- Amy ? Pourquoi est-ce que ce n'est pas Matthew qui s'occupe du Jumper avec moi ?
La jeune fille leva le nez, surprise, du moteur à voyager dans le temps. C'était la première fois qu'ils engageaient une conversation depuis deux heures, n'échangeant que de brèves banalités en travaillant. Parler de John avait un peu secoué le Canadien.
Rodney, assis sur une banquette face à elle, un ordinateur sur les genoux, interpréta mal sa surprise et s'excusa maladroitement :
- Je veux dire… Ce n'est pas que travailler avec vous me dérange, bien au contraire même je dirais mais… Enfin je veux dire : que ce soit avec vous ou Matthew, ça ne me dérange pas, même si je n'ai rien contre les autres, hein, et… Avec vous c'est bien aussi, ne croyez pas, on a fait du bon travail jusqu'à maintenant, même si vous m'avez fait travailler un peu pour rien sur le réacteur, mais je ne vous en veux pas vraiment quoique j'aurais préféré que vous m'expliquiez tout de suite que… Enfin…
Amy le regardait avec patience, et il sentit qu'à nouveau elle ne l'interromprait pas. Dommage, il n'aurait rêvé que de cela, ça lui aurait évité de s'embrouiller toujours plus.
- Même si vous êtes jeune j'ai constaté que vous aviez beaucoup de compétences, que vous étiez compétente et d'ailleurs l'exposé que vous m'avez fait tout à l'heure le prouve… Mais…
Toujours pas de réaction de la part de la jeune scientifique, qui l'écoutait toujours avec attention –peut-être juste un léger froncement de sourcils, sans doute pour essayer de comprendre où il voulait en venir.
- Pourquoi vous, et pas Matthew. Voilà. Juste une question comme ça ne vous inquiétez pas.
- Je ne m'inquiète pas.
- Bien.
- Parce qu'on a fait équipe et que ça a bien marché, parce qu'il fallait bien quelqu'un pour vous aider, heu…
Elle s'arrêta là, à court d'arguments, et peut-être aussi parce qu'elle n'arrivait pas à brancher le câble qu'elle tenait entre ses mains, poussant de toutes ses forces. Rodney soupira en se levant pour l'aider. Il lui prit le câble des mains. Il lui tourna le dos pour brancher et elle prononça doucement.
- Parce que j'ai travaillé sur les dimensions temporelles… Aussi parce que j'ai le gène ATA naturel, et que donc je suis susceptible de bien maîtriser la machine en cas de problème.
Il releva la tête pour la regarder dans les yeux.
- Vous avez le gène naturel ?
Elle lui répondit oui dans un souffle. Ils se regardèrent encore quelques secondes avant qu'il ne retourne au travail, sans un mot.
Il finit par reprendre.
- Donc vous n'avez pas suivi la génothérapie. Le gène vous a été transmis par vos deux parents, ou seulement un seul ?
Alors qu'elle ouvrait la bouche pour lui répondre, il la coupa :
- Laissez, ça ne me regarde pas.
Elle n'insista pas. Il finit par se relever en se frottant les mains, le branchement effectué, et après un soupir, il la regarda bien dans les yeux.
- Amy. Vous êtes bien consciente des risques ? On ne sait pas si on arrivera à revenir des tests de voyages temporels !
- … Il faut bien que quelqu'un prenne ces risques, docteur McKay.
Il soupira, commença à brancher le câble, et elle poursuivit.
- Et puis de toute façon nous allons vite créer ce programme de retour automatique à la date de départ pour sécuriser nos tests de voyage dans le temps. Donc en théorie, le seul trajet sans retour, ce sera le dernier, que vous ferez seul, vers l'époque où vous avez disparu.
- Très bien. Je voulais juste être sûre que vous étiez bien consciente de ce que ces tests impliquent, je ne pense pas que vous ayez déjà été dans des situations comme celle-là avant.
- … Des situations où la discrétion et l'efficacité étaient indispensables, si. Mais je n'étais pas volontaire. De toute façon ici ce ne sont pas des risques mortels.
- Ben, si les Oris remarquent nos petits trafics…
- Ils ne font pas tellement attention, vous savez. Vous vous inquiétez docteur McKay ?
- … A la fois pour moi et pour vous, oui.
Ce ne devait pas être la réponse à laquelle elle s'attendait, car elle sourit l'air agréablement surprise. Rodney acheva son travail et partit se rassoir en continuant, sans la regarder vraiment dans les yeux :
- Je m'inquiète pour les autres aussi, d'ailleurs. Il ne faudrait pas heum, que nos actions leur retombent dessus… Bon allez on s'y met.
Il reprit son ordinateur et se rassit avant de lâcher un « mais !? » de surprise.
- Docteur ?
- Il n'y a pas besoin d'interfacer !? Regardez j'ai toutes les données de l'engin sans avoir besoin de créer un programme intermédiaire ! On relie directement PC et moteur temporel et c'est bon, on a toutes les données lisibles avec Windows 2029 !
Elle se rapprocha pour vérifier, aussi étonnée que lui. C'était la bonne surprise de la journée.
- Et bien nous allons pouvoir créer ce programme de retour au point de départ sans problème je crois, Amy. Et Matthew qui doutait de ma rapidité, c'était sans compter sur la chance et sur mes talents.
- Vous savez utiliser Delta 9 ?
- ?
- … Le logiciel de création de programmes le plus fiable.
- … C'était sans compter sur la chance et sur nos talents…
xoxox
L'océan dans la nuit noire était d'un calme parfait. C'est seulement en prêtant l'oreille que l'on pouvait percevoir comme un bruissement dans l'air, furtif, un son étranger. Un Jumper occulté qui filait vers le continent. A son bord, l'ambiance était nettement plus animée.
- Et donc, à cause de cela, on a retraversé toute la Cité, de nuit, en pyjama, avec nos lampes torches dans une main et les souris de laboratoire dans l'autre !
Amy et Matthew partageaient leurs souvenirs d'enfance avec Rodney, dans une atmosphère joyeuse, en attendant d'arriver sur le continent. Amy était aux commandes, le canadien à ses côtés. Il leur avait fallu plus de 24 heures pour achever le programme de retour dans le temps, et il était à présent l'heure de tester le Jumper temporel, les simulations ayant été positives, et l'étude théorique du fonctionnement de l'appareil, faite. L'excitation était à son comble, et ils avaient choisit de l'évacuer en riant de leurs bêtises d'enfants.
- Et comme j'étais le plus âgé, j'essayais de mener tout ce petit monde à bon port, avant que nos parents ne se rendent compte de notre disparition.
- Oh, il y avait aussi Lucy, la fille de Carson, qui avait ton âge, et qui répétait qu'on se trompait de chemin, mais tu ne voulais pas l'écouter, et au final à trois heures du matin on était complètement perdus !
Rodney avait oublié qu'Amy avait grandit dans la Cité.
- Je me souviens de toi, Amy, toute petite, si soudée à tes souris que tu les as toutes étouffées !
- Mais non pas toutes ! Juste une !
- Vous auriez du la voir, Rodney, dans le noir, l'air concentré et peur de rien. Tu avais quoi… cinq ans ?
- Six.
- Tu devais être la plus jeune. Je suis sûr que tu avais moins peur que moi ! Et Carol Lorne qui n'en pouvait plus, tandis que le Dex pleurait !
- Oh il y avait aussi David et Paul qui sont partis de leur côté avec les filles Cauvin non ? Et ils sont rentrés sans problème et avant nous !
- On a finit par trouver un transporteur à trois heures et demie du matin, tous contents, et en fait à destination, quand les portes se sont ouvertes, on est tombés nez à nez avec le docteur Kessel, qui dirigeait la Cité. Je peux dire que nos parents autant que lui nous ont bien enguirlandés !
- Du coup dès que cela a été possible, ils nous ont fait évacuer sur un autre monde avec d'autres enfants, pour nous mettre dans une sorte d'internat. Le fait qu'il fallait nous gérer ajouté aux dangers auxquels étaient soumis la Cité ont eu raison de notre enfance sur Atlantis.
Amy avait dit tout cela d'un ton un peu amer. Rodney en déduisit, avec le fait qu'elle parle d' « internat », qu'elle avait alors été séparée de ses parents. A six ans, c'était dur. Avait-elle alors déjà perdu sa mère ?
Mais pourquoi il se posait des questions comme ça ? Sans doute parce que ces deux astrophysiciens-là étaient attachants.
- C'est sûr que ça rigolait moins sur Bultewis.
- Nous arrivons.
Rodney ne reconnaissait pas le continent. Certes, ce n'était pas la première fois qu'il y venait et lors de ces précédents passages, il avait pu remarquer qu'il s'était quasiment urbanisé : c'était une vraie petite ville, ou plutôt village, qui entourait la Porte. Mais de nuit, l'effet était encore plus saisissant : la lumière des lampadaires déchirait la nuit en une multitude de lucioles organisées.
L'occulteur leur permis de ne pas attirer l'attention des habitants qui ne dormaient pas encore, à une heure du matin passée. Amy atterrit habilement juste devant la Porte, qui était encadrée de préfabriqués, et, laissant le Jumper toujours invisible, ils sortirent discrètement pour entrer dans un bâtiment proche dont une salle était éclairée. La pancarte sur la porte du bureau à laquelle ils frappèrent indiquait qu'il s'agissait de l'antre du général Lorne.
Une vieille dame soignée leur ouvrit.
- Bonsoir Eva.
- Amy, Matthew, entrez. Docteur McKay…
Son visage ne disait rien à Rodney, mais après tout en trente ans tant de monde avait changé. Son accent laissait deviner qu'elle n'était pas américaine.
Ils entrèrent tous pour voir le général se lever de son bureau, où il était en train de disputer une partie de dames, sans aucun doute avec la femme qui avait ouvert.
- Nous vous attendions. Rodney, voici mon épouse Eva, qui m'a aidé à rester éveillé.
- Hum, enchanté.
Eva ? Non ça ne lui disait rien.
- Tout va bien ? demanda Matthew.
- Mh ?
Lorne n'avait pas l'air très joyeux.
- Cela t'embête qu'on t'oblige à mentir à Cameron, comprit Matthew.
- Non, ce n'est pas ça. Je suis très content de vous aider, je ne vous aurais pas proposé sinon. Mais nous avons reçu aujourd'hui la visite d'un prêtre Ori.
- Oh ?
Les jeunes-y compris Rodney- l'écoutaient avec attention.
- Ils attendent un retour à l'aide qu'ils nous ont fournie pour retrouver le Moïse, je crois qu'il va falloir faire un geste pour eux, à terme.
- Ben on s'y soumettra, comme d'habitude.
- Personne n'a jamais aimé ça.
La salle approuva –sauf Rodney cette fois-ci- et Lorne changea de sujet :
- Vous êtes prêts ? Le Jumper est en place ?
- Oui, et opérationnel, il ne reste plus qu'à ouvrir la Porte.
- Bien, dans ce cas je vais le faire moi-même, il n'y a que quatre gardes dans le coin, je ne vais pas les déranger.
Eva se tourna poliment vers leurs hôtes, tandis que Lorne enfilait sa veste.
- Voulez-vous en thé en attendant ?
xox
La Porte des Etoiles, sous le ciel étoilé, s'ouvrit avec fracas. Un bruit d'eau diffus fit comprendre aux deux témoins que le Jumper occulté avait traversé le vortex. Lorne et sa femme étaient à présent seuls devant la Porte, enlacés, à devoir attendre le résultat du voyage-test dans le temps.
o
De l'autre côté de la Porte, Amy fit s'élever le Jumper, qui fila vers les deux soleils de la planète. Ici, il faisait jour. Therana ne surveillait jamais sa Porte des Etoiles. Y faire des allers-retours n'en serait que plus facile. Le Jumper se mit en vol géostationnaire. Il était temps de commencer.
- Bien, commença Rodney en quittant son siège pour s'approcher de la machine à l'arrière. Nous tentons donc d'aller à… moins deux cents ans ?
Le temple au-dessus duquel ils se trouvaient n'était qu'une ébauche il y avait 200 ans de cela. Il allait être facile de vérifier s'ils avaient voyagé dans le temps ou non. Après, restait à espérer que le programme de retour fonctionne…
Rodney relia l'appareil à son ordinateur, ceci afin de collecter des données : ils devaient essayer de trouver comment se rapprocher au mieux des rives temporelles de leur espace-temps, en prenant des points de repères temporels, mais ils devaient aussi trouver un moyen de pallier l'absence de gène naturel de Rodney, et que le Jumper fonctionne tout de même efficacement sans. Rodney et Amy avaient aussi commencé à penser qu'il serait utile de régler le Jumper pour que la marge d'erreur temporelle ne soit que d'une année près, mais pour le moment cette idée relevait du peaufinage.
- Je sors le fichier sur l'historique de la planète, annonça Matt.
- Amy vous venez m'aider à faire les branchements ?
Ils avaient établit tous les deux le protocole de recherches, il fallait qu'ils le mettent en œuvre ensemble.
- Demandez à Matthew, docteur McKay. Je ne peux pas lâcher les commandes.
Rodney en fut tout ébahi.
- Excusez-moi, Amy, je pense qu'il vaut mieux que ce soit vous et moi qui mettions en place ce que nous avons prévu pour étudier ce moteur temporel, puisque nous avons travaillé dessus. Sans vouloir vous mettre à l'écart, bien sûr, Matthew, mais…
- Il faut quelqu'un pour tenir les commandes, Rodney, et je ne peux pas le faire.
- Pardon ?
Amy se tourna vers eux, toujours sur le siège de pilotage :
- Matthew n'a pas le gène des Anciens.
- C'est vrai ?
Le jeune homme confirma.
- Mais O'Neill l'avait pourtant !
- Ce sont les hasards de la génétique. Je n'en ai pas hérité.
A son ton, on pouvait deviner qu'il le regrettait amèrement.
- La thérapie génique n'est plus en vigueur ?
- Si, elle a même connu plusieurs améliorations depuis le début, expliqua Amy, mais elle ne fonctionne pas pour tout le monde.
- Et elle n'a pas marché pour moi. Mon frère par contre a hérité du gène naturel. Ce qui fait que lorsque j'ai besoin d'initialiser des objets Anciens, je dois avoir recours à David ou à Amy.
Rodney soupira, et son regard tomba sur Amy qui lui signifiait par un sourire poli qu'il allait falloir se passer d'elle. Il hocha la tête et expliqua leur plan à Matthew. Ca allait leur faire perdre du temps tout ça, il avait espéré que pour le premier voyage, ce serait Matthew qui lancerait la machine, comme son père apparemment l'avait déjà fait, et que lui et Amy resteraient exploiter les données à l'arrière. C'était sans compter sur les caprices de la génétique…
Ils firent les derniers réglages en quelques minutes. Tout était prêt pour un saut dans le temps.
- Tout est prêt. Amy, tu la fais partir ?
Rodney rageait quelque peu de ne pas pouvoir admirer les premiers résultats avec Amy à ses côtés. Mais il fallait bien que quelqu'un soit aux commandes ! Et il savait d'expérience à présent, qu'Amy était suffisamment compétente pour démarrer le moteur temporel seule. Surtout si elle avait le gène naturel. Seulement, ils avaient travaillé dessus à deux, il aurait souhaité inaugurer les résultats ensemble aussi, surtout que Matthew ne viendrait pas avec eux les prochaines fois, c'était l'unique occasion de travailler les premiers résultats en binôme. Après ce serait soit lui, soit Amy, pendant que l'autre resterait aux commandes. Matthew s'installa à côté de lui et chercha à lui montrer le côté positif de la chose.
- Amy est celle d'entre nous qui a le gène le plus fort. Elle fera marcher ce truc sans problème.
- Oh mais ne croyez pas que je doute de ses compétences. Elle est tout à fait capable de faire fonctionner ce machin.
- Nous serons tout à fait fixés sur ce point dans quelques secondes, lança Amy. Accrochez-vous messieurs, je lance le premier test. Nous allons tenter de faire ce bond en arrière.
Le Jumper, toujours invisible, repris son mouvement et, une fois une certaine vitesse atteinte, le son de ses moteurs se coupa brusquement.
xox
Lorne et son épouse étaient toujours dans la même position, enlacés dans la nuit fraîche, devant la Porte qui venait juste de se refermer.
- Les dés sont jetés… murmura-t-il.
- J'espère autant que toi que tu as fait le bon choix en les laissant partir…
Il n'eut que le temps de poser sa tête sur la sienne, avant que le vortex ne se rouvre. Ils se raidirent et il se prépara à défendre sa femme si le nouveau venu était hostile –ce qui n'arrivait plus jamais à présent, puisque même les Oris ne venaient plus que pour discuter.
« Quelque chose » sortit du vortex, et apparut au bout de quelques secondes : le Jumper qui venait juste de franchir la Porte.
Seulement cinq minutes s'étaient écoulées depuis son départ. Et aux sourires sur les visages de ses occupants, les Lorne comprirent qu'ils avaient réussit.
Mais il leur reste du boulot oh ! Donc la fic continue !
Prochaine fois promis, ça sera plus "humain" que "scientifique", et un peu moins assomant donc. Le gros du "comment je rends ma fic plausible" est passé, on va pouvoir s'intéresser à d'autres aspects de l'histoire...
