Chapitre 25: La cité du Crépuscule, deuxième passage.

Le soleil… le doux soleil couchant de la Cité du Crépuscule. Mes amis… ne savaient pas à quel point il était représentatif d'une période révolue pour moi : une semaine… peut-être quelques jours de plus. Combien de temps, en tout ? Depuis combien de temps ?

Mes parents s'inquiétaient-ils ? Non, sûrement pas…

-Tu viens, Gabrielle?

Je ne répondis pas et marchais en silence. Mon esprit était embué d'images qui tournoyaient ensemble : ma rencontre, le palier de l'éveil, le tournoi, Axel…

… manoir…

Nous descendions tranquillement la rue de la gare lorsque soudain une petite voix fluette hurla :

-Au secours ! Place des fêtes… c'est Seifer… S'il vous plait ! Aidez-nous !

Il passa devant nous sans nous voir, Vivi courait en effet à toute allure… mes amis le suivirent du regard, mais cet accueil pour le moins étrange ne me sortit pas de ma torpeur douloureuse.

-On dirait que quelqu'un a des ennuis, constata Sora.

Je voulus faire une réplique cinglante, du genre «mais quel génie !», mais le cœur n'y était pas.

Ils se mirent à courir vers l'endroit indiqué. Je les suivis et décidais de raccrocher un sourire sur mes lèvres. Pas la peine de paraître encore plus suspecte. Même si ils m'avaient acceptés, je ne voulais pas qu'il doutent sur la confiance qu'ils pouvaient placer en moi.

Sur la Place des fêtes, à l'endroit où s'était dressée une arène en bois pour le tournoi de Struggle, 3 corps gisaient entre des Reflets apparemment fiers d'eux.

Seifer tenta de se relever, mais n'eut pas la force et retomba à plat ventre.

-Ok, on s'en charge ! décida Sora en se plaçant entre les Similis et les blessés.

-Si on le veut bien, ris-je en me positionnant à ses côtés, ma Keyblade tournoyant entre mes doigts devenus encore plus habiles.

Les trois personnes se réfugièrent dans la ruelle et s'en suivit un combat des plus faciles. Les Similis aussi bas dans l'échelle des dangers ne me faisaient plus peur, surtout après Oogie Boogie dans la Ville d'Halloween.

Essoufflés mais heureux que les créatures ne rappliquent pas, nous nous redressions. Alors que nous nous apprêtions à sourire de nouveau, une voix résonna sur les pavés, une voix lente, glaciale et cruelle, elle-même dénuée de cœur…

-Impressionnant, observa-t-elle.

Un homme vêtu du manteau de l'Organisation XIII applaudit dans ses mains.

-Tiens, j'y pense, auriez-vous vu un dénommé Axel ? Je crois qu'il est dans les parages.

-On s'en fiche ! répliqua Sora.

Je lui jetais un coup d'œil amusé. Roxas aurait-il parlé comme ça de son meilleur ami? Sora se mit en position de combat et je l'imitais.

-Tu as tort. Axel a cessé d'œuvrer pour notre cause.

-Il fait aussi partie de l'Organisation? demanda Dingo.

-Oui.

-Vous n'êtes pas amis? s'interrogea Donald.

-Pas très organisée ton Organisation, se moqua Sora.

Un sourire apparut sur mes lèvres.

-Techniquement, ces êtres ne ressentent pas le besoin d'avoir des amis, vous savez ! rappelais-je.

-T'as raison, dit Sora.

-Ne vous laissez pas berner, menaça Saïx. Axel ne reculera devant rien pour te transformer en Sans-cœur, Sora.

-C'est gentil de t'inquiéter pour nous, l'ami, mais c'est pas la peine…

-… lui a des amis pour le protéger ! finis-je.

-Tant mieux… susurra l'homme. A part Axel, ça fendrait le cœur des membres de l'Organisation XIII s'il vous arrivait malheur.

Je poussais un rire glacial, qui n'avait jamais eu sa place dans ma bouche. Un rire inhumain.

-Laisse-nous rire. Aucun des membres qui restent dans cette Organisation n'a de cœur. Le seul à en avoir quelques bribes était justement Axel.

Mes amis me jetèrent un regard intéressé.

-C'est ça qui nous rend différents des autres créatures, Gabrielle. Aucun Simili n'a de cœur, mais en garde le souvenir…

Il abaissa sa capuche, laissant révéler son visage pâle, ses cheveux bleus, et la cicatrice en forme de croix qui couvrait sa figure, se croisant entre ses deux yeux.

-Qu'est-ce que tu veux dire? demanda Dingo.

-Nous savons comment blesser un cœur… Sora, tu dois continuer à combattre les Sans-cœurs.

-Et si on le suivait… ? chuchota Sora.

-Pourquoi ? dit Donald.

-Je sais pas ! répondit le Maître de la Keyblade. Mais il nous conduira peut-être au monde de l'Organisation.

-Encore une de tes actions irréfléchies, tête de pic ? On s'en passera, merci ! chuchotais-je.

-Tu es bien téméraire, constata Saïx. Tiens-tu à finir comme Riku ?

-Quoi ? s'exclama Sora.

Tous ses muscles se tendirent d'un seul coup et il se redressa, les yeux grands ouverts d'étonnement. Saïx disparut, dans une allure théâtrale, dans le passage des ténèbres qu'il avait créé.

-Hé, attends! s'écria Sora.

Mais il était trop tard et il le savait.

-«Finir comme Riku» ? Mais qu'est-ce que ça veut dire ? s'inquiéta-t-il.

-Eh, vous feriez mieux de quitter ma ville ! Vous avez causés assez d'ennuis !

-Pardon ? m'énervais-je devant ce Seifer beaucoup trop… énervant à mon goût. Sans nous, ta ville n'existerait même plus !

-D'accord, on sen va ! répliqua Donald qui regardait son ami. Venez !

-Mais… protestais-je.

Je remarquais aussi l'extrême état d'inquiétude de Sora.

-Attendez ! s'exclama Seifer.

-Faudrait savoir, grinçais-je.

Il plaça devant lui le trophée bleu aux quatre cristaux du combat de Struggle.

-Ceci appartient au meilleur combattant de la ville, déclara-t-il.

Sora prit un air étonné et sourit.

-Merci mais… on en a pas besoin.

Seifer marcha directement vers moi et me plaça le lourd trophée dans les mains. Les quatre pierres brillaient d'une intense lumière… comme dans la ville virtuelle. Puis Seifer s'éloigna, suivi de ses deux acolytes, pour disparaître dans l'ombre.

-Oh ! Sora, Gabrielle ! fit une voix enjouée.

Pence avança vers nous. Apparemment, il avait couru.

-Hum… Pence, c'est ça ? demanda Sora.

-Tu connais une fille qui s'appelle Kairi ? demanda naïvement le jeune homme.

-Ka… Kairi? s'époumona Sora. Mais bien sûr que oui !

-Alors tu devrais venir à la gare, conseilla Pence.

Nous courûmes tous les cinq dans la ville, Sora devant. Je ne l'avais jamais vu dans un pareil… énervement. Mais qui ne pouvait pas le comprendre ? Depuis combien de temps n'avait-il pas revue sa chère et tendre Kairi?

Nous arrivâmes aux abords de la grande tour. Olette et Hayner débarquèrent alors.

-Hééééééééé ! cria Hayner.

Ils remontèrent jusqu'à nous.

-Comment se fait-il que vous connaissiez Kairi ? demanda suspicieusement Sora.

Olette et Hayner s'échangèrent un regard et se lancèrent dans des explications. La jeune fille était apparue dans un trou noir, dans le mur, et avait atterri dans leur repaire.

-Kairi était vraiment là ?

-Oui, affirma Hayner, et… elle a dit qu'elle te cherchait.

-Dis-moi où elle est !

-En fait…

Ils expliquèrent l'arrivée d'Axel. Ils avaient essayé de l'arrêter, mais Axel avait emmenée Kairi par la force, la tenant par le poignet. Ils avaient disparu dans un couloir des ténèbres…

-… même que l'homme roux traînait un jeune garçon par son autre main, finit Pence.

Mon détecteur de bizarreries fut réveillé.

-Un jeune garçon ?

-Oui, ils avaient l'air de se connaître, elle et lui.

-Riku ? proposa Sora, pas très sûr de lui. Non, ça ne lui ressemble pas…

-… de se faire prendre dans un piège aussi… axelesque. Comment était-il ? demandais-je plus fort.

-Je l'ai pas bien vu, s'excusa Pence. Il était… blond, je crois, oui, blond avec des mèches devant les yeux. Il portait un t-shirt noir… et… c'est tout ce dont je me rappelle.

Tiens. C'était étrange. Je réfléchis pendant quelques instants.

-Kairi… murmura Sora.

-Désolé… soupira Hayner, honteux.

-Hé ! C'est pas votre faute ! Vous en faites pas… tenta Sora. C'est plutôt moi le responsable…

Je m'approchais de Sora pour le consoler, mais il se redressa vivement, en criant : «Je dois aider Kairi !» et en donnant un coup de coude dans le trophée. Il tomba, les pierres roulant sur le sol jusqu'aux pieds de leur propriétaires… Hayner, Pence, Olette, et Roxas. D'un geste innocent, Sora ramassa la pierre bleue et la tendit devant le soleil. Dingo pensa à celle trouvée dans le petit sac, au début du jeu, et fit de même. Les trois adolescents suivirent le geste.

Personne ne le vit. Personne ne lui prêta attention. Parce que dans la ville réelle, il n'était rien. Mais Roxas se tenait debout, devant moi, le regard perdu dans le vide. Je le pris par l'épaule, juste pour être sûre qu'il n'était pas une illusion. Son visage se retourna vers moi et se fendit en un sourire, mais une seconde plus tard, c'était Sora qui me regardait.

-La tour… murmurais-je.

Hayner, Pence, et Olette se retournèrent vers moi.

-La tour ? s'exclamèrent-ils.

-Ce geste me fait penser à la tour, souris-je encore plus.

Mais dans ce sourire, il n'y avait pas de joie. C'était un signe de tristesse énorme, un signe de détresse…

Le cristal brilla d'une intense lumière et s'éleva dans les airs. Sora me jeta un regard : le moment était venu. Le passage allait s'ouvrir.

Nous répétâmes nos saltos dans la couronne et la clé lumineuse, dans cet endroit torturé et ce ciel jaune couvert de nuages… l'endroit où s'ouvraient les verrous.

-Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Pence.

-Un nouveau chemin est apparu, répondit Sora. Avec un peu de chance, il nous mènera à Riku et Kairi.

-Vaut mieux vous dépêcher, conseilla Olette, toujours maternelle.

-Vous reviendrez ? questionna Hayner d'un air déçu.

-Promis ! souris-je.

Dans une forte lumière, nous quittâmes mes tout premiers amis.


-QUOI ? hurlais-je.

-Calme-toi, Angel, ce n'est pas la peine de…

-Ooooh si ! Demyx, tu as entendu ce que vient de me dire Saïx ? Je n'ai pas le droit de venir !

-On dirait que tu es en colère, sourit ironiquement l'homme concerné.

-Mais c'est une grande offensive ! Peut-être qu'il n'y en aura plus, des pareilles ! Sil te plait, Saïx…

Demyx me posa amicalement sa main sur l'épaule. Lui, il allait s'y rendre, et moi, je resterais seule.

-Ce n'est pas une bonne idée… tu es notre arme secrète. En plus, tu ne les contrôles pas très bien… tu le sais.

Xemnas apparut. Sa voix était toujours monocorde, profonde, comme si c'était un robot qui parlait.

-Je le sais, ça, gémis-je, mais ça ne change rien : je veux apporter mon aide!

-Tu apporteras ton aide le moment venu, Angel. Ne discute pas, ne te comporte pas comme une enfant.

Il disparut avec Saïx. Demyx tenta de me consoler, mais je le repoussais.

-Toi, tu peux y aller ! Tu en as, de la chance…

-Mais…

-Demyx, personne ne pourra m'empêcher de m'y rendre ! Personne, tu comprends?

De mon bras sortit mon arme si incontrôlable et Demyx fit quelques pas en arrière.

-Au risque de perdre son cœur !