- C'est un présent pour le directeur de Poudlard. Tu vas lui remettre ce colis dès que tu seras au château.

Hermione entendait la voix de Parkinson avec netteté, et compris que la jeune fille de Serpentard se trouvait dans l'une des cabines. Et elle avait visiblement déjà choisi une cible.

- Je vais remettre ce colis à Albus Dumbledore.

Avec horreur, la Gryffondor reconnu la voix de Katie Bell, plus sombre et monocorde qu'à l'ordinaire. De toutes évidences, la poursuiveuse était sous les effets d'imperium. Hermione pâlit soudainement. Albus Dumbledore ? C'était la cible de Malefoy ? Mais quelle folie que de donner une telle mission à un garçon de seize ans ! Tachant d'agir avec discrétion, elle alla se planquer dans la cabine jouxtant celle déjà occupée par les deux filles, et cessa presque de respirer. Elle entendit la porte d'à côté s'ouvrir, et des pas claquer sur le carrelage, quittant la pièce avec rapidité. Et à son grand soulagement, ce fut de nouveau la voix de Katie qui s'éleva dans la pièce alors que la porte battante s'ouvrait pour la seconde fois.

- Merlin comme j'ai l'air fatiguée. Il faut que je rentre à Poudlard avant qu'on ne me voit comme ça.

Alors que la jeune fille commençait à sortir de la pièce, Hermione se tira brusquement de sa cabine pour l'attraper par le bras. Mais Katie, qui ne s'attendait pas à ça, fit alors tomber ce qu'elle avait entre les mains. Un colis marron et froissé.

- Oh, salut Hermione ! Je… Tiens, c'est quoi ça ?

La Gryffondor s'abaissa pour ramasser le paquet, mais Hermione fut plus rapide.

- C'est à moi, tu ne te rappelles pas ? Je viens de te le confier le temps d'aller aux toilettes.

Katie parut légèrement perdue, puis acquiesça finalement.

- C'est exact, excuses-moi je suis un peu fatiguée en ce moment, dit-elle alors avec un grand sourire.

Elle quitta la pièce elle aussi, et Hermione soupira de soulagement. Ça avait été facile. Elle se doutait que le sort de Parkinson ne fonctionnerait pas si bien que ça, étant donné qu'elle n'était après tout qu'une élève de sixième année. Katie semblait plus avoir subit un sortilège de confusion, en fait. Peut-être d'ailleurs que ce n'était que ça. Hermione cacha le colis sous les pans de sa cape, et sortit immédiatement. Croisant les regards suspicieux de trois Serpentards, elle emboîta le pas de Malefoy qui quittait déjà le pub.

Sitôt dehors, il l'entraina rapidement dans le coin du bâtiment, dardant son regard redevenu gris dans les yeux d'Hermione.

- Il était temps ! Tes sorts commençaient déjà à s'estomper. Tu l'as ?

- Oui.

Elle espérait que Parkinson, Nott et Zabini ne s'étaient pas rendu compte de la supercherie en la voyant sortir si tôt après Katie des toilettes. Surtout que les cheveux de Malefoy se ramenaient à présent à leur couleur d'origine en même temps qu'elle sentait sa propre tignasse revenir à leur première allure.

- Il ne faut jamais qu'ils apprennent que ça vient de nous si le collier n'arrive jamais à destination. Tu n'as pas fait de boulette avec Pansy ?

- Non, Malefoy. Et pourquoi tes amis, qui sont censés être de ton côté, ne pourraient pas comprendre ce que tu fais, là ? Demanda finalement Hermione.

Après tout, ils semblaient prêts à tout pour lui, et il agissait dans leur dos, leur laissant le sale boulot qu'il mettait à mal aussitôt après. Cela la mettait en colère d'imaginer le Serpentard les engueuler un peu plus tard parce qu'ils n'auraient pas pu envoyer le collier comme prévu. C'était injuste.

- Je ne sais pas s'ils comprendraient. Je ne sais pas s'ils seraient prêts à faire tout ce qu'ils font déjà pour moi s'ils apprennent que je doute moi-même de tout ça !

- Tu ne veux pas qu'ils comprennent que tu ne sais pas ce que tu veux, l'accusa Hermione.

Il ne répondit rien, son regard se faisant glacial, et elle abandonna. Tout ce qu'elle voulait pour l'instant était d'empêcher quelqu'un d'être blessé, et c'était chose faite. A présent, il devrait se débrouiller avec ses amis. Pour le reste, Hermione ferait de son mieux pour ne pas qu'Albus Dumbledore soit assassiner et que Drago Malefoy n'atterrisse pas à Azkaban.

- Au fait, comme Parkinson sait-elle le nom de ta cible ?

Malefoy ne répondit pas et baissa la tête.

- Il n'y a jamais eu de serment inviolable ou quoi que ce soit hein ? Comprit Hermione. Tu as inventé ça pour ne pas que je l'apprenne.

- Tu m'aurais aidé si tu avais su ? Fit alors Malefoy en la fixant de nouveau.

- Je ne sais pas.

Son aveu fit grogner le blond, qui n'émit pourtant aucun commentaire. Il avait raison. La Gryffondor n'aurait certainement fait que dénoncer Malefoy sur le champ. Ou peut-être pas, après tout.

- Bon, alors ?

Hermione sortit le paquet de sous sa robe pour le montrer au Serpentard, qui frémit.

- On ne va pas faire ça ici, c'est trop peu discret. Et surtout, on pourrait nous voir maintenant que nous ne sommes plus Hélène et Darren.

- On rentre alors ?

- Oui.

- Mais si on se fait contrôler à l'arrivée ?

Hermione réfléchit. Ils avaient bien plus de risques de se faire prendre à leur retour, et fouiller. Quelques élèves étaient déjà rentrés au château, et avec eux quelques aurors certainement déjà postés aux entrées de tout Poudlard.

- La cabane hurlante, dit-elle finalement.

- Mais… Elle n'est pas hantée ?

Hermione éclata de rire et le blond se renfrogna.

- Non, Malefoy. Et maintenant allons-y avant qu'on nous voit.

Cheminant vers la demeure délabrée et sinistre, Hermione ne cessa de jeter un œil en arrière. Quelques élèves, chargés de friandises de chez Honeydukes ou autres affaires achetées chez Gaichiffon et Scrippenbenne avançaient dans la rue principale, la mine détendue. Lorsqu'elle vit Harry et Ron sortir du pub de madame Rosmerta avec Tonk, Hermione tressailli d'effroi. Elle pressa le pas derrière Malefoy, et parcourut le jardin à l'abandon avec une rapidité étonnante. Mais lorsqu'ils arrivèrent à la porte de la maison délabrée, Hermione se rendit compte du problème majeur qui allait se poser. Entrer dans la cabane. Elle tira le Serpentard sur le côté de la maison, se retirant ainsi du champ de vision de ses deux meilleurs amis. Malefoy réprima un cri de protestation en voyant lui aussi les deux Gryffondors à mois de cent mètres, et la suivit sans un mot.

Contre la paroi de bois miteux, Hermione tachait de reprendre sa respiration. Malefoy gardait une mine sérieuse et indifférente, certainement en train de chercher un moyen d'entrer dans la cabane.

- Tu pourrais pas jeter un de tes sorts bizarres sur la porte ? fit-il finalement en regardant la jeune fille.

Hermione fixa le Serpentard avec intensité, hésitant à répondre. Oui, elle pouvait, mais elle n'était pas certaine du résultat sur elle-même. Plus elle usait de son pouvoir et moins elle en contrôlait les conséquences. Mais ce qui était le plus fâcheux dans toute l'affaire était que Malefoy soit maintenant au courant qu'il y avait quelque chose qui clochait chez elle. Quelque chose qui concernait sa capacité étrangement grande à lancer des sorts.

- Je ne crois pas, mentit-elle alors.

Elle préférait chercher une meilleure solution, et malgré la mine renfrognée du Serpentard, elle soutint son regard suspicieux sans faillir. Puis elle jeta un coup d'œil à la paroi boisée contre laquelle ils se tenaient, observant les fenêtres clouées de planches avec concentration.

- Alors comment on entre dans cette stupide baraque ? S'impatienta Malefoy.

- Peut-être que personne n'a jamais tenté ça… Repulso ! S'exclama Hermione en brandissant sa baguette.

L'une des planches accrochée à la fenêtre au-dessus d'eux émit un grincement plaintif, et l'un des bords se détacha. Hermione eut un sourire éclatant tandis que Malefoy la regardait d'un air blasé.

- On va y passer la nuit ! Se plaint-il. Et puis d'abord, pourquoi entrer la dedans ?

- C'est ça ou on se fait prendre par un auror dès notre entrée à Poudlard, en possession en plus d'un objet ensorcelé par la magie noire. Et cette cabane est, au fait un passage secret vers le château. Maintenant, choisis !

Le garçon ne commenta pas, bien trop occupé à brandir sa baguette vers les planches. De temps à autres, l'un des deux jetaient un œil aux alentours pour vérifier que personne n'accourait, mais le village était calme. La plupart des élèves étaient rentrés chez eux lorsqu'ils en eurent terminés, et le soleil commençait à se coucher. S'inquiétant de manquer le dîner et de s'attirer les regards inquisiteurs de ses amis, Hermione se dépêcha de lancer encore un sort de répulsion sur les fenêtres, qui se brisèrent en morceaux sous le choc. Malefoy lança un regard inquiet vers la rue principale, mais il n'y avait plus personne. Il était déjà tard, et les gens étaient terrifiés par le retour de Voldemort. Ils se cloîtraient chez eux dès que la lumière se faisait orangée.

- Et maintenant ? demanda Malefoy en observant la hauteur, assez conséquente, de la fenêtre dégagée.

- Fais moi la courte échelle, l'intima la Gryffondor. Je te tirerais après.

Le Serpentard la regarda d'un air effaré, et elle soupira.

- Dépêche toi, on n'a pas toute la nuit.

- J'ai une meilleure idée Granger, tu me fais la courte échelle, et je te tire. De toutes manières j'ai plus de force dans les bras que toi, reprit-il en la voyant ouvrir la bouche pour protester.

Elle entrelaça ses doigts en grommelant méchamment contre le Serpentard, qui y monta comme sur un pied d'estale, pour finalement s'accrocher à la fenêtre avec force. Il s'y hissa à la force des bras, et bientôt Hermione pu s'étirer le dos, endolori par le poids du garçon.

- Allez Malefoy, à moi.

- Balance moi le paquet d'abord Granger !

Hermione ouvrit grands les yeux, pensant soudainement que le Serpentard allait l'abandonner ici. Dès qu'il aurait le collier, il lancerait le sort lui-même, quitte à essayer à de multiples reprises, et reviendrait au château par le passage secret qu'il finirait par découvrir.

- Granger, je ne connais pas du tout ce passage, et je serais bien incapable de lancer le sort de destruction par mes propres moyens. Alors balance moi le paquet et je te tire !

- Tu lis dans les pensées ?

- Occlumancie. Maintenant grouilles toi.

Hermione fut très étonnée d'apprendre que Malefoy était un occlumens. Bon, apparemment. Mais elle ne réfléchit pas plus loin, imaginant déjà qui pourrait lui avoir appris cette matière, et jeta avec force le colis froissé au-dessus d'elle.

- Et je ne veux pas que tu t'immisces dans mes pensées ! Cria t-elle en même temps.

Il lui fit signe de se taire, mais elle vit avec agacement qu'il arborait un de ces sourires narquois dont il avait le secret. Se penchant pour saisir les mains d'Hermione, il la tira vers le haut, le visage crispé par l'effort. Elle atterrit sur le sol dur et grinçant de l'étage, frissonnante à cause du froid. A côté d'elle, Malefoy s'était assis contre le mur, l'air très fatigué.

- Bon, eh bien c'est à toi de jouer Granger, dit-il en désignant de la main le paquet à côté de lui.

Elle s'approcha, hésitante, et s'agenouilla devant le bout de papier froissé qui enveloppait le collier. Malefoy, agacé par sa lenteur, ouvrit le tout en un rien de temps, prenant garde de ne pas toucher une seule fois à l'objet.

- Il est magnifique, commenta Hermione en le fixant avec intensité.

La pierre d'opale noire implantée dans le collier d'argent semblait attirer toute son attention, et elle sentit une vague de chaleur l'envahir tandis qu'elle se perdait dans sa contemplation.

- Certes, mais tu es censé le détruire, lui rappela Malefoy d'une voix acerbe.

- Le… détruire.

Malefoy pencha la tête, interloqué. La jeune fille semblait complètement ailleurs, et il entendait une sorte de crépitement qui grandissait tout autour d'elle.

- Granger, l'appela t-il.

- Pourquoi il faudrait détruire une si belle chose ?

Une voix innocente, un sourire enfantin, un rayon de soleil posé sagement sur le collier. Cet objet n'était qu'un bibelot, mortel et sombre pour tout ceux qui l'approchaient, et Malefoy ne comprenait plus rien à la Gryffondor. Elle était si déterminée à le détruire quelques heures plus tôt, et la voilà qui divaguait comme une gamine.

- Granger, il faut détruire ce collier ! Tu te souviens quand même qu'il est capable de tuer quiconque le touche n'est-ce pas ?

Il parlait brutalement, tentant de ramener Hermione à la raison, mais alors qu'il tendit le bras pour secouer la jeune fille, une force violente le plaqua contre son corps. Il était figé, incapable du moindre mouvement.

Hermione se sentait si bien tout à coup, emplit d'un pouvoir immense. Et le collier lui parlait. Il lui murmurait la vie, et les senteurs de la forêt à côté de chez elle. Il lui murmurait avec la voix de sa mère, et de son père, des souvenirs heureux dans leur cottage de Londres, à l'abri du monde qui s'agitait par dehors. Il lui racontait les soirs de feux, lorsque son père les emmenait tous randonner dans les collines pour camper à la bonne franquette sur le toit du monde. Il lui racontait les rires de sa mère, assise près de la tente, qui s'émerveillait devant ses deux enfants complices. Et la beauté du monde avec tout ce pouvoir qu'elle pouvait utiliser pour être à jamais heureuse. Il lui suffisait d'enfiler le collier.

- Granger !

Le cri de Malefoy la sortit de sa bulle de bonheur, alors que sa main se rapprochait avidement du collier.

- Quoi ? Maman est certaine que c'est bon pour nous Pete, le rassura t-elle dans son délire.

- Hermione, arrête ! C'est moi, Malefoy, arrête ça !

En panique, il ne pouvait que regarder de ses yeux effrayés la Gryffondor éperdue. Elle cessa son geste, le fixant avec sévérité. Pourquoi refusait-il qu'elle attrape ce collier ? Il était si beau, et il apporterait tant de choses à leur famille ! Mais le blond ne cillait pas, conscient qu'il était le seul à pouvoir ne serait-ce qu'essayer de changer Hermione, de lui faire reprendre ses esprits.

- Drago, souffla t-elle en crispant soudainement son visage. Je ne peux pas le détruire.

- Il le faut, fais-le ! Pense à… à ta famille ! Si tu prends ce collier tu ne les reverras jamais !

Malefoy avait dit la première chose qui lui était passé par la tête, mais ce n'était visiblement pas la chose à dire. Hermione leva des yeux larmoyants sur lui, en proie à de violentes émotions.

- Je ne les reverrais jamais de toutes façons ! Ils sont MORTS !

Pensant qu'elle délirait encore, Malefoy recommença à parler, très vite.

- Non, non non non ! Il ne sont pas morts, et tes amis… Tu veux les revoir aussi n'est-ce pas ? Il faut le détruire pour que tout soit pour le mieux, il faut que tu lances le sort, maintenant !

La rouge et or se mit debout, le teint affreusement pâle, ses yeux bruns plantés dans ceux du Serpentard.

- Tu le jures ?

- Je te le jure !

Il ne savait plus vraiment ce qu'il disait, mais au moins sentait-il un virement de situation. Si Hermione ne détruisait pas le collier, il en serait incapable. Et si elle le touchait ne serait-ce que du bout d'un doigt, elle mourrait dans la minute. Il ne savait pas ce qu'il ferait de l'objet de malheur, s'il restait là, sous ses yeux, tentateurs. Car s'il ne trouvait jamais la solution pour éviter d'accomplir sa macabre mission, peut-être l'utiliserait-il à nouveau. Mais au fond de lui, Malefoy ne voulait pas qu'elle le touche pour une toute autre raison. Elle l'avait aidé alors qu'il ne le méritait pas forcément, prête à le couvrir, lui, un Mangemort. Alors il ne fallait pas qu'elle disparaisse, pour le peu de personne pour qui il comptait un tant soit peu dans la vie.

Hermione jeta alors un regard lasse sur le collier, comme si elle disait adieux à une personne chère. Un vent glacial s'engouffra dans la pièce, faisant voler quelques brindilles de bois encore accrochées à la fenêtre. Le temps sembla s'arrêter, et une vague noire sortit des lèvres de la jeune fille.

- Interitum !

Ce n'était pas sa voix. C'était un son, grave et inquiétant, et alors que la masse sombre se posa sur l'objet, Hermione ne fut plus aux yeux de Malefoy qu'une silhouette étrange dans la brume. Lorsque le sort se dissipa, le collier avait disparu. Et la jeune fille s'agenouilla devant la trace brûlée du plancher, à l'endroit même où il était quelques secondes auparavant. Tétanisé, Malefoy resta recroquevillé contre le mur, observant les yeux noirs d'Hermione à moins d'un mètre de lui. Elle lui jeta un coup d'œil indifférent, et se détourna aussitôt. Les larmes qui avaient coulées sur son visage un peu plus tôt étaient restées sèches et figées sur ses joues rougies par le froid, et une mèche sombre se découpait dans la tignasse de la brune. Quoi qu'il c'était passé, Hermione avait changé.

- Rentrons, dit-elle alors, ses yeux reprenant leur couleur habituelle.

- Merci, souffla Malefoy sans bouger d'un pouce.

Mais Hermione ne le regarda pas, descendant les escaliers d'un pas lent et complètement indifférent. Le Serpentard se releva sans à-coup, la suivant au même rythme, les yeux rivés sur sa nuque. Qu'était-il arrivé à Hermione Granger ?