Bêta : octo, croyez-moi, sans elle, le chapitre serait une horreur.

Note : merci à Kisis et ange29B pour leur review anonyme et merci à sutoroberiikeeki pour sa review (j'aurai voulu te répondre personnellement mais ta messagerie est désactivée)


Chapitre 21

Après leur mariage et dans les jours qui suivirent, Harry remarqua avec une certaine stupéfaction que Drago semblait moins sur son dos, qu'il le laissait aller seul dans le parc par exemple, sans le surveiller – chose qu'il n'avait jamais cessé de faire depuis leurs fiançailles. À croire que leur nuit de noce avait calmé le côté possessif de Drago, bien qu'il soit encore existant.

Harry avait découvert, en lisant les carnets des ancêtres de son époux, qu'il s'agissait d'un phénomène normal. Bien entendu, dans les journaux, cette information était, elle aussi, soumise au sortilège de secret, ne se révélant à Harry qu'après avoir franchi le cap de la relation sexuelle consentie, sans aucune influence magique. Lors de sa première lecture, il n'avait vu que des blancs ou quelques petits bouts de phrases. Après relecture, des paragraphes entiers étaient apparus.

Harry l'avait découvert en feuilletant, le lendemain de son mariage, le journal d'Isabeau. Il était tombé sur une page qu'il ne se souvenait pas avoir lue. Pourtant, il n'y avait pas de trou et là, à la place d'une simple ligne, se tenait tout un paragraphe. Dans le doute, il avait feuilleté rapidement les pages afin de vérifier si ce phénomène se reproduisait. Il avait remarqué deux ou trois passages supplémentaires dont il avait ignoré l'existence mais, sous ses yeux, il était maintenant certain d'avoir l'entièreté du journal entre les mains.

Il avait vérifié dans les autres et s'était rendu compte que, là encore, certaines choses venaient de lui apparaître.

D'après les ancêtres de son mari, les élémentaires de feu étaient possessifs, jaloux, excessifs, dominateurs, passionnés et d'une nature surprotectrice – adjectifs que Harry avait déjà lu quelque part, notamment dans une lettre écrite par Ignisa Firetine. Ils ne pouvaient changer, c'était leur nature. En revanche, ils se calmaient s'ils avaient régulièrement des relations intimes avec leur époux ou épouse. Dans le cas contraire, la compagne ou le compagnon pouvait facilement se retrouver étouffé par une trop grande attention et une trop grande protection qui pouvait pousser l'élémental à aller jusqu'à l'enfermer afin d'assurer une protection maximale envers son conjoint.

Harry avait également appris qu'un élémental pouvait contraindre son compagnon ou sa compagne à avoir des relations sexuelles avec lui s'il se sentait en manque. L'autre ne pouvait refuser et penserait même qu'il en avait envie. Ça se passait en général après une dispute ou une séparation longue et non désirée par l'élémental.

Quand il avait lu ça, Harry était resté assis, les yeux dans le vague. Il se souvint de la discussion qu'il avait eu avec Drago la veille du mariage. Son mari le lui avait avoué, lorsqu'ils avaient couché ensemble. Le blond avait été séparé de Harry durant deux jours et il n'avait pas accepté le départ du brun.

Lorsqu'il en parla à Drago – ce dernier dût user de tout son art de persuasion pour tirer la vérité de la bouche de son époux – le Serpentard avait fait des recherches de son côté et avait trouvé la même explication dans les journaux de ses ancêtres. Les informations avaient été également cachées par le sortilège du secret.

Harry pouvait assurer, avec un certain soulagement, que son époux n'était pas devenu dégoulinant de guimauve. Drago Malefoy restait le même Serpentard aristocrate jusqu'au bout des ongles, fier et droit, qui n'hésitait pas à renvoyer proprement paître une personne si celle-ci osait seulement élever la voix contre lui. Même Harry avait intérêt à filer doux en public s'il ne voulait pas subir les foudres de son amant. Dans l'intimité, il pouvait lui dire ce qui lui plaisait, Drago n'y trouvait rien à redire, du moment que c'était justifié.

0o0

Les vacances de Noël étaient pour dans quelques heures et Harry était prostré près de la fenêtre de leurs appartements.

Ils n'étaient pas restés bien longtemps au manoir Malefoy. Ils étaient rentrés à Poudlard assez rapidement après le mariage afin de ne pas manquer trop de cours. Mais Drago avait promis à son époux qu'ils partiraient en voyage de noce, plus tard.

Le blond était allé rendre visite aux Serpentard tandis que son époux avait refusé nettement. Il n'avait aucune envie de se retrouver avec des Vert-et-Argent qui n'allaient pas cesser de se moquer. Depuis le mariage, Harry avait l'impression que tous les Serpents ne cessaient de lui sourire ironiquement, comme s'ils savaient quelque chose que le Gryffondor ignorait et qu'ils se moquaient ouvertement de lui. Il n'en avait pas parlé avec Drago, certain de la réponse de son mari : « tu es paranoïaque ». Le brun préférait grandement rester à lire ses cours que de rester assis en silence à écouter une discussion qui ne l'intéressait guère et pour laquelle il n'avait pas son mot à dire.

Pour les Vert-et-Argent, il n'était qu'un intrus. Il était marié à l'un des leurs mais il n'avait rien à faire chez les Serpentard. Et ils se faisaient un devoir de le lui montrer.

Énervé et lassé d'étudier, Harry envoya ses cours par terre d'un geste rageur et se leva. Il ne pouvait pas quitter l'appartement sans Drago. Son mari était moins sur son dos mais lui interdisait toujours de s'éloigner trop de lui lorsque cela n'était pas obligatoire. Harry avait réussi à négocier de ne pas être obligé de suivre Drago partout, y compris en cours, lorsque le jeune brun avait une heure ou deux de libre.

Harry passait son temps libre avec Henry à travailler. Ils se parlaient à peine, sauf pour s'échanger des informations sur tel ou tel point de cours. Et le jeune Gryffondor devait avouer que les conversations avec Henry sur n'importe quel sujet commençaient à lui manquer. Il voyait peu ses anciens camarades de dortoir et était peu au fait des nouvelles qui ne manquaient pas de circuler dans la tour. Ça aussi, ça lui manquait.

Il évitait de demander à Drago de l'accompagner dans la salle commune des Lions, il n'y avait qu'à voir l'expression faciale du Serpentard pour comprendre que s'approcher des Gryffondor le dégoûtait.

Harry ne pouvait pas dire que Drago ne faisait pas d'effort, il acceptait de manger au moins un repas par jour à la table des Rouge-et-Or mais faisait en sorte d'y rester le moins longtemps possible, poussant Harry à manger rapidement.

Quand la porte d'entrée claqua, tirant Harry de ses pensées, le jeune homme regarda l'heure. Ça faisait tout juste trente minutes que le Serpentard était parti et le voilà déjà de retour ?

Quelque chose avait dû se passer.

Il fallait dix minutes pour se rendre dans la salle commune des Vert-et-Argent. Avec les dix minutes de trajet retour, peut-être moins vu qu'il semblait essoufflé, Drago avait dû rester en tout et pour tout, dix minutes. Normalement, il y passait près d'une heure au minimum. Harry s'était attendu à voir son mari rentrer pour le couvre-feu vers vingt-deux heures soit dans une bonne heure et demie.

Il allait demander des explications quant à ce retour un peu prématuré – bien que la présence de son époux ne le dérange pas le moins du monde – mais Drago ne lui laissa pas le temps de dire un mot, il fondit sur le brun, le força à se lever et dévora ses lèvres avec avidité. Sa langue passa la barrière des lèvres de son amant, s'enroulant autour de sa jumelle. Ses mains se posèrent sue les fesses de son époux et il rapprocha leur corps.

Cette démonstration de force, de domination et de passion interloqua Harry mais le jeune homme se laissa faire. Cependant, le baiser fut trop bref à son goût et il se sentit repoussé, ses bras soudain enserrés par deux mains puissantes. En regardant son amant, il frissonna devant les yeux mercures qui semblaient brûler de colère.

- Dis-moi que tu n'as pas quitté nos appartements pour aller te promener !

- Pourquoi ?

- Dis-le ! hurla Drago.

- Je n'ai pas quitté le salon depuis que tu es parti, bégaya Harry, inquiet par ce brusque accès de violence.

- Jure-le moi !

Devant cette scène de jalousie, Harry ne put que jurer sans oser demander pourquoi Drago réagissait de la sorte. Il avait espéré que son mari se calmerait mais lorsqu'il vit ce dernier tirer sa baguette, il recula autant qu'il le put avec la main qui lui serrait le bras.

- Ne bouge pas, je veux vérifier que tu dis bien la vérité ! Viam hora ! prononça Drago.

Sous leurs yeux, un parchemin apparut et se couvrit de lignes d'écriture. Drago regarda attentivement le bout de papier et se calma tout à fait.

- Qu'est-ce que c'est ? murmura Harry, intrigué.

- Sortilège de Trace.

- J'y suis encore soumis ? s'étonna Harry.

Il savait que Drago avait posé sur lui un sortilège de traçage, son mari le lui avait même dit mais Harry avait complètement oublié son existence, de même que le sortilège d'enregistrement.

- Bien sûr ! Tu croyais que quoi ? En cas de danger, je sais où tu te trouves !

- Mais, je ne suis pas en danger là.

- Ce sortilège, c'est la condition sine qua non pour que je te laisse seul de temps en temps. Jusque là, depuis qu'on a tout mis à plat, je n'en ai pas eu recours.

- Et le sortilège d'enregistrement ?

- Je te l'ai retiré.

- Je ne comprends pas, avoua Harry après quelques instants de silence. Pourquoi tu... Qu'est-ce qu'il s'est passé pour que, soudain, tu utilises ce sortilège ? Ma parole ne te suffit plus ?

- Si ! s'exaspéra Drago. C'était un cas d'extrême urgence. Je ne doute pas de ta parole mais je voulais être certain.

Il soupira et se laissa tomber sur le divan, laissant Harry en plan. Le jeune brun s'installa à son tour, étonné. Cas d'extrême urgence ?

- Daphné est une garce, fit Drago. Mais Tracey est pire encore. Quand je suis arrivé dans la salle commune, Millicent m'a fait part de quelque chose. D'après elle, des rumeurs circulent à Poudlard depuis quelques jours. Des rumeurs sur ton compte.

Harry grogna. Il s'en était douté. Ça expliquait donc les regards moqueurs de certains Serpentard.

- D'après ces rumeurs, tu irais voir un peu n'importe qui pour coucher. J'ignore qui les a lancé, reprit Drago en voyant Harry ouvrir la bouche, outré. Et je n'y prête aucune attention. Cela dit, je pense avoir une idée sur l'origine de ces rumeurs. Toujours est-il que, quelques minutes après mon arrivée, Tracey a déboulé comme si elle avait un Feudeymon aux trousses. Elle s'est mise à me raconter qu'elle t'avait vu embrasser je ne sais plus quel type dans une salle de classe. Les rumeurs, je peux passer outre parce que je sais que tu ne couches avec personne d'autre que moi. Mais ce genre d'insinuation, j'en suis incapable.

- C'est pareil pourtant. C'est une rumeur qui vient juste de la bouche du lanceur.

- Pas pour moi ni pour les élémentaires ! Je suis capable de dire si tu as couché avec une autre personne que moi parce que tu es mon compagnon. Avant j'ignorais que j'avais cette faculté mais maintenant, après notre mariage, j'ai découvert que je pouvais reconnaître mon odeur sur toi, odeur qui n'a toujours pas disparu. Mais je ne sais pas si tu as embrassé quelqu'un, autre que moi. Quand Tracey a insinué que tu avais peut-être quitté nos appartements, j'ai vu rouge et je n'ai pas pu m'empêcher de revenir jusqu'ici afin de vérifier si tu étais toujours là. Je ne supporterai pas que tu ailles voir ailleurs ou que tu envisages même d'aller embrasser qui que ce soit d'autre que moi, même par jeu. C'est clair ?

- Très.

Drago tira doucement Harry afin de l'asseoir sur ses genoux, face à lui, et cala ses mains au creux des reins de son compagnon.

- Tu devrais me faire confiance, murmura Harry. Sans ça, ça ne marchera jamais.

- Je te fais confiance sinon je ne te permettrais pas de rester seul ici ou en cours, fit Drago d'une voix calme. Mais rester de marbre en voyant une autre personne t'approcher, non. J'en suis incapable. C'est dans ma nature d'être jaloux des autres que je trouve trop près de toi. C'est comme ça. Je suis incapable de combattre ça et tous les élémentaires de feu sont comme moi. Maintenant embrasse-moi.

Harry ne se le fit pas redire une seconde fois. Il noua ses bras autour du cou de Drago et embrassa les lèvres pâles et fines du jeune homme sous lui. Il sentit les mains du jeune homme se crisper sur sa chute de reins et tenter de rapprocher leur corps. Le brun s'écarta, posant son front contre celui du blond.

- J'ai envie de toi, chuchota Drago d'une voix chaude.

C'était étrange mais dès qu'il employait ce ton, son mari ne pouvait s'empêcher de trembler d'excitation. Mais lui aussi avait envie de Drago et cette envie était la sienne, elle n'était nullement provoquée par l'élémental.

- J'ai toujours rêvé de te faire l'amour sur le tapis du salon.

- Je suis tout à toi.

0o0

L'arrivée au manoir Malefoy fut différente des autres fois. En effet, un elfe de maison était venu les attendre à la gare et les emmena, avec leurs bagages, à destination.

Une fois arrivé dans le hall – la magie des elfes surprendrait toujours Harry – le brun grimaça. Il avait cette maison en horreur sans savoir pourquoi. Et il soupirait déjà rien qu'à l'idée de devoir y passer quinze jours. Il ne pouvait même pas espérer rendre visite à ses oncles pour Noël, pourtant, ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Il voulait revoir Sirius et Severus, passer les fêtes avec eux, comme avant. Ça lui manquait.

Néanmoins, il suivit Drago afin d'aller saluer leurs hôtes et après quelques minutes de questions, histoire de savoir comment ils allaient, Harry et Drago se retirèrent à l'étage, dans la chambre du blond. Cette chambre, Harry ne la considérait pas encore comme la sienne. Tout comme cette maison. L'endroit était beau, certes mais Harry ne s'y sentait pas chez lui.

Ce n'était pas sa chambre ni sa maison. Le seul endroit où il se sentait chez lui, c'était Poudlard, même la maison de ses oncles n'était qu'un lieu de passage où il y restait deux mois par an quand il ne partait pas en voyage avec ses oncles. Poudlard, il y avait passé presque sept ans de sa vie. Il y avait tous ses souvenirs.

- ... année, commenta Drago, posté à la fenêtre.

Harry se tourna vers lui. Perdu dans ses pensées, il n'avait pas entendu ce que Drago venait de dire.

- Tu peux répéter ?

- Je disais que le parc était beau à cette période de l'année.

Harry s'approcha et jeta un rapide coup d'œil sur le parc. Le paysage était blanc. La neige avait envahi l'espace, rendant l'atmosphère étrange. Mais Drago avait raison, c'était beau.

- En parlant de parc, fit doucement Harry, espérant amener Drago sur un sujet qui le tenait à cœur mais pour lequel Harry devait prendre des pincettes, tu crois qu'il serait possible d'aller voir le manoir dont j'ai hérité ?

Drago se tourna lentement vers lui, le visage impassible. Harry redoutait sa réponse.

- Et pour quelle raison devrions nous y aller ? Tu l'as dit-toi-même, tu détestes celui qui s'est fait passer pour ton père. Alors pourquoi aller là-bas ?

- Parce que, malgré mon mépris pour cet homme à cause de tout ce qu'il m'a fait, sans lui, je serai mort aujourd'hui.

- Ne me dis pas que tu lui dois quelque chose !

- Non ! Ce que je veux dire c'est que... les terres, le manoir et tout le reste, c'est à moi. Je ne peux pas fermer les yeux là-dessus. Et...

- Et ?

- Disons que... je pensais que si le manoir était en bon état, après des travaux, nous pourrions y vivre, avoua Harry d'une voix faible.

Stupéfait, Drago ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois sans pouvoir émettre le moindre son ni dire le moindre mot. Jusqu'à ce qu'il se reprenne.

- Y vivre ? Tu as perdu la raison ? !

- Peut-être mais...

- Et pourquoi voudrais-tu habiter là bas alors que tu as une maison ? !

- Ce n'est pas chez moi ! cria presque Harry. Ça ne sera jamais chez moi, fit-il plus doucement. Écoute-moi avant de dire quoique ce soit, d'accord ? Je n'ai jamais été chez moi nulle part, reprit Harry sans attendre la réponse de Drago. Avec Balthazar ou chez mes oncles, ce n'était pas chez moi. Ici non plus.

- Tu...

- J'admets avoir eu bien plus de libertés chez mes oncles et ici mais, même si j'y habite, cette maison ne sera jamais à moi. Pareil pour la maison de mes oncles. Le manoir Donewood me revient à cause d'une clause que Balthazar n'avait pas dû prévoir mais peu importe. C'est ma maison, je peux y vivre avec ma famille sans avoir de comptes à rendre. Tu comprends ?

Réflexion faite, Drago n'était pas certain d'avoir tout compris mais il hocha la tête. Ça semblait important pour Harry.

- Les Malefoy ont toujours vécu sous ce toit, depuis des générations, répondit Drago. Aucun de mes ancêtres n'a cherché à avoir sa maison à lui.

- Si, un couple. Le nôtre. Oncle Severus répétait sans cesse que Henry et moi, une fois mariés, allions quitter leur maison parce que c'était normal de partir, d'avoir son propre foyer, sa famille. J'ai grandi avec ce précepte.

- Pas moi, claqua Drago en espérant clore la discussion.

Mais c'était sans compter la tête de mule qu'était son mari.

- Je ne te demande pas de prendre une décision maintenant, répliqua Harry en douceur avec une lueur de déception dans son regard. Je te demande juste de considérer l'option. Pour le moment, j'ignore si le manoir est viable, j'ai juste envie d'aller le voir afin de déterminer les possibles travaux à faire. Si l'endroit ne te plaît pas, très bien, on le met en vente. Si l'endroit te plaît, on peut le garder et... enfin bref, j'apprécie tes parents mais en vivant ici toute l'année, j'aurais l'impression d'oublier ma famille. Je vais les voir moins souvent. Déjà que je les vois peu.

- Tu vois ta famille plus souvent que je ne vois mes parents ! rétorqua froidement Drago.

Harry serra les dents. Drago était-il aveugle ou faisait-il exprès d'être à ce point obtus ?

- Alors dis-moi quelle est la dernière discussion que j'ai eu avec mon frère ou avec un de mes oncles ? Je parle des Black !

- Le jour de notre mariage ! exulta Drago.

- Qui remonte à quand ? ! s'énerva Harry. Quinze jours ! Et c'était une discussion qui n'a duré que dix minutes ! Quand nous ne sommes pas en cours ou chez les Serpents, nous sommes dans notre appartement ! Et quand je vois mon frère, c'est en cours ou rapidement pendant un repas ! Les seuls mots que j'ai pu échanger avec lui c'était, « tu as compris le cours ? » ou encore « il te reste une feuille ou une plume ou de l'encre ? », c'est profond comme conversation !

La conversation venait de virer à la dispute, Drago et Harry le voyaient bien mais, en cet instant, ils s'en moquaient éperdument.

- Ça va être de ma faute maintenant ? !

- Oui !

- Mais pourquoi tu me demandes pas d'y aller au lieu de t'en prendre à moi maintenant ? !

- Vu la tête que tu tirais les deux fois où je t'ai demandé, la réponse m'a paru claire !

Drago ne sut quoi répondre face à cette diatribe. Il devait avouer que Harry n'avait pas tord, aller chez les Gryffondor n'était pas une idée qui l'enthousiasmait. Et s'il ne voulait pas y aller, il refusait que Harry s'y rende tout seul. Il n'aimait pas savoir son mari loin de lui. Il acceptait déjà que Harry ne le suive pas en cours mais ce n'était pas de bon cœur.

- Ce que je veux dire, reprit Harry après avoir pris plusieurs inspirations pour se calmer, c'est que, je ne vois pas pourquoi je devrais passer ma vie avec tes parents et loin des miens. Je ne te demande pas de choisir, Drago. Mais...

- Aucune épouse n'a trouvé à redire de cet arrangement, tu es le premier.

- Au cas où tu aurais oublié ce détail, je ne suis pas une femme mais un homme. Notre couple en lui-même est « anormal », fit Harry en mimant les guillemets.

Drago voyait parfaitement où Harry l'emmenait, ce qui ne l'empêcha pas de sauter bêtement et à pieds joints, dans le piège.

- Si je suis ta réflexion, étant donné que nous sommes un couple différent des autres Malefoy, nous devrions faire différemment ?

- Grosso modo, c'est ça.

Harry était un Serpentard refoulé. Drago capitula.

- Je vais y réfléchir mais je pense que nous pourrions y aller lundi.

Drago allait voir le manoir, si la construction ne lui plaisait pas, il refuserait tout nettement. Et ça, Harry en était parfaitement conscient mais ça ne l'empêcha pas de sourire. Il avait obtenu ce qu'il voulait

0o0

Lorsque Drago avait mis ses parents au courant de l'idée de Harry, Lucius avait tempêté et Narcissa avait tenté de convaincre son gendre que c'était une mauvaise idée mais le brun n'en avait pas démordu.

Résultat des courses, les Malefoy avaient exigé venir. Harry n'avait pu refuser. Si Drago était d'accord, c'était l'argent venant de Lucius qui allait servir aux rénovations, pas le sien.

Ils se retrouvèrent tous devant les grilles du manoir Donewood. Rien qu'en arrivant, Harry soupira. Tout était en état déplorable. Les barreaux étaient rouillés et un pan de la clôture s'était effondré mais la porte donnant accès au domaine était fermée. Néanmoins, le jeune homme s'approcha. Il devait vérifier que le Gobelin Connok n'avait pas dit n'importe quoi. Le seul moyen était d'ouvrir lui-même la porte grillagée, comme le lui avait indiqué Lucius. Il posa sa main contre le blason autrefois doré des Donewood et un grincement retentit.

L'accès venait de lui être accordé. Connok avait eu raison, Harry Malefoy, né Potter, était l'héritier du domaine Donewood.

Il pénétra dans le parc et jeta un coup d'œil alentour. Tout était en friche. Même déjà du temps de son ancien propriétaire, le parc du manoir n'était pas en bon état.

Au loin, se dressait la bâtisse. De là où ils se trouvaient, chacun pouvait voir qu'une partie de la toiture était manquante mais le manoir semblait encore solide. Drago devait avouer que l'architecture n'était pas si mal. C'était plus petit que le manoir Malefoy mais ça restait assez grand et semblait bien agencé. Restait encore à voir l'intérieur.

Ils remontèrent le chemin terreux sur lequel poussait de la mauvaise herbe et parvinrent sans encombre au pied des marches du perron. De près, lorsque Harry en fit le tour, le manoir était fissuré ça et là et était envahi par le lierre dépourvu de feuilles. Au printemps ou en été, les murs devaient être verts. C'était beau au regard mais mauvais pour les murs. Harry se fit une note mentale pour se rappeler de tout faire enlever.

Quand il retourna vers le perron, il gravit les quelques marches, rejoignant les autres qui l'attendaient, chaudement emmitouflés dans leur cape d'hiver.

Le jeune homme poussa la porte et pénétra dans la demeure. Aussitôt, les souvenirs l'assaillirent. Le hall n'avait pas changé, il était comme avant. À vue d'œil, tout semblait en état mais Harry préférait se méfier des apparences.

Un « pop » retentit, laissant apparaître un elfe de maison que Harry reconnut immédiatement comme étant Lotty. Elle non plus n'avait pas changé. Elle s'inclina devant eux.

- Lotty est ravie de voir Maître Donewood Monsieur être de retour chez lui.

- Maître Malefoy, reprit durement Drago. Mon mari ne portera pas le nom d'un homme qui a fait de son existence un enfer pendant dix ans.

Lotty s'inclina en se confondant en excuses et assura qu'elle ne refera plus l'erreur. Elle couina aussi sur le fait qu'elle irait se punir pour avoir manqué de respect à son maître mais Harry lui donna l'ordre de ne rien en faire.

- Combien d'elfes reste-t-il ici ?

- Seuls six sont encore au service de cette famille, Maître Malefoy Monsieur. Quatre sont morts la première année suivant la mort de Maître Donewood. Et deux, il y a deux ans.

- Six ? s'étonna Drago. Il faut combien d'elfe pour entretenir cet endroit ? ! Ce manoir est dans un état déplorable ! Et je ne parle même pas du parc !

C'est vrai qu'en comparaison avec le manoir Malefoy, propre et lumineux, cette demeure semblait sale et sombre.

- Que Monsieur excuse Lotty, s'écria la pauvre elfe en se tordant les oreilles, l'ancien maître de Lotty n'aimait pas que les elfes touchent au hall d'entrée. Les elfes ont donc fait selon ses désirs, y compris après sa mort. Lotty est désolée d'avoir manqué de jugement mais elle ignorait que le nouveau maître allait venir et qu'il serait différent de maître Donewood.

- Tu t'attendais à quoi, stupide elfe ? ! Ton ancien maître était...

Une pression sur son bras l'empêcha de continuer sa diatribe sanglante.

- Tu ne pouvais pas savoir, fit Harry à l'elfe, d'une voix plus douce que celle de son mari. Je pense que visiter le manoir ne serait pas une mauvaise idée.

- Avant toute chose, Harry, objecta Lucius, je vous conseille d'aller vérifier les protections. Vous êtes le propriétaire du manoir, seul vous avez accès aux protections et aux barrières. Cela vous donnera une bonne idée de l'étendue des dégâts, si dégâts il y a.

- Comment puis-je les voir ?

- En général, elles se situent dans une pièce au centre-même de la bâtisse. Les manoirs sorciers sont construits de telle manière qu'ils sont au centre du domaine. Ce manoir-ci compte trois niveaux, s'il y a des cachots.

- C'est le cas.

- Alors, la pièce dont je viens de vous parler se trouve à ce niveau. Pour la trouver, il suffit de trouver le centre exact de la maison. Quand vous l'aurez trouvé, faites appel à votre magie afin de la lier un instant avec celle de la maison. Les protections se lisent sur une palette de couleur qui passe par les couleurs de l'arc-en-ciel mais commencent par le blanc et finissent par le noir. Blanc, tout va bien. Du rouge au jaune, ça reste encore acceptable, vert, c'est la limite mais du bleu à l'indigo, les protections sont faibles. Noir, la maison est sans protection. Vous pourrez voir jusqu'où s'étendent les barrières si vous le souhaitez. Nous allons faire un tour dans les autres pièces à l'étage afin de vous laisser le champ libre.

Harry remercia son beau-père d'un signe de tête. Les connaissances de Lucius étaient un atout et Harry se félicita en cet instant d'avoir accepté sa présence ainsi que celle de Narcissa. Il attendit à peine qu'ils soient montés pour filer dans le bureau. Il le savait, cette pièce était au centre exact du manoir et du domaine. Personne n'avait jamais eu le droit d'y entrer sans autorisation. À l'époque, Balthazar supportait pas le dérangement, les elfes et Harry évitaient donc de frapper à la porte sans une excuse valable.

Comme le lui avait expliqué Lucius, il fit appel à sa magie et la lia à celle du manoir qui le reconnaissait pleinement comme son nouveau maître. Aussitôt, des couleurs lui apparurent. Mais rien d'alarmant. La couleur était rosâtre, plus proche du blanc que du rouge. Après un rapide coup d'œil sur les barrières, il fut satisfait en voyant qu'elles s'étendaient tout autour du domaine.

Rasséréné, Harry coupa son lien avec la pièce et sortit. Il ne chercha pas les Malefoy qui devaient être encore à l'étage, mais visita d'un œil neuf les pièces du rez-de-chaussée.

Toutes les salles étaient meublées dans un goût affreux. Petit, ça n'avait pas choqué Harry, au contraire, tout ce faste lui faisait briller les yeux, lui, pauvre enfant qui se contentait pour tout bien d'une couverture trop petite. Maintenant, il avait l'impression que Balthazar avait fait exprès de mettre des meubles imposants et clinquants afin de pallier son manque de fortune, montrant qu'il était riche.

Harry soupira en se disant que la plupart des meubles risquaient de finir chez des antiquaires. Lui vivant, jamais une de ces horreurs ne resterait dans cette demeure.

Il continua sa visite, inventoriant mentalement ce qu'il y avait à faire et la liste ne cessait de s'allonger.

À l'étage, Drago passait lui aussi en revu les pièces. Il avait de suite remarqué que toutes les fenêtres avaient été obscurcies, sans doute par un sort lancé par Balthazar. En général, lorsqu'un sorcier faisait ça, c'était qu'il craignait pour sa vie. Mais Lord Donewood était fou et paranoïaque, il n'y avait pas besoin de plus d'explications quant à son geste.

- Drago, je te prie de reconsidérer la question, fit Narcissa, essaie de convaincre Harry de renoncer à ce projet fou. Cette bâtisse est dans un état épouvantable, elle n'est pas habitable.

- Mère, nous n'avons pas dit que nous allions déménager demain, ni même que nous allions déménager pour venir ici. Harry a eu une idée et plus j'y pense, plus je me dis que c'est loin d'être stupide. Et cette demeure, avec quelques travaux, peut se révéler être habitable. C'est assez grand, bien agencé.

- Loin d'être stupide ? s'écria Narcissa qui ne semblait avoir retenu que ça. C'est complètement insensé ! Lucius, dis quelque chose ? !

- Mère, avec tout le respect que je vous dois, je pense que c'est à moi de savoir si cette idée est stupide ou non. J'ai bien réfléchi à ce que Harry m'a dit et je dois avouer que je le comprends. Je sais que vous ne supportiez pas de vivre sous le même toit que Grand-Mère, asséna-t-il en voyant sa mère froncer les sourcils. Vous en êtes même venue à vous enfuir, parce que Grand-Mère était insupportable et qu'elle vous en faisait baver. Vous n'étiez pas la bienvenue sous son toit. Père, je sais également que vous rendre chez Bon-Papa et Bonne-Maman était pire qu'une corvée, parce que vous ne vous vous sentiez pas chez vous. C'est ce que ressent Harry. À la différence près, il ne trouve pas sa belle-mère insupportable et désagréable mais il ne se sent pas chez lui. Je pense qu'aller passer quelques jours chez les Black serait, non pas une corvée, mais j'aurais l'impression d'être un intrus.

Il s'arrêta pour regarder tour à tour ses parents.

- Avant de venir ici, une chose était sûre, si la maison ne me plaisait pas, le projet de Harry tombait à l'eau. Mais, cette maison a du caractère et un certain charme une fois repeinte et meublée avec goût. Ma décision est prise mais nous ne partirons pas du manoir Malefoy avant la fin de l'année scolaire.

- Soit, capitula Lucius.

Lucius n'avait jamais été contre l'idée que son fils quitte le foyer. Drago avait ce désir d'indépendance. Là où certains enfants de familles riches profitaient honteusement de la fortune de leurs parents, Drago, lui, avait cherché un moyen de faire fructifier l'argent qu'il recevait tous les mois, dès l'âge de treize ans, se composant un petit capital au cas où ses parents seraient venus à décéder avant sa majorité, bloquant les comptes. Il avait toujours dépensé avec parcimonie, non sans supplier de temps en temps ses parents lorsqu'il désirait ardemment quelque chose. Et Narcissa faisait toujours en sorte de lui acheter ce dont il avait besoin.

Sa femme couvait leur fils. Elle avait toujours couvé Drago. Lorsqu'ils avaient découvert que la compagne de Drago était un homme, Narcissa avait demandé à son fils s'il était certain de vouloir s'unir. Ce n'était pas par homophobie mais elle avait du mal à voir son bébé, son unique enfant, grandir et devenir un homme. Elle aurait réagi de la même façon en apprenant que Drago épousait une fille. Mais, Lucius se demandait si la relation qu'auraient entretenu les deux femmes aurait été comme celle que Narcissa entretenait avec Harry. Sans doute que sa charmante et ravissante épouse aurait vu sa belle-fille comme la personne qui avait pris sa place dans le cœur de son fils. Harry étant un homme, il ne pourrait jamais remplacer l'amour d'une mère.

- Nous aurons lieu de reparler de ça plus en détail un autre jour, fit Lucius. Pas de décision hâtive, Drago. Pour l'instant, tu dis ça mais je préfère que tu y réfléchisses encore.

- Bien Père, concéda Drago bien que sa décision soit déjà prise.

Harry les retrouva quelques minutes plus tard, mais, plongé dans sa liste mentale, il les remarqua à peine et reprit sa route, continuant son inventaire mental mais cette fois, les Malefoy le suivirent.

Heureusement pour Narcissa, ils quittèrent le manoir Donewood une heure plus tard pour rentrer au manoir Malefoy, arrivant juste pour le dîner.

- Maître Drago, Monsieur, couina un elfe en apparaissant au beau milieu du repas, un courrier pour vous, fit-il en tendant une lettre que Drago s'empressa de prendre et d'ouvrir malgré le regard peu amène de ses parents qui ne supportaient pas qu'on lise durant les repas de famille.

Le jeune homme parcourut la missive, assez étonné par le contenu et la replia pour la ranger dans une poche de sa robe puis se remit à manger comme si de rien n'était.

- J'ose espérer, Drago, le reprit Lucius, que cette lettre était assez importante pour te permettre de lire à table alors que tu sais que c'est impoli.

Drago reposa ses couverts dans son assiette, jetant un regard dépité sur sa viande qui refroidissait.

- C'est en effet assez important. J'ai le regret, Mère, de vous annoncer que Harry et moi-même ne serons pas là pour le déjeuner de Noël.

Il préféra regarder sa mère mais vit du coin de l'œil, Harry froncer les sourcils.

- Pour quelle raison ? s'étonna Narcissa. Tu n'as jamais manqué le déjeuner de Noël.

- Nous sommes invités, Harry et moi, chez son parrain. Lord Sirius Black vient de m'envoyer son invitation.

Narcissa se retint de soupirer. C'était trop d'un coup pour elle. Elle avait l'impression de voir son fils lui être arraché. Il reniait toutes les traditions en voulant s'installer autre part qu'au manoir et voilà que la famille de Harry voulait lui prendre son enfant pour le traditionnel repas de Noël.

Une part d'elle-même lui souffla que c'était ça, être mère, accepter de voir son enfant partir. Mais là, elle devait accepter trop et trop vite.

- Harry, répliqua Lucius en voyant son gendre, la fourchette en équilibre précaire entre ses doigts et la bouche grande ouverte, veuillez, s'il vous plaît, nous épargner la vision de vos amygdales.

Harry s'empressa de refermer la bouche d'un claquement de dent mais n'abandonna pas son regard interloqué tandis que Narcissa exigeait de lire la missive. Drago la lui passa et reprit son repas là où il l'avait arrêté. Avec un peu de chance, sa viande devait être encore mangeable.

- Bien, fit Narcissa en reposant la lettre. C'est donc une affaire entendue. Une invitation ne se refuse pas. Cependant, vous devez être rentrés pour dix-neuf heures au plus tard. Vous devez encore vous préparer pour le bal.

Harry gémit intérieurement. Il avait oublié ce maudit bal. Il soupçonnait Narcissa d'avoir fait signe à tout le gratin de l'aristocratie et des gens du ministère. Non, il n'avait aucune envie de s'y rendre.

Il n'avait pas vu la liste des invités mais doutait fortement de voir des Gryffondor. Aucun ne lui avait parlé, les années précédentes, d'un quelconque bal organisé par les Malefoy. Mais ça ne voulait rien dire.

Une heure plus tard, Harry se planta devant la fenêtre de sa chambre, pensif pendant que Drago troquait sa robe de sorcier contre un bas de pyjama.

- Tu penses à quoi ? lui demanda Drago une fois fin prêt.

- Aucune idée. Tout et rien.

- Viens y réfléchir au lit, alors.

Obéissant, Harry se déshabilla et se glissa sous les couvertures, aussitôt rejoint par Drago qui l'attira sur lui et lui massa lentement le dos. Sa main dérivait de plus en plus bas jusqu'aux fesses fermes du brun.

Son mari l'allumait, Harry n'avait aucun doute là-dessus. Il se laissa faire, se détendant sous les caresses.

Il n'était pas très actif dans leurs relations mais n'était pas passif non plus. Quand la main de Drago passa sous l'élastique de son bas de pyjama, Harry se fit un devoir de parsemer la moindre parcelle de peau atteignable sans bouger. Il connaissait les points sensibles de son mari et se fixa pour but de lui faire perdre la tête.


À suivre