CHAPITRE 20

Moi, qui plane à trois mille du sol, vous croyez ? Putain, je touche plus terre depuis deux jours ! Curieusement, même le départ d'Edward n'a pas réussi à ternir ma bonne humeur. Emmet prétend qu'on m'a échangé avec le nain Joyeux. Je souris tout le temps, je ne m'énerve pas, n'emmerde pas les profs (bien que je raconte le contraire à Edward juste pour l'agacer un peu), et suis d'un calme encore plus olympien lors de cette réunion de la Famiglia au Castello.

Nettoni me parle d'un nouvel arrivage de filles en provenance directe de Biélorussie. En temps normal, cela me fait grogner, surtout quand je l'entends parler de ces femmes comme si elles étaient du bétail, mais là, rien ne m'atteint. Il pourrait m'annoncer que nous sommes en guerre ouverte contre la Camora, cela ne me ferait ni chaud ni froid. J'essaye pourtant qu'être concentrée sur ce qu'il se passe mais là c'est un peu trop difficile. Mon esprit n'a qu'une seule idée et il la fait tourner en permanence : Edward. Edward qui m'embrasse, Edward qui me prend dans ses bras, Edward qui me traite de sale mioche, Edward qui joue du piano et le mieux de tout, Edward qui dort contre moi, son nez dans mes cheveux.

Quand je pense que je suis sensée mettre au point les derniers détails de notre voyage avec Signora Verbera. À part me prendre pour Sissi et imaginer Edward en Frantz…Vienne est à des milliers d'années lumières. Faut que j'arrête les pensées à l'eau de rose, ça va finir par me griller complètement le cerveau. Isabella concentre toi, mot d'ordre du jour.

- C'est Hunter qui les réceptionnera à la descente des camions, cela se fera du côté de Stagliano.

- Vous laissez le mac seul ? Lui demande-je.

- Non, bien sûr que non, signorina, je serai présent également.

- Qu'il n'essaye pas de nous doubler.

- De toute façon, il sait qu'il est surveillé comme le lait sur le feu et qu'au moindre écart de conduite, il est bon pour la fosse commune.

- Pourquoi la fosse commune ? Interroge-je Nettoni.

- Parce que personne ne va payer des funérailles pour ce salopard, pas même le peu de famille qui lui reste.

- Parce qu'il a de la famille en plus ?

- Une nièce, je crois…

- Pauvre gosse ! Conclut Emmet sur le sujet.

Nettoni referme ses dossiers, comprenant bien que la parole ne lui sera plus donnée durant la fin de la réunion. Jacob Black prend la parole à son tour, faisant le point sur les activités de la drogue depuis Noël. Le réveillon est toujours une période faste pour la vente de drogue, beaucoup de personnes en mal de sensation s'y essayent lors de la nuit de la Saint Sylvestre, augmentant fortement les ventes à ce moment là. Jacob va en avoir pour un sacré bout de temps car il part dans le détail de tous ses dealers et revendeurs, alors que des souvenirs pas très joyeux me reviennent en mémoire.

C'est lors de la nuit du nouvel an, l'année dernière, que j'ai essayé la cocaïne pour la première fois. J'avais cassé les pieds de Démétri pour que je puisse en prendre. Les parents étaient à une réception à Rome et Démétri avait invité bon nombre de ses potes au Palazzo, le transformant le temps d'une soirée en un vrai bordel. Alcool, drogue et sexe dans tous les coins. Démétri ne voulait pas que je descende de ma chambre, mais bien évidemment, je ne l'avais pas écouté. Mon frère était plus ou moins saoul quand j'ai rejoint le salon. Entre les groupes qui s'envoyaient en l'air contre les murs ou sur les canapés, ceux qui vidaient les bouteilles de champagne ou de whisky à même le goulot et ceux qui se faisaient des rails sur la table basse. J'avais repéré Démétri avachi dans un fauteuil, une fille à genoux entre ses jambes.

Quand il m'a vu arriver, il l'a dégagée, s'est rhabillé alors que je tournais la tête et m'a attrapé le bras. Il était en colère contre moi mais je lui ai fait du chantage. Si je n'essayais pas la coke, je racontais aux parents quel genre de soirée était le réveillon. Mon frère était piégé, pour Papa et Maman, le Palazzo devait être un terrain intouchable et les orgies romaines y ont toujours été proscrites. Papa ne se faisait aucune illusion sur son fils, il savait qu'il participait à ce type de soirées, comme lui l'avait fait avant son mariage. Mais pas au Palazzo, c'était la règle.

Je me souviens avoir éternué après avoir sniffé un rail de taille réduite, je suis restée au rez-de-chaussée, aux côtés de mon frère qui ne voulait pas que je m'éloigne. Il en profitait pour boire comme un polonais. J'arrivais à vider les verres d'alcool, le soudoyant habilement. Mais un moment, je ne sais pas si c'est moi qui me suis éloignée ou si c'est lui. Je ne sais plus trop ce qui s'est passé, j'étais vraiment dans un état second. J'ai dû déambuler au fil des pièces et des verres que l'on me proposait. Tout le monde savait très bien qui j'étais, et que j'étais donc intouchable, à moins de vouloir risquer sa vie. Mais il y a eu des téméraires, ou des fous, au choix.

Toujours est-il que ce soir là, j'ai failli tout cumuler : mon premier rail, ma première cuite, mon premier cadavre et ma première fois. Je ne sais pas comment ça s'est passé mais je ne reprends conscience de ce qu'il se déroulait alors que deux types tentaient de me déshabiller au fond du couloir. L'un me tenait le haut du corps tout en me plotant la poitrine alors que l'autre, ses genoux bloquant mes jambes, s'attaquait à mon bouton de jeans. La drogue et l'alcool m'avaient rendue faible, j'avais du mal à résister. Alors je me suis mise à hurler… Hurler à m'en briser les cordes vocales. J'ai mordu la main qui a essayé de me faire taire, pour continuer mon cri.

Alors que mon pantalon était en train de descendre le long de mes jambes, Démétri est arrivé, la fureur déformant ses traits. Il a frappé celui qui s'occupait du haut de mon corps, encore et encore, sans discontinuer. Une fille m'aida à me relever et à remonter mon pantalon. Je me mordais les joues jusqu'au sang pour retenir mes larmes. Je vis que Lorenzo avait plaqué le second type au mur. Pour le faire se tenir tranquille. Beaucoup de monde s'était accumulé dans le couloir. Et dans un excès de rage, Démétri a sorti son flingue et il a tué le premier gars. Des hurlements ont retenti derrière, mais j'adoptais une expression neutre. On ne touche pas à un Volturi, la sanction est normale.

Mon frère s'approcha du second et lui balança plusieurs coups dont le dernier dans le ventre qui le fit s'écrouler à genoux. Démétri braqua son flingue sur lui mais je l'ai arrêté en posant ma main sur son bras. Il m'a regardé surpris alors que je glissais mes doigts sur son Eagle. Sans que nous ne prononcions un seul mot, il a compris ce que je voulais : c'était à moi qu'on s'est attaqué, c'était à moi d'infliger le châtiment. Il m'a laissé son revolver, que je devais tenir des deux mains car trop lourd pour ma petite corpulence. Il s'est placé derrière moi et a posé ses paumes sur mes doigts, pour m'aider. J'ai visé la tête et ai pressé la détente. Le coup est parti, le recul me propulsant contre mon frère qui avait anticipé cette réaction.

La tête du type était explosée, le sang et la cervelle dégoulinant sur le parquet. Je regardais ça sans une once de remord, si il n'avait été arrêté, il m'aurait violé. Démétri m'a repris le flingue avant de me serrer dans ses bras, et poussant un soupir de soulagement. Je venais de tuer quelqu'un et je n'arrivais pas à me sentir coupable. Quand nous sommes sortis du couloir, je vis que Lorenzo et Riley étaient train de faire dégager tout le monde du Palazzo. Mais nous ne nous attardâmes pas, nous sommes montés directement dans ma chambre. Mon frère m'a obligé à prendre une douche et quand je suis ressortie de la salle de bain, il était toujours là, discutant avec Lorenzo et Riley. Me voyant, ils sont sortis, il fallait nettoyer et faire disparaître toute trace de ce qu'il s'était passé. Mais Démétri est resté, attendant que je me glisse sous ma couette. Une fois installée, il m'a reprise dans ses bras et m'a demandé pardon. Il l'a répété indéfiniment, tout en me berçant. J'ai dû m'endormir dans ses bras.

Quand je me suis réveillée le premier janvier, tard dans la journée, un mal de crâne carabiné me cloua au matelas : les conséquences de la coke et de l'alcool. Puis ce qui s'est passé m'est revenu en tête, et je me suis précipitée dans la salle de bain pour vomir. Assise sur le carrelage froid, j'ai pleuré pendant je ne sais combien de temps. J'avais tué un homme, j'avais failli être violée. J'ai vomi jusqu'à m'en brûler la gorge et l'estomac, toujours en pleurant. C'est comme cela que Maman m'a trouvé et m'a prise dans ses bras.

Je sais que Démétri s'est pris un savon de la part de Papa et de Maman, double couche. Il ne pouvait pas dissimuler ce qu'il s'était passé durant le réveillon et il a été obligé de tout révéler. Papa a dû jouer de toute son influence pour que l'affaire ne sorte pas au grand jour. C'est la seule fois où Démétri a commis une telle bavure. Le véritable point positif de toute cette affaire, c'est que dès la semaine suivante, Papa m'offrit mon Beretta et des cours de tirs dans le stand du Castello, trois fois par semaine. Mais surtout, c'est avec cet épisode que je suis devenue une vraie Volturi.

- Qu'en pensez-vous Isabella ?

Je relève le nez et regarde autour de moi : tous ont les yeux fixés sur moi attendant une réponse à la question de Black. Merde, l'atterrissage est rude et je n'ai rien suivi. Mais c'est sa faute aussi, il est incapable de nous faire un résumé de ses dernières activités, il prend toujours trois plombes : faudrait apprendre à synthétiser mon bonhomme. Vivement Vienne !

XOXOXOXOX

Le jet vient d'atterrir sur le tarmac de l'aéroport privé de Vienne. Signora Verbera est assise en face de moi et Rosalie et Lorenzo sont de l'autre côté de l'avion. J'ai eu le droit à tout le topo sur les Andropov avec à leur tête, un couple infernal : Vladimir et Tanya. Mariés depuis plus de huit ans, leurs prises de tête et éclats dans leur couple sont aussi notoires que leur amour pour la Vodka. Ils se trompent, s'engueulent, se rabibochent, mais leur meilleur point de ralliement, ce sont les affaires. Là, leur association est indéfectible, l'un complétant l'autre. Vladimir a les relations, puisque né Andropov, il est diplomate et très cynique, peu lui résiste en négociation, son dada, l'alcool, les cigares et les armes de collection. Tanya, elle, c'est évidemment le charme, grande blonde sculpturale, mais c'est aussi le côté impitoyable de leur couple. Peu lui importe qui est au bout du canon de son révolver, même un enfant, s'il la gêne, elle l'abattra sans scrupule. Elle est une passionnée des pierres précieuses et surtout des diamants, et d'après la rumeur, elle s'y connait qu'Angela Verbera.

Nous descendons au Hilton où deux suites nous ont été réservées. C'est ici qu'aura lieu la rencontre, mais deux étages au-dessus, dans le penthouse occupé par le couple russe. Nous ne leur avons pas dit que nous sommes descendus dans le même hôtel. Je n'aime pas beaucoup me sentir aussi proche d'eux mais c'est pour mieux masquer notre rencontre.

D'ailleurs, il va falloir que je me montre dans Vienne, pour laisser croire à autre chose qu'une rencontre mafieuse. Nous serons ce soir même à la réception que donne l'ambassadeur d'Italie en Autriche, histoire de. Et surtout depuis que je suis installée dans ma chambre, je n'ai qu'une envie, aller me balader dans la capitale autrichienne. La rencontre n'aura lieu que demain soir. Mais avant toute chose, j'ai besoin d'un truc, essentiel, primordial à mon nouvel équilibre. J'en profite maintenant que je suis seule. Le téléphone collé à l'oreille d'entend trois tonalités avant que sa voix me réponde :

- Bella ?

- Re-bonjour.

- Tu es arrivée ?

- Oui, nous sommes au Hilton. Et toi, Alice ne t'a pas encore rendu dingue.

- Je lui ai interdit de venir avec moi pour les répétitions avec l'orchestre.

- À ce point ?

- Elle me fait payer ce que je lui ai dit le soir où elle a quitté Gênes.

- Et qu'est ce que tu lui as dit ?

- Que je ne voulais plus qu'elle régente ma vie.

- Ah…

Je ne sais pas trop quoi lui répondre, car depuis son départ, même si je suis sur un nuage par rapport à lui, aucun de nous n'arrive à aborder l'état de notre relation.

- Bon qu'est ce que tu vas faire d'avouable durant ton séjour ?

Edward, ou l'art de se sortir des conversations embarrassantes avant même de les avoir commencées.

- Et bien, cet après-midi, la Hofburg et les joyaux impériaux. Signora Verbera a des tonnes de trucs à m'apprendre là-dessus.

- Tu verras, c'est vraiment superbe. J'avais adoré visité la Vienne impériale. En plus, il y a un centre ville très sympa pour se balader à pieds.

- Je sais, il faudra que j'aille chez Van Cleef & Arpels.

- Mais qu'est que tu veux aller faire chez un joaillier, dont on ne trouve pas de bijou à moins de dix mille euros ?

- Les étoiles de Sissi !

- Pardon ?

- Mais oui les étoiles de Sissi. Tu vois le grand tableau de l'impératrice où elle porte une longue robe blanche.

- Non…

- Mais si Edward, c'est le portrait d'elle le plus connu.

- Peut-être.

- Et bien dans les cheveux, elle a des étoiles en diamant. Et Van Cleef & Arpels ont fait une reproduction de ces bijoux et je compte bien aller les admirer, voir même en acheter une.

- Bella! Soupire-t-il au téléphone. Tu dis ça comme tu dirais « je vais acheter un jean's chez H&M ».

- De toute façon, qu'est ce que tu y connais en la matière ?

- Rien ! Mais, franchement, Bella, tu as besoin d'un truc pareil ?

- Edward, c'est un rêve de gosse. J'adore Sissi, j'adore Romy Schneider et ces étoiles m'ont toujours fait rêver.

- Petite fille capricieuse ! Ironise-t-il.

- Et puis de toute façon, tu m'emmerdes. M'énerve-je. Je me suis promis de ne pas repartir de Vienne sans, et je tiens toujours mes promesses !

- Tiens donc, elles ont bon dos, les promesses !

- Edward, je vais raccrocher, tu m'agaces.

- Ça tombe, toi aussi.

Je ne réponds. Le silence se fait entre nous et j'entends sa respiration. Je n'ai pas envie de raccrocher, surtout pas. J'aime nos disputes pour des broutilles, j'aime entendre sa voix même si c'est pour me traiter de « petite fille capricieuse ». Finalement n'y tenant plus, je reprends la parole plus doucement :

- Tu me manques.

Nous l'avons dit en même temps, ça me fait sourire car nous sommes bien plus liés que les autres pourraient le croire.

- J'ai hâte de te revoir Bella.

- Moi aussi.

Nouveau silence, nous ne savons pas quoi nous dire. Ou plutôt si, mais ce que je veux lui avouer, je ne peux pas le faire au téléphone, je veux lui dire en face.

- Il faut que j'y aille Bella, l'orchestre m'attend.

- Bon courage à toi.

- Merci.

- Tu vas me rappeler avant le concert de ce soir ?

- Oui… je… je vais avoir besoin de t'entendre avant de commencer.

À croire que cet aveu lui coûte beaucoup.

- D'accord.

- Tu feras quoi pendant que je serai sur scène ?

- Je serai à une réception à l'ambassade d'Italie mais… je crois que psychiquement je serai plutôt du côté de Madrid.

- Je te rappelle plus tard.

- À tout à l'heure.

- Oui… Et Bella…

- Oui ?

- Quand, je jouerai, je ne penserai qu'à toi.

Il a raccroché sur cette phrase, me laissant complètement pantelante, le palpitant à cent quatre-vingt. Je regarde bêtement mon téléphone et sourit comme une idiote. Putain, que je l'aime…

XOXOXOXOX

Ces deux jours sont ont été à la fois très longs et très courts. Court quand j'ai pu m'émerveiller de toutes les beautés de la capitale viennoise : la Hofburg, Schonbrunn, les joyaux de la couronne, mes quatre étoiles dans un écrin, la crypte des Capucins… Longs quand je pensais qu'Edward n'était pas avec moi pour déambuler avec à mes côtés, long quand il a fallu faire des ronds de jambe chez l'ambassadeur. « Ah j'ai bien connu vos parents. Quelle tristesse ce qu'il s'est passé… » J'en passe et des meilleures.

Edward m'a appelé juste avant son concert mais juste quelques secondes, pour entendre ma voix. Je l'ai rappelé en rentrant de la réception. Il était satisfait de son interprétation mais sans plus, et juste avant de raccrocher, il m'a dit que la musique n'avait pas la même saveur sans moi. Décidément, ça doit l'amuser de couper la conversation après m'avoir lancé des trucs pareils, qui me retournent complètement le cerveau. En tout cas il est bien rentré au Palazzo pour le déjeuner, il parait qu'Emmet, était ravi de son retour… Il paraît qu'il s'ennuyait, le pauvre !

Mais là, je dois penser à tout autre chose. Nous sommes devant la porte des Andropov, où un de leurs hommes de main est venu nous ouvrir. Sans plus attendre, nous entrons pour nous diriger vers le salon du penthouse. Vladimir est debout, un cigare dans une main, un verre dans l'autre. Quand à Tanya, elle est assise dans un fauteuil, ses longues jambes croisées, elle pourrait faire concurrence à Rosalie Halei sur le critère de la beauté. Mais c'est surtout son regard qui me frappe, il est faux, hypocrite, tout ce qu'il y a de plus fielleux. Je sens qu'on ne va pas beaucoup s'apprécier. Mais c'est son mari qui interrompt mes réflexions :

- Miss Volturi, c'est un vrai plaisir de vous rencontrer en personne. Me dit-il de son anglais roulant. Je n'imaginais pas que vous ayez souhaité nous rencontrer aussi rapidement.

- Autant me présenter dans les plus brefs délais, cela m'évite de faire des courbettes hypocrites trop longtemps.

- Comme je vous comprends, Miss. Mais je vous en prie, asseyez-vous.

Sa femme n'a pas desserré les dents depuis mon entrée dans la pièce, elle se contente de me fixer sans ciller. Croisant ses prunelles bleues azurs, je lui adresse le regard le plus méprisant que je peux : elle me prend pour une moins que rien, je ne fais que lui rendre la pareille. Je m'installe dans le canapé, Signora Verbera à ma droite et Halei dans le fauteuil à ma gauche. Comme à son habitude, Lorenzo reste debout, derrière moi.

Tanya attrape son propre verre posé sur la table basse, au milieu des nombreux documents qui doivent concerner nos affaires. Elle le porte délicatement à ses lèvres alors que Vladimir s'assoit sur l'accoudoir de son fauteuil.

- Avez-vous eu le temps de visiter un peu Vienne, Miss ?

- Oui, bien sûr, c'eut été un crime que de passer à côté de tout cela sans s'y arrêter.

- Je dois avouer que Tanya et moi adorons cette ville, il y a quelque chose de spécial ici. Un je ne sais quoi de féérique, qui vous emmène dans une autre époque.

- Oui, j'ai pu le constater. D'ailleurs j'en ai profité pour faire quelques emplette et apprécier les quelques joyaux qui sont exposés dans le trésor impérial.

Franchement, ces fausses politesses m'exaspèrent, autant entamer finement les sujets qui nous ont amené ici. Tanya prend la parole pour la première fois :

- Je suis assez d'accord vous, Miss. Il y a quelques pièces que j'aurais bien aimé avoir dans ma collection personnelle.

- Je suis intimement convaincue que dans les pierres que nous avons amenées, certaines vous siéront, Signora.

Angela fait un signe à Lorenzo pour qu'il s'avance et qu'il pose sa mallette sur la table. Il l'ouvre pour permettre à tout le monde de voir son contenu. Un à un, il vide les aumônières de satin contenant les diamants. Signora Verbera est allée les chercher elle-même en Belgique la semaine dernière. Une espèce de constellation s'étale dans le fond doublé de velours de l'attaché-case. La lumière du lustre fait briller chacune des pierres, c'est superbe.

Tanya se penche sur la marchandise et prend entre ses doigts plus que manucurés un des plus gros diamants. Elle le regarde dans la lumière, au dessus d'elle pendant un long moment. Elle recommence cette opération plusieurs fois avec une pierre différente à chaque fois et à les reposant soit elle la repose dans la mallette soit dans un plateau en argent à côté. Elle ne choisit que de gros joyaux. Une fois son manège terminé, elle se retourne vers son mari et lui parle en russe.

Rosalie Halei fronce les sourcils, elle n'aime pas ne pas comprendre ce qu'il se passe autour d'elle. En revanche Verbera ne semble être gênée, et se penche vers moi pour me murmurer en italien :

- Tanya est jalouse de notre approvisionnement, car les pierres sont d'une très grande pureté. Elle voudrait négocier notre source pour qu'elle puisse elle-même choisir ses acquisitions.

- Rassurez-moi, les plus belles pièces sont restées au Castello.

- Évidemment !

Nous nous sommes redressées pour voir Tanya nous fixer méchamment, aurait-elle oublié qu'Angela parle le russe couramment, ce qui est très pratique, je dois bien l'avouer. Vladimir lui, arbore toujours le même sourire depuis notre arrivée. Il est impossible de savoir ce qu'il pense. Verbera entame alors les négociations avec son épouse. Je suis appuyée contre le dossier, laissant ma spécialiste es joaillerie se charger des pourparlers. C'est très intéressant à suivre mais les détails techniques sur la façon de tailler les pierres m'indiffèrent complètement.

Au bout d'une demi-heure, elles arrivent à un accord sans qu'Angela n'ait eu à lâcher le nom de nos intermédiaires en Afrique du Sud. Tanya est furieuse sur ce sujet mais son mari l'a calmée sur ses prétentions, en russe bien évidemment mais Verbera m'a rapporté leurs propos. Nous sommes en position de force en Europe en ce moment et personne ne peut faire sans nous au niveau international depuis près de cinq ans. La disparition de Papa n'a pas changé la donne, car Verbera, Halei, Black et Nettoni ont réussi à maintenir la main mise des Volturi.

Je sens que quand nous sortirons, ils seront bons pour s'engueuler de nouveau. Pour un peu, ils mettront à sac le penthouse, il parait que c'est déjà arrivé. En tout cas, le prix qui est ressorti des négociations est largement en notre faveur, c'est plus que ce qu'avait négocié Angela au départ. Un des Russes a amené un sac Vuitton rempli de dollars. Et sous nos yeux, il a déposé la somme exacte pour le paiement des diamants. Lorenzo a rangé les diamants dans les sachets et les a posé sur la table, pour ensuite remplir la mallette du règlement. Après cette opération, nous avons attaqué sur les kalachnikovs et j'ai pu découvrir Rosalie Halei dans l'art des négociations, cette fois ci ce fut Vladimir qui a mené pour les Andropov. Ce fut tout aussi âpre, mais Halei fut aussi calme que le Russe. Elle a fini par obtenir un approvisionnement d'armes à feu pour, par la suite, les envoyer en Palestine. Mais nous ne les payerons que lors de la livraison de la première cargaison en Égypte à nos hommes qui commencent à prendre place à Alexandrie.

Il est plus d'heure du matin, quand nous nous levons toutes les trois pour prendre congés. Lorenzo tient bien en main la poignée de l'attaché case qui contient les neuf cent quatre-vingt-dix mille dollars de paiement pour les diamants. Nous ne nous serons pas la main, personne ne se touche dans le milieu, trop dangereux, on a déjà vu des empoisonnements par le toucher. Alors, j'amorce ma sortie, Tanya Andropov m'interpelle :

- Au fait, Miss, comment va votre tuteur ?

- Pardon ?

- Oui ! Edward Cullen.

- Il n'est plus mon tuteur, je suis émancipée maintenant.

- Quel dommage, un si bel homme ! Je crois que j'en aurais usé et abusé si j'avais pu vivre avec un tel spécimen.

Je n'aime pas du tout la tournure que prend la conversation, son regard transpire la convoitise. Isabella, calme-toi, je t'en prie, calme-toi. Mais putain, salope, t'as pas intérêt à toucher à Edward, sinon je te fais la peau.

- Vous savez peu de chose l'intéresse à part son piano. Lui dis-je de la façon la plus neutre possible.

- Allons, Miss, c'est un homme, c'est juste que vous ne savez pas vous y prendre. Vous êtes trop jeune. Je suis sûre que s'il avait une vraie femme en face de lui, son piano lui semblerait moins attrayant.

- Vous connaissez Heidi de la Camorra Napolitaine, Signora ?

- Bien évidemment.

- Elle a essayé, il a préféré aller s'enfermer dans le salon de musique.

Je ne le présenterai jamais à la fille chérie du Capo de la Camorra, ce serait de la folie, mais pour éloigner cette pétasse russe, je suis prête à tous les mensonges possibles.

- Chéri, il faudra que nous allions assister à un de ces concerts, il parait que ses doigts sont enchanteurs.

Je comprends très bien le sous entendu plus que flagrant, mais je reste calme, je dois rester calme.

- J'espère que vous nous présenterez, Miss. J'aimerai m'y essayer à mon tour. Vaincre Heidi sur ce terrain, même à distance, ce serait une vraie jubilation. Conclut-elle.

Même pas en rêve, connasse ! Moi vivante, tu n'approcheras jamais d'Edward. C'est clair, dorénavant, pour le moindre de ses concerts, je ne le laisserai plus y aller sans moi.

- Nous verrons cela. Signora, signore. Leur réponds-je en les saluant d'un signe de tête avant de sortir.

J'ai envie de tuer quelqu'un, de me défouler, d'évacuer la rage qui bouillonne en moi. Quelle pute, non mais quelle pétasse ! Oser sous entendre ça, devant son mari en plus ! Quoique, c'est peut-être pour le faire enrager après l'épisode des diamants. Je la tuerais plutôt que de la laisser approcher d'Edward. Mais d'un autre côté, elle est tellement belle, une de ses femmes fatales auxquelles aucun homme n'est capable de résister. Et moi qu'est ce que je suis, une gamine de seize ans, qui n'a même pas fini sa croissance. Et si elle lui plaisait, et s'il la trouvait à son goût, et si c'était une femme comme cela qu'il lui fallait.

En entrant dans ma suite, je me précipite devant le miroir de la salle de bain. Physiquement, je ne suis qu'une enfant. Comment peut-il éprouver quoi que ce soit pour moi ? Comparée à elle, je ne fais pas le poids. J'ai envie de pleurer, je n'arriverai pas à le garder. C'est un homme, il a des besoins, et je ne suis pas capable de les satisfaire pour le moment. De dépit, je m'écroule sur le lit et laisse des larmes s'écouler de mes joues. Quand mon téléphone sonne. Sans regarder qui est mon interlocuteur, je réponds :

- Allo.

- Bella.

- Edward. Je me redresse.

- Bella, y a un problème ?

- Pourquoi tu poses cette question ?

- Parce que ta voix est saccadée. Tu pleures ?

- C'est rien, Edward.

- Dis-moi, Bella. Je n'aime te savoir comme cela alors que je ne peux pas te réconforter. Je t'en prie.

- C'est juste que la Russe a dit que je suis trop jeune pour pouvoir attirer un homme.

Autant ne pas lui dire toute la vérité, de toute façon, je ne suis pas capable de lui dire mes véritables craintes. Il laisse passer un silence avant de reprendre la parole :

- N'écoute pas ce que cette immonde blonde ait pu te dire.

- Comment tu sais qu'elle est blonde ?

- Quand tu as donné leur nom, j'ai été curieux et j'ai regardé sur Google. Trop pot de peinture et trop de silicone dans la poitrine à mon goût.

Je souris faiblement à sa réflexion, il n'a pas l'air de la trouver aussi belle que je l'aurais pensé. Reprenant un peu de courage, j'ose lui demander :

- Et ton goût c'est quoi ?

- Mon goût ?

- Oui…

- Je dirais brune, pas très grande, un air innocent cachant une grande force de caractère, habillée en bleu de préférence, des yeux chocolat, assez chieuse sur les bords…

Mon sourire s'agrandit au fur et à mesure de la description. J'ai du mal à y croire.

- Merci Edward.

- Bella…

- Oui ?

- Crois-moi, j'aurai beaucoup moins hésité si je n'avais pas su que tu n'avais que seize ans.

Mon cœur s'emballe. C'est la première fois depuis notre baiser que nous abordons réellement notre relation. Ça a beau être au téléphone, cela me réchauffe, me rassure. Je l'aime…

- Je ne veux pas que tu attires les hommes, Bella.

- Pardon.

- Je veux te suffire, que tu n'en ais pas besoin d'autres.

- Je ne veux que toi, Edward. Les autres, je m'en fous.

- Moi aussi, Bella. Je… je…

Il s'interrompt. Je voudrais pouvoir lui dire « je t'aime ». Mais pas au téléphone, demain, quand je rentrerai, je dois lui dire, je veux lui dire.

- Toi et moi, il faut qu'on ait une conversation face à face.

- Je le crois aussi.

- Tu me manques Edward.

- Toi aussi, Bella.

- J'ai hâte d'être à demain. Je vais essayer de faire avancer le décollage du jet. À demain Edward.

- À demain ma Bella.

De nouveau, il raccroche brusquement. Je suis « sa » Bella. Comme une idiote, je serre mon portable contre mon cœur tout en m'agitant sur mon lit. Non seulement il m'a rassuré ce con mais en plus, il me considère comme sienne. Et surtout Tanya ne l'intéresse pas. Je l'aime, je l'aime, je l'aime, je l'aime.


Un chapitre avec énormément de choses, où l'on se rend compte que Bella intervient quand Isabella est de sortie. Alors oui, j'adore Vienne, et je me suis lâchée sur les liens sur mon profil. Vous trouverez la Hofburg, Sconbrunn et Sissi avec ses étoiles.

Vous avez pu découvrir la naissance d'Isabella Volturi en tant que fille de la mafia. Ce souvenir aurait du apparaître au chapitre des retrouvailles mais je ne voulais qu'il soit occulté par passage que tout le monde attendait, le retour d'Edward. Bien évidemment, je ne cautionne pas les soirées orgiaques !

Ensuite, Bella et Edward qui s'agacent au téléphone, mais c'est leur manière de fonctionner. J'adore écrire leurs incartades, c'est assez jubilatoire.

Isabella qui défend son Edward face à une Tanya croqueuse d'homme. Bon c'est souvent Tanya qui a le mauvais rôle mais bon, il en faut bien une. Et même si je n'épargne pas Alice, je ne peux pas totalement lui donner un rôle de méchante.

Enfin une dernière conversation qui promet pleins de choses pour le prochain chapitre.

Sur ce, à samedi prochain.

Cokochocolatine

« Les tragédies de l'Histoire révèlent les grands hommes ; mais ce sont les médiocres qui provoquent les tragédies. » Maurice Druon. Les Rois Maudits


Titine : Et oui, enfin ! Il est lent à la détente le pauvre…Bise.

Lilly-Rose : Merci bien pour ton commentaire. Comme tu as pu le voir, il est bien plus question d'Isabella que de Bella, mais bon, il en faut. Bise.

Aussidagility : Pourquoi Edward ne rejoint-il pas Bella ? Il ne veut pas se mêler de ses affaires criminelles, et puis elle ne le lui a pas proposé. De surcroit ce serait l'exposer d'avantage au danger. Enfin, bref toutes les raisons du monde pour qu'Edward n'aille pas à Vienne. Mais oui, Alberto et Alfred : même combat ! A dans 3 semaines. Bise.