Posté le : 27 Janvier 2011. Un épilogue juste pour vous, lecteurs (oui, il y a des Messieurs), lectrices pour m'avoir suivi jusqu'ici. Pour tous vos mots d'encouragement qui m'ont vraiment touché. Que dire encore si ce n'est un dernier merci ?

~ Parce que le lecteur en veut plus, toujours plus, encore plus. Jusqu'à ce que l'auteur vomisse sa bile sur le clavier ou crève plume à la main. Et on se saigne pour trouver le mot juste. Mais on adore cette putain de sensation. La sensation que ce n'est que le début de la fin.

~ Si quelqu'un souhaite traduire cette histoire, faites-moi signe.

Note de la dealeuse : Dans vos reviews, je retrouve les mots "dépendance", "accro", "addiction", "drogue", "dose" etc. Est-ce normal que vous aimez autant cette histoire au point de vous shooter à la moindre ligne écrite par ma main ? (Si vous saviez toutes les vilaines choses qu'elle a faite cette main, vous ne la bénirez plus). Cet épilogue fait près de dix milles mots : sachez que je l'ai raccourci car il devait être plus long. Je me suis focalisée sur certains éléments plutôt que de me disperser. C'était des choses que j'avais envie de mettre en forme et j'ai dans l'espoir que cela vous plaira également.

Votre Dairy's Scribenpenne - même si je ne prône pas l'exclusivité dans un couple.

Post-it pour tous les anonymes aux visages si différents : Merci aux reviews anonyme du dernier chapitre : yAyA (Ton voeu est exaucé. Lis-tu dans mes pensées ? En tout cas, bien deviné !), Aleks (Tes questions trouveront des réponses dans cet épilogue. Ne sois pas aussi frustré, voyons ! En ce qui concerne mes expériences foireuses de romancière... eh bien, j'écris toujours mes petits bouquins. Je ne sais pas où cela me mènera mais j'essaierai d'en faire quelque chose même si ce n'est pas dans l'immédiat), Ali (Une fanfiction "addictive" ? Mon Dieu, quel compliment !), Vicky (Une fanfiction "orgasmique" ? Mmh, j'aime. Je vais te donner un laissé-passer pour mon lit), TheV (Par le gode de la Vierge ! Mais tu veux m'achever par tes compliments... Je ne sais plus où me mettre maintenant... Je vais certainement aller m'empaler sur quelque chose d'inutile. Ma plume par exemple), Jenna Potter (A très bientôt ? A qui le dis-tu !), Sen No Suika (Toujours présente à ce que je vois x)'), Lilas (Harry et Draco sont fait pour être ensemble ? Bien sûr que non ! C'est nous qui nous nous arrangeons pour qu'ils finissent toujours emboîter l'un dans l'autre), NiniS (Merci, du fond du coeur de m'avoir suivi), Stella (Woaw, tu fais une exception pour moi ? Petite larme. Je suis très flattée que tu considères cette histoire comme beaucoup plus qu'une simple fanfiction. Je me suis vraiment donnée là-dedans), Minh (Merci beaucoup. Prochaine fic solo ? Mmh, pas dans mes projets. Mais j'ai des coé de prévues !), JusteUnMot (Parfait ? Eh bien, moi juste un mot : merci), Mixiwelch (Moui, je suis l'auteure de Papiers Froissés... * flambe dans le miroir * En tout cas, j'ai remarqué que mes personnages de fics avaient de lourds points commun. Faut que j'arrête la drogue).

Putain, vous vous dupliquez pour être si nombreux ou quoi ?


Dialogue entre Harry et Draco à propos des lecteurs de ROCKRITIC :

Harry : Il y a autant de paparazzis que ça ?

Draco : Qu'ils aillent bouffer ma merde.

Harry : Ce que Draco veut dire, c'est que...

Draco : Je ne t'ai pas autorisé à parler à ma place. Je pense donc je suis ROCKRITIC.

Harry : Te la péter fait parti du contrat ?

Draco : Absolument.


Clef de Fa : SUNDAY MORING de The Velvet Underground & Nico - SOME SUN de Micky Green - IN THE MORNING de Razorlight - SUNRISE de Norah Jones - EVERYDAY de Puggy - FROM THE MORNING de Nick Drake - ALWAYS de Jon Bon Jovi


ROCKRITIC

Chapitre 21 - Epilogue : « Le matin d'après »


Scorpius mettait l'uniforme de son lycée. Il fit le nœud de sa cravate avec soin en vérifiant dans le miroir qu'il était bien droit. Il rangea son livre de mathématiques dans son sac à dos après avoir relu en diagonale le chapitre ouvert à la page 96. Au vu du sourire sadique de l'enseignant au dernier cours, la menace de l'interrogation planait au-dessus de sa tête. Il récita quelques formules en faisant les cent pas dans sa chambre. Quand Scorpius connut enfin le jargon d'usage par A+B, il enfila sa veste et ferma le zip de son sac.

Il n'aimait pas vraiment manger le matin mais son père le forçait à ouvrir son appétit en le regardant grignoter avec une lenteur mesurée ses céréales. Scorpius n'aimait pas le matin. Il arrivait toujours au lycée avec la marque de son oreiller sur la joue ou les cheveux en bataille. L'adolescent s'arrêta dans le couloir du premier et vérifia s'il avait bien ses clefs. Il descendit ensuite les escaliers et passa par le garage où il récupéra son projet de physique-chimie. Une simulation d'ouragan dans un cube de verre avec des petites maisons faites en bâtonnets d'esquimau.

Une fois la lumière du garage éteinte, Scorpius traversa la maison et se rendit dans la cuisine afin d'envelopper deux toasts dans un essuie-tout qu'il mangera dans le bus scolaire. Il déposa son projet sur la table où Harry tournait la page du journal en buvant son café.

- Souhaite-moi bonne chance ! s'écria Scorpius en tartinant ses toasts. Aujourd'hui, je suis certain que j'ai contrôle de math. J'ai révisé hier soir mais j'ai eu du mal à refaire les applications qu'on avait faites en cours. Mais après un combat mortel contre ma calculatrice, j'ai réussi à retrouver les chiffres exacts. Le salopard de Rogue avait fait en sorte que le résultat soit 0. Oh, et ce soir, je rentrerai un peu tard : je vais passer à la bibliothèque prendre les livres qu'on doit étudier en littérature pour le mois prochain. Je demanderai à Papa de me faire les résumés détaillés. Il doit bien les avoir lu… D'ailleurs, où est Papa ?

Sa question resta en suspend, dans le vide. Harry ne répondit rien, et s'arrêta sur un article parlant du trafic d'armes à la frontière italienne. Scorpius l'entendit renifler faiblement. L'adolescent se laissa tomber sur une chaise, un toast beurré à la main.

- Il est encore parti ? demanda-t-il d'une voix lointaine.

- Tu devrais vite y aller. Tu vas rater ton bus et ta journée ne commencera pas du bon pied, répondit Harry d'une voix faible.

- Mais je veux rester avec toi ! s'écria Scorpius. Je ne veux pas te laisser tout seul. Si ce connard t'a laissé tomber…

- Il s'agit de ton père ! tonna Harry. Ne parle pas comme ça de lui. Il… Il va revenir. Il revient toujours.

- Je trouve ça dégueulasse qu'il s'en aille toujours du jour au lendemain sans dire pourquoi ni donner la moindre adresse ni signe de vie. Et pendant tout ce temps, on doit se faire un sang d'encre. Depuis que je suis tout petit, il ne se passe pas deux ans sans qu'il ne s'en aille et… et à chaque fois, j'ai l'impression que c'est pour de bon. J'en ai marre de me lever le matin avec la trouille au ventre qu'il ait disparu. J'en ai marre de ne pas avoir un père comme les autres.

- Je sais, murmura Harry. Mais c'est comme ça. On ne peut pas le changer. Je l'ai connu comme ça et… ça restera ainsi. Ce n'est pas de sa faute : il fait des efforts pour s'intégrer et nous rendre heureux.

- Non, il ne pense qu'à sa gueule à lui, rien que lui, toujours lui. Il s'en fout du reste. Quand il reviendra – enfin, s'il revient – je lui dirai que c'en est assez. Je lui dirai que je n'en peux plus si tu n'as pas la force de lui dire. Je lui dirai que j'en ai marre de lui. Comment veut-il que je grandisse si lui a toujours quinze ans d'âge mental ? Comment veut-il que je me stabilise avec un père aussi changeant ? Moi aussi j'ai besoin de repère et ça, il ne semble pas le comprendre.

Scorpius fourra ses deux toasts dans la poche latérale de son sac à dos et reprit son projet de physique-chimie dans les bras. Il se retrouva planter devant la porte de la cuisine, ne pouvant l'ouvrir. Scorpius entendit une chaise racler au sol et Harry se retrouva à ses côtés et l'ouvrit pour lui.

- Merci, dit-il finalement.

- De rien. Scorpius… Sache que ton père peut partir aussi loin qu'il le souhaite mais sa place est avec toi. Dès que tu as commencé à grandir, il a arrêté de chercher ta mère pour... pour t'abandonner. Il ne pouvait plus te laisser. Il tenait trop à toi. Le reste n'a pas d'importance à ses yeux même s'il est incapable de le dire à haute voix. Il reviendra toujours vers toi. Tu es son fils.

Harry lui sourit timidement et le poussa légèrement vers la sortie. Au loin, on entendit un bruit de klaxon qui pétarda dans leur impasse résidentielle huppée.

- Tu sais Harry, parfois je doute que je sois réellement son fils.

Scorpius baissa les yeux et disparu avec son projet dans les bras. Il tituba légèrement et fini par franchir le portail et disparaître. Harry s'appuya contre le chambranle de la porte et se rendit compte qu'il ne s'était jamais senti aussi seul de toute sa vie. Il n'avait qu'une question sans réponse au bout des lèvres : quand est-ce que son amour allait lui revenir.


Six semaines. Six semaines sans nouvelle. Six semaines d'attente et d'angoisse. Six semaines à rester accroché au téléphone dans l'unique but d'entendre la voix de Draco. Six semaines à prier pour un signe. Six semaines à être fébrile et à l'affût de tout. Six semaines à pleurer de peur, parfois le soir. Six semaines à se lever avec un sourire faux collé au visage. Six semaines à garder la tête hors de l'eau et de faire comme si de rien était. Six semaines à rire aux vaines tentatives de remise en forme de Scorpius. Six semaines à sursauter dès que l'on franchi la porte de la maison. Six semaines à dormir seul et à rêver d'un lendemain meilleur.

- Harry ? Tu m'écoutes ? demanda Scorpius d'un ton impatient.

- Oh euh, oui. J'étais juste perdu dans mes pensées.

- Je me disais que cela serait bien si on partait tous les deux en vacances au lieu de passer deux semaines cloîtré ici, comme des coupables. On pourra s'amuser et respirer un nouvel air. Ça sera toujours mieux que de tourner en rond ici… Lui, il doit certainement s'amuser comme un fou là où il est.

Depuis le départ de Draco, Scorpius ne le désignait que par « lui » ou « il » avec un ton empli de dédain. Harry ne comprenait que trop sa réaction. Draco l'avait littéralement abandonné sans laisser d'explication. Scorpius en souffrait. Draco était son unique parent même si Harry l'avait pratiquement élevé.

- J'ai pensé à des endroits sympas. J'ai fait une liste dans ma chambre. Tu n'auras qu'à choisir l'endroit qui te convient, continua Scorpius d'une voix plus douce. Rien que tous les deux.

- Et toi, qu'est-ce qui te ferait plaisir ? demanda Harry avec un immense sourire. Tu ne parles pas beaucoup et je ne peux pas lire dans les pensées alors…

- Je m'en fiche de l'endroit, du moins que tu ne me laisses pas.

- Je ne te laisserai pas, Scorpius. Promis. Je t'aime autant que Lily, James ou Al. Tu es mon fils à moi aussi même si ce n'est écrit nulle part et que, officiellement, tu vis avec l'ami de ton père mais… Tu es mon enfant. Je l'ai tout de suite su. Je t'ai considéré comme mon fils bien avant que ton père apprenne à se faire à l'idée.

- Ça aurait été tellement plus simple si j'avais été ton fils à toi, pour de vrai. On ne serait pas là, à attendre comme des idiots.

Un silence suivit les dernières paroles de l'adolescent qui s'enfonça dans le canapé du salon. Harry survola sa chevelure blonde du bout des doigts afin de l'apaiser. Ça avait toujours été lui quand Scorpius allait mal. Toujours lui pour les petits bobos, les râteaux, les bagarres, disputes et autres. Draco était loin d'être un pro lorsqu'il devait remonter le moral. En général, il accentuait le mal-être en relevant point par point tous les défauts de la personne qu'il avait en face de lui. Harry, lui, c'était l'écoute, la patience, la tendresse aussi – chose dont manquait cruellement Scorpius avec un père aussi particulier.

- Il me manque, finit par dire Scorpius. Ça me manque de ne plus l'entendre crier dans toute la maison, de me critiquer ouvertement, de rire de mon sérieux, de se renseigner sur les plus belles filles du lycée pour moi, de… de voir sa place vide à chaque repas. (Scorpius se laissa aller dans ses bras) Quand j'étais petit, je regardais les autres pères et… j'en voulais un comme ça – exactement comme ça. Un père qui jouerait avec moi au parc, qui me porterait sur ses épaules, qui m'emmènerait parfois dans les endroits qu'il préfère juste pour les partager avec moi, son fils. Mais on s'est foutu de ma gueule sur la distribution des rôles. C'est moi le père de Draco. C'est moi qui lui donnait ses médicaments quand il était malade, c'est moi qui appelait le médecin quand il vomissait trop, c'est moi qui lui préparait à manger, c'est moi qui m'assurait qu'il respirait bien le soir quand il dormait. Moi je voulais juste qu'il… qu'il soit un père comme on en voit partout, qu'il me dise « Scorpius, tu viens on va s'amuser dehors ! ». Non, il s'amusait tout seul. Il me déposait chez toi et partait s'éclater en boîte de nuit. Et quand il avait des sursauts de culpabilité il me racontait des histoires à dormir debout à moitié ivre.

- Ton père… t'aime énormément. Il est décalé, fou, alcoolique sur les bords, dérangé et accro à tout un nombre de choses mais, jamais rien ne pourra te remplacer à ses yeux. Il ne sait juste pas comment se débrouiller. Il avait besoin de quelqu'un pour l'aider et c'est tombé sur toi. J'ai essayé de le prévenir que ce n'était pas bon pour ton développement. Mais tu connais Draco… il n'écoute que son double diabolique.

Scorpius commença à pleurer doucement.

- Comment tu as fait pour le supporter tout ce temps ? Moi, je n'en peux plus. Je n'aurais plus la force de suivre ses délires, de le voir disparaître et réapparaître, de tout faire pour que le monde soit beau pour lui… Je voudrai qu'il grandisse un peu... juste un peu.

- Reste là. Je vais te montrer quelque chose.

Harry ne lui laissa pas le temps de répondre et disparu dans son bureau avant de revenir avec quelques papiers gardés dans une pochette. Il s'assit en face de Scorpius et prononça avec un sourire :

- Ce sont les premiers mails que ton père et moi nous nous sommes envoyés. Je me souviens qu'on avait passé la nuit à s'envoyer des messages et… et c'est cette nuit-là que je suis tombé sous le charme. Et, il y a quelques passages qui parlent des enfants. Ça peut toujours t'intéresser.

Harry lui tendit quelques feuilles et Scorpius lut :

« Je crois que... que si je ne veux pas d'enfant, c'est parce qu'il me rappellerait trop mon âge. A partir de sept ans, je me considérerai déjà comme un vieux père. Un vieux. Un mec qui a déjà fait son bonhomme de chemin. Un père qui doit apprendre la vie à un petit. Et merde ! Je ne suis pas suffisamment grand pour apprendre la vie à autrui : je ne l'ai pas encore apprise moi-même. Cela ne vous fait pas bizarre de lire des histoires à vos enfants alors qu'il n'y a pas si longtemps, c'était à vous qu'on les lisait ? »

« On ne m'avait jamais fait voir la chose sous cet angle concernant la paternité. J'y réfléchirai à deux fois la prochaine fois que je croiserai un utérus. Ce qui m'effraie... c'est surtout d'être un père absent, de reproduire le schéma que j'ai vécu étant tout petit. Enfin bon, la question ne se pose pas étant donné que j'ai un compagnon et non une compagne. Mon ex petite-amie m'a quitté quand elle a su que j'avais des maîtresses. Je ne serai pas un père stable vous savez ? Je me vois mal jouer aux legos avec mon fils alors que j'aurais les yeux injectés de sang, le nez encore dans la coke et l'érection matinale. Et je me vois mal chercher ma fille à l'école avec une pouffiasse accrochée au bras, des capotes dans les poches et en guise de goûter un mojito citron conservé dans un thermos sur la plage arrière. Je ne vais pas évoluer. Je le sais. Et... et mon enfant sera différent de moi. Lui il va grandir, il va mûrir, et il va me mépriser. Me mépriser parce que moi... je serai inchangé. Je n'ai pas envie de voir ça. Ça me ferait trop mal. Mais, en ce moment, je fais des efforts : l'être associable que je suis se cherche des amis, se retient de cracher son venin, essaye de bâtir une relation durable, se cherche de nouveaux centres d'intérêts, viens de se lancer dans "100 livres à lire avant de mourir"... alors pourquoi pas penser aux enfants ? »

La gorge nouée, Scorpius regarda Harry droit dans les yeux et dit, incrédule :

- Tu as gardé toutes ces vieilleries ?

Contre toute attente, Harry éclata de rire, ses yeux vert brillants d'un éclat nouveau.

- Là tu parles comme ton père ! s'exclama-t-il entre deux hoquets. Oh mon Dieu, tu as eu exactement la même tête. On aurait juré Draco Malefoy.

Scorpius le frappa avec la liasse de papier tandis qu'un sourire jouait sur ses lèvres. Harry se laissa tomber dans le canapé. Ça lui faisait tellement du bien de rire, de ne plus penser à cette absence si pesante.

- Tu arrêtes tout de suite de me chatouiller Scorpius ou je… je…

- Cherche pas. Mon père a toujours été le plus doué pour les menaces.

- A qui le dis-tu.

La voix claqua l'air et Scorpius s'arrêta dans son geste. Son père était là, sa valise bleu marine à la main, avec ses lunettes de soleil pour flamber et une cigarette au bec.

- Si ce n'est pas une entrée réussie ça, je veux bien avaler mes doigts de pieds.

Scorpius se leva d'un bond, lâcha les feuilles qu'il tenait en main et se posta à moins d'un mètre de son père. Il le jaugea d'un regard furieux et lui mis une droite magistrale qui lui fit heurter le mur. Draco essuya le léger filet de sang dégoulinant de son nez et regarda son fils, ébahi :

- Scott, tu as mangé des barres de testostérone durant toutes ces semaines ou…

- Ta gueule ! TA GUEULE ! Je ne veux plus t'entendre. Tu n'es qu'un salopard de nous avoir laissé tomber et de revenir comme une fleur. Je m'en fous si tu me mets la raclée de ma vie dans les cinq minutes à venir. Et je m'en fous aussi que tu m'enfermes dans ma chambre jusqu'à mes dix-huit ans ou que tu me prives de féculent jusqu'à ce que je fasse de l'anémie. Et je m'en fous que… que tu te fasses passer pour mon frère jumeau au bal de promo. J'en ai STRICTEMENT rien à foutre des représailles. Parce que pour une fois dans ta putain de vie tu vas m'écouter ! De une, tu n'es qu'un salopard égoïste. De deux, tu n'as plus intérêt à m'adresser la parole parce que je n'hésiterai pas à frapper un vieillard. De trois, arrête de te prendre pour un gars de vingt ans alors que tu en as… Putain, et t'as quel âge d'abord ? Une seule chose à te dire en bref, va te faire FOUTRE ! Et maintenant, frappe-moi.

Scorpius respirait bruyamment. Jamais il ne s'était mis aussi en colère de toute sa vie. Draco ne l'avait jamais vu dans cet état et Harry non plus. Draco essuya le sang avec sa manche et déclara en reniflant :

- Je t'ai acheté un… un coffret sur les plus belles inventions de l'homme avec des expériences à reproduire à la maison et j'ai été déçu qu'ils ne proposent pas le bonbon à la gélatine enfin, je…

Scorpius eu un regard dédaigneux et monta les escaliers. Harry, pendant ce temps, ramassait les papiers qui n'étaient rien d'autres que leurs mails imprimés. Il les rangea avec précipitation dans sa pochette en tournant le dos à Draco. Ce dernier vint l'enlacer et picora son cou de baisers brûlants. Harry se défit de son étreinte et fila vers son bureau sans même lui adresser la parole. Quand il entendit une porte claquer, Draco cria :

- Tu as le droit de me foutre une trempe si ça peut t'aider !


- Tu dois me signer une autorisation de sortie du territoire, lança Scorpius en ouvrant son sac à dos le matin suivant.

Draco lui lança un regard torve par-dessus son bol de lait chaud. Il prit la feuille que lui tendait son fils, la balaya du regard et la lui rendit.

- Tu n'iras pas, déclara-t-il, intraitable.

- Tu rigoles ! Je… J'ai toujours rêvé de faire cette sortie. Tu le sais bien !

- Ça m'a l'air suspect que le lycée t'emmène en Egypte juste pour faire de la plongée sous-marine. Ils doivent se servir de vous pour un trafic de coquillages rares ou… promouvoir le capitalisme et l'autorité de la Couronne d'Angleterre.

Scorpius eut un air scandalisé et reporta son attention sur Harry :

- Tu peux signer, s'il te plaît ?

- Mon ange, ton père vient de…

- Je m'en fous de ce qu'il vient de dire, trancha l'adolescent.

- Je ne peux pas signer même si je le voudrai. Je ne suis pas ton tuteur légal…

Draco déposa violemment son verre de jus d'orange et s'humecta les lèvres.

- Non c'est non. C'est moi qui décide ici. Harry est le gentil flic et moi le méchant flic. Faudra s'y faire. Maintenant, va te suicider dans ta chambre en silence en maudissant tes ancêtres de s'être rencontrés.

- Si je pouvais, je pisserai dans ton jus le matin, menaça Scorpius en se levant brutalement de table.

Harry voulut lui dire quelques mots réconfortants mais ce n'était pas à lui de consoler Scorpius dès que quelque chose allait mal. Draco avait une énorme part de responsabilité dans son attitude et cela n'irait qu'en s'empirant s'il ne faisait rien…

- Tu devrais aller lui parler sérieusement, prononça le cinéaste sèchement. Tu le persécutes trop et le pire, c'est que tu n'as aucun motif valable. C'est un gentil garçon. Ça va faire des mois qu'il rêve d'aller en Egypte. Tu pourrais au moins le laisser y aller.

Draco tournoya son lait avec sa cuillère d'une mine sombre et répondit :

- Je voulais qu'il reste ici pour l'emmener voir son groupe de rock préféré. Ils passent dans quelques semaines à Londres.

Harry allait l'embrasser doucement, trouvant cela touchant puis il se ravisa à la dernière minute :

- Mais quel salopard tu es ! Scorpius n'a pas de groupe de rock préféré ! Il n'écoute même pas de rock. C'est toi qui allais te faire plaisir. Et tu vas aller lui signer cette fichue feuille avant que je ne te prive de ta douceur favorite pour les trois semaines à venir.

Résigné, Draco se leva d'un pas traînant et maugréa :

- De toute façon, ce n'est pas comme si tu me faisais des pipes tous les jours.


Harry se réveilla avec une étrange sensation dans le cou. Quelque chose le chatouillait, provoquant un sourire chez lui. Il soupira d'aise, se laissant aller à cette caresse aérienne.

- Mmh, Draco, ronronna-t-il.

Il prit sa main et la plaça sur son ventre afin d'avoir un peu plus chaud. Draco était un véritable radiateur. Le cinéaste se cala contre lui et respira profondément. C'était des matins comme ça qu'il voulait tous les jours et… Ses pensées prirent cours. Le bras qui l'enlaçait était beaucoup plus musclé que celui de Draco et la peau était légèrement plus halée. Harry regarda la main et constata qu'il n'y avait nulle trace d'un anneau en argent. Il se retourna et ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il se retrouva nez à nez avec un superbe inconnu blond, torse nu et… Mon Dieu ! Nu tout court !

- Je peux savoir qui vous êtes, brailla Harry.

- C'est votre conjoint qui m'a employé. Il a dit que vous pouviez faire exactement ce que vous voulez de moi durant les sept heures à venir. Vos désirs sont des ordres.

Harry eut un léger couinement tandis que ses yeux verts tombèrent sur la naissance de son torse musclé. Il rabattit la couverture sur l'inconnu et s'extirpa hors du lit. Le cinéaste fila dans la salle de bain de la chambre et prit une bonne douche froide, certain d'avoir une furieuse migraine. Il se rhabilla et se sécha les cheveux. Avec appréhension, il traversa la chambre à une vitesse éclaire et constata que l'homme était toujours là, à sourire tendrement.

- Scorpius, brailla Harry. Viens ici pour voir.

L'adolescent arriva peu après, nouant ses baskets pour un jogging matinal.

- Je voudrai que tu me confirmes la présence de cet homme nu dans mon lit.

- Ouais, y'a un homme nu dans ton lit. Ça doit encore être une excentricité de Papa pour se faire pardonner son absence ces dernières semaines.

Harry grinça des dents et le congédia d'un sourire forcé. Il prit son téléphone portable et appuya sur la touche une afin d'avoir Draco au bout du fil. Au bout de quatre sonneries, celui-ci répondit doucereusement :

- Allô, mon petit Cerbère. As-tu trouvé le cadeau que je t'ai laissé sur l'oreiller ?

- Vas te faire foutre, Draco ! De quel droit invites-tu des inconnus dans notre lit sans mon consentement ?

- Ça veut dire que si je t'avais demandé l'autorisation tu serais prêt pour un plan à trois ? demanda-t-il innocemment.

- Je… Je n'arrive pas à y croire. Tu m'envoies un gogo danseur pour…

- Un escort boy, rectifia Draco.

- PEU IMPORTE. TU VIENS PRENDRE TON KEN GONFLABLE ET TU LE RAMENES D'OU IL VIENT ! ET SI DANS TRENTE MINUTES TU N'ES PAS LA, JE… Oh, euh, s'il vous plaît arrêtez de me lécher l'oreille comme ça, je suis en pleine conversation téléphonique et… plus haut les mains… non, ne touchez pas… DRACO TU NE VAS PAS TE DEBROUILLER COMME ÇA ET… Mmh, ne pas gémir… ne pas gémir…

- Je vois qu'il est passé en action. Bon, sur ce, je te laisse profiter de mon cadeau.

- JE N'AI PAS BESOIN DE TA BENEDICTION POUR TE TROMPER ! hurla Harry au téléphone tandis qu'un bip sonore retentit plusieurs fois.

Harry eut une moue offusquée tandis que deux bras puissants lui encerclaient la taille.

- Oh, euh… Musculor, je voudrai juste prendre mon petit-déjeuner et après nous… verrons ce que nous ferons de votre cas.

- Vous pouvez me dévorer, répondit l'escort boy, et mon nom est Draco.

- Non, vous ne vous appelez pas Draco parce que si cela avait été le cas, vous seriez par terre avec un énorme cocard. Le vrai Draco doit rappliquer dans la demi-heure s'il tient un tant soit peu à notre couple et…

- Le facteur a déposé ça, prononça la voix de Scorpius sortant d'outre-tombe. C'est un kit super-luxure. Il y a un carton « Fais-en bon usage »…

L'adolescent leva les yeux du carton couvert de l'écriture de son père et trouva Harry plaqué contre le corps musclé de l'escort boy. Les yeux bleus de Scorpius s'agrandirent à la vue de la nudité de l'inconnu et fit lentement demi-tour.

- Je vais déposer la boîte par terre, devant la porte, et me passer les yeux sous de l'eau de javel, s'étrangla-t-il en refermant doucement la porte.

- NON ! Scorpius, attends ! Aide-moi !

Trop tard. Il l'entendait déjà dévaler les escaliers. Harry soupira tandis qu'il se sentait soulever dans les airs. L'escort-boy le portait en se dirigeant vers le lit.

- Si vous me touchez, je porterai plainte pour viol, menaça Harry en un glapissement.

- Qui vous croira, susurra-t-il. J'ai un contrat signé qui prouve le contraire…

La bouche tentatrice de l'homme survola son cou pour descendre lentement jusqu'à sa clavicule.

- Ecoutez, je sais que vous êtes plus raisonnable que l'ersatz d'homme qui me sert de compagnon alors… je vous en prie, laissez-moi respirer et allez voir ailleurs. Si c'est un problème d'argent, je vous fais le chèque sur le champ. Je suis tout à fait épanoui sexuellement parlant. Je n'ai pas besoin de ce genre d'artifice et des cadeaux sortis tout droit de l'esprit le plus tordu de cette planète.

L'escort-boy cessa de l'embrasser et le regarda étrangement. Il se mordit la lèvre inférieure, semblant en proie à un dilemme et dit finalement :

- Je fais ça pour me payer mon école des Beaux-Arts.

- Les Beaux-Arts, vraiment ? s'écria Harry. Ma fille, Lily, est une passionnée d'art. Elle est en première année de prépa à Londres. Elle et vous ce n'est peut-être pas les mêmes moyens… mais la même passion. Si vous voulez, en guise de bonne foi, je vous achète une de vos toiles !

- Vraiment ?

Harry acquiesça et trouva son portefeuille sur la table de chevet.


Draco beurra ses tartines de coups rageurs. Il n'avait plus de voix et des cernes soulignaient ses yeux. Dès que son regard croisait celui d'Harry, une aura de malveillance déferlait sur la table de la cuisine. Scorpius écoutait Lily parler de ses cours de nu – discussion à laquelle son père adorait participer si ce dernier n'était pas préoccupé à trouver une idée originale pour tuer son compagnon. Furieux, Draco lâcha son couteau et jaugea Harry.

- Je peux savoir POURQUOI tu ne l'as pas sauté ? s'écria-t-il.

Harry eu l'air scandalisé et répondit du tac au tac :

- Tu m'envoies un escort-boy sans mon consentement et tu veux que je lui saute dessus sans me poser la moindre question ? Tu dois certainement être un grand malade, mais ton cadeau était de très mauvais goût…

- Tu sais COMBIEN il m'a coûté ce cadeau ? Alors en plus de l'avoir congédié, tu as acheté une de ses croutes ! Mais je rêve ! Scorpius dis-moi que je rêve !

- Tu es un peu plus que réveillé, vieux, clama l'adolescent en versant une généreuse dose de sirop d'érable sur ses pancakes.

- Putain mais Harry je vais t'emmener à l'asile. Je t'offre sur un plateau d'argent un… un Apollon avec une bite en marbre et t'es même pas foutu d'en profiter ! Tu as le cerveau LOBOTOMISE ou quoi ? Un peu de bon sens, bordel !

- Draco, baisse d'un ton parce que je ne t'ai toujours pas pardonné et que tu es à deux doigts de dormir à l'hôtel pour le restant de la semaine, dit Harry avec froideur. J'en ai marre de tes idées loufoques et de tes réactions dignes d'un enfant capricieux. Même le chien est plus mature que toi…

- On n'a même pas de chien, grogna Draco.

- Eh bien on risque d'en avoir un si tu ne la fermes pas ! menaça Harry en brandissant sa fourchette.

Automatiquement, Draco adopta une position de repli et son nez toucha presque la surface de son lait. Scorpius et Lily pouffèrent devant ce spectacle. Harry se mettait rarement en colère, mais lorsque cela était le cas, il valait bien mieux se mettre à couvert. Draco se concentrait à lire l'énigme sur la boîte de céréales afin de ne pas croiser ses yeux verts qui le foudroieraient sur place.

- Sinon, Lily, tu restes ici ce week-end ? demanda Harry en essayant de récupérer son calme habituel.

- Avec Scorpius, on va préparer ses valises pour son voyage en Egypte. Puis demain, Al viendra pour qu'on voit une sublime exposition et…

- C'est pas tout mais j'ai une maquette de porte-avion à finir dans le garage, coupa Draco en se levant.

Harry l'attrapa par son tee-shirt afin de le retenir :

- Tu n'as jamais eu de maquette et tu as la patience d'un singe en chaleur alors tu vas tout de suite me dire ce que tu fabriques dans le garage. Tu vas te venger en rétrécissant mes vêtements ? Tu vas lire mon courrier et celui de Scorpius ? Tu vas préparer une mini-bombe ? Tu vas faire fondre du fromage dans mes chaussures ? Tu vas remplacer tous mes sous-vêtements par…

- J'ALLAIS APPELER JAMES POUR QU'IL ME CONFIRME QUE LA SALLE ETAIT BIEN RESERVEE POUR TON ANNIVERSAIRE, hurla Draco. Bon, maintenant que ce n'est plus une surprise tu peux me lâcher ?

- Oh, euh oui… murmura Harry. Je ne savais pas que vous me prépariez quelque chose…

- J'ai le droit à un bisou ? tenta Draco.

- Alors là, tu rêves !

Harry se leva brusquement et alla dans le salon afin de consulter la météo. Lily et Albus le regardaient avec des yeux ronds et prononcèrent en un chuchotement :

- Mais on n'a PAS prévu d'anniversaire surprise !

- Eh bien, on a deux jours pour en faire un, grommela Draco. Si vous pouviez annuler ce que vous aviez prévu ce week-end, ça serait sympa.


- C'était l'anniversaire le plus ahurissant de ma vie ! s'emporta Harry en dévorant un biscuit. L'orchestre, la salle, les cadeaux… Al, la chanson que tu as chanté était magnifique !

Son fils cadet lui répondit avec un sourire. Il ressemblait énormément à son père hormis quelques détails de son visage qui semblaient plus venir de sa mère. Il arborait une légère barbe naissante et jouait des coudes avec James pour avoir les derniers morceaux de bacon. Vu l'alcool ingurgité, ils avaient décidé d'un commun accord, de tous rentrer ici. Draco avait bu comme un trou et avait dansé la salsa avec une serveuse séduisante après lui avoir montré son caleçon au milieu de la piste de danse. L'écrivain avait légèrement dessoulé et renversait les céréales sur la table comme des centaines de petites billes au miel soufflé.

- Tu cherches quoi ? demanda James.

- Mon cadeau surprise ! grogna Draco.

- Il est collé à la boîte, maugréa Harry, lassé par son attitude.

Draco trouva un petit sachet plastique contenant une poignée de cartes. Il poussa un cri de joie et sauta sur ses jambes.

- J'ai gagné une carte collector des Chocogrenouilles ! Il faut absolument que je montre ça à Scorpius !

Il fila vers les escaliers et les monta quatre à quatre. L'écrivain se dirigea vers la tanière de son fils qui devait certainement faire la grasse-matinée en ce dimanche matin. Il ouvrit en grand la porte et s'exclama :

- J'AI GAGNE…

Il se tu soudainement. Une jeune fille, d'environ l'âge de Scorpius, se trouvait dans son lit, entièrement nue.

- Merde, le vieux ! jura Scorpius.

Draco avait la bouche grande ouverte de stupéfaction tandis que la jeune fille ramenait le drap sur sa poitrine généreuse. Harry arriva peu après, essoufflé, et tira Draco hors de la chambre. Il avait complètement oublié que Scorpius avait ramené une amie avec lui et qu'ils voulaient restés tranquille. Draco affichait un sourire benêt et soupira :

- J'ai gagné une carte collector de Chocogrenouilles et mon fils n'est plus puceau : je peux mourir en paix.

Il retourna dans la cuisine en chantant un ou deux Avé Maria. Draco mis deux couverts supplémentaires et attendait de pied ferme les retardataires avec un sourire idiot collé aux lèvres. Scorpius avait les oreilles rouges et semblait furieux. Il ramena ses cheveux encore trempés en arrière et tira une chaise pour sa petite-amie. Cette dernière semblait vouloir se trouver partout ailleurs sur Terre sauf ici. James était assis sur sa chaise comme un vieux crapaud qui fixait avec délice une mouche venant se poser sur un nénuphar. Harry souffla un « désolé pour le dérangement » à l'oreille de Scorpius et ce dernier piqua avec sa fourchette dans le monticule de toasts.

- Alors, dit Draco avec un bonheur non-feint, comment c'était ?

- Tu pourrais au moins demander comment elle s'appelle, se révolta Harry.

- Ah ? Ce n'était pas qu'un coup d'un soir ? Donc, toi tu es…

- Kimberley, répondit-elle doucement.

- Enchanté Kimberley. Ton prénom sonne… comme la cloche autour du cou d'une pétasse mais c'est un compliment venant de ma part. Je peux t'appeler Kim… ou Kimmy ? On devient intime maintenant que tu as dépucelé ma progéniture.

- Vas te faire foutre ! gronda Scorpius.

- Il n'a pas été trop gauche j'espère, poursuivit Draco comme s'il n'avait rien entendu.

- Oh, non c'était très bien Monsieur, répondit Kimberley.

- Passe-moi le beurre, grogna Scorpius.

- Oh ! Ça me fait penser ! s'écria Draco. Demain je vais à la pharmacie acheter le meilleur lubrifiant pour mon fils adoré.

- Tu en prendras aussi pour nous ? chuchota Harry.

- Papa, tu traînes trop avec Draco pour ta propre santé mentale, fit remarquer Al sarcastiquement.

- Je sais mon fils.

- Bon changeons de sujet, reprit Draco d'une voix sérieuse. Vous l'avez fait dans quelles positions ? Vous ne vous êtes pas contenté du missionnaire j'espère !

- Papa, arrête, souffla Scorpius, blasé.

- Je t'ai acheté un livre de 800 pages illustrées sur le Kama-Sutra le mois dernier ! rappella-t-il. Tu pourrais au moins appliquer certaines leçons.

- 800 pages ? Autant que ça ? interrogea Harry soudainement intéressé.

- Les images étaient dingues, colporta son compagnon. Je l'ai feuilleté un peu. Tu te souviens du truc acrobatique qu'on a fait mardi dernier... Eh bah, c'est pas sorti de nulle part.

- Vous êtes répugnants quand vous vous y mettez, grimaça James.

- La danse du tigre... grogna Draco à l'oreille d'Harry en lui léchant le lobe de l'oreille.


Le lendemain matin, Draco faisait semblant de sangloter devant la télévision avec un paquet de bonbons sur le ventre. Harry revenait lessivé d'un tournage qui s'était déroulé en pleine nuit. Draco pleura plus fort afin d'attirer son attention, allongé sur le canapé avec une jambe en l'air. Harry enleva sa veste et finit par souffler, exaspéré :

- Que se passe-t-il cette fois-ci ?

- Scorpius a dit que je pouvais me suicider comme ça il baiserait tranquille, sanglota faussement Draco.

Harry s'assit à côté de lui, sur le canapé, et passa sa main sur son ventre après avoir pioché dans le paquet de friandises :

- Tu as mis quoi dans tes yeux cette fois pour faire semblant de pleurer ? De l'eau ? Du Schewps ?

- Non, c'est ma bave : je ne t'ai pas entendu arriver, avoua Draco tandis qu'Harry roulait des yeux.

- Et pourquoi tous ces bonbons, reprit le cinéaste.

- Je vais me suicider avec de la gélatine.

- Super, après je vais me retrouver avec un obèse sur les bras alors que j'avais pris soin d'en prendre un mince. Tu fais chier Malefoy.

Des bruits de pas retentirent dans l'escalier et la bête blonde de Scorpius apparue. Il avait un casque audio sur les oreilles et fredonnait un air de techno dans une série d'onomatopée :

- Je ne fais que de passer attendez au moins une minute que je prenne un verre d'eau avant de vous jeter dessus comme des affamés.

On l'entendit faire couler l'eau du robinet et prendre un verre.

- Tu vois ! Tu vois ! cria Draco en le pointant du doigt. Il me fait de l'harcèlement moral.

- C'est l'hôpital qui se fout de la charité ! s'écria son fils depuis la cuisine. Qui est venu dans mon cours d'Anglais draguer mon prof la dernière fois ?

- Tu as dragué son prof ? s'étonna Harry. Tu es allé dans son école ? Mais... mais je croyais qu'on t'avait mis un bracelet pour ne plus approcher le lycée d'au moins dix bornes !

- Il s'est cassé par hasard du haut du balcon, dit Draco d'une toute petite voix.

Scorpius s'éclipsa avec son verre et Harry ferma les yeux un long moment avant de prononcer :

- Si tu savais toutes les fois où j'ai dû fermer les yeux et imaginer que tu brûlais sur un bûcher pour atténuer ma colère…


Scorpius regardait le fond de sa tasse de café d'un œil morne, ne semblant vouloir bouger d'un iota. Harry mis ses mains sur ses épaules et lui dit avec entrain :

- Tu devrais y aller avant d'être en retard au lycée.

L'adolescent ne répondit pas tout de suite et eu une moue triste.

- Aucune fille ne veut plus sortir avec moi, lâcha-t-il.

Harry tira une chaise à ses côtés et pris son visage entre ses mains et le regarda sévèrement.

- Mais non tu n'es pas moche, voyons...

- J'AI PAS DIS QUE J'ETAIS MOCHE ! cria Scorpius. J'AI DIS QU'AUCUNE FILLE NE VOULAIT DE MOI.

- Et pourquoi ?

- Le bruit court que mon père est fou et qu'il s'immisce dans ma vie privée.

Harry eu un air sincèrement navré avant de déclarer :

- Non, ce n'est pas une rumeur. Ceci est la triste réalité.

Peu après, Draco arriva comme une fleur en s'étirant. Il ébouriffa les cheveux de son fils.

- Qu'est-ce qui va pas ? demanda-t-il, soudainement soucieux.

- C'est toi qui ne va pas bien et à cause de ça, on me fuit comme la peste au lycée, grommela Scorpius en finissant d'un trait le contenu de sa tasse. Kimberley et moi c'est fini. Tu lui as fait peur.

Scorpius enfila sa veste et s'apprêta à quitter la cuisine.

- Non ! s'exclama Draco en le retenant. Ce matin, c'est moi qui t'accompagne au lycée. Laisse-moi le temps de trouver mon peignoir et…

- Tu vas aller devant mon lycée en pantoufles ? Mais t'es malade ! Tu n'as donc aucune considération pour ma vie sociale ou quoi ? Et… Et… hors de question que tu m'accompagnes ! Même habillé en costard je ne veux pas que tu viennes.

- Mais si, ça va être drôle, je te jure !

Draco ne lui laissa pas le temps de répondre et l'entraîna au-dehors, ses clefs de voiture serrées entre ses dents.


- Ça va être drôle, hein ? demanda Scorpius le lendemain matin avec un œil au beurre noir. A cause de toi, j'ai une exclusion temporaire du lycée.

- Tiens bien la glace mon ange, rappela Harry.

- Kimberley m'a carrément mis une baigne devant tout le monde et toi tu t'esclaffais ! Et puis, quelle idée de demander à des filles de coucher avec moi contre six cents livres ! Le proviseur était furieux. Il m'a exclu du club de chimie et a dit que je devrais nettoyer la cafétéria pendant un mois et… tout ça à cause de TOI !

- J'irai voir ton proviseur pour tout lui expliquer, reprit Harry en vérifiant l'état du visage de Scorpius. Je suis certain qu'il comprendra qu'avoir un père comme le tien n'est pas de tout repos. Maintenant, Draco, pour l'amour du ciel, cesse de te mêler de la vie privée de ton fils parce que ça risque de le tuer. Et je parle très sérieusement.

- Mais j'ai juste essayé de bousculer les habitudes du petit ! plaida-t-il. Une fille a dit oui en plus. Tu ne pourras plus te plaindre d'être célibataire.

- Papa, à CHAQUE fois que tu essaies de faire quelque chose de bien cela se retourne contre nous. Alors, considère-moi comme inexistant et je m'en porterai pas plus mal.

Draco croisa les bras sur son torse et s'écria :

- Et qui va s'occuper de moi ?

- Oh, toi la ferme ! grogna Harry en appliquant de la crème sur le visage de Scorpius. Je suis à deux doigts de te passer le visage dans le moule à gaufres.

- Mais… il est brûlant le moule à gaufres, constata Draco.

- C'est exactement pour ça que j'ai envie de mettre ta gueule de prétentieux dessus.


L'aube profilait à travers les rideaux de la chambre d'Harry et Draco. Le cinéaste ne rentrerait pas avant une heure de son tournage nocturne et Scorpius en profita pour se glisser doucement dans la pièce. Il s'agenouilla près du lit et murmura :

- Papa, je sais que tu es bourré alors j'en profite pour te dire quelques petites choses. (Il marqua une pause) D'abord que je t'aime et ensuite... ensuite que je ne veux pas aller à l'université.

Soudain, une poigne de fer le saisit par son tee-shirt. Draco regardait son fils avec un regard fou et murmura d'un air menaçant :

- J'ai dessoulé en fin de soirée, sale morveux ! Et je te ferai dire que tu IRAS à l'université même si je dois aller répondre présent à ton nom le jour de la rentrée.

- Papa, tu me sers..., s'étouffa l'adolescent en posant ses mains sur le bras puissant de son père.

- Qu'importe si tu es vivant ou mort puisque tu ne veux pas aller à l'université !

- Mais je t'aime moi ! glapit Scorpius.

- Eh bien c'est trop tard... gronda Draco en resserrant sa prise.

- Papa, tu m'étouffes ! Je n'arrive plus à… respirer… je… je… oxygène… pitié…

Draco le tenait si fort que Scorpius s'accrochait à la table de chevet pour ne pas sombrer.

- Je ne suis pas allé à l'université à cause de mes idées utopistes à deux balles mais TOI, tu iras, c'est clair ? gronda Draco en le relâchant.

Scorpius plaqua sa main autour de sa gorge et le regarda avec des yeux exorbités.

- C'EST CLAIR ? répéta Draco en un hurlement.

Son fils acquiesça vivement et décampa à quatre pattes, se réfugiant dans sa chambre jusqu'au retour d'Harry.


Harry déposa violemment le bol de lait chaud de Draco sur la table et en reversa un peu sur ses mains.

- Je n'ai fait pas exprès, dit-il doucereusement tandis que Draco suçait ses doigts.

- Pourquoi tu fais ça ? J'ai… J'ai couché avec la personne qu'il ne fallait pas ? Je t'ai écrasé en dormant ? Tu as regardé nos relevés de banque ?

- Je… Non ! Ce n'est pas ça. Il paraît qu'hier matin tu as violenté Scorpius pendant mon absence, reporta le cinéaste.

- Il a la langue bien pendue le morveux. Ça, il l'a pris de ton côté.

- Je ne relèverai pas l'allusion que tu viens de faire et si tu pouvais arrêter de lui faire du mal physiquement ou psychologiquement, peut-être qu'il arriverait sain et sauf jusqu'à ses dix-huit ans. Pour son anniversaire, je pensais lui acheter une plaque en or avec marqué dessus "Celui-Qui-A-Survécu". T'en penses quoi ?

Draco balaya ses propos d'un geste de la main.

- Le Graal : les dix-huit bougies. La libération ! chanta Draco en levant les bras au ciel. Je vais enfin pouvoir avoir une vie comme je l'ai toujours souhaité. Je chevaucherai une moto avec mes Ray Ban et je côtoierai les Bikers. Je m'imagine déjà…

- Avant les dix-huit ans de Scorpius, il reste quelques semaines, rappela Harry en s'asseyant. Tu as intérêt à te tenir à carreaux parce que s'il lui arrive le moindre malheur, si on le retrouve avec un membre en moins, ou inerte dans sa chambre, tu seras le premier accusé. Je te préviens, Draco. Tu n'es pas clean et tout le monde le sait.

Draco se ratatina sur sa chaise et maugréa quelque chose qu'Harry n'entendit pas.

- Au fait, une de tes tantes t'envoie un cadeau pour Scorpius et toi.

Draco tendit les mains afin de saisir un énorme paquet.

- Ce qui est bien quand tu es juif, c'est que tu as plein de cadeaux pour des fêtes dont tu ignores royalement l'existence.

- Mais je ne savais pas que tu étais juif ! se scandalisa Harry. Tu pensais me le dire quand ? Et puis tu n'es pas circoncit !

- Mon père n'est pas juif, rectifia Draco. Alors, il n'a pas voulu. Mais étant donné que la religion se transmet par la mère… Tu fais le calcul. (Une lueur sadique traversa les yeux de Draco) Tu crois que Scorpius serait d'accord si je le faisais circoncire ?

- T'es un grand malade, décréta Harry en prenant son journal. Mais essaie toujours.

Draco ne le se fit pas dire deux fois et grimpa au premier étage et trouva la chambre de son fils vide. Il haussa des épaules et entra dans la salle de bain. Il trouva Scorpius nu comme un ver. Draco eu des yeux aussi ronds que des soucoupes et bégaya :

- Je… Je… Je t'attends en… en bas.

Sous le choc, il retourna dans la cuisine.

- Alors ? demanda Harry, curieux. Il a dit quoi ?

- Rien. Je suis entré dans la salle de bain et je l'ai vu nu.

- Que… QUOI ? Mais qu'est-ce que tu avais en tête ! On n'entre pas dans une salle de bain alors qu'on sait qu'un adolescent s'y trouve ! C'est l'article 1 du code international de tout parent qui se respecte !

- Je ne peux pas le circoncire, dit Draco d'un ton résolu.

- Et pourquoi ça ?

- Ce serait un crime : il en a une énorme, plus énorme que la mienne.

Harry ouvrit la bouche en un parfait O.

- Notre Scorpius ? Notre petit Scorpius ? Celui à qui on changeait les couches ? Mais… énorme comment ?

Draco releva sa manche et montra la longueur de son avant-bras d'un air consterné.

- Ma parole ! s'écria Harry. Mais ce n'est pas un outil d'homme mais de poney !

- C'est le Messie qui lui envoie une bite pareille, continua Draco. Putain, je me sens tellement…

- Diminué ? devina Harry en un ricanement. En tout cas, ça ne doit pas être de ton côté qu'il y a des gènes pareils.

- Mais je t'enm-… Oh, tiens Scorpius !

Rouge de honte, l'adolescent ne s'arrêta même pas dans la cuisine et fila directement dehors pour se rendre au lycée. Quand la porte se referma, Draco cligna plusieurs fois des yeux et déclara :

- Pour la première fois de ma vie j'aurais aimé m'appeler Kimberley.


Harry venait d'ouvrir les yeux et se blotti un peu plus contre Draco. Il lui caressa doucement le ventre et regarda le jour pénétrer au travers les rideaux de leur chambre.

- Draco…

Tout à coup, ce dernier se mis à ronfler bruyamment. Harry était contrarié que son compagnon feintait toujours ses tentatives de discussion. Il lui envoya un brutal coup de coude dans les hanches. Draco se plia en deux en étouffant un cri de douleur.

- Oh, tu es réveillé mon amour ? demanda innocemment Harry.

Draco lui envoya un regard noir empli de reproche et se rallongea confortablement dans le lit. Harry traça des arabesques sur son ventre puis remonta légèrement vers son torse. Il repensait à tout ce temps qui s'était écoulé à une vitesse éclair. Albus qui avait choisi de se lancer dans la chanson. Draco qui s'installait ici avec Scorpius. James qui déménageait en Ecosse pour devenir concepteur de jeux vidéo. Ginny qui s'était remariée avec un industriel du pétrole. L'entrée au collège de Scorpius. Draco qui finissait son quatrième livre et qui arrêtait la coke et l'héroïne. Lily qui faisait des portraits de toute la famille. Draco qui donnait son médiator Hello Kitty à une vente aux enchères après la mort de la strip-teaseuse qui le lui avait offert pour une œuvre caritative. Albus et son premier album l'année des quinze ans de Scorpius. Et les photos… les photos qui s'empilaient un peu partout dans la maison.

Harry murmura :

- Draco, est-ce que tu nous vois vraiment vieillir ensemble ?

L'écrivain se retourna et arbora un sourire resplendissant avant de répondre.

- Tu peux répéter ta question. Je fais déjà de l'Alzheimer.

Ils rirent un moment et entendirent Scorpius taper contre le mur de sa chambre se trouvant juste à côté. Cette discussion, ils l'avaient eu aujourd'hui… ou peut-être le matin d'après.

FIN DE L'EPILOGUE