Chapitre 21 : Welcome to Hell

Sam tourna sur elle-même, tentant de s'orienter. Il y avait fort à parier que chaque couloir correspondait à une direction cardinale. Ce qui lui aurait été très utile si elle avait eu une boussole. Or, ce n'était pas le cas. A nouveau, elle leva la tête. Elle aurait vraiment préféré escalader que s'aventurer dans cette obscurité. Déjà, ici, la lumière tremblotante des torches était oppressante. Elle rendait les ombres vivantes, créait des reflets… Ce qu'elle n'aurait pas donné pour un bon vieil éclairage électrique, à l'instant !

Néanmoins, il fallait se rendre à l'évidence, elle allait devoir choisir un des couloirs. Et vite, parce qu'elle n'avait pas toute a journée. Enfin, si… elle avait la journée. Mais uniquement la journée. Bon, elle écartait d'entrée de jeu celui d'où s'élevait régulièrement une plainte déchirante. A croire qu'on égorgeait un mouton là dedans. Il en restait trois… Comment décider lequel prendre ?

Son regard survola à nouveau les murs. Il n'y avait rien. Aucun indice. Se mordant la lèvre, elle se résolut à se fier au hasard. Elle s'approcha de celui qui faisait face à celui contenant le boucher. Elle ne désirait absolument pas savoir ce qui se cachait dans celui là. Il faisait vraiment noir là dedans… Elle allait devoir avancer à l'aveuglette.

Ses yeux se posèrent sur une des torches, et elle décida qu'elle pourrait faire avec un peu de lumière. Ce qu'elle n'avait pas prévu, en revanche, c'est que les bouts de bois incandescents soient si hauts. Même en se mettant sur la pointe des pieds, elle n'arrivait pas à atteindre le socle. Sans compter qu'elle avait la désagréable impression qu'elles étaient scellées au mur. Soupirant de frustration, elle abandonna la chaleur réconfortante des torches et s'avança dans le couloir qu'elle avait choisi.

Au bout de quelques mètres, le noir était total et elle dut se faire violence pour ne pas s'enfuir en courant vers la salle éclairée. Ce n'était plus de l'angoisse, c'était une peur panique. Cet endroit ressemblait à s'y méprendre à une maison hantée. Les gentils comédiens et l'assurance de sortir vivante, en moins.

Pour ne pas trébucher ou s'égarer, elle faisait courir sa main sur le mur. Elle ne plaisantait pas quand elle disait ne rien y voir. C'était vraiment une nuit d'encre. Elle ne distinguait rien. Petit à petit, l'air se fit plus humide et la température chuta considérablement. Sous sa main, le mur se faisait visqueux et elle ne voulait pas penser à ce qu'elle touchait. Elle regrettait amèrement l'absence de sa veste –inutilisable depuis qu'elle s'en était servi la veille pour panser la plaie de Jack- parce que, plus elle progressait, plus elle avait la sensation d'être dans un frigo.

Ce couloir était sans fin. Elle était presque sûre qu'elle marchait depuis plus de trente minutes et il n'y avait toujours rien. Pas de sortie, pas de tournants… Rien que le noir et un couloir rectiligne.

Oh, et les bruits.

Elle avait omis les bruits.

C'était des rats. Elle reconnaissait le couinement et le bruit des pattes sur la pierre. Beaucoup de rats. Une armée de rats. Une chance qu'elle ne soit pas particulièrement effrayée par les rongeurs. Elle savait, par contre, qu'ils pouvaient être dangereux pour elle. Et elle était rationnelle. Ce n'était pas sa peur qui parlait mais son esprit scientifique. Si jamais elle s'étalait par terre… les rats ne manqueraient pas de lui sauter dessus. Ces petites bêbêtes attaquaient les blessés, incapables de se défendre… Ou les morts. Mais soyons honnête, elle n'avait aucune intention de finir morte et dévorée par les rats dans la Maison de l'Enfer. C'était trop cliché. Même pour elle.

Elle était en train d'imaginer le massacre qu'aurait fait Schrödinger s'il avait été là – et conséquemment pas mort sur Tollana- quand elle s'immobilisa. Tous ses sens en alerte, elle tenta de percer l'obscurité ambiante. Elle était certaine de ne pas avoir imaginé le bruit grinçant de griffes raclant le sol. Et ça n'avait rien à voir avec les rats.

Pas plus que le long sifflement qui suivit.

Le cœur battant la chamade, elle se colla contre le mur et la moisissure qui l'avait tant dégoutée quelques secondes plus tôt. Seigneur, elle aurait tout donné pour que Jack soit avec elle. Jack ou Teal'c. Même Daniel. N'importe qui.

Elle n'avait pas d'armes. Et elle n'y voyait rien. Elle n'avait pas d'arme, il faisait noir et il y avait un machin avec des griffes quelque part dans cet endroit. Et autre chose qui sifflait. Elle allait mourir.

Complètement paniquée et incapable de penser à faire quoi que ce soit d'autre, elle reprit sa progression. Impossible de savoir si le bruit venait de derrière ou de devant, tout résonnait ici. Si elle s'était écoutée, elle aurait couru. Mais courir dans les ténèbres quand on ne savait pas où on allait était une incroyablement mauvaise idée.

Elle continua donc, le cœur battant, les mains moites et tellement occupée à tendre l'oreille pour percer le silence qu'elle ne faisait plus attention où elle allait. Cette chose se rapprochait. Elle le sentait. Elle ne savait pas ce que c'était. Elle ne voulait pas le savoir. Mais son sixième sens la trompait rarement. Et un autre indice qu'elle mit pourtant plus de temps à absorber.

Les rats s'étaient tus.

Sam se mordit la lèvre jusqu'au sang pour réprimer la terreur qui se distillait dans ses entrailles. Les rats étaient une espèce remarquablement maligne. Ils proliféraient mais, comme toute proie, ils se terraient dès qu'un prédateur approchait. Le fait que les couinements aient cessé n'annonçait rien de bon.

Tendue, elle s'arrêta.

L'air humide était chargé d'une odeur, facilement reconnaissable, de pourriture. Quelque chose, et elle espérait que ce n'était qu'un rat, se décomposait pas loin. La tentation de faire demi-tour, de choisir un autre couloir était forte. Il était possible qu'elle soit en train de marcher droit vers le nid de la chose avec des griffes.

Tentant de dominer sa peur afin de réfléchir de façon cohérente, elle appuya à nouveau son dos au mur et ferma les yeux. Certes, il était possible qu'elle se dirige droit sur la bête… mais il était aussi possible qu'elle soit derrière elle.

Un picotement sur son bras. Elle chassa l'insecte d'un revers de main impatient.

Que pouvait-elle faire ? Elle avait perdu presque trois quart d'heure à avancer dans ce tunnel… Si elle rebroussait chemin maintenant…

A nouveau, une sensation de chatouille sur son bras. Maintenant, elle était assaillie par les nuisibles… Cette fois, elle n'arriva pas à repérer l'insecte. Il se déplaçait trop vite, courant sur sa peau, sans avoir la courtoisie de faire une pause, pour qu'elle puisse l'écraser. Puis la brûlure. Cette saloperie l'avait piquée et c'était tellement brutal et inattendu qu'elle lâcha un petit cri douloureux.

Le minuscule insecte vola dans les airs mais elle se figea dès qu'elle se rendit compte de ce qu'elle avait fait. Elle venait de signaler sa présence et sa position du même coup.

Il y eut un moment de flottement… et à nouveau le sifflement.

Puis le bruit plus vif de griffes trainant sur le sol. Plus rapide, plus déterminé. La chose s'était mise à courir. Droit vers elle. Ca venait de derrière, elle ne perdit donc pas une minute à s'élancer vers l'avant.

Courir dans le noir s'avéra aussi compliqué qu'elle l'avait imaginé. Mais, comme tout ce qu'elle pouvait faire était écouter cette peur affreusement froide qui lui gelait l'esprit, elle ne s'en rendit pas vraiment compte.

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

Jack fronça les sourcils, dévisageant la Melkorane.

« Vous voulez dire que c'est une sorte de labyrinthe ? »

Tout en discutant paisiblement, le petit groupe était arrivé dans la prairie dont l'aspect avait beaucoup changé depuis sa dernière visite. Des chapiteaux, ouverts à tous les vents, de tailles respectables se dressaient ça et là, et ayant visiblement chacun une activité spécifique. Deux d'entre eux abritaient de longues tables. Dans l'une on servait à boire, dans l'autre on offrait de la nourriture. Un autre pan de toile blanche servait à protéger les Conseillers du soleil et ces derniers ne semblaient manquer de rien puisqu'ils étaient vautrés sur des coussins tel des pachas. La dernière tente était la plus remarquable.

La toile était d'une couleur rouge sombre, et était beaucoup plus sobrement équipée que la tente du Conseil. Ici, pas de coussins, juste une chaise d'apparence confortable où une jeune fille brune était assise, les yeux rivés sur un point particulier du sol.

Intrigué quant au rôle de la fille, Jack suivit son regard. Il fut surpris de distinguer des escaliers qui partaient dans le sol. C'était sans doute par là que Carter était censée sortir.

« Les entrailles de la cité servent à punir les pécheurs coupables de fautes graves. Personne n'en revient jamais. » continua Sa'arlin.

La patience du militaire arrivait à bout. Il l'admettait sans aucune honte, il avait passé la semaine à en repousser les limites, mais là… Il échangea un regard avec Daniel qui, n'attendant visiblement que ça, entreprit de poursuivre la conversation.

« Les pécheurs échouant au Banraï, par exemple ? » demanda l'archéologue.

Tout en prêtant une oreille attentive à la discussion, Jack détailla ce qui les entourait. On aurait presque dit que tous ces gens fêtaient quelque chose. Il y avait, là, la population Melkorane au complet. Tout le monde riait, s'amusait… Beaucoup avait allumé de petits feu de camps, et les plus vieux racontaient des histoires qui amusaient les plus jeunes. Les enfants couraient librement, serpentant entre les adultes en prétendant être candidats au dangereux Banraï…

A voir ces gens, on n'aurait jamais dit que quelqu'un était en train de risquer sa vie.

Bien sur, le fait que ce quelqu'un soit la femme qu'il aimait devait fausser quelque peu le jugement du Colonel.

« Pas seulement. » expliqua leur nouvelle amie « Ceux qui commettent des atrocités qui offensent Donzar, comme un meurtre par exemple, sont jetés dans le Puits Sans Fond. C'est ce trou qui mène à l'ancienne cité des Dieux et qui, maintenant, est habité par l'Apokolas. »

« Apokolas ? » répéta Daniel, surpris.

Sa'arlin acquiesça et devant l'air un peu inquiet de l'archéologue, Jack conclut qu'il venait de découvrir quelque chose qui n'allait pas lui plaire.

« Qui… ou qu'est ce qu'est l'Apokolas ? »

Le militaire ne manqua pas le frisson qui parcourut l'échine de la Melkorane. Quoi que soit cet Apokololo, l'idée même l'effrayait.

« Daniel. » ordonna-t-il sans savoir pourquoi. Le jeune homme avait son idée, sinon il n'aurait pas insisté.

« Sa'arlin, qu'est ce que l'Apokolas ? » insista l'archéologue, en fuyant le regard du Colonel.

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

Sam avait du mal à se contrôler. Tout en elle lui hurlait de fuir, de se protéger… Le problème, c'est que ce genre de panique ne servait souvent qu'à se faire tuer. Et présentement, courir sans seulement voir où elle mettait les pieds était précisément une erreur. Elle distinguait clairement toutes les failles de ce plan. Oh, oui. Mais que faire d'autre ? Cette chose la serrait de près. Elle entendait le bruit de ses griffes quelques mètres derrière elle. Assez loin pour qu'elle puisse lui échapper, mais trop près pour qu'elle s'arrête et reprenne son souffle.

Perdue dans son monde de terreur, elle perçut à peine le changement. La faible lueur qui palpitait au loin… Elle ne s'arrêta pas. Même quand les ténèbres cédèrent leur place à la lumière réconfortante des torches, elle continua à courir, trop consciente du bruit de poursuite derrière elle. Et des curieux sifflements qui semblaient encourager la chose à aller plus vite.

Au bout de quelques mètres, elle se retrouva face à un mur. Le couloir se divisait et elle avait le choix entre la droite et la gauche. Il n'y avait pas de torche à droite et l'obscurité reprenait ses droits. Décidant que voir où elle allait était plus important, elle prit à gauche.

Elle se sentait bruyante. Sa course résonnait sur la pierre, et l'écho de ses halètements retentissait le long des parois. Il y avait de plus en plus de moisissures sur les murs et l'odeur de pourri se faisait elle aussi plus vive. Elle ne savait pas si c'était lié. Elle était trop à bout de souffle pour pouvoir réfléchir.

Derrière elle, il y eu un grand bruit. Comme si ce qui la poursuivait était rentré dans le mur. Elle espéra que c'était le cas mais accéléra encore l'allure. Sa poitrine était en feu et ses genoux commençaient à protester. Elle ignora la douleur. C'était soit avoir mal, soit mourir. Elle préférait souffrir.

Un nouveau sifflement.

Et le bruit de course reprit, accompagné d'un hurlement qui lui rappela celui d'un loup en chasse. Ca lui glaça le sang. Bordel, comment elle s'était retrouvée là dedans ?! La prochaine fois, elle s'en foutait complètement, n'importe qui se sacrifierait, mais ce ne serait pas elle !

Nouvelle intersection. Elle prit à droite. Sans réfléchir. Elle se guidait à l'instinct tout en ayant conscience d'être stupide. Elle était en train de s'enfoncer au cœur de ce dédale et elle ne retrouverait jamais la sortie.

Elle s'enfonçant ainsi, au hasard des croisements, un peu plus au cœur du labyrinthe. La chose ne la perdait jamais. Et les sifflements ne cessaient pas. Sam ne pensait pas que la chose griffue soit capable de siffler. Ce qui voulait dire qu'il y avait autre chose là derrière. Quelque chose qui dirigeait la bête.

Devant elle, le couloir céda la place à une nouvelle salle. Le Major, pourtant habituée aux scènes de carnages, crut qu'elle allait vomir. Elle l'aurait certainement fait si elle s'était arrêtée. Comme une idiote, elle s'était dirigée droit vers le repère de la bête. Comment le savait-elle ? Oh… de menus indices… comme les corps en charpies qui pourrissaient dans les coins. A moitié dévoré pour la plupart. Des os. Il y en avait beaucoup. Des centaines… empilés les uns sur les autres, dans une sorte de dessin étrange.

Repoussant les larmes de panique pure et glacée, elle mit plus d'énergie que jamais dans sa course. Il y avait une ouverture de l'autre côté. Il lui suffisait de l'atteindre. De…

Son pied butta contre une pierre mal scellée et elle s'étala. Elle se remit immédiatement sur ses pieds mais c'était déjà trop tard. Elle entendait le halètement lourd de la bête sur le pas de la porte. Tentant de maîtriser sa respiration chaotique et sans même regarder ce qu'elle allait devoir affronter, elle se jeta sur un des cadavres à moitié dévoré. Elle venait d'apercevoir contre sa cheville la garde d'un poignard.

La lame serrée dans la main, et ignorant la nausée qui la prit à la vue des divers insectes qu'elle avait dérangés en touchant le corps sans vie, elle se retourna. Et pour la première fois de sa vie, Sam aurait tout donné pour être une demoiselle en détresse. Parce que ça aurait voulu dire que quelqu'un serait venu terrasser ce monstre pour elle. Alors que là, glacée par l'effroi, elle vit sa dernière heure arriver.

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

« Sa'arlin, qu'est ce que l'Apokolas ? » insista l'archéologue, en fuyant le regard du Colonel.

La Melkorane sembla hésiter une minute. « L'Apokolas est légendaire. »

« Daniel ! »

Tous les regards se tournèrent vers Jack. Il n'avait pas voulu crier… Vraiment. Le linguiste ne sembla pas en prendre trop ombrage, mais maintenant, il était nerveux. Il rajustait ses lunettes et en tripotait la branche.

« En Grec, Apokolas signifierait 'celui qui vient des enfers'. »

Le militaire ferma les yeux, l'espace d'une seconde. Ca ne voulait rien dire. Ils vénéraient bien Donzar et, pourtant, ce n'était qu'un pauvre type qui avait réussi à prendre le pouvoir des millénaires plus tôt.

« L'Apokolas vient des enfers. » confirma Sa'arlin. « Il est le Serviteur. Nul ne sait qui, de lui ou de son Maître, est le plus terrible. »

« Son Maître ?! » s'exclamèrent en cœur Jack et Daniel.

Combien exactement y en avaient-ils là dessous ? Combien essayaient d'avoir la peau de Carter ?

« Le Maître et le Serviteur. Tous deux des ennemis de Melkor. Le Conseil a puni le premier en le jetant dans le Puits où le Serviteur aurait dû le dévorer. Mais le Maître a soumis la créature et depuis, ils hantent l'ancienne cité, apportant la mort avec eux. »

Jack observa le visage de Sa'arlin pâlir au fur et à mesure qu'elle expliquait. Etrangement détaché, il se dit que rien de tout ça ne menaçait Carter. Elle allait forcément s'en sortir.

« Ne tentent-ils pas de quitter leur prison ? » demanda la voix calme et posée de Teal'c.

Visiblement impressionnée par l'imposante stature du Jaffa, Sa'arlin secoua la tête.

« Donzar ne leur permettrait jamais de mettre un pied en Melkor. Sa Voix et son Esprit prendraient notre défense. Eux seuls peuvent battre l'Apokolas. »

Génial. D'après Carter, les Conseillers et cet Esprit qu'il n'avait jamais vu, jouaient à la Ligue des Justiciers… et son second n'avait pas de superpouvoirs.

« Quels étaient ses crimes ? Pour être jetés dans le Puits ? Quels étaient ses crimes ? »

Daniel était inquiet et bégayait. Ca ne contribuait pas à rassurer Jack. Pas du tout. Pas plus que la façon absolument pas discrète dont Teal'c jetait des petits coups d'œil aux escaliers. Le Jaffa était en train d'envisager de descendre pour chercher leur amie. Il le savait. Et l'archéologue le savait probablement aussi, et c'est pourquoi il avait posé une main restrictive sur le bras du guerrier.

« Oh, c'était bien avant ma naissance… » répliqua Sa'arlin d'un air insulté.

« Oui, mais vous savez ce qu'il avait fait, n'est ce pas ? »

Voilà. La patience de Jack venait d'arriver à son terme et tout ce dont il avait envie à l'instant était d'un punching-ball.

« Evidemment. » répondit la Melkorane. « Tout le monde le sait. Le Maître était un fou. Il pénétrait le soir dans les maisons et assassinait les habitants. Il n'épargnait jamais personne. Le Conseiller Garkan venait à peine d'être élu quand tout cela s'est produit et le Conseil a mis plusieurs semaines avant de l'arrêter. Il y a eu beaucoup de victimes. »

Un tueur en série. Ils avaient enfermé Carter avec un tueur en série.

« Depuis combien de temps est-il enfermé là dedans ? » demanda Jack.

« Garkan a rejoint le Conseil il y a cent années. »

Légèrement soulagé, le militaire soupira. « Donc, il est vieux. »

Et, avec un peu de chance, impotent. Sam n'aurait aucun mal à se débarrasser d'un vieillard. Et quand à ce Serviteur… Il n'y avait plus qu'à espérer que ce soit un gentil toutou famélique.

« Les plantes qui permettent au Conseil de prolonger leur vénérée vie poussent dans l'ancienne cité, Gardien. Le Maître et le Serviteur en profitent donc à volonté. Ces plantes leur procurent force, vie et longévité. »

Un sourire ironique étira ses lèvres. « Aucune chance que ça les fasse planer alors… »

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

Elle n'osait plus bouger. Plus un muscle. Elle allait mourir. Elle allait mourir et elle finirait comme tous ces corps immobiles. Déchiquetée et dévorée.

La bête s'était arrêtée sur le pas de la porte et l'observait, la tête inclinée. Au moindre mouvement de sa part, elle se jetterait sur elle. Sam était terrorisée. A proprement parler, terrorisée. Même son affrontement avec la Sentinelle ne lui avait pas autant fait peur.

Devant elle se tenait un loup. Mais pas un loup normal, non… Ca aurait été trop simple. C'était plus l'espèce dont les loups qu'elle connaissait avait dérivé. Gigantesque. Un mètre cinquante de hauteur alors qu'il était à quatre pattes. Quatre pattes terminées par des griffes terribles, tellement longues qu'elles râpaient le plancher. Et, peut-être plus terrifiant encore que cette aura de puissance qui se dégageait de lui, son aspect famélique. Il était maigre. Affamé. Ca se voyait dans son regard. On devinait sa musculature sous sa peau et malgré ça, elle était persuadé que c'était un terrible prédateur.

Elle agrippa un peu plus fort la dague et serra les dents. Il n'y avait aucun intérêt à se mettre à pleurer comme une madeleine. Elle devait lutter. Essayer au moins. Même si ça ne servait à rien.

Le Loup gronda. Ses babines se retroussèrent sur des dents gâtées et un filet de bave coula sur le sol. Lentement, elle fléchit les jambes et se mit en garde. De son côté, le loup s'aplatit au sol, les oreilles rabattues vers l'arrière, prêt à sauter. Prêt à la tuer.

Brièvement, ses pensées s'évadèrent vers Jack. Elle espérait simplement que Teal'c et Daniel parviendraient à le protéger. Elle adressa aussi une prière muette à quiconque voudrait bien l'entendre. Elle n'était adepte d'aucune religion particulière mais, à cet instant, elle voulait croire en quelque chose. N'importe quoi.

Le loup amorça sa détente, et elle se prépara à l'impact. Il n'y eut ni impact, ni saut. Seulement un long sifflement strident, suivit de bruits de pas lourds.

« Par Donzar… Qu'avons-nous là ? »

La voix était traînante, sirupeuse. Elle l'effraya peut-être plus que l'animal. Un homme apparut dans l'ouverture, et se mit à l'observer, tapotant la tête du loup comme s'il n'avait été qu'un vulgaire chien domestique.

Sam fit un pas en arrière, ignorant le grognement réprobateur de la bête. Elle se sentait plus menacée par le Melkoran que par le loup. Il était de taille moyenne, très pâle et les yeux un peu voilés de blanc… ce qui lui fit dire que ça faisait un moment qu'il n'avait pas vu la lumière du soleil. Mais son visage… Il était lacéré de cicatrices. Sans aucun doute dues aux griffes acérées de l'animal à ses côtés.

« Une femme, Apo ? Ils n'en ont jamais envoyé auparavant… »

Il souriait et c'était peut-être pire que s'il l'avait menacée. Elle se força à respirer calmement même si ça impliquait sentir cette odeur affreuse de corps en décomposition. Elle n'avait pas le temps de vomir.

« Salut ! » tenta-t-elle en souriant. Peut-être n'était-il pas si dangereux que son instinct le lui hurlait. « Ecoutez, je dois sortir d'ici. Pouvez-vous m'aider ? »

Visiblement amusé, l'homme inclina la tête dans une attitude qui lui rappela celle de l'animal. Comme si elle n'avait jamais parlé, il continua à caresser la fourrure du loup.

« Tu crois que sa chair est tendre, Apo ? »

°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°0°

« Mais… comment survit-il ? Le Maître ? » demanda Daniel, les sourcils froncés. « L'Apokolas mange les humains, soit. Mais le Maître ? Les plantes ne le nourrissent pas, si ? »

Sa'arlin frissonna à nouveau et plongea son regard dans celui de l'archéologue. « Il partage la pitance de son Serviteur. Il dévore les pécheurs. »

Daniel resta sans voix. Teal'c fit un pas vers l'escalier avant de se tourner vers le Colonel, attendant visiblement l'ordre que Jack ne pouvait pas donner. S'ils tentaient d'interférer, ce serait pire.

Jack se contenta de serrer les dents et de lutter en silence contre l'angoisse qui lui serrait le cœur.