorait dans son assiette en soupirant : elle avait espéré un repas plus consistant.

- « Vous comptez bouder ?, lança Regina.

- Ça dépend, répondit Emma en lâchant la verdure de son assiette du regard. J'aurais droit à un autre truc ?

- Y a des steaks de soja, concéda la brune.

- C'est pas un steak ça s'il y a pas de viande. » s'indigna l'avocate.

Emma termina son assiette et soupira.

« Le pire qui pourrait arriver maintenant, c'est une soupe. »

Mamie passa une main dans ses cheveux blonds et revint avec le gâteau. Ceci mit Emma dans de meilleures dispositions.

- « C'est un beau gâteau, fit-elle en le dévorant déjà du regard.

- Merci. J'espère qu'il sera bon, fit Regina.

- Il le sera. » répondit-elle en se munissant d'un couteau.

L'avocate coupa le gâteau en quart et entreprit de servir. Mamie et Mulan se partagèrent un quart, estimant que la gâteau était trop bourratif pour être mangé en une telle proportion.

- « Vous vous gavez tout le temps ?, demanda Regina en voyant que l'avocate se gardait la part du lion.

- Seulement quand c'est bon. » répondit-elle du tac au tac.

Emma mangea sa part avec un appétit vorace. Mamie l'observa avec un scepticisme visible.

- « Il s'est passé quelque chose au bureau ?

- Non. » répondit Emma.

Mamie plissa les yeux : elle avait répondu trop vite pour que ce soit sincère. Regina reporta son attention sur Emma. Cette dernière s'humecta les lèvres, hésitante puis confia finalement :

- « J'ai été voir Wood l'autre jour.

- J'espère que tu l'as tabassé, s'exclama Mamie avec un entrain presque sadique.

- Non, sourit Emma en s'essuyant le coin des lèvres, mais il sait que Regina est avec moi.

- C'est tout ce qui t'inquiète ?, demanda Mulan.

- Non. En fait, y a eu une bombe au cabinet. Killian a eu un accident de voiture alors qu'il avait emprunté la mienne. Je crois qu'une bagnole a essayé de me shooter mais je vire sans doute parano. »

Emma sourit pour alléger son propos et but son verre d'eau. Mulan avait un air grave et ne prenait pas ces informations comme des anecdotes futiles.

- « Une bombe ? Elle était destinée à qui ?

- Elle a explosé dans mon bureau, avoua Emma du bout des lèvres. Mais rien dit qu'elle était vraiment pour moi. Mme Placard est toujours pendue à son téléphone, elle a pu se tromper.

- Tu crois pas que ce serait des représailles de Wood ? » insista Mulan.

Regina avait la gorge sèche. Elle suivait les échanges, silencieuse. Elle croisa le regard d'Emma qui s'appesantit quelques secondes pour lui répondre :

- « J'ai encore des menaces concernant Sykes. Ça peut tout aussi bien venir d'un petit con mécontent du verdict.

- Un petit con qui aurait pu te couter la vie. », répliqua Mamie.

Emma roula des yeux.

- « Le petit con a flingué mes pièces d'échecs. Y a la moitié des blancs qui ont flambé. Va falloir que je repasse commande et cette vieille écossaise est toujours dure en affaire. Elle doit faire son beurre avec mes commandes.

- Et c'est tout ce qui t'inquiète ?, s'agaça la grand-mère. Ton jeu ?

- Entre autre, répondit l'intéressée avec détachement. Puis je suis entière. »

Emma croqua une bouchée de sa part de gâteau.

« Je... », commença Regina.

Les regards se tournèrent vers elle.

- « ...Je devrais peut-être loger ailleurs.

- Comment cha' ?, demanda Emma, la bouche pleine, en fronçant les sourcils.

- Si votre vie est en danger, je devrais me débrouiller seule, compléta la brune.

- Et puis quoi encore ?, répliqua Maitre Swan. Je suis déjà à moitié dedans. On peut m'inculper pour un tas de délits, pour t'avoir aidée à sortir de cet hosto et abritée. Je savais que c'était susceptible de me revenir dans la tronche et je peux faire face aux conséquences.

- Inutile de vous énerver de la sorte.

- J'ai le droit de m'énerver quand tu dis des conneries. Je me suis engagée dans cette affaire et tu me mettras pas sur la touche. » cingla-t-elle.

Emma se leva brusquement. Mamie estima bon de s'en mêler. Elle donna une tape mesurée dans le bas du dos d'Emma. Cette dernière frissonna de douleur.

- « Mamie !

- Arrête de t'énerver, la réprimanda la vieille dame.

- Vous auriez dû passer une radio afin de voir si vous n'aviez rien de cassé, souffla Regina d'un air entendu.

- J'ai rien de cassé. Fous-moi la paix. »

Emma continua sa tirade, restant toujours aussi sèche. Mamie appuya encore sur son bleu.

- « Argh ! Mamie !, s'écria Emma en portant une main à son dos. Arrête !

- J'en connais une qui a besoin de vacances, suggéra l'intéressée.

- Elle a surtout besoin que cette affaire se finisse. » murmura Mulan.

Emma ne releva pas. Le rappel douloureux de Mamie l'incitait à contenir sa colère.

- « Tu veux que je te dépose à ton resto ?, proposa-t-elle sèchement à Mulan.

- Non, je partirai plus tard, répondit celle-ci.

- Très bien. »

Emma croisa une dernière fois le regard de Regina.

« Je rentre ce soir avec Ruby. On sera que toutes les trois à la maison cette nuit. » informa-t-elle.

Emma dit au revoir à Mamie et lança depuis l'entrée :

- « Je t'appelle quand je serais en chemin !

- Bon courage ! » répondit Mamie.

La porte claqua. On entendit la rumeur des pas de Maitre Swan s'éloigner.

- « Tu ne devrais pas l'énerver ainsi, lui conseilla Mamie. Si elle a décidé de t'aider, elle vivra très mal que tu la mettes à l'écart. Et moi aussi d'ailleurs.

- Ce n'était pas mon intention, dit Regina. Je ne veux pas qu'il lui arrive quelque chose à cause de moi. »

Mulan se leva et débarrassa la table. Mamie posa sa main sur celle de Regina et la tapota avec tendresse.

« Je pense qu'elle a pris le fait que tu partes comme une remise en questions de ses compétences. Ces incidents ont dû l'affecter et c'est pour ça, aussi qu'elle s'est énervée... Elle est forte mais pas insensible... Alors, tu devais m'apprendre cette recette de lasagnes, non ? » reprit-elle d'un air plus jovial.

La grand-mère fila dans la cuisine, déjà prête à œuvre pour le repas du soir.


Emma pestait encore contre le triste sort qu'avait subi sa voiture. Malheureusement, elle devrait patienter jusqu'au week-end avant de la faire réparer.

« On va faire la fortune du garage Ramirez si ça continue... Un salopard sur la route et c'est ma bagnole qui se la prend... » marmonna-t-elle amère.

La coccinelle roula à une allure modérée, encore éprouvée par l'incident. Le flan droit avait été amoché et un phare explosé. Emma entendit la mélodie d'une sirène. Elle lança un regard dans son rétroviseur et roula des yeux en se rendant compte qu'il s'agissait d'une voiture de police.

« Manquait plus que ça... », soupira-t-elle.

Elle s'arrêta sur le côté. La voiture de patrouille s'arrêta derrière elle. Un premier policier sortit, accompagné par son coéquipier. Ils étaient tous deux athlétiques mais du premier se dégageait une arrogance nauséabonde. Lorsqu'il s'approcha de sa vitre, Emma la descendit à grand renfort de moulinets.

Le policier s'accouda à la portière.

« Je vais faire remplacer mon phare mais là j'ai vraiment pas le temps. » lança-t-elle en guise de salutations.

Il sourit, certains de ses atouts. Il passa négligemment une main dans ses cheveux sombres dont certaines mèches vinrent se reposer sur son front. Il avait des sourcils bas qui conférait à son regard ténébreux et, semblait-il, séducteur.

- « En fait, ce véhicule a été déclaré volé...mais on ne m'avait pas informé que la voleuse était aussi plaisante, déclara-t-il d'une voix suave.

- Cette voiture est à moi, argua Emma sèchement.

- Je suis Connor Notthingham, ma jolie. Si tu es gentille avec moi, je pourrais te laisser filer. »

Emma soupira et s'avança vers le siège passager afin d'atteindre la boite à gants et sortir les papiers de la voiture. La boite à gants s'ouvrit mais il n'y avait pas que des papiers. Il y avait aussi des petits sachets transparents qui contenaient une poudre et Emma était certaine que ce n'était pas de la farine. Ceci n'échappa nullement au policier.

« Je crois que tu vas devoir me suivre au poste... A moins que tu ne veuilles être très gentille avec moi. » lança Connor en se redressant.

Emma serra les dents. Elle ouvrit sa portière à la volée, heurtant violemment Connor Notthingham.

« Je suis désolée, je suis si maladroite. » s'excusa Emma en arborant un large sourire hypocrite.

Elle fut conduite au poste et l'officier Notthingham ne se priva pas de lui passer les menottes. Emma préféra ignorer son regard lubrique et s'interroger sur la provenance de ces sachets de drogue. Elle fut contrainte d'effectuer le trajet sur la banquette arrière de la voiture de patrouille. Elle arriva au poste et fut conduite dans la salle d'interrogatoire. Elle posa ses mains sur la table et fit cliqueter ses menottes. Connor Notthingham s'assit en face d'elle.

- « Tu te drogues pour planer ? Parce que si c'est le cas, je connais un autre moyen de te donner du plaisir, suggéra-t-il dans un sourire à peine dissimulé.

- Je peux appeler un avocat, n'est-ce pas ? Et il me semble que vous ne m'avez pas rappelé mes droits, c'est un vice de forme. Je peux aussi rajouter une inculpation pour harcèlement sexuel, contra Maitre Swan d'un ton neutre. Donc je ne saurais trop vous conseiller de me laisser passer ce coup de fil. »

Sans surprise, on lui laissa joindre le cabinet. Emma expliqua la situation à Ruby et la pria de lui envoyer un avocat. Si elle connaissait parfaitement la procédure et les pièges policiers, elle préférait avoir recours à l'aide d'un collègue afin que d'éventuels éclats de voix ne se retournent pas contre elle.

Elle prit son mal en patience. Notthingham finit par la laisser. Sa remarque avait fait fondre ses ardeurs. Emma fut surprise de voir qui avait été envoyé à son secours. Elle se leva.

« M. Gold ? »

Son patron entra dans la pièce, accompagné de Notthingham qui s'empressa de délivrer Emma de sa paire de menottes. Maitre Swan massa ses poignets endoloris.

- « Ce désagrément nous a contraint à repousser votre audience. Inutile de vous dire que ceci sera retenu sur votre salaire, murmura Gold.

- C'est pas ma faute. Je me drogue pas et je fais pas de trafic. On m'a piégée.

- Je m'en doute. J'ai réglé le litige. Ceci ne figurera pas sur votre casier judiciaire, ni dans les dossiers de la police.

- Comment vous avez fait ?, demanda Emma en fronçant les sourcils.

- Il se trouve que M. Notthingham, ici présent, me doit un petit service. Je n'ai fait que lui réclamer ce qui me revenait de droit. »

Il toisa l'officier d'un regard glacial et éloquent. M. Gold était d'une taille modeste mais sa prestance et son allure grandiloquente compensait les quelques centimètres dont la nature l'avait privé. Connor Notthingham acquiesça, les lèvres pincées. Quoique que Gold retienne contre lui, c'était suffisant pour le faire chanter.

- « Bien sûr, M. Gold, approuva l'intéressé en baissant la tête.

- Si je vous surprends encore à harceler mes employés ou mon entourage, ce n'est pas une class-action qui vous attend. » murmura Maitre Gold d'une douceur menaçante.

Ils sortirent du poste de police. Arrivés sur le trottoir, Emma jugea bon de lui exprimer sa gratitude.

- « Merci pour le coup de main.

- Un avocat avec un casier judiciaire deviendrait un poids. Je fais ça pour servir mes intérêts, non les vôtres, jugea bon d'éclaircir M. Gold.

- Bien sûr, dit Emma. Pensez à remercier Mlle French pour moi. »

La surprise passa fugacement sur le visage de son patron. Elle avait vu juste : Notthingham avait dû harceler Belle French par le passé. M. Gold ne parlait jamais de sa vie privée, aussi qu'il mentionne un ''entourage'' était aussi étonnant qu'intriguant et Emma savait par Killian que M. Gold voyait sa cliente pour autre chose que de simples entretiens professionnels.

M. Gold ne releva pas ce point de détail soulevé par son employé. Il préféra lui rappeler que la journée n'était pas terminée et qu'elle avait d'autres dossiers à mener.


Emma monta les quelques marches qui menaient à la maison, Ruby sur ses talons.

- « J'en reviens toujours pas que Killian demande un dédommagement de 20 000$ pour cette affaire de sandwiches. Et par personne ! Le ponpon, je crois que c'est que le juge considère vraiment sa proposition. Même Gold pourra pas cracher dans la soupe.

- Oh, il pourra toujours dire qu'il aurait dû demander plus, rit Ruby. Sauf si Mlle French le met dans de meilleures dispositions...

- C'est vrai que Gold nous prend moins le chou que d'habitude, sembla réaliser Emma. Mais il a quand même essayé de me refiler une affaire de fraude fiscale concernant Sykes. J'ai dit non. Merde à la fin.

- Sinon, on aurait été contraint de t'inculper pour meurtre.

- Exactement, approuva Maitre Swan en ouvrant la porte de la maison. Et je suis certaine que la société m'en remercierait. »

Elle laissa entrer Ruby et referma la porte derrière elle. Emma regarda à droite et trouva Regina attablée dans la salle-à-manger avec Mamie. L'avocate reconnut les piles de tuiles blanches au dos noir. Chacune avaient quelques briques dressées en un petit mur, dévoilant leur face aux symboles colorées à leur détentrice.

- « Salut. Tu essayes d'initier Regina au mah-jong ?, s'étonna Emma.

- Oui, répondit l'intéressée avec entrain. Oh, bonjour Ruby. Tu veux jouer ?

- Non merci, Mme Huai. Bonjour Mme Wood. »

Regina mit quelques secondes à réaliser que c'était elle qui était désignée sous cette appellation.

« Elle préfère ''Mlle Mills'' », souffla Emma.

Ruby acquiesça et se reprit.

- « Ce n'est rien, Mlle..., chercha Regina.

- Lucas, compléta Emma.

- Mlle Lucas, répéta-t-elle. Je vous remercie de sacrifier votre temps pour venir ici.

- Bon, coupa l'avocate. Qui gagne ? Mamie te botte le cul ? »

Emma tira une chaise et se plaça à côté de Regina. Elle avisa des tuiles à sa disposition et regarda les paires déjà formées et couchées par Mamie.

- « C'est mal barré, constata-t-elle.

- Je n'avais pas besoin de vous pour ça, soupira Regina en piochant une tuile. Vous savez jouer ?

- Bof, je suis une buse. Je préfère les échecs au le mah-jong. Le jeu est entre les dominos et le poker, j'aime moyen... Mais j'aime beaucoup le bruit des pièces. »

Regina défaussa la tuile piochée. Mamie s'empara la tuile défaussée par Regina, d'un geste plus fluide. La nouvelle tuile rejoignit les autres dans un bruit caractéristique. Elle remania leur agencement avec fluidité, les tuiles s'entrechoquant au fil de ses déplacements. Mamie se sépara d'une autre tuile. Puis en coucha trois qui révélait une suite d'un même symbole, un cercle de rouge et de vert qui s'apparentait à une tuiles présentait un nombre croissant de cercles.

« Pung, » annonça Mamie.

Regina piocha. La tuile révélait un oiseau. Regina regarda brièvement ses pièces et s'apprêtait à s'en séparer quand Emma arrêta son geste.

- « Attends tu peux faire un chow avec les bambous.

- Quoi ?

- Avec cette tuile, fit Emma en désignant celle que Regina avait dans la main.

- C'est un cygne.

- C'est un moineau très moche, corrigea Emma. C'est le 1 de bambou en fait. Là tu peux faire un chow. »

Regina disposa alors le moineau à côté de ses consœurs. Elle coucha les tuiles et composa un chow d'extrémité composé des trois premières tuiles de bambou. Mamie joua et constitua un ensemble identique de quatre pièces.

« Mah-jong. » annonça-t-elle.

Mamie aligna consciencieusement ses tuiles. Regina soupira et préféra abandonner la partie.

- « Même Mulan perd contre Mamie, murmura Emma comme pour adoucir sa défaite.

- Je préfère les échecs.

- Tu vois, Mamie, elle est dans mon camp, souffla la blonde.

- Le mah-jong est trop subtile pour vous, tout simplement. »

Mamie se leva, sourire aux lèvres. Elle embrassa Emma sur la joue.

- « On a préparé des lasagnes pour ce soir. Tu n'as plus qu'à faire réchauffer.

- Merci Mamie.

- Et j'ai rangé le fusil au sous-sol, ajouta-t-elle. Tu enverras un message à Mulan pour me dire que tout se passe bien ? »

La vieille dame passa une main sur l'épaule d'Emma, soucieuse.

« Oui, assura Emma. Allez Mamie. Fais attention à toi. »

Mme Huai marmonna qu'elle pouvait tout aussi bien lui retourner ses paroles. Elle dit au revoir à Regina et Ruby et quitta finalement la maison. Emma ôta sa chemise et ne garda que son débardeur blanc. Puis, elle se fit une queue de cheval. Elle était à présent plus à l'aise.

« Tu viens ? J'aimerais te montrer quelque chose. » murmura Emma à l'intention de Regina.

L'avocate se tourna vers Ruby et s'assura que cette dernière avait bien une arme à sa disposition. Regina suivit ensuite Emma et fut surprise de voir que cette dernière l'emmenait au sous-sol dont la porte se situait derrière l'escalier. Ceci l'interpella mais elle ne dit rien. Emma alluma la lumière et descendit. Regina lui emboita le pas avec moins d'assurance, ses talons claquant sur les marches de cet escalier pentu.

Regina constata la présence d'une machine à laver volumineuse ainsi que d'un lave-linge tout aussi guindé. Les murs et le sol étaient d'un gris caractéristique. Le sol étaient un peu poussiéreux mais ce n'est pas ce qui retint son attention. La pièce était large et devait être l'ombre du rez-de-chaussée. La pièce était étonnamment bien éclairée. Le seul autre mobilier qui se trouvait dans la pièce était une petite table. Emma ouvrit les portes de l'armoire métallique qui étaient fermées à clef. Elle revint avec deux paires de lunettes et deux casques anti-bruit.

- « Qu'est-ce que c'est que cet endroit ?

- Le sous-sol, répondit l'avocate sur le ton de l'évidence.

- Mais ceci ? »

Regina pointa les cibles de papier qui tapissaient le mur opposé. Les silhouettes noires illustraient les proportions d'un homme lambda.

- « Une salle de tir.

- Pourquoi avoir aménagé cette telle salle ? Elle était déjà dans la maison ?

- Non, on a fait les travaux.

- ''on'' ? »

Emma se tut. Elle préféra aborder un autre sujet.

- « Tu sais tirer ?

- Non.

- Je vais t'apprendre.

- Pourquoi ? C'est en lien avec les récents incidents ?

- … Oui, avoua Emma.

- Je croyais que cela ne vous inquiétait pas. »

Emma déglutit et se donna quelques secondes avant de répondre.

- « Dans le doute, je préférerais que tu saches tirer.

- D'accord. »

Elles mirent les lunettes transparentes sur leurs nez et le casque autour de leur cou pour le moment.

- « Tout d'abord, je te rappelle que ce n'est pas un jouet.

- Je ne suis pas si stupide, Miss Swan. »

Peut-être qu'Emma s'amusa de l'agacer. Ceci rendait la situation moins pesante.

- « Tu ne pointes pas le canon sur quelqu'un. Jamais. Tu ne te fies jamais qu'à la sécurité de l'arme : si ça merde, le coup part. Y a qui sont claqués comme ça. Tu ne prends l'arme que pour tirer, après tu la reposes. Ok ?

- Ok. » acquiesça Regina.

Emma partit chercher un pistolet dans l'armoire. Elle mit le casque sur ses oreilles.

- « C'est un Beretta compact. C'est un semi-automatique. Il est plus léger que les autres. Tu as treize tirs par chargeur.

- Vous pouvez m'expliquer, pour moi ce n'est qu'un pistolet comme un autre. »

Emma sentait que l'arme mettait Regina mal à l'aise. Elle actionna la glissière dans un geste vif et le repositionna à sa juste place. Le claquement l'informa que tout était normal. Emma vérifia que la sécurité était correctement mise et chargea l'arme en insérant le chargeur dans le crosse. Elle se plaça à une certaine distance des cibles et mit son casque sur ses oreilles. Elle ôta la sécurité de l'arme. Elle actionna le chien qui se trouvait à l'extrémité de la culasse.

« Tu te mets en position d'appui. » décrivit Emma en ajustant sa position.

Elle inspira et expira lentement.

« Fais gaffe à pas te faire avoir par le recul. Ça surprend au début. Mets ton casque. »

Regina s'exécuta. Emma leva l'arme de sa main droite. Elle resserra sa prise autour de la crosse. La brune fut surprise de voir qu'elle n'utilisait que sa main droite. Emma serra la mâchoire. Elle expira et bloqua sa respiration. Elle visa et pressa la gâchette. Deux fois. Deux coups successifs explosèrent dans la pièce. Regina sursauta, surprise d'entendre la détonation, bien que le bruit soit largement étouffé par le casque.

Emma baissa l'arme, enclencha la sécurité et la reposa sur la table. Elle ôta son casque et soupira, comme si elle ne s'autorisait à respirer qu'une fois que les coups eurent cessé.

- « Maintenant à toi.

- Je me demande si c'est nécessaire.

- Ça l'est, fit Emma. C'est pour te défendre. »

L'avocate lui fit signe de venir. Cette dernière remarqua alors les talons de la brune.

- « Il faut que tu retires ça. C'est casse-gueule.

- C'est demandé si gentiment..., fit Regina dans un sarcasme.

- Pardon. S'il te plait, retire tes ballerines. », reprit Emma avec légèreté.

Regina se garda de réagir à sa réplique et ôta ses chaussures. Emma lui tendit sa main et lui suggéra de s'appuyer sur elle son oreille interne lui faisait encore parfois défaut. Elle redevint alors plus petite qu'Emma. Cette dernière lui faisait face. Elle tapota légèrement ses chevilles en faisant vaquer son pied entre l'espace qui séparait les deux pieds de Regina.

« Mets-toi en appui, s'il te plait, ordonna doucement Miss Swan. Il faut que tes pieds soient alignés avec tes épaules. Mets ton pied fort légèrement en avant. »

Emma tapota les épaules de la brune à titre indicatif. L'élève ajusta sa posture. Emma leva ensuite les yeux vers Regina.

« On fait une répet' sans l'arme. Ce sera mieux. »

Regina suivit ses indications. Elle entrecroisa ses doigts et garda l'index et le majeur tendus afin de constituer une arme symbolique. Elle se mit en position et tendit les bras devant elle. Emma se plaça dans son dos afin de mieux juger de la justesse de ses mouvements. Elle posa sa main sur le coude de Regina.

« Tu dois avoir les bras bien droits sinon tu vas te faire assommer par ton arme. Si tu la tiens n'importe comment, c'est un coup à se prendre un retour de bâton. Il faut que tu la tiennes fermement. »

Emma se plaça derrière son épaule et l'incita à viser légèrement plus haut.

- « Garde les deux yeux ouverts quand tu tires... sauf si tu deviens borgne. Là, tu as le droit de n'en utiliser qu'un.

- Je ne comprends pas comment vous pouvez faire de l'humour, fit Regina en se tournant vers elle.

- Il faut bien. »

Emma se recula. Elle laissa Regina prendre l'arme et retourner à sa place pour tirer. Elle était loin d'être à l'aise avec une arme à la main.

« Ne poses jamais ton index directement sur la gâchette » ajouta Emma.

Regina déglutit et leva l'arme à deux mains. Il était impressionnant de la tenir, terrifiant aussi. Elle visa la silhouette de papier. Emma revint vers elle, sur le côté, afin d'être sûre de ne pas la surprendre.

« Il faut que tu alignes les deux réticules, avant et arrière quand tu tires. C'est les deux petits trucs à l'avant et l'arrière de la culasse. », précisa l'avocate.

Regina regarda l'index d'Emma pointer l'arme pour illustrer son propos. Ses mains tremblaient. Emma posa sa main sur la sienne afin de les faire cesser. Il ne fallait pas être fébrile.

- « Il y a encore la sécurité, tu ne risques rien. Et le mur est conçu pour résister aux balles. Il y a pas de ricochet.

- Je sais.

- Tu tires quand tu as fini d'expirer. Et ne te relâche pas, même après le tir. Les accidents ont souvent lieu après... La douille va sortir d'ici. », ajouta-t-elle encore en montrant une pièce grise dans la culasse.

Regina hocha la tête, la gorge serrée. La sécurité fut retirée et l'avocate se recula derrière elle. Emma croisa les bras et attendit. La détonation ne vint pas. Les bras tendus de Regina tremblaient légèrement, sous l'effet du stress. Elle abaissa finalement l'arme.

« Je ne peux pas tirer. » souffla-t-elle.

Emma s'avança.

- « Lève ton arme.

- Je ne veux pas apprendre à tirer.

- Lève ton arme, répéta Emma d'un ton neutre.

- Je ne pourrais pas tuer quelqu'un.

- Si tu peux. Si ce type en face a une arme et te menace avec, c'est lui ou toi. Tu dois tirer avant lui. C'est lui qu'on laissera sur le carreau ou toi. »

Regina soupira et leva de nouveau son arme. L'avocate recula.

« Tire. » ordonna Emma.

Regina appuya sur la gâchette. La détonation retentit. Un léger nuage se dissipa. La douille fut éjectée de la chambre et roula sur le sol. Elle accusa le recul de l'arme. Son cœur manqua un battement.

« Ne ferme pas les yeux quand tu tires, conseilla Emma. Si tu vois rien, t'es foutue. Vise un chouilla plus à gauche. Allez, encore. »

Emma avait formulé ses mots de façon plus encourageante, bien que le bruit des détonations lui soulèvent encore le cœur.

- « La cervelle c'est nickel, les rotules c'est pas nul, renchérit Emma.

- Quel psaume ridicule..., souffla Regina sans se retourner.

- En attendant, il faut amocher l'autre suffisamment pour que tu survives. »

Regina termina de vider la cartouche. Les douilles roulèrent sur le sol. Elle reposa l'arme sur la table, le cœur battant. Emma enclencha le cran de sécurité et ôta le chargeur. Elle se dirigea vers la cible. L'élève débutante remarqua alors que le débardeur échancré laissait voir une partie du dos d'Emma et dévoilait les cicatrices de son omoplate gauche.

- « Ça va, tu t'en es pas trop mal sortie pour une première fois. Y a deux-trois coups un peu HS mais sinon, tu l'aurais touché, constata Emma avec satisfaction.

- Je ne sais pas si c'est un compliment... Je ne trouve pas ça... réjouissant.

- C'est bien. Ça prouve que tu sais que l'arme peut tuer. »

Regina observa les trous béants laissés par les balles dans la silhouette de papier et les marques circulaires que portaient le dos d'Emma.

« Vous vous êtes fait tirer dessus... ? », demanda Regina d'une voix plus basse.

Emma serra le poing gauche. Ses doigts se replièrent de bonne grâce à l'exception du petit doigt. Elle préféra observer les cibles humanoïdes plutôt que d'affronter le regard de Regina.

- « Oui, répondit l'intéressée après avoir gardé le silence quelques secondes.

- C'est pour ça que votre bras...

- Oui, coupa Emma en se retournant vers elle. Les deux balles ont explosé mes os et flingué un nerf au passage. J'ai dû revoir mes projets professionnels...

- Était-ce douloureux ?

- Non.

- Et maintenant ?

- Seulement à l'intérieur.»

Emma décida que c'en était assez pour aujourd'hui. Elle rangea l'arme sous scellé.

- « J'ai remarqué que vous parliez de cette maison comme étant chez vous mais vous n'y habitez pas, fit-elle pour changer de sujet.

- C'est exact, Détective Mills, répondit Emma.

- J'essaye simplement de discuter avec vous. Inutile de vous braquer. C'est assez perturbant de mettre sa vie entre les mains de quelqu'un dont on ne connait rien... à part son mauvais caractère et son appétit d'ogre... »

Emma sourit, amusée et flattée.

- « Disons qu'au moment où je devais emménager ici, je me suis prise une balle dans le bras et que finalement, je n'ai jamais vraiment emménagé. J'ai eu beaucoup de choses à régler, j'ai dû changer de boulot.

- Vous auriez pu déménager plus tard.., supposa Regina.

- J'aime trop mon appartement, se justifia Emma. Puis, c'est un peu ma résidence secondaire. Ma vie n'est pas si intéressante. »

Emma n'en dirait pas plus. Regina le savait. Elle était même agréablement surprise que Miss Swan s'autorise à être un peu plus loquace.

- « Vous êtes toujours si méfiante ?, s'interrogea Regina.

- Oui. Et que tu sois ma cliente me rend pas plus bavarde, c'est vrai.

- Vous devez quand même reconnaître que notre situation n'est pas des plus banales.

- Ce n'est pas une raison pour ne pas me montrer professionnelle, rappela l'avocate.

- Donc vous emmenez toutes vos clientes faire du shopping ?

- Seulement celles que je sors d'hôpital psychiatrique. » précisa Emma dans un sourire.

Regina se rechaussa de ses talons. Elle était plus à l'aise dans ses talons haut perchés qu'une arme à la main.

- « Concernant l'affaire, je cherche à retrouver le type que tu as décrit. Ruby met en place un logiciel de reconnaissance qui passera en revue tous les flics de New-York qui correspondent plus ou moins au portrait-robot.

- Je croyais que vous ne faisiez pas confiance à l'hypnose ?

- Si tu te souviens de ce type, doit y avoir une raison, fit Emma en haussant les épaules. Je continue mes recherches sur Henry aussi. Je ne perds pas de vue que c'est l'objectif principal. »

Regina s'approcha et posa sa main sur le bras de l'avocate.

- « Merci pour tout ce que vous faites. Je ne suis pas d'une grande aide.

- Tu as été droguée, c'est pas ta faute. Bon, on va manger ? Ça a pas l'air mais le tir, ça creuse. »

Emma l'invita à passer devant. L'avocate en profita pour ramasser les douilles et éteindre les lumières. Le sous-sol sombra dans l'obscurité.


Maitre Swan feuilletait les pages de ses dossiers, prenant des notes, triant et élaborant sa future plaidoirie pour un nouveau dossier que Gold lui avait confié. Elle avait réquisitionné la table circulaire de la salle-à-manger.

- « Non, Mamie. Je peux pas. Je dois bosser, répondit-elle distraitement.

- Demande un délai, tu travailles beaucoup trop, lui fit remarquer cette dernière. Emmène-la demain alors.

- Demain, je voulais m'infiltrer dans son association pour voir comment...

- Alors ce soir, insista la vieille dame. Toi aussi, tu as besoin de sortir.

- Mais on a été chez Edna !, se plaignit l'avocate en se tournant vers Mamie.

- Justement après avoir été chez Edna et au spectacle, elle dormait moins et mieux. Ça lui fait du bien de sortir. »

La grand-mère était dans la cuisine mais elle pouvait quand même voir le regard outré d'Emma dans la salle-à-manger.

- « C'était il y a un mois !, s''exclama Mme Huai.

- C'est récent, non ? »

Elle lança avec violence un torchon sur l'avocate, en bougonnant sur son manque de tact.

- « Elle a été enfermée, droguée, abusée, ...

- Tu crois que je ne le sais pas ?, la défia Emma.

- Elle n'a pas eu de vrai anniversaire..., se désola la grand-mère.

- Son anniversaire était en février. Et techniquement, elle a loupé deux anniversaires. Si elle les fête pas, c'est comme si elle vieillissait pas.

- Raison de plus pour faire cette sortie. » cingla Mamie en lui donnant une tape sur la tête.

Elle appuya ses arguments tant d'insistance qu'Emma finit par céder.

Elle monta les escaliers en trainant des pieds. Elle toqua doucement à la porte de la chambre et l'ouvrit dans un grincement.

Regina lisait un livre, assise sur le rebord du lit. Il était assez amusant de la voir oisive dans une tenue aussi stricte et classieuse. Emma avait l'impression de ne jamais la voir avec le même tailleur. L'avocate lui adressa un sourire crispé, cherchant comment elle pourrait formuler sa question.

- « En fait, Mamie pense qu'on devrait sortir..., commença-t-elle maladroitement en s'adossant à l'embrasure de la porte.

- Où veut-elle aller ?

- Elle viendrait pas, s'empressa-t-elle de corriger. Heu.. Si je t'invite pour un resto c'est bon ?

- M'inviter ?

- Te proposer, se reprit Emma. C'est pareil. Mulan pourrait venir aussi.»

Elle croisa les bras sur sa poitrine, attendant une réponse. Regina referma doucement son livre.

- « Je pensais qu'on ne devait pas sortir ?

- Je connais un coin où on ne risque trop rien, avança l'avocate d'un ton plus assuré.

- Et les recherches ?

- Ruby continue de fouiner partout où elle peut mettre son nez et Killian suit Robin ce soir. Je ne peux rien faire de plus. Mais si tu veux rester ici...

- Non, coupa Regina. Je veux sortir.

- Ok. »

Emma lui adressa un vague geste de la main et sortit de la chambre en prenant soin de refermer la porte derrière elle. L'avocate soupira et redescendit les escaliers. Mamie l'y attendait en bas, un fin sourire vainqueur habillant ses lèvres.

- « Voilà, c'est fait. Tu es contente ?, lança Emma.

- Pas autant que toi...

- Tu dis n'importe quoi. Allez laisse-moi avancer encore un peu mon dossier avant que Gold ne décide de me virer. »


Mulan se moquait silencieusement d'Emma. Cette dernière avait tenu bon, malgré les salves réitérées maintes fois par Mamie et avait gardé une tenue simple aux couleurs pâles. Elle ajustait pour la quatrième ou cinquième fois sa veste rouge sur ses épaules.

- « Mais Mamie, lâche-la un peu..., lui souffla Mulan qui l'avait prise en pitié.

- Oui, Mamie, renchérit Emma. Garde ça pour Mulan et Fleur.

- C'est pas de ma faute si tu me proposes une sortie quand je peux pas. Je peux pas annuler mon rendez-vous avec Fleur, se défendit Mulan.

- Lâcheuse.. », souffla son amie.

Leurs chamailleries s'éteignirent aussitôt que Regina fit son apparition. Elle fut gênée de ce soudain silence qu'imposait sa présence. Emma accordait à Edna un certain don pour ce qui était de choisir les vêtements qui sailliraient le mieux à une silhouette. Regina portait une robe noire qui laissaient ses jambes offertes aux regards. Elle avait opté pour un blazer blanc avant de casser le sombre de sa tenue.

Mulan lança un regard à Emma. Mamie opta pour un geste plus significatif et lui donna un léger coup de coude que l'avocate interpréta tout autrement.

« On y va ? » demanda-elle.

Mamie roula des yeux et grogna, outrée. Regina hocha la tête et enfila ses chaussures. La grand-mère de Mulan estima qu'il était de son devoir de dire certaines choses à Regina.

« Tu es magnifique, Regina, la complimenta Mamie avec sincérité. Ce serait bien, Emma, que tu portes des choses comme ça aussi. »

L'intéressée ne releva pas. Regina observera Emma et se demanda alors si sa tenue n'était pas trop habillée, après tout, elle ne savait pas où Miss Swan s'apprêtait à l'emmener.

« Non, c'est bon. Tu verras, c'est même moi qui dénoterait un peu. » répondit Emma.

Elles partirent sous le regard de Mulan et de sa grand-mère.

- « Je devrais prier les ancêtres pour la chance..., souffla sa petite-fille.

- Comment veux-tu qu'ils nous viennent en aide ? Ils sont morts ! Parfois, je me demande d'où tu tiens un tel discours... »

La grand-mère tendit sa main. Mulan soupira et lui donna quelques billets.

- « J'adore faire des paris avec toi..., se réjouit-elle.

- Je ne sais même pas comment tu as fait pour la convaincre. Elle a toujours le nez dans ses dossiers et refuse de sortir accompagnée.

- Elle en avait envie, tout simplement. » déclara la vieille dame.

Elle partit dans la cuisine, sous le regard indécis et presque admiratif de sa petite-fille.

- « Je vais nous faire un thé puis on va rentrer.

- Évite juste de cirer le parquet, lui conseilla Mulan.

- Et sinon, comment ça se passe avec Fleur ? Où est-ce que tu vas l'emmener ? », héla sa grand-mère depuis la cuisine.

Mulan soupira. Peut-être qu'Emma était chanceuse finalement d'échapper à Mamie et à sa curiosité joviale.


Notes :

Concernant le mah-jong, un « chow » est une suite de trois tuiles. Un « pung » consiste à rassembler trois tuiles identiques.

Le « double-tap » est une technique de tir de la police qui consiste à tirer deux fois de suite.

Emma a un Beretta Px4 compact parabellum, 9mm. C'est l'arme la plus légère que j'ai pu trouver (740gr à vide + 30-40gr pour la chargeur). Donc, comme elle ne tire que d'une main, c'est plus pratique.

Je mettrai la suite samedi !