Bonne lecture !
Assis face au lac, en marge de leur campement, Drago fixait l'horizon, perdu dans ses pensées. Ce matin, il s'était levé avant tout le monde, réveillé par le froid glacial qui avait pénétré sa peau sensible. Les souvenirs de la veille lui étaient revenus violemment en mémoire. Il avait frappé Granger et, même si elle le méritait totalement, il s'en voulait. Jamais il n'avait levé la main sur une femme auparavant. Il avait vu assez souvent son père le faire pour le dégoûter à vie de ce genre de pratiques. Mais elle l'avait poussé à bout, elle avait touché le point sensible qu'il s'était fatigué à cacher ces derniers mois. Il lança un petit caillou sur le lac, qui plongea directement profondément dans l'eau, provoquant des ondes apaisantes sur son passage. Une goutte parvint à son visage et il l'essuya d'un rapide geste de la main.
Il n'avait cessé de penser à sa mère, depuis la veille. Elle s'était sacrifiée pour lui, elle s'était jetée devant le sort de Voldemort pour le protéger alors il n'avait simplement pas supporté que la brune la dénigre de la sorte. Sa mère était une personne merveilleuse et il ne laisserait personne laisser entendre le contraire.
S'il s'en voulait, c'était principalement parce qu'il avait lâchement perdu son sang froid. Depuis qu'il vivait avec eux, il avait tendance à trop laisser transparaître ses émotions, et cette fois-ci, il n'avait pas été capable de maîtriser la colère qui s'était emparée de chaque partie de son être, vibrant en lui comme une invitation à se libérer.
Alors il l'avait giflée. Et le regard qu'elle lui avait lancé ne lui avait même pas fait regretter son geste. C'était les larmes qu'il avait vues dans ses yeux qui y étaient parvenues.
Il sentit une présence à ses côtés, mais ne tourna pas le regard. Il avait reconnu sa façon un peu gauche de s'asseoir pour masquer sa gêne. Hermione le fixa un long moment, espérant capter une émotion à travers son masque impassible, en vain. Il ne semblait pas vouloir détacher ses yeux du calme plat du lac qui s'étendait devant eux.
- Malefoy ? tenta-t-elle.
Il ne répondit pas, ne la regarda pas, mais laissa échapper un petit grognement qui montrait qu'elle avait son attention.
- Je suis désolée, bafouilla Hermione, la voix tremblante. Je ne sais pas ce qui m'a pris de te parler comme ça. J-Je n'en avais aucun droit. J'étais énervée et... depuis qu-que Dumbledore est mort, je suis un peu à fleur de peau et j'avais besoin de laisser sortit ma colère. Tu étais juste au mauvais endroit au mauvais moment et à cet instant, je n'ai vu personne d'autre que toi susceptible de soulager mon chagrin. J'avais besoin de laisser sortir tout ça, cela fait un mois que l'ambiance est horriblement tendue. On ne se parle quasiment pas, ou alors pour se dire des banalités. Je n'en peux plus...
Seul le silence lui répondit. Ses yeux gris toujours rivés vers la ligne des arbres, à l'autre bout de l'étendue d'eau, Drago ne bougea pas d'un millimètre.
- Enfin, je suppose que ça ne justifie en rien la façon dont je t'ai parlé. Je suis vraiment désolée Malefoy.
Il la sentit se lever à ses côtés et, dans sa tête, la réflexion se fit rapidement.
Il ne pouvait pas s'empêcher de comparer tout ce qui lui arrivait depuis fin juillet à tout ce qu'il avait vécu auparavant. C'était la première fois que quelqu'un s'excusait auprès de lui. Cela n'avait jamais été d'usage dans sa famille et, par ailleurs, il n'avait jamais mérité qu'on lui présente de telles explications. Elle venait de lui ouvrir son cœur et, malgré lui, cela le toucha. Il avait l'impression de vivre tellement de premières fois depuis qu'il les avait rejoint. C'était la première fois qu'il ne parlait pas à Blaise si longtemps, la première fois qu'il voyait son masque se fissurer, la première fois qu'il sentait ce cœur qu'il croyait éteint battre dans sa poitrine, la première fois qu'il ne voulait pas être rancunier.
D'un geste fluide, mais rapide, il se retourna et saisit le poignet de Granger avant qu'elle ne se sauve. Elle s'arrêta net et, bien qu'il ne percevait pas son visage car elle lui tournait le dos, il aurait parié qu'elle souriait à cet instant.
- Granger, dit-il simplement, et elle se tourna vers lui.
Elle lui sourit timidement et se rassit à ses côtés, observant l'horizon avec lui.
- J-Je... Je...
Il se stoppa net et fronça les sourcils. Depuis quand bafouillait-il ? Elle sembla amusée de la situation et planta ses yeux de braise dans les siens.
- Aurais-tu quelque chose à me dire Malefoy ?
- Ne te moque pas de moi, petite peste, la gronda-t-il, mais son sourire en coin vint contredire ses propos.
Elle leva les yeux au ciel.
- Je suis désolé, finit-il par lâcher, à toute vitesse. Je n'aurais jamais du lever la main sur toi, mais... tu as dépassé les bornes.
- Je sais, murmura-t-elle, confuse. Je suis désolée.
- Que tu dises des horreurs sur mon père passe encore, je m'en fiche complètement, mais à l'avenir, que ce soit pendant une dispute ou non, j'aimerais que tu ne parles plus de ma mère.
- B-Bien sûr.
Il ne parla pas davantage et elle se sentit troublée par la façon dont il lui avait parlé. Elle observait son visage d'albâtre et elle aurait juré avoir vu ses pupilles trembler de chagrin. Malgré elle, elle sentit ses bons sentiments jaillir en elle. Elle posa sa main sur la sienne, posée sur la neige gelée, et la serra aussi fort qu'elle le put pour lui transmettre tout son soutien. C'était comme ça qu'elle procédait avec Ginny, quand elle sentait qu'elle était plus vulnérable à la distance qu'instaurait Harry entre eux. Elle ne savait pas si cela marcherait avec Drago, mais elle voulait essayer.
Alors, ce qu'elle n'aurait jamais cru possible arriva. Son visage tordu par le chagrin, ses paupières fermés pour tenter de cacher la peine qu'il l'assaillait à cet instant, elle aperçut une larme, imperceptible, couler le long de la joue de Drago Malefoy.
Alors, il avait un cœur finalement ? Et il battait de la même façon que le sien ?
- Malefoy ? tenta-t-elle.
Sa voix sembla le ramenait à terre brutalement. Il sursauta et, de la main qui n'était prisonnière dans celle d'Hermione, essuya la preuve de sa faiblesse. Il serra les dents et ravala ses larmes, s'efforçant de récupérer ce masque qui avait tendance à lui faire trop souvent défaut.
- Ne fais pas ça, l'implora Hermione.
- Pardon ? interrogea Drago en posant finalement ses yeux sur elle, surpris.
- Ne cache pas ce que tu ressens, murmura la lionne. Parles-en, ça te soulagera. Il faut que tu te libères de tout ça !
- Non, répondit-il faiblement.
- Malefoy, reprit-elle. Parle-moi, ou si tu penses que je ne suis pas celle à qui tu dois en parler, parle avec Ginny, Ron, Harry, Blaise, qui tu veux ! Mais parle !
- Tais-toi, s'il te plaît, souffla faiblement le blond.
Mais elle balaya ses protestations d'un geste de la main. Elle se posta face à lui et l'obligea à lever les yeux vers elle. Leurs regards se captèrent rapidement et il sentit l'émotion le submerger à nouveau. Et, enfin, il craqua. Les mois de silence se dissipèrent en quelques secondes. Face à ce regard qu'elle lui lançait, il ne pouvait plus fermer son cœur.
- Quand Blaise est parti en juillet, j'ai été tenu pour responsable de sa fuite. Avec l'échec de mon père au Ministère il y a deux ans, et mon propre échec face à Dumbledore quelques mois plus tôt, les Malefoy n'avaient plus le droit à l'erreur. La fuite de Blaise nous a fait perdre encore plus en crédibilité auprès du Seigneur des Ténèbres et il a chargé mon père d'organiser l'attaque de Sainte-Mangouste. Je n'y ai pas participé, s'empressa-t-il d'ajouter en voyant les yeux de la brune le sonder gravement. Je suis resté auprès de ma mère, elle était folle d'inquiétude pour mon père et si j'y étais allé aussi, elle serait devenue folle. Quand mon père est revenu, j'ai compris tout de suite qu'il avait une nouvelle fois échoué. Le Mage Noir est arrivé alors, fou de rage, avec ma tante et il a torturé mon père pour lui faire payer sa défaite. Quand il en a eu fini, j'ai voulu l'aider à se relever mais, prenant ça pour une marque d'insolence - ce que c'était peut-être, finalement - il a passé ensuite ses nerfs sur moi un moment et puis il m'a laissé tranquille. Le regard qu'il m'a lancé à cet instant, je m'en souviendrais toute ma vie. Il a dit à mon père que nous avions besoin d'une leçon pour comprendre qu'il ne fallait plus le décevoir et il a pointé sa baguette sur moi. J-J'ai compris que j'allais mourir alors j'ai regardé une dernière fois ma mère et j'ai fermé les yeux. Je n'avais pas vraiment peur de mourir, Granger. Quand on est élevé comme je l'ai été, la mort nous semble une belle échappatoire. Je l'ai entendu prononcer la formule, mais je n'ai rien senti. Quand j'ai ouvert les yeux, j-j-je... Je...
Il s'arrêta net, la voix tremblante, les yeux pleins de larmes. Elle s'approcha un peu plus de lui et prit sa deuxième main dans la sienne, observant son visage. Jamais les larmes d'un garçon ne l'avaient autant touchées.
- M-Ma mère s'est jetée devant moi, murmura-t-il enfin. Elle est morte.
Elle pleurait désormais plus que lui, terriblement émue. Comment était-il possible qu'un garçon qu'elle n'aimait même pas suscite toutes ces réactions en elle ? Elle se sentait si mal. Sa gorge était serrée par l'émotion et ses joues étaient trempées. Il releva les yeux vers elle et sourit légèrement.
- Granger, tu es ridicule.
Elle lui rendit son sourire, riant de sa bêtise et lui lança le regard le plus chaleureux qu'elle avait en réserve. Finalement, elle se rassit à côté de lui et ils regardèrent longtemps le cours apaisant de l'eau. Elle posa sa tête sur son épaule, par réflexe plus que par affection et elle le sentit sursauter légèrement, puis se décrisper lentement.
- Je n'arrive pas à croire que Dumbledore soit mort, murmura-t-elle, autant pour elle-même que pour lui.
- Moi non plus, répondit-il sur le même ton. J'avais beau dire tout ce que je voulais sur lui, c'était un grand sorcier.
- Le plus grand, rectifia Hermione.
- Si tu le dis, Granger, souffla le jeune homme, amusé de sa manie de toujours vouloir corriger ses propos.
- Il a tellement fait pour nous tous, reprit-elle en sentant les larmes couler à nouveau sur ses joues. Sans lui, Harry, et Ron, et moi, et toi même, nous ne serions peut-être plus là.
- Je serais toujours en vie Granger, murmura Drago. Mais pas dans le bon camp.
Il la sentit acquiescer contre son épaule.
- Et Rogue, ce...
- Pas de vilains mots, tigresse, la coupa-t-il, son sourire réapparaissant au coin de ses lèvres. Je crois que tu as suffisamment donné hier soir avec moi. Garde tes insultes pour notre prochaine dispute.
Hermione sourit.
- Avec plaisir, répliqua-t-elle.
Il leva les yeux au ciel, mais ne put s'empêcher de se réjouir à cette perspective. Il était bien plus à l'aise avec elle quand ils se hurlaient dessus que quand ils se réconfortaient mutuellement. Mais curieusement, et sans qu'il ne puisse le comprendre, il se sentait apaisé depuis qu'elle l'avait rejoint. Son cœur battait dans sa poitrine douloureusement, mais cela n'était rien quant à celle qui avait disparu. Il avait cru que tout garder pour lui serait la meilleure solution mais il se sentait mieux maintenant qu'il avait exprimé ce qui le bloquait depuis des mois.
Il sortit de ses pensées en l'entendant renifler à ses côtés.
- Granger, soupira Drago. Je t'en prie, arrête de pleurer.
- Je suis désolée, geignit-elle. Mais je ne peux pas m'en empêcher !
Ce fut à son tour de se séparer d'elle pour se poster face à son visage larmoyant. Elle leva timidement les yeux vers lui et il eut un mouvement de recul. Jamais il ne l'avait trouvé belle. Elle avait des cheveux hirsutes, des dents trop en avant, un nez imparfait et elle avait surtout cette insupportable manie de toujours vouloir étaler son savoir. Mais à cet instant, il ne vit rien de tout cela. Ses yeux étaient gonflés et rougis par les larmes, et ses cheveux plus emmêlés que jamais collés à ses joues à cause de leur humidité. A travers ses sanglots, il vit cependant l'étincelle d'espoir qui brillait dans ses yeux et les rougeurs qui pimentaient sa peau, à cause de la timidité qu'elle éprouvait à pleurer devant lui.
Il ne l'avait jamais trouvé belle. Avant cet instant.
Jamais les larmes de personne ne l'avaient touché à ce point. Il sentit son cœur se presser violemment dans sa poitrine, mais il sourit et écarta les cheveux qui s'étaient fixés à ses pommettes. Un sentiment de peine se répandit en lui. Jamais il n'avait ressenti le chagrin d'un autre de cette façon. Alors, il se décida d'agir de la façon qui lui semblait la plus logique. Il n'avait jamais fait ça auparavant mais il avait déjà été assez souvent écœuré par cette attitude pour la connaître par cœur.
Il fit un pas vers elle et, lançant un sort pour les réchauffer tous les deux, il l'entoura de ses bras et la serra contre son torse. Elle eut un hoquet de surprise mais se laissa rapidement aller à l'étreinte chaleureuse du jeune homme, pleurant doucement dans le creux de son cou. L'odeur qui s'échappait de lui emplit délicieusement ses narines et elle se surprit à sourire à travers les larmes. …tait-il possible qu'ils soient devenus... des amis ?
Elle n'osait formuler cet espoir à voix haute, de peur qu'il parte en courant et se colla un peu plus à lui, savourant ce contact qu'il voulait bien lui donner et qui serait sûrement le dernier. Il lui caressa délicatement les cheveux et entendit ses pleurs diminuer, sans toutefois s'arrêter. Il posa sa tête contre la sienne et ferma les yeux, savourant cette tendresse qu'il n'avait jamais connu. Mais une voix indésirable surgit de nulle part, et ils se glacèrent d'effroi.
- Ote tes sales pattes de Sang-de-Bourbe de ma progéniture, gronda-t-elle.
Ils se séparèrent brutalement pour faire face à Lucius Malefoy, sa baguette noire comme sa cape pointée droit sur eux.
Voilà, j'espère que ça vous aura plu !
Bises,
L.
