Chapitre 21 :

Le lendemain la santé de Diego ne semblait pas s'améliorer.

Bernardo alla accueillir Padre Felipe venu en visiteur, mais bien que Bernardo tente de lui faire comprendre que Diego avait besoin de repos, le Padre insista pour monter le voir et demanda à Bernardo de le laisser seul avec lui.

Réticent, Bernardo finit par accepter en réalisant que Diego ne serait pas très fier de sa réaction.

— Diego, mon enfant. Commença le Padre une fois seul avec lui. Tu devrais t'éloigner de Los Angeles pendant un certain temps. … Hier soir, Zorro est venu me rendre visite avec une señorita. Après son départ, nous avons longuement discuté elle et moi. Salena a bien changé, elle s'est endurcie.

— Elle m'a raconté quelques souvenirs partagés avec toi. Il est vrai que tu étais un vrai petit diablotin, Diego. Heureusement tu es devenu plus sage avec les années. Toutefois, je pense que ton côté mutin doit ressortir de temps à autre… Ces souvenirs m'ont fait penser à une autre personne qui aurait pu être cet enfant espiègle. Je suis certain que tu en rirais si tu savais à qui je pense.

— Je voulais venir avec elle aujourd'hui, mais elle m'a avouée ne pas être prête à te voir. Il est vrai qu'elle s'est aussi confessée sur un poids qu'elle avait sur le cœur. Elle se sent responsables des malheurs qui t'accablent depuis ta blessure à la tête…

— Je reviendrai demain avec elle, en espérant te trouver réveiller. D'ici là reposes-toi et saches que tout va bien.

Puis le Padre fit une prière pour Diego et repartit aussitôt.

Dans la cour, il croisa Don Alejandro tandis que Bernardo retournait auprès de Diego.

— Padre Felipe ! Comment allez-vous ?

— Bien, merci.

— Vous veniez voir Diego ?

— Oui. Je l'ai vu hier après-midi, et comme il n'avait pas l'air en forme, je voulais m'assurer que tout allait bien, mais…

Don Alejandro fronça les sourcils. Diego était moins fatigué au dîner, avait-il rechuté ?

— Il doit encore avoir besoin de se reposer. Affirma Don Alejandro sans trop y croire.

— Je le pense aussi. Laissez-le donc dormir tant qu'il le désire.

— J'y veillerai, Padre. Appuya Don Alejandro.

— Bonne journée, Don Alejandro.

— Bonne journée à vous, Padre.

Sitôt le Padre parti, sitôt Don Alejandro alla voir son fils. Bernardo était en train de lui faire ingurgiter une espèce de mixture et Alejandro compris alors que Diego était de nouveau fébrile. Lentement, il s'approcha de lui et lui toucha son front brûlant. Il prit ensuite une chaise et s'installa à ses côtés…

— Fils, si demain tu ne vas pas mieux, je ferais revenir le Docteur Avila… D'ici là, bats-toi !

La journée passa sans réel changement au grand dam de Don Alejandro qui perdait espoir. Cependant, le soir venu, Diego retrouva finalement ses esprits.

— Père. Dit-il, la voix nouée par l'émotion, en l'apercevant.

— Diego. Souffla-t-il soulagé. Comment te sens-tu ?

— Fatigué. Admit-il. Vous avez l'air apaisé de me voir éveillé… Combien de temps ai-je passé à dormir ? Demanda Diego.

— Toute la journée entière… Tu as déjà traversé une longue épreuve par le passé, j'espérais que cela ne se reproduise pas.

— Je comprends votre soulagement, Père. Dit Diego.

— As-tu besoin de quoi que ce soit ?

— Je crois qu'un petit encas serait le bienvenu. Sourit Diego.

Don Alejandro se leva alors.

— Je vais aller en cuisine donner quelques ordres. Reposes-toi.

Don Alejandro sortit alors, laissant la place à Bernardo qui échangea un sourire avec Diego. Bernardo lui demanda ce qu'il s'était passé la veille.

Diego se fit pensif un moment et, cherchant à s'installer plus confortablement, grimaça. La douleur sur le côté l'aida à se remémorer.

— Bernardo, il faudrait songer à changer le bandage que Padre Felipe m'a fait.

Bernardo regarda Diego, intrigué.

— Je ferais mieux de t'expliquer depuis le début. Lorsque je suis arrivé à Los Angeles hier soir, le lancier Juan Cortès allait emmener la señorita dans le désert pour s'en débarrasser. J'avais raison de vouloir sortir à tout prix. Je suis parti à leur poursuite après avoir été donner une visite de courtoisie au magistrado, alors dans le bureau du commandante…

— Quand je les ai retrouvés, Zorro a été contraint de se faire gaucher. Là tout allait encore bien. J'ai reconduit le lancier au cuartel pour qu'il finisse en cellule. C'est un des meurtriers des parents de Salena. … Puis tandis que j'expliquai cela au magistrado, le frère du lancier est arrivé. Il s'agit de l'étranger que nous avions croisé à la taverne il y a quelques jours…

— Mes affaires se sont alors compliquées. Fiévreux et fatigué j'ai été obligé de me battre contre le frère du lancier, me faisant de nouveau gaucher… La fatigue m'a fait faire une erreur et mon adversaire m'a alors touché. Je suis néanmoins parvenu à le désarmer avant de conduire la señorita à la mission. Sur place, j'ai demandé l'asile pour la demoiselle et au moment de partir, je suis tombé inconscient.

Bernardo l'arrêta un instant et lui expliqua l'avoir vu dans la grotte avant son retour.

— Non, Bernardo. Ce n'était pas moi. Lorsque j'ai perdu connaissance, Padre Felipe m'a expliqué que la señorita m'a emprunté ma cape et mon chapeau avant de filer sur le dos de Tornado. Les lanciers approchaient, elle m'a en quelque sorte permis de leur échapper. Les lanciers l'ont poursuivi croyant poursuivre le Renard. Fort heureusement d'ailleurs. Padre Felipe a pris soin de ma blessure, puis j'ai fini par reprendre conscience et je suis rentré… Ensuite tout est assez flou… Et avant que je n'oublie, il est fort probable que la señorita soit Salena De Castillos. Zorro a demandé au Padre de la conduire chez les De la Vega où elle trouverait conseil auprès de Don Alejandro. Si c'est bien elle, cette affaire est alors terminée et il nous resterait à résoudre le meurtre du lancier Pizaro.

Bernardo le réprimanda.

— Oui, j'en suis conscient, mon bon Bernardo. Je ne suis pas en état de quoi que ce soit. Ne t'en fais pas, je vais attendre voir comment cela va tourner.

Puis Don Alejandro revint le voir lui apportant un petit encas. Et tandis que Diego se restaura, Don Alejandro lui fit savoir que l'un des responsables de la disparition des De Castillos avait été arrêté grâce au concours du Renard. Le tavernier, qui avait été réveillé en pleine nuit, n'avait de cesse de raconter son histoire à qui voulait l'écouter. Le frère du lancier inculpé s'était battu contre le Renard d'après le bruit qu'il avait perçut. De plus le tavernier soutenait mordicus que Zorro avait ensuite été pourchassé toute la nuit par les lanciers.

Voyant que son fils était sur le point de se rendormir, Don Alejandro lui souhaita bonne nuit et le laissa.

Bernardo prit de nouveau le relais et changea le bandage de son flanc. La blessure était vilaine à voir. Ensuite, peu avant que Diego ne se rendorme, Bernardo lui fit avaler sa potion à son plus grand dégoût.

— Je suis obligé ? Demanda Diego faisant la grimace tel le ferait un enfant.

Bernardo le lui fit d'ailleurs remarquer et opina du chef sévèrement.

— Bon, bon… Je vais la boire… Gracias, Bernardo.

Et la nuit s'écoula paisiblement.

Le lendemain matin, Diego s'étira lentement, très lentement. Après une courte discussion avec Bernardo, Diego se tut et écouta tandis que des chevaux se faisaient entendre.

— Veux-tu aller voir qui arrive ? Je te prie. Demanda Diego.

Cinq minutes après, Bernardo revint à la hâte et lui expliqua que le Padre venait d'arriver avec une ravissante señorita.

— Fais les entrer dans la sala et ramène quelques rafraîchissements, je vais venir.

Bernardo montra son accord et ressortit aussitôt allant à la rencontre des visiteurs alors dans le patio et fit ce que Diego lui avait demandé. Lorsque le padre su que Diego était réveillé et qu'il allait les rejoindre, il suivit Bernardo en souriant, intriguant la señorita par l'emploi du langage des signes.

— Excusez-moi, Padre, mais je trouve votre comportement… étrange. Dit-elle une fois que Bernardo fut ressorti de la sala.

Padre Felipe sourit au commentaire.

— Mon enfant, Bernardo, le serviteur de Diego, est sourd-muet. Le seul moyen de communiquer avec lui est d'utiliser le langage des signes.

— Oh… Ce doit être difficile.

— Ce ne l'est certes pas pour Bernardo ou pour Diego. Ils ont une grande facilité à communiquer. Expliqua le Padre.

Peu après, Bernardo revint avec un plateau bien garni et déposa le tout sur la table, invitant le padre et la señorita à prendre place tandis que Diego arrivait à son tour.

— Buenos días, Diego. Content de te voir debout, mon enfant.

— Buenos días, Padre, Señorita. Salua-t-il ensuite tout sourire, faisant un baisemain à la charmante jeune femme.

La señorita et Diego se fixèrent du regard un certain temps. Pour Diego, elle ne lui était pas inconnue. Il la connaissait, il en jurerait.

— Buenos días, Señor De la Vega. La nuit dernière n'a pas été trop agitée ? Questionna-t-elle malicieuse et intriguant Diego qui reconnait alors sa voix.

— 'Les pensées' de Pascal sont très philosophiques et ne permettent pas à l'esprit de se reposer. Rétorque-t-il alors en souriant. Seriez-vous par hasard la señorita dont j'ai croisé le chemin il y a quelques jours ? Comment vous portez-vous ?

— Je… Merci pour votre intervention, Señor. Votre aide m'a permis de redevenir moi-même.

Pendant ce temps à l'extérieur, Don Alejandro revenait de Los Angeles accompagné par le sergent Garcia et le magistrado.

— Si j'en crois vos paroles et les ragots du pueblo d'hier, Señor Magistrado, Zorro vous aurait livré un des responsables de la disparition des De Castillos.

— Oui. Mais il a aidé le vagabond à s'enfuir.

— Où en est l'enquête sur le meurtre du lancier ? Interrogea Don Alejandro.

— Et bien il faut que je demande à un autre lancier d'enquêter, étant donné que Juan Cortès est en cellule à l'heure actuelle.

— Qu'a-t-il donc fait ? Demanda Don Alejandro innocemment ouvrant la porte de l'hacienda et invitant le sergent et le magistrado à entrer dans la sala.

A l'intérieur la conversation s'arrêta au moment où la porte s'ouvrit et chacun regarda les nouveaux arrivants. Il y eut un lourd silence et une tension fut ressentie par Diego.