Harry entendit à peine ses amis revenir et la voix de Ron qui l'interpellait, tentait de lui dire quelque chose, la voix grave…

Hermione entra dans son champ de vision, son visage rendu flou par les larmes qui ne cessaient de couler. Elle le prit par les épaules et le secoua gentiment.

« Harry ? Harry, que se passe-t-il ? »

Il tenta de répondre, mais le nœud dans sa gorge l'en empêcha. Il ne put que pointer la coupe du doigt.

« Merlin, où as-tu trouvé ça ? Harry ? » Elle aperçut le coffret ouvert posé sur le sol. « Est-ce que c'était là dedans ? Ca venait de ton coffre ? Harry ? »

Il hocha la tête, incapable d'admettre que tout ce qu'il venait d'apprendre était réel. Que James Potter… Lily… Snape…

A ses côtés, Hermione procédait à une inspection en règle de la pensine.

« Elle n'est pas piégée, » confirma t elle à Ron qui s'inquiétait, derrière elle. « Reste à savoir ce qu'elle contient. Harry ? Est-ce que tu veux bien que je regarde ? »

Le premier reflexe du jeune homme fut de s'y opposer de toutes ses forces. Personne ne devait savoir ! Ce qu'il avait vu était juste trop… odieux. Horrible. Il ne voulait pas y croire, ni être le fils de Snape, ni être celui de James Potter à présent… il n'était même plus sûr de vouloir être celui de Lily. Si seulement quelqu'un pouvait lui jeter un Oubliette, à lui aussi…

Mais il était trop tard. Il savait, et il allait devoir composer avec à présent. Et jamais il ne parviendrait à faire face seul, avec cette culpabilité qui le rongeait de l'intérieur… il n'avait pas le choix. Il ne pouvait pas garder ces secrets pour lui.

Sans un mot, il poussa la pensine vers Hermione.

Le front plissé d'inquiétude, celle-ci se tourna vers Ron. Le jeune homme pressa rapidement son épaule.

« On y va ensemble. »

Tous deux s'assirent prudemment, et plongèrent à leur tour dans les souvenirs de James Potter.

Quand ils émergèrent, quelques minutes plus tard, ils étaient eux aussi totalement hébétés. Hermione, dont les joues étaient à présent aussi humides que celles d'Harry, se jeta au cou de son ami. Ron, visiblement trop choqué pour parler, se contentait de fixer la pensine du regard, la bouche ouverte.

Tous restèrent silencieux pendant un long moment. Ce fût Hermione qui brisa enfin le silence, toujours suspendue au cou de son ami.

« Harry, tout ira bien, je te le promets. »

« Tu ne sais pas de quoi tu parles, Hermione… » murmura t il.

« Je suis tellement désolée, » murmura t elle. « C'est tellement… Merlin, je ne sais pas par où commencer. Harry… nous retrouverons le professeur, je te le promets, et vous aurez une autre chance ! »

« Hermione, c'est trop tard… je l'ai vendu… je l'ai tué… »

« tu as quoi ? » s'exclama Hermione, sa voix frôlant l'hystérie à présent.

« C'était la condition de Malfoy pour ne pas te tuer… il m'a fait lui vendre Snape… c'était la seule solution. »

Harry ferma les yeux et laissa sa tête retomber sur sa poitrine. Il voulait juste que tout soit fini, que ce cauchemar prenne fin, que quelque chose arrive, enfin… que quelqu'un les sauve.

Hermione, prise de cours, ne savait pas par où commencer. La bouche ouverte, elle fixait Harry, incapable de savoir si elle devait lui hurler dessus ou le serrer dans ses bras. L'immensité du désastre commençait tout juste à lui parvenir.

« Et ce n'est pas le pire, » soupira Ron. « Snape a trahi les Malfoy pour que Dobby puisse nous sauver. Le sort d'esclavage va le tuer, à moins que Malfoy ne lui pardonne… et ce n'est pas trop le style de la maison. Je suis d'avis qu'il faut le sortir de là, même si ce n'est que pour quelques jours. Mais il nous faut un plan, cette fois. »

« Il faut… il faut… il faut prévenir l'Ordre, » parvint à articuler Hermione. « Harry, je… je sais que tu as fait de ton mieux. Tu n'avais pas le choix… en tout cas pas de bon choix. Mais nous allons avoir besoin d'une aide extérieure à présent. Peut-être que Rémus… »

« Non, pas Rémus, » fit fermement Harry. « Mon père… James n'en a pas parlé dans la pensine, mais ça ne veut pas dire qu'il n'ait rien fait. Qu'il n'ait pas, je ne sais pas, torturé Snape ou quelque chose. Pas question. »

Hermione sembla prête à protester, mais hocha finalement la tête.

« Les parents de Ron, peut-être ? »

« Non, il nous faut quelqu'un... McGonagall ! » s'exclama Harry. « C'est la seule qui puisse nous aider ! Dumbledore ne peut plus rien pour nous, mais McGonagall saura comment lever le sort ! Elle devait forcément savoir pour Snape, elle peut sûrement faire quelque chose ! »

« C'est extrêmement dangereux, Poudlard est entièrement contrôlé par les Mangemorts, ce serait se jeter dans la gueule du loup à nouveau, » fit remarquer Ron avec un brin de rancune dans la voix. « Il y a une autre personne qui pourrait nous aider, qui connait Snape, qui était là depuis le départ… Dobby. Pourquoi ne pas lui demander son aide ? »

A ses mots, Hermione se tourna vers son petit ami et lui adressa un sourire resplendissant.

« C'est une excellente idée ! »

« Excellente, oui… il pourra nous faire rentrer à Poudlard sans problème ! » admit Harry.

« Je ne pensais pas à ça, mais c'est une idée. As-tu un moyen de le contacter ? »

« Dobby, » prononça simplement Harry. Un instant plus tard, l'elfe apparaissait devant lui.

« Harry Potter a appelé Dobby ? »

"Oui, merci d'être venu si rapidement, » fit le jeune homme en tentant de sourire, et en échouant lamentablement.

« Qu'est ce que Dobby peut faire pour Harry Potter et ses amis ? » demanda l'elfe.

« Dis-nous déjà si tu vas bien, Dobby, personne ne t'a embêté ? »

« Oh, Harry Potter est trop gentil ! Non, non, personne n'a ennuyé Dobby, Dobby est retourné à Poudlard, comme d'habitude, et personne n'a rien dit. Preti est venu rendre visite plus tard maintenant Dobby ne peut plus aller au Manoir Malfoy, et Preti n'a plus le droit de parler à Dobby. Mais Preti est venu quand même, Preti est une bonne elfe ! »

« Est-ce… est-ce qu'elle t'a dit quelque chose sur Snape ? » demanda Harry d'une voix casse.

L'elfe rabattit ses oreilles en arrière et son regard humide parla pour lui.

« Severus ne va pas très bien, mais ce n'est pas la faute d'Harry Potter. Le mage noir est rentré, et il est furieux contre Severus. Mais Severus n'a pas parlé, non… il n'a pas dit au Seigneur des Ténèbres ni à Lucius Malfoy où était la maison, ni ce que Harry Potter voulait faire ! »

La fierté était palpable dans la voix de l'elfe. Harry, lui, resta bouche bée, son esprit déjà assommé par les révélations peinant à procéder.

« Mais… comment est ce possible ? Lucius a accès à ses souvenirs, comme moi ! »

« Severus a été plus malin, » fit fièrement Dobby. « Il a effacé ses souvenirs avant. »

Effacé ses souvenirs… Harry déglutit péniblement. Cela avait du lui couter plus qu'il ne pouvait l'imaginer… Merlin, il avait vraiment mal jugé Snape. Il l'avait vendu sur une simple promesse, sans même négocier, et malgré tout l'esclave continuait de les protéger.

« Dobby, il faut que nous rencontrions McGonagall, » expliqua Harry. « C'est important… il nous reste peut-être une chance si elle peut nous aider. »

« Le professeur McGonagall est enfermée dans sa Tour, » fit Dobby. « Elle n'a plus le droit de sortir maintenant que les Carrows dirigent Poudlard… mais personne avec la Marque ne peut rentrer dans son bureau, et Dobby peut y aller, oui ! Dobby peut amener Harry Potter. »

« Est-ce que ce n'est pas dangereux ? » s'enquit Hermione, le front plissé par l'inquiétude. « Ce n'est pas le moment de nous mettre à nouveau en danger… »

« Dobby ne pense pas, mais Dobby restera dans le bureau au cas où ! Dobby va voir maintenant si le professeur est d'accord ! «

L'elfe disparut, lançant seuls les adolescents, plutôt abattus à cet instant.

« Harry, » demanda doucement Hermione, « crois tu que nous devrions montrer la pensine au professeur ? Elle aurait peut-être une idée de la façon dont inverser le sort. »

« Honnêtement, Hermione, moins il y aura de personnes à voir ces souvenirs, mieux je me porterai… je ne sais même plus qui je suis, maintenant. Qui étaient mes parents… Sirius… toute ma vie a été un vaste mensonge ! »

« Je suis désolée, » murmura la jeune fille. « Toute cette histoire est réellement horrible, mais ce qu'il en ressort, Harry… c'est qu'ils t'aimaient tous les trois énormément. James, Lily, Severus… ils ont tous fait de mauvais choix, mais ils avaient au moins cela en commun. »

« Et regarde où ça les a menés, » fit amèrement Harry. « Hermione, s'il te plait… je ne veux plus en parler pour l'instant. C'est trop compliqué, je dois réfléchir à tout ça… et je dois sortir Snape de là. »

« Je sais, » fit doucement Hermione. « Mais en dépit de tout, n'oublie pas les horcruxes. Ils doivent être détruits, c'est indispensable, le professeur ne doit pas s'être sacrifié en vain. »

« Il n'est pas question d'abandonner ni de se sacrifier ! » s'écria Harry. « On va le tirer là, et en finir avec Voldemort une bonne fois pour toutes ! Je me fiche de ce que je dois faire pour ça, tout est de sa faute, il va payer… »

« Je sais, Harry, mais écoute toi, » supplia Hermione, « tu parles exactement comme James Potter ! Arrête, tu ne dois pas continuer comme cela, tu dois t'arrêter, réfléchir, reprendre tes esprits. Parler avec McGonagall… lui montrer la pensine. »

Secoué, Harry resta un moment silencieux.

« J'ai été un bel idiot, pas vrai ? »

Ce fut Ron qui s'approcha cette fois.

« Tu es naturellement idiot, » le rassura t il. « Mais sur ce coup-ci, ce n'était pas entièrement ta faute. Avec ce sort que ton… que James a jeté, ça explique beaucoup de choses. Remus sera soulagé. »

« J'ai frappé mon père, » gémit Harry. « Je l'ai traité comme un esclave, je l'ai vendu, et je l'ai quasiment fait tuer. Qu'est-ce que je peux encore faire de pire ? Comment est-ce que j'ai pu en arriver là ? »

L'apparition de Dobby empêcha Ron de répondre, à son grand soulagement.

« Le professeur est d'accord pour vous recevoir tous les trois, Harry Potter, monsieur ! Mais il faudra être prudent à l'intérieur,Dobby restera avec les Gryffondors ! »

« Evidemment, » fit Hermione avec un pauvre sourire. « Nous n'avions pas imaginé les choses autrement, Dobby. »

Un instant plus tard, accompagnés de l'elfe de maison, ils apparaissaient dans le bureau de leur directrice de maison.

Celle-ci avec dégainé sa baguette et commença par les inspecter à grands renforts de sorts, avant de finalement baisser sa garde.

«M. Potter, je suis soulagée de vous voir,» les accueilli t elle avec un sourire fatigué. «Les rumeurs les plus sombres circulaient à votre sujet, et aux votres également, M. Weasley, miss Granger...»

«Elles n'étaient pas infondées, professeur,» confirma Hermione, «nous avons eu quelques semaines un peu pénibles.»

«Asseyez vous et expliquez moi tout depuis le départ. Mais avant tout, le professeur Snape est-il avec vous ?»

«Non,» fit Harry, la gorge serrée. «C'est entre autres à ce sujet que nous sommes venus vous voir. Il faut absolument que nous le récupérions !»

«M. Potter, je vous serais grée de ne pas parler de mon collègue comme d'un objet,» fit sèchement McGonagall.

«Je sais, ce n'était pas mon intention, je suis...» Avec un soupir découragé, il posa une main sur son front. «Je suis au bout du rouleau, professeur. Je ne sais plus quoi faire. S'il vous plait, aidez nous...»

L'émotion était claire dans les yeux de la directrice de Gryffondor qui se radoucit à cet aveu.

«Je vous écoute, M. Potter. Parlez clairement, nous avons tout notre temps.»

« Pas vraiment, justement, » interrompit Ron avec une grimace d'excuse. « Harry, est-ce que tu te sens capable d'expliquer la situation au professeur ? »

Harry hocha la tête, soulagé. Le récit de son comportement, ses idées, ses plans douteux et le contenu de la pensine étaient assez pénibles comme cela sans avoir ses amis pour témoins, une fois de plus.

«Parfait. Hermione et moi, on va descendre voir les autres dans la Tour, si ça ne vous ennuie pas, professeur. Je dois parler à ma soeur.»

«Descendez par ici, dans ce cas,» fit McGonagall en ouvrant un passage derrière son bureau. «vous arriverez dans le dortoir des filles de 7eme année, c'est encore le mieux protégé. Soyez extrêmement prudents, nous sommes encore à l'abri dans cette tour à cette heure ci, mais ne prenez aucun risque. Dobby restera avec vous.»

Sur la promesse de rester sur leurs gardes, Hermione et Ron disparurent, flanqués de Dobby, surexcité par son nouveau titre de garde du corps.

Harry, resté seul, pris un instant pour rassembler son courage.

«Je vais vous expliquer les choses dans l'ordre où elles sont arrivées, professeur, si ça vous convient. Ensuite... ensuite, je vous demanderai de vous plonger dans une pensine. Ce n'est pas très gai mais... je n'ai pas de meilleure solution.»

Et Ron et Hermione avaient raison. Il ne pouvait pas se permettre de faire de la rétention d'information, pas quand tant de vies étaient en danger.

McGonagall acquiesça gravement et, faisant apparaitre deux tasses de thé, s'installa bien droite dans son fauteuil.

«Je suis à vous, M. Potter.»

Le récit d'Harry, qu'il tenta de garder le plus neutre et concis possible, lui valut des regards de reproches aigus de la part de sa directrice de maison. Seule sa mine abattue lui valut d'éviter les commentaires acides que la sorcière avait visiblement la plus grande peine à contenir.

Quand il en fut arrivé à leur évasion du Manoir Malfoy, Minerva Mcgonagall était devenue pâle comme un linge.

«Merlin, M. Potter, vous avez le don de vous mettre dans les situations les plus inextricables. La négociation était des plus périlleuses, mais, vraiment, vendre Severus, à Malfoy qui plus est! Qu'est ce qui vous est passé par la tête, M. Potter, j'aimerais le savoir !»

«Et ce n'est même pas le pire,» soupira Harry. «Professeur... vous n'avez pas eu l'air surprise par le fait que Snape soit un esclave, étiez-vous au courant ?»

McGonagall hocha la tête, grave.

«Tous les professeurs étaient au courant quand Severus est arrivé ici comme élève. La situation était très compliquée, Albus nous avait fait jurer le secret. Il n'acceptait pas ordinairement la présence d'esclaves à Poudlard, il était farouchement opposé à ces pratiques, bien évidemment. Mais les Malfoy ont insisté... et albus a rencontré Severus lors d'une des visites de Silvius. Il était tellement... eh bien, différent des autres enfants. Terrifié par son maître, visiblement mal traité. Albus a pensé que ce serait lui rendre service que de l'accepter à Poudlard, le tirer du Manoir ne serait-ce que pour quelques années. Je ne suis pas certain qu'il ait eu raison... sa scolarité a été particulièrement difficile. Tous les sang-purs de Serpentard étaient au courant, et profitaient de la situation, encouragés par Lucius. Les autres élèves ont instinctivement senti sa position de faiblesse et en ont profité... en particulier certains élèves de ma maison. Nous avions pour consigne de ne pas créer de vague, ne pas attirer l'attention sur Severus. Il se défendait lui-même la plupart du temps, avec la bénédiction de son maître. Garder secret son statut a été périlleux à plus d'un titre. Son achat par James Potter a été une surprise... et un grand soulagement pour nous tous.

Son retour en tant que professeur a été plus compliqué à accepter pour certains enseignants. Aussi difficile que ce soit à croire, certains prétendus collègues refusaient de le considérer comme un sorcier à part entière et comme un égal ! C'était pourtant bien la moindre des choses... quoiqu'il en soit, Albus a donné le ton en renvoyant deux professeurs qui s'estimaient gênés par sa présence. Je crains cependant que Severus n'y ait pas beaucoup mis du sien... mais une fois de plus, je ne le blâme pas entièrement. Tenter de mener une vie normale après avoir grandi dans ces conditions représente un défi assez improbable pour n'importe quelle personne.»

Harry grogna. C'était probablement un euphémisme.

«Est ce que vous étiez au courant que ma mère et Snape étaient proches ?»

«Oui,» fit McGonagall avec un sourire. «Ils étaient particulièrement attendrissants tous les deux, Lily était un vrai rayon de soleil dans la vie de Severus, ça se voyait sur son visage. J'ai été heureuse d'apprendre qu'ils n'avaient pas été séparés, finalement.»

«C'est un peu plus compliqué que cela,» soupira Harry. « Professeur, si vous le voulez bien, je vous ai amené la pensine que James Potter a laissée pour moi dans le coffre de ma famille, à Gringotts. Je n'ai pu la voir qu'aujourd'hui et... »

Sa gorge se noua. Incapable de continuer, il tendit la pensine au professeur.

Intriguée, celle ci se pencha pour la prendre.

« Etes vous bien sûr, M. Potter ? »

« Certain, » croassa t il. Il avait besoin qu'elle sache. Qu'un adulte à qui il pouvait faire confiance soit au courant, le guide, lui donne des conseils. Il avait pensé pouvoir faire face, mais ça... c'était trop.

Quand la directrice de Gryffondor émergea des souvenirs de James Potter quelques minutes plus tard, Harry sentit cependant ses espoirs diminuer. Mcgonagall était aussi secouée par les révélations que ses amis l'avaient été, et il vit une unique larme rouler discrètement sur sa joue.

«Oh, James,» murmura t elle. «Oh, Lily. Quel gâchis, quel immense gâchis...»

Elle tourna vers Harry un regard troublé.

«M. Potter...» sa main osseuse vint tapoter la sienne sur le bureau dans une tentative de réconfort. «Je crois que nous avons tous besoin de quelque chose de fort.»

Sur ces mots, elle sortit une fiole d'un tiroir et la tendit au jeune homme. Harry s'empressa de la vider, persuadé de sentir la brulure familière du whisky pur-feu, mais ce fut le gout amer d'une potion qui le fit grimacer.

Un instant plus tard, il sentit la tension de ses épaules diminuer légèrement et son esprit s'apaisait malgré lui. McGonagall vida d'une traite un flacon elle aussi, mais elle semblait avoir vieilli de dix années en quelques minutes.

«j'étais tellement fière de James,» murmura t elle d'une voix lasse, «je pensais que Lily avait eu une bonne influence sur lui, qu'il avait changé. La vie vous mène parfois dans des impasses bien sordides...»

«Il reste une dernière chose, professeur,» conclut Harry. «Snape... le professeur Snape a trahi ses nouveaux maîtres pour nous sauver.»

«Merlin, le sort!» s'écria McGonagall. «Il va le tuer en quelques jours !»

«C'est pour cela que nous devons le sauver, trouver une solution. Il faut faire vite.»

«M. Potter,» fit la professeur avec un regard empreint de pitié et de tristesse, «Severus... votre père s'est sacrifié pour vous. Il n'y a rien que l'on puisse faire pour lui à présent.»

«Bien sûr que si,» s'écria Harry, furieux. «Il faut changer le sort, le sortir de là, charger le Manoir Malfoy et...»

«Harry,» fit doucement McGonagall, «rien ne peut inverser ni changer ce sort, de nombreuses personnes, dont moi même, ont étudié la question. Le mieux que nous puissions faire est de tenter de le kidnapper... mais il serait alors considéré comme en fuite, et le sort le tuerait plus rapidement encore. Ce que Severus a fait est extrêmement noble, en particulier dans ces circonstances...le meilleur hommage que vous puissiez lui rendre est de terminer cette quête. Nous devons détruire ce monstre une bonne fois pour toute... et je vous promets que les Malfoy payeront pour leurs crimes. Il y a trop longtemps que cette famille s'imagine posséder cette école !»

«Je ne l'abandonnerai pas,» murmura Harry. «Pas maintenant. Tant qu'il sera vivant, je refuse de considérer qu'il est perdu. Je veux le voir... même si c'est une dernière fois.»

«Je comprends,» fit McGonagalle en hochant la tête. «Si seulement cette pensine était apparue plus tôt...»

« Si seulement j'avais pris le temps de lui parler, de l'écouter… je lui ai juste demandé de me montrer des souvenirs. C'était perturbant, mais… » il secoua la tête. « Je voudrais en savoir plus. Il n'a vraiment pas eu le temps de dire grand-chose sur lui, et le peu qu'il… » il s'interrompit un instant, soufflé par une nouvelle réalisation alors qu'il se rappelait l'une des remarques acides de Severus. « Professeur, si Snape est vraiment mon père, alors… est-ce que je suis un esclave aussi ? Et de quoi ? »

« Non, non, Harry, » l'apaisa aussitôt McGonagall. "Quand un des deux parents est un sorcier libre, l'enfant nait libre à son tour. Il peut-être réduit en esclavage par un sort, mais de toute évidence ce n'était pas dans les intention de James. »

A son tour, elle sembla se perdre dans ses pensées.

« En revanche… voilà qui éclaire d'un nouveau jour cette fameuse prophétie. »

« La prophétie ? Comment ça ? »

« Celle qui vous concerne, M. Potter. Voldemort a choisi de faire de vous une cible parce que vous correspondiez à cette prophétie, un enfant dont les parents l'ont défié par trois fois. Je me demande… »

Les yeux écarquillés par cette révélation, Harry déglutit péniblement.

« Oui ? »

« Eh bien, » fit doucement la directrice de Gryffondor, « soit Severus a des ressources insoupçonnées, soit cette prophétie n'était qu'une fausse prédiction de plus. »

Tous deux restèrent un instant muets, contemplant l'ampleur de ce que cela pouvait signifier.

« Mais ça n'a plus tellement d'importance à présent, n'est ce pas ? » fit doucement Harry. « Maintenant que les dés sont lancés… il faut que je finisse la partie. »

« Oui, M. Potter, » fit tout aussi calmement McGonagall. « Il semblerait que vous n'ayez plus guère le choix. Albus arguerait, bien sûr, que nous avons toujours le choix… »

« Mais Snape ne serait sûrement pas d'accord avec lui, » fit amèrement Harry. «Dire qu'on avait trouvé les papiers de Regulus. Il avait commencé des recherches sur le sort d'esclavage, et les moyens d'y mettre un terme. Snape pensait qu'il pouvait avoir une piste.»

«Avez vous encore ces papiers ?» demanda McGonagall, intéressée.

«Hermione les a, dans son sac.»

«J'aurais souhaité les consulter, si cela ne vous dérange pas,» fit la sorcière d'un air déterminé; «Vous avez raison, M. Potter, nous ne pouvons pas abandonner Severus sans avoir tout essayé.»

Y croyait elle vraiment, ou cherchait elle juste à le réconforter ? Quoiqu'il en soit, Harry lui offrit un pâle sourire et fouilla dans sa poche pour en sortir la carte des Maraudeurs pour repérer ses amis.

«Ils ne doivent pas être loin,» fit il. «Mais... une seconde, Draco Malfoy est ici ?»

«Ca lui arrive, oui, bien que rarement ces derniers temps,» répondit McGonagall, perplexe.

«Non, je veux dire...»

Lentement, le point représentant Draco se dirigeait vers une salle qu'il connaissait trop bien.

«Qu'est ce qu'il va faire là-bas ?»

D'un bond, il avait sauté sur ses pieds.

«Dobby!»

L'elfe apparut instantanément, flanqué de Ron et Hermione.

«Eh, j'étais...»

«Pas le temps !» interrompit Harry, «Malfoy se dirige vers la Salle sur Demande, il faut qu'on l'intercepte !»

«Draco ? Il est ici ?»

«Avec Crabbe et Goyle, qui plus est ! On doit l'arrêter tout de suite !»

«M. Potter, à quoi jouez-vous...»

«Je regrette, professeur, nous n'avons pas le temps. S'il vous plait, étudiez toutes les possibilités pour Sn... pour mon père. Et pour l'Inimicus, il faut le lever ! S'il vous plait !»

«Pour l'amour de Merlin, ne vous jetez pas encore dans...»

Mais sur un signe d'Harry, Dobby les avait déjà emportés, directement en face de la salle sur demande.

La porte, à leur grand soulagement, s'ouvrit aussitôt. Harry fût surpris de reconnaitre l'endroit : c'est ici qu'il avait déposé le manuel de potions de Snape, quand il avait du s'en défaire. Qu'est ce que Malfoy pouvait chercher par ici ?

«Je ne les vois pas,» grogna Ron en fronçant les sourcils. «Qu'est ce que c'est que cet endroit ? On dirait ma maison en puissance mille !»

«Soit ils sont venus déposer quelque chose, soit ils cherchent un objet. Et nous, on les cherche,» conclut Harry. «Par ici.»

La direction en valait bien une autre. Et celle-ci, précisément, menait vers le manuel de potions... quelques minutes plus tard, Harry serrait contre lui le précieux livre.

«Pas encore ce manuel !» s'écria Hermione en le voyant.

«C'est celui de mon père,» répondit Harry d'un ton de défi.

Hermione hésita un instant, puis abdiqua. Elle ouvrit son sac et Harry l'y laissa tomber en murmurant un remerciement.

«Si seulement la carte fonctionnait ici aussi,» grogna Ron. « J'ai l'impression qu'on pourrait les chercher des heures !»

«Dobby sent les autres garçons,» intervint l'elfe, «ils sont en train de faire de la mauvaise magie ! »

« Quelle surprise, » ricana Harry. « Montre nous le chemin, Dobby ! »

Et Harry pouvait le sentir, l'elfe avait raison. Plus ils approchaient, plus il pouvait sentir un appel sombre et sournois, une magie noire suintant dans l'air, associée de manière indélébile dans son esprit avec Voldemort. Quoi que les trois Serpentard soient en train de faire, ce n'était certainement pas chercher un manuel perdu…

Leur course n'avait rien de discrète, en dépit de leurs précautions, et Malfoy ne parut pas surpris quand ils se trouvèrent face à face, au détour d'un passage entre deux étagères.

« Potter, » articula le jeune homme, « toujours un tour de retard dans toutes les parties, pas vrai ! »

Harry le regarda en fronçant les sourcils, tentant de comprendre où il voulait en venir. A leurs côtés, Hermione et Ron n'avaient pas perdu de temps pour entamer une passe d'armes avec les acolytes du Serpentard.

Draco brandit triomphalement un objet, et la cicatrice d'Harry s'enflamma brusquement. Luttant contre le mal de crâne qui menaçait de lui faire perdre l'équilibre, le jeune homme s'efforça de focaliser sur la chose… un diadème, réalisa t il, mais pas un simple trophée, non… il pouvait sentir la signature maléfique de l'artefact, de la même façon qu'il l'avait senti à travers Nagini et le journal de Jedusor, c'était un horcruxe que tenait Draco !

« Malfoy, jette ça, » gronda t il.

Le Serpentard parti d'un rire méprisant.

« Sinon quoi, Potter ? Tu vas me chatouiller à mort ? Tu n'as plus ton précieux esclave pour te sauver à présent, ce sale traître est en train d'agoniser dans nos cachots et crois moi, nous nous sommes tous bien chargés de lui faire regretter son double jeu ! Tu as perdu, Potter. Je le savais depuis le départ. Tu ne vaux rien, tu n'es qu'un héros de papier mâché. »

« Est-ce que tu as la moindre idée de ce que tu tiens à la main ? » demanda Harry.

« Je sais que c'est important, et que mon maître le veux. C'est tout ce que j'ai besoin de savoir. »

« Ton maître, » ricana Harry. « Tu peux dire ce que tu veux de Snape, mais au final, tu es autant un esclave que lui, Manoir, fortune ou pas ! Ecoute moi, tu peux tout arrêter maintenant, tu as encore une chance… dis-moi seulement une chose : ce diadème que tu tiens à la main, est-ce qu'il t'inspire confiance ? Est-ce que tu aurais envie de le garder avec toi ? »

A la moue que fit Draco, Harry compris que non. Mais le Serpentard ne fit pas un geste pour bouger malgré tout. Ron et Hermione, réalisa t il soudain, avaient disparu, de même que Crabbe et Goyle… il pouvait entendre le bruit de leur bataille, à quelques rayons de là, et pria pour que ses amis ne soient pas en difficulté.

« Autant en finir tout de suite, » fit Draco, « ton cher Snape sera ravi d'avoir de la compagnie dans les cachots. Je me demande s'il accepterait de se faire torturer à ta place… encore que je doute qu'il soit en état de décider quoique ce soit à l'heure qu'il est, » ricana t il.

Harry vit rouge à ces mots. Un instant plus tard, les sorts volaient entre les deux adolescents, chacun bien décidé à désarmer l'autre au péril de sa vie.

Mais Draco, réalisa Harry, s'était suffisamment entrainé pour être un redoutable adversaire. Le diadème et sa magie noire envoutante ne semblait pas le gêner outre mesure, tandis qu'Harry, de son côté, sentait son crâne chercher à s'ouvrir en deux de part et d'autre de sa cicatrice.

Aucun des deux ne cédait du terrain, et la bataille semblait partie pour durer quand des cris leur parvinrent de l'autre côté de la salle. Instinctivement, tous deux réfrénèrent momentanément leurs attaques pour se concentrer sur leur défense.

Quelque chose de profondément féroce se dirigeait vers eux, sentit Harry, et ce quelque chose était aussi brûlant que les flammes de l'enfer… quelques secondes plus tard, Ron et Hermione déboulaient dans l'allée où il se trouvait, à bout de souffle.

« Harry ! Feudeymon ! Il faut partir d'ici ! »

« Où sont Crabbe et Goyle ? » cria Draco, alarmé.

« Trop tard… pas pu s'échapper… Goyle a lancé le Feudeymon, pas su le retenir… » haleta Ron.

« Espèce de crétin ! » cria Draco, avant que sa rage ne tourne soudain à la panique. « Merlin, le feu… la sortie… elle est de ce côté ! On est bloqués ! »

« Non, Harry et ses amis ne sont pas bloqués, » fit une petite voix douce à leurs pieds.

Sans lâcher Malfoy du regard, Dobby prit la main d'Harry. Hermione et Ron s'approchèrent aussitôt de lui.

Une seconde passa, et le trio vit le visage de Draco se vider de son sang.

« Vous ne pouvez pas faire ça… »

« Après tout ce que tu as fait, tu t'imagines qu'on va avoir pitié, Malfoy ? » s'écria Ron.

« Je vais mourir si vous me laissez ici ! » s'écria le jeune homme, un air traqué dans le regard.

« Tu nous aurais tués sans hésiter, » fit froidement Harry. « Tu as torturé Snape, après tout ce qu'il a fait pour toi à Poudlard… »

« S'il vous plait, je vous en supplie, je… je vous donnerai le diadème ! »

« Lache-le, » fit Harry. « Laisse le dans le feu. »

« Non ! Non, il ne faut pas, je… je ne peux pas ! »

Harry ricana. La chaleur devenait insupportable, les flammes gagnant sur eux à chaque seconde.

« Qu'est ce que tu espérais, partir avec nous et repartir aussitôt voir ton maître avec son horcruxe ? Hors de question. Jette le dans le feu. C'est ça où tu meurs avec lui, Malfoy. »

Ron grogna quelque chose derrière lui, mais Hermione le fit taire. Draco sonda un instant le regard d'Harry, avant de finalement jeter l'artefact à terre.

« S'il vous plait. Ne me laissez pas ici, » fit il doucement.

« Oh non, tu viens avec nous, » fit Harry avec un sourire qui fit frissonner le Serpentard. « Tu es bien trop précieux. Dobby, tu veux bien ? »

« Dobby trouve que le jeune Malfoy ferait un bon cochon grillé, » fit clairement l'elfe. « Mais Dobby n'est pas un Malfoy. Dobby ne laisse pas les gens mourir, même s'ils le méritent. »

Harry tendit sa main, désignant le baguette de Draco du menton. A contrecoeur, le jeune homme lui céda son bien le plus précieux avant de s'accrocher à ses robes d'une poigne de fer. L'instant d'après, les quatre adolescents et l'elfe réapparaissaient dans la tour de Gryffondor.

« Harry ! Merlin soit loué ! » fit McGonagall en les voyant apparaitre, « Qu'est ce que… oh, pour l'amour du ciel, aviez vous besoin de ramener un Serpentard dans la tour ? Et celui-ci en particulier ? »

« Désolé, professeur, nous ne faisons que passer, » s'excusa Harry. « Nous repartons, je vous ferai savoir où nous sommes… mais je ne voulais pas partir sans vous donner les papiers de Regulus. »

D'un geste décidé, Hermione fouilla son sac pour en extirper les papiers en question.

« S'il vous plait, étudiez les bien. Nous allons bientôt en avoir besoin. Je ramène Snape à la maison. »

« Vous… comment cela ? » demanda McGonagall.

« J'ai dans l'idée que Lucius sera plus que ravi de me le revendre… ou plutôt, de me l'échanger, » fit Harry avec un fin sourire.

A ses côtés, Draco pâlit un peu plus.


Et voici un nouveau chapitre ! Pfiou ! Tout d'abord, une bonne nouvelle : J'ai fini NaNoWrimo, avec 2 jours d'avance ! Un immense merci à vous tous pour votre soutient indéfectible ! Ca a été un grand plaisir de faire ce marathon sur cette fic particulière avec toi, public !

la mauvaise nouvelle c'est que, heu... j'ai 1 mois de vie sociale à rattraper, ma jument en a marre de me voir encoup de vent, je dois aller chercher une table, installer un poele... bref, le rythme de publication va surement se calmer un peu ! Mais le chapitre suivant est bien entamé celà dit.

Pour ceux qui souhaitaient lire mes Original Fictions, eh bien je publie sur le site du Héron à la Plume Flamboyante, je ne vais pas mettre mon pseudo ici pour ne pas que google ne fasse de lien, mais je suis l'auteur de Jouer au Zombie, entre autres. Ma fic de NaNo n'est pas encore dessus, mais je compte mettre les premiers chapitres tout au moins prochainement.

Et puis pour finir, je viens de voir que les reviews remarchent, donc je vais enfin pouvoir répondr eà vos reviews de ces derniers jours ;-) c'est parti!