Disclaimer : Tout l'univers de Harry Potter appartient à JK Rowling, je vous fais confiance pour savoir ce qui est inventé ! ;)

Note : Hello tout le monde ! Tout d'abord, je voulais vous dire que je suis désolée pour ce gros retard de publication, j'ai eu une semaine et un week-end très chargé mais, voilà enfin le chapitre 20 ! Je crois que tout le monde attendait la rencontre avec impatience... :D Donc, comme toujours, merci à Corentin, alias LovePara, et à Marion, pour leurs conseils et leurs corrections. Merci à tous mes lecteurs et un plus grand merci encore à ceux qui suivent et laissent des reviews. On se retrouve samedi (à l'heure j'espère cette fois) pour le chapitre 21 qui s'intitulera Un air de famille. Laissez une review si vous avez des hypothèses sur la suite ! Bonne lecture à tous et n'hésitez pas à donner votre avis ! ;)

Une rectification : En travaillant sur la suite, je me suis aperçue d'une petite erreur au chapitre 17 Les gènes Maraudeurs. Quand Valya discute avec Harry au sujet des Vaerian, elle lui dit que les éléments qu'elle maitrise sont le feu et l'air : normalement c'est le feu et la terre. C'est un détail mais ça risque de créer une incohérence par la suite donc j'ai préféré corriger ;)

CHAPITRE.20 : J'ai compris (Breakaway – Kelly Clarkson)


Harry prit une extrémité du Portoloin et comme à chaque fois, il fut saisi par la sensation qu'une main invisible l'empoignait au niveau du nombril. Sous ses yeux, la gare de King's Cross devint floue et il fut emporté dans un tourbillon de couleurs, l'épaule de Valya se cognant à la sienne. Il sentit le sol sous ses pieds et fléchit légèrement les genoux pour éviter de se casser la figure à l'atterrissage. La brosse à cheveux tomba par terre et Harry regarda autour de lui. Ils étaient arrivés derrière un bosquet d'arbres, sur la place non loin de la maison de Sirius. Il jeta un coup d'œil fébrile en direction de Valya. La jeune blonde était haletante, pliée en deux.

- Je déteste les Portoloins, cracha-t-elle face à son air interrogatif. Je préfère largement transplaner.

Une silhouette sortit brusquement des ombres.

- Maugrey, Shackelbolt… souffla la voix doucereuse du maître des potions. Potter…

Valya fixa Rogue d'un air ahuri avant de se tourner vers Harry.

- Attends, c'était sérieux ?! Tu restes vraiment avec lui pendant les vacances ?

- C'est… compliqué… avoua le Gryffondor avec gêne.

Il était vraiment nerveux maintenant. Ils avaient convenu que Rogue irait parler avec Sirius tandis que lui-même se chargerait de Valya. Et Harry se demandait à quel genre de réaction il allait bien pouvoir faire face. La jeune fille avait tous les droits de lui hurler dessus ou même de lui jeter un sortilège.

- Vous bavarderez plus tard ! imposa sèchement Maugrey. C'est dangereux de rester dehors, surtout à cette heure-ci. Je ne sais pas ce qu'il se passe mais on rejoint la maison et vous réglerez vos problèmes là-bas !

Le vieil Auror prit la tête du groupe et enfin, ils arrivèrent devant la bâtisse du numéro 12. A cause du Fidelitas, Harry savait que la maison était invisible pour Valya. Aussi, Rogue lui tendit un papier sur lequel était inscrite la phrase à se répéter pour la voir apparaître. Mais avant même de l'avoir attrapé, Valya émit un cri d'effarement.

- 12, square Grimmaurd ?! siffla-t-elle à l'adresse de Harry. Tu passes tes vacances au 12, square Grimmaurd ? Non mais c'est une blague ?!

- Tu peux voir la maison ?! tonna Maugrey, aussitôt sur le qui-vive.

- Non je ne la vois pas justement, claqua la jeune blonde avec une tension évidente dans la voix. Mais je sais où on est, c'est tout !

- Et COMMENT ça se fait que vous sachiez où l'on est justement ? rétorqua Rogue.

Elle haussa les épaules en détournant les yeux.

- C'est pas important… Qu'est-ce qu'on fiche ici ?

Sa mâchoire crispée démontrait bien qu'elle refuserait d'en dire plus. Harry l'observa plus attentivement. De ses épaules tendues aux légers tremblements qui parcouraient son corps, tout trahissait son mal-être. Et le Survivant capta un éclat dans son regard, une émotion qu'il n'avait encore jamais vue chez elle. Ce n'était pas de la colère, ni de la haine ou de la tristesse. C'était de la peur. Valya était terrifiée par la maison et Harry eut soudain l'impression que l'avoir amenée à cet endroit sans la prévenir était une très mauvaise idée. Rogue semblait sur le point de la secouer pour qu'elle leur fournisse une véritable explication, puis il finit par laisser tomber.

- Lisez ce qui est marqué sur le papier, déclara-t-il simplement.

Valya obtempéra, scrutant en même temps les numéros 11 et 13, qu'elle devait voir s'écarter pour laisser place au numéro 12.

- L'Ordre du Phénix… répéta-t-elle d'une voix atone. Elle désigna la maison d'un geste de la main. ÇA, le quartier général de l'Ordre du Phénix ?!

- Moins fort, intima Maugrey. L'endroit est sous le sortilège du Fidelitas

- Vous êtes des grands malades ! protesta la jeune fille. Cette foutue baraque est imprégnée de magie noire jusqu'à la pierre ! C'est dangereux de vous installer ici, c'est bardé de sortilèges pour repousser les intrus… Putain, c'est la maison de famille des Black, il y a des protections de Sang dessus ! Des protections de Sang, vous savez ce que ça veut dire ?! Sans l'autorisation et la magie de l'héritier en titre, de mon père, vous risquez la mort ! Un lourd silence suivit la fin de sa tirade. Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-elle face à la gêne ambiante. Qu'est-ce… Elle s'interrompit brusquement en poussant une exclamation étranglée. Et il vous l'a donnée bien sûr…

En une fraction de seconde, la compréhension se peignit sur ses traits. Elle secoua la tête avec rage, le visage blême et les poings serrés, des vagues de magie commençant à tournoyer autour d'elle. Harry resta pétrifié devant l'étincelle de pure trahison qui luisait dans ses yeux.

- Valya… commença-t-il d'un ton désolé.

- Te fatigue pas, Harry… coupa la jeune blonde. … J'ai compris.

D'un coup de baguette, Maugrey ouvrit la porte et Harry franchit le seuil, envoyant au passage un regard d'encouragement à la jeune Black qui traînait des pieds. Rogue marmonna une incantation pour allumer les lampes à gaz qui éclairaient le hall d'entrée. Valya poussa un gémissement paniqué, l'air prête à faire demi-tour en courant.

- Potter, allez parler en haut, ordonna Rogue. Je vais… discuter avec… vous-savez-qui

La jeune fille se retourna brusquement sur lui, sortant de son état d'affolement. Elle éclata d'un rire rauque et glacial qui lui ressemblait beaucoup plus.

- Vous-savez-qui ? Sérieusement ?

Elle renifla d'un air écœuré. Harry lui désigna les escaliers, poussant un soupir de soulagement lorsqu'elle se dirigea vers les marches d'un pas lourd. Si Sirius débarquait maintenant, ils étaient bons pour une crise encore plus monumentale que celle qui s'annonçait. Ils montèrent jusqu'au dernier palier, où il n'y avait que deux portes. Valya se figea devant celle qui portait une plaque de métal gravée d'un simple prénom. « Sirius »…

Le Gryffondor poussa la porte du bout des doigts. Il n'était encore jamais entré dans la chambre de son parrain. La pièce était spacieuse et, contrairement au reste de la maison, elle dégageait une impression de chaleur. Il y avait un grand lit au cadre de bois sculpté, une haute fenêtre masquée par des rideaux en velours, une petite bibliothèque et un bureau sur lequel traînaient divers magazines, un vieux jeu de cartes et d'autres bricoles. Il était clair que Sirius avait personnalisé l'endroit à sa manière. Une couette semblable à un modèle moldu recouvrait le lit, les murs étaient tapissés d'affiches et de photos, et une grande bannière aux couleurs de Gryffondor était accrochée juste au-dessus du bureau. Valya se laissa tomber sur le lit, la tête entre les mains, tandis que Harry restait sur le seuil, se sentant un peu plus coupable à chaque seconde.

- Je suis désolé, lâcha-t-il faiblement. Elle ne décrocha pas un mot, prenant seulement de profondes inspirations, sa magie tourbillonnant encore hors de son corps. Valya ? insista-t-il. Est-ce que tu ne veux pas… j'en sais rien… dire quelque chose ? Hurler, m'envoyer un sort ou n'importe quoi d'autre…?

Elle releva lentement les yeux vers lui.

- Ecoute Harry… Y'a… des choses que je devrais te dire, parce que t'as le droit de savoir. Mais… je ne peux pas. Elle passa une main dans ses cheveux d'un geste qui trahissait toute sa frustration. J'ai promis, tu vois ? Sauf qu'un jour, je serais obligée de t'en parler et… tu auras probablement envie de me massacrer pour te l'avoir caché. Alors… je ne vais pas hurler ou quoique ce soit d'autre comme tu dis mais… le jour où je te raconterai tout… ce jour-là, on sera quitte d'accord…?

Bouche bée, Harry la scruta comme si elle était tombée sur la tête. Il s'était attendu à tout sauf à ça. Il avait bien compris qu'elle lui en voulait un peu, ce qui était tout à fait normal. Mais apparemment, elle ne comptait pas rester indéfiniment bloquée là-dessus.

- D'accord, accepta-t-il avec soulagement.

Prudemment, il prit la chaise de bureau et s'installa en face d'elle.

- Est-ce qu'il le savait ? demanda brusquement Valya.

- Sirius ? s'étonna le Gryffondor. Non, bien sûr que non ! Il aurait pété les plombs sinon… Rogue va lui expliquer la… situation. La jeune blonde émit un petit rire nerveux. C'est Dumbledore, confessa-t-il avec hésitation, au début il ne voulait pas vous en parler parce qu'il avait peur qu'Ombrage se rende compte de quelque chose. Et j'ai obéi parce que… je ne sais pas trop en fait… j'imagine que j'avais peur que Sirius se fasse prendre et qu'il retourne en prison ou pire.

- Ouais, ça encore je peux comprendre, accorda Valya.

- Sauf que… Harry contracta sa mâchoire avec colère. Quand on a réussi à faire virer le vieux crapaud, Dumbledore n'a pas changé d'avis. Rogue est allé lui parler plusieurs fois, il a insisté, rien n'y faisait…

- Dumbledore hein…?

En décelant l'éclat meurtrier qui brillait dans les prunelles de la jeune fille, Harry se dit que le directeur allait amèrement regretter ses actions et qu'il allait passer un sale quart d'heure. Voire une sale demi-heure, puisque Sirius n'allait sûrement pas être en reste.

- Au fait, réfléchit le Survivant après un moment de silence, comment ça se fait que tu connaissais déjà la maison ?

Valya grogna d'un air embêté.

- Est-ce que tu sais pourquoi mon père a été accusé de m'avoir assassinée en plus d'avoir soit disant trahi ses meilleurs amis ?

- Euh non… avoua Harry.

Honteux, il prit conscience qu'il ne s'était même jamais posé la question.

- Le soir où Voldemort a attaqué… où… tes parents sont morts, grimaça Valya, mon père a voulu me mettre en sécurité avant de se lancer à la poursuite… du rat. Il m'a déposée à son appartement, sous la surveillance de son elfe de maison vu qu'il ne pensait pas en avoir pour longtemps, précisa-t-elle sombrement. Et il est parti. Sauf que pendant ce temps, des Mangemorts ont attaqué. Ils ont saccagé l'appartement, tué l'elfe et… ils ont déclenché un incendie.

Harry ouvrit de grands yeux.

- Mais alors comment…?

- …comment ça se fait que je sois encore en vie ? termina Valya à sa place. Elle ricana d'un air cynique. Parce que j'ai eu de la chance, une putain de chance… Parmi ces Mangemorts, il y avait Regulus Black.

- Le frère de Sirius ?! s'exclama Harry, abasourdi.

- Oui. Mon oncle… Je… je ne sais pas ce qu'il s'est passé dans sa tête ni pourquoi il a fait ça mais… c'est lui qui m'a trouvée en premier. Et au lieu de me tuer, il m'a prise avec lui et il m'a ramenée ici. Walburga et Orion Black n'étaient pas ravis du tout, loin de là… Mais ils n'étaient pas Mangemorts, tu comprends ? Alors, ils ne savaient pas que l'acte de Regulus était une véritable trahison posthume envers leur cher « Seigneur des Ténèbres ». Le dégout dans sa voix était palpable et Harry frissonna. Je suis restée ici pendant un peu plus de deux ans. J'étais petite, je ne me souviens pas de tout, seulement quelques bribes par ci par là… C'est déjà trop. La maison par exemple, à quoi elle ressemblait… Et… des fois, oncle Reg' était obligé de s'absenter, je devais rester seulement avec ses parents… La peur… ça, je ne peux juste pas l'oublier, conclut-t-elle amèrement.

Harry la fixa avec horreur. Sirius ne parlait presque jamais de sa famille. Mais grâce aux quelques informations dont il disposait, ce n'était pas difficile de déduire que son parrain avait eu tout sauf une enfance heureuse. Et si Valya s'était retrouvée également dans cette maison… Il préférait ne même pas imaginer.

- Tu as dit deux ans… Qu'est-ce qu'il s'est passé ensuite ?

Un voile de tristesse passa sur le visage de la jeune blonde.

- Regulus est mort. Un de ses collègues Mangemort a probablement fini par comprendre toute l'étendue de sa traîtrise. Ils ont décidé de le punir.

- Les Mangemorts ?! protesta le Gryffondor. Je pensais que le groupe s'était dissous quand Voldemort a disparu ?!

Valya secoua la tête avec violence.

- Ne crois surtout pas ça, Harry… Ceux qui racontent cette histoire sont des naïfs et des imbéciles. Tu peux demander à Clive et aux autres… Ils pourront te confirmer qu'à aucun moment leurs parents n'ont cessé leurs charmantes activités. Et certains… ils étaient presque pires que Voldemort, ajouta-t-elle d'un air morose. Un conseil, si tu tiens à rester en vie, ne sous-estime jamais un Mangemort. Jamais.

La gorge serrée, Harry acquiesça, incapable de trouver les mots pour exprimer son désarroi.

- Et toi, qu'est-ce qu'il t'est arrivé après ?

D'un seul coup, Valya sembla se fermer à double tout et il comprit aussitôt qu'il n'obtiendrait pas de réponse à cette question. Le Gryffondor se garda bien d'insister et s'empressa de changer de sujet :

- Tu crois que Sirius est au courant pour son frère ?

- Ça m'étonnerait, pressentit-elle avec une moue sceptique.

- Est-ce que tu vas lui dire ? persista Harry.

Elle haussa les épaules.

- Je suppose oui…

Il lui adressa un petit sourire triste. La jeune fille avait l'air légèrement calmée et elle semblait à peu près encaisser le choc. Elle promena son regard sur la pièce avant de saisir quelque chose sur la table de nuit. Elle s'esclaffa devant le morceau de papier rectangulaire et le tendit à Harry, qui observa d'un air attendri les deux bambins lui adresser des grands sourires depuis la photographie. Deux enfants installés sur un canapé, un petit brun aux yeux verts et une petite blonde aux yeux bleu gris.

ooo

Severus attendit que les adolescents aient disparu dans les escaliers pour pousser un profond soupir. D'un ton sec, il ordonna plus qu'il ne suggéra aux deux Aurors d'aller patienter au salon. Maugrey rechigna instantanément mais Shackelbolt dut comprendre que la situation était délicate puisqu'il se dépêcha de l'entraîner ailleurs. Avec l'impression de se rendre à l'échafaud, Severus descendit les quelques marches qui menaient à la cuisine et poussa la porte. Black était là, adossé au plan de travail, en compagnie de Lupin, Mondingus Fletcher, Dedalus Diggle, Hestia Jones et des jumeaux Weasley. A son entrée, les deux rouquins s'empressèrent de quitter les lieux en pouffant, suggérant ainsi qu'ils étaient en train de plaisanter à son sujet avec Black.

- Bonjour Severus, le salua le loup-garou tandis que les quatre autres l'ignoraient superbement.

- Lupin, lâcha le maître des Potions en serrant les dents.

Remus Lupin était le seul à être poli avec lui et paradoxalement, c'était celui avait lequel Severus avait le plus de mal. S'être retrouvé nez à nez avec le loup-garou une nuit de pleine lune l'avait marqué à vie et maintenant, même s'il détestait le reconnaître, Lupin lui faisait peur.

- Tu peux t'en aller, Servilus… affirma nonchalamment Black. Déjà que Harry a été forcé de venir avec toi, on n'a pas besoin de supporter la vue de tes cheveux graisseux plus longtemps !

Severus plissa les yeux avec colère devant les ricanements de Fletcher, se mordant la langue pour ne pas répliquer. « Reste calme », s'intima-t-il. « Il te provoque, c'est tout.. ».

- Ecoute Black… Il faut que je te parle de quelque chose. C'est important.

L'Animagus haussa les épaules.

- Très bien, vas-y alors !

- Hum… hésita Severus. Je pense que nous devrions plutôt avoir cette discussion en privé…

- Tant pis ! gronda Black d'un air mauvais. Au cas où tu n'aurais pas compris, j'ai bien plus confiance en eux qu'en toi, soit tu dis ce que tu as à dire, soit tu dégages !

Severus inspira à fond pour se calmer, se répétant mentalement qu'étrangler Black était une très mauvaise idée.

- Tu… tu ferais peut-être mieux de t'asseoir, suggéra-t-il d'un ton mal assuré.

- Tu n'as pas d'ordres à me donner ! se rebiffa aussitôt le clébard. C'est ma maison ici et je tolère juste ta présence !

Le Serpentard se pinça l'arête du nez avec exaspération. Par Salazar, il ne s'attendait pas à ce que Black se montre coopératif mais là, il ne lui facilitait vraiment pas la tâche… Un instant, il se demanda comment le Survivant s'en sortait avec Black junior, songeant qu'il aurait peut-être été mieux de laisser Potter parler à son parrain.

- Très bien comme tu voudras ! abdiqua Severus. Mais je te préviens, ça ne va vraiment pas te plaire…

- Qu'est-ce que… il est arrivé quelque chose à Harry ? hurla l'Animagus.

- Ton filleul va très bien, il attend à l'étage. C'est… compliqué en fait, je ne sais pas trop comment t'annoncer ça et… Black, tu devrais vraiment t'asseoir, insista-t-il.

Sûrement alerté par sa mine sinistre, Black finit par obtempérer et Severus soupira de soulagement. Il n'était pas très sûr de la réaction de l'autre homme et il n'avait pas du tout l'intention de s'occuper de lui si jamais il faisait un malaise ou une autre absurdité du même genre. En plus, ça lui permettait de s'éloigner du cabot et donc d'avoir le temps d'anticiper un éventuel accès de violence.

- Merlin, quelqu'un est mort ou quoi ?! s'énerva l'ancien Gryffondor. Qu'est-ce qu'il se passe à la fin ?

Severus se prit la tête entre les mains.

- Non Black, personne n'est mort. Ça serait plutôt le contraire en fait…

- « Le contraire » ? intervint Lupin. C'est à dire ? Quelqu'un qu'on croyait mort et qui n'est pas mort ? présagea-t-il, et Severus maudit la perspicacité du loup-garou, confirmant d'un signe de tête.

- Et ? questionna Black d'un ton blasé. Pourquoi tu tires une tronche pareille, c'est une bonne nouvelle non ? C'est qui ? Bertha Jorkins ?

- Pardon ? se stupéfia Severus, qui ne s'attendait pas du tout à ça. Au nom de Merlin, pourquoi voudrais-tu que je vienne en personne te parler de Jorkins ?!

- J'en sais rien moi ! claqua le cabot. Apparemment, c'est elle qui a donné des informations à Voldemort sur le Tournoi des Trois Sorciers l'année dernière, ça aurait pu être important.

- Quelqu'un qu'on croyait mort depuis quatorze ans, précisa Severus.

- Inutile de me dire que James est vivant ou une connerie comme ça, de toute façon je ne te croirais pas, railla Black. Alors ? C'est qui ton fameux revenant ? s'obstina-t-il devant l'absence de réponse du maître des potions.

Severus se crispa, se préparant à l'explosion.

- Ta fille...

Un silence de mort tomba sur la pièce.

- Je crois qu'on va vous laisser… balbutia Hestia Jones en se levant d'un bond.

Diggle et Fletcher renchérirent aussitôt et se précipitèrent à la suite de la jeune femme.

- Tu peux les suivre Rogue, lança Black d'un ton polaire. Toute trace d'amusement ou d'insouciance avait disparu de son visage, qui affichait maintenant une expression dure. Je refuse que tu restes ici une seconde de plus. Je ne sais même pas pourquoi je t'ai écouté…

- Non attends ! protesta Severus. Tu ne comprends pas, c'est…

- Ce que je comprends, c'est que tu as décidé de te foutre de ma gueule, pour pas changer ! rugit Black. Mais je ne te pensais pas assez salaud pour plaisanter là dessus, bordel c'était pas seulement ma fille, c'était aussi celle de Sélène ! La fille de ta sœur ! Ça t'amuse tant que ça de venir déblatérer des conneries ?!

- Je ne plaisante pas ! se défendit Severus. C'est la vérité je t'assure, je me doute que c'est difficile à croire mais…

- Difficile à croire… Difficile à croire ?! Non, toi qui décides de te laver les cheveux, Voldemort qui se balade en tutu, c'est difficile à croire ! ÇA, c'est juste impossible ! PUTAIN ROGUE, MA FILLE EST MORTE ! explosa-t-il. Tes copains Mangemorts ont mis le feu à mon appartement et j'ai été accusé à leur place, tu te souviens ?! Alors je ne sais pas si tu as trop forcé sur le whisky Pur Feu ou si c'est juste une très mauvaise blague mais faudrait songer à aller te faire soigner si tu crois vraiment à tes histoires !

- Sirius… tenta Lupin. Tu devrais laisser Severus s'expliquer, il a pu se tromper ou bien être abusé ou…

- Non je ne me suis pas trompé ! s'énerva le maître des potions. Valya est bien vivante, je n'invente rien !

- Très bien, ricana Black. Valya est vivante… Bien sûr ! Et donc, selon ta théorie fumeuse, si elle est en vie, OÙ EST-CE QU'ELLE EST, HEIN ?! hurla-t-il.

Il y eut un temps de silence tandis que Severus prenait une grande inspiration, se demandant quand est-ce que ce cauchemar allait finir.

- En haut, avec Potter… déclara-t-il le plus stoïquement possible.

Black cligna des yeux une fois, puis une deuxième. Lupin poussa une exclamation étranglée et l'Animagus pâlit drastiquement alors que l'information semblait enfin atteindre son cerveau.

- Quoi…? balbutia-t-il.

ooo

Harry gigotait sur la chaise de bureau, mal à l'aise.

- Tu as l'air nerveuse, observa-t-il.

En effet, Valya ne cessait de tourner en rond dans la chambre de Sirius, creusant bientôt une tranchée dans le parquet à force de faire les cent pas. Et lorsqu'elle se décidait enfin à s'asseoir, c'était presque pire. Elle s'agitait dans tous les sens, bougeant sans cesse sa jambe dans un geste saccadé ou tapotant ses doigts contre son genou à un rythme infernal. Elle tenait à peine une minute avant de sauter à nouveau sur ses pieds et de recommencer à user ses baskets. La jeune blonde lui jeta un regard peu amène.

- Il y a de quoi non…? chuchota-t-elle.

- Oui, concéda Harry. C'est juste qu'en général, tu as toujours l'air tellement… inatteignable ?

Elle sourit avec mélancolie.

- Ça veut juste dire que je fais un peu trop bien semblant alors… Elle passa fébrilement une main dans ses cheveux. Mais ici, j'ai pas besoin de garder le masque, si…?

A ces mots, Harry sursauta et la fixa plus attentivement. Valya n'était vraiment pas du genre à cacher ses sentiments. Si elle était en colère, cela se voyait, si elle était triste, on le sentait facilement et ainsi de suite. Mais il y avait toujours un petit quelque chose au fond de ces yeux, cette fameuse étincelle glaciale qui empêchait qu'on puisse totalement deviner ce qu'elle avait en tête. Mais là, son regard n'était plus dissimulé par quoique ce soit et Harry pouvait lire en elle comme dans un livre ouvert, déchiffrant sans mal toute sa détresse et son angoisse. Il grimaça, se demandant si finalement il ne préférait pas son éternelle expression froide plutôt que de la voir dans un état pareil.

- Ça va aller ? osa-t-il. Question stupide mais il avait besoin d'être sûr de la réponse. Est-ce que je peux te laisser un peu et aller regarder… comment ça se passe en bas ?

La mâchoire serrée, la jeune fille opina lentement.

- C'est bon, Harry, ça ira…

Peu convaincu, le Gryffondor se dirigea tout de même vers la porte. Ce n'est que lorsqu'il l'ouvrit qu'il réalisa que son parrain avait dû se débrouiller pour insonoriser sa chambre. Parce que maintenant que la porte était ouverte, les hurlements étaient parfaitement audibles.

« SEPTEMBRE ?! TU ES EN TRAIN DE ME DIRE QUE ÇA FAIT PRESQUE QUATRE MOIS QUE MA FILLE EST BIEN VIVANTE À POUDLARD ET PERSONNE N'A JUGÉ UTILE DE ME PRÉVENIR ?! » La voix de Sirius résonnait dans toute la cage d'escalier. « LA FERME ! PUTAIN ROGUE, JE VAIS TE TUER ! T'ES UN SALAUD, UNE ORDURE ! COMMENT EST-CE QUE T'AS PU FAIRE ÇA HEIN ?! J'ESPÈRE QUE TU T'ES BIEN AMUSÉ AU MOINS, QUE TU T'ES BIEN FOUTU DE MA GUEULE À ME VOIR CHERCHER OÙ ÉTAIT LE PROBLÈME ?! » Valya blanchit d'un coup, pétrifiée sur place et poussa un petit gémissement. Visiblement, savoir que Sirius était dans la maison elle pouvait encaisser mais l'entendre en vrai, c'était trop.

- Valya… commença Harry avec inquiétude.

Avant qu'elle ne puisse répondre, les rugissements de Sirius reprirent de plus belle. « J'EN AI RIEN À FOUTRE DE TES EXCUSES MINABLES ! ET PUIS À VOIR LE RÉSULTAT, TU N'AS PAS DÛ ESSAYER BEAUCOUP N'EST-CE PAS ?! EST-CE QUE TU AS PENSÉ UN SEUL INSTANT À CE QU'AURAIT DIT SÉLÈNE ? ET VALYA ?! ÇA NE T'AS PAS DÉRANGÉ DE LUI MENTIR JE SUPPOSE ?! « C'EST LA FILLE DE SIRIUS BLACK DONC C'EST PAS GRAVE, PEU IMPORTE QU'ELLE SOIT AUSSI MA NIÈCE » ? C'EST ÇA QUE TU T'ES DIT, SERVILUS ?! » La réponse ne fut pas perceptible pour eux, par contre, ils purent clairement discerner une autre voix : « SIRIUS ! CALME-TOI ! SIRIUS ! ».

- C'était qui ça ? interrogea Valya d'un air perdu.

- Oh… c'est le professeur Lupin.

- Remus Lupin ? Il est ici ?

- Euh oui, confirma Harry. Il fait partie de l'Ordre et tout ça…

La jeune Black se mordilla la lèvre avec hésitation.

- Dis… y'a moyen que… je le vois lui, d'abord…?

ooo

- Quoi…? balbutia Sirius.

Il avait vaguement entendu Remus réagir à ses côtés mais il n'y prêta pas attention. La seule chose qui comptait, c'était ce que venait d'annoncer Rogue. Rogue qui le scrutait d'un air de plus en plus inquiet.

- Elle est en haut avec Potter… affirma une nouvelle fois le maître des potions.

Il parlait sur un ton extrêmement prudent, comme s'il s'adressait à un animal sauvage particulièrement féroce qu'il essayait de le calmer.

- Quoi…? répéta Sirius, incapable de se sortir de son état de choc.

Parce que c'était impossible, n'est-ce pas ? Ça ne pouvait simplement pas être vrai.

- Ok apparemment, ce n'est pas une blague, intervint Remus. Mais c'est forcément une erreur ! Quelqu'un qui se fait passer pour elle ou… je ne sais pas ! Un sort, une potion, quelque chose !

Sirius observa son ami avec crainte. Il avait raison bien sûr, Servilus avait dû se tromper, tout simplement. Mais en même temps, il ne pouvait s'empêcher de ressentir un espoir fou. Pendant ses années passées à Azkaban, Sirius avait passé des heures, des jours entiers à se plonger dans les « Et si…? ». Et si James et Lily avaient réussi à survivre ? Et si ce n'était pas Peter qui les avait trahis ? C'était dingue mais c'était aussi la seule chose qui l'empêchait de le devenir. Cependant, jamais l'un de ses « Et si…? » ne lui avait paru aussi réel qu'à cet instant.

- Écoutez, exprima Rogue, comme je l'ai déjà dit, j'ai conscience que c'est difficile à croire. Mais nous n'avons même pas eu besoin de vraiment vérifier… Dès qu'elle est arrivée, elle a fait un serment magique pour confirmer son identité. Et même sans ça, il suffit de regarder son comportement… Crois-moi Lupin, il n'y aucun doute à avoir, c'est bien Valyana Black qui est ici.

Pendant quelques secondes, Remus resta silencieux.

- C'était ça ce que tout le monde cachait ? avança-t-il finalement. Ton attitude, celle de Dumbledore… Et la lettre de Harry.

- Attends un peu ! réagit soudainement Sirius, reprenant contact avec la réalité. Ça fait des mois que Harry m'a envoyé cette lettre ! Quand est-ce qu'elle est arrivée à l'école ? Il vit nettement Rogue déglutir avec difficulté. Réponds. Maintenant ! siffla-t-il d'un air menaçant.

- Le jour de la rentrée… abdiqua le Serpentard.

- Le jour de… Depuis septembre ?! SEPTEMBRE ?! TU ES EN TRAIN DE ME DIRE QUE ÇA FAIT PRESQUE QUATRE MOIS QUE VOUS SAVEZ QUE MA FILLE EST BIEN VIVANTE, QU'ELLE EST À POUDLARD ET PERSONNE N'A JUGÉ UTILE DE ME PRÉVENIR ?!

Rogue hocha lentement la tête. Il n'eut même pas le temps de voir le coup venir. Sirius se leva d'un bond et lui envoya directement son poing dans la mâchoire.

- Black ! Ça va pas la tête, qu'est-ce que…

- LA FERME ! hurla Sirius, hors de lui. PUTAIN ROGUE, JE VAIS TE TUER ! T'ES UN SALAUD, UNE ORDURE ! COMMENT EST-CE QUE T'AS PU FAIRE ÇA HEIN ?! J'ESPÈRE QUE TU T'ES BIEN AMUSÉ AU MOINS, QUE TU T'ES BIEN FOUTU DE MA GUEULE À ME VOIR CHERCHER OÙ ÉTAIT LE PROBLÈME ?!

- Ce n'est pas vrai ! se défendit pitoyablement Rogue. Je n'ai jamais pensé… C'est Dumbledore qui ne voulait pas te mettre au courant, j'ai essayé de le convaincre !

Il voulut essuyer le sang qui coulait de son nez mais Sirius se précipita à nouveau sur lui et l'envoya valser contre le mur.

- J'EN AI RIEN À FOUTRE DE TES EXCUSES MINABLES ! ET PUIS À VOIR LE RÉSULTAT, TU N'AS PAS DÛ ESSAYER BEAUCOUP N'EST-CE PAS ?! EST-CE QUE TU AS PENSÉ UN SEUL INSTANT À CE QU'AURAIT DIT SÉLÈNE ? ET VALYA ?! ÇA NE T'AS PAS DÉRANGÉ DE LUI MENTIR JE SUPPOSE ?! « C'EST LA FILLE DE SIRIUS BLACK DONC C'EST PAS GRAVE, PEU IMPORTE QU'ELLE SOIT AUSSI MA NIÈCE » ? C'EST ÇA QUE TU T'ES DIT, SERVILUS ?!

Il tenta de lui asséner un nouveau coup mais sentit deux bras le ceinturer fermement et Rogue en profita pour jeter un solide charme du Bouclier.

- SIRIUS ! CALME-TOI ! SIRIUS ! C'est bon maintenant…

Un instant, Sirius fut tenté de se dégager de la poigne de Remus et de l'assommer avec un sort pour pouvoir retourner massacrer Rogue tranquillement. Mais un seul coup d'œil vers son ami lui suffit pour comprendre qu'il était tout aussi révolté par la situation et qu'il ne comptait pas l'empêcher longtemps de se défouler. Les yeux habituellement couleur miel de Remus viraient lentement à l'ambre, preuve qu'il était prêt à mettre Rogue en pièces lui-même. Un loup-garou ne pouvait se transformer complètement que lors de la pleine lune mais parfois, lorsqu'il perdait le contrôle de ses émotions, on pouvait voir l'esprit du loup dans le sien.

Remus le traîna jusqu'à une chaise sur laquelle il s'effondra sans ménagement.

- Ne pense pas à ça pour le moment, intima-t-il doucement. Tu auras tout le temps de t'énerver plus tard. Pour l'instant la priorité c'est… tu vois…

- Bordel Remus… Comment elle va réagir…? s'inquiéta Sirius d'une voix cassée.

- Apparemment, bien mieux que toi… lança quelqu'un derrière lui.

Sirius se retourna vivement.

- Harry !

Son filleul s'approcha doucement en se passant une main dans les cheveux. Il fronça les sourcils en voyant Rogue, retranché derrière son bouclier, la figure ensanglantée.

- Tu l'as frappé ? demanda-t-il d'un ton choqué.

Sirius grogna à la manière d'un animal, découvrant ses dents comme lorsqu'il était Patmol.

- Evidemment que je l'ai frappé ! s'emporta-t-il. Ça fait quatre mois ! QUATRE PUTAINS DE MOIS ET CE CONNARD NE M'A RIEN DIT ! PERSONNE NE M'A RIEN DIT !

- Sirius ! protesta Remus d'un air de reproche.

L'Animagus ne réalisa son erreur qu'en apercevant l'écrasante culpabilité qui brillait dans les yeux de Harry.

- Je suis désolé, balbutia le jeune homme, je…

- Au lieu de vous apitoyer sur vous-même, vous devriez vous réjouir de tenir encore sur vos jambes, Potter ! coupa Rogue d'un ton hargneux. J'aurais pensé vous retrouver dans un état bien pire que le mien…

- LA FERME SERVILUS ! tonitrua aussitôt Sirius. Je te promets que si tu l'ouvres encore, je te jette un Silencio !

Harry gigota en se balançant d'un pied sur l'autre.

- Je vous l'ai dit, elle n'a pas si mal réagi en fin de compte. Et euh… si vous êtes d'accord, elle voudrait vous voir professeur Lupin…

- Moi ? s'étonna Remus en même temps que Sirius grondait d'indignation.

- Quoi ? Mais pourquoi Remus ?! Je veux la voir, je veux voir Valya, maintenant ! réclama-t-il. Brusquement, une idée atroce lui vint en tête. Harry… souffla-t-il alors d'un ton suppliant, ne me dis pas que elle, elle ne veut pas me voir ?! Tu as assuré qu'elle avait bien réagi…

- Quoi ?! Non pas du tout ! réfuta son filleul en ouvrant des yeux ronds comme des Gallions. Elle veut juste voir le professeur Lupin pour discuter parce que… je sais pas trop en fait mais ce n'est pas pour t'éviter, c'est n'importe quoi ! Je ne lui ai pas demandé pourquoi mais c'est juste que… c'est Valya, tu vois…? ajouta Harry comme si ça expliquait tout. C'est souvent difficile de comprendre à quoi elle pense.

Il haussa les épaules avec gêne et Sirius se rendit compte que ses mains tremblaient. Non, il ne voyait pas justement. Harry connaissait mieux Valya que lui. Il avait passé du temps avec elle, il lui avait parlé, tout ce que Sirius n'avait jamais eu l'occasion de faire jusqu'à présent. Il savait que c'était complètement stupide d'être jaloux mais là, c'était exactement ce qu'il ressentait. Il passa une main dans ses cheveux à plusieurs reprises pour tenter de se maîtriser et émit un gémissement anéanti. Et si Harry se trompait ? Si Valya ne voulait vraiment pas lui parler, qu'elle préférait être loin de lui ? Sans compter les milliers d'autres questions sans réponses à commencer par où est-ce qu'elle avait bien pu disparaître pendant quatorze ans. Sirius sentit une main presser gentiment son bras.

- Respire Patmol, tout va bien ok ? lui intima Remus. Je vais monter, Valya et moi on va discuter un peu et je te promets de redescendre très vite.

A moitié dans le brouillard, Sirius ne put qu'hocher la tête, incapable de dompter la peur qui l'étreignait.

ooo

Remus Lupin avait toujours été quelqu'un de particulièrement observateur. C'était en partie à cause de sa condition de loup-garou bien sûr, ses sens étaient largement plus développés que la moyenne. Une meilleure vue, une meilleure ouïe. Un meilleur odorat. Tout le monde avait une odeur particulière, une fragrance qui flottait dans l'air autour de lui. Les gens ne sentaient rien sauf lorsqu'ils étaient très près de quelqu'un, mais Remus si. Lily par exemple, elle avait un parfum plutôt fleuri, avec le lilas qui prédominait et une senteur d'herbe fraîchement coupée. Pour James, c'était une odeur plus chaude, mélange de soleil, de bois et de citron. Sirius embaumait la pluie à plein nez, avec une touche de cuir et de rhum en arrière plan. Et Valya… Valya sentait l'orage. Remus pouvait le flairer alors qu'il ne se trouvait même pas encore dans la pièce. Il fronça les sourcils. La seule autre personne de sa connaissance qui avait cette odeur, c'était Harry.

Le loup-garou renifla en se concentrant. Le parfum était sensiblement le même mais il y avait quelque chose de plus. Derrière cette fameuse odeur d'orage, le Gryffondor sentait comme lorsqu'on se trouvait à côté d'une rivière. L'eau fraiche mais aussi la terre et les herbes. Alors que Valya… c'était comme se balader au milieu de la forêt. La terre certes, mais surtout les arbres, les feuilles. Différences subtiles mais tout de même présentes. Remus secoua la tête. Il était ridicule à essayer d'analyser des odeurs comme il l'aurait fait avec des copies d'élèves. Mais le loup en lui était intéressé, intrigué même, et c'était difficile de se focaliser sur autre chose. Il coupa brièvement sa respiration et se força à monter les dernières marches. La porte de la chambre de Sirius était ouverte. Remus s'avança sur le seuil pour pouvoir détailler la jeune fille assise sur le lit. Elle leva la tête et il se statufia sur place. Il y avait quelque chose de particulièrement fascinant et en même temps de presque dérangeant à voir les yeux bleus glaciaux de Sirius sur le visage de Sélène.

- Merlin tout puissant… souffla-t-il.

Une moue goguenarde se peignit sur les traits de Valya.

- Je ne voudrais pas paraître impolie mais… sérieux, ça commence à devenir franchement chiant cette manie de tous être ahuris devant ma tête, là ! Vous êtes Remus Lupin n'est-ce pas ? enchaîna-t-elle tout de suite après.

- En effet. Tu peux m'appeler Remus ou Lunard si tu veux. Ça fait des semaines que je répète la même chose à Harry mais c'est bien connu que les Gryffondor sont bornés, lança-t-il sur le ton de la plaisanterie. Donc, tu es Valya…

Les lèvres de la jeune blonde s'étirèrent sur un sourire amusé.

- En effet

Remus dut prendre sur lui pour ne pas éclater de rire. C'était exactement le genre de remarque qu'aurait pu sortir Sirius. Le loup-garou reprit rapidement son observation. La plupart des gens auraient surement affirmé que Valya ressemblait comme deux gouttes d'eau à Sélène mais qu'elle avait les yeux de Sirius. L'inverse de Harry avec ses parents en somme. Pour Remus, ce n'était pas tout à fait exact. Les cheveux de Valya étaient légèrement plus clairs que ceux de Sélène et elle avait le teint plus bronzé, comme si elle avait passé régulièrement du temps au soleil. L'angle de sa mâchoire était moins pointu et ses joues plus creusées. Ses yeux en revanche, avaient exactement la même forme et la même couleur que ceux de Patmol mais l'expression était différente. Encore un peu plus froids, plus difficiles à sonder que ceux de son ami. Il repéra facilement la petite cicatrice sur son sourcil droit, l'anneau d'argent accroché à son oreille et les débuts de tatouages sur ses bras, en partie dissimulés par les manches de son sweat à capuche. Elle s'agita sur le lit, attendant qu'il finisse son examen et il aperçut d'autres traces vers la base de son cou. Des marques qui avaient une couleur presque argentée pour lui, vestiges d'anciennes blessures. Remus gronda intérieurement. Ça, c'était mauvais par contre. Sirius n'allait sûrement pas apprécier.

Il prit une profonde inspiration. Il n'y avait pas que les odeurs qu'il pouvait sentir mais également les émotions, dans une moindre mesure. Actuellement, Valya irradiait d'un étrange mélange de confiance et de méfiance, avec une pointe de colère camouflée derrière. « Elle sait qu'il ne pourra rien lui arriver ici mais elle doute de ce qui va suivre et la maison ne lui plait pas », devina Remus.

- Alors, comment tu te sens…? demanda-t-il.

- Ça va, vraiment, lui assura Valya. Harry m'a déjà posé la question au moins mille fois, vous savez.

- Je crois qu'il trouve que tu prends la situation un peu trop bien, rit doucement Remus.

- Hum… oui je crois que j'ai saisi… Mais c'est pas si choquant que ça dans un sens. Je veux dire, moi j'ai jamais pensé que mon père était mort. Je savais qu'il devait bien être quelque part, juste… je ne pensais pas qu'il était ici. J'avoue que ça m'a bien énervée quand j'ai compris mais c'est tout. Limite, ça m'a plus surprise quand j'ai appris qu'il s'était échappé de prison.

Remus hocha la tête d'un air compréhensif. Il voyait bien où elle voulait en venir. C'était la colère qui avait prédominé, contrairement à Sirius qui avait dû réaliser en plus que oui, sa fille était en fait bien vivante.

- Comment il va ? demanda soudainement la jeune blonde de son timbre rauque.

- Eh bien, comme tu as dû l'entendre, Sirius a un peu de mal à appréhender la nouvelle mais…

- Non ! Valya secoua la tête. Non, je ne parle pas de ça. Je veux dire… avec Azkaban et tout ça. Comment il va…?

Remus cligna des yeux. Très peu de personnes avaient osé poser cette question. Certaines par peur d'être indiscrètes et déranger Sirius, les autres parce qu'elles présumaient qu'il s'était plutôt bien remis de son séjour à la prison. Ce qui n'était pas forcément le cas. Azkaban laissait des traces presque indélébiles, qu'elles soient physiques ou mentales. Valya attendait une réponse, ses yeux emplis d'une détermination farouche. Remus soupira. Ce n'était même pas la peine d'essayer de cacher la vérité, surtout s'il voulait que la jeune fille lui fasse un minimum confiance.

- Il va… plus ou moins bien, concéda le loup-garou. Certains jours c'est vraiment dur, les Détraqueurs ont fait remonter beaucoup de mauvais souvenirs mais il s'accroche. Il a l'air déjà bien mieux depuis qu'il n'est pas obligé de fuir et de se cacher sans arrêt. Sirius… l'enfermement ne lui réussit pas, forcément. Alors, il déteste encore plus cette maison mais au moins, il est au chaud et il mange à sa faim. Et… je pense que discuter un peu avec toi ne pourra lui faire que du bien…

- J'en sais trop rien, hésita Valya en détournant les yeux. Ça fait tellement longtemps et… je suis à Serpentard, vous voyez ? lâcha-t-elle comme pour essayer de lui faire comprendre quelque chose. C'est… je suis à Serpentard… répéta-t-elle d'un ton abattu.

- Sincèrement Valya, je crois que c'est vraiment le dernier souci de Sirius là, répliqua Remus. Le plus important, c'est que vous soyez ensemble, tu ne crois pas ?

Elle sourit légèrement.

- Si. Vous avez raison. C'est… Oh…

- Qu'est-ce qu'il y a ? questionna-t-il.

- Je crois que je sais pourquoi Harry et mon oncle ont arrêté d'obéir à Dumbledore.

Remus lui adressa une moue interrogative. La jeune blonde sortit sa baguette et la pointa devant elle.

- Spero Patronum !

Hébété, le loup-garou observa la traînée de lumière se condenser pour constituer une forme distincte. Celle d'un énorme chien au pelage hérissé. Remus s'approcha de la jeune Black, les yeux brillants, et lui serra brièvement l'épaule dans un geste de soutien, tandis que le chien argenté s'enfuyait vers les escaliers.

- Viens, proposa-t-il. On va aller voir ton père, maintenant…

ooo

Sirius trépignait littéralement dans la cuisine. Il ne tenait pas en place, sous le regard inquiet de Harry et celui, furieux, de Rogue. En effet, exaspéré par les remarques acerbes du maître des potions, Sirius avait mis sa menace à exécution et il lui avait jeté un sortilège de Silence suivi de plusieurs sorts de son invention, ce qui faisait que Servilus ressemblait à présent à une sorte de grosse limace violette avec des taches jaunâtres. Normalement, Rogue n'hésitait pas à se défendre et à répliquer mais là, Sirius avait pu profiter de sa culpabilité et donc de son grand manque de réactivité. Sauf que même la vue du Serpentard en train de se tortiller dans un coin ne parvenait pas à le détendre. Harry essayait tant bien que mal de le rassurer en lui confiant quelques anecdotes au sujet de Valya mais rien n'y faisait.

- Mais qu'est-ce qu'ils font ?! s'énerva-t-il. Pourquoi ils mettent autant de temps ?

- Elle voulait sûrement parler au professeur Lupin pour une raison précise, ça peut prendre un moment, le calma Harry.

Sirius gémit faiblement. Ses pensées tourbillonnaient dans un ordre dépourvu de sens, les questions se mêlant aux reproches, à la colère et à l'espoir.

- Y'a des choses que je dois savoir en priorité ? questionna-t-il enfin. Je ne sais pas, des… des trucs pour pouvoir… lancer la conversation ?

Il se sentait totalement misérable d'en être réduit à quémander des informations auprès de son filleul. Il avait l'air tout simplement pathétique, avide du moindre renseignement, aussi minuscule soit-il.

- Hum… hésita Harry. Comme je t'ai dit, elle est à Serpentard, annonça-t-il avec un ton d'excuse. Mais elle reste tout le temps avec Nott et il est assez sympa. Elle aime le Quidditch et les trucs moldus, elle… on fait le mur régulièrement pour aller côté Moldu, ajouta-t-il en rougissant. Elle ne se laisse pas faire, on a réussi à faire virer Ombrage tous ensemble. Elle te ressemble, conclut-t-il avec un haussement d'épaule.

Sirius trembla. C'était beaucoup et tellement peu à la fois. Est-ce qu'il pouvait réellement rattraper quatorze ans d'absence et de séparation ? Valya avait bien dû vivre quelque part, est-ce qu'elle avait une famille ailleurs ? « Avec un père adoptif par exemple… », songea-t-il la gorge nouée.

- Au fait, demanda-t-il brusquement. Qu'est-ce qui vous a fait changer d'avis ?

- Pardon ? s'exclama le Gryffondor.

- Tu as dit que c'était à cause de Dumbledore tout ça et que finalement vous avez décidé de ne plus l'écouter ? Au bout de quatre mois… Il a bien dû se passer quelque chose pour que vous changiez d'avis comme ça, non ?

Harry ouvrit la bouche, puis la referma apparemment sans trop savoir quoi dire. Il n'eut pas le temps de s'expliquer davantage, une forme argentée jaillit du mur pour atterrir souplement devant lui. Un Patronus. Hébété, Sirius contempla le grand chien qui était occupé à renifler les chaussures de Harry. Son filleul se passa une main dans les cheveux avec lassitude.

- A cause de ça… lâcha-t-il.

Sirius eut à peine le temps de se remettre de ce nouveau choc que des pas résonnaient déjà dans l'escalier. Terrifié, il fixa la porte avec la même sensation que si un Mangemort allait débarquer. Remus apparut dans l'encadrement, un léger sourire aux lèvres. Il ne décrocha pas un mot mais son regard parlait pour lui. Le loup-garou se décala légèrement, laissant apparaître une jeune fille de quinze ans, aussi blonde que l'avait été sa mère. Elle avait le regard fermement rivé vers ses baskets. Sirius sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine, cloué sur place et la tension dans la pièce était à son comble, personne n'osant briser le silence. Lentement, très lentement, Valya releva la tête. Il regarda fixement les deux yeux bleu gris identiques aux siens et à partir de là, il fut incapable de se rappeler comment les événements s'étaient enchainés exactement.

Tout ce que Sirius savait, c'est qu'il était resté très longtemps figé au beau milieu de la cuisine, la bouche grande ouverte, les yeux arrondis sous le choc. L'instant d'après, il serrait fermement sa fille dans ses bras, les larmes roulant sans retenue sur ses joues. Et il entendit un simple mot, soufflé à mi-voix. « Papa… ».


Alors alors, qu'est-ce que vous avez pensé de cette fameuse rencontre ? ;) Pour la suite, je préfère prévenir, pendant deux-trois chapitres, il va évidemment y avoir beaucoup de points de vue de Valya et de Sirius mais ne vous inquiétez pas, on retrouvera très vite les autres ! Et oui, vous serez bientôt fixés sur le sort de Dumbledore... :D

Réponses aux reviews :

- Pour l'inconnu qui a laissé une review sur le chapitre précédent : Merci pour ta review ! ;) Haha, je trouve que ton pronostic était plutôt juste finalement ! Walburga ça sera dans le prochain chapitre et je retiens l'idée des chaudrons qui volent ! A bientôt !