Chapitre 21
"Et l'amante qui revient
Et l'absent du matin
Et le vent qui me tient
Infidèle de mon sang
Ariel Ariel
Ariel et les ailes dans le ciel"
Belfast- Indochine
Le plat du soir était exceptionnellement correct, à défaut d'être bon : pommes de terre duchesse et steak saignant, comme Betty l'aimait. D'après ce qu'elle avait pu comprendre, le gouvernement avait réussi à soulever de nouveaux fonds auprès des familles les plus riches d'Amestris, heureuses de faire un geste pour aider "ces braves hommes qui se battent pour notre liberté", "ces maris et fils si courageux" ou encore "ces jeunes garçons qui font fi de l'ennemi pour faire respecter nos valeurs". En entendant ces commentaires teintés de testostérone, la vague idée de changer de sexe lui traversa l'esprit, et elle exposa sa pensée à mi-voix tout en commençant à manger.
Kimblee, assis à sa gauche, s'étouffa avec un morceau de viande et dut boire une grande rasade d'eau fraîche avant de lui glisser à l'oreille :
"Je pense que le plaisir que je prends dans mes activités extra-professionnelles en prendrait un coup."
Cette fois, ce fut Bethsabée qui eut du mal à avaler son plat. Elle réussit tant bien que mal à cause du rire qui la secouait et répliqua :
"- Peut-être devriez-vous vous ranger et faire quelque chose de plus calme.
- Je ne suis pas très versé dans le yoga. Et je lis suffisamment à l'heure du coucher, voire même trop alors que je pourrais faire autre chose.
- Mais la lecture est un plaisir sans fin, sourit-elle en découpant son steak, du sang s'écoulant dans son assiette blanche.
- Je suis d'accord mais le papier n'est pas un matériau très sensible aux caresses des doigts, et j'ai peur de me couper. Pourriez-vous me passer le sel ?
- On ne peut pas accéder pleinement au plaisir sans prendre de risque ni souffrir un peu soi-même. Tenez.
- Merci. Il est vrai que la lecture offre un plaisir quasi charnel, comme le savent beaucoup d'amoureux des livres, mais j'ai souvent l'impression de ne m'arrêter qu'à la couverture et c'est dommage de ne pas pouvoir aller plus loin.
- Vous devriez peut-être essayer une autre approche , murmura Bethsabée, attentive au fait de rester discrète, bien que la tente était presque déserte et que personne ne semblait les écouter.
- Comment ça ? s'enquit Kimblee en la regardant déchiqueter sa viande avec un acharnement magnifique.
- On ne lit pas Kant comme on lit du Lovecraft. Il faut savoir s'adapter, et accepter d'être frustré quand l'histoire ne se déroule pas comme on le souhaite.
- On peut aussi changer de lecture si le livre que l'on lit ne nous plaît pas.
- Êtes-vous du genre à abandonner aussi facilement ? lui sourit Betty en mordant dans son steak, du sang s'écoulant sur son menton.
- Je suis du genre ... obstiné. Vous avez du jus de viande sur le visage.
- Je l'avais remarqué. Votre obstination, expliqua-t-elle alors que son supérieur lui tendait une serviette en papier. Il faut cependant faire attention à ce que votre entêtement ne vous retombe pas dessus.
- Oh, je pourrais dire la même chose de vous. Vous n'avez plus faim ? s'étonna-t-il en voyant qu'elle ne mangeait plus rien.
- Je ne suis pas du genre à m'ouvrir facilement aux lecteur trop curieux, ni aux gens qui pourraient prétendre, à tort, pouvoir me lire comme un livre dès la première rencontre. Et non.
- J'espère ne pas être visé par cette ironie. Je n'ai jamais pensé ça de vous. Mangez.
- Je n'ai plus faim, soupira-t-elle en posant la paume sur son ventre.
- Mangez.
- Je vous ai dit que je n'avais plus faim.
- Mangez, Lieutenant. Tout de suite, lui intima Kimblee en désignant l'assiette de la jeune femme du bout de son couteau alors qu'ils étaient les derniers à manger. C'est un ordre.
- Et si je refuse ?
- Oh, je saurai vous faire payer. N'en doutez pas une seule seconde."
Le sourire qu'il lui lançait aurait pu paraître doux aux yeux d'une personne ne connaissait pas Kimblee, mais pour Betty, il était lourd de sens, et de menace. Leur ... "rencontre" dans les douches moins d'une demie-heure plus tôt la faisait encore vibrer, et elle sentait dans les pupilles de son voisin un frémissement alors qu'il avait les yeux rivés sur sa nuque rougie.
Comme un guerrier prendrait les armes pour un dernier combat, elle saisit difficilement son couteau et sa fourchette, qui semblaient peser des tonnes. Elle fixa longuement ses quelques pomme de terre, sagement installées devant elle, baignant dans du jus rouge et tiède. Mais quelle menace elles semblaient être à ses yeux ! Cette sensation de croquant qui ne cachait que de la mollesse, de la chaleur insupportable pour son palais ! Leur petite taille ne saurait cacher la fadeur de leur goût. Sa gorge se ferma, elle reposa brièvement ses couverts avant de sentir Kimblee se rapprocher d'elle de quelques minuscules centimètres, sans rien dire. Sans même qu'elle n'ait à le regarder, elle savait ce qu'elle lirait son visage : de l'impatience, mêlée à une once de colère.
Ce qu'il lui avait dit au bord du puits la frappa soudain, et elle sut qu'elle n'avait pas d'autre choix. Il était tristement drôle de savoir qu'elle comparait à ce moment une dizaine de pommes de terre et un Écarlate furieux à Charybde et Scylla. Les doigts de Betty se crispèrent sur sa fourchette, qu'elle planta lentement dans l'aliment, comme pour le faire souffrir de la faire souffrir. Elle porta la patate à ses lèvres, fronçant le nez et crispant les paupières. Puis, d'un seul coup, elle la goba.
Seigneur, comme c'était horrible ! Elle ne voulait pas sentir ce goût atroce par son absence ! Cette tiédeur malsaine ! Cette fadeur, ce croquant qui irrite le palais avant d'être envahi par cette purée juste bonne à nourrir un bébé ! Tout son être lui ordonnait de cracher, tant qu'il était encore temps ! mais non. Elle sentait le souffle de son voisin contre sa joue, ses yeux semblant traverser sa chair pour voir si elle allait enfin mâcher une des pommes de terre qu'elle devrait manger. Elle eut l'impression d'avaler une balle de fusil quand elle se décida - non, arriva- à faire descendre cette minuscule patate. Beth la sentit descendre dans sa gorge, semblant lui écorcher chaque millimètre de sa trachée alors qu'elle descendait encore, encore et encore. Puis, plus rien. Sauf la fourchette de Kimblee qui se planta dans une autre pomme duchesse et s'approcha de sa bouche, puis la voix de celui-ci qui lui commandait avec un plaisir sadique dans la voix :
" Encore une ..."
Ce n'était pas possible. Il ne pouvait pas lui demander ça. Tout, mais pas ça. Pas encore. Le visage de Bethsabée se crispa et elle laissa échapper un gémissement de douleur à l'idée de devoir subir ça une nouvelle fois. La pomme de terre s'approcha de ses lèvres; elle recula sa chaise.
" Vous finirez votre assiette , Lieutenant Blood. De gré ou de force."
Elle ne savait pas ce qui était le plus dangereux pour elle à ce moment précis : l'alchimiste qui semblait perdre patience, la fourchette qu'il pouvait très bien décider de lui planter dans la cuisse ou la petite pomme de terre à trois centimètres de sa bouche.
" De gré ... ou de force."
Il plongea le couvert entre ses lèvres obstinément fermées et réussit à y glisser l'aliment. Avant qu'elle ne puisse le recracher, il lui plaqua la paume sur la bouche, l'empêchant de faire quoique ce soit. Elle plongea ses yeux verts dans le regard de son voisin, qui n'exprimaient rien. Rien du tout.
Ils restèrent tous deux immobiles, aucun de voulant fléchir devant l'autre. Mais ce goût ... Ou ce non-goût. Elle ne savait même pas quel goût la pomme de terre devait avoir. Mais cette minuscule boulette sur sa langue lui semblait gargantuesque. Elle ferma les yeux et l'avala avec difficulté. Quand elle eut réussi, Betty baissa les yeux, essoufflée par cet effort.
" Bethsabée."
Elle ne leva pas le regard, honteuse de son comportement qu'elle savait irrationnel. Il lui tendit la main, qu'elle prit sans envie.
" Rentrons."
Elle lui tourna le dos pendant qu'elle lisait. Elle l'ignora quand il essaya de la serrer contre lui. Elle ne répondit qu'à peine quand il dit "Bonne nuit". Elle était déjà sortie quand il se leva le lendemain. Il ne la vit pas petit-déjeuner, elle ne sourit pas en le voyant travailler, elle ne le regarda pas alors qu'elle mangeait son déjeuner, et elle alla se doucher dans la salle de bains féminine commune. Elle n'était pas là au dîner. Quand il rentra en fin de soirée, Bethsabée était assise devant le bureau, sur lequel reposait le lourd colis qu'elle avait reçu quelques jours plus tôt. Solf resta assis debout plusieurs mètres derrière elle alors qu'elle scrutait l'objet comme si elle craignait qu'il explose, ce qui aurait été assez ironique. Betty tenait à la main droite une paire de ciseaux, l'autre main portée à ses lèvres. Plusieurs minutes passèrent dans un silence total sous la tente, jusqu'à ce que Kimblee ne décide de demander :
"- De qui est-ce ?
- Mon frère."
L'amertume dans le ton de la jeune femme l'étonna vu que sa voix était aussi posée qu'à l'ordinaire. Porter un cadeau à une personne sur le front lui semblait objectivement un geste de gentillesse sincère, d'autant plus de la part d'un autre membre de sa famille. Quoique, son propre frère ne lui avait rien envoyé d'autre que du chocolat. Il ne pouvait pas vraiment le blâmer, vu qu'il devait être occupé avec sa femme et sa fille, Alice. De toute façon, il ne voyait pas ce que Gaspard pouvait bien lui donner d'utile. L'alchimiste secoua brièvement la tête pour se reporter sur la scène devant ses yeux.
Betty s'était enfin décidée à découper le papier kraft qui entourait le large objet rectangulaire devant elle, centimètre par centimètre. Au fur et à mesure qu'elle ouvrait le paquet, il s'approcha pour finalement poser son menton sur l'épaule de la demoiselle quand elle vit ce qu'on lui avait envoyé.
" - Un tourne-disques. Et des disques, bien sûr, soupira Beth.
- Douce attention, commenta-t-il. Ça ne te plaît pas ?
- Comment vais-je faire rentrer ce bazar dans mes bagages en rentrant, si je rentre autrement que les pieds en avant ? Et je ne connais aucun de ces gens, déplora-t-elle en regardant les trois vinyles devant elle.
- Tu vas rentrer saine et sauve.
- Comment peux-tu le garantir ?
- Je l'ai promis , avoua Kimblee.
- À qui ? sourcilla-t-elle en se retournant vers lui.
- Secret. Et si tu ne connais pas ces artistes, ça te fait une surprise. Pourquoi es-tu si contrariée ?
- Il fait ça pour se donner bonne conscience, rien d'autre."
Sur ces mots emplis de mépris, elle jeta les disques sur le bureau avec une telle nonchalance que deux d'entre eux chutèrent sur le sol. Une voix interpella l'Écarlate, lui apprenant qu'une réunion urgente allait avoir lieu entre officiers dans une poignée de minutes. Il en avertit Bethsabée, sincèrement étonnée de cette nouvelle, avant de partir devant.
Le colonel Mosquito, un homme de petite taille à la moustache et barbichette noires, si sombres par rapport à la pâleur maladive de son visage, les attendait , le Commandant Armstrong à ses côtés. Déjà gênée par le regard bleu sans expression de son supérieur, Beth resta droite comme un I alors que les deux petits points noirs servant de pupilles à Mosquito la scrutaient. Comme si ses yeux n'étaient pas déjà assez déstabilisants, bien que cachés derrière de petites lunettes rondes, son crâne chauve comportait une énorme cicatrice. Quand Bei Fong se mit à côté d'elle, elle se sentit soudain plus à l'aise. Elle osa la fixer, pour ne rencontrer qu'un petit sourire poli mais tendu de la part de l'Alchimiste de Sable. Quand tous les officiers furent réunis sous la tente, Mosquito essuya ses verres en expliquant d'une voix glaçante :
" Je suis au regret de vous annoncer que le Commandant Alex Louis Armstrong nous quitte, suite à une décision prise par Docteur Marcoh."
La nouvelle provoqua plusieurs hoquets de stupéfaction dans l'assemblée. Betty regarda le visage du géant à bouclette blonde : son cœur se serra. Il semblait terrorisé par ces actes, tout comme Mustang l'était. Mais ce qui prédominait dans ses yeux, c'était la tristesse et la honte. Elle savait que c'était le seul fils d'une très bonne famille, proche de l'armée; il allait sûrement être mal accueilli par certains membres de son entourage. Il paraissait même que sa propre sœur aînée était à la tête de la Forteresse de Briggs, et était connue pour être implacable envers quiconque : elle n'allait sûrement pas accueillir cette nouvelle avec compréhension et compassion.
" Je suis navré d'avoir à paraître ainsi devant vous, annonça Alex Armstrong, pour annoncer mon départ précipité. Je reconnais avoir failli à mon devoir et à mes vœux d'obéissance envers l'armée de notre pays, qui nous protège et à qui nous devons la paix future. Mes actes n'avaient pour d'autre but que d'y participer, mais j'ai flanché par pure faiblesse de ma part, et aucune contrition ne pourra l'excuser. Je souhaite juste que vos soyez plus forts que moi, et que Amestris soit à nouveau la contrée paisible que nous aimons tous. Au revoir camarades !" clama-t-il avec un salut.
Tout le monde lui répondit, la mort dans l'âme. Perdre un camarade est déjà difficile, se savoir démuni d'un Alchimiste de haut niveau l'est encore plus. Cela signifiait que les autres alchimistes allaient devoir travailler encore plus, et ça ne plaisait pas à tout le monde.
Sauf à Kimblee, bien sûr.
Pendant le chemin du retour, Beth se mit à rire en voyant son sourire de sale gosse heureux. Elle lui mit un coup de coude dans les côtes.
"- Qu'est-ce qui vous prend ?
- Vous pourriez faire semblant d'être attristé du départ de votre collègue .
- Mais je ne suis pas attristé du tout, alors pourquoi je ferais ça ? s'offusqua-t-il en se frottant la cage thoracique. Vous n'y êtes pas allée de main morte. Partez devant. Je vous rejoins ."
Betty resta un instant immobile, surprise de son absence soudaine, avant d'aller se préparer pour aller au lit. Elle se déshabilla, plia ses vêtements puis mit son pyjama : un haut ample et un pantalon en lin fin. Les disques jetés sur le sol attirèrent son attention : par curiosité, elle en sortit un et le posa sur la platine. Puis, elle s'assit et alluma une cigarette, les yeux fermés. Après seulement quelques secondes d'une introduction mécanique, la musique éclata, tout comme son rire.
Bloody Betty Boop est de retour pour les funérailles de Mister Président !
Bloody Betty bloody Betty Bloody bloody bloody Betty !
Bloody Betty Boop est de retour pour les funérailles de Mister Président !
Bloody Betty bloody Betty Bloody bloody bloody Betty !
"Ton frère a un sens de l'humour certain ."
Elle se retourna pour voir Kimblee lui adresser un grand sourire tout en lui tendant deux barres de Cadbury. Bethsabée leva un sourcil réprobateur en notant :
"- Ce n'est pas très diététique.
- Mais c'est le seul aliment que je t'ai vue manger avec plaisir, répondit-il en s'asseyant au bord du lit tandis qu'elle rangeait le disque. Ma foi, à mes yeux, tu es bien plus Bloody Betty que Foxy Betty.
- Je ne pense pas qu'Urie aurait aimé que tu lui piques le surnom qu'il m'a donné, sourit-elle en croquant dans la barre de chocolat.
- Moi non plus. Bloody Betty. Tu accumules les surnoms à double sens."
Elle laissa échapper un soupir amusé alors qu'il se changeait, derrière le paravent. Puis, un gémissement de douleur en se relevant. Elle avait une raideur atroce aux genoux, et elle se sentait comme une octogénaire. Ainsi s'allongea-t-elle avec bonheur dans toute la largeur du lit.
" Bethsabée, je crois que tu es de mon côté ."
Elle ouvrit un œil pour voir Solf accroupi à côté d'elle, l'air moyennement ennuyé. Elle lui sourit en retour et lui fit une pichenette sur le torse.
" - Dégage-moi si tu l'oses, jeune homme !
- C'est une provocation ?
- Un défi ."
Il eut un bref rire et lui poussa doucement les épaules jusqu'à ce qu'elle soit sur le dos. Il essaya de la repositionner vers la droite du matelas, sans succès. L'alchimiste se pencha au-dessus d'elle avant de s'allonger sur son corps sans sembler contrarié une seule seconde. Il positionna son visage à quelques centimètres du sien et lui sourit :
"- Satisfaite ?
- J'ai connu pire situation, rétorqua Beth avant de se taire quelques secondes et de reprendre: tu es très beau.
-... Merci, dit-il, quelque peu désarçonné. Pourquoi un tel compliment ?
- C'est un constat. De plus, tu me l'as dit hier, ce qui était très étonnant.
- Hier ..? Ah oui. Dans la douche, se souvint Kimblee avant de lui embrasser le cou. En quoi était-ce étonnant ?
- Je ne te pensais pas aussi ...
- Aussi ...?
- Aussi attentif. Je penserais que tu serais plus égoïste ou violent.
- Pourquoi l'aurais-je été ?
- Tu dis que les alchimistes sont égoïstes, tu es alchimiste, donc CQFD.
- Aaaah ..! comprit-il en remettant son visage face à celui de Beth. Non. Si par "égoiste", tu entends que je n'aurais pensé qu'à moi pendant ce délicieux instant, continua-t-il en lui embrassant à nouveau le cou, c'est faux. Ce serait stupide. Aucun homme ne peut avoir de plaisir si sa partenaire n'en a pas, et si il veut avoir du plaisir pour lui-même, il peut se débrouiller tout seul. C'est pour cela que ton plaisir est primordial; je n'en aurais pas si tu n'en avais pas. C'est aussi simple que ça."
Solf releva la tête pour la voir le détailler, moitié pensive, moitié interloquée. Il la prit dans ses bras et lui embrassa les lèvres avant de murmurer :
"- Il faut croire que les quelques hommes avec qui tu as couché avant moi n'ont pas été très bons pour que tu ne saches pas ça ...
- Heureusement que tu es là pour remonter le niveau. Mais je t'ai trouvé tout de même bien doux, soupira Betty, la bouche tordue.
- Qu'ai-je donc fait de si spécial ?
- Tu as dit que j'étais belle, et parfaite aussi. Comme si le fait que tu ne pensais qu'à moi n'était pas déjà étonnant.
- Non, ça ne l'est pas. Tu étais parfaite, et tu es belle. On ne te l'a donc jamais dit ?
- Non.
- Tu as raison : heureusement que je suis là pour rétablir toutes les injustices sexuelles que tu as subies , annonça-t-il avec son sourire de sale gosse. Si tu as aimé ce que j'ai pu te faire hier, attends seulement de voir ce que tu vas ressentir le jour où nous ferons l'amour ... lui murmura-t-il à l'oreille avant de lui mordiller la jugulaire.
- Tu as l'air plutôt impatient , non ? le taquina-t-elle en l'étreignant à son tour.
- Pour sûr, l'avant-goût que tu m'as donné hier était si bien que j'ai hâte d'aller encore un peu plus loin."
Solf continua à couvrir son cou et son épaule de petits baisers, jusqu'à ce qu'elle ne ferme quasiment les yeux sans s'en rendre compte. Elle se déplaça sur la droite pour lui rendre sa place : il s'allongea et éteignit tout de suite la lumière. Betty s'installa contre lui, la tête sur le bras du jeune homme.
Elle se réveilla le lendemain matin pour le voir installer un autre disque dans le tourne-disques, visiblement pensif. Kimblee se tourna dans sa direction pour la saluer puis la mélodie résonna sous la tente. Dès les premières notes, Beth eut envie de pleurer. L'émotion émergeait dans son estomac, lui étreignait les poumons et le cœur, dans un ensemble de notes magnifiques, en une mélodie superbe. C'était un morceau comme elle n'en avait trop peu entendu. Un chef d'œuvre, un délice trop rare.
Solf s'assit sur le lit face à elle et la scruta : elle fit de même. Ses pupilles tremblèrent quand elle remarqua que son visage était aussi troublé que le sien. Il devait sans doute être lui aussi profondément touché par ce morceau. Elle l'embrassa lentement sans même réfléchir, et fut contente de sentir qu'il répondit avec ferveur à ce baiser. La cloche de réveil sonna, mais tous deux s'en fichaient. Ils se sentaient bien dans cet instant, tous deux silencieux à jouir d'un morceau merveilleux.
Bachianas Brasileiras , n°1, de Heitor Villa-Lobos.
Bon week-end à tout le monde ! Merci des reviews/follow/favorites !
Après un monologue sur les dents, un discours sur la patate ... Je fais fort. Et dans ce chapitre très musical, vous savez enfin d'où me vient l'inspiration pour le nom de Betty : "Le retour de Bloody Betty" de Dionysos ! Et j'ai su une chose atroce, horrible, abominable, que Satan lui-même n'aurait pu créer : ce morceau extraordinaire de Villa-Lobos a servi de bande-son à l'écriture de cette nullité merdique pseudo-SM de "50 shades of grey". Cette merveille est tachée à JAMAIS. Horreur, horreur, horreur.
Pour la patate, quand j'étais ( ou suis encore) en période anorexique, me faire manger tient de l'épreuve de force, surtout me faire manger de la pomme de terre. Ça a aucun goût, je déteste ça, surtout en purée. Mes amies de lycée me coupaient ma viande et faisaient du sit-in à la cantine jusqu'à ce que je mange AU MOINS la moitié de mon assiette, et c'était horrible, même si bienveillant. C'est très dur de décrire ... la pression qu'on a quand quelqu'un nous force à manger rien qu'en nous regardant et l'horreur que c'est de manger quelque chose quand on ne peut pas.
"Bloody Betty" veut à la fois dire " Betty sanglante" et " Satanée/Fichue Betty", ce qui lui correspond bien je trouve =)
Pour les Lillois(es), il y a le Lille Comics Festival de week-end ! On va s'amuser !
Musique (en plus de celles citées) : "Manu Chao" des Wampas ( je l'ai en tête depuis ce matin).
