NVJM, rédigé les 25 et 26/4/2019, publié le 26/4/2019
Une Histoire de temps
Chapitre 21 : Enquêteurs en herbe
« Raciste, moi ? Pas du tout. Les Purs sont des êtres inférieurs qu'il faut exterminer jusqu'au dernier nourrisson. Comme vous le voyez, je suis un exemple de tolérance. » Léo.
Les jours passèrent tranquillement après les célébrations en hommage à Durmstrang. Cours et autres retenues firent revenir la bonne humeur, tout un chacun allant et venant à ses occupations sans trop se soucier du monde extérieur, les défenses de Poudlard sans cesse dressées faisant oublier les pires inquiétudes. La peur revint toutefois vers la mi-janvier, lorsque la voix du directeur, retentissant dans toute l'école par la grâce d'un sort d'amplification, ordonna à tous les enfants de regagner leur salle commune de toute urgence. Un nouvel élève avait été retrouvé agressé. Mort.
L'alerte passée, réfugiés dans leur dortoir, les Serpenteaux s'étaient assemblés sur les fauteuils du coin-salon, serrés les uns dans les bras de l'autre ou se tenant la main, l'air sombre et les pensées torturées par l'inquiétude. « Pfff, tu parles d'une plaie, ce maudit seigneur des ténèbres de mes deux ! » jura Blaise sur un ton exaspéré. À cause de tout le tumulte et de la paranoïa ambiante, il ne pouvait plus rester dans les salles d'entrainement que pendant la pause du midi et la période libre du soir. Après y avoir pris goût, y renoncer l'exaspérait.
Hermione le rejoignit dans ses plaintes : « Le pire, c'est qu'on dirait que les profs patinent... on les voit enquêter, ils passent parfois les repas entiers à discuter, mais ils ne semblent rien trouver comme indices pouvant leur révéler l'identité de ce soi-disant seigneur des ténèbres... non, pire encore, même la bibliothèque n'est plus en libre accès ! » Cinq hochements de tête et un grognement acquiescèrent. Pour les petits fanatiques de l'étude qu'ils étaient tous devenus, il s'agissait d'une épreuve particulièrement désagréable à subir.
Après un blanc, Harry reprit : « Et vous les amis, vous avez une idée de ce que l'on pourrait faire pour essayer de régler ce problème ? Je veux dire, enquêter nous-mêmes ? »
« - Bonne idée ! Mais mieux vaut que les profs ne l'apprennent pas, ils essaieraient de nous en empêcher. On ne leur dira que si on trouve quelque chose ! Tout le monde est partant ? » Cinq mains se levèrent ensemble pour se rejoindre, un grand sourire scellant l'accord. Seul manquait...
« - Léo ? Tu n'es pas grumblement d'accord ? » le charria Neville, toutes les têtes se tournant vers l'abonné absent, occupé qu'il était à lire à toute allure, la table des révisions étant couvertes de tas de livres.
« - Tu as donné la réponse, » maugréa-t-il. « J'en ai grumblement rien à faire de ce petit couillon de seigneur des ténèbres ! Grumble ! » Habitués à ce caractère, ses camarades haussèrent les épaules, un peu déçus mais fatalistes. Rien ne pouvait détourner Léo de l'emploi du temps qu'il s'était fixé, quel qu'il puisse être.
Hermione reprit : « Tant pis. Commençons déjà par récapituler. Que savons-nous de ce seigneur des inscriptions flippantes ? Je sais pas vous, mais la phrase qu'il laisse gravée à côté de chacune de ses victimes me fait frissonner à chaque fois que j'en vois une. » Susan leva aussitôt la main.
« - On sait qu'elle a changé depuis la première fois ! »
« - Ah ? Comment ça ? »
« - Vous n'avez pas remarqué ? Avant, elle disait "Il a été purifié comme tous doivent l'être. Les autres suivront. La chambre des secrets exercera la justice. Gloire au seigneur des ténèbres !", mais maintenant il est toujours marqué : "Le monde changera. Aucun inutile ne survivra. La chambre des secrets exercera la justice des lois de sang. Gloire à l'avenir !". Peut-être que ça n'a aucune importance, mais ça m'a étonnée. »
« - Les lois de sang ? C'est quoi ça ? »
« - Un très, très vieux concept que l'on retrouve parfois dans quelques très très anciens livres d'Histoire. Selon la version Pure, la seule que j'ai pu découvrir, il s'agirait d'une malédiction lancée durant la période du Trou de l'Histoire. Mais je n'en sais pas plus, ni qui est à son origine, ni qui en a été victime. Il faudrait avoir accès aux archives interdites pour savoir, ou... » Elle s'interrompit soudainement, la bouche grande ouverte ! « Ou à une source directe ! MERLIN ! »
Le vieillard, encore une fois occupé à dormir paisiblement dans sa toile, sursauta en entendant son nom. Il ne s'en fallu de peu pour que ses pigments crâniens ne s'aplatissent de nouveau contre le haut du cadre. « Que se passe-t-il ? » bailla-t-il amplement tout en caressant sa barbe pour la remettre en état. Elle faisait toujours des siennes lorsqu'il ronflait.
« - Merlin, vous savez quelque chose sur les lois de sang ? »
« - Hum, oui. Je les connais par cœur. » Il n'en fallu pas plus pour que les yeux de Susan s'encoeurent.
« - Qu'est-ce que vous pouvez me dire à leur sujet ? » Le regard plein d'espoir de la petite historienne en herbe fit à nouveau sourire le vieillard. L'espoir faisait vivre ! Mais pour une fois...
« - Certaines choses. » Il n'en fallu pas plus pour transformer Susan en une petite puce sautillante aux deux yeux grands ouverts et brillants d'espoir.
« - C'est vrai ?! »
« - Oui. Je ne vais pas te les réciter, ça prendrait des heures, mais je peux toutefois te dire qu'il s'agit de la même chose que cette "petite particularité magique" permettant de définir la pureté de sang. Ce sont des lois gravées dans la magie et qui se transmettent par l'hérédité, définissant les droits, devoirs, obligations et interdictions de chaque personne, cela afin que tout le monde puisse en avoir pleine connaissance à tout instant, et ainsi ne pas contrevenir à la légalité. »
« - Ah ? Et pourquoi on n'en a pas connaissance, nous tous ? On n'est pas des "sangs-des-lois" ? »
« - Si, vous l'êtes. Tous. Mais ces lois n'ont pas eu le temps d'être, disons... activées. »
« - Pas eu le temps d'être activées ? Comment ça ? » L'espoir d'une réponse supplémentaire anima Susan durant quelques instants, la joie d'avoir enfin pu soutirer des informations à sa barbe préférée l'emplissant. Mais à son grand regret, Merlin resta muet.
Retournant s'asseoir sur leurs fauteuils, les serpenteaux réfléchirent à ce qu'ils venaient d'apprendre. Quel pouvait être le rapport entre ces "lois de sang" et l'ouverture de la chambre des secrets ? « Commençons déjà par mener notre enquête en récoltant tous les indices possibles, » proposa Blaise. « On verra après en faisant des rapprochements si on parvient à trouver quelque chose. On fait comme ça ? » Tous les autres acquiescèrent sans hésiter.
...
Début février 1993
Pour nos amis comme pour tous les groupes d'enquêteurs en herbe, les premiers indices récoltés pointèrent sans hésiter en direction de Luna Lovegood, jeune fille mal-aimée de première année qui connaissait un véritable enfer du fait des soupçons portés sur elle. Non contente d'avoir un caractère infect et de détester tout le monde, de castrer le moindre garçon s'approchant trop près à son goût ou d'arracher les joues des filles à coup de baffes, elle se trouvait toujours comme par hasard la première arrivée sur le lieu de toutes les agressions. Pour nombre d'élèves, la coïncidence était trop grande pour être due à un simple hasard. Se trouver aux première loges une fois, pourquoi pas. Deux fois d'affilée, ça commençait à faire gros. Mais tout le temps ?
« - Tous les indices convergent vers elle, » conclurent unanimes les serpenteaux, lors de leur première réunion d'enquête. « Plus encore, les profs l'ont récemment surprise à de nombreuses reprises en train de se promener en dehors du couvre-feu, la baguette à la main. Elle n'a jamais rien dit de ses motivations, et ni les points en moins ni les retenues ne la découragent. Elle n'y va même pas en fait, et semble totalement s'en contreficher. »
« - Mais il y a un truc que je ne comprends pas, » questionna Neville. « Si tout converge vers elle à ce point, pourquoi les profs la défendent-ils ? Et puis pour quelle raison pourrait-elle soudain se mettre à se promener après le couvre-feu, surtout si soudainement ? D'après ce que j'ai entendu en écoutant les profs parler lors des repas, ils ont des systèmes de surveillance pour repérer les élèves fouineurs, même si je ne sais pas de quoi il s'agit, et ses escapades sont arrivées très soudainement il y a dix jours. Y'a eu quelque chose qui aurait pu la motiver à faire ça ? Peut-être qu'elle est innocente et enquête elle aussi, non ? »
« - Y'a dix jours ...? Euh... »
« - Le seul truc sortant de l'ordinaire à ce moment là, c'était l'agression qui a relancé l'inquiétude. »
Neville eut soudain une idée ! « Y'a aussi eut Linra qui a encore été retrouvée agressée ! »
« - Linra ? » Tous les regards se portèrent aussitôt sur le serpenteau timide, qui rougit d'être soudain le centre de l'attention.
« - Euh oui, Linra Xenger, la fille de notre année maigre comme un clou qui a perdu sa maman y'a quelques semaines. Elle a été retrouvée évanouie dans un couloir, visiblement tabassée. Elle est enfermée à l'infirmerie depuis, Dumbledore en personne a strictement interdit sa sortie. Mais on ne sait pas pourquoi. Elle est même dans une chambre à part, fermée à clé par Pomfresh. »
Hermione nota ces infos sur la grande feuille accrochée au mur leur servant à tout récapituler. « Ça nous fait donc deux évènements concomitants pouvant peut-être expliquer les comportement de Lovegood. Autre chose ? » Harry ajouta :
« - Les Purs font toujours des leurs avec leurs cérémonies religieuses. Plusieurs elfes de maisons ont de nouveau été sacrifiés. Ils ont même osé braver Dumbledore en tuant des elfes des cuisines. Je suis passé pas loin de la porte de son bureau au moment où il s'occupait de leur cas, j'en ai encore l'impression d'être à moitié sourd par moments. Nul doute que les responsables doivent être en instance de renvoi. »
« - J'espère bien ! Quelle horreur que faire des sacrifices aussi horribles ! »
...
Au même moment, ailleurs dans le château...
« - Notre Père qui êtes Pur, que votre nom soit purifié, vous qui régnez sur la terre et le ciel, recevez votre sang de ce jour ! » Le Pur officiant la cérémonie ordonna soudain à l'un des elfes de maison appartenant à sa famille de transplaner jusqu'à lui, dans un recoin perdu du château. Quelques instants plus tard, alors qu'aucun professeur doué de raison n'était là pour l'empêcher, le sol se couvrit de sang...
Écoutant avec attention les psalmodies de ses camarades, tentant maladroitement de les réciter en même temps que les autres spectateurs, faisant de son mieux pour ne pas avoir l'air dégouté au moment de tremper son doigt dans la mare de sang recouvrant le sol, puis en le portant à sa bouche pour goûter cette vie sacrifiée en un commun geste de communion, le jeune Ronald Weasley se trouvait ainsi de nouveau à participer avec attention aux prières Pures. Si l'aspect religieux ne l'intéressait pas le moins du monde, en revanche, nombre d'autres choses lui paraissaient bien plus utiles, comme le fait d'être supérieur au reste de l'Humanité, ou de pouvoir prendre possession de la moindre fille intéressante pour se constituer un harem, ou encore de pouvoir éradiquer Purement tout ce qui n'était pas en accord avec ses goûts. Toutes choses que le culte aux Parents offrait sur un plateau...
...
Mi-février 1993
« - Bon, on en est où maintenant ? » Les serpenteaux s'étaient de nouveau réunis dans leur coin-salon pour faire le point sur la progression de leur enquête.
« - Rien n'a changé depuis la dernière fois. Tout semble aller dans le sens de Lovegood coupable. Elle passe maintenant le plus clair de ses nuits à fouiner partout dans le château et à se faire surprendre par les profs, toujours sans vouloir dire le moindre mot sur ses intentions. La seule chose nouvelle est qu'un couteau de cuisine lui est régulièrement confisqué. Il faut croire qu'elle connait les cuisines et va se servir. Mais à part ça, rien. Les profs ne paraissent toujours pas décidés à l'inculper. »
Le silence tomba un moment, les esprits occupés à cogiter pour trouver des liens de causalité entre les maigres indices à disposition. « Je me demande un truc, » interrompit Neville. « Pourquoi les profs ne virent-ils pas Lovegood, ne serait-ce que dans le doute ? Si les agressions continuaient en son absence, elle serait absoute de toute suspicion, non ? » Hermione lui répondit sans hésiter.
« - C'est parce que les indices sont trop maigres. Oui, tous pointent vers elle. Mais aucun n'est décisif, pas même assemblés. En fait, ce ne sont rien de plus que des coïncidences, très étonnantes de par leur nombre, mais juste ça pour l'instant. Et comme la justice sorcière pratique la présomption d'innocence, on ne peut l'accuser sans preuves sans risquer d'être à son tour accusé de diffamation. Et au vu de la volonté de fer que semble avoir Lovegood, nul doute que ça promet un mauvais moment à son accusateur si elle est démontrée innocente lors d'un procès. En fait, je me demande même si nous ne sommes pas complètement dans l'erreur. »
« - Comment ça ? »
« - Nous cherchons à prouver que Lovegood est la coupable. Mais en faisant ça, le problème, c'est que nous passons sans nous en apercevoir à côté de tout ce qui pourrait démontrer son innocence. Il y a un truc semblable en science, ça s'appelle la réfutabilité. En gros, ça dit que pour être logiquement valide, une hypothèse doit être réfutable et non irréfutable. Si elle est susceptible d'être réinterprétée dans tous les sens par son promoteur à la moindre remarque reçue pour pouvoir rester valide, alors elle ne vaut rien, car quoi qu'il soit fait pour tenter de la contredire, il sera toujours possible de la modifier pour qu'elle semble rester juste. En revanche, s'il est possible de lui faire passer l'épreuve d'une remise en question radicale capable de potentiellement démontrer qu'elle est fausse, alors l'hypothèse est valide. Pas forcément vraie ! Mais potentiellement, aux yeux de la logique. Dans le cas présent, si on cherche à montrer que Lovegood est coupable, il faut envisager notre enquête de façon à vouloir prouver que l'idée de sa culpabilité est fausse, de façon à ne pas nous focaliser sur ce qui semble l'accuser au point de négliger le reste. Et inversement. Vous voyez où je veux en venir ? »
« - Je crois, » murmura Harry, vite suivit par les trois autres. « Si on voit les choses sous cet angle, alors ça change tout. Si Lovegood sort le soir pour mettre en place des agressions, alors pourquoi n'est-elle pas plus discrète ? Se faire prendre de temps à autres, ça passe, mais à chaque nuit ? On dirait qu'elle cherche le contact avec les profs. »
« - Et pourquoi l'avons-nous mise sur la liste de nos suspects potentiels ? Peut-être bien parce que nous ne la portons pas dans notre cœur au vu de la façon dont elle nous a traités. » Entendant ça, les garçons eurent le réflexe de poser une main protectrice sur leur entrejambe, et les filles se tinrent le nez pour vérifier s'il n'était pas cassé. Ce petit moment de malaise nasalo-entrejambesque passé, Blaise continua :
« - C'est vrai que lorsqu'on envisage les choses de cette manière, ça change tout. Si on voulait prouver que Voldemort a eu raison de vouloir tuer les sang-mêlés et les moldus, alors ce serait facile, il suffirait de lister toutes les personnes méchantes ou malhonnêtes parmi eux, et ça nous ferait une longue liste de preuves allant dans le sens de notre idée. Mais en ce cas, on passerait à côté de tous les innocents qui constituent la très grande majorité de la population. »
Susan prit le relai : « En revanche, si on cherche à montrer que l'hypothèse de l'infériorité des moldus est fausse, alors il suffit de trouver un seul né-moldu plus puissant ou intelligent que n'importe quel sang-pur, et ça invalidera directement l'affirmation raciste de leur infériorité. Rien qu'en te voyant, Mione, ce n'est effectivement pas dur de comprendre que ça ne vaut rien cette idée. » Ce compliment fit rougir la serpentelle jusqu'au bout des oreilles. Elle fit de son mieux pour changer de sujet.
« - Quelqu'un a trouvé autre chose ? » Susan reprit la parole aussitôt.
« - Oui ! Concernant les histoires qui courent à propos de la légende de la chambre des secrets. Vous savez, comme quoi Salazar Serpentard aurait dissimulé un monstre dans la chambre, qu'il aurait été un mauvais homme voulant tuer les nés-moldus... » Une voix l'interrompit soudain.
« - Eh ! Ne manque pas de respect à Salazar ! » Tous les regards se tournèrent vers le tableau de Merlin, surpris de l'entendre se joindre à la conversation. Une main se frottant les yeux, il reprit : « Excuse-moi Susan, un réflexe. J'ai horreur d'entendre quelqu'un dire du mal de Salazar, ça me met toujours hors de moi. » La jeune fille éluda.
« - Excusez-moi aussi, j'aurais dû vous prévenir. C'est vrai que ça ne doit pas être agréable à entendre. »
« - Il se passe quoi en fait ? » demandèrent les autres serpenteaux, ne comprenant pas la situation. Susan se dépêcha de répondre.
« - Selon Merlin qui dit l'avoir connu personnellement, Serpentard aurait en vérité été un modèle de bonté, à la plus parfaite encontre de ce qui se raconte aujourd'hui. Toujours selon Merlin, cette médisance a semble-t-il commencé dans sa version actuelle du fait de Magelus Soinner, le tout premier ministre de la magie. Vous savez, celui qui a été historien et pas vraiment connu pour son honnêteté intellectuelle. » Hermione acquiesça.
« - Hum, en effet, vu le contenu franchement infect de ses livres... j'en ai lu quelques uns, c'est insupportable. Il considérait tout comme inférieur à lui, toujours avec des arguments complètement fous. Les femmes étaient inférieures car lui était un homme. Les nés-moldus étaient inférieurs car n'étant pas de sang-pur comme lui. La société aurait été soi-disant divisée en classes pour de simples critères de richesse -et lui-même étant très riche, les pauvres étaient de fait inférieurs. Etcetera. Il voyait tout à travers un prisme raciste. Je n'aurais pas aimé le rencontrer en vrai ce type. Sa compagnie devrait être charmante. Et... » Elle fut soudain interrompue par un rugissement inattendu.
« - GRUMBLE ! » grogna Léo en jaillissant de son bureau, la petite pièce blindée de serrures qu'il avait demandé à Merlin de lui aménager. « HARRY ! AU PIED ! »
« - Allons bon, qu'est-ce qu'il lui prend encore... » maugréa le serpenteau en voyant l'état d'énervement de son camarade, qui serrait les dents, trépignait sur place en semblait suer de rage sans aucune raison apparente. « Qu'y-a-t-il ? »
« - J'ai des potions à te faire faire ! Voilà une liste. Fais en sorte d'en préparer pour chacun de vous, le plus vite possible ! Suis-je clair ? »
« - Euh... » Harry voulu prendre le temps de lire la liste avant de répondre, mais...
« - SUIS-JE CLAIR ?! »
« - Oui ! Oui, très clair ! »
« - GRUMBLE ! Y'a intérêt ! » Et Léo claqua de nouveau la porte de son bureau, se renfermant à triples tours.
« - Eh ben, il a mangé du lion pour être d'aussi mauvaise humeur ? » murmura Hermione en fronçant les sourcils. « C'est quoi sa liste ? Harry ? »
« - Voyons... potions de nutrition ultra-concentrées, potions énergisantes, facile... potion de force, pas de problème... potion explosive ?! Mais il est fou ! » Un "grumble" retentit soudain à leurs oreilles, sans qu'ils ne puissent savoir s'il s'agissait de leur imagination ou pas. « Oui, je suis capable de les faire, ce n'est vraiment pas dur, juste une question d'ingrédients. Mais quand même ! Pourquoi aurions-nous besoin de ça à votre avis ? Et puis pourquoi nous et pas lui ? Il n'a pas marqué son nom sur la liste. »
« - Peut-être qu'il veut que vous ayez de quoi vous défendre en cas de problème ? » proposa le tableau de Merlin. Léo, se soucier de qui que ce soit ? Cette idée donna envie de rire aux serpenteaux, jusqu'à ce que le vieillard ajoute : « Blaise, traitre à la Pureté. Harry, hérétique à la Pureté. Hermione, hérétique et née-moldue. Susan, hérétique. Neville, hérétique. Pour certaines personnes, ce sont des raisons plus que suffisantes pour vous vouloir du mal... et pas du petit mal. » Entendre ce rappel à la réalité fit un choc à nos amis. Les évènements de Durmstrang se rappelèrent à leur mémoire.
« - Je m'y attèle dès demain, » murmura Harry, soudain tout pâle. « Je ferai les potions explosives ici, sinon monsieur Rogue refusera. Et il connait mon petit coin à potions. Mieux qu'il ne sache pas ce que je prépare.
« - Et pour les ingrédients ? Il en faut des spécifiques, si tu les prends dans sa réserve il comprendra aussitôt ce que tu prépares. »
« - Je peux contourner ce problème en en utilisant d'autres, bénins. Ce sera un peu plus long à faire, mais il n'aura pas de raison de suspecter quoi que ce soit, surtout si je le trompe en faisant une potion innocente avec ces mêmes ingrédients dans mon coin à potion, au cas où il voudrait vérifier. »
Ils n'ajoutèrent rien à leur discussion pour ce soir là, préférant aller dormir avec une grande inquiétude en tête...
...
Mi mars 1993
Le temps passa, et les serpenteaux continuèrent inlassablement à enquêter entre toutes sortes de révisions. Harry acheva rapidement les potions demandées par Léo et les distribua à ses camarades en leur assurant que tout était sûr. « Ce truc là, c'est un détonateur que j'ai bricolé. La potion ne peut pas exploser s'il n'est pas enclenché par la double sécurité, pas même si vous brisez la fiole ou mettez dans un feu. Pour la faire exploser, il faut appuyer sur le détonateur assez fort pour que le bouchon de liège tombe dans la fiole. Sa face supérieure contient le dernier ingrédient de la potion, celui qui lui confère son pouvoir détonant quand il est mélangé au reste. C'est un réactif qui enclenchera l'explosion après une dizaine de secondes d'attente dès que vous l'aurez mis en contact avec "l'allumette", qui n'est autre que votre baguette. Il vous suffira d'y insuffler un tout petit peu de magie pour faire briller le réactif, et hop ! Bien sûr, n'oubliez pas de jeter le tout. Ça peut péter que la fiole soit intacte ou non, elle ne vous protègera de rien. Tout le monde a bien compris ? » Quatre hochements de tête et un grognement acquiescèrent.
Du côté de l'enquête, un nouvel indice s'ajouta à la collection de nos enquêteurs en herbe lorsque Neville, de retour de son travail aux serres, rapporta un évènement étrange. « On était en plein empotement quand Dumbledore et McGo sont venus discuter discrètement avec madame Chourave. Ils l'ont prise à part, et se sont mis à discuter à l'abri d'une bulle de silence. Et quand ils sont sortis, la prof est revenue vers nous, a ordonné qu'on mette nos plantes en cours sous stase, et qu'on sème en masse des mandragores. Vous savez, les machins qui hurlent dès qu'on les dépote. » Les quatre autres grimacèrent en se rappelant le cours à ce sujet. Il leur arrivait encore d'en avoir mal aux oreilles. Mais ils comprirent rapidement ce que cela signifiait.
« - C'est pas bête ça ! » dit Harry. « Cette plante entre dans la composition de potions de dépétrification de toutes sortes. Si ça se trouve, ceux qui n'ont pas été tués sont peut-être pétrifiés ! Ça expliquerait ces étranges postures fixes quand on les retrouve ! Ce n'est peut-être pas une sorte de coma, comme on le pensait. »
« - Mais qu'est-ce qui pourrait provoquer un tel phénomène ? C'est qu'on ne parle pas là d'une simple attaque du genre du Petrificus Totalus. Là, les victimes sont impossibles à sortir de leur état par un Finite Incantatum, et les sorts de diagnostic indiquent que c'est comme si toutes leurs fonctions vitales étaient en pause. Pire qu'une mort cérébrale. »
« - C'est pourrait être dû à un sort de magie noire ? »
« - Et la rumeur selon laquelle il y aurait un monstre ? Existe-t-il une créature magique capable de pétrifier ses victimes ? Et puis d'après les infos qu'on a glanées, les morts sont eux aussi pétrifiés, la seule différence étant que les sorts de diagnostic les révèlent décédés. Cette chose pourrait-elle tuer de façon semblable à la pétrification ? »
« - Bonne question. Qui veut se charger de chercher à ce sujet ? »
« - Je le ferai ! » dit Blaise. « Ça me sera utile d'étudier les bestioles dangereuses, mes notes en défense sont en baisse. » Ça fit rire ses amis.
« - Tu restes quand même le meilleur de l'école toutes années confondues ! Rappelle-moi, tu as étendu combien de septièmes années la dernière fois qu'ils ont tenté de te tabasser ? »
« - Quatre. Mais ils étaient vraiment pas doués, je n'y suis pour rien ! » Il rougit sans pouvoir s'en empêcher, pas du tout habitué à recevoir des compliments !
...
Le temps passa au fil des agressions supplémentaires. Quatre pour trois morts en janvier, six pour deux morts en février, trois et autant de pertes en mars... avril vint et apporta lui aussi son lot de victimes à enterrer, trois Purs d'un coup ayant eut le malheur de se trouver sur le chemin de ce mystérieux seigneur des ténèbres qu'ils vénéraient dans leurs cérémonies, mais qui ne faisait visiblement aucun cas de cette ferveur, les fidèles aux Parents représentant à eux seuls plus des trois quarts des décès et pétrifiés.
Neville revint un soir dans le dortoir secret l'air complètement défait. « Qu'y-a-t-il ? » lui demanda Susan en le voyant prêt à pleurer. Elle se précipita pour le prendre dans ses bras, aussitôt imitée par Blaise, les autres n'étant pas encore arrivés.
« - Des élèves Purs ont organisé ce qu'ils ont appelé une "cérémonie de justice", » expliqua-t-il en sanglotant. « Ils ont débarqué sans prévenir dans les serres, alors que madame Chourave n'était pas là, et ont massacré toutes les mandragores que moi et les autres apprentis cultivions ! Toutes ces pauvres petites, elles sont mortes de manque de terre avant qu'on puisse faire quoi que ce soit ! » Il fondit en larmes un long moment, comme traumatisé. Voir des végétaux souffrir lui serrait toujours terriblement le cœur, tant était grande son empathie.
La crise de pleurs passée, Neville se reprit, s'excusant en bafouillant. « Ce n'est rien ! » rirent ses amis. « On est là pour s'entraider après tout ! Rien de plus normal ! Allez, attaque de polochons et chatouilles ! » Et ils se jetèrent tous deux sur lui pour lui redonner bonne humeur.
Lorsque la capitulation fut signée d'une plume d'oreiller extraite de son propriétaire, un regard sur l'horloge suivit d'une phrase innocente causa une soudaine inquiétude. « Déjà vingt-trois heures ? Mais où sont donc passés Harry et Hermione ? »
La réponse leur vint le lendemain matin, d'une inquiétante inscription gravée sur un mur.
...
À suivre...
En passant, je suis gérant d'un serveur Discord réunissant divers auteurs et lecteurs de fanfictions. Ça vous intéresse de rejoindre mon groupe de tarés ? Si oui, demandez-moi en ami sur Discord, avec mon pseudo et mon id : NVJM#3762. Nous y parlons fanfictions, mais aussi de toutes autres sortes de choses avec autant de sérieux que possible (entre nos innombrables blagues de merde). La science, l'esprit critique et les arts sont tout particulièrement bienvenus ! On adore aussi les plotistes, ils procurent de si bons fous rires... Nous avons aussi exigence de qualité, les amateurs de navets littéraires ne trouveront pas leur place parmi nous... bref, si vous aimez rire en bonne compagnie, rejoignez « L'antre des sectarés » ! Les petits nouveaux sont tout autant bienvenus que les plus vieux !
Sont déjà présents parmi nous le brâmant CerfPentard, le génialement sadique Sampaad, le rugissant Griffontard, Keysapocalypse, l'infatigable lecteur Karozthor, l'oeillant Zèd-3èt, la belle Mimiko Sae, la piquante Holfear, et encore plein d'autres !
