L'épuisement chronique d'Arya lui avait valu de nombreux devoirs supplémentaires à faire durant les vacances de Pâques, ce qui ne l'empêchait pas d'attendre le vendredi soir avec impatience. Elle s'était surveillée, et Tres n'avait pu trouver de motif pour la mettre en retenue. Elle passerait donc deux semaines loin de lui, et pourrait récupérer. Les examens de fin d'année approchaient, et elle souhaitait réviser. L'idée d'échouer en Défense Contre les Forces du Mal alors qu'elle avait obtenu une excellente note l'année précédente la démoralisait, mais elle comptait bien ne pas se laisser distraire. Sa bonne humeur revint au fur et à mesure qu'approchait sa délivrance.
-Bon, lança Lizzie, nous avons une potion, qui doit mijoter durant deux mois, je vous rappelle. Où est-ce qu'on la fait ?
-Dans le dortoir ? suggéra Isis. Personne n'y vient jamais, à part nous… Ou dans notre salle de bain.
-En gros, résuma Arya, il nous faudra la boire durant les derniers jours de juin, puisqu'il s'ensuit une période de vérification. Si jamais elle est mal préparée…
Elle grimaça, préférant ne pas y penser. Melania leva les yeux au ciel devant sa paranoïa, et elle lui lança son oreiller à la figure. D'un mouvement de baguette négligent, celle-ci l'envoya valser à travers la fenêtre ouverte.
-Mel ! protesta-t-elle alors que les deux autres éclataient de rire.
Elle se résolut à attendre que les elfes de maison lui en fournissent un nouveau lorsqu'ils nettoieraient le dortoir plutôt que d'aller le chercher dans le parc –ou le lac, et décida d'aller faire un tour à la bibliothèque. Il lui semblait qu'elle n'avait pas cherché un livre à lire pour le plaisir depuis une éternité. Elle écuma les rayonnages, désireuse de trouver un ouvrage traitant de l'histoire de la communauté sorcière lors des procès de Salem. Les deuxième années de Gryffondor et Serdaigle avaient commencé à aborder ce sujet lors des cours d'Histoire de la Magie, et elle le trouvait passionnant. L'atmosphère calme, studieuse et poussiéreuse de la bibliothèque acheva de la détendre entièrement pour la première fois depuis des semaines. Mr Goethe, le bibliothécaire, lui adressa un léger sourire en la voyant approcher, un lourd livre entre les mains.
-Cela faisait un moment que vous aviez disparu, murmura-t-il.
Il s'agissait d'un petit homme habillé d'un costume gris aux fines rayures blanches, aux cheveux gris poussiéreux et aux yeux marron inquisiteurs. Il se faisait relativement discret, mais reconnaissait chaque élève et possédait une excellente mémoire. Il inscrivit son nom sur le registre, et la suivit des yeux alors qu'elle repartait. En passant devant la salle de sortilèges, Arya poussa légèrement la porte déjà entrouverte. Le passage de la baguette de Sureau avait été ouvert, un homme marmonnait en inscrivant des objets dans un carnet, un autre sortit un bocal qu'elle reconnut aussitôt. Elle esquissa une moue contrite. Une délégation du ministère de la magie avait été envoyée quelques mois plus tôt, et ils fouillaient la caverne et le labyrinthe du passage secret durant les heures où la salle était libre et les week-ends.
La salle commune de Gryffondor était déserte, à l'exception de quelques cinquièmes et septièmes années qui révisaient déjà leurs BUSE et ASPIC.
-Pourquoi est-ce que tu révises déjà ? soupira Melania.
-Ce n'est pas parce que tu t'en tire bien sans réviser que tout le monde est dans le même cas que toi, fit observer Isis.
La jeune Black avait à peine jeté un œil à ses manuels l'année précédente, et s'en était tirée avec un peu plus de la moyenne. Si jamais elle s'était donnée la peine de travailler, elle aurait été l'une des meilleures de leur promotion.
-La seule matière qu'Arya ait besoin de réviser est la botanique, railla leur amie.
Lizzie fit avancer son cavalier, qui s'empara de la tour d'Isis. Aussitôt, son fou se mit à invectiver la jeune née-moldue pour ses mauvais choix. Melania tripotait ses boucles blondes, songeuse.
-Je me demande comment vont se passer mes vacances, cette année.
-Il est un peu tôt pour s'en inquiéter, tu ne crois pas ? répondit la sorcière rousse en prenant le fou de son adversaire avec un sourire victorieux. De toutes façons, tu peux toujours venir chez moi.
-Ou chez moi, proposa Arya.
Elle savait que Sadji serait ravie de rencontrer son amie, en dépit du caractère bien trempé et de la verve de celle-ci.
-Un séjour chez les moldus ? Tentant, mais je doute que mes chers géniteurs me laissent y aller.
La sorcière blonde haussa les épaules et retourna à la métamorphose. Elle esquissa pourtant un sourire en imaginant la réaction de Melania face au transécran, aux photos presque immobiles, aux voitures… Isis coucha son roi en signe de reddition.
La Grande Salle était majoritairement occupée par les deuxièmes, cinquièmes et septièmes années. Des brochures jonchaient les tables habituellement recouvertes de couverts et de plats luxueux.
-Intéressant, railla Melania en reposant une brochure bleu nuit dont Isis s'empara.
Elles devaient faire leur choix pour les options qui seraient ajoutées à leur emploi du temps l'année suivante.
-La divination paraît un peu… Aléatoire, non ? commenta la sorcière brune en mordillant sa lèvre.
-Qui sait, se moqua la jeune Black, d'ici quatre ans, tu sauras peut-être prédire l'arrivée du prochain mage noir. Mieux que les journaux.
-Ce qui n'est pas difficile, répliqua Lizzie en repoussant un papier intitulé « Elargissez vos horizon : Comprenez les moldus ». Mais je pense que pour réussir vraiment, il faut avoir un réel talent, et qui serait déjà perceptible.
-Tout ça n'est qu'un ramassis de stupidités, si tu souhaites mon avis, rétorqua la sorcière aux boucles dorées.
Les laissant à leurs chamailleries, Arya ouvrit une brochure relativement colorée portant simplement le titre de « Magie Avancée ».
La magie peut revêtir différentes formes, et recèle de nombreux secrets. Pourquoi existe-t-il des cracmols et des nés-moldus ? Pourquoi les enfants peuvent-ils exercer sans baguette, et pas les adultes ?
Elle fronça les sourcils devant cette introduction en matière, et tourna les pages avant de s'arrêter sur une photo où un jeune homme faisait voler une plume avec juste son doigt.
Le cours que je vous propose n'étudie pas, bien sûr, les aspects sombres ou expérimentaux de la magie, mais approfondi le potentiel. Vous aurez la possibilité de jeter un sort sans aide de votre baguette magique, et d'étudier les différentes formes de magie.
Au dos, un avertissement indiquait « Cette matière requiert du travail personnel et de l'énergie ». La jeune lycaon reposa le papier, et se laissa aller à rêver. Le combat esthétique des jumeaux Rathbone l'avait fascinée, l'année précédente.
-Je crois que j'ai choisi mes deux options, lança-t-elle.
-Deux seulement ? lança Melania, moqueuse.
Arya lui tira la langue, et rajouta son nouveau choix en dessous d' « Etude des Runes ». Elle avait hésité à prendre les cours de Soins aux Créatures Magiques, mais elle se doutait que certains animaux sentiraient probablement le loup en elle, et qu'ils ne l'apprécieraient pas.
-Je vais prendre Arithmancie et Divination, lança Lizzie avec un regard féroce à la jeune Black pour la dissuader de faire un quelconque commentaire.
Celle-ci leva les yeux au ciel avant d'annoncer ses propres choix :
-Divination, pour rire un peu, et Etude des Moldus. Je suis sûre que mes parents vont détester, mais comme rien ne m'intéresse vraiment…
-Moi je prends Soin aux Créatures Magiques et Magie Avancée, fit anxieusement Isis.
Arya lui sourit. Elles auraient au moins un cours commun.
-Maintenant que tout est clair, j'irais bien faire un tour aux cuisines, lança Melania en se levant d'un bond.
Les trois autres échangèrent un regard mi-amusé, mi-exaspéré devant l'incapacité de leur amie à rester immobile.
Le mardi matin, alors que les Serdaigles et Gryffondors sortaient d'Histoire de la Magie, Arya s'approcha du professeur Sinistra. Elle voulait lui poser quelques questions sur le livre emprunté à la bibliothèque. La directrice des Serdaigle sourit en la voyant approcher.
-Professeur, croyez-vous qu'Abby et Betty Paris ont vraiment subi un envoûtement, que Tituba était vraiment une sorcière, ou était-ce tout simplement deux enfants qui s'amusaient et ont prétendu être envoûtées, attirant par hasard les soupçons sur de vrais sorcières ?
La jeune femme réfléchit un instant.
-Les témoignages divergent selon les livres, Miss Lupin. Pour ma part, je pense que ces fillettes ont fait des expériences, une peut-être parmi elle était dotée de magie, et qu'elles ont pris peur.
Arya hocha la tête en guise de remerciement. Le professeur remonta ses lunettes argentées, puis sourit de nouveau.
-Vous avez l'air d'aller mieux. Ces vacances vous ont fait du bien. Je suis heureuse de vous revoir sourire… Et bavarder.
La sorcière blonde se mordit la lèvre à l'évocation des réprimandes dont Melania et elle avaient écopées durant les deux dernières heures. Elle salua la jeune femme, puis rejoignit ses amies qui l'attendaient en bas de la tour. Arya sentit son estomac se contracter alors que la récréation se terminait et qu'elles montaient jusqu'en classe de Défense Contre les Forces du mal. Chaque fois, Tres franchissait un pas dans la cruauté à son encontre.
Deux semaines plus tard, tous les efforts qu'avaient fait Arya afin de se reprendre durant les vacances étaient anéantis. Elle avait de nouveau maigri, et de nouveaux cernes violets creusaient ses joues livides. Tres semblait décidé à la détruire. Il lui avait donné quatre nouvelles retenues, et il avait corrigé à haute voix leurs devoirs sur la façon de se protéger d'un loup-garou, commentant les suggestions avec une cruauté jouissive. Elle n'avait pu regagner son dortoir qu'à l'aube. Après s'être endormie à plusieurs reprises en cours d'Histoire de la Magie, elle avait récolté une autre retenue –qui avait certes été plus agréable que les autres, le professeur Sinistra lui ayant demandé de réécrire ses notes au propre. Elle passait son temps libre à dormir, peinait à faire ses devoirs, et ne trouvait pas un moment pour réviser ses examens. Prétextant de mauvais résultats à son contrôle, le professeur de Défense Contre les Forces du Mal la retint un mercredi après midi entier, parlant de magie noire. Arya n'en pouvait plus. Le professeur Minstead lui donna également une retenue pour n'avoir pas rendu son devoir de sortilèges à l'heure, puis Tres une semaine car elle ne s'était pas présentée à celle qui avait lieu le soir de la pleine lune. Ses capacités à attraper le vif d'or dans son état d'épuisement complet diminuaient peu à peu, et Enola rallongea les séances d'entraînement, ajoutant à sa torture.
-Je vais démissionner, bredouilla Arya au début du mois de mai alors que Lizzie et elle se changeaient.
-Ne sois pas ridicule, siffla son amie. Le quidditch est le seul moment de loisir dont tu disposes ces temps ci, et ta seule occasion de te défouler, de montrer ce dont tu es capable. Tu renoncerais vraiment au plaisir de voler, de jouer ?
-Je suis pitoyable, gémit la jeune lycaon.
Lizzie l'attrapa violemment par le bras.
-Si tu fais ça, tu laisses Tres gagner, tu en es consciente ?
Arya, qui avait sursauté lorsqu'elle avait attrapé sa chair maigre et endolorie par les heures passées à récurer divers objets, cria, puis montra les crocs, juste avant que les mots lui fassent l'effet d'une gifle.
-Ca suffit, Arya. Ou tu en parles à quelqu'un, ou tu te reprends. Tu es pleinement responsable de ce qui t'arrive ! On dirait que tu y prends plaisir.
La sorcière blonde repoussa violemment son amie, qui tomba douloureusement contre le mur.
-Que j'y prends plaisir ? hurla-t-elle. Que j'y prends plaisir ? Prends ma place, ensuite, tu auras le droit de me juger ! Est-ce que tu as une idée de ce que j'endure tous les soirs ? Tu es bien au chaud dans la salle commune, alors que Tres parle, encore, encore et encore, sur… Tu sais quoi, sans me regarder, puis sur la magie noire, sur mes devoirs.
Lizzie se releva tant bien que mal, et lui saisit les épaules, puis planta ses yeux verts dans les siens.
-Alors qu'est-ce que tu attends pour en parler au professeur Delacour ? Fais-le, Arya, ou nous le ferons !
Elle la secoua. Arya hurla de plus belle, et se dégagea violemment, avec la terrible envie de se jeter sur la sorcière rousse.
-Non ! Jamais, tu m'entends ! Vous n'avez pas le droit. Tu ne comprends pas, Tres cherchera à se venger ! Il me hait, et il pourrait menacer d'aller tout raconter au ministère de la magie ! Je ne veux pas finir à Azkaban, je préfère encore être libre et en mauvaise santé !
Elle était hystérique, hurlant sa rage et son désespoir, son impuissance, tous ces sentiments qu'elle refoulait depuis maintenant des mois. Elle ignorait pour quelle raison Tres n'avait pas encore été voir le ministère de la magie. Il la terrorisait, et elle savait que Kate, même si elle la croyait, lui signalerait qu'il était autorisé à lui donner des retenues. Lizzie l'attrapa de nouveau, elle chercha à se dégager et toutes deux chutèrent au sol. La rouquine l'immobilisa, puis d'une voix claire et parfaitement calme, la résonna.
-Calme toi, Arya. Tout va bien.
Elle la tenait fermement, plongeant ses yeux dans les siens.
-Ecoutes moi, Arya, personne ne te fera de mal. Je suis là. Melania et Isis sont dans le dortoir. Nous allons les rejoindre, d'accord ?
Elle glissa doucement mais toujours fermement sa main dans la sienne.
-Que se passe-t-il ?
Enola et Liam venaient d'entrer dans le vestiaire, alertés par les cris. Lizzie, la tenant toujours, expliqua :
-Tout va bien. Nous nous sommes disputée, mais tout va bien maintenant.
Elle avait cette même voix étrangement calme et ferme, qui fit froncer les sourcils de leurs aînés. Alors qu'elle reprenait sa respiration, Arya se souvint qu'elle avait déjà entendu son amie s'exprimer ainsi : quand elle s'adressait à son petit frère. Elle venait de la calmer grâce à sa connaissance des situations de crise. La honte la submergea, et elle hocha faiblement la tête pour confirmer les dires de la poursuiveuse.
La serre de botanique était un cauchemar vivant. Les plantes dangereuses qui croissaient à l'intérieur risquaient de provoquer des catastrophes chaque fois qu'Arya s'approchait d'elle. Isis devait redoubler d'attention pour éviter le pire. La sorcière blonde venait de passer une autre nuit en compagnie de Tres, qui lui avait cette fois fait faire une rédaction sur ce qui s'était exactement passé lors de la mort de Rathbone. Raviver ses souvenirs alors qu'elle était si fragile avait presque eu raison de son self-contrôle, et elle n'était pas loin d'avoir une nouvelle crise. Ses yeux la brûlaient, elle tenait à peine debout et une boule dans la gorge l'empêchait de respirer.
-Fais gaffe ! grogna Nott lorsqu'elle faillit renverser le contenu acide de son arrosoir sur lui.
Rowle leva aussitôt la tête, prête à en découdre, mais Arya le remarqua à peine. Elle resserra ses doigts tremblants sur l'objet et serra les dents pour éviter de laisser les larmes couler.
-Réagis, Lupin, siffla Malefoy entre ses dents.
Son habituelle fureur avait laissé place à la lassitude, et elle fut incapable de trouver l'énergie de prendre soin de plantes dont elle ignorais jusqu'au nom. Les remarques de Dolowhood glissèrent sur elle sans qu'elle les entende, et elle se contenta de hocher la tête lorsqu'il lui indiqua qu'elle devrait effectuer une retenue avec le garde-chasse. Depuis qu'elle ne parvenait plus à maintenir son attention en cours, elle se doutait que le directeur des Serpentard finirait par sévir à son tour.
-Astronomie… Marmonna-t-elle alors qu'elle tentait tant bien que mal de se tenir au programme de révisions qu'Isis avait élaboré pour elle.
-Je maintiens que je vais me procurer du polynectar pour l'année prochaine, si jamais ça continue, grogna Melania.
-Oh non, répondit Lizzie. On va trouver un moyen d'arrêter ça, même si je dois en parler avec mes parents pendant les vacances. J'ai ta permission ?
Arya hocha la tête. Elle était si fatiguée qu'elle ne ressentait plus aucune honte. D'ici une heure, elle serait en train de disserter sur la magie noire, et son influence sur les loups-garous –après lui avoir fait nettoyer tout l'argent du château et sa salle de classe, Tres s'était rabattu sur une punition plus classique. Seul l'instinct de survie et son orgueil la maintenaient éveillée.
Le dernier match de l'année verrait s'affronter Serpentard et Gryffondor. Comme l'année précédente, les tensions qui régnaient entre les deux maisons avaient redoublé. Tous les membres des équipes de Quidditch faisaient l'objet de tentative de mauvais sorts. Cole, le capitaine de Serpentard avait fini à l'infirmerie avec des dents de cinquante centimètres. En représailles, des quatrième année verts et argents avaient profité d'un cours de potion pour arroser Enola Shackebolt d'une potion d'enflure.
-Vous êtes prêts ? demanda leur capitaine, dont la main était redevenue normale quelques jours plus tôt.
Tous hochèrent la tête. La tension qu'ils éprouvaient se dissiperait dès qu'ils s'envoleraient. Le coup de sifflet indiquant le début retentit. Arya avait du mal à garder les yeux ouverts. Son poignet suintait, car le loup s'était acharné dessus deux semaines plus tôt, le mordant plus fort qu'à l'accoutumée. Elle souffrait de terribles courbatures. Un cognard lui frôla l'épaule et elle serra les dents avant de braquer à droite. Son balai tremblait, elle peinait à maintenir le cap. Gryffondor marqua, et elle revint brutalement à la réalité, désireuse de chercher le vif d'or.
-Malefoy semble avoir repéré quelque chose, mais Lupin est trop occupée à ne pas tomber pour s'en soucier.
Elle manqua de s'étrangler, et aperçut le regard furieux que le professeur de métamorphose braquait sur le commentateur. Elle plongea pour rattraper Malefoy, mais celui-ci était déjà remonté près des buts. La balle dorée leur avait échappée. Un nouveau but de Gryffondor lui redonna du courage. Un éclair jaune lui passa devant le nez, et elle tendit le bras, trop tard. Son poignet gauche la trahit, et elle chuta d'une dizaine de mètres avant de pouvoir redresser le cap. Le vent sifflait à ses oreilles. Un coup de sifflet indiquant la fin du match retentit : l'attrapeur de Serpentard venait d'attraper le vif. Arya regagna le sol en se mordant la lèvre. Elle avait piètrement volé et en était pleinement consciente. Dès qu'ils furent dans les vestiaires, Enola laissa éclater sa colère, et elle ne put même pas la regarder en face.
-Qu'on perde parce que tu n'as pas réussi à attraper le vif d'or, ça arrive, et je ne vais pas te le reprocher. Mais tu n'as même pas essayé ! On aurait dit que tu montais sur un balai pour la première fois de ta vie ! Et regarde ton poignet !
Son bandage était souillé de pus et de sang. Elle-même en eut un haut-le-cœur.
-Il me semblait que je t'avais prévenue que ça ne devait pas se reproduire ! Je ne sais pas ce que tu fabriques, mais je ne peux pas garder un joueur à moitié infirme ! Tu dois pouvoir attraper la balle de tes deux mains !
-Calme-toi, Enola, intervint Liam avant de la tirer en arrière.
La jeune fille fulminait, mais Arya comprit pourquoi le septième année était intervenu lorsqu'elle sentit une larme perler sur sa main. Une vague de fureur l'envahit et elle eut envie de hurler sur son capitaine, mais Lizzie l'entraîna rapidement hors du vestiaire.
-Je vais lui parler, promit-elle. Ne t'inquiètes pas, tu fais toujours partie de l'équipe, et tu en feras encore partie l'année prochaine. Maintenant, va à l'infirmerie.
Arya voulut protester, mais Isis, qui arrivait derrière, l'y emmena fermement. Elle cessa aussitôt de résister. Son destin n'était même plus entre ses mains.
Le soleil brillait, et il faisait bon en cette fin de journée de mai. Kate Blue marchait à ses côtés, l'emmenant vers le Saule Cogneur. Arya avait dissuadé ses amies de venir. Elle voulait être seule. Lizzie avait réussi, après une longue argumentation, à raisonner Enola, mais Arya savait que si Tres était toujours présent l'année suivante, elle ne parviendrait jamais à retrouver ses capacités.
-Arya, je m'inquiète pour toi.
La jeune sorcière baissa la tête.
-Tu as l'air d'aller très mal. Est-ce qu'il y a quelque chose dont tu voudrais que nous parlions ?
Elle était sa directrice de maison, mais également l'adulte du monde magique qui se souciait le plus d'elle. La jeune lycaon la regarda ; ses yeux avaient pris une teinte vert foncée reflétant son inquiétude, et ses cheveux étaient devenus noirs. Elle ouvrit la bouche, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge.
-Je vais y aller, murmura-t-elle finalement.
Son corps commençait déjà à la brûler. Sans un regard en arrière, elle se glissa dans le tunnel, se déshabilla et pénétra dans la Cabane Hurlante avant de se laisser tomber sur le canapé.
Le loup grogna. Tout son corps était endolori, et ses pattes le portaient à peine. Le visage d'un homme lui apparut. L'envie de planter ses crocs dans son cou se fit forte, mais il ne songea même pas au goût de son sang. Lorsqu'il le tuerait, il ne laisserai pas une seule goutte maléfique souiller sa langue et son corps. La révolte le fit hurler à la lune. Il était prisonnier et ne pouvait rien faire ! Quelque chose l'étriquait, le blessait au plus profond de son âme. Chaque mot prononcé lui lacérait le corps. Et l'homme, maléfique, il l'avait senti, il avait remué… Comment le faire entendre ? Il était épuisé, abattu, impuissant. La seule chose à laquelle il aspirait était se rouler en boule, et profiter d'une nuit de repos.
Arya se réveilla recroquevillée sur elle-même. Aucun flash-back de la nuit précédente ne lui vint : le loup avait dormi. Il était aussi épuisé qu'elle, et elle lui fut reconnaissante de ne pas avoir laissé la fureur l'emporter jusqu'à se briser de nouveaux os. Mais elle dut reconnaître que les précédentes pleines lunes, bien que douloureuses, avaient été quelque peu libératrices. Le loup avait exprimé la rage qu'elle se refusait à laisser sortir. Il souffrait autant qu'elle, ils souffraient à deux. Parce qu'il faisait partie d'elle, et qu'ils étaient plus liés qu'elle ne voulait bien l'admettre. Elle soupira, vaincue, avant de se lever. Une nuit, complète, libératrice, enfin ! Elle devait avoir toujours aussi piètre allure –ses côtes saillaient sous sa peau blanche, et elle était si livide qu'on ne pouvait plus distinguer le cycle lunaire sur son visage. Kate Blue parut soulagée lorsqu'elle la vit arriver, et la sorcière blonde trouva le courage de lui sourire. L'infirmière, jugeant son état inquiétant, la laissa se reposer à l'infirmerie pour la journée, et lui posa quelques questions sur son apparence inquiétante, sans toutefois entrer dans son intimité. Lorsque Lizzie, Melania et Isis vinrent lui rendre visite à la fin des cours, elle avait prit sa décision. Elle se sentait plutôt bien, et la nuit passée à dormir l'avait fortifiée. D'ici deux jours, elle serait de nouveau détruite et impuissante.
-Je vais parler à Tres. Demain. J'aimerais que vous m'attendiez dehors. Au… Au cas où…
-Ne t'inquiètes pas, on sera là, murmura Isis en prenant sa main.
Lizzie fronça les sourcils.
-Tu es sûre que ce n'est pas dangereux ?
-Je suis seule avec lui presque tous les soirs, répondit Arya, perdue. Il me hait mais il est professeur… Il ne peut pas m'attaquer.
Elle n'en était plus si sûre, à vrai dire. Il la tourmentait à tel point qu'elle se demandait s'il ne possédait pas un côté sombre relativement important… Sans compte son discours étrange à propos du bien-être de la magie noire, qui lui revint soudainement en mémoire.
Le lendemain, elle attendit que tous les élèves sortent de la salle. L'homme paraissait toujours ne pas les voir. Il était assis à son bureau, en train de lire une copie. Arya s'approcha, le cœur battant mais déterminée. Elle était à Gryffondor, et elle ferait appel à son courage !
-Lupin, persifla Tres. Si c'est pour me dire que vous ne pouvez pas venir à la retenue de demain soir à cause de celle écopée en sortilèges, sachez que vous n'aurez qu'à venir après.
Elle faillit renoncer, puis les paroles de Malefoy lui revinrent en mémoire. Elle pouvait tout faire changer.
-Je sais que vous me haïssez, mais vous êtes à la limite de la légalité. Je ne vous ai jamais attaqué, et je suis aussi humaine que vous en ce moment. Si un membre de votre famille a été tué par un loup-garou, j'en suis désolée, mais ne reportez pas votre fureur sur moi. Vous me tourmentez sans cesse, et vous devez cesser.
Elle hésita à l'informer qu'elle finirait par prévenir un adulte, avant de ravaler ses paroles. Elle gardait cet atout pour plus tard, et il valait mieux qu'il n'en sache rien, afin qu'il n'ait pas le temps de préparer une défense. Tres leva les yeux vers elle, et une lueur de triomphe passa dans son regard.
-Vous aurez une nouvelle retenue pour cet affront, Lupin, se contenta-t-il de répondre.
-Celle-ci est peut-être méritée, mais pas les autres. Je n'ai pas choisi d'être mordue.
Il se leva, et posa les mains à plats sur son bureau.
-Il y a un tas d'autres choses que vous avez choisies, Arya Lupin, cracha-t-il.
Elle tressaillit, le cœur battant de plus belle, et sentit une sueur glacée couler le long de sa nuque.
-Vous avez en face de vous un adversaire que vous n'imaginez pas.
Le loup s'agita. Le bureau commença à vibrer.
-Je peux vous détruire. Je peux vous torturer, torturer le peu d'affection qu'un monstre comme vous peu recevoir.
Il secoua la tête au mot monstre, et l'expression de son visage changea soudain.
-Vous n'imaginez pas ce que vous êtes, et je ne vous laisserai pas vous mettre en travers de mon chemin.
Il éclata d'un rire glacial, cruel.
-Je peux, et je vais, vous détruire.
Arya aurait du fuir, mais quelque chose, dans sa voix, dans son visage, la retint. Son expression était si familière, tout d'un coup... Où l'avait-elle vue ? Qui, un jour, s'était tourné vers elle en éclatant de ce même rire cruel, avec cette même formation de traits ? Elle recula vers la porte, son instinct et le loup lui hurlant de ne surtout pas lui tourner le dos, puis rejoignit ses amis, et vacilla jusque dans les bras de Lizzie.
-C'était cruel, murmura la rouquine.
-Oui, répondit férocement Melania. Et cela veut dire que nous allons devoir agir. Ensemble.
Ensemble. Ce mot rassura la sorcière blonde. Elles étaient les Maraudeurs, et ensemble, elles pouvaient tout.
