Chapitre 21 : Bourg Palette, un village isolé.

De retour à la maison... Et pourtant, je m'y sentais mal. Un peu comme si je n'appartenais plus à cet endroit. C'était ma ville natale mais je ne reconnaissais toujours rien. Ou plutôt si, je me rappelais de mes débuts en tant que dresseur, mais seulement lorsque j'étais revenu pour la première fois. Quand avais-je reçu mon Carapuce ? J'étais sûr que je n'aurais jamais oublié ce moment, c'était le jour le plus important de ma vie. Kenny avait dû me frapper un peu trop fort.

Safran observait les alentours d'un air émerveillé. Le Bourg Palette était sans doute la plus belle ville du Kanto et j'étais très fier d'en être originaire. Il fallait maintenant se concentrer sur notre destination actuelle. Je n'avais aucune idée de l'endroit où s'était réfugié Nathan donc Papy Chen était la première personne qui nous fallait aller voir. Je voulais dans un premier temps lui annoncer ce qui était réellement arrivé à Jadielle mais également lui demander où se trouvait l'employé du magasin.

- Qui est-ce ? me demandai l'assistant à l'interphone lorsque j'arrivai en bas de la colline.

- Red. Je viens voir Papy Chen.

- Rentre donc ! me répondit-il, enjoué.

Une fois cette colline montée, nous entrions dans le laboratoire. Papy Chen nous accueillit directement. Il sembla étonné de voir Safran et ne le cacha nullement.

- Red. Bonjour mon garçon. Tiens ? Qui est donc cette jeune fille ? Une amie ?

- C'est Safran, elle vient de Jadielle...

À l'expression de son visage, je pouvais être sûr qu'il savait ce qu'était devenue la ville. Les nouvelles allaient vite.

- Ah... C'est une nouvelle réfugiée ? Bien, nous l'acceptons avec joie mais la vie va devenir dure sans cette chère Jadielle...

- Ah, non, le contredis-je. Elle voyage avec moi.

J'avais également tilté sur l'autre partie de sa phrase.

- Comment ça, dure ?

- Bien, tu vois, m'expliqua-il. Le Bourg Palette est dans une région assez reculée, Safrania ne livre pas jusqu'ici. Nous passions toujours par Jadielle qu'il s'agisse d'achat de vêtements, de mobilier mais surtout de nourriture...

Cette nouvelle était alarmante. S'ils étaient coupés de vivres, le Bourg Palette courrait à sa ruine... Je pensais immédiatement à Maman...

- Il doit bien y avoir une solution... annonçai-je sans fondements.

- En fait oui... Cramois'Île pourrait très bien assumer la position de Jadielle pour nous. Mais comme tu le sais, notre seul lien direct avec eux est d'un bateau par jour... Qui transporte des gens et non des marchandises.

Je réfléchis un court instant, dans ce cas, tout paraissait plus simple :

- Donc, tu veux que l'on aille à Cramois'Île pour demander s'ils peuvent nous approvisionner ?

Contre toute attente, il secoua la tête en souriant.

- Non Red. Nous avons déjà envoyé quelqu'un, un autre habitant de la ville de Jadielle que nous avons recueilli depuis l'incident. La seule chose qu'il nous resterait à faire serait d'envoyer une lettre au Conseil des 4 pour les prévenir de la destruction de la ville et de leur demander sa reconstruction.

- … Je pense que ça ne sera pas nécessaire. Ils sont déjà au courant...

Papy Chen en fut satisfait. Je dus me résoudre à annihiler ses espoirs.

- La personne qui a détruit la ville est Peter du Conseil des 4.

Il écarquilla les yeux puis secoua la tête et se mit à rire. Un rire nerveux me semblait-il...

- Non, je sais qu'il est impulsif, mais de là à détruire une ville...

Ce fut ce qu'il dit mais je vis dans ses yeux qu'il avait compris que je ne mentais pas. Il avait aussi l'air de le connaître et de savoir au fond de lui qu'il en était capable.

- Mais pour quelle raison aurait-il fait cela ? demanda-il tout de même.

Je jetai un œil à Safran qui regardait le sol en essayant de ne penser à rien. Je n'avais aucune raison de mentir à cet homme.

- Les habitants avaient brûlés un Centre Pokémon...

Je ne dis pas non plus toute la vérité. J'étais un peu comme Safran, je me sentais aussi un peu coupable de cette tragédie. Papy Chen nous tourna le dos et murmura quelque chose. Le mot ''impossible'' atteignit mes oreilles. Il avança vers le fond de la salle et s'assit sur une chaise, près d'une table sur laquelle une Pokéball était posée. Un Salamèche était à l'intérieur.

- Tout cela est terrible... murmura-il avant de s'adresser à nous. Tu as bien fait de me dire tout ça, Red.

Il serra les poings et son visage exprima un sentiment que je n'avais jamais vu sur cet homme auparavant.

- Qu'est-ce que tu vas faire à ce sujet ?

- Il n'y a pas grand chose à faire... Je vais directement aller au Château Indigo pour leur demander des explications.

- Ce n'est pas dangereux ? Ils ont quand même rasé une ville !

- Non, ils me connaissent bien. Tout comme je les connais. Ils doivent avoir une vraie raison. Mais, même dans ce cas, ce qu'ils ont fait est impardonnable. Ce n'est pas le monde dont on rêvait...

Je questionnai Papy Chen du regard mais il secoua à nouveau la tête. Il se leva et regarda Safran.

- Tu dis que tu t'appelles Safran ? Étrangement, je pense déjà avoir entendu ce nom. Mais tu ne peux pas être la même personne... Enfin, si tu voyages avec Red, il te faudra également un Pokémon pour te protéger.

Elle voulut répliquer. Sans doute dire qu'elle en avait déjà deux. Mais je la stoppai discrètement en lui prenant sa main. J'avais compris où Papy Chen voulait en venir. Il se dirigea vers la table et ramassa l'ultime Pokéball qu'il tendit à la petite blonde. Elle le remercia à profusion et le vieil homme nous congédia :

- Bien, maintenant, je vais faire mes bagages. La route va être longue. Merci beaucoup d'être passé, Red. Tu devrais aller voir ta mère, elle s'inquiète beaucoup depuis que tu es parti...

Je me demandais si j'avais bien fait, si il lui arrivait quelque chose par ma faute, je ne me le pardonnerais jamais. De doux souvenirs de lui me surveillant jouer avec Blue me revinrent d'un coup. Papy Chen comptait beaucoup pour moi, pour Blue aussi...

À peine sortie, Safran libéra son nouveau Salamèche. Un jeune mâle qu'elle baptisa Flamme dès qu'elle aperçut le bout de sa queue. Le Pokémon accueillit sa nouvelle dresseuse avec enthousiasme et Safran se brûla en essayant de le porter. La flamme sur la queue du Salamèche avait frôlé le bras de la blonde la faisant lâcher prise. Flamme retomba sur le sol mais n'avait rien perdu de sa bonne humeur.

- Il est très gentil, me dit Safran.

Je ne savais pas si elle me parlait du Salamèche ou de Papy Chen qui le lui avait donné mais, dans un cas comme dans l'autre, ma réponse était positive. Pourtant, Safran semblait inquiète, elle pensait à autre chose et, apparemment, ce n'était pas très amusant. Elle soupira et me dit :

- Il faut que je revoie le professeur Chen... Tu peux m'attendre ici avec Flamme ?

Une requête inhabituelle venant d'elle mais j'acceptai sans poser de questions. Même elle, avait le droit d'avoir quelques secrets.

Comme elle me l'avait dit, Flamme était d'un tempérament très amical. Il savait que je n'étais pas son dresseur mais me parlait énergiquement sans que je comprenne un seul mot de la joyeuse tirade qu'il était en train de prononcer. Pour que ce pauvre animal arrête de parler tout seul, je décidai de lui présenter mes deux Pokémon. J'entends par là Carabaffe et Dardargnan, Kenny étant privé de sortie jusqu'à nouvel ordre.

Flamme ne s'était pas une seconde arrêté de parler, il avait juste changé d'interlocuteur lorsque la tortue et la guêpe s'étaient matérialisées. Sa capacité d'élocution était une qualité que je trouvais très ennuyante chez un humain mais totalement adorable chez ce Salamèche. Cela ne semblait pas gêner mes Pokémon non plus. J'espérai que ce caractère docile n'allait pas lui poser de problèmes quand il en viendrait au combat.

Safran mettait beaucoup de temps. Je ne savais absolument pas de quoi elle voulait parlait à Papy Chen mais cela devait bien faire dix minutes que j'écoutais sans comprendre Carabaffe, Flamme et Dardargnan. Il fallait dire que Papy Chen était une célébrité, nombreux étaient les gens qui voulaient avoir une conversation avec lui. Mais ce qui m'intriguait était le regard qu'avait eu Safran avant de partir. Ce n'était pas du tout le regard d'une fan.

Mes soupçons se confirmèrent lorsque je la vis sortir, la tête baissée. Je ne vis qu'elle pleurait que lorsqu'elle leva ses yeux vers moi. Elle se jeta sur moi et je l'enlaçai pour la rassurai comme je ne le faisais que trop ces derniers temps.

- Qu'est ce qu'il s'est passé ? demandai-je immédiatement.

Aucune chance que le savant en lui-même lui avait fait quelque chose. Ils avaient dû parler d'un sujet douloureux. Safran se contenta de pleurer bruyamment sans me répondre et je n'insistai pas plus. Je caressai l'arrière de son crâne doucement tandis que son nouveau Pokémon sautait de partout autour de nous pour essayer de lui remonter le moral.

- On va aller se reposer chez moi... lui soufflai-je.

Elle avait besoin de repos, je pensais que nous allions passer la nuit au Bourg Palette. L'après-midi était presque fini et il ferait nuit avant que nous ne puissions retourner à Jadielle.

Ma maison n'avait pas changé depuis tout ce temps. Et elle n'avait aucune raison de changer. Ma mère était dans le jardin et eut un large sourire en me voyant. Cette expression faciale s'évanouit lorsqu'elle vit Safran.

- Red, voyons ! Combien de fois faut-il te dire de ne pas faire pleurer les filles ?

En effet, elle me l'avait souvent reproché. J'allais souvent faire des farces aux filles du village qui étaient amoureuses de Blue avant. Par jalousie, je pensais.

- Cette fois, ce n'est pas ma faute.

- C'est ce que tu dis toujours ! Viens là, ma petite.

Safran hésitait. Elle voulait me défendre mais les assauts de ma mère firent qu'elle se retrouva sur un sofa dans le salon avec une tasse de thé avant d'avoir pu dire quoi que ce soit. Elle prit enfin la parole lorsque ma mère me demandait pour la troisième fois de m'excuser. Et elle ne la croyait toujours pas. Elle finit par l'inviter à dîner pour s'excuser de mon comportement mais elle refusa l'invitation. En effet, avec les Rations, nous n'avions plus besoin de manger jusqu'au lendemain matin.

La nuit arriva vite et Safran alla dormir dans la chambre d'amis. Je récupérai ma chambre et dormis seul avec Carabaffe et Dardargnan pour la première fois depuis longtemps. La présence de Safran à mes côtés me manquait et je ne trouvais pas le sommeil tout de suite. Mais le fait d'être dans mon propre lit était plus qu'agréable...

Une sensation bizarre, comme si j'étais debout mais sans toucher le sol. J'ouvris les yeux pour me retrouver dans le plus étrange des rêves. Devant moi, deux hommes habillés du même genre d'habits que le professeur Chen. L'un petit, gros et chauve et l'autre tout son contraire. De trop nombreuses machines hantaient cette pièce lui donnant un air totalement irréaliste.

- Vous aviez raison, professeur. Il ouvre les yeux.

Je portai rapidement ma main pour attraper une Pokéball mais rien. Je n'avais plus ma ceinture. En baissant la tête, je m'aperçus que mon corps luisait de bleu et était transparent. Je tendis mon bras en avant pour attraper la machine qui semblait m'empêcher de bouger mais je la traversai. Je regardai les deux hommes qui m'observaient attentivement.

- C'est bien ce qu'il me semblait... annonça le plus grand des deux. On dirait qu'il ne se rappelle plus de qui il est... Quel est ton nom ?

Je regardai les deux hommes à tour de rôle. La peur m'empêchait de répondre. Quel était donc cet endroit ? Le petit gros répéta la question plus agressivement et je répondis sans réfléchir :

- Red ! Je m'appelle Red !

Les deux savants se regardèrent et le grand, qui semblait être le chef, dit :

- Ce qui confirme bien...

- Vous êtes un génie, professeur Alar.

- Certes, mais, pour le bien de l'expérience, il faudrait lui rappeler qui il est.

Expérience ? Je tentai de me débattre mais rien ne me retenait. Je ne savais même pas pourquoi je ne pouvais pas bouger. C'était comme si je n'avais pas vraiment de corps. Le grand maigre me tendit une carte bleue, ressemblant vaguement à une carte de dresseur, sous le nez. Il y avait la tête d'un homme avec son nom et des chiffres dont je ne connaissais pas l'utilité. Les autres mots ne voulaient rien dire. Mais cet homme, je ne savais pas d'où mais j'étais sûr de le connaître. Était-ce pour ça que j'étais ici ? Ils le recherchaient ?

- Est-ce que cet homme ou le surnom 'Eevee-man' te disent quelque chose ? demanda le professeur Alar.

Eevee-man... Cela me semblait également très familier. Pourquoi, pourquoi ces hommes semblaient-ils me connaître mieux que moi-même ? Étrangement, je pensais directement que Eevee-man était l'homme sur la photo bien que les noms ne correspondaient pas. J'essayai tout de même :

- Eevee-man est cet homme, non ?

- Bien... Maintenant qui es-tu ?

- Je vous l'ai dit, je m'appelle Red ! Je suis dresseur de Pokémon !

Pour une raison quelconque, le chauve éclata de rire avant d'être calmé d'un regard par son supérieur.

- Peut-être faut-il y aller plus brutalement dès maintenant... Allume-le.

- O.K.

Le subordonné enclencha une machine qui eut pour effet d'allumer un écran blanc devant moi. Des images se succédèrent ensuite, des mots apparurent ; ''Nintendo'', ''Game Freak''... Cela me rappelait quelque chose... La console de ma chambre portait le premier mot sur elle, me montraient-ils un jeu vidéo ?

- Ah ! m'écriai-je.

L'écran avait à nouveau changé. L'écran semblait bien montrer un jeu vidéo mais... Ces deux personnages qui se combattaient ressemblaient à s'y méprendre à un Nidorino et à un Ectoplasma. L'écran suivant me fit encore crier. En gros sur le haut était marqué ''Pokémon Version Rouge'' et des Pokémon défilaient à côté d'un dresseur habillé exactement de la même manière que moi...

- Ce jeu s'appelle Pokémon. Il raconte l'histoire d'un jeune garçon appelé Red dont le but est de vaincre la Ligue.

Incroyable, mais pourtant si nostalgique. Cette musique, ces dessins. J'avais déjà vu ça avant.

- Vous avez créé un jeu sur moi ? m'étonnai-je tout de même.

Et pourtant, j'avais l'impression d'avoir faux. Les images me faisaient penser à l'homme sur la carte bleue. Je l'imaginai jouer à ce jeu sur un espèce de rectangle dont le nom 'Gameboy' me vint je ne savais d'où. Il secoua la tête.

- Rappelle-toi.

… Me rappeler de quoi ? Cet homme qui m'avait l'air si familier alors que je ne l'avais jamais vu ? Je voyais bien les jeux Pokémon à présent. Cet homme y avait beaucoup joué... Quatre cent quatre-vingt-treize monstres, me rappelai un coin de ma mémoire, ce n'était pas ce que le professeur Chen nous disait. Et toutes mes connaissances sur les Champions d'Arènes que je n'avais pas combattu ? Me venaient-elles de cet homme, de ce jeu ? Serais-je un jeu ? Non, dans un jeu...

- On dirait que ça commence à revenir... commenta Alar, satisfait.

- Trock... me souvins-je.

- Qui es-tu ? répéta alors le scientifique pour la dernière fois.

- Eevee-man. Je suis Eevee-man.

Je me souvenais de tout à présent. Comment j'avais été convié à Paris, puis, envoyé dans le jeu. Je m'y croyais tellement que j'ai fini par m'oublier ? Non, il était impossible de s'oublier soi-même... Je regardai l'homme qui travaillait sans doute pour M. Trock et demandai :

- Bordel, qu'est-ce qu'il s'est passé ?!

- Nous avons eu un nouveau souci technique. Vous êtes resté trop longtemps dans le jeu et l'ordinateur en a conclu que vous étiez un PNJ... Il s'est ensuite rendu compte que vous aviez deux passés, l'un en tant qu'Eevee-man et l'autre, en tant que Red. Il a trouvé cela illogique et a voulu supprimer le passé le moins cohérent... Dans un monde de Pokémon, le choix était vite fait.

- Donc, tous mes souvenirs de mon enfance au Bourg Palette...

- Ont été créé par l'ordinateur pour le personnage que vous représentiez à ses yeux. Oui. Vous pouvez le considérer comme le passé du personnage que vous incarnez.

Leur machine était capable de m'effacer la mémoire ? Quelle horreur !

- C'est plutôt dangereux pour un jeu que vous comptiez commercialiser... me plaignis-je.

- Vous êtes là pour le tester et corriger les dernières imperfections. Je pensais que l'on vous avait mis au courant...

- Pas vraiment, non. Mais, au fait, puisque vous m'avez fait sortir du jeu, cela veut dire que je suis libre, non ? Je peux partir maintenant ?

Il sembla déstabilisé par ma requête. Peut-être lui avait-on dit que j'étais volontaire.

- Désolé, mais regardez votre corps.

Je m'exécutai et me souvins que j'étais dans ce corps aux reflets bleus fantomatiques.

- Non, pas là. Là bas.

Surpris, je levai les yeux et suivis la direction de son doigt. Vers le fond de la pièce, une machine ovale ressemblant à une capsule spatiale d'un film de science-fiction était remplie d'un liquide verdâtre, quelque chose flottait à l'intérieur. D'après les dires du professeur, il s'agirait de mon corps. L'immersion dans le jeu se faisait donc au sens propre du terme ? Elle avait également l'air de coûter excessivement chère au vu de toutes les machines qu'il fallait pour garder un seul corps dans le jeu.

- Donc, il faut tout de même que je finisse le jeu ?

- Exactement... Sans cela, l'extraction causerait votre mort.

Une autre question me vint à l'esprit :

- Ces problèmes de... mémoires... Ils referont surface au bout d'un moment ? Et vous pouvez me faire venir, enfin, partiellement, quand vous le souhaitez ?

Cette fois, il me sourit. Il avait de bonnes nouvelles.

- Nous avons corrigé le problème sur l'ordinateur central, il ne devrait plus y avoir de substitution de votre mémoire. Et non, vous aviez eu de la chance d'être au Bourg Palette. Étant le point d'entrée dans le jeu comme le point de sortie, c'est le point le plus proche de la réalité. Nous ne pouvons vous parler qu'à partir de là.

- De plus... continua le second qui n'avait pas parlé depuis. Il faut que vous soyez endormi dans le jeu car sinon, votre esprit refuse automatiquement notre appel...

Cela pouvait toujours être bon à savoir. Enfin, je n'avais plus à me préoccuper de ces problèmes de mémoires à présent. Mon but était toujours le même, survivre à ce jeu dangereux et prouver ma supériorité à M. Trock. Et peu m'importait la difficulté à laquelle le jeu avait été élevé.

- Votre mémoire vous étant revenue. Nous allons vous renvoyer dans le jeu.

- Très bien. Merci.

- Juste une chose, n'oubliez pas. Rien n'est réel, ce n'est qu'un jeu.

- À ce que l'on m'a dit, ma mort serait réelle si je meurs dans le jeu. rétorquai-je.

Il eut juste le temps de me dire avant que je ne me sente disparaître :

- Vous savez très bien ce que je veux dire...

Quelqu'un frappa doucement contre la porte alors que je revenais dans la chambre de Red. Je m'assis sur le rebord du lit sans bouger. Les deux Pokémon à côté de moi, eux, se dressèrent aussitôt tandis que la porte s'ouvrait doucement. Une charmante petite tête blonde aux expressions inquiètes entra à l'intérieur de la pièce. Voyant que j'étais réveillé, elle pénétra à l'intérieur et vint directement se blottir contre moi.

- Je n'arrive pas à dormir. Je peux rester ici ?

- Bien sûr, répondis-je en la serrant avec tendresse.

Ce devait être de Safran dont parlait le professeur Alar. Mais elle souffrait tellement. Je me fichai qu'elle n'était un programme, rien à mes yeux ne la rendait inhumaine. Je l'aimais tellement. Non, avais-je le droit de dire cela ? Même si elle n'était pas un programme, elle n'avait que dix ans. Qu'avais-je fait ? Peut-être le pouvais-je car j'avais également dix ans physiquement... Non. Je me cherchais juste des excuses et je le savais. Pourtant, je voulais rester avec elle autant que possible. La fillette releva la tête et rapprocha son visage du mien.

- Merci Red.

Oui, pour l'instant j'étais juste Red. Je me dis que ce n'était peut-être pas si mal de perdre mes souvenirs pour cette fille. Je l'embrassai doucement et m'allongeai sur le dos. Elle se plaça contre moi et ses trois Pokémon, rentrés dans la pièce juste après elle, sautèrent sur le lit pour se coucher également.

Nous commencions juste à nous endormir quand une odeur de brûlé parvint soudainement à mes narines, suivie par une forte chaleur. Je me redressai rapidement et vit que le lit était en feu. J'identifiai rapidement le coupable qui roulait sur le dos de confort sans se préoccuper du fait que sa queue était en train de mettre le feu aux couvertures. Safran se leva aussitôt et s'éloigna du lit en appelant le Salamèche qui s'empressa de la rejoindre, ravi, tandis que je secouai Carabaffe pour le réveiller. Cela ne lui plut pas et je me reçus un jet d'eau fraîche en pleine figure ce qui me fit ironiquement le plus grand bien à proximité du feu qui se rapprochait. Carabaffe l'aperçut finalement et l'éteignit avant qu'il ne prenne trop d'ampleur. Malgré la fin rapidement du brasier, les couvertures étaient déjà totalement noircies voire réduites en cendres à l'endroit où il avait commencé. Je me félicitai mentalement de ne pas avoir choisi Salamèche comme premier Pokémon car, sinon, je n'aurais eu besoin de personne pour mettre le feu au premier Centre Pokémon.

- C'est vrai qu'on avait ce problème... murmurai-je.

Safran s'était accroupie et caressait Flamme qui avait encore beaucoup d'énergie à revendre. On ne pouvait pas lui en vouloir, il ne l'avait pas fait exprès. C'était la première fois qu'il sortait d'une Pokéball depuis bien longtemps. Pourtant, Safran et moi étions d'accord sur un point, c'était trop cruel de le laisser dans sa Pokéball la nuit alors que tous les autres étaient dehors avec nous.

- Écoute Flamme, le gronda sa dresseuse. Si tu veux dormir avec nous, fais en sorte de ne rien brûler, essaie de dormir sur le ventre ou autre chose...

- Sala !

Le Salamèche courra autour de Safran me donnant l'impression qu'il n'avait rien compris et alla se jeta sur le lit. Il s'allongea sur le ventre et nous regarda avec un sourire satisfait. Safran avança et lui caressa la tête. Nous repartîmes donc nous allonger en évitant le côté brûlé et tentâmes de nous rendormir.

Flamme fut plus rapide que nous. Il soupirait pendant son sommeil et une nouvelle odeur enflammée nous revint promptement. Le Salamèche avait roulé sur le côté. Carabaffe, qui le surveillait, se doutant sans doute d'un tel dénouement, éteignit à nouveau le feu sans attendre que le lézard ne se réveille.

À sa place, je me serais réveillé en sursaut et en grognant contre la tortue, mais je n'étais pas un Pokémon Feu. Flamme bondit littéralement de douleur et sauta du lit pour se mettre à courir en cercle, hurlant sa souffrance au milieu de la chambre. Carabaffe le regarda, surpris, se disant sans doute que sa réaction était exagérée.

- Carabaffe, fais attention avec Flamme, l'eau est très dangereuse pour lui !

Carabaffe ouvrit de grands yeux et je pensais qu'il s'excusait aussitôt. Je ne lui en voulais pas, il ne pouvait pas savoir puisque Flamme était, non seulement le premier Salamèche que nous voyons, mais également le premier Pokémon sensible à l'eau de notre groupe.

Safran s'était levée et avait attrapé le Salamèche qu'elle serrait à présent contre elle, sans doute pour le réchauffer. La porte de la chambre s'ouvrit brusquement. Derrière elle, une trentenaire aux cheveux noirs observait la scène avec surprise. La femme que j'avais pris pour ma mère la veille venait d'entrer dans la pièce.

- Qu'est ce qu'il se passe ? J'ai entendu des cris. Et... Safran ? Que fais-tu là ?

C'était sans doute une situation que Red aurait trouvé inconfortable. Moi aussi, devant ma vraie mère, mais le fait qu'elle ne l'était pas me permit de répondre avec sang-froid.

- On a juste eu un petit accident avec le Salamèche... Rien de grave.

J'espérais qu'elle ne remarquerait pas l'état de la couverture mais les femmes avaient un don pour trouver ce que l'on voulait cacher, moins de deux secondes après ma phrase, ses yeux se posèrent sur le lit.

- Rien de grave ? répéta-elle. Vous n'êtes pas blessés ?

- Non, c'est bon. Carabaffe a éteint le feu.

- Carabaffe ! se vanta celui-ci en posant une patte sur le dessous de sa carapace.

- Tant mieux, soupira-elle de soulagement. J'en reviens donc à ma première question. Safran, que fais-tu dans la chambre de Red ?

Vite, quelque chose de crédible... Avant que je ne puisse répondre quoi que ce soit, Safran bredouilla :

- Je... Nina m'a dit de suivre ce que me disait mon cœur...

Ce qui me fit sans doute rougir. Comment pouvait-elle être aussi franche et directe dans cette situation ? Elle enchaîna :

- Et puis, Sonate voulait dormir avec Red... Et Flamme préfère quand il y a du monde.

Je me tournai vers la mère toujours sans nom de Red et vit qu'elle tremblait. Pourtant, elle souriait également. Elle murmura :

- Mon petit Red est devenu un grand garçon...

Et elle s'enfuit de la chambre en pleurant. Quelle réaction exagérée... C'était loin d'être ce à quoi je m'attendais mais je supposais que cela voulait dire que nous pouvions rester ensemble cette nuit également. Il ne restait plus que notre problème principal. Comment faire dormir Flamme sans qu'il ne brûle la maison ? Le criminel incendiaire gigotait avec force et bonne humeur dans les bras de Safran la forçant à le relâcher sur le sol.

- Désolée... s'excusa-elle.

- Tu n'as pas à t'excuser pour ça. On trouvera bien une solution.

- Non, désolée d'être venue. Je te pose des problèmes...

- J'aurais eu beaucoup plus de problèmes si le feu avait démarré dans ta chambre sans que tu n'aies Carabaffe sous la main. Ne t'inquiètes pas, tu ne me déranges jamais.

Elle baissa la tête, apparemment pas convaincue par mes dires. À moins qu'elle n'attendait autre chose de moi.

La mère de Red réapparut alors dans l'ouverture de la porte en tenant une couverture de rechange. Elle la posa dans mes bras et récupéra ce qui restait de l'ancienne.

- Voilà, et ne la brûlez pas celle-là.

- Merci... Maman, me forçai-je. On fera attention.

Je mis la couverture en place sur le drap qui avait un peu roussi tandis que la trentenaire quittait la pièce, non sans un gloussement adressé à Safran. Une fois la couverture en place je me tournai vers Safran :

- Donc, on fait quoi pour Flamme ?

Safran secoua la tête et soupira. Elle attrapa la Pokéball du lézard et dirigea le bouton vers lui.

- S'il bouge dans son sommeil, nous n'avons pas vraiment le choix.

Revint encore dans la chambre la mère de Red avec dans les bras, un objet qu'elle avait dû mal à porter. Une sorte de panier en pierre dans lequel un peu de terre se faisait voir. Je m'empressai de la décharger, même si j'étais sans doute moins fort qu'elle dans ce corps, et elle m'expliqua lorsque je lui posai la question :

- C'est pour le petit Pokémon orange. C'est bien lui qui a mis le feu aux couvertures, non ? Ce ne sera peut-être pas très confortable, mais au moins il ne brûlera rien. Je m'en servais pour mes plantes mais ce sera plus utile de cette façon.

J'adressai un sourire à la femme tandis que Safran la remercia vivement pour son geste. Je posai alors le panier au pied du lit et annonça la nouvelle au Salamèche. Il demanda confirmation à sa dresseuse et se mit en boule à l'intérieur. La flamme de sa queue touchait son museau sans que cela n'eut l'air de le déranger.

- Bon, cette fois, j'y vais vraiment. Bonne nuit.

Nous rendîmes l'adieu avec de nouveaux remerciements avant de retourner au lit.

- La journée aura été bien pleine... chuchotai-je en regardant le plafond.

J'entendis Safran acquiescer doucement alors qu'elle se collait contre moi.

- Trop pleine...

Ce n'était pas faux. Entre ce qu'il s'était passé à Jadielle et sa discussion secrète avec le professeur Chen, Safran avait apparemment passé une sale journée. Mais je ne pouvais m'empêcher de me répéter mentalement les mots du professeur Alar, ''Rien n'est réel''... Rien, pas même le corps si chaud de la fillette qui s'endormait contre moi ? Je n'arrivais pas à y croire, je ne voulais pas y croire.


Oui, il n'existe que 493 Pokémon. La 5ème génération n'est qu'un mauvais rêve commun au monde entier (je peux toujours espérer)

Bon, pour la petite explication Red/Eevee-man. Les souvenirs du Eevee-man ont commencé à partir pendant le voyage. Le coup de poireau de Kenny était une simple coïncidence, il s'est juste posé les questions à ce moment-là. Il n'avait plus aucune mémoire de son monde le matin même. Un jour de plus, et il aurait également perdu toutes ses connaissances pokémaniaques.

EDIT 12/10/13 : Le nombre de Pokémon avec la nouvelle génération s'élève maintenant à 562. Oui, la cinquième génération est toujours un rêve.

EDIT 18/11/16 : Et la septième génération monte le nombre de Pokémon à 646 Pokémon. Le temps a beau passer, la cinquième reste simplement un cauchemar x)