Chapitre 21 : Destinés entremêlées
Karin se réveilla en sursaut, le souffle court, elle luttait pour calmer les battements frénétiques de son cœur. Encore un cauchemar, toujours le même. Elle se retourna dans son sac de couchage, cherchant un peu de fraîcheur pour l'aider à se rendormir mais elle abandonna bien vite cette idée quand elle constata que sa couche était trempée de sueur. La jeune fille se redressa, passant ses mains moites sur son visage. Une chouette hulula au loin couvrant brièvement le crépitement du feu. Elle songea une fois de plus à ce qu'elle venait de voir.
Depuis toujours ses rêves étaient peuplés de visions d'horreur et d'images sanglantes qui restaient gravées dans sa mémoire. Karin était persuadée que tout cela disparaitrait un moment ou un autre, mais au bout de cinq ans elle était fatiguée. Elle n'avait pas eu une seule nuit correcte depuis bien longtemps et elle commençait à en avoir franchement besoin. Elle rejeta sa couverture et décida de se dégourdir les jambes.
« Tu ne dors pas ? »
Suigetsu, dont c'était le tour de garde, lui jeta un regard narquois par-dessus le foyer. Elle haussa les épaules avec désinvolture. Elle n'était pas en état de répondre à ses piques, elle manquait trop de sommeil. Karin passa devant lui, sans lui accorder plus d'importance que les cailloux qu'elle sentait sous la plante de ses pieds nus.
« Je peux savoir où tu vas ? » lui demanda Suigetsu en se levant.
Karin se retourna vers lui, les poings sur les hanches et les sourcils froncés. Si ses yeux pouvaient lancer des éclairs, l'homme-poisson serait mort foudroyé sur le coup. Mais contre toute attente il s'approcha d'elle un sourire insolent plaqué aux lèvres. De toute évidence il se plaisait à la provoquer.
« Va te faire foutre, siffla Karin entre ses dents serrées.
-Déjà les grands mots ? Je suis déçu, j'avais pensé que tu tiendrais plus longtemps. »
A force de serrer la mâchoire aussi fort Karin commençait à avoir mal. Elle s'efforça néanmoins à garder son calme. Le chakra de Juugo lui paraissait trop agité pour prendre le risque de tuer Suigetsu. Elle ferma les yeux, comptant mentalement dans sa tête, les muscles de sa mâchoire se détendaient au fur et à mesure. Ce fut quand elle les rouvrit qu'elle prit conscience qu'il manquait quelqu'un.
« Où est Sasuke ? »
Suigetsu leva les mains au ciel et retourna s'assoir près du feu.
« Aucune idée. Après tout c'est toi l'experte en localisation de chakra, débrouille-toi », déclara-t-il en rajoutant du bois au foyer.
Karin se retint de se jeter sur lui et de lui exploser le visage, mais Juugo remua une fois de plus, comme pour la mettre en garde. Elle émit un petit cri de frustration et tourna les talons s'enfonçant dans la forêt, sans un regard en arrière.
Elle avait préféré s'éloigner avant qu'elle ne perde la maitrise totale de ses moyens et elle dut se faire violence pour ne pas faire demi-tour. Alors elle marcha au hasard, sans regarder où elle allait, sans faire attention où elle posait ses pieds, se contentant juste d'écarter les branches qui lui barraient le chemin. Karin avait besoin de marcher, il fallait qu'elle trouve une distraction efficace et vite. Elle avançait rapidement s'enfonçant peu à peu dans la noirceur de la forêt. Petit à petit, les faibles rayons de lune ne purent traverser les épais feuillages et l'air devint lentement de plus en plus frais. Quand Karin ne fût plus capable de voir le bout de son nez elle chercha à tâtons un tronc d'arbre auquel s'appuyer. Elle resta de longues minutes accroupie s'habituant aux bruits de la nature. Alors que les battements de son cœur reprenaient leur course effrénée, les cris dans sa tête furent de plus en plus forts et quand ils finirent par devenir intenables elle éclata en sanglots.
Sasuke soupira, le temps s'écoulait trop lentement à son gout. Debout sur une branche haute, ses yeux rouges – où brillait le sharingan – étaient fixés sur les fenêtres du premier étage de la maison. Décidément Madara avait besoin de régler une affaire urgente vu qu'il avait envoyé quasiment tout le monde en mission. Ainsi il avait été séparé une fois de plus de Sakura – il l'avait confiée à Konan non sans la prévenir de faire attention cette fois – et mandaté à la recherche d'un quelconque trafiquant. De déserteur à membre de l'Akatsuki il était devenu chasseur de prime. L'argent qu'il allait ramener allait servir à payer une nouvelle planque à l'organisation à un village proche de Konoha. Sasuke le savait vu qu'il devait livrer le cadavre à quelques kilomètres.
Il regarda la lune, une heure devait bien s'être écoulée depuis que la lumière s'était éteinte dans la chambre qu'il surveillait. Sa proie était sûrement endormie depuis le temps et même si ce n'était pas le cas cela ne changerait pas grand-chose pour lui. Se propulsant sur le balcon, Sasuke sortit son katana. Il était prêt à exécuter son forfait sans se faire remarquer, ce fut ainsi qu'il pénétra dans la pièce et que sa lame fendit l'air tuant l'homme allongé dans le lit. Tout cela sans le moindre bruit.
En regagnant le camp, trainant son cadavre derrière lui, il sût instinctivement qu'il s'était passé quelque chose en voyant Suigetsu et Juugo chuchoter rapidement. Ils posèrent leurs yeux sur Sasuke, s'étonnant de sa soudaine réapparition. L'homme-poisson fût le premier à réagir.
« Tu ne nous à pas attendus ! l'accusa-t-il en pointant du doigt le cadavre.
-Pour quoi faire ? On n'allait pas se mettre à quatre sur lui.
-Dis plutôt que tu ne voulais pas qu'on vienne.
-C'est vrai, avec vous j'aurai dû affronter toute sa bande et au lieu de deux minutes on aurait pris deux heures. »
Suigetsu tiqua, visiblement agacé par la logique dont son supérieur faisait preuve. Il lança un regard au mort avec envie, on venait de le priver d'un combat.
« Où est passée Karin ? » demanda Sasuke.
Juugo interrogea du regard son autre coéquipier d'un coup de coude. Il se doutait qu'il était responsable de la disparition de cette dernière.
« Arrêtez de me regarder comme ça !
-Suigetsu, où est-elle ? répéta Sasuke dont la voix n'était pas plus forte qu'un murmure.
-Je ne sais pas où elle est. J'étais en train de faire mon tour de garde quand elle s'est réveillée, après m'avoir demandé où tu étais passé, elle est partie par là, déclara l'homme-poisson en indiquant la forêt du doigt. Maintenant, si vous ne me croyez pas et que vous vous posez la question si je l'ai tué, ma réponse est non, mais j'aurai bien voulu », ajouta-t-il avec un sourire.
Juugo eut un frisson et un drôle d'éclat illumina brièvement son regard, ce que Sasuke ne manqua pas de remarquer.
« Dis Juugo, il doit te rester quelques gâteaux au miel que Sakura t'a préparé et si tu allais en manger avant de te recoucher ? » proposa celui-ci, il n'avait pas envie de gérer une des possibles crises que le géant pouvait avoir dès qu'on parlait de sang ou de meurtre.
Juugo approuva, d'un hochement de tête, l'esprit toujours ailleurs et s'éloigna d'eux d'une démarche lourde.
« Mais qu'est-ce qui lui prend ? demanda Suigetsu.
-Évite de te disputer avec Karin devant lui à l'avenir, j'ai l'impression qu'il va nous faire une crise.
-Une crise ? Il n'en a pas fait depuis plusieurs mois.
-Justement, tu ne trouves pas ça étrange ?
-Sasuke je vais te parler franchement. Je t'apprécie et je tolère la présence de la râleuse, mais ne me dis pas qu'en plus je vais me coltiner un dépressif.
-Parce-que tu crois que ça m'arranges de me balader avec un gars assoiffé de sang comme toi ? railla Sasuke en retour. Quoi que réflexion faite, tu es toujours content d'effectuer le sale boulot.
-Content de t'être utile. »
Juugo se tourna vers eux, un gâteau au miel à la main. En les voyant, les traits de son visage devinrent moins soucieux et il fût rassuré quand Karin regagna le campement. Ils ne le savaient peut-être pas mais son humeur dépendait de la leur, ce qui expliquait pourquoi il était sensible aux railleries, aux mesquineries et aux plaisanteries. Juugo s'installa dans sa couche et ferma les yeux quand une main se posa sur son épaule.
« Bonne nuit », lui souhaita Karin.
Le groupe quitta le camp dès la levée du soleil, non sans que Suigetsu peste qu'on l'avait enlevé la satisfaction d'un combat. Ils devaient se dépêcher de gagner un village du Pays du Feu, réputé pour ses chasseurs de prime, c'était la qu'aurait lieu l'échange du cadavre contre une grosse somme d'argent. Évidement, ce genre de voyage agaçait Sasuke plus qu'autre chose et il n'était pas sans savoir qu'avant son arrivé c'était Kakuzu qui occupait cette tache. Il maudit silencieusement son blond de meilleur ami de l'avoir tué, car aujourd'hui sa présence lui aurait été bien utile.
Au bout de trois heures de marche, les déserteurs pénétrèrent dans le village d'Ikyta. Pour avoir beaucoup voyagé, ils n'eurent aucun mot à qualifier cet endroit de pauvre. Les maisons n'étaient pas alignées et semblaient avoir été construites selon le bon vouloir des propriétaires. Les rares personnes qu'ils croisèrent étaient pour la plupart sacrément bien armées et tous leur lançaient des regards suspicieux. Sasuke commençait à perdre patience et il n'avait qu'une envie : partir d'ici le plus vite possible.
« Karin, localise le lieu où nous devons aller », ordonna-t-il sèchement.
La jeune fille ne se fit pas prier, après un bref sondage des environs elle repéra l'entrepôt où l'échange se déroulerait.
« Vous savez je ne suis pas un serviteur, déclara Suigetsu, alors qu'ils marchaient. Je ne comprends vraiment pas pourquoi tu obéis au doigt et à l'œil à Madara, Sasuke. Pourtant, ce n'est pas pour me vanter, mais je me considère plutôt comme un de tes amis, le plus proche disons.
-Tu n'es pas sérieux ? demanda Karin. Pour toi, n'importe quel inconnu auquel tu tranches la tête devient ton ami.
-Pas toujours, certains résistent parfois. Ils s'accrochent à la vie comme des sangsues. Ce sont donc des mauvais amis.
-Tu dois avoir l'habitude, entre animaux aquatiques vous devez bien vous entendre. »
D'un mouvement souple du bras, Suigetsu dégaina son épée et fendit l'air avec. Souple comme un bambou, Karin n'eut aucun inconvénient à esquiver l'attaque en sautant. Sasuke se tourna vers eux.
« Vous ne pouvez pas, rien qu'une fois arrêter de vous comporter comme des gamins ou il faut que je demande à Juugo de vous assommer et de vous porter ?
-Que t'arrive-t-il, Sasuke ? Tu as peur de m'affronter, c'est pour ça que tu t'en remets à Juugo ? railla l'homme-poisson.
-Si j'étais toi j'aurai plutôt peur que je ne te tues pas par inadvertance. »
Cette réplique jeta un froid à tous le groupe. Juugo fut pris d'un violent sursaut et le cadavre qu'il portait sur son dos, enveloppé dans un sac de toile, tressaillit. Ce qui n'échappa pas au regard des autres.
« On est arrivé », déclara Karin rompant le silence embarrassant.
Sasuke jeta un coup d'œil à la bâtisse qui se dressait devant eux. Contrairement aux autres bâtiments, celui-ci semblait être bien entretenu et il était gardé par deux hommes armés de longues épées. Suigetsu bomba le torse, tandis que Karin eut un rire méprisant.
« Bien Juugo, tu viens avec moi. Vous deux vous restez-là et vous surveillez nos arrières », ordonna Sasuke.
Suigestu soupira puis alla s'asseoir sur un banc un peu plus loin, Karin regarda ses compagnons avant d'aller le rejoindre d'un air résigné.
Suigetsu ignorait pourquoi il agissait ainsi avec sa coéquipière de fortune. Au début s'il aimait autant l'embêter c'était uniquement pour se venger d'une certaine manière des expériences qu'elle lui avait faites subir du temps où ils étaient sous l'emprise d'Orochimaru. Il s'amusait aussi à la voir tenter vainement de séduire Sasuke, mais surtout quand elle se faisait lamentablement repousser. Mais par-dessus tout il adorait la voir s'égosiller après lui, les joues rouges de colère. Un sourire naquit sur ses lèvres quand il l'imaginait ainsi.
« Pourquoi tu souris ? lui demanda Karin.
-J'étais en train de penser. Tu dois ignorer ce que ce verbe veut dire.
-De toi à moi qui a une mémoire de poisson rouge ?
-C'est pratique quand je n'ai pas envie de répondre je n'ai qu'à faire semblant de prendre un air bête.
-Pourquoi je suis persuadée que tu ne fais pas semblant ? »
Suigetsu rit, d'un puissant et bruyant éclat de rire.
« Tu es certaine que je suis stupide, hein Karin ?
-Alors dis-moi à quoi tu pensais et ensuite je jugerai de tes capacités intellectuelles.
-Cela te tracasse avoue.
-Pas le moins du monde. Alors ?
-À toi, avoua Suigetsu le plus naturellement possible, tout en gardant un œil sur les gardes. Tu es contente ? »
Karin lui jeta un regard étonné avant de lui répondre.
« Oui, tu as choisi un sujet intéressant. »
La vieille femme tourna une énième page de son catalogue avant de poser son index osseux sur le visage d'un homme pris en photo.
« Hé bien, c'est un sacré morceau que vous avez eu là, déclara-t-elle.
-Hn.
-Oui je sais vous êtes pressés et vous voulez juste être payés. Tous pareils ces jeunes. »
Elle claqua vivement des doigts et deux hommes musclés s'emparèrent du cadavre. C'était la vieille qui dirigeait cette organisation de malfaiteurs. Malgré son âge avancé, les gens avaient l'air de lui obéir aveuglement et de la traiter avec respect, ce qui faisait d'elle une femme redoutable. Elle sortit un lourd coffre en fer de son bureau et se mit à compter, en marmonnant. Au bout de quelques instants elle tendit à Sasuke plusieurs liasses de billets.
« Voila, le compte y est.
-Merci, fit Juugo à la place de son coéquipier, qui était plus occupé à dissimuler son argent.
-Grand-mère ? » appela une voix.
Tous pivotèrent vers une petite fille d'environ une dizaine d'années qui se tenait sur le pas de la porte. Ses grands yeux bleus hagards cherchaient celle qu'elle venait d'appeler.
« Arisu ! tonna la vieille. Tu ne devais pas quitter ta chambre !
-Mais grand... protesta mollement la jeune fille.
-Il n'y a pas de mais qui tienne. Emmenez-la. »
Les deux gardes, qui venaient juste de déposer le corps dans une autre salle, attrapèrent la gamine et la tirèrent hors de la pièce. La vieille soupira, avant d'adresser un sourire comme excuse à l'incident auquel les adolescents venaient d'assister.
« Tenez, cela pourra peut-être vous aider, murmura Sasuke en déposant des billets sur le bureau.
-Reprends ton argent, jeune homme. Nous n'avons pas besoin de ta charité.
-Alors acceptez au moins ma compassion. »
Celui-ci ne lui laissa pas le temps de répliquer, qu'il tourna le dos, Juugo sur ses talons. En quittant le bâtiment il entraperçu la frêle et malade silhouette d'Arisu. Elle se tenait en haut de l'escalier ses vêtements et ses cheveux se confondant avec le noir de l'obscurité. Seuls ses yeux bleus brillaient faiblement, habités par la lueur d'une mort prochaine.
Parfois il arrivait à ce que Suigetsu et Karin tombent d'accord, en particulier quand il s'agissait de nourriture. Évidement ils n'avaient aucun mal à convaincre Juugo pour qu'ensemble ils parlent à Sasuke de leur désir d'aller manger dans un restaurant avant de reprendre leur route. Lassé de leurs lamentations, celui-ci n'avait pas osé leur dire non, malgré son envie de quitter ce village. Il n'arrivait pas à s'enlever le regard de cette gamine, même sous la discussion animée qu'avaient ses coéquipiers.
« Hé Sasuke, si on te dérange on peut s'en aller, plaisanta Suigetsu.
-Les seules qui devraient s'en aller c'est elles », grogna Karin en prenant rageusement une bouchée de son katsudon.
En effet un groupe de jeunes filles avaient les yeux rivés sur leur table ou plus précisément sur l'héritier Uchiha.
« Je ne vois pas où est le problème. Pourquoi tu t'énerves ? Bon d'accord elles sont nettement plus jolies que toi, mais ce n'est pas comme si Sasuke t'appartenait ou qu'il avait quelque chose à faire d'elles.
-C'est parce-que je mange un de tes congénères que tu es si triste ? railla Karin d'une voix faussement doucereuse en lui montrant le poisson panné à moitié dévoré dans son bol.
-Monstre. »
Les lèvres de Sasuke esquissèrent un discret sourire que personne ne remarqua. Il paya rapidement l'addition et sortit sans laisser le temps aux jeunes filles de lui adresser le moindre mot. De toute façon Karin leur avait déjà sauté dessus en proclamant haut et fort que personne ne s'approcherait de lui sans lui passer sur le corps. Suigetsu ne se gêna pas pour se présenter aux jeunes demoiselles, qui après la subite agression de Karin accueillirent avec joie le nouveau venu. Juugo sortit à la poursuite de son ami, non sans emporter une boite de gâteaux.
Au bout d'une demi-heure, le reste de son équipe consentit à se mettre en route – après avoir refait le plein de provisions et que Suigetsu eut promis de revenir. Sasuke aussi songeait à revenir, mais pas pour les mêmes raisons. Il voulait savoir, il voulait voir de ses propres yeux, si cette petite fille s'en sortirait. Il ne saurait comment l'expliquer, mais sa présence l'avait touché. Elle avait réanimé une partie en lui, un sentiment : la compassion. Il regarda ses compagnons et en les voyant – Suigetsu en train de faire ses au revoirs aux jeunes filles, Karin en train de le tirer par la manche en le menaçant et Juugo les bras chargés de sucreries – il ne put s'empêcher de penser que quelque chose ne tournait vraiment pas rond chez eux. C'était sûrement pourquoi il
Comme à son habitude Konan se réveilla tôt. Bien qu'elle n'ait plus sommeil elle ne fit pas le moindre geste pour quitter son lit. Elle se retourna et se couvrit la tête avec sa couverture. Rien que de penser à ce qui l'attendait aujourd'hui la décourageait clairement de quitter sa chambre. Si seulement Madara ne les avait pas séparés un peu partout, elle aurait pu profiter un peu plus de ses rares instants de tranquillité. La jeune femme laissa la partie supérieure de son visage sortir de sous la couverture, ses yeux ocres balayant rapidement sa pièce. Un peu de ménage ne serait pas du luxe. Contrairement à la chambre de Sakura, où tout était propre et rangé, ses affaires trainaient partout. Elle soupira et sortit une des ses jambes blanches de son lit. Une nouvelle journée commençait.
Ce fût en pestant que Konan se dirigea vers la cuisine dans l'intention de se préparer de quoi manger. La pluie tambourinait fortement sur les vitres et le salon fût brusquement illuminé par un éclair qui déchira le ciel. La jeune femme jeta un coup d'œil aux diverses offrandes que les fidèles avaient déposées au pied de la Tour et qu'un serviteur montait quotidiennement. Elle arrêta son choix sur un gâteau au citron, qui dégageait une odeur appétissante. S'emparant d'un couteau, elle se découpa une grosse part qu'elle s'empressa d'avaler.
« C'est bon ! » s'exclama Konan, comme une petite fille.
Elle se découpa une nouvelle part. Tout en savourant la pâte qui fondait dans la bouche, elle ne put s'empêcher d'avoir dans l'idée de faire mandater la personne qui avait préparé ce gâteau pour qu'elle cuisine pour elle. Konan rit de sa propre bêtise. Si une telle chose devait arriver, à l'instant même où elle verrait le visage de Pain, elle serait dans l'obligation de la tuer. Elle jugea dommage d'ôter inutilement la vie à une personne qui cuisinait si bien. Peut-être pourrait-elle le mettre sous l'emprise d'un genjutsu comme les autres habitants qui étaient dans la Tour et leur servaient de serviteurs. Elle se promit d'en parler à Pain plus tard, au pire il lui dirait non au mieux il la condamnerait à manger du gâteau au citron tous les jours sans exception.
Alors que la jeune femme parcourrait les trouvailles culinaires qui jonchaient la cuisine, un événement retint son attention. Plusieurs objets dans la pièce se mirent à bouger, certain s'agitaient rapidement tandis que d'autres lévitèrent de quelques centimètres. Elle consulta l'heure sur la pendule et s'en étonna. Konan se redressa, lança un paquet de ramen qu'elle venait de dénicher sur le comptoir et se hâta de quitter la pièce.
« Tu en as mis du temps », grogna la voix qu'elle ne reconnut que grâce aux tonalités froides qu'elle dégageait.
La jeune femme haussa les épaules, elle avait fait aussi vite qu'elle pouvait et s'avança vers la silhouette qui lui tournait le dos. Elle était nettement plus petite qu'elle, et encore le mot était faible vu que Konan ne cessait de se plaindre de sa taille, et sa voix semblait être celle d'une enfant. Elle eut confirmation quand son ami – ou plutôt amie – lui fit face.
« Nagato, murmura Konan.
-Pain, le corrigea-t-il par automatisme.
-Ça ne fait pas féminin comme prénom.
-Parce que tu penses que celui par lequel tu m'as appelé était mieux ?
-Oui, car c'était le tien et non un pseudonyme. »
Pain se retourna, croisant les bras dans son dos. Ils restèrent silencieux durant un long moment, où seule la pluie troublait le silence qui pesait. La jeune femme finit par trouver le temps long et ouvrit la bouche, bien décidé à dire ce qu'elle pensait mais contre toute attente, il la devança.
« Tais-toi, il est là. »
Une nouvelle fois ce fût la pluie qui réveilla Sakura. Elle entrouvrit ses yeux verts encore marqués par la fatigue. Elle pouvait remercier Madara de lui avoir donné une ridicule mission d'espionnage, jusqu'à très tard dans la nuit. Comme si elle en avait quelque chose à faire de se groupe louche qui versait des pots de vin à plusieurs taverniers. La jeune fille éternua une fois, puis une seconde. Elle renifla, si en plus elle avait attrapé froid, elle allait être de mauvaise humeur. Elle se leva, avec le boucan que faisait l'orage elle ne trouverait pas le sommeil, avant d'avaler quelques pilules dans sa trousse de soin. L'esprit encore endormi Sakura eut du mal à se diriger à la salle de bain. Après avoir pris une douche et enfilé des vêtements propres, elle descendit à la cuisine. La tour où elle résidait était la plus haute du village d'Ame, c'était aussi l'endroit le plus regardé car c'était là que résidait l'Ange Messager et leur Dieu. Sakura eut un sursaut en voyant la quantité de nourritures entreposées dans la cuisine. Elle trouva un gâteau au citron, dont il ne restait qu'à peine une ou deux fines parts et un paquet de ramen posé sur le comptoir. Bien que cette idée d'être livrée par des jeunes villageois morts de peur elle consentit à fouiller pour dénicher de quoi se faire un petit déjeuner correct. Sakura finit par tomber sur une soupe miso faite maison. Elle versa le liquide dans un bol et munie d'un morceau de pain, commença à manger.
Tout en mastiquant son morceau de pain mou, Sakura songea qu'une longue et très probable ennuyante journée s'annonçait. Elle ne pouvait pas dire qu'elle était malheureuse, seulement ses grands moments de solitude journaliers commençait à la peser. Bien que Konan essayait de passer le maximum de temps avec elle, les deux jeunes filles ne pouvaient pas toujours être ensemble. Elle n'avait pas vu ses parents depuis un moment et elle s'inquiétait un peu pour eux. Sakura ne se faisait pas vraiment de soucis pour Naruto, si son plan s'était déroulé comme elle l'espérait il aurait eu l'occasion de passer un peu de temps avec Hinata. Elle n'ignorait rien des sentiments de la jeune fille et elle trouvait que la meilleure chose à faire était de l'aider du mieux qu'elle pouvait dans sa quête du blondinet. Quant à Sai, elle était persuadée que Danzô lui avait trouvé une mission histoire de disperser les graines d'humanité que Naruto et elle s'évertueraient à planter.
Elle finit rapidement de boire sa soupe et se rappela qu'un serviteur passerait derrière elle pour nettoyer. Sakura observait le ciel par une des fenêtres du salon. Les cieux avaient pris une couleur noire d'encre, comme les cheveux de Sasuke. Elle tressaillit, se surprenant de cette comparaison. Cela faisait un moment qu'elle ne l'avait pas vu et qu'elle ignorait où il était avec les autres. De toute façon cette fois il avait pris ses précautions, Pain avait peu de chance d'avoir l'occasion de lui faire quoi que se soit. Maintenant qu'elle pensait à lui, elle se demanda où était Konan. Habituellement la jeune femme venait la voir chaque matin et en sautillant lui expliquait ce qu'elles allaient faire toutes les deux. Sakura jeta un coup d'œil autour d'elle, personne. Peut-être que c'était le bon moment pour commencer sa véritable mission : celle de protéger Konoha en regroupant des informations sur l'Akatsuki en explorant la Tour de Ame.
Konan eut un mouvement de recul quand Madara Uchiha apparut soudainement dans la pièce, tandis qu'un éclair l'éblouit. Elle plissa les yeux et se plaça par réflexe dans l'ombre de Pain, bien que maintenant elle le dominait largement.
L'homme portait sa cape de l'organisation qu'il dirigeait et celle-ci n'était même pas trempée, de toute évidence il était venu par sa technique spatio-temporelle.
« Tiens donc, tu souffres d'un problème de personnalité ? demanda Madara en s'avançant vers eux, enlevant sa capuche.
-Je ne vois pas de quoi tu parles, répondit Pain impassible.
-Vraiment ? Alors je suppose que c'est fréquent pour toi de prendre l'apparence d'une enfant.
-L'apparence importe peu, ce qui compte sont les résultats.
-Oui, tu as sans doute raison.
-Pourquoi cette soudaine visite ? » interrogea Konan.
Madara ne répondit pas, il marcha dans la pièce, posant sa main sur une des cuves en métal qui occupait l'espace. Il y en avait douze en tout, chacune diffusant une lumière étrangement verte, qui provenait des différents tubes qui étaient branchés. Pain le suivait du regard avec attention. L'ancêtre Uchiha se tourna vers eux.
« Où est Sakura ? »
Pain pivota vers son amie, celle-ci haussa les épaules. À vrai dire Konan savait parfaitement où pouvait se trouver la jeune fille mais elle ne lui dirait pas. S'il voulait la voir, il n'avait qu'à la chercher par lui-même.
« Il se trouve que j'ai mené mon enquête sur elle. Sakura Haruno, dix-huit ans, vivant chez ses parents. C'était une ninja très appliquée et sérieuse. Mais surtout elle connaissait Sasuke depuis l'enfance, sans parler qu'ils ont fait équipe ensemble.
-On sait déjà tout ça, je ne vois pas où ça nous mène, coupa la jeune femme agacée.
-C'est là où tu te trompes justement. Il se trouve que Sakura en plus d'être une proche de l'hôte de Kyuubi, fût aussi l'élève de Tsunade, le cinquième Hokage. Alors la question maintenant est : devons-nous lui faire confiance ?
-Et pourquoi pas ? Elle a bien affronté Hachibi non ?
-Oui et je te signale que ce démon leur a échappé.
-Ce n'est qu'une simple question de temps, je suis sûre qu'ils y arriveront cette fois.
-Pas la peine, Kisame se chargera du démon à huit queues, quant à vous, tenez-vous prêts pour rejoindre Konoha et capturer Kyuubi.
-Enfin, je commençais à m'impatienter », déclara Pain.
Madara s'approcha de la fenêtre, de toute évidence il allait partir.
« Gardez un œil sur Sakura. »
Sakura avait trouvé une drôle de pièce, contrairement à celles qu'elle avait visitées celle-ci semblait être parfaitement entretenue et même souvent occupée. Elle trouva plusieurs papiers sur une table, qui pour la plupart contenaient des chiffres et quelques termes médicaux. Sakura regarda autour d'elle, mise à par un bureau, une étagère, et une table d'opération, il y avait une dizaine de casiers au mur. Comme dans les salles d'autopsies où travaillaient Shizune. Par curiosité elle saisit une poignée et tira. Sakura se retint de justesse de ne pas pousser un cri d'effroi.
« Mais qu'est-ce que se passe ici ? » se demanda-t-elle à mi-voix.
La jeune fille osa regarder une nouvelle fois dans le casier où un flacon reposait. A l'intérieur se trouvait une paire d'yeux, des yeux bleus.
« Vous n'avez pas le droit d'être ici. Maitre Pain ne vous a pas autorisé à venir. »
Sakura se retourna, pour se retrouver face à un jeune serviteur totalement sous le contrôle d'un genjutsu. Elle paniqua si Pain fouillait dans les souvenirs de ses serviteurs avant de se débarrasser d'eux elle risquait d'avoir des ennuis. Elle le regarda, croisant son regard vitreux, vide de toute expression. Sakura se résigna d'appliquer le seul plan qu'elle avait en tête. Faisant craquer ses articulations, elle le frappa au visage. Autant sortir les grands moyens. Une commission cérébrale serait suffisante pour altérer sa mémoire sur les quelques minutes qui venaient se passer. Elle l'espérait car sinon...
La jeune fille quitta précipitamment la pièce, s'engouffrant dans l'obscurité qui régnait dans le couloir. La foudre résonna dans la tour, mais cela ne la fit même pas sourciller. Des bruits de pas feutrés lui parvinrent aux oreilles.
« Sakura ! brailla Konan en déboulant avec un grand sourire. Tu as mangé ? Parfait, cela nous laissera plus de temps pour nous amuser. Viens avec moi je vais te montrer quelque chose. »
Celle-ci ne broncha pas et se laissa entrainer dans le dédale de couloirs. Elles atteignirent une des pièces qui servaient de salon, où un feu brulait dans la cheminée. Disposées sur la table plusieurs boulettes de papiers qui au fur et à mesure qu'elles avançaient prenaient la forme de grue.
« Aujourd'hui, activité origami ! » annonça la jeune femme.
Comme pour donner plus d'impact à ses paroles, elle écarta les bras où une multitude de fleurs colorées, semblables à celles qu'elle portait en permanence dans les cheveux, sortirent de ses manches s'agitant comme un millier de pétales au gré du vent.
« Origami ? répéta Sakura en fronçant ses sourcils roses.
-Allons ne me dis pas que tu n'en as jamais fait ? Bon d'accord ce n'est sûrement pas le genre de chose qu'on apprend dans une académie de ninjas.
-Non justement.
-Alors raison de plus pour apprendre. Sasuke m'a dit que sous ton grand front se cachait un gros cerveau ayant soif de connaissance donc je me...
-Il a dit quoi ? »
Konan recula prudemment quand elle rencontra les deux fentes furieuses que formaient les yeux de l'adolescente. C'était effrayant de les voir passer du vert émeraude au vert foncé mêlé à une lueur rouge flamboyante.
« Oublie ça et commençons, déclara la jeune femme.
-Je te jure que vous me le payerez ! »
Les deux jeunes filles passèrent leur matinée à faire des pliages. Sasuke avait eu raison, une fois que Konan eu expliqué à Sakura le principe de la cigogne, celle-ci c'était s'empressé d'en reproduire une dizaine avant de vouloir apprendre d'autre forme. Finalement sa soif de connaissance et sa mémoire eurent leur lot de satisfaction. Elle travailla d'arrache pied pour être capable d'exécuter un pliage complexe.
« Tu sais, j'ai appris très jeune à faire des origamis, avoua Konan. C'était ma mère qui m'avait montré comment faire. J'ai dû en faire quand j'avais six ans je crois. Après bien sûr j'en ai fait ma spécialité. »
Elle sourit en voyant la grue que Sakura venait de faire.
« Parfaite.
-Qu'est-ce que vous faites ? » demanda une voix.
Elles se retournèrent : Sakura, surprise par la personne qui venait d'arriver et Konan complètement indifférente.
Il s'agissait d'une petite fille dont l'âge se situait juste entre l'enfance et la préadolescence, une gamine. Ses cheveux longs, tirant sur l'orange, cachaient une partie de son visage dont les piercings qu'elle avait dans le nez. Ses yeux violets se posèrent sur Sakura. Elle avala sa salive avec difficulté. Ses pupilles étaient celles du rinnegan.
« Activité origami. Qu'est-ce que tu veux, Pain ? »
Sakura sursauta. Cette jeune fille, Konan de venait de l'appeler Pain.
« Une affaire urgente, tu m'autorises à m'approcher, sans risquer de déclencher la fureur de l'Uchiha ? »
La jeune femme hocha la tête, l'autorisant à s'approcher mais en restant à distance raisonnable de Sakura. Depuis que Pain avait tendu un piège à celle-ci, il n'avait plus le droit de se tenir trop près d'elle, à moins de vouloir que Sasuke ne s'occupe de lui. Mais maintenant penser qu'une aussi petite fille pourrait être capable de faire quoi que se soit, lui paraissait totalement absurde – voir totalement irréaliste – mais ses yeux, eux, ne cachaient rien du pouvoir monstrueux qui les habitaient.
« J'ai besoin que tu te rendes au Pays du Feu. Tu vois de l'endroit où je veux parler.
-Une révolte ? Tu veux que j'y apparaisse en tant qu'Ange Messager ?
-Précisément, je veux que tu leur montre, la puissance dont Pain est capable. »
Sakura les regarda. Konan avait comme toujours absolument tout approuvé, elle n'avait pas protesté une seule fois, se contentant juste d'hocher la tête signe qu'elle lui obéirait. C'était évident qu'elle tenait à lui, elle l'écouterait toujours et elle n'avait pas l'air de vouloir le contredire. Quant à Pain, l'apparence qu'il avait prise la rendait perplexe. Comment avait-il fait ça et surtout pourquoi ? Il posa ses yeux sur elle mais pour la première fois Sakura ne détourna pas le regard, au contraire elle affronta les pupilles de la mort. Au bout de deux minutes de lutte silencieuse, Pain, agacé, finit par lui tourner le dos et par quitter la pièce. Konan grommela quelques paroles incompréhensibles, avant de prendre une grue et de souffler dessus. Le papier s'anima, voltigeant autour de la table. Sakura l'observa quelques secondes, avant de battre des cils, promenant son regard vert calme – calme comme une prairie secouée par une brise d'été – sur le reste de la pièce.
La pluie s'était progressivement arrêtée, cependant l'air restait chargé d'humidité. Du haut du balcon de la plus haute pièce, une frêle silhouette dominait le village qui s'étendait sous ses pieds. C'était un homme, on ne pouvait clairement discerner son âge, tant son corps semblait avoir subi les signes du temps. Ses os saillants se dessinaient clairement sous sa peau blafarde, presque translucide. Il ne se tenait plus droit, mais courbé, la tête baissée. Ses cheveux roux dissimulaient en grande partie son visage émacié, ses joues creuses ne faisaient qu'augmenter son aspect décharné et malade. Soudain la respiration de l'homme se bloqua, il toussa plusieurs fois, se pliant en deux. Il crachota et un fin filet de sang coula au coin de sa bouche. Il l'essuya du revers de la main. En tremblotant il s'approcha de la rambarde et referma ses mains osseuses sur la barre en métal, augmentant ses tremblements.
C'était sa victoire, sa fierté, son empire, qu'il avait sous les yeux. Le village d'Ame était sien, il lui appartenait, à lui et à personne d'autre. C'était lui qui l'avait conquis, lui qui avait apporté la précieuse paix. Mais au reste du monde, il ne s'agissait que d'une infime partie de son projet, de la vengeance qu'il nourrissait depuis des années.
Il souffla, le bruit que sa respiration produisit fut semblable à une longue plainte rauque.
« Nagato. »
Il tourna la tête dans la direction d'où provenait la voix. Konan. Elle se tenait dans l'entrebâillement de la porte, on aurait dit qu'elle hésitait entre s'avancer ou partir. Ses yeux ocres se posèrent sur lui. Il avait toujours détesté son regard, il était trop pur, trop bienveillant et par-dessus tout il ne le méritait pas.
« Qu'est-ce que tu fais là ? Je ne t'ai pas envoyé en mission ?
-Si mais je voulais te voir avant.
-Tu me vois tout le temps.
-Non, je ne vois que l'apparence que tu veux me montrer mais rarement toi. »
L'homme ne répondit pas, il se contenta de s'éloigner de la fenêtre et de s'approcher d'elle, d'une démarche lente tandis que le corps juvénile de Pain sortait de l'ombre. Les deux la toisèrent.
« Aurais-tu peur de mon nouveau visage ? lui demandèrent-ils en même temps, leurs voix se mélangeant, l'une rauque et grave, l'autre fluette et enfantine.
-J'ai peur pour ta santé Nagato, j'ai peur pour ta vie, j'ai peur pour nous !
-Tu n'as pas besoin de t'inquiéter. Tout ira bien. »
Sakura referma la porte de sa chambre. Quitter ce village lui ferait du bien et lui changerait les idées par la même occasion. Alors qu'elle s'avançait tranquillement dans le couloir, une ombre se plaça devant elle. Elle retint son souffle, c'était le serviteur qui l'avait vu.
Le soleil était haut dans le ciel et il brillait si fort qu'il régnait sur Konoha une chaleur étouffante. Les villageois les plus courageux s'étaient attablés aux terrasses, s'éventant à grands coups de serviettes colorées. Aujourd'hui il faisait chaud c'était un fait indéniable et par conséquent la plupart des professeurs avaient laissés leurs élèves sortir jouer dehors sachant pertinemment qu'avec une température pareille il était impossible d'obtenir la moindre attention de ces jeunes enfants.
Kakashi remontait d'un pas tranquille la grande rue du village, son livre sous les yeux. Il était tellement absorbé par la lecture de son nouveau volume, qu'il ne fît pas attention au brusque pic du thermostat, ni aux apprentis ninjas qui courraient devant lui. Mise à part son bouquin rien ne pouvait capter sa précieuse attention et ce n'était pas faute à Gai d'avoir essayé en lui proposant une partie de pierre, papier, ciseaux. L'adulte se dirigeait chez Naruto, comme tous les jours. Bien qu'exceptionnellement il ait dû sortir ce matin, Tsunade l'ayant appelé pour une énième réunion.
L'Hokage était sur les nerfs, encore plus que d'habitude, sans compter le sevrage de saké que lui faisait subir Shizune et l'omniprésence de Jiraya n'arrangeait pas son humeur. Néanmoins Kakashi avait réussi à négocier une permission spéciale pour que l'adolescent puisse quitter le village. Plus que tout il s'efforçait à garantir un semblant d'équilibre autour de Naruto.
Comme l'exigeait Tsunade, les ninjas des forces spéciales vérifièrent deux fois son identité pour s'assurer qu'il s'agissait bien de lui et non pas d'un imposteur. Dès que Kakashi eut fini avec ses formalités, il fût autorisé à entrer dans le petit appartement que louait l'adolescent. Le salon était étrangement propre et rangé, Kakashi se souvenait, non sans sourire, de la semaine qu'avait passé Naruto à enlever les papiers d'emballages qui jonchaient le sol ou encore à faire la vaisselle qui encombraient son lavabo. Au moins on pouvait maintenant affirmer que Naruto vivait dans un milieu sain, il fallait juste le convaincre de prendre une douche chaque jour.
Kakashi contempla l'adolescent allongé sur le futon qui lui servait de lit. Visiblement, cette soudaine augmentation de température cela n'empêchait absolument pas Naruto de dormir la bouche grande ouverte laissant un peu de bave s'échapper du coin supérieur de sa lèvre. Ce dernier qui ronflait bruyamment faisait entièrement abstraction de tout ce qui l'entourait. Durant son sommeil les traits de son visage avaient retrouvés cet aspect enfantin et candide qu'il n'avait pas eu le temps de montrer à cause de la rancœur que lui vouaient les habitants. Il enlaçait un oreiller et entre ses ronflements Kakashi était certain de l'avoir entendu marmonner « ramen » et « Sakura ». C'était sans aucun doute les deux choses auxquelles Naruto tenait le plus au monde. Un sourire se dessina sur les lèvres de l'adulte. Il était l'une des premières personnes à pouvoir témoigner du changement qu'il y avait eu chez Naruto. Du petit garçon sous-doué à l'école il était rapidement devenu l'un des ninjas sur lesquels on pouvait compter dans n'importe quel genre de situation périlleuse. Le professeur avait progressivement regardé l'élève qu'il avait eu à sa charge devenir grand et avancer de lui-même. Pourtant une ombre demeurait au tableau, une erreur que Kakashi devait ajouter à sa courte liste. Autant il était le premier à reconnaitre que Naruto était un grand ninja, autant il devait avouer avoir clairement négligé celui-ci le préférant à Sasuke qu'il jugeait plus talentueux et surtout plus mature à cause du drame qui hantait son enfance et Sakura dont son incroyable maîtrise de chakra n'avait d'égale que sa sensibilité ce qui l'avait amené à la surprotéger. En réalité jusqu'à la réapparition de l'Uchiha, Kakashi se sentait terriblement coupable de ne pas avoir su sauver l'équipe sept, son équipe.
Ce fût le bruit qui réveilla Naruto, son premier reflexe fût de se couvrir les oreilles avec son oreiller, mais le son assourdissant ne diminua pas. Il se tourna sur le coté, non sans soupirer et de balayer la pièce de son regard bleuté. Les rideaux des fenêtres qui donnaient accès à son balcon étaient tirés et il pouvait voir deux ninjas chargés de le surveiller en train de se battre avec un des aigles messager de Tsunade. Il se mit à rire, désormais il savait qu'il n'avait pas inventé les cris de douleur qui avaient perturbés son rêve. Naruto se leva, ne prenant même pas la peine de proposer son aide aux gardes pour se débarrasser du rapace. Il roula en boule sa couverture et se dirigea vers sa cuisine. Depuis qu'il était sous surveillance, c'était Kakashi qui s'occupait de faire des courses et avec lui aucune chance de le voir débarquer avec des ramens. En ouvrant le frigo Naruto trouva parmi les briques de lait et les sacs de légumes, une boite de bentô qu'Hinata lui avait préparé l'autre jour. Il l'ouvrit découvrant un assortiment de dangos colorés. Il s'empara d'une des brochettes non sans savourer d'avance.
« Si j'étais toi je reposerai ce dango, voilà plus d'une semaine qu'Hinata t'a préparé ce bentô, déclara Kakashi franchissant la porte de l'appartement.
-Une semaine vous êtes sûr ? Il a l'air plutôt bon.
-Souviens-toi tu m'as dit exactement la même chose avant-hier avec ton bol de lait et qui a eu mal au ventre toute la journée ? »
Naruto fit mine de réfléchir mais il savait que c'était peine perdue face à la logique implacable dont son sensei faisait preuve. À regret il jeta la boîte pleine de dangos à laquelle il n'avait pas pu toucher et se remit à fouiller dans son réfrigérateur.
« Dites Kakashi-sensei, vous n'espérez quand même pas que je me nourrisse exclusivement de légumes jusqu'à la fin de mes jours ? railla l'adolescent en tenant une carotte entre ses dents.
-Arrête de faire le pitre Naruto, comme aujourd'hui est un jour spécial j'ai décidé de t'accorder une sortie un peu particulière...
-Assez bavardé ! Dépêchez-vous on file chez Ichiraku ! »
Face au débordement de joie dont était victime Naruto, Kakashi ne put se retenir de sourire caché derrière son masque. Il songea néanmoins à la deuxième surprise qu'il lui réservait d'avance qu'elle lui plairait.
Aussi loin qu'elle s'en souvienne Hinata avait toujours adoré sa petite sœur. Quand son père lui avait appris que sa mère attendait un bébé, elle avait bien réagi, elle lui donnait timidement son avis sur la décoration de la chambre et avait soigneusement peint un tableau représentait un jardin traditionnel. Quand Hanabi était née, elle était apparue comme la plus merveilleuse chose qu'Hinata avait pu voir de ses yeux nacrés. La grand sœur avait pris son rôle très au sérieux, s'occupant de sa petite sœur avec attention, lui apportant l'amour que le clan Hyûga se refusait à donner. Puis vint le jour où leur père décréta que sa cadette était en âge de s'entrainer, la petite Hanabi âgée de seulement quatre ans avait toujours assisté aux leçons que son géniteur donnait à son ainée, ce fût avec candeur qu'elle accepta. Un an, ce fût le temps qu'il fallut à Hanabi pour rattraper sa sœur et au final pour la surpasser. La rumeur selon laquelle la cadette Hyûga était plus talentueuse que son ainée ne fût pas longue à se répandre dans le village. Le père Hyûga ne voyant pas l'utilité de continuer d'entrainer aussi durement sa fille la confia entièrement à son sensei, Kurenaï. Depuis ce jour quelque chose s'était brisée entre les deux sœurs Hyûga, un lien, un équilibre, une famille.
Tsunade regarda d'un air dubitatif les jeunes ninjas qui se tenaient devant son bureau, les deux sœurs Hyûga, Hinata et Hanabi. Forcément elle avait été obligée de les choisir à cause de leur talent commun mais par-dessus tout parce qu'elle les jugeait comme étant les plus aptes à protéger Naruto durant cette mission. Elle se mit à taper nerveusement des ongles sur le meuble en bois. Elle détestait les imprévus et elle savait de source sûre que celui-ci était le premier d'une très longue liste.
« Calme-toi Tsunade, ton stress va finir par déteindre sur moi et au final je serai incapable de finir mon livre, déclara Jiraya occupé à griffonner dans son calepin.
-Au lieu de t'occuper de moi ou de ton stupide livre, tu ferais mieux d'aller chercher ton élève, il est très en retard. »
Les deux Hyûga étaient dans leurs petits souliers, rien de plus étonnant elles n'étaient pas dans leurs habitudes de voir les Sannins se disputer.
« Salut la compagnie ! Désolé du retard mais Ichiraku m'a offert trois bols de ramen et je ne pouvais pas refuser un tel cadeau. »
Cinq regards courroucés se posèrent sur Naruto qui venait juste de faire une entrée remarquée, Kakashi se contenta d'ouvrir son livre et de retourner à sa lecture. Tsunade se retint de sauter sur l'adolescent pour lui apprendre à venir à l'heure. Shizune s'approcha de l'Hokage et lui déposa une tasse de thé fumante.
« Bon j'espère que Kakashi a pris le temps de t'expliquer le but de ta mission ? demanda Tsunade en repoussant la tasse qui lui était destiné.
-Non, mais il peut le faire maintenant je suppose. »
Il se tourna vers son sensei mais celui-ci fit exprès de ne pas faire attention. L'Hokage lâcha un soupir, très semblable à un grognement.
« Votre mission consiste à capturer un certain trafiquant, Kakashi est au courant duquel il s'agit, et vous devez le ramener à Konoha afin que nous puissions l'interroger, expliqua calmement Shizune.
-Par chance on ne vous envoie pas très loin, de sorte à pouvoir garder un œil sur vous » déclara Jiraya.
La porte s'ouvrit non sans que la personne qui se trouvait derrière ne soit invitée à entrer. Evidement une seule personne pouvait prétendre à faire ça et continuer de jouir d'être en vie.
« Danzô, qu'est-ce qui t'amène ici ? s'énerva Tsunade.
-Pardonne-moi de te déranger mais j'ai appris que tu envoyais ce garçon en mission et je me disais que Sai pourrait l'accompagner, proposa le chef de l'unité Racine d'une voix doucereuse.
-Sai est rentré ? s'exclama Naruto.
-Oui, il attend chez lui pour savoir s'il peut partir avec vous.
-Je suppose que je n'ai pas le choix. C'est d'accord il peut se joindre à eux, puisse que Naruto le veut », annonça l'Hokage.
Shizune lança un regard à Jiraya tout en lui servant à lui aussi une tasse de thé. Ce geste n'échappa pas à Danzô qui eut un sourire.
Globalement Naruto était content, il partait enfin en mission et il disait au revoir temporairement aux légumes de Kakashi. Aussi il retrouvait Sai, le pauvre avait enchainé les missions dès son retour de Suna, puis il y avait Hinata, la jeune fille pouvait lui préparer à manger. Il nota qu'une seule ombre au tableau, la cadette Hyûga au regard de glace et l'attitude hautaine. Comme si elle lisait dans ses pensées la jeune fille se tourna vers lui. Naruto affronta les yeux dénués de chaleur d'Hanabi. Décidément ce voyage promettait d'être riche en rebondissements.
Sai s'étira, les missions de surveillance étaient sa spécialité. Il sortit un rouleau vierge et d'un mouvement expert il dessina une vingtaine de souris. Il exécuta son jutsu de l'art du dessin et ses animaux d'encre prirent vie.
« C'est bon, je peux les voir, chuchota Hinata, le byakugan activé.
-Parfait, indique-moi le chemin qu'elles doivent prendre.
-Entendu. »
Leur mission était simple, ils allaient s'introduire dans le repère, capturer le dangereux trafiquant et le livrer à Konoha. Hinata et Sai faisaient la première partie du plan qui consistait à localiser la cible, tandis que Naruto et Hanabi installés sur le toit de la planque criminelle se tenaient près de capturer le trafiquant et Kakashi dissimulé dans l'ombre attendait le moment où il interviendrait en cas de grabuge.
Un silence inquiétant commençait à peser entre Naruto et Hanabi. Enfin le premier ne s'en sentait pas responsable, il ne voyait pas ce qu'il pourrait dire, il ne connaissait absolument rien de cette gamine. De toute façon Hanabi n'avait pas l'air de chercher à lui faire la conversation, elle était bien trop occupée à scruter un certain arbre où sa sœur ainée lui enverrait le signal qui leur permettrait d'intervenir.
Les souris de Sai avaient scrupuleusement suivi le chemin indiqué par Hinata, pour finir par déboucher à la cave là où se tenait une réunion où étaient présents la plupart des membres de la maison. L'adolescent se concentra et se focalisa sur la discussion qu'il entendait derrière la porte par le biais de ses animaux.
« Nous devons reprendre les choses en mains, disait une voix.
-Et on peut savoir comment tu comptes t'y prendre ? Je te signale que Fumiko est sûrement mort à l'heure qu'il est, répliqua un autre.
-Qu'on donné les recherches à son propos ?
-On raconte que l'Akatsuki l'aurait livré à un village de chasseurs de prime.
-De chasseurs de prime ? Alors vous avez raison, il doit être mort. C'est pourquoi, pour le bien de notre organisation, je me propose comme chef, déclara la première voix.
-Tu n'es pas sérieux j'espère Dotsu ? Toi, chef ?
-Il a raison, tu ne peux pas être chef ! »
La cave fut soudainement remplie de plusieurs cris de protestation et Sai dut pousser encore plus loin sa concentration pour tenter d'entendre ce qu'ils disaient. A coté de lui, Hinata avait laissé son attention dériver sur une personne bien particulière : Naruto. Elle aurait tellement voulu être à la place de sa sœur, même si elle n'avait rien de particulier à lui dire, sa simple présence suffisait à la combler. Elle soupira, avant de se remette à espionner la maison. Malheureusement la jeune fille prouva une fois de plus son manque d'attention quand elle repéra au dernier moment qu'un groupe d'individus se dirigeait vers la cave.
« Sai, attention ! »
Mais c'était trop tard, le mal était fait et les souris de Sai se firent prendre en plein espionnage. Le jeune homme sursauta plusieurs fois quand un à un ses animaux retournaient brusquement à leur état d'encre. Il n'eut pas le temps de demander des explications à sa coéquipière que déjà l'alarme sonnait et que poussant un cri féroce Naruto et ses clones bondissaient sur la maison.
Une heure, c'était le temps qu'il fallut à l'équipe de Konoha pour venir à bout de leurs opposants. Du repère de criminels, il ne restait que la structure du bâtiment qui doucement était rongée par les flammes provoqué par le Katon que Kakashi avait lancé. La clairière qui peu de temps avant était si calme était désormais jonchée par de nombreux cadavres. Naruto s'étira poussant un long soupir avant de s'allonger sur le dos dans l'herbe, un sourire angélique collé aux lèvres. Hanabi s'assit en tailleur, suivi par Sai, Kakashi scrutait les horizons un kunaï à la main, tandis qu'Hinata se tenait en retrait.
« On pourrait savoir ce qui s'est passé ? demande finalement la cadette Hyûga d'une voix autoritaire. Normalement vous deviez simplement localiser la cible et donner le signal quand elle serait seule.
-Effectivement, approuva Kakashi, il semblerait que quelque chose n'ait pas marché entre Sai et Hinata.
-La cible est morte.
-Enfin une information, cette mission ne sera peut-être pas un échec.
-Un échec ? répéta Naruto.
-Oui un échec. Tu sais c'est quand tu rates une mission comme celle où tu devais ramener Sasuke, railla Sai.
-C'est bon je sais ce qu'est un échec.
-Sasuke... Vous voulez dire Sasuke Uchiha du clan Uchiha ? Le traitre ? » demanda Hanabi de sa voix désagréable.
Le sang de Naruto ne fit qu'un tour, il se redressa en position de tailleur et posa son regard sur la jeune Hyûga imperturbable. Elle n'eut même pas un geste de recul en croisant les yeux bleus furieux du porteur du démon renard.
Naruto força la jeune fille Hyûga à le regarder droit dans les yeux. Il voulait voir au fond d'elle, chercher une part d'humanité mais il heurta un épais rempart. Il ne voyait qu'un mur d'arrogance.
« Hanabi, je te conseille d'éviter de parler de choses dont tu ignores tout, déclara Kakashi en surveillant la réaction de son élève.
-Sachez que je sais exactement de quoi je parle. Mon père m'a déjà tout expliqué à propos de Sasuke Uchiha, il a trahi le village en s'alliant à Orochimaru. Ce n'est rien qu'un désert...
-Tais-toi ! » hurla Naruto.
L'adolescent s'était brusquement levé, le visage tordu de colère, les poings serrés. Mais le pire était sans doute au niveau des yeux, l'un était bleu, l'autre était rouge, l'un lui appartenait, l'autre était à Kyuubi. Kakashi s'approcha de lui et mettant une main sur son épaule il lui murmura.
« Calme-toi, Naruto. Ce qui compte c'est que toi tu saches la vérité. »
Hanabi était persuadée d'avoir toujours raison, tout simplement parce-que personne n'avait osé la contredire, jusqu'à ce jour là. Mais voilà, il y avait un début à tout et c'était Naruto qui allait lui apprendre. Elle tourna ses yeux nacrés vers lui, rejetant ses longs cheveux noirs par-dessus ses épaules. Tout chez elle, respiraient l'arrogance et la prétention et pour cause c'était quand même sur elle que comptait tout son clan. Malgré son jeune âge il y avait ce petit quelque chose à la fois mature et effrayant, ce qui était en total contradiction avec le caractère de sa sœur ainée. Hanabi eut un sourire qu'elle dissimula derrière ses longs cheveux bruns. Personne ne lui faisait peur et ce n'était pas en lui montrant un œil rouge qu'on pouvait l'impressionner. En voyant cela Hinata ne put s'empêcher de se demander où était passée sa petite sœur innocente et candide.
Les membres de l'ancienne équipe Taka se reposaient dans un pré. Ils étaient actuellement en route pour le Pays de la Pluie, là où l'Akatsuki avait installé sa planque la plus stable. Karin reprenait son souffle à l'abri de la chaleur au pied d'un arbre, bien à couvert sous ses feuilles. La jeune fille reposa sa tête contre le tronc et ferma les yeux. Comme elle s'y attendait, ses paupières se firent de plus en plus lourdes et pour finir elle les ferma. Elle se mit à somnoler, ses pensées vagabondèrent librement, elle se revit plus jeune, à l'âge où tous les rêves étaient permis, à l'époque où elle avait rencontré Orochimaru. Karin avait été naïve et vulnérable. Elle se redressa brusquement, prise de vertiges. Son passé la hantait. Il la hantait chaque fois qu'elle fermait les yeux, elle ne voyait que des images sanglantes. Elle eut un haut-le-cœur. Personne ne connaissait son passé, personne ne savait la noirceur qui habitait son cœur, personne en savait les choses horribles qu'elle avait subies, personne ne pouvait imaginer ceux avec quoi elle vivait. Au fond d'elle Karin était une personne vulnérable, elle avait beau répéter qu'elle détestait Suigetsu pourtant elle avait besoin de lui, autant qu'elle avait besoin de Juugo et par-dessus tout de Sasuke. Car plus que tout au monde elle avait besoin d'être entourée, de se sentir aimée même si ces personnes ne lui montraient pas, elle pouvait le sentir qu'ils tenaient à elle. Elle balaya le pré du regard et indéniablement il se posa sur Sasuke, celui-ci lui tournait le dos, il se tenait bien droit, le visage levé vers le ciel. Il semblait si paisible. Karin se leva, décidé à s'approcher de lui quand brusquement quelque chose l'arrêta. Deux personnes venaient de franchir sa barrière de chakra. Elle se renfrogna, elle détestait les scènes de retrouvailles.
Konan n'était pas rassurée, la discussion qui avait eu lieu dans la tour en présence de Madara, ne faisait que renforcer son sentiment de protection envers Sakura. Cette dernière était à quelques mètres devant elle et elle sautait de branche en branche avec une agilité déconcertante. Pourtant l'adolescente n'était pas son seul souci, il y avait et il y aurait toujours Pain : la seule personne qu'elle aimait plus que sa propre vie. Il était son passé, son présent, son futur. Il était celui qui avait le droit de vie et de mort sur elle. Konan lui appartenait corps et âme, bien qu'elle ait sa propre personnalité, son propre caractère elle devait tout à Pain où plutôt la personne qu'il était au fond de lui. Après quelques acrobaties elle rattrapa Sakura. L'adolescente lui fit un sourire et Konan ne put s'empêcher qu'elle était bien naïve, s'engager dans une organisation qui n'avait que pour seul but de détruire, et cela uniquement par amour. Elle pouvait voir que cette fille avait le cœur sur la main, et c'était sans doute cela qui la perdrait.
Les deux jeunes filles débouchèrent dans un vaste pré et contrairement ce qu'elles espéraient le lieu n'était pas désert, il était bel et bien occupé.
« Sasuke ! »
Sakura avait soudainement crié le nom de son coéquipier et cela de la même manière de l'époque où ils formaient l'équipe sept. L'interpellé ne put s'empêcher d'avoir ce stupide souvenir où Sakura et Ino l'appelaient sans cesse de leur voix aiguë quand elles le voyaient. Il se tourna vers elle et avant qu'il ne puisse faire quoi que se soit, la jeune fille avait passé ses bras autour de son cou. En temps normal, il savait que jamais Sakura n'aurait osé faire ça mais il sut que cette brusque étreinte n'était pas désintéressée quand elle se leva sur la pointe des pieds et qu'il sentit son parfum lui parvenir aux narines. Elle voulait lui parler. Alors Sasuke passa ses bras autour de la fine taille de sa coéquipière et au grand étonnement de celle-ci l'attira contre lui. Maintenant il pouvait clairement entendre le souffle accéléré de la jeune fille contre sa peau, se mêlant au sien.
« Parle », l'intimida-t-il.
Sakura resserra son étreinte avant d'ouvrir la bouche.
« Sasuke, je crois bien avoir fait une erreur. Une grosse erreur », avoua-t-elle dans un souffle.
Il lâcha un soupir ou un grognement, elle ne saurait distinguer l'un de l'autre.
« Explique, lui ordonna-t-il, toujours en gardant son ton autoritaire.
-J'ai fouillé la tour et je me suis fais prendre par un des jeunes serviteurs de Pain sous genjutsu. »
De colère Sasuke renforça violemment son étreinte sur la taille de Sakura, avant de réaliser qu'il risquait de lui faire du mal. Du coin de l'œil il pouvait voir que les autres les regardaient, notamment Konan qui ne les lâchait pas de ses yeux ocres sans parler de Karin. Il se pencha vers l'oreille de la jeune fille. Il regretta amèrement ce geste quand brusquement ses narines se retrouvèrent submergées par le parfum de fleur de cerisier que dégageaient ses étranges cheveux roses. Pour une raison qu'il ignorait il avait toujours associé cette odeur aux cheveux de Sakura, même quand elle n'était pas là. En y repensant c'était la première fois que Sasuke sentait d'aussi près les cheveux de la jeune fille. Il passa sa langue sur ses lèvres, sachant d'avance qu'il allait devoir camoufler la réaction de la jeune fille. Il détacha les bras de son cou pour l'obliger à y mettre sa tête à la place. Les bras ballants Sakura n'eurent d'autre choix que d'enlacer Sasuke par le dos.
« Nous allons devoir tuer ce serviteur, à notre retour. »
Sakura sursauta, manquant de se cogner la tête contre celle de Sasuke. Mais celui-ci avait prévu sa réaction et en répondant à cette fausse étreinte, son sursaut passa inaperçu. Il pouvait percevoir les battements du cœur de Sakura tambouriner fortement dans sa frêle poitrine et il sut que s'il commettait le malheur de croiser son regard ce ne serait pour rencontrer deux yeux verts furieux. Il retint un rire.
Kakashi se demandait quand l'ambiance de cette mission avait dérapé. En temps normal lorsque Naruto était d'humeur maussade à coté de lui, il était généralement accompagné par la colère massacrante de Sakura et Sai était le seul responsable de ce brusque changement d'humeur. Mais cette fois-ci Naruto était grognon il ne devait cela que par une phrase d'une préadolescente arrogante et hautaine. Hanabi Hyûga. Qu'est-ce qui pouvait bien clocher chez cette gamine pour qu'à son âge elle se permette de parler avec autant d'assurance de choses dont elle ignorait tout ? Il jeta un coup d'œil à sa sœur, qui marchait d'un pas beaucoup plus calme et moins assuré. Elle se sentait encore responsable de son manque de sérieux. Entre les deux sœurs le fossé était grand. Il continua d'avancer, le groupe traversait une forêt pour rejoindre Konoha. Ils n'avaient pas utilisé la voie des arbres, ils n'étaient pas pressés de regagner le village, surtout pour affronter Tsunade. Il se voyait mal lui annoncer son échec contre l'Akatsuki. Naruto passa devant lui en marmonnant dans sa barbe, avant de sortir de la forêt pour traverser un pré pour s'y arrêter de suite. Kakashi ne fût pas long pour le rejoindre et ce fût pour s'arrêter lui aussi.
Le plus incroyable venait de se produire, l'équipe sept se trouvait de nouveau réunie et pourtant elle était encore distante. Car deux de ses membres étaient considérés comme des déserteurs tandis que les deux autres appartenaient à Konoha.
Car il était impossible de les séparer parce qu'ils étaient une équipe à la vie à la mort. Quatre destinées entremêlées.
