Pairing : TR/HG

Rating : M

Résumé : Ultima ratio - le dernier recours. Le jour de la bataille finale contre Lord Voldemort est enfin arrivé. Harry, Ron et Hermione se battent avec courage contre leur ennemi juré, mais tout ne se passe pas comme prévu et Hermione se retrouve seule dans une situation bien précaire.

Auteur : Winterblume

Traductrice : me !

Disclaimer : Les personnages et le monde d'Harry Potter appartiennent à JKR. Le scénario complet appartient à Winterblume. Je ne fais que traduire avec son autorisation.


Ultima Ratio

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Chapitre 24 : Où l'on se sent chez soi


Hermione déambulait sans but à travers les nombreux corridors de Poudlard. Elle culpabilisait terriblement depuis sa petite confession. Londubat avait réagi de la pire façon imaginable.

Au moins, il ne m'a pas jeté un sort... ni à Tom, songea t-elle, frustrée, en empruntant le prochain couloir. Ses pas résonnaient en écho sur les dalles en pierre et entre les murs de ce lieu désert. Elle se trouvait en ce moment dans une section assez reculée du château, essayant désespérément d'éviter la compagnie des autres élèves. Elle était certaine de se faire bombarder de questions sur Tom ou directement attaquer d'un sort, sans pourparlers.

Avec un profond soupir, elle considéra la meilleure stratégie à adopter, ne pouvant pas errer ici pendant le restant de ses jours. Retourner à la salle commune des Gryffondors n'était pas envisageable. Elle supposait fortement que ce soit l'endroit où s'était précipité Londubat, après son départ fracassant. Lupin et Weasley devaient probablement s'y trouver aussi pour tenter de le consoler. De plus, elle risquerait de tomber sur les commères lui servant de camarades de dortoir. Après le show dans la Grande Salle, elles ne manqueraient pas d'essayer de lui soutirer des informations, à renfort de commentaires excités. Peut-être devrait-elle juste fuir le château et refaire sa vie ailleurs le plus loin possible d'ici, se dit-elle avec ironie.

Pourquoi pas les Caraïbes, le temps est génial à cette période de l'année.

La brune gloussa, alors qu'elle tournait à l'angle d'un couloir et s'engageait dans un autre.

Ou l'Abanie. Il ne fait pas si beau là-bas, mais Tom se joindrait à moi.

Elle était immergée dans ses futurs plans d'évasion, lorsqu'une voix mélodieuse s'éleva dans son dos : "Alors, qu'est-ce que tes chers amis ont dit ?"

Elle fit volte-face et trouva Tom appuyé contre le mur du couloir. Elle leva presque les yeux au ciel en découvrant son fameux rictus placardé au visage, alors qu'il la toisait d'un air moqueur.

"On peut savoir ce qui te rend si joyeux ?" pesta t-elle.

Le rictus horripilant du Serpentard s'élargit, ne faisant qu'augmenter son irritation.

"Mais rien," répondit-il avec un enthousiasme exaspérant.

Puis il se décolla du mur pour l'approcher. Son demi-sourire typiquement Serpentard étirait toujours le coin de ses lèvres lorsqu'il se planta devant elle et prit sa main dans la sienne, avant de se remettre en marche. Hermione soupira en lui emboîtant le pas.

"Je croyais qu'on devait se retrouver après ta conversation avec ces garçons," déclara t-il sans une once d'accusation dans la voix, aussi surprenant que cela puisse paraître. Il avait l'air de bonne humeur.

La jeune femme émit un son inaudible qui aurait pu signifier n'importe quoi.

"Alors ? Tes amis ?" réitéra t-il d'un ton léger, un peu comme s'il parlait de la pluie et du beau temps. C'était définitivement agaçant. "Qu'ont-ils dit sur ta relation scandaleuse ?"

Hermione l'observa avec suspicion, les yeux plissés. "Pourquoi ce soudain intérêt pour ce que mes amis ont à dire ?"

Tom eut un ricanement. "Je tiens juste à être préparé, au cas où ces idiots décideraient de m'agresser."

"Ils ne sont pas idiots," rétorqua t-elle avec un regard noir.

Le ténébreux ne sembla pas affecté par sa grimace et continua de sourire innocemment. Son attitude devenait de plus en plus ennuyante. Alors qu'ils débouchaient sur un autre corridor, elle remarqua tout de suite le groupe de filles Serdaigles remontant l'allée dans leur direction. Il s'agissait sans doute de quatrièmes ou cinquièmes années. Elle grogna presque en apercevant les regards hostiles que certaines d'entre elles lui réservaient. Depuis son départ de la Grande Salle, elle n'avait croisé personne et ignorait comment les autres élèves réagiraient à propos de sa relation avec Tom. Cela dit, ces Serdaigles lui en donnaient un petit aperçu. Quelques unes la dévisageaient avec curiosité, tandis que d'autres lui lançaient littéralement des éclairs. Elles auraient sûrement préféré utiliser de vrais sortilèges, si elles l'avaient croisée seule. Hermione poussa un soupir de fatigue. C'était justement ce dont elle avait besoin, une bande de fangirls vengeresses et assoiffées de sang aux trousses. Cela lui rappelait l'épisode avant les vacances, lorsque tout le monde la prenait pour une harceleuse obsédée et prête à molester Tom. Sauf qu'à l'époque, ses amis avaient été là pour lui remonter le moral. Chose qu'ils ne feraient plus désormais, réalisa t-elle avec un pincement au cœur. Elle ne souciait pas vraiment de ces filles maladroites. La plupart d'entre elles ne l'appréciaient guère, ce n'était plus un secret, mais elle pouvait très bien vivre avec. Honnêtement, elle avait survécu à pire. Bien pire.

Non, ce qui la perturbait, c'était l'expression dépeinte sur le visage de ses amis en apprenant la nouvelle. Elle espérait juste que Londubat lui pardonnerait un jour. Elle en avait besoin, car cet air blessé était exactement celui qu'elle avait toujours imaginé sur les traits d'Harry et Ron, s'ils pouvaient la voir à présent. Si le blond ne pouvait lui accorder son pardon, quelle serait la réaction de ses amis du futur ? D'autre part, voir ses amis lui tourner le dos la ferait énormément souffrir. Elle aimait leur compagnie et ils lui donnaient toujours cette impression de normalité, perdue depuis si longtemps. Avec eux, elle se sentait souvent comme n'importe quelle jeune fille.

Qui n'a jamais été souillée par les ténèbres. Hermione frissonna à cette pensée et se colla davantage au Serpentard, agrippant son bras des deux mains. Ce dernier lui jeta un coup d'œil interrogateur.

"Ça ne s'est pas bien passé, n'est-ce-pas ?" demanda t-il, toute trace de moquerie ayant désertée sa voix.

"Et bien, Amarys et Richard ont plutôt été compréhensifs," souffla t-elle, avant d'ajouter d'un ton hésitant : "Marc, par contre..."

"Londubat ?" fit calmement Tom.

Trop calme pour être vrai.

"Oui, il ne te porte pas vraiment dans son cœur," affirma t-elle.

Le ténébreux ricana sombrement. "Vraiment ?"

Elle décida de ne pas gratifier son commentaire d'une réponse.

Quelques corridors plus tard, ils atterrirent devant d'énormes portes boisées plutôt familières. Un pli se creusa entre les sourcils d'Hermione.

"La bibliothèque, Tom ?" s'exclama t-elle, quelque peu surprise.

Son camarade lui adressa un sourire en coin, avant de répliquer avec arrogance : "On est dimanche, ma chère. Crois-moi, nous serons complètement seuls ici."

Avec un haussement d'épaules, elle le suivit, croisant Madame Peters qui siégeait à sa place habituelle à l'entrée. La Gryffondor se demanda brièvement si cette femme ne prenait jamais de jour de congé.

"Ah Miss DeCerto," pépia t-elle gaiement à son encontre. Puis, elle repéra le Serpentard debout à ses côtés. "Et Monsieur Riddle. Je me demandais quand est-ce que les deux élèves les plus studieux de cette école allaient enfin se rencontrer."

"Bonjour Madame Peters." La brune salua la bibliothécaire avec un sourire.

Puis, elle laissa Tom l'entraîner d'un rayonnage de livres à l'autre. Elle ne fut pas étonnée de le voir prendre le chemin de la Réserve interdite, même si en rejoignant cette aile, ils ne firent que passer à côté. La jeune femme grimaça en contemplant les rangées de livres de magie noire. Elle pouvait presque ressentir leur aura diabolique irradier jusqu'à elle. Le Serpentard semblait avoir deviné son malaise, puisqu'il fit remarquer :

"Tu n'aimes pas cette section de la bibliothèque, hein ?"

"Non," confirma t-elle en scrutant les ouvrages d'un air sombre.

Il arqua un sourcil. "Miss DeCerto qui n'aime pas les livres. Je suis choqué," se moqua t-il.

"Ces livres sont dangereux."

"Je les trouve fascinants," s'exclama t-il en survolant la Réserve du regard.

Quelle surprise. Cependant, elle n'appréciait pas du tout la ferveur qui transpirait de ses mots.

"Il y a une bonne raison pour que l'accès à ces livres soit limité."

Le Serpentard tiqua. "Donc tu penses qu'il est bien de limiter l'accès à la connaissance ?" questionna t-il en recouvrant son masque de froideur impénétrable.

Elle réfléchit un instant, puis répondit calmement : "Oui, si ce savoir est dangereux."

"Je crois que l'ignorance est beaucoup plus dangereuse que le savoir ne pourra jamais l'être," riposta t-il en la fixant à son tour.

C'était défendable comme opinion, songea Hermione. Seulement jusqu'à un certain point.

Après quelques détours, ils délaissèrent enfin le sinistre atmosphère provenant de la Réserve interdite et le ténébreux se dirigea vers une immense fenêtre au fin fond de la bibliothèque. Cette partie de la salle était en règle générale assez peu fréquentée des élèves. Ils contournèrent une étagère remplie de vieux manuscrits poussiéreux et la brune dut le reconnaître ; il était peu probable que quelqu'un vienne les déranger ici. Un large rebord complétait la fenêtre, comme une invitation silencieuse. Les pâles rayons du soleil d'hiver filtraient doucement à travers la grande vitre. À l'extérieur s'étendait le parc de Poudlard, toujours recouvert d'un linceul de neige, alors que l'eau du lac miroitait au soleil, même si elle paraissait glacée.

Tom sortit sa baguette et conjura de confortables coussins sur le grand rebord de fenêtre. Puis, il s'installa, attirant Hermione avec lui.

"Je viens souvent ici pour lire," révéla t-il avec un regard en biais.

D'où la proximité avec la Réserve ? présuma t-elle en grimpant sur le coussin d'à côté. Mais elle préféra garder ses soupçons pour elle.

"Tu m'as plutôt surprise," continua t-il d'un ton légèrement moqueur, tandis que la brune se nichait confortablement contre lui.

Elle l'interrogea du regard, ce qui fit réapparaître l'infâme rictus au coin de ses lèvres.

"Je ne pensais pas que tu parlerais de moi à... tes amis," fit-il distraitement. "J'avais plutôt l'impression de te faire honte." Après quelques secondes de réflexion, il finit par ajouter d'un air suffisant : "Et laisse-moi te dire que c'est tout nouveau pour moi. N'importe quelle fille normale se serait pavanée dans toute l'école avec moi à son bras."

La Gryffondor cligna des yeux.

"Je suis normale !" s'indigna t-elle en lui cognant l'épaule.

Elle s'étonna de le voir tressaillir de douleur à ce geste. Elle le dévisagea d'un air confus, avant de se rappeler les maléfices et sortilèges qu'elle lui avait brutalement lancés la veille. Un nœud coupable lui contracta l'estomac en le voyant toucher son bras avec précaution. Elle n'avait plus eu toute sa tête la nuit dernière, en l'attaquant du haut de la tour d'Astronomie. Et avec des sorts dangereux. S'il n'avait pas été un sorcier exceptionnellement doué, elle aurait pu lui causer de sérieux dégâts.

"Tom, je... je ne sais pas ce qui m'a pris hier," balbutia t-elle. "C'est... j'étais juste si en colère et..." Elle cherchait ses mots, troublée par ses beaux yeux gris. "J'étais à bout," finit-elle tout bas.

"Et bien, au moins, ma peau n'a pas changée de couleur," railla t-il avec un demi-sourire.

Elle détourna le regard, trouvant un soudain intérêt pour ses mains. La culpabilité se fit d'autant plus forte, lorsque les souvenirs de son altercation avec Nicolls refirent surface. Elle avait vraiment perdu le contrôle. La Serpentard n'aurait jamais pu se défendre contre elle.

"Oh voyons, Hermione," lâcha Tom, condescendant. "Ne me dis pas que tu te sens encore coupable pour Nicolls."

Elle releva les yeux vers lui et fut accueillie par son rictus malicieux. "Tu sais, ce matin, dans la salle commune, Nicolls avait déjà l'air d'avoir tout oublié. Elle se sentait assez en forme pour encore essayer de me séduire."

Les prunelles de la brune s'agrandirent.

"Elle m'a même demandé si j'allais bien. Si tu m'avais blessé," ajouta t-il sur le ton de la conversation, bannissant même son maudit rictus de ses traits.

Le choc transparaissait maintenant sur le visage d'Hermione.

"Mais ne t'en fais pas," poursuivit le sorcier d'un air on ne peut plus sérieux. "J'ai menti. Je lui ai dit que tu ne me ferais jamais de mal."

"Quoi ?"

Elle le scrutait avec de gros yeux. Son camarade arborait une expression neutre, presque candide et son regard était brillant de sincérité. Au bout d'un moment, il ne put se retenir plus longtemps et éclata d'un rire franc.

"Vraiment, vous les Gryffondors, vous êtes si naïfs," réussit-il à dire en pouffant. "Je comprends maintenant très bien pourquoi on t'a mise dans cette maison."

Elle lui jeta un regard assassin. Ce qui ne stoppa guère ses rires.

"Je déteste vraiment les Serpentards," grogna t-elle.

"Mais tu nous connais depuis combien de temps ? À peine quelques mois ? Je suis sûr que tu apprendras à apprécier notre humour subtil."

Se renfrognant davantage, elle articula sombrement : "Je ne pense pas, non."

Le ténébreux ne sembla pas concerné par son attitude hostile. Au lieu de quoi, il la contemplait à présent avec une mine mi-moqueuse et faussement inquiète.

"Alors, toujours désolée de m'avoir attaqué ?"

"Non," l'informa t-elle d'un ton sec. "Je me rappelle tout à coup pourquoi je l'ai fait."

Il laissa échapper un nouveau ricanement. Puis un vrai sourire vint éclairer son visage, surprenant sa camarade.

"Tu vois ? Tu n'avais aucune raison de te sentir coupable," souffla t-il.

Le sourire de Tom se fit rassurant et elle sentit à nouveau jaillir ce papillonnement familier au creux de son estomac. Il posa ensuite une main délicate sur sa joue, qu'il caressa de ses longs doigts. Cette sensation électrisante la fit fermer les yeux et la Gryffondor décida de se fier à la chaleur délicieuse qui embrasait ses entrailles. Elle faufila deux mains autour de son cou, avant de l'attirer vers elle et presser sa bouche contre la sienne. Elle remonta une main le long de son dos, qu'elle glissa dans la masse de cheveux d'encre de son camarade, ébouriffant complètement sa coiffure parfaite. Mais le Serpentard ne s'en formalisa pas, trop occupé à approfondir leur baiser et serrer le corps de la brune contre le sien.

Ils finirent par s'écarter, laissant Hermione pantelante et les joues rosies. Elle garda la tête blottie contre le torse du ténébreux, entourée de ses bras confortables. Ils restèrent ainsi pendant un certain temps et elle n'aurait pu se sentir plus à l'aise.

Après de longues minutes, Tom remua un peu, avant de demander doucement : "Comment tu te sens aujourd'hui ?"

Elle croisa son regard, où une lueur inquiète venait d'apparaître. Avec surprise, elle remarqua qu'il avait l'air un peu fatigué.

"Bien," répondit-elle à voix basse.

Il resserra son étreinte autour d'elle, puis murmura chaudement au creux de son oreille : "Je devrais peut-être toujours dormir dans ton lit."

"Après tout, je ne veux plus que tu ais de cauchemars," fit-il innocemment en tentant de la convaincre, même si la brune pouvait sentir ses lèvres s'étirer contre sa joue, qu'il ne tarda pas à embrasser.

Il poursuivit de sa voix de velours : "En fait, pourquoi n'emménages-tu pas dans le dortoir des Serpentards ?"

Hermione le scruta attentivement. Son rictus la narguait encore, malgré la fatigue qu'elle put à nouveau déceler sur ses traits.

"Ne sois pas ridicule. L'atmosphère glauque me rendrait sûrement folle," lâcha t-elle avec dédain, dans une imitation plutôt réussie du Serpentard. Quoiqu'elle fut trahie par son sourire amusé.

Il ricana, avant de la corriger d'un ton supérieur : "Ce n'est pas glauque. C'est classe et sophistiqué. Mais bien sûr, tu ne pourrais pas comprendre."

"C'est ça," se moqua t-elle. Néanmoins, ses sourcils se soulevèrent lorsqu'elle le vit étouffer un bâillement, une main devant la bouche. "Quand as-tu quitté mon dortoir hier ?"

"Hm ?" Il l'observa sous ses longs cils, le regard voilé par le sommeil. "Aucune idée. Tard, j'imagine."

"Tu n'aurais pas dû rester aussi longtemps," fit-elle d'une voix douce.

"Et si tu avais eu un autre cauchemar ?" la provoqua t-il gentiment, avant de pousser un soupir mélodramatique. "Qu'est-ce que tu ferais sans moi ?"

La Gryffondor se cala à nouveau dans ses bras, profitant de la chaleur plaisante qui se dégageait de leur étreinte. Elle ignora même sa petite raillerie.

Quelques instants s'écoulèrent, puis elle le questionna encore : "D'ailleurs, comment as-tu fait pour grimper les marches ensorcelées du dortoir des filles ?"

Son camarade garda le silence.

"Tom ?" Ne recevant toujours aucune réponse, elle darda un œil vers lui.

Elle le trouva adossé contre le cadre de la fenêtre, les yeux fermés et profondément assoupi. Ses bras étaient toujours enlacés autour d'elle. La Gryffondor sourit. À l'évidence, il était plus épuisé qu'il n'avait bien voulu l'admettre. D'un geste du poignet, elle saisit sa baguette et la brandit vers une rangée de livres à proximité. Aussitôt, un vieux manuscrit aux bordures dorées se mit à léviter jusqu'à elle. Le titre indiquait : Faune et Flore magiques des Antilles. Saisissant l'ouvrage, elle réprima un gloussement pour ne pas réveiller son camarade. Cela convenait tout à fait à ses plans d'évasion loufoques de tout à l'heure.

Les bras de Tom l'enveloppaient toujours lorsqu'elle ouvrit le livre et commença sa lecture, un sourire de contentement aux lèvres.

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"Je n'arrive pas à croire qu'elle soit avec ce tordu," fulmina Londubat.

"Ouais, ça m'étonne aussi," admit Lupin en levant le nez de son livre.

"Tu crois qu'il lui a jeté un sort ?" demanda le blond, les sourcils relevés. "Peut-être qu'elle est confuse et ne veut pas vraiment sortir avec lui."

L'autre garçon soupira devant l'espoir affiché par son ami. "Non. Elle n'a pas l'air d'être ensorcelée."

Avec colère, Londubat se renfonça dans le canapé où il était assis. Il continua à jeter des regards noirs un peu partout dans le vide en marmonnant dans sa barbe.

Une fraction de secondes plus tard, il perdit à nouveau son sang-froid et éclata : "Mais elle n'est pas sérieuse. Riddle est un sale type. Un sale type maléfique. Comment peut-elle l'aimer ? Après tout ce qu'il a fait ?!"

Quelques Gryffondors présents lui jetèrent des regards curieux. Les trois amis se trouvaient en ce moment installés dans leur salle commune et Londubat ne s'était toujours pas remis suite aux révélations d'Hermione.

"Ben, on ne peut pas y faire grand chose," fit Weasley d'une voix se voulant apaisante.

Il se raidit en voyant le regard assassin du blond tourné vers lui. "Elle ne peut pas avoir oublié tout ce que Riddle lui a fait subir avant les vacances," siffla t-il avec rage. "Je veux dire, il a essayé de ruiner sa réputation. Ce vil serpent l'a même menacée."

"Ouais, c'est vrai," concéda le roux. "Mais Hermione nous a dit qu'elle avait vu Riddle pendant les vacances. Il s'est peut-être excusé."

Londubat se contenta de le fixer d'un air incrédule. "Comme si ce type allait s'excuser un jour auprès de quelqu'un !" vociféra t-il. "Et même si c'était le cas, comment peut-elle lui pardonner ?"

"Qu'il se soit excusé ou non, Hermione lui a visiblement pardonné," intervint Lupin d'une voix posée. "Réfléchis Marc, Riddle n'a jamais essayé de l'attaquer ou de vraiment s'en prendre à elle. Hermione le connaît depuis à peine quelques mois. Elle n'a aucune raison de le détester."

Le blond adressa une sombre grimace à son camarade, qui ne cilla pas pour autant et conserva son calme.

Puis, vint la contre-attaque cinglante : "Il n'a jamais essayé de l'attaquer ? Tu n'as pas vu ce qu'il s'est passé pendant la soirée de Slughorn."

Lupin haussa les sourcils, tandis que son ami poursuivait sa diatribe.

"Ce soir là, j'avais juste laissé Hermione pendant deux minutes et quand je suis revenu, Riddle l'avait déjà coincée. Il l'avait attrapée par le poignet !" clama t-il furieusement. "Je suis sûr qu'il voulait la frapper. Il y avait cet air malveillant dans ses yeux."

"Tu en es sûr ?" demanda Lupin, ayant du mal à le croire. "Je ne pense pas que Hermione laisserait quiconque la traiter de cette façon."

Londubat leva brusquement les bras en l'air, en signe de frustration. "Tu connais Riddle ! C'est un vil bâtard ! Que veux-tu qu'elle fasse contre lui ? Elle est trop gentille."

Puis, il s'entêta à dénigrer le Serpentard et questionner la santé mentale de sa camarade pendant le reste de leur conversation. Ses deux amis renouvelèrent leurs efforts pour le calmer mais le blond était juste trop remonté pour les écouter. Il en voulait vraiment à Hermione.

Plus tard dans la soirée, les trois compères virent ladite concernée faire son entrée dans la salle commune. Les yeux de la brune atterrirent bien vite sur le canapé occupé par ses amis. Sa démarche se fit hésitante, mais avant qu'elle ne puisse se diriger vers eux, Londubat mit un point d'honneur à l'ignorer, les bras croisés sur son torse. Avec un air triste, elle prit alors la direction de son dortoir, tout en faisant abstraction des curieux qui se retournaient sur son passage.

Hermione se sentait horrible, alors qu'elle gravissait les escaliers de son dortoir. À l'évidence, Londubat n'allait pas lui pardonner de si tôt. Cette colère mêlée de déception qu'elle avait lue sur son visage n'avait fait que le confirmer. Une fois en haut, elle se hâta de retirer le manuscrit de Peverell de sa valise, s'affala sur son lit et ferma les rideaux à baldaquins avant que les filles ne déboulent dans la pièce pour la harceler de questions. Puis, elle détailla le livre sur ses genoux. Était-ce là son seul espoir ? Ou quelque chose qui pouvait ruiner son bonheur ? Elle n'était plus certaine de savoir ce que l'ouvrage signifiait. Ses pensées la ramenèrent à la bibliothèque, où elle avait été si confortablement installée dans les bras de Tom. C'était une sensation si agréable de l'avoir près d'elle.

Les doigts de la jeune femme effleurèrent l'ancienne reliure en cuir du manuscrit. Après son départ de la bibliothèque, elle avait prétexté un devoir d'Histoire de la Magie à rendre pour retourner à son dortoir. C'était un mensonge. Son essai pour le professeur Binns était déjà terminé depuis des lustres. Elle n'avait rien à écrire, seulement cette chose, pensa t-elle en scrutant le livre. Elle se sentait coupable d'avoir menti au ténébreux, mais encore plus d'avoir négligé sa lecture depuis quelques temps. Aux dernières nouvelles, trouver un moyen de rejoindre son époque restait sa priorité, non ? Tout de même, elle rechignait à continuer ce livre. Lorsqu'elle était parvenue à le subtiliser pendant les vacances, le manuscrit avait représenté sa seule chance de retour chez elle. À présent, il incarnait juste le cruel rappel d'une tâche qu'elle devait accomplir, mais commençait lentement à remettre en question.

Avec un soupir, elle se mit à lire de mauvaise grâce. Peverell lui donnait du fil à retordre. Il avait une façon de décrire la magie qui l'ennuyait plus qu'autre chose. Complexe et juste inintelligible. Une fois de plus, elle ne tarda pas à rencontrer l'une de ses notes personnelles et comprit tout de suite son importance. Il y a quelques mois, cette annotation l'aurait rendue enthousiaste mais aujourd'hui, elle ne réussit qu'à l'effrayer.

Après m'être torturé l'esprit pendant des semaines, je me décidai enfin sur la nature de l'objet qu'il me faudrait créer pour remporter le défi lancé par mes frères. Je souhaitais cet objet puissant et foncièrement magique. La seule chose presque aussi puissante que le mage lui-même est bien évidemment la baguette dont il fait usage. Aussi, je fis le choix de créer un artefact d'un genre entièrement nouveau, en associant le vénérable métier de la fabrication des baguettes et l'art de la création d'objets magiques. Le champ des possibles s'ouvrait à moi et je savais que ces deux formidables disciplines s'accorderaient dans une harmonie parfaite. Elles sont si semblables et pourtant si différentes. Elles se complètent mutuellement, si bien que l'une paraît insignifiante sans la contribution de l'autre. Mes frères allaient être stupéfaits lorsque nous nous rencontrerions dans un peu moins d'une année, car je serais sans nul doute victorieux. J'ai en tête l'idée de créer l'artefact magique parfait, voué à être la plus puissante création jamais entreprise.

Je vais créer une baguette magique invincible.

Hermione referma le manuscrit d'un coup sec. Son souffle s'était emballé, alors qu'elle fixait le livre dans ses mains moites. En lisant les derniers mots de Peverell, elle s'était rendue compte que depuis un certain temps déjà, son subconscient avait espéré que ce livre serait une impasse. Réprimant le nœud coupable au fond de son estomac, elle quitta son lit pour aller cacher le manuscrit dans le compartiment secret de sa valise.

Je le lirai plus tard, se promit-elle, tout en sachant pertinemment que rien ne l'empêchait de continuer maintenant.

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"Comment peut-il passer son temps avec cette horrible traînée !" s'exclama Lestrange.

"Je ne sais pas pour la traînée," ricana sombrement Avery. "Mais elle n'est pas si laide, non ?"

"Tu te fous de moi," siffla son camarade. "Ses cheveux ressemblent à un grattoir et elle est carrément insolente."

"Il faut juste que quelqu'un la remette à sa place. Si tu vois ce que je veux dire," fit-il en remuant les sourcils de façon suggestive.

"DeCerto reste quand même une insupportable Gryffondor," interféra Alba avec colère.

Sa magie subissait encore les dommages du maléfice que Riddle lui avait lancé, peu après avoir découvert leur confrontation avec DeCerto. Il avait une dent contre elle.

Quelle bande d'idiots, pensa Malfoy en suivant de loin la conversation des trois autres. Il ne comprenait simplement pas pourquoi ces imbéciles continuaient à mettre en doute les décisions de Riddle. Si jamais ce dernier l'apprenait, ils seraient dans de beaux draps. Il sourit en coin, avant de se replonger dans son livre, n'ayant guère l'intention de prendre part à ce débat potentiellement dangereux.

"Je suis sûr qu'il s'amuse juste avec elle," reprit lentement Avery.

"Bien sûr qu'il s'amuse," fit Lestrange d'un ton méprisant, "mais il aurait sûrement pu trouver mieux qu'elle."

Malfoy étouffa un ricanement à cette remarque. Ce sombre crétin essayait-il de se faire tuer ? Si Riddle avait vent de ses propos, Lestrange passerait encore un sale quart d'heure.

Ils avaient actuellement investi le dortoir des sixièmes années. Ils venaient souvent discuter ici pour rester loin des oreilles indiscrètes. Aucun autre Serpentard n'oserait débarquer par hasard dans le dortoir où résidait Tom Riddle. Le blond avait espéré y trouver un peu de quiétude pour terminer son livre. Malheureusement, ses camarades de dortoir, ainsi que Avery, qui était en septième année, avaient décidé de lui imposer leur présence ennuyante. Malfoy occupait un fauteuil en face des trois garçons installés sur le canapé. Par conséquent, il lui était quasiment impossible d'occulter leur discussion.

Leur sujet de conversation du jour était la nouvelle liaison de Riddle. Lui-même avait été pour le moins surpris en le voyant embrasser cette Gryffondor au milieu de la Grande Salle. Ce n'était pas tant l'acte qui l'avait choqué, mais plutôt la fille. DeCerto ne semblait pas du genre à plaire au ténébreux, comme l'avait souligné Lestrange. Elle n'était pas la plus jolie des filles et se comportait avec une impudence incroyable. Cela dit, elle n'avait eu aucun mal à vaincre ces idiots à elle seule, se souvint le blond en observant ses acolytes. Non pas qu'ils soient vraiment de sérieux adversaires, mais la Gryffondor donnait l'impression d'être assez douée pour une sorcière. Riddle avait toujours été attiré par le pouvoir. Elle était certainement intrigante. Le blond se rappelait la veille des vacances de Noël, lorsqu'ils lui avaient tendu un piège, avant de l'emmener à l'orée de la forêt interdite. Là-bas, Riddle avait utilisé le Cruciatus sur elle, sans la faire céder. Malfoy connaissait les effets du sortilège de torture pour les avoir subi à plusieurs reprises. Il se souvenait de la douleur atroce et insoutenable. La résistance de DeCerto l'avait quelque peu impressionnée. Leur leader savait se montrer très persuasif quand il souhaitait extorquer des informations à quelqu'un. Toutefois, elle n'avait rien voulu entendre. Le blond ignorait ce qu'il cherchait à savoir, mais à l'évidence, il avait une autre stratégie en tête. Il ne percerait pas ses secret par la force, mais tenterait de s'immiscer dans sa vie pour les découvrir. Malfoy devait lui reconnaître son talent de séduction indéniable. Après tout, il lui avait infligé le Cruciatus. Que cette fille l'autorise à l'embrasser relevait du miracle. Apparemment, Riddle s'en sortait impunément en toute circonstance.

"Cette garce mérite qu'on lui apprenne les bonnes manières." Lestrange avait reprit ses insultes.

Avery se mit à rire grassement, un rictus mauvais aux lèvres. "Ça me plairait bien de la faire hurler."

Alba le jaugea avec dégoût. "T'es malade. Je ne toucherai jamais à cette traînée hideuse. On ne sait même pas d'où elle vient."

"Que veux-tu dire ?" demanda Lestrange.

"As-tu déjà entendu parler des DeCerto avant aujourd'hui ?" répliqua t-il avec son air guindé. "Je suis sûr que c'est une sale chienne de moldu."

"Tu penses que c'est une Sang-de-bourbe ?" s'écria Lestrange, le visage grimaçant, un peu comme s'il souffrait de nausées.

"C'est une possibilité qu'on ne peut pas écarter."

Malfoy secoua la tête en entendant la tournure que prenait leur conversation. Cette fois, ils se trouvaient sur un terrain glissant. Ils insinuaient que Riddle passait son temps avec une Sang-de-bourbe. Le blond le savait capable de beaucoup de choses pour arriver à ses fins. C'était un enfoiré de manipulateur, après tout. Mais quand bien même essayait-il de faire parler DeCerto, jamais il ne toucherait une Sang-de-bourbe. Il avait une sainte horreur des Moldus et des Nés-moldus. Lui-même qui avait grandi dans une famille aux idées bien tranchées, avait été surpris par la haine qu'il vouait aux Moldus. Il supposait que son aversion provenait du fait qu'il devait vivre dans un ignoble orphelinat moldu. Le ténébreux attaquait systématiquement tous ceux qui évoquaient le sujet de ses antécédents familiaux. Il pouvait comprendre pourquoi le Serpentard voulait taire cette partie embarrassante de sa vie. Il frissonna en se rappelant ce que Riddle avait fait subir à la pauvre âme ayant osé ridiculiser ses origines. Le blond se demandait encore comment il avait réussi à s'en tirer en restant blanc comme neige.

En un mot, Riddle devenait un peu... susceptible, lorsqu'il s'agissait de ses origines. Le blond avait la certitude que son camarade n'était pas un Né-moldu, bien qu'il ait grandi parmi par eux. Sans pouvoir le prouver, il le soupçonnait d'être l'héritier de Serpentard. Ces attaques sur les Sang-de-bourbes l'année dernière étaient juste son style. Dans ce cas, il était également responsable de la mort de cette gamine. Il ne reculait devant rien, semblait-il, pas même le meurtre. Ce qui n'étonnait pas vraiment Malfoy.

Il s'attarda de nouveau sur la bande de garçons occupant le sofa. Ils feraient mieux de tenir leur langue au sujet de DeCerto. Surtout lorsque le ténébreux s'intéressait à elle.

"J'aimerais bien jeter un sort à cette fille répugnante," fit sinistrement Lestrange.

Tu l'as déjà fait, crétin. Et ça ne s'est pas passé comme prévu, hein ? railla t-il en silence.

"Quand Riddle se sera lassé, on pourra s'amuser avec elle," proposa Avery, dont la voix avait baissé d'une octave.

Malfoy doutait qu'il ne fasse seulement allusion à des sortilèges. Avery avait l'esprit plutôt tordu. Mais ce que son camarade envisageait de faire à DeCerto lui importait peu, c'est pourquoi il reporta son attention sur son livre.

"J'ose espérer que vous n'êtes pas en train de parler d'Hermione."

Le blond se raidit lorsqu'une voix d'un calme à faire froid dans le dos retentit soudain. "Pour votre propre bien," ajouta la voix avec un sombre amusement, telle une mauvaise augure.

Risquant un œil vers l'entrée de leur dortoir, il découvrit Riddle debout près de la porte. Ce dernier affichait un air blasé, mais sa posture détendue n'était qu'une façade.

"Donc, mon choix n'est pas à la hauteur de vos exigences ?" demanda t-il avec légèreté, comme s'il leur parlait de banalités, en se rapprochant du centre de la pièce.

Il balaya d'un regard glacial l'endroit où siégeait les trois garçons et Malfoy fut heureux de ne pas avoir participé à leur précédente conversation. Le blond retint son souffle, tandis que Riddle prenait place sur l'un des fauteuils d'à côté. Par chance, il ne sembla pas lui accorder un quelconque intérêt et se concentra sur ses camarades.

Malfoy l'observa discrètement. Il était assis avec nonchalance et regardait les garçons d'un œil distrait. Cela dit, le blond ne se laissa pas leurrer par son apparence sereine. Il y avait des traces de sa magie dans l'air, une aura ténébreuse et oppressante. Sans parler de la lueur sadique qui venait de faire son apparition dans ses yeux d'acier, alors qu'il examinait lentement chaque élève.

"J'avais pensé que vous prendriez ma petite réprimande à cœur, " déclara t-il d'un ton étrangement aérien, qui cependant, fit hérisser les cheveux sur la nuque de Malfoy.

"Surtout toi, Lestrange." Il jeta un bref coup d'oeil à la main bandée de ce dernier, un rictus mesquin aux lèvres.

"On ne remettrait jamais en cause tes choix," hoqueta Lestrange avec crainte.

"Hmm..."

L'absence totale d'émotion sur le visage de Riddle fut assez terrifiante.

Puis, de façon très stupide, Alba finit par lâcher tout haut ce que tout le monde pensait tout bas : "Elle... c'est une Gryffondor."

Le blond aperçut l'éclat rougeâtre et menaçant qui infiltra les yeux du ténébreux lorsqu'il vrilla le pauvre garçon du regard, même s'il empêchait encore sa magie de s'abattre sur eux.

"Et alors ?" siffla t-il.

Pour une fois, Alba montra un peu de bon sens et ne broncha pas, fuyant le regard de Riddle.

"Crois-tu que je me soucie de ce que raconte ce stupide choixpeau ?" Sa voix autoritaire était maintenant teintée d'une colère froide. "Qui, soit dit en passant, a été créé par le même Gryffondor que vous méprisez tant."

Les Serpentards remuèrent avec malaise sur leur siège, mais personne n'osa prendre la parole en ressentant le pouvoir gravitant autour du ténébreux comme un halo sombre.

Prenant une brève inspiration, Malfoy tenta de réprimer la peur rampante qui montait en lui. Riddle demeura élégamment installé sur son fauteuil, comme si de rien était, mais une haine malicieuse irradiait de sa personne, se matérialisant par l'effervescence de son pouvoir magique. Le blond déglutit en avisant la silhouette de son camarade. Il se demandait comment le Serpentard arrivait à maintenir cette image d'élève modèle et inoffensif aux yeux du corps enseignant, alors qu'en réalité, Riddle était sans nul doute le sorcier le plus dangereux qu'il n'avait jamais rencontré. Pourtant, il en avait croisé un petit nombre au manoir de son père, y compris quelques plus proches partisans de Grindelwald. L'auréole immaculée de Riddle ne faiblissait jamais devant les autres et cela le rendait encore plus intimidant.

Le ténébreux se pencha en avant sur son siège, faisant sursauter Malfoy.

"Il semblerait que je me sois montré trop indulgent avec vous," poursuivit-il dans un murmure qui n'en fut pas moins inquiétant. "Ne vous ai-je pas déjà gentiment demandé de rester à l'écart d'Hermione ?"

Il avait sorti sa baguette, qu'il faisait paresseusement tournoyer entre ses doigts.

"Mais vous abusez de ma gentillesse et vous vous obstinez à l'ennuyer, n'est-ce-pas ?" cracha t-il, abandonnant le faux-semblant de calme adopté au début de cette conversation. Ses mots claquèrent comme un sifflement empoisonné chargé de malice.

"Non, non," geignit Avery d'un air paniqué. "Jamais on ne s'opposerait à ta volonté !"

"Oui, c'est ce que tu dis maintenant," répliqua t-il, alors qu'un rictus alarmant déformait son visage. "Mais, je crois qu'un petit rappel s'impose, non ? Pour ne pas oublier qui commande ici."

Malfoy le vit agiter sa baguette. Bien que le sortilège soit informulé, il en reconnut le mouvement. Un charme de silence recouvrait désormais leur dortoir. Riddle ne souhaitait visiblement pas prendre le risque d'être entendu par les autres élèves et le blond remercia encore le ciel d'avoir laissé les autres à leurs stupides commérages. Surtout lorsque la magie chaotique et furieuse provenant de lui par vagues s'intensifia.

"Allons, je ne voudrais pas effrayer les premières années avec vos cris et vos suppliques," s'exclama t-il d'un ton dépourvu d'émotion, si ce n'est un amusement cruel à la vue des trois garçons apeurés face à lui.

Il se redressa avec lenteur et se mit à faire les cent pas devant ses camarades. Il était dans son élément, totalement à l'aise, et semblait se réjouir de l'entière situation. Sa magie crépitait avec force autour de lui et se déchaînait furieusement sur les autres Serpentards cloués sur leur sofa. La frayeur clairement inscrite sur leurs traits était presque palpable. Un sourire carnassier vint courber la bouche du ténébreux et Malfoy tressaillit. Puis, il brandit son arme vers Alba. Le garçon se crispa de terreur en voyant cette baguette pâle pointée sur lui.

"S'il te plaît, je suis désolé," s'affola t-il. "Je ne vais pas te désobéir."

Seul un petit rire cruel lui répondit. La teinte rougeâtre au fond des pupilles froides de Riddle redoubla d'intensité, alors qu'il soufflait, sans scrupules :

"Crucio."

.&.&.

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Le lendemain matin, la journée avait déjà mal commencée pour Hermione. En effet, ses camarades de dortoir l'accueillirent au pied du lit, avec une curiosité mal placée. Rose et Lucia l'attendaient installées sur le lit rose bonbon de cette dernière, tandis que Diana et Viola se dressaient non loin. La brune n'eut pas à deviner ce que les filles avaient derrière la tête. Hier soir, elle avait regagné la salle commune sans parler à personne. Elle avait même évité ses amis, ou plus précisément, Londubat. C'était plutôt lâche de sa part, mais elle redoutait une nouvelle confrontation avec lui. Il avait été si furieux contre elle en apprenant sa relation avec Tom.

Mais à présent, elle avait d'autres chats à fouetter, à savoir ces quatre commères en train de la scruter d'un œil inquisiteur. Hermione se contenta de les fixer à son tour, peu disposée à leur dire quoique ce soit de son propre chef.

Après une longue minute de joute silencieuse, Rose finit par demander sans gêne : "Alors, bien dormi sans ton Prince Charmant ?"

Oh oui, elles étaient en quête d'un scoop, pensa la brune avec frustration, les sourcils froncés.

En fait, non. J'ai constamment besoin d'un homme dans mon lit pour me sentir bien, aurait-elle bien aimé leur rétorquer, juste pour voir leurs têtes. Ce serait hilarant.

Au lieu de quoi, elle soupira avant de répondre poliment : "Oui, merci."

"Ah ! On savait que tu deviendrais sa petite-amie," s'écria joyeusement Lucia de sa voix stridente. "Tu es tellement chanceuse !"

"Ouais !" Rose apporta sa contribution à la conversation. "Tu es là seulement depuis quelques mois, mais tu as réussi à obtenir ce que veulent toutes les filles ici."

Un pli se creusa sur le front d'Hermione à cette remarque. Aucune fille n'aimerait devoir faire face au dilemme moral qu'elle subissait en ce moment.

"Tu as laissé Riddle t'embrasser dans la Grande Salle," lança Viola d'un ton brusque. "C'était plutôt osé, non ?"

Ces mots la rendirent confuse. Londubat lui avait fait une remarque du même goût hier. Qu'est-ce qui clochait avec le fait de se faire embrasser en public ? songea t-elle en essayant encore d'ignorer les regards scrutateurs de ses camarades.

"Tu n'aurais pas dû faire ça." Diana détourna son attention et Hermione fut encore émerveillée par ses prunelles émeraudes, d'une couleur identique à celles d'Harry. "Si un prof t'avait vue, tu aurais eu des problèmes," réprimanda la jeune femme d'une voix douce.

"Oh Diana, ne sois pas si rabat-joie !" s'exclama Rose. Puis, elle saisit l'un des coussins moelleux de Lucia et le serra contre elle avec de grands yeux rêveurs. "Leur baiser était si parfait. Si romaaaantique !"

Lucia acquiesça vivement en poussant une série de gloussements. Hermione, par contre, commençait à se sentir malade. Elle allait bientôt faire une overdose de ces papotages de filles. Si bien qu'elle se détourna et ouvrit sa valise. Un sentiment coupable l'assaillit à la vue du compartiment secret où demeurait caché le manuscrit de Peverell. Elle aurait eu le temps de continuer à le lire la nuit dernière, mais n'en avait rien fait. De toute façon, ce n'était pas comme si elle pouvait reprendre sa lecture maintenant, prétexta t-elle. Pas avec les fouineuses qui partageaient son dortoir. De plus, on était lundi et elle devait se rendre en cours. Elle retira donc son uniforme de sa valise, avant de se diriger vers la salle de bain.

Malheureusement, la Gryffondor ne réussit pas vraiment à échapper aux filles. Celles-ci insistèrent pour l'accompagner jusqu'à la Grande Salle, tout en bavardant avec animation sur sa nouvelle relation. Cependant, Hermione avait déjà quelques mois d'expérience lorsqu'il s'agissait d'ignorer leurs caquetages sans fin, même si cela n'aida pas à lui redonner le sourire, car ses pensées s'égarèrent de nouveau sur le livre enfermé dans sa valise.

Elles traversèrent la salle commune et sans surprise, la brune attira encore de nombreux regards. Elle ne pouvait plus s'y dérober à présent. Sur le chemin en direction de la Grande Salle, elle se rendit compte que la nouvelle rumeur avait mis le château en ébullition. Sauf qu'après le baiser de Tom dans la Grande Salle, leur relation n'avait plus rien d'une rumeur. Quoiqu'il en soit, cela semblait être le potin favori de toute l'école. La brune pouvait presque sentir les regards suivre chacun de ses gestes. Certains étaient juste curieux, d'autres semblaient vouloir littéralement l'assassiner.

La situation ne fit qu'empirer pendant son petit-déjeuner. Apparemment, sa relation avec Tom n'intéressait pas seulement les Gryffondors et les Serpentards, mais aussi les autres maisons, à tel point que ces oeillades incessantes commencèrent à l'irriter. Survolant la table des serpents, elle trouva le siège du ténébreux inoccupé. Elle se demanda où Tom pouvait bien être, puis décida de terminer son assiette plus tôt, ne pouvant en avaler davantage avec cette multitude d'yeux braqués sur elle.

Tout ce tohu-bohu à cause de sa relation était un mystère. À l'évidence, elle n'était pas la première petite-amie de Tom. Pseudo ou fausse petite-amie, peu importe l'appellation qu'il voulait leur donner, il en avait déjà eu un certain nombre. Alors pourquoi faire tout un plat de la nouvelle conquête de Tom Riddle ? Quittant son siège, Hermione aperçut Weasley et Lupin marcher dans sa direction.

"Bonjour," la salua Lupin. Elle ne put s'empêcher de remarquer son regard inquiet.

"Salut," répondit-elle un peu maladroitement.

Puis, elle jeta un coup d'oeil furtif vers Londubat. Ce dernier était toujours attablé et l'ignorait complètement, constata t-elle avec tristesse.

"Il ne va pas me parler, hein ?" s'enquit-elle à voix basse.

"Il est juste déçu, Hermione."

"Je suis sûr qu'il s'en remettra," ajouta Weasley avec un sourire encourageant pour lui remonter le moral, malgré l'once d'incertitude au fond de ses yeux.

"Pourquoi n'as-tu rien dit avant à propos de Riddle ?" demanda tout à coup Lupin avec un air de reproche.

La brune se mordit la lèvre, puis articula d'une petite voix : "Je n'en étais pas certaine moi-même. Et... je ne voulais pas vous mettre en colère contre moi."

Lupin soupira tout en scannant la silhouette du blond. "Ben, c'est exactement ce que tu as réussi à faire."

"Désolée," lâcha t-elle dans un murmure, les yeux fixés sur ses chaussures.

Puis, elle releva la tête en sentant une main se poser sur son épaule. Lupin la regardait attentivement et elle distingua de nouveau cette lueur soucieuse dans son regard.

"Tu n'as pas à t'excuser," la rassura t-il gentiment. "On s'inquiète juste pour toi. Je sais que la plupart des professeurs et des élèves croient que Riddle est un type bien." Il marqua une pause, semblant chercher les mots justes pour ne pas la brusquer, avant de reprendre d'un ton grave : "Mais quelque chose ne tourne pas rond chez lui. Je pense que tu devrais rester sur tes gardes avec lui. Riddle est dangereux."

Elle lui rendit son regard. Comment aurait-elle pu le contredire ? En affirmant que non, Tom n'était pas un danger ? Quel odieux mensonge ce serait. Et il y en avait déjà assez comme ça dans sa vie.

"Ne t'inquiètes pas," fit-elle, résolue à être aussi franche que possible au vu des circonstances. "Tom ne me fera rien."

Ses amis continuèrent à l'observer avec hésitation. Ils pensaient probablement que le Serpentard l'utilisait dans l'un de ses sombres desseins ou qu'il jouait simplement à un jeu cruel avec elle. Jugeant le comportement du ténébreux jusqu'à présent, elle savait que leurs inquiétudes étaient fondées.

"On ne veut pas te voir souffrir," ajouta doucement le roux.

Hermione eut un faible sourire. "Je serai prudente."

Un peu plus tard, la Gryffondor prenait le chemin du cours de Potions. Seule, réalisa t-elle à regrets. Londubat ne lui avait toujours pas adressé la parole. Weasley et Lupin avaient voulu l'accompagner jusqu'en classe, mais elle savait que le blond n'aurait pas accepté de se joindre à eux. Elle ne voulait pas le priver de ses deux amis. D'ailleurs, ils n'auraient pas cessé de lui lancer des oeillades inquiètes entre deux soupirs. Ils pensaient vraiment qu'elle faisait la plus grosse erreur de sa vie en sortant avec Tom. Ce qui était peut-être le cas, mais elle n'avait pas besoin qu'on le lui rappelle à longueur de journée. Sauf qu'elle commençait lentement à regretter d'avoir refusé leur proposition, exposée comme elle l'était aux regards persistants des autres élèves. Elle fut contente de rejoindre les cachots, puis la salle de classe. Cependant, elle n'avait pas mis un pied dans la salle, qu'une nouvelle fois, des têtes se tournèrent dans sa direction et la toisèrent méchamment.

C'est ce qui s'appelle tomber de Charybde en Scylla, pensa t-elle avec ironie en remontant l'allée vers sa table.

La plupart des élèves occupaient déjà leur siège, y compris ses amis. Lupin l'examinait d'un air contemplatif, comme s'il cherchait encore à comprendre sa décision. Au moins, son visage était vierge de tout ressentiment. Weasley, son voisin de table, lui lança un regard plein de compassion. Elle leur répondit d'un sourire hésitant, qui mourut aussitôt en croisant l'expression de Londubat. Son estomac se contracta lorsqu'il plissa des yeux avec une fureur contenue. Sa seule présence semblait le mettre dans une rage folle. Puis, une voix mauvaise s'éleva soudain dans son dos.

"Te voilà, sale petite traînée."

Elle pivota sur ses pieds pour découvrir un groupe de filles Serpentards assises au fond de la classe, arborant toutes la même mine antipathique.

"T'es gonflée !" l'agressa l'une d'entre elles. La brune la reconnut. Il s'agissait de Susan Yaxley, cette fille la détestait. "Tu débarques de Merlin sait où et tu as le culot de nous voler nos hommes. Et ne crois pas qu'on n'est pas au courant de ce que tu as fait à Mélanie, sale garce."

Son ton brusque et suintant de mépris la fit hausser les sourcils. Cette accusation était tout bonnement stupide. Cette fille semblait insinuer que Riddle était forcé de rester avec elle.

"Tu es juste jalouse, Yaxley," s'interposa Rose de façon inattendue, fixant la Serpentard avec un air de triomphe. "Parce que Riddle a choisi une Gryffondor comme petite-amie et pas l'une d'entre vous, femmes serpents."

À cet instant, elle ne sut si elle devait rire ou pleurer. Tout ça était tellement absurde. Ces filles devenaient vraiment enquiquinantes et elle se fichait bien de ce que les autres pouvaient penser d'elle. Aussi, la jeune femme se remit en marche jusqu'à sa table, faisant abstraction de la violente dispute qui avait éclatée entre Serpentards et Gryffondors de la gente féminine.

Elle se rendit tristement compte que personne parmi ses amis n'avait pris sa défense. Contrairement à leur habitude. Avec un coup d'oeil vers eux, elle sentit son cœur se serrer en voyant Londubat en pleine contemplation de la fenêtre. Il semblait tout faire pour l'ignorer. Les sourires réconfortants de Weasley et Lupin la soulagèrent quelque peu. Même s'ils pensaient eux aussi qu'elle devrait résoudre seule son petit problème de célébrité.

Avec un soupir, Hermione s'installa au bureau qu'elle partageait avec Malfoy, ce qui ne fut pas non plus une expérience des plus plaisantes, avec les airs inquiétants et calculateurs du blond sans cesse dirigés vers elle. Le siège du milieu qui les séparait demeurait encore vide. Qu'est-ce que Tom pouvait fabriquer ? Elle retira plume et parchemins de son sac, qu'elle disposa sur sa table. Puis, elle attrapa son manuel de Potions et se mit à lire, noyant complètement le chuchotement perpétuel des conversations autour d'elle.

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Installé dans la salle commune des Serpentards, Tom savait qu'il devrait manquer le petit-déjeuner pour ne pas arriver en retard en Potions. Pour l'heure, des affaires plus importantes requéraient son attention, comme le rapport des Aurors qu'il tenait entre ses mains. Le mot 'confidentiel' était placardé en grosses lettres rouges sur la couverture du dossier, mais le sorcier n'y prêta pas attention alors qu'il examinait une volée de pages. Malfoy lui avait remis le rapport ce matin. Il semblerait que ses contacts au département des Aurors avaient été concluants, le blond avait accompli avec succès la mission qu'il lui avait confiée. Pas comme s'il avait eu le choix. Dans le cas contraire, Mafoy l'aurait amèrement regretté.

La semaine dernière, il lui avait ordonné d'enquêter sur le cambriolage qui avait eu lieu à l'appartement de Nicolas Flamel. Un article sur le sujet dans la Gazette du Sorcier avait attiré son attention. Certaines coïncidences étranges le faisait suspecter qu'Hermione était impliquée. Finalement, Malfoy lui avait fourni quelques résultats, peu nombreux mais suffisants.

Tom tourna la page suivante. Il découvrit une liste des objets ayant été dérobés à Flamel. Elle était ridiculement courte. Selon le rapport, seul un manuscrit manquait à l'appel, dont l'auteur n'était autre que Ignotus Peverell. Les pupilles du ténébreux s'agrandirent. Bien entendu, il connaissait ce nom. Peverell était une illustre figure de l'Histoire de la magie. L'un des plus grands sorciers ayant existé. Un livre écrit de sa main était un bien d'une valeur inestimable. Il se demanda avec envie quelles merveilles de la magie pouvaient bien receler ce manuscrit.

Aussi excitante cette découverte fût-elle, le Serpentard continua à feuilleter le rapport, jusqu'à ce que ses yeux n'atterrissent sur les déclarations des témoins. Personne n'avait surpris le cambriolage, mais certains étaient en mesure de renseigner les Aurors sur les allers et venues dans l'appartement avant leur arrivée sur les lieux. Il scanna brièvement la liste des noms. Que des Moldus ! s'indigna t-il avec dégoût en passant en revue les témoignages. Apparemment, plusieurs personnes avaient aperçu des hommes vêtus de capes noires entrer dans l'appartement de Flamel au moment du vol. Comme c'était intéressant. D'après ses souvenirs, Hermione avait été pourchassée par des hommes en noir, lorsqu'il l'avait rencontrée pendant les vacances de Noël. C'était justement le jour du cambriolage. Poursuivant sa lecture, un autre élément intriguant captura son regard. L'un des témoins avait vu une jeune femme pénétrer dans la maison. Il décrivait la suspecte comme étant jeune avec de longs cheveux bruns frisés.

Tom s'adossa à son canapé, un petit rictus aux lèvres.

Enfin, toutes les preuves corroboraient ses suspicions. Il avait vu juste ! Il l'avait su depuis cet article dans la Gazette. Tout coïncidait. Ce jour là, il avait bousculé sa camarade dans la ruelle où habitait Flamel, alors qu'elle fuyait des sorciers encapuchonnés.

C'était Hermione. Elle avait cambriolé l'appartement de Flamel. Jugeant l'attitude hostile de ces hommes en noir, elle avait également réussi à voler le manuscrit de Peverell sous leur nez. Tom fixa le rapport d'un air songeur. Restait à savoir pourquoi elle avait dérobé ce livre. Décidément, le voile de mystères qui entourait cette fille grossissait à vue d'oeil et il avait bien l'intention de tout découvrir.

Quelques minutes plus tard, il faisait son entrée dans la salle des Potions. Le rapport des Aurors était soigneusement rangé dans son dortoir, mais cette nouvelle découverte accaparait ses pensées tumultueuses. Ses yeux se posèrent directement sur Hermione, déjà assise à leur bureau et occupée à mettre de l'ordre dans ses affaires. Penchée sur un récipient en bois, elle avait le visage caché par ses boucles brunes. Inconsciemment, un sourire en coin chemina sur ses lèvres, tandis qu'il admirait sa silhouette. Depuis sa rencontre avec la jeune femme, elle n'avait fait que le surprendre. Cela serait certainement un défi de percer tous les secrets qui gravitaient autour d'elle.

Malheureusement, le cas Peverell n'en était qu'un parmi tant d'autres. Elle avait toujours été mystérieuse, pleine de silences et de non-dits. Mais plus il passait de temps en sa compagnie, plus il en apprenait sur elle et ses secrets. Elle s'était même volontairement confiée à lui. Il avait été plutôt choqué de découvrir qu'elle avait dû combattre dans une guerre. Certes, elle n'avait pas été très bavarde, mais elle avait néanmoins partagé un peu de son passé avec lui. À présent, il savait au moins ce qui se cachait derrière l'immense détresse inondant parfois ses prunelles noisettes. Cette information ne lui plaisait pas du tout.

Sa magie s'embrasa en lui comme une fournaise, mais fut rapidement apaisée lorsqu'il croisa de nouveau la brune. Elle n'avait pas encore remarqué sa présence. Quelque part, il était ravi qu'elle lui ait révélé des bribes de son passé. Cela signifiait qu'elle commençait enfin à lui faire confiance. Il était persuadé qu'elle n'en avait parlé à personne d'autre. Pas même à ses soi-disants amis, jubila t-il avec suffisance en jetant un bref coup d'oeil aux trois Gryffondors.

Elle a confiance en moi. Une envie insatiable s'empara à nouveau de lui, alors qu'il contemplait Hermione. Il voulait la posséder. Ce désir de convoitise devenait de plus en plus intense. Le fait qu'ils soient désormais ensemble avait renforcé le lien qui les unissait. Elle lui appartenait et il ne la laisserait jamais le quitter.

Mais alors que ses yeux détaillaient lentement la jeune femme, il dut admettre qu'elle n'éveillait pas seulement un désir de possession en lui. Il y avait plus. Un sentiment étrange et complètement nouveau. Il s'en était rendu compte pour la première fois cette nuit après le match de Quidditch, lorsqu'elle l'avait attaqué après avoir totalement perdu ses moyens. Elle avait semblé si effondrée et vulnérable, qu'il s'était surpris à vouloir la consoler. Il avait voulu la protéger. Auparavant, il n'avait jamais ressenti le besoin de réconforter ou de protéger quelqu'un. Il ne s'était jamais soucié de personne sauf de lui-même. Aujourd'hui, les choses avaient un peu évolué. En bien ou en mal, il n'avait pas encore d'avis tranché sur la question.

Puis, il vit le furieux froncement de sourcils qui plissait le front de la Gryffondor. Elle avait l'air un peu irritée. Le ténébreux avait une petite idée de ce qui devait la tracasser. Il avait remarqué tous ces bavardages insignifiants dans les couloirs. Toutefois, sa colère mise à part, elle semblait bien se porter. Elle n'avait pas les traits tirés et ne paraissait pas fatiguée. Ses cauchemars l'avaient donc laissée passer le reste de la nuit en paix, en déduit-il avec soulagement. Il redoutait de la voir encore subir les effets de ses horribles rêves.

Et voilà, encore en train de vouloir la protéger, réalisa t-il, quelque peu amusé.

Mais cela ne l'empêcherait pas d'éclaircir les nombreuses zones d'ombre qui la caractérisaient. Elle ne lui avait rien dit sur le manuscrit de Peverell. Malgré ce qu'il pouvait ressentir pour elle, il n'allait pas tolérer son habitude de le tenir à l'écart de ses secrets. Si elle ne voulait rien lui avouer, alors il irait chercher ces informations lui-même, se dit-il en arrivant à hauteur de leur bureau.

Hermione s'était mise à trier ses ingrédients de potions, histoire de s'occuper un peu l'esprit et d'oublier les conversations allant bon train dans la pièce. Elle farfouillait dans sa boîte de queues de salamandres séchées lorsqu'on vint s'installer à côté d'elle. Levant le nez, elle tomba sur le fameux rictus de Tom.

"Bonjour," susurra t-il de sa voix de velours.

"'Jour," répondit-elle sans enthousiasme, tout de même heureuse de le voir. Au moins, sa présence avait mis fin aux papotages stupides.

Le Serpentard arqua un élégant sourcil, avant d'ajouter avec une bonne dose de sarcasme : "Mais dis-moi, tu es un rayon de soleil aujourd'hui."

Elle l'ignora. "Pourquoi es-tu si en retard ?" enchaîna t-elle d'un ton accusateur.

Sans faire davantage de critiques sur son humeur, il répliqua : "J'ai dû m'inscrire pour les leçons de transplanage." Puis, il s'appuya d'un air désinvolte contre son siège et poursuivit en se moquant : "Tu sais, cela m'avait complètement échappé, parce que j'ai dû convaincre cette Gryffondor têtue de mon irrésistible charme."

Les yeux plissés, elle se rembrunit. Puis, comme frappée par un éclair de réalisation, elle lâcha un gloussement et se pencha vers le ténébreux, récoltant les oeillades noires des filles présentes dans la salle, ainsi que de Londubat. Elle murmura ensuite à son oreille d'une voix sucrée :

"Cela veut-il dire que le tout-puissant Tom Riddle ne sait pas comment transplaner ?"

Le concerné eut un froncement de sourcils, qui ne fit qu'agrandir le rictus de sa voisine. Elle avait donc raison.

"Et toi, ma chère ?" railla t-il. "Tu ne m'as jamais montré ton permis de transplanage. En as-tu obtenu un avant de faire transplaner des gens contre leur gré ?"

"Bien s-" commença t-elle avec arrogance avant de s'interrompre. Du moins, elle avait bien un permis qui datait de l'année 1996. Mais elle pouvait difficilement s'en vanter, n'est-ce-pas ?

Tom la scrutait toujours dans l'expectative, un petit sourire innocent aux lèvres qui eut don de l'exaspérer.

"Je n'ai jamais passé l'examen," maugréa t-elle.

Il fit claquer sa langue d'un air désapprobateur et se tourna pour ôter ses affaires de son sac.

"Comme si tu ne brisais jamais aucune règle."

Il poussa un ricanement agaçant à cette remarque, avant de sortir une plume et un parchemin et elle fut prise de l'irrépressible envie de lui jeter un sort. Fort heureusement pour lui, le professeur Slughorn choisit ce moment pour débarquer dans la classe. Il se dirigea vers son bureau en adressant un grand sourire à ses élèves.

"Bien le bonjour," les salua t-il de sa voix claironnante. "Comme il est plaisant de tous vous revoir après ces longues vacances."

Il agita ensuite sa baguette vers le tableau noir, faisant instantanément apparaître des lettres blanches. La brune sentit son cœur manquer un battement et agrippa le bord de son bureau à deux mains en lisant les instructions de la potion qu'ils devraient confectionner aujourd'hui. Elle avait complètement oublié ! Soudain prise de vertiges, elle échangea un regard furtif entre son voisin et le tableau. Mais les consignes étaient toujours bien là.

"Est-ce que ça va ?" Ses muscles se raidirent en entendant la voix douce du Serpentard.

"O-oui," bredouilla t-elle en évitant son regard.

Par chance, il ne put la questionner plus longtemps car Slughorn annonça d'un ton guilleret :

"Comme promis, nous allons commencer à préparer le breuvage d'Ortus. C'est une potion assez difficile –" Quelques grognements s'élevèrent du côté Gryffondor de la pièce, "mais, je suis sûr que bon nombre d'entre vous réussiront."

Le professeur ponctua sa phrase d'un clin d'oeil dans leur direction et son enthousiasme la fit presque rouler des yeux. Pour la première fois de sa vie d'élève, Hermione avait envie d'échouer à un examen.

Le breuvage d'Ortus ! Comment avait-elle pu oublier ? Ce stupide devoir pouvait la mener tout droit à sa perte. Elle se souvenait de ses recherches avant les vacances, cette potion servait à dévoiler l'âge d'une personne. Le vrai désastre étant qu'elle ne déterminait pas seulement l'âge mais aussi la date de naissance. C'était très mauvais. Fatal, même, puisqu'elle était née en 1979.

Elle n'avait aucune idée sur la réaction du breuvage, une fois mélangé à son sang. Il révélerait peut-être sa vraie date de naissance et tout le monde découvrirait qu'elle venait du futur. Ou le breuvage n'indiquerait aucun résultat à cause du paradoxe, ce qui serait très suspicieux, puisque sa fiabilité n'était plus à prouver. C'était sans issue.

"– vous savez quoi faire à présent." Dans sa panique, elle avait totalement occulté la voix de leur professeur et tenta de prêter attention à ses directives. "Aujourd'hui, nous allons démarrer en douceur en préparant les bases de la potion. Les instructions sont affichées," dit-il en désignant le tableau noir. "Vous pouvez commencer."

Que faire, mais que faire ? pensa t-elle frénétiquement en sortant sa baguette pour amorcer la flamme sous leur chaudron. Cependant, son geste avait dû être un peu trop brusque, car le manuel sur sa table prit feu. Tom brandit sa baguette vers le livre et les flammes se dissipèrent instantanément. La jeune femme put voir le regard critique qu'il lui lança, persuadée que la lueur au fond de ses yeux ressemblait à de la suspicion. Il lisait probablement en elle comme dans un livre ouvert, réalisa t-elle avec horreur.

"Tu es sûre que ça va ?" demanda t-il avec inquiétude.

"Pourquoi ça n'irait pas ?" s'empressa t-elle de répondre en essayant de contenir sa panique.

Son camarade continua à l'observer, alors qu'un pli se formait dangereusement sur son front.

"D'habitude, tu ne mets pas le feu à tes affaires," déclara t-il lentement. "Enfin, pas accidentellement."

"Heu... je... suis un peu trop enthousiaste ce matin ?" rétorqua t-elle d'une voix anormalement aiguë.

"Hmm." Le ténébreux ne parut pas très convaincu et Hermione se tortilla sur sa chaise sous son air inquisiteur.

Puis, elle relâcha doucement son souffle, soulagée de le voir se retourner pour démarrer lui-même le feu, s'attelant à la tâche qu'on leur avait assignée. Elle feignit de lire les consignes au tableau, l'esprit en effervescence.

Du calme, Granger ! se sermonna t-elle.

Inutile de paniquer de la sorte. Du moins, pas tout de suite. Confectionner le breuvage d'Ortus allait leur prendre un moment, sûrement une bonne partie du second semestre. Elle avait encore du temps et devait trouver le moyen de se sortir de ce mauvais pas, songea t-elle en jetant un coup d'oeil à son voisin. Il avait déjà commencé à couper les champignons vénéneux. De plus, elle devait procéder avec discrétion pour ne pas éveiller ses soupçons. Tom était horriblement perspicace.

Pendant le reste du cours, la Gryffondor tenta de trouver une solution pour ruiner cette stupide potion. Par conséquent, elle ne put rester concentrée et ne fut absolument d'aucune aide pour en élaborer les bases. Sa maladresse attira plusieurs fois l'attention du Serpentard, dont les sourcils restèrent perpétuellement froncés. Hermione n'en fut que plus nerveuse et provoqua encore des incidents similaires à celui avec son manuel de classe.

Elle accueillit donc la fin du cours avec soulagement. Elle fut un peu impressionnée par Tom, qui avait réussi à l'empêcher de blesser quelqu'un avec ses étourderies, tout en préparant les bases du breuvage d'Ortus avec succès, malgré son aide tout à fait contestable. Slughorn le couvrit même d'éloges en constatant la teinte argentée de la potion.

"C'est le travail le plus remarquable que j'ai pu voir," s'exclama t-il joyeusement, penché au-dessus de leur chaudron.

Le sourire jusqu'aux oreilles, y compris pour Malfoy qui faisait parti de leur groupe, il annonça :

"Vingt points pour Serpentard à chacun de vous."

Après un dernier regard brillant d'admiration pour son élève favori, il s'adressa à Hermione avec un sourire suave :

"Et bien-sûr, vingt points pour Gryffondor. Bon travail, Miss DeCerto."

Hermione sentit le rouge lui monter aux joues en fixant leur professeur. Ses compliments n'étaient tellement pas mérités.

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Plus tard ce même jour, lorsque les cours furent terminés, Tom remontait un long couloir en tenant un bout de parchemin à la main. Le papier était complètement froissé entre ses doigts, tant il le serrait avec force. Un troisième année le lui avait délivré au moment où il quittait la salle commune, à la recherche d'Hermione qui s'était comportée étrangement depuis les Potions.

Au début, il avait pensé à une invitation de Slughorn à l'une de ses soirées. Mais en ouvrant la lettre, il avait tout de suite reconnu cette écriture soignée. Dumbledore souhaitait le voir.

C'est pourquoi, il se rendait dans le bureau du professeur de Métamorphose. Il avait brièvement contemplé l'idée d'ignorer cette convocation mais au final, il avait dû se rendre à l'évidence ; il n'avait pas le choix. Qu'est-ce que ce vieux fou pouvait-il bien encore lui vouloir ? Il serra les poings, broyant davantage le parchemin. Les prochaines vacances n'étaient pas avant des mois, donc il ne devrait pas retourner à Londres de sitôt. Quelle que soit la raison de Dumbledore, cela n'augurait rien de bon. Ça ne l'était jamais.

Planté devant la porte en bois massif, le Serpentard glissa le parchemin chiffonné dans l'une de ses poches, effleurant sa baguette des doigts au passage. Puis, avec une profonde inspiration, il toqua.

"Entrez," résonna la voix de Dumbledore.

Il ouvrit la porte et pénétra malgré lui dans le bureau de son professeur le plus détestable. Son regard s'arrêta aussitôt sur la personne installée derrière le large bureau. Dumbledore portait l'une de ses robes de sorcier ridiculement flamboyantes et le vrillait de ses yeux clairs. Le ténébreux ne cilla pas, ne voulant pas paraître troublé par le regard acéré de son professeur. Puis ses yeux parcoururent l'anarchie ambiante régnant dans la pièce. Comment pouvait-on être aussi désordonné ? Il se sentait profondément agacé de devoir obéir à quelqu'un qui n'avait même pas le contrôle sur ses propres affaires. Ceci étant, Dumbledore gardait l'avantage.

"Je vous en prie, Tom, asseyez-vous."

Ne pouvant faire autrement, il s'exécuta, sous le regard intense de son professeur. Bien qu'il n'ait pas la moindre idée de ce qu'il faisait ici, le Serpentard n'allait pas se laisser intimider par le vieux sénile. Chassant toute émotion apparente de son visage, il le fixa froidement.

Au bout de quelques instants, Dumbledore soupira, avant de confesser calmement : "Je sais que vous pensez que je vous déteste, Tom."

Ce dernier ne put retenir un haussement de sourcils à cette déclaration. Que préparait-il ? L'air grave affiché par l'enseignant ne lui plaisait guère.

Comme son élève n'approuva ni ne réfuta ses dires, il poursuivit : "Mais ce n'est pas vrai. Mon attitude envers vous a pu vous sembler sévère, mais je n'ai toujours eu que votre bien-être à l'esprit."

Le jeune homme se raidit, la mâchoire contractée, alors qu'il expirait lentement pour garder le contrôle sur sa magie. Elle affluait en lui tel un torrent de flammes noires et furieuses, essayant désespérément de s'échapper. Les yeux braqués sur ceux de Dumbledore, il fut révolté par l'honnêteté factice qui transpirait de son regard. Une haine bouillonnante s'insinua en lui et la force de sa colère le fit presque trembler. Qu'est-ce que manigançait ce vieux fou ? Malgré sa fureur, il devait réagir à la remarque de l'autre sorcier, sachant pertinemment qu'il marchait sur des œufs.

Tom releva légèrement la tête et articula d'un ton parfaitement contrôlé : "J'en ai bien conscience, professeur."

Bien entendu, Dumbledore n'avalerait jamais cela, mais il n'allait pas le contredire. Pas quand le vieux sorcier avait visiblement quelque chose derrière la tête, qui lui dictait cette mise en scène. Un sourire navré prit forme sur le visage de son aîné, qui ne délaissa pas pour autant son regard perçant.

"Vous avez toujours été un acteur très convaincant, Tom," continua t-il avec cette douceur perturbante, sans un soupçon d'accusation dans sa voix.

Que se passait-il ? songea le ténébreux avec réserve. Pourquoi Dumbledore faisait-il tout à coup tomber les masques ? Ils jouaient un rôle tous les deux. Il en avait toujours été ainsi à chacune de leur rencontre. Il ne sut comment répondre à son professeur, qui agissait étrangement aujourd'hui. Tom ne voyait pas ce changement d'un très bon œil. C'est pourquoi, il se contenta de le fixer en masquant sa confusion. Lui montrer combien son comportement le chamboulait était bien la dernière chose qu'il souhaitait.

Les yeux de Dumbledore se promenèrent lentement sur lui avec une étrange mélancolie.

"Vous êtes doué, Tom. Vous avez un talent que beaucoup de vos camarades rêveraient de posséder. Vous pouvez accomplir sans effort des choses qui paraissent impossibles."

Ces mots ne firent qu'augmenter la méfiance du Serpentard. Son professeur ne l'avait jamais complimenté auparavant et il doutait que le vieux fou se soit découvert une soudaine affection pour lui. Il resta muet, ne pouvant imaginer où Dumbledore voulait en venir.

L'enseignant s'adossa à son siège en le jaugeant d'un œil vif. "Peu de sorciers ont la chance de recevoir un don comme le vôtre. Mais votre talent est aussi un fardeau. Car si vous pouvez accomplir des merveilles, il n'en reste pas moins incroyablement dangereux."

Il arborait encore cet air indéchiffrable et Tom fut surpris d'y déceler de la tristesse. Puis, il déclara avec gravité : "Il est si tentant de penser qu'avec un tel pouvoir, vous êtes supérieur aux gens qui vous entourent. Cette conviction n'est que le premier pas avant de commencer à utiliser votre pouvoir pour forcer les autres à faire ce que vous croyez juste. C'est le danger qui menace un talent si exceptionnel."

Il fronça les sourcils, sentant une colère sourde monter en lui. Pourquoi lui disait-il tout cela ? Dumbledore l'avait-il fait venir seulement pour lui déblatérer ce ramassis d'idioties ? Il perdait son temps à écouter ce monologue inutile.

"J'ignore ce que vous essayez de me dire, monsieur," contra t-il d'un ton poli mais autrement glacial.

Sa fureur s'intensifia en le voyant sourire tristement.

"Bien sûr que non," répondit le professeur d'un ton sincère et compréhensif, si bien que le Serpentard résista à l'envie de l'attaquer sur-le-champ. "C'est très difficile à comprendre, surtout pour quelqu'un d'aussi jeune que vous. Laissez-moi essayer de vous l'expliquer plus simplement."

Ce petit air condescendant commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs. Sa magie déferlait toujours dans ses veines avec violence et il n'avait qu'une envie ; la laisser se déchaîner librement. Mais il n'en fit rien et conserva son sang-froid, ainsi que son faux air de considération polie.

"Dès notre première rencontre, Tom, j'ai su que vous étiez un sorcier incroyablement talentueux," reprit-il avec un regard pénétrant. "Je me souviens parfaitement de ce moment. Vous étiez si jeune et vous n'imaginiez pas qu'un monde tel que le nôtre puisse exister. J'ai toujours aimé faire découvrir le monde magique aux jeunes sorcières et sorciers Né-moldus. Ils sont toujours si surpris et impatients de connaître un univers peuplé de magie et de merveilles. Exactement comme vous, Tom. Vous étiez très enthousiaste. Mais contrairement aux autres, vous n'étiez pas surpris. Vous saviez déjà qu'il y avait quelque chose de spécial en vous."

Le Serpentard fixait son professeur, soudain envahi par un sentiment de malaise. Son masque de complaisance dissimulait encore l'agitation qu'il ressentait, mais il était définitivement alarmé. Le plus troublant fut l'expression de chagrin mêlée au regret qu'il lisait à présent sur le visage de Dumbledore.

Il continua à feindre l'indifférence, tout en prêtant attention aux douces paroles du vieux sorcier : "Vous pensiez déjà être spécial et vous aviez raison. Vous avez une compréhension naturelle de la magie qui ne peut pas s'apprendre dans les livres. Cette capacité vous distingue du commun des sorciers. À l'époque, je vous avais dit que vous étiez effectivement quelqu'un de spécial, même pour un sorcier, et vous aviez été très content de l'apprendre." L'enseignant marqua une pause, semblant à nouveau rongé par les regrets, puis relâcha un soupir. "Mais j'avais mes doutes. Être spécial n'est pas quelque chose de désirable. Non, c'est un fardeau. Cela peut nous fourvoyer et nous amener à commettre des actes odieux. J'avais conscience des risques et j'ai voulu vous guider, vous empêcher de vous égarer sur un chemin qui ne vous apporterait que souffrances et désolation."

L'apparente sincérité filtrant à travers ces mots le mit hors de lui, faisant bouillonner sa magie de plus belle. Cet homme avait-il vraiment l'audace de dire qu'il voulait l'aider ? Il ne l'avait jamais aidé ! Il était celui qui le punissait sans cesse en le renvoyant chaque été dans cet orphelinat répugnant. Comment cela aurait-il pu l'aider ?

Il avait les mains cramponnées aux accoudoirs de sa chaise, lorsque Dumbledore reprit la parole d'une voix bienveillante. Mais le ténébreux ne se laissa pas berner par ce simulacre de gentillesse. "Depuis votre arrivée à Poudlard, je vous ai observé de près car je connaissais les ténèbres auxquelles vous seriez confronté. J'ai assisté avec peine à vos premiers pas sur ce chemin obscur, jusqu'à ce que vous ne le suiviez complètement. Cette voie vous a poussé à commettre des choses horribles."

L'enseignant posa sur lui un regard rempli de tristesse, de pitié même.

"Il y a d'abord eu cet incident à la fin de votre première année. À ce moment là, je savais déjà à quel point vous étiez en avance sur vos camarades. Mais je dois admettre que je ne vous imaginais pas capable de contrôler une magie aussi puissante que celle dont vous avez fait preuve pendant ces vacances d'été. Ma plus grande crainte s'était réalisée, Vous aviez utilisé vos pouvoirs pour contrôler les autres et leur faire du mal. Découvrir votre méfait fut un choc, car je pouvais déjà voir où cela vous conduirait un jour. Mais au lieu de vous livrer à la justice, j'avais décidé de vous protéger, Tom. Vous n'étiez qu'un enfant et j'étais convaincu de pouvoir encore vous sauver."

À présent, le jeune homme sentait son masque de politesse lentement se dissoudre. Il ne serait pas capable de maintenir sa façade encore très longtemps. Qu'est-ce que Dumbledore avait en tête ?

"J'ai donc pris des mesures pour éviter que vous ne vous retrouviez dans une situation similaire, où vous pourriez utiliser votre magie à mauvais escient. Vous étiez encore si jeune et je pensais que si j'arrivais à vous éloigner de cette tentation, vous finiriez par voir que vous vous trompiez de chemin."

"Je voulais garder un œil sur vous mais entre temps, une sombre menace avait fait son apparition. Ce problème prenait de plus en plus d'ampleur et je devais m'y consacrer car j'en étais en partie responsable." Il s'interrompit, l'air tout à coup épuisé. "Je n'ai pas pu m'occuper de vous comme je le souhaitais. Mais mon absence ne m'a pas empêché d'être informé de vos crimes. J'en sais plus que vous ne le croyez. Vos actes m'ont troublé mais ils n'étaient pas graves à un point que je juge nécessaire d'intervenir. Puis, l'année dernière, vous avez commis l'irréparable. Une fois de plus, vous m'avez bouleversé."

Les yeux clairs de son professeur le transpercèrent à nouveau, alors qu'il annonçait gravement : "Je ne peux le prouver, Tom, mais je sais que c'est vous qui avez ouvert la Chambre des Secrets."

Le concerné sentit ses muscles se tendre d'un coup. Dumbledore ne sembla pas attendre de réponse à son accusation, car il enchaîna d'un ton sévère : "J'étais dévasté de l'apprendre. Cela prouvait que mes efforts avaient été vains et que vous vous obstiniez à vous enfoncer dans les ténèbres. Vous aviez ouvert la Chambre des Secrets et j'avais encore échoué. Je n'étais pas parvenu à vous protéger car désormais, vous aviez une mort sur la conscience."

"Mais il me restait un peu d'espoir, même après cet incident. Je pensais toujours pouvoir vous détourner de la voie funeste que vous aviez empruntée. Cette mort était effroyable, mais tout portait à croire qu'elle avait été accidentelle. Alors, j'espérais secrètement que vous aviez juste commis une erreur, que vous n'aviez jamais eu l'intention de prendre une vie."

L'air misérable, le vieux sorcier secoua la tête. "Aujourd'hui, Tom, je n'en suis plus si certain. Peut-être est-ce moi qui ai commis des erreurs. Les faits sautent aux yeux, mais je refuse de les voir depuis trop longtemps. J'entends par là qu'il y a quelques mois, vous avez de nouveau enfreint les règles."

"De quoi parlez-vous, professeur ?" interrogea faiblement Tom, luttant pour garder son calme.

Dumbledore lui répondit d'une voix extrêmement froide : "Je sais que vous avez quitté l'orphelinat pendant les vacances de Noël."

Le cœur du Serpentard bondit dans sa poitrine. Comment avait-il su ? Il le dévisagea, les yeux écarquillés. Dumbledore n'aurait jamais dû le découvrir.

"Nous avions un accord. Mais vous avez failli à votre parole, encore une fois. Je vous ai offert de nombreuses chances mais il semblerait que rien ne puisse vous atteindre. Vous continuez à n'en faire qu'à votre tête."

"J'avais la quasi certitude que vous aviez quitté l'orphelinat cet été, mais cette fois-ci, j'en ai la preuve. J'ai discuté avec le directeur de l'institution et Monsieur Carter m'a confirmé qu'il ne vous avait pas vu pendant plusieurs jours."

Tom parvint à conserver un air neutre, mais c'était tout juste. Sous sa façade, un tourbillon d'émotions faisait rage en lui.

L'enseignant s'avança sur son siège, le regard plongé dans celui de son élève. Puis, il articula avec froideur : "Il est évident que mes efforts n'ont pas été suffisants. Vous êtes incorrigible. Mais ne croyez pas que j'ai perdu espoir, Tom. Je ne vous abandonnerai pas. Je vais juste devoir changer de stratégie."

"Je connais l'attrait que peuvent avoir la magie noire et la pratique des Arts obscurs. Les sorciers dotés d'une compréhension exceptionnelle de la magie ont toujours été les plus enclins à céder à cette tentation."

"Par le passé, j'ai essayé de vous montrer les dangers de vos choix, mais il est clair que vous ne pouvez y résister. C'est pourquoi, je vais retirer cette tentation."

Tom sentit sa respiration s'accélérer. Le vieux professeur le regarda encore avec cette tristesse curieuse, mais ce furent ses prochains mots qui lui coupèrent le souffle, un peu comme un coup à l'estomac.

"C'est fort regrettable, mais je vais devoir parler de votre expulsion au directeur Dippet."

Les prunelles du ténébreux s'agrandirent sous le choc et sa tête se mit à tourner. La pitié suintant de chaque syllabe prononcée par Dumbledore le rendait malade.

"Vous ne devriez pas considérer cela comme une punition, Tom, mais comme une chance de pendre un nouveau départ. Vous ne risquerez plus de vous laisser influencer par la magie noire. Je sais que ce sera difficile au début, mais c'est un mal nécessaire. Vous avez une forte personnalité, je suis sûr que vous vous en sortirez."

Le Serpentard lui jeta un regard paniqué.

"Vous ne pouvez pas me renvoyer là-bas," siffla t-il brusquement, incapable de maîtriser ses émotions plus longtemps.

L'enseignant se contenta de l'observer d'un air peiné, puis ajouta avec un calme écœurant : "Ce n'est pas la fin du monde. Vous pouvez encore mener une vie épanouie. Même sans votre magie."

La panique commençait à le submerger. Il ne pouvait pas rentrer. Si on devait le forcer à rester dans le monde moldu, il serait contraint de passer les deux prochaines années à l'orphelinat jusqu'à ses dix-huit ans. C'était déjà assez horrible de retourner dans cet enfer pendant les vacances, il ne supporterait pas de vivre là-bas à longueur de temps. Sans aucun espoir. Avec aucun moyen de s'échapper. Il n'y survivrait pas.

Imperceptiblement, ses mains se mirent à trembler.

Les souvenirs de sa dernière visite à l'orphelinat refirent surface. Cela avait été atroce. On l'avait enfermé dans cette chambre pendant des jours, où il avait attendu dans la crainte de voir Carter revenir pour le battre. Non, hors de question qu'il y retourne. Sans sa magie, il n'était rien.

Il fixa ses mains posées sur ses genoux. Puis, d'un ton à peine audible, il murmura sans regarder son professeur : "Je vous en prie, ne me renvoyez pas là-bas."

Il y eut un moment de silence, avant que la voix sentencieuse ne s'élève de nouveau. Son ton sans appel le fit tressaillir. "C'est le seul moyen. Je vais demander votre expulsion au directeur."

D'un geste lent, Tom releva la tête. Une sombre détermination se reflétait dans le regard de Dumbledore, alors que celui-ci concluait avec fermeté : "Vous devriez aller faire votre valise maintenant, Tom. Mais j'ai bien peur que vous ne deviez laisser ici toute chose ayant un lien avec le monde magique."

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TBC


Hello dears,

Voilà une fin de chapitre qui laisse plutôt perplexe, n'est-ce-pas ? N'hésitez pas à partager vos impressions !

Comme toujours, je remercie chaleureusement wendy11, Lys Winter, Love the Original Family, Cassandra, Stou, ellyssa cournoyer, Titounette310, Isabella-57 pour leur review et leur soutien ;)

Rendez-vous au prochain chapitre et d'ici là, portez-vous bien !

Edit de juillet : petit changement au niveau du dialogue entre Dumbledore et Tom. J'ai longtemps hésité puisque le vouvoiement ne se traduit pas en anglais, mais après avoir vérifié dans le Tome 2, je me suis rendu compte que Dumbledore vouvoyait Tom dans la scène du souvenir montré à Harry (contrairement à ce qu'on peut voir dans les films). En fait, c'est plutôt adapté à l'époque et même s'il le connaît depuis ses onze ans, il n'a pas vraiment de raison de s'adresser autrement à son élève. J'ai donc aussi modifié leurs dialogues dans les chapitres précédents. Voilà, vous savez tout !