Chapitre 21 : Un volte-face difficile à digérer.
Le monde de Sirius retrouva pendant quelques temps une normalité presque inquiétante. La fin de l'année approchait doucement, et de ce fait les examens aussi. Dumbledore continuait de les appeler afin d'accomplir des missions pour l'Ordre, mais de manière plus décousue. Il s'agissait de missions moins dangereuses que celles qu'ils avaient déjà faites. De la surveillance, le plus souvent. Le directeur voulait leur laisser le temps de se concentrer pour qu'ils obtiennent les meilleurs résultats possibles.
Sirius avait trouvé un moyen de voir Hanna, mais il n'osait pas lui en parler. Aborder un tel sujet sans se trahir relèverait sans doute du miracle. Il lui faudrait ruser, et surtout parvenir à reconquérir la jolie brune sans laquelle il ne pouvait vivre.
Mais ce n'était pas le seul problème que Sirius allait devoir affronter. Il redoutait la fin de l'année car, pour la première fois de sa vie, il se rendait compte qu'il n'avait aucun endroit où aller. Plus de Poudlard. Plus de maison familiale où se réfugier, mais cela, ce n'était pas pour lui déplaire. Il ne regrettait pas de s'être enfui. Simplement, des rides soucieuses commençaient à s'installer sur son visage.
James allait s'installer avec Evans dans la même petite ville où il avait vécu toute sa vie : à Godric's Hollow. Il avait bien entendu proposé à Sirius de venir s'installer avec eux, du moins pour quelques temps. Mais Sirius avait décliné l'invitation. Il ne voulait pas imposer sa présence à un couple aussi heureux que celui de James et Lily. Il savait que son ami n'avait pas dit cela que par politesse, qu'il souhaitait réellement le voir chez lui, mais… il voulait mener sa propre existence, prendre son indépendance une bonne fois pour toute. Autrement dit, vivre dans un endroit qui serait à lui, définitivement.
Alors qu'il sortait de la bibliothèque, où il avait accompagné Remus dans l'espoir d'y voir Hanna, un hibou vola jusqu'à lui. Les deux jeunes gens sursautèrent. Un hibou, ici, en plein couloir !
-« Tiens… murmura Remus après avoir détaché la lettre, ouvre la, c'est sans doute pour toi. »
Sirius soupira et ouvrit l'enveloppe, de plus en plus intrigué.
Sirius,
Je souhaiterai m'entretenir avec vous dans un délai des plus courts. Montez donc dans mon bureau dès que vous aurez un instant.
A D.
-« Je vous retrouve dans la Salle Commune toute à l'heure, dit simplement Sirius.
-C'est grave ?
-Je ne sais pas, mais Dumbledore veut me voir, donc…
-Ouais. Je te rapporterai de quoi dîner.
-Merci Lunard ! »
Il gravit les marches qui menaient dans le bureau du directeur avec précipitation. Ce n'était pas ses habitudes de convoquer ainsi un élève… Il avait dû se produire quelque chose d'important.
-« Bonjours Monsi…
-Bonjour Sirius, le coupa-t-il. Assieds-toi, ne perdons pas une seconde… »
Sirius prit place sur un siège, juste en face du directeur. Il salivait d'impatience.
-« Vous souvenez-vous de votre première mission pour l'Ordre, jeune homme ?
-Tout à fait, répondit-il, perplexe.
-Vous n'avez pas besoin de moi pour vous rappeler que, depuis lors, les mangemorts savent qui sont les principales personnes qui composent l'Ordre du Phénix.
-Certes, mais je ne vois pas ce que…
-Elle est au courant, Sirius. »
Il fallut plusieurs secondes à Sirius pour assimiler ce qu'il venait d'entendre. Lorsqu'il reprit la parole, sa voix était blanche.
-« Comment savez-vous qu'Hanna…
-Sa famille était au courant de votre relation bien avant cette fameuse mission. Lorsqu'elle l'a su, elle a voulu mettre Hanna au courant mais, au début tout du moins, elle a refusé de les écouter. Puis le doute a finis par s'insinuer dans son esprit, et maintenant, elle s'est rangée de leur côté.
-PARDON ?
-Ne criez pas, mon cher Sirius. Il vous faut la comprendre. Une telle révélation… Enfin, vous ne lui avez rien dit à propos de votre appartenance, alors vous imaginez le choque.
-Je ne lui ai rien dit parce que vous nous avez fait faire un serment inviolable !
-Inutile de remuer le passé…
-Depuis combien de temps savez-vous cela ?
-Je…
-Depuis combien de temps ? » Hurla-t-il.
Le directeur se contenta de le regarder sans rien dire. Cela dit, les mots mêmes étaient inutiles. Il savait sans doute tout cela depuis longtemps. Et avait choisis ce moment, cette seconde pour lui annoncer. Pourquoi ? Sirius ne voulut même pas le demander. Sans une parole de plus, il se leva rajusta son col et se dirigea vers la sortie à pas mesuré. Il ne se retourna pas lorsque le Dumbledore essaya de le retenir.
Il ne prêta pas attention à l'ombre qui se détacha légèrement d'une des multiples étagères qui constituaient le bureau du directeur, lorsqu'il passa devant elle. Il s'agissait bien entendu d'un mouvement involontaire. Là était le marché : moins Sirius en saurait, mieux il se porterait…
Il claqua la porte de sortie avec grand fracas, et seulement il se mit à courir.
Dans le bureau de Dumbledore, l'ombre sortit de l'armoire. La jeune fille avait les larmes aux yeux.
-« Allons, allons, la consola le professeur. Vous savez vous-même que c'était un mal nécessaire…
-Certes mais… Je n'arrive pas à me faire l'idée qu'il ait pu me croire si faible.
-Vous êtes pourtant loin de l'être. L'heure est venue pour vous de quitter cet établissement, mademoiselle Jackson.
-Je sais. C'est donc chez les géants que je vais ?
-Emmenez Hagrid avec vous, lui conseilla-t-il. Il vous aidera à négocier avec eux. Puis vous retournerez dans votre famille et ferez en sorte de vous faire pardonner. Vous infiltrerez leurs rangs et nous transmetterez toutes les informations dont nous pourrions avoir besoin.
-Professeur je… Je voudrai vous remercier d'avoir faire tout cela pour moi. Mentir à Sirius n'a pas dû être facile pour vous, je sais que vous tenez beaucoup à lui.
-C'est justement pour cela que j'ai tout de suite su que votre idée était excellente, mademoiselle Jackson. Il fallait que vous vous sépariez… Votre relation vous mettait en danger, et lui voulait se remettre avec vous. Il n'y avait pas d'autre issue possible pour vous de sauver votre peau. »
Hanna sourit au directeur sans vraiment y croire. Elle avait pris la décision la plus lâche et la plus égoïste de sa vie, mais au moins, elle était sûr que Sirius ne souffrirait pas à cause d'elle.
