21

Elarik avait montré une bonne partie du château à l'humaine qui ne montra pas une seule fois son intérêt : mais il voyait ses yeux brun-vert briller de temps à autre et parfois, il avait envie de rire devant l'enthousiasme qu'elle avait du mal à cacher.

Parfois, ils rencontraient quelques vampires qui se baladaient pour passer le temps, que la jeune fille n'osait pas toujours regarder : ils avaient un air méfiant sur le visage, ou parfois intrigué comme ce fut le cas pour deux très vieux vampires du nom de Stephan et Vladimir. Elle osa à peine lever la voix pour leur dire « bonjour », mais fort heureusement ils ne discutèrent pas longtemps avec Elarik.

Le pirate montra à la belle les tableaux et les sculptures qu'elle n'avait pas encore vus, des salles ouvertes, remplie d'instruments de musique de toutes époques qu'elle se fit une joie de tripoter, des salons décorés d'anciennes gravures et parchemins, une espèce de cinéma aux sièges et aux bancs de bois. Mais quand le pirate passa une première porte fermée, sa prisonnière, qui le tenait par le bras, lui demanda en chuchotant :

- T'es sûr qu'on a le droit ?

Elarik ouvrit des yeux immenses et ria aux éclats pendant cinq bonnes minutes en tirant Orphée à l'intérieur de la pièce. Celle-ci contenait des dizaines d'objets de toutes tailles retraçant l'histoire des croyances humaines : un musée spirituel rempli du sol au plafond. Des uniformes de druides celtes et de prêtres romains attirèrent la petite humaine qui s'avançait timidement avec des pas de souris, puis elle devint intenable quand elle vit des objets de cultes grecs, inspectant les plus petits détails de vases, de pots et d'amphores si bien conservés dans le château.

- Ce sont des originaux, précisa Marcus qui venait de rentrer dans ce presque entrepôt de l'Histoire.

Elle se redressa un instant regardant tour à tour Elarik et l'ancien Volturi, puis s'enquit d'une toute petite voix :

- Quoi donc ?

- Les objets devant toi, répondit Elarik.

Orphée ne semblait pas comprendre le moins du monde ce qu'ils racontaient, ne savait plus où se mettre et rougit de manière fulgurante, faisant rire doucement les deux vampires.

- Les objets devant toi sont véritablement des objets d'époques, enfant, expliqua gentiment Marcus.

- Je… Ça ? dit-elle en montrant les dits objets du doigt. Mais… je… enfin…

- Oui, ils sont plus… jolis et détaillés que ceux des livres où des musées humains. Il faut dire que nous savons être soigneux et délicats, parfois, dit Marcus avant de s'éclipser par une autre porte.

La phrase semblait être destinée directement à la jeune fille ou même à Elarik, mais elle ne sut dire exactement pourquoi : elle était beaucoup trop excitée par ce qu'elle avait devant ses yeux. Elle continua son inspection, notamment des reliques égyptiennes, des objets illustrant la mythologie des temps anciens et les premiers objets chrétiens. La jeune fille ne toucha aucun objets : elle passait sa main autour comme si elle arrivait en palper l'essence. Tout semblait être comme à l'origine : comme si les peintres venaient tout juste de finir la peinture des amphores grecques aux illustrations mythologiques comme si les bocaux de terre égyptiens étaient prêts à servir. Les couleurs étaient vives, les objets intacts, sans fêlure, ni éclat.

Elle se força cependant à revenir près d'Elarik et reprit son bras, même si elle avait juste envie de disséquer chaque dessin de chaque chose.

- Es-tu fidèle à une religion en particulier ? Demanda le pirate.

La réponse de la jeune fille fusa :

- Non, toutes les croyances et toutes les religions disent la même chose et arrivent au même but.

Ils marchèrent lentement quelques instants encore dans cet endroit rempli de richesse, la petite fille remarqua que toutes les époques étaient représentées : l'antiquité, aussi bien le moyen âge avec ses uniformes de templiers, la renaissance et ses reliques de saints, même l'inquisition et les tribus du monde avait leur place ici. Orphée passa sa main près d'une dame de fer, devant des têtes réduites d'Amérique du sud, à côté de statuettes d'indiens,… Elle tentait de tout mémoriser, de tout photographier dans sa tête pendant qu'Elarik observait les moindres expressions de son visage.

- Eris, déesse de la discorde, dit subitement Orphée en pointant du doigt un vase grec.

- Pourquoi ton frère et toi, portez des noms d'un autre sexe ? Demanda le vampire.

-… On aime jouer sur l'ambiguïté et inconsciemment, on arrive à mieux se comprendre en tant qu'homme et femme. Eris est née de la Nuit, Nyx, et engendre seule une bonne partie de la violence du monde, propre à l'Enfer. Orphée séduit le roi de l'Enfer grâce à sa musique pour tenter de sauver sa bien aimée. Mon frère et moi, on se complète, pourtant ce qui est caché chez lui est à nu, chez moi. Et vice versa…

Elarik mit ces petites informations dans un coin de sa tête et ils continuèrent.

En sortant de la salle par la même porte que Marcus, un tableau encore plus grand et plus imposant que les autres montraient une scène étrange : des anges et des chérubins comme à l'époque de la renaissance et en son centre divers visages vampires sombres qu'Orphée reconnus : la plupart des anciens étaient représentés, avec des femmes qu'elle avait aperçues lors de sa toute première entrée dans le château.

- Qui a peint cela ? Demanda la jeune fille.

- Marius, comme quelques autres que tu as déjà vu, mais le nom des autres peintres, il faudra que tu demandes à quelqu'un d'autre. Moi, ce n'est pas mon fort.

Ce qu'Elarik ne précisa pas, c'est qu'une bonne partie des peintures de Marius habitaient les plus grandes églises d'Italie et les plus beaux monuments religieux, parfois à même le Vatican.

- Ton fort, c'est les maquettes de bateaux et les peintures qui représentent la mer, qu'importe le peintre ?

Elarik la regarda un instant et sourit :

- Oui, sauf que les miniatures, elles sont de moi.

Et ils continuèrent leur visite pendant qu'Orphée pensait que le pirate était assez perfectionniste et appliqué dans beaucoup de ses activités... Comme les démembrements de vampires. Elle lui fit donc la remarque :

- Je ne te pensais pas si… minutieux dans ce que tu entreprenais. Moi qui pensais que pour construire des maquettes, cela nécessitait d'être patient et délicat, sourit-elle, provocante.

Il n'en fallu pas plus pour que le sombre vampire se colle subitement à son humaine en la fixant de toute sa hauteur, ce qui la fit automatiquement reculer jusqu'au mur : elle percevait son air joueur et taquin, mais aucune de ses intentions. À vitesse vampirique, il avait la tête dans son cou et la serrait doucement contre lui, faisant descendre ses mains le long du dos fin de sa prisonnière, jusqu'en dessous de ses hanches, laissant une trace brulante sur son passage.

Une bouffée d'excitation fit tressaillir le corps d'Orphée, qu'Elarik serra légèrement plus fort. Les mains de l'humaine s'insinuèrent sous le pull de lin du vampire, mais pas très loin cependant : elle arrêta son geste, caressant doucement la peau froide de ses pouces, en bas du dos musclé.

- Je suis patient et plein de délicatesse. Il suffit de demander, princesse.

Elle n'avait qu'une envie : se jeter sur lui. Elle remonta une de ses jambes contre la hanche d'Elarik qui la maintint contre lui d'une main, collant plus son corps contre celui de la jeune fille, l'écrasant contre le mur. Elle entendait le vampire respirer vivement, lui donnant des frissons, mais elle résista, préférant attendre que leur relation soit réellement plus calme, plus… stable sur la longue durée, avant de lui céder complètement. Elle était dans ses bras, lui entre ses jambes, une sensation douce et agréable avec son arôme de mousse et de pin. L'odeur d'un tueur.

- J'y penserais le moment venu, pirate, lui susurra-t-elle à l'oreille.

Elarik fut surpris par ce demi-aveu : il se recula légèrement et prit délicatement le visage d'Orphée entre ses mains, l'obligeant à le regarder droit dans les yeux. Le cœur de son humaine battait plus vite qu'à son habitude et elle avait quelques rougeurs sur son visage chaud.

Puis il s'écarta d'elle à contrecœur et la reprit rapidement par la main, alors que Félix montait les escaliers, les bras pris par une immense télévision écran plat.

- Verra-t-on Elarik lors des entrainements de ce soir ? À moins qu'il ne dorme encore cette nuit ? S'enquit Félix faussement affable et véritablement moqueur.

Pendant qu'Elarik grognait, Orphée se dit que ça allait vraiment être une torture de l'avoir près d'elle sans pouvoir s'autoriser à le toucher. Et elle était impressionnée par la force vampirique : Félix tenait sa télévision sans faire le moindre effort, alors que la taille et l'épaisseur de celle-ci étaient conséquentes. D'ailleurs, c'est une activité de vampire de trimballer ce genre de choses ? La petite humaine trottina tout de même en leur compagnie, alors qu'ils parlaient des combats de ce soir. En réalité, Félix était l'exemple même du Mâle : il aime se battre pour la forme ou le défit, il avait de nombreuses conquêtes et il aimait particulièrement les matchs de football des années 90, parce qu'il « n'y avait pas autant de triche que maintenant, mais plus de tactique ».

L'immense Volturi entra dans une vaste salle, prenant soin de ne pas cogner la télévision sur les pans de la grande porte, suivit par Elarik et Orphée. Dans cette immense pièce se trouvait un salon aux fauteuils et canapés recouverts de tissus anciens brodés, ainsi que de longues tables basses en bois massif ou se trouvait des lampes de bureaux design. En face de cet espace douillet, un mur entier était en train d'être recouvert de télévision de toutes formes et de toutes tailles, dont celle que Félix venait de ramener.

Alec Volturi et Sven était en train de démêler des câbles, pendant qu'Allen et Jane vérifiait l'équilibre de l'ensemble des petits écrans. Plus loin, le long du mur, des bureaux alignés les uns contre les autres avec des ordinateurs derniers cris, dont certains en train d'être configuré par Démétri sous l'œil expert de Jasper Cullen. Au mur, au dessus de tout ce matériel multimédia, l'immense carte du monde trouva sa place, puis une de l'Europe, placé par Santiago, le vampire qui avait ramené le défunt Xavier, lançant un clin d'œil devant les regards intrigués d'Orphée. Marcus, Caius et Marius se tenaient entre le salon et un début de bibliothèque, regardant les différentes opérations.

Un début de bibliothèque… Non. Une bibliothèque immense, monstrueuse qui devait faire des dizaines de mètres de long qui prit l'entière attention de la petite humaine, oublieuse du remue-ménage autour d'elle.

Orphée lâcha la main d'Elarik, qui n'y fit pas vraiment attention étant donné qu'il parlait avec Alec avec animation. De plus, son humaine n'irait pas bien loin.

… …

… …

… …

Une demi-heure plus tard, Falko entra, un bras énorme contre le pan de porte qui grinça, l'autre main étant occupé à démêler sa masse de fins cheveux blonds pâles.

- C'n'est pas mon genre de faire les commissions, chef, dit-il en s'adressant à Elarik, mais y'a deux vieux encapuchonnés qui réclame ton humaine.

- Les deux prêtres ? Demanda Elarik.

- Ouep, mais à mon avis, elle va les envoyer balader, conclut Falko en regardant vers le fond de la salle obscure.

Elarik se retourna, comme les trois-quarts des vampires curieux présents et en effet, la petite n'était pas prête de descendre voir ses pères : elle était à peu près au milieu de la bibliothèque, le nez en l'air et les bras ballants pendant qu'elle marchait en tournoyant doucement sur elle-même, les yeux écarquillés. Il y avait tant de livres qu'elle avait du mal à y croire : des parchemins écrits à la main, des reproductions de livres saints écrits par des moines du moyen-âge, des papyrus anciens, les premiers livres imprimés,… tout était là du début de l'écriture, jusqu'au XXIe siècle. Il y avait quatre rangées d'étagère de plus de deux mètres de haut et l'endroit était sombre pour sauvegarder l'état de ces trésors.

- Très cher Elarik, tu viens de perdre ton humaine à tout jamais, chuchota Sven d'une voix d'outre tombe, avant que tout le monde ne ricane devant l'étonnement et la fascination non feints d'Orphée.

- Dis donc, petit poulpe ! Il est temps de te nourrir ! Tu vas devenir aussi sèche qu'un arbre mort à force de sauter les repas, lança Falko.

Phrase qui tomba dans l'oreille d'un sourd : Orphée continuait d'avancer. La terre aurait pu trembler, le sol s'effondrer, qu'elle n'y aurait pas mit la moindre attention.

- Elle est extrêmement émue, confia Jasper à Elarik.

Le vampire aux cheveux noirs regarda mieux son humaine et en effet, il crut apercevoir ses yeux brun-vert humides. Alors il s'approcha d'elle et quand Orphée se retourna encore, afin d'être sûre et certaine qu'elle était dans une bibliothèque unique au monde, elle tomba nez à nez avec son pirate.

Il vit que son humaine était au bord des larmes qu'elle tentait d'effacer en se détournant, peut-être même qu'elle murmura un « désolée », si étouffé par les débuts de sanglots, qu'il croyait avoir rêvé. Il la replaça face à lui, fasciné par ces débuts de larmes : jamais le vampire ne l'avait vu pleurer, même devant la mort.

- Qu'est que tu as ? Demanda-t-il, étonné.

- Je… Je sais pas, tous ces objets que j'ai vu et maintenant… Tout ça… Je sais pas,… c'est bouleversant.

Elle le fixa pendant un moment avant de dire avec une petite voix timide en regardant ses mains :

- Je vais être très impolie, mais c'est la dernière fois, promis.

Elle releva la tête et enchaina :

- Que… Quel âge as-tu ?

Un silence plana, même chez les vampires restés dans le coin salon, notamment les anciens qui sentaient que la jeune Orphée arrivait à un point de non retour : elle avait appris quasiment par elle-même ce qui concernait la nature des vampires et là, elle faisait face au détail le plus troublant : leur âge. Il fallait qu'elle y fasse face, si elle voulait continuer à fréquenter ces êtres mystérieux, sans perdre la raison.

Elarik sourit malicieusement, il ne put s'en empêcher. Mais il répondit néanmoins :

- J'ai 510 ans. Et des poussières.

- Combien de poussières ? Demanda-t-elle, presque au bord du désespoir pour une raison qu'elle n'arrivait pas à définir.

- Je ne le sais pas moi-même exactement. Je suis né orphelin et personne n'a tenu de registre, encore moins au moment de ma naissance.

Orphée ne savait plus où se mettre. Son cerveau allait à mille à l'heure : la vie à l'époque était dure, en plus Elarik était né seul mais était toujours retombé sur ses pieds : il est resté en vie jusqu'à…

- Et quel âge as-tu, physiquement ? Questionna-t-elle pour pouvoir continuer son raisonnement.

- 24 ou 25 ans.

… il est resté en vie jusqu'à 25 ans au moins. Il allait être capitaine de son navire. Il a donc été matelot avant, fait des abordages, combattu pour sa vie, frôlé la mort. Il a toujours été seul et il l'a bien vécu. Il était libre et maître de sa vie, sauf pour sa transformation. Il devait assurément avoir de l'autorité, savoir comment mener des troupes, maitriser des hommes,… Il devait être…

- Tu devais être un humain exceptionnel, dit Orphée sans même se rendre compte qu'elle avait parlé à voix haute.

Elarik ne réagit pas devant cette phrase qu'il n'avait jamais entendu de toute sa vie. Ho ! Bien sûr son ancien capitaine l'avait bien complimenté un jour, peut-être aussi lorsqu'il était dans cette taverne où il travaillait, enfant, mais pour tout dire : il ne s'en rappelait plus. En tant que vampire, ne connaissant pas son créateur, il ne put y avoir d'encouragement de ce côté-là puis avec son clan, c'était différent, juste amical.

Et cette petite créature débarquait dans sa vie, piétinait son territoire, le provoquait, lui résistait, chamboulait tout et lui disait qu'il était un humain formidable.

Logique. C'était une situation tout à fait ordinaire, n'est-ce pas ?

Orphée était retourné à son exploration visuelle, comme si elle n'avait pas posé de question, comme si elle n'avait pas flatté le vampire et il la suivit à la même vitesse qu'elle, alors que le reste des vampires présents reprenait leurs activités.

- Vous êtes comme les dragons. Vous conservez la conscience de l'Humain et du monde. Vous êtes des gardiens. C'est comme cela que je vous vois, je crois. Sven m'avait posé la question, au bal.

- Les dragons ne sont pas sensés surveiller des trésors ? Lança Elarik tentant de comprendre la comparaison.

- Si, mais l'Homme ne voit que la richesse matérielle, alors que la fortune n'est réellement importante que lorsqu'elle est impalpable : la connaissance, la sagesse et la compréhension des mondes. Vous, vous gardez des témoignages physiques et le savoir-faire d'autrefois. C'est la même chose, pour moi, chuchota la jeune fille sans détacher son attention des étagères.

- Je suis d'accord pour l'image : mais que représentent les dragons ?

- Ce sont de véritables créatures spirituelles, lui répondit Orphée en se tournant vers le vampire comme si la chose tombait sous le sens, mais ils n'ont que l'apparence qu'on leur donne : ce ne sont pas toujours de gros lézards ! Ria Orphée. Ce sont les seuls êtres de l'autre monde à nous voir comme leur égal.

Puis la fille à dreads retomba dans ses pensées, Elarik marchant à ses côtés, mémorisant chacun de ses traits, mots et mouvements. Ainsi, pour elle, les « dragons » existaient. Et comme tous les vampires présents, il mit cette information d'un coin de sa tête, troublé.

Si la minute d'avant elle avait l'air désespérée par ses découvertes, à présent la jeune fille sautillait presque, heureuse d'être privilégiée.

- J'ai l'impression de voir le Temps, confia-t-elle au vampire. J'ai l'impression de pouvoir effleurer ce que la quasi-totalité des humains ne peuvent apprécier. La ligne du temps est invisible pour nous tous. Mais ici, j'ai l'impression de voyager sans même avoir à toucher les choses : je sens leur énergie, celle venant de leur propre époque. C'est très perturbant.

- Ne te perds pas dans un tel labyrinthe, alors, dit-il en mettant son bras sur l'épaule de son humaine.

Une position détendue qui allait à merveille au vampire. Orphée savait que c'est ce comportement qui avait permit à Elarik d'évoluer dans le temps, comme le reste de son clan : légers, débrouillards, malins, prédateurs au besoin qu'ils soient humains ou vampires, ils avaient gardé de ce caractère qui ne les attachaient à rien, ni personne : c'était leur force et elle aimait ça, car c'était aussi son point fort pour évoluer seule dans sa vie. C'est la raison pour laquelle le pirate était différent de certains vampires de son âge, comme le sombre Santino ou le douloureux Armand. Voir même ce vampire là-bas, encore plus jeune qu'Elarik, Louis : 200 ans seulement et il pleurait déjà sur la délicatesse de la vie humaine.

Mais la jeune fille avait peur. Peur de l'attachement qui commençait à naitre en elle, pour le pirate, même pour son clan entier et les anciens. Les vampires étaient des êtres à la fois magiques et douloureux : de beaux meurtriers, des gentlemen sauvages, ébranlés par leur vie sans fin et le sang sur leurs mains.

Orphée mit timidement son bras derrière le dos d'Elarik et ils firent le tour de la bibliothèque tranquillement avant de ressortir par la porte où ils étaient rentrés.

L'humaine regardait le sol et le vampire était dans ses pensées, pendant que certains vampires les regardaient de biais, quand Elarik entendit un chuchotement de la part de Marius :

- Prend grand soin de cette enfant.

De retour dans sa chambre, Orphée n'avait pas voulu se nourrir : elle avait juste été reprendre ses chiens près des deux prêtres qui bougonnèrent sur sa santé dont elle ne prenait pas soin. Il était près de midi lorsque le couple atteignit leur chambre et la jeune fille s'était presque jetée sur le lit pour dormir, en disant qu'elle « en avait assez vu et entendu pour aujourd'hui ». Elarik était resté près d'elle, à la regarder sommeiller tout en réfléchissant : il ne savait plus quoi penser.

Cette sensation d'infériorité face à la jeune humaine le perturbait et l'agaçait. Parfois, il avait l'impression de ne pas valoir ni son corps, ni son esprit, ni même son attention. Elle avait une manière bien à elle de voir la vie, la mort et les vampires, alors Elarik se sentait sot parfois. Il se fichait de savoir qu'il existait un autre monde, même un Dieu : qu'importe puisque logiquement, s'il faisait attention, il ne verrait jamais l'autre monde. Mais c'étaient les passions d'Orphée et il ne savait pas vraiment les partager avec elle.

En réalité, il trouvait son humaine digne d'intérêt et à présent, elle avait quelques gestes simples envers lui : tenir fermement son bras plutôt que poser sa main dessus, caresser parfois ses cheveux noirs, répondre chastement à ses avances… Mais ce qui obsédait le vampire, c'était… le goût de ses lèvres depuis que son humaine avait effleuré sa bouche de la sienne, il n'avait qu'une envie : la goûter réellement. Il s'était confié à Allen sur le balcon pendant le bal, alors qu'Orphée dansait avec Sven. Allen, qui ne comprenait pas que son chef puisse s'encombrer d'une humaine, n'avait plus rien dit lorsque le pirate avait avoué son désir pour la jeune fille et quand il s'aperçut que ce même homme avait pour la première fois… envie de patienter.

C'est après cela qu'était réapparue Sylvie, espionnant les deux hommes dans leur conversation : elle ne supportait pas qu'Elarik s'accroche à cette stupide créature aux cheveux ridicules, alors qu'il avait beaucoup de femmes vampires à ses pieds, dont elle-même. Le pirate n'avait rien répondu à cela connaissant la nature jalouse de Sylvie, se contentant de lui dire clairement le fond de ses pensées : si elle ou son amie brune Audrey tentaient encore une fois de menacer sa captive, il les tuerait sur le champ et sans état d'âme.

Bref, le tout s'était soldé par la venue du clan entier et d'Audrey, de débats stériles et insultants pour le groupe breton qui défendait son chef même si les obsessions du chef pouvaient sembler étranges. Elarik ne s'était pas vraiment attendu à être soutenu par son équipage, notamment par Wilfried et Allen qui ne comprenait pas vraiment l'attitude de leur capitaine, se foutant royalement de la vie d'Orphée. Sven avait cette passion inébranlable pour la gente féminine, surtout pour celles qui lui résistaient sans être ridicule même si ça l'agaçait fortement et Falko n'était pas dérangé par la présence discrète de cette « p'tite » qui agrémentait leur quotidien, ainsi que ses chiens qu'il pouvait toucher sans qu'ils ne fuient de peur.

La venue d'Orphée et de Benjamin sur le balcon avait tout de suite apaisé les tentions, d'une certaine manière, car les deux filles vampires s'étaient éclipsées, déçues de la finalité de l'histoire.

Elarik grognait dans ses pensées lorsque Sven entra sans frapper :

- Sacrebleu ! Moi qui pensais vous interrompre en plein ébats,… je suis déçu, franchement, chuchota-t-il avant de s'allonger doucement sur le lit derrière Orphée, alors qu'Elarik était devant.

Le vampire pirate lui fit un regard noir, lourd de sens : Sven n'a absolument rien à faire dans ce lit. C'était clair, sans qu'il n'ait besoin de parler.

- Du calme ! En dehors de mon odeur, je ne mettrais pas grand-chose de plus dans sa couche, le rassura Sven.

- Elle passe son temps à m'échapper, j'aimerais vraiment que tu ne rentres pas dans l'équation, siffla Elarik.

- Grand et vénérable chef, elle est obsédée par toi. Ouvre un peu les yeux !

- Elle le cache incroyablement bien, se renfrogna le breton.

- Oui, c'est exactement le problème ! Lui répondit le blond en le regardant soudainement dans les yeux.

Un ange passa, comme dirait Orphée. Elarik tentait de comprendre ce que son camarade lui disait.

- Elle t'a dit quelque chose ? Finit-il par lui demander.

- Oui. Mais je ne révèlerais rien ! Je lui ai donné ma parole ! Se rétracta Sven en riant.

Ils ricanèrent un moment, avant que le blond ne redevienne sérieux :

- Tu sais qu'elle n'est jamais réellement tombée amoureuse ? Elle me l'a dit lorsque nous sommes rentrés du « shopping », gloussa le blond. Tu vas lui briser le cœur, si jamais elle te tombe vraiment dans les bras.

- Et tu le regretterais ? Demanda Elarik en caressant les dreads défaits d'Orphée.

- Non. Mais… Peut-être que beaucoup pense que le gâchis serait énorme, lui répondit le blond en humant le bras de l'humaine, si faible entre leurs mains.

Le pirate ne répondit rien. Chose très rare en ce qui concernait le futur de ses proies. Si rare que Sven releva sa tête en fixant son chef droit dans les yeux : le tailleur français ne riait plus du tout.

- Que vas-tu faire d'elle ? Questionna Sven, intrigué.

- Le jour où j'en aurais ma claque de l'avoir dans mes pattes, je la tuerais, récita Elarik par habitude.

Quelque chose clochait et le blond le sentait bien : il insista donc.

- Et si tu n'en a pas marre ?

Elarik soupira en regardant son ami un instant, avant de se recoucher en face d'Orphée, le nez et le front collé aux siens.

- Je ne sais pas, Sven.

… …

… …

… …

Orphée remua : elle avait dormi ses trois heures habituelles et elle commença à s'étirer quand elle s'aperçut qu'elle avait du mal à se mouvoir : Elarik d'un côté et Sven de l'autre, forcément, ça coince.

- J'vous dérange pas ? Souffla-t-elle d'une voix rauque en s'étirant quand même par-dessus les deux hommes.

- Personnellement, je trouve que tu ronfles beaucoup trop à mon goût, ria le blond.

- Menteur, je ronfle pas.

- Et qu'en sais-tu ?

Elle le regarda d'un air malicieux avant de répondre :

- Tu n'es pas le seul homme avec qui je me mets au lit !

Elarik était estomaqué par la répartie d'Orphée : il n'était pas dupe et savait que la jeune fille avait dû se donner à d'autres hommes avant lui. Mais de là à l'entendre… Cependant, sa joyeuse captive se tourna vers lui :

- Demandons donc au premier homme avec qui je passe mes nuits : je ronfle ou pas ? Demanda-t-elle avec un air de plaisanterie dans ses yeux.

- … Non. Sinon, je serais déjà parti, répondit le pirate, content qu'elle pense tout de même à lui.

- Ha ! Fit Orphée en fixant Sven d'un air victorieux.

- Il ne te le dit que pour te séduire ! J'en suis sûr ! Balança le blond sans la moindre courtoisie, en balançant ses bras derrière sa tête, content de lui.

Et en effet : Orphée rougit jusqu'à la racine des cheveux sous les ricanements des deux palots de service.

- Ta distinction a prit des vacances, on dirait, remarqua-t-elle avec un regard noir.

- Non, je suis d'humeur joueuse à ton réveil, dit-il en lui lançant une œillade.

- Pourquoi il est là, déjà ? Demanda Orphée à son vampire, faussement agacée.

- Je tente de m'en souvenir, mais je n'en ai pas la moindre idée, sourit Elarik en rentrant dans son jeu.

- Vous n'êtes que des rustres ! À deux contre ma pauvre carcasse, renifla Sven en mimant la tristesse exagérément.

- En parlant de combats, il serait temps d'y aller, non ? Lâcha le chef breton.

- Vous allez où ?

- Aux entrainements dont a parlé Félix, expliqua-t-il à Orphée.

- Il a dit que c'était ce soir, tenta la jeune fille qui voulait garder Elarik dans ses parages directs.

- Le temps n'a pas vraiment d'importance pour nous, dit Elarik en se relevant à la hauteur d'Orphée, mais bien sûr, cela dépend du sujet, termina-t-il en la fixant honteusement de ses yeux brulants.

Sven ne respirait plus, contrôlant ses rires naissants, pour ne pas troubler plus la jeune humaine : elle ne bougeait plus et tentait tant bien que mal de contrôler les battements de son cœur. Elle ne rougissait pas, se maitrisant un minimum. Mais les deux vampires eurent du mal à croire aux dires des deux prêtres sur les capacités de cette fille : comment un être si frêle pouvait être potentiellement aussi dangereux ?

- L'attente te fait du bien, j'en suis sûre, finit-elle par dire en l'embrassant furtivement sur le bas de la joue, et ce qui est certain, c'est que la patience est toujours récompensée, conclut-elle en sautant du lit.

Elle passa rapidement par la salle de bain. En ressortant, elle demanda avec un air inquiet :

- Et je fais quoi, moi ?

- Va te nourrir, pour commencer, tenta Elarik.

- Pas besoin. Je vais très bien, merci. Ensuite ?

- Et bien, soit tu viens avec nous, soit… tu peux aller dans la bibliothèque, lui expliqua son vampire pendant que le blond se levait lentement.

Mais devant l'air incertain de son humaine, Elarik précisa que la bibliothèque était en réalité juste au dessus de la salle d'entrainement, là où se trouve les balcons intérieurs. Et par la même occasion, il insista sur le fait qu'elle avait un sens de l'orientation incroyable en pleine forêt, mais qu'elle ne savait pas s'y retrouver dans trois couloirs.

Sur quoi, Orphée enchaina qu'elle savait se diriger dans une forêt sans son nez alors qu'un marin, pirate par exemple, se perdrait à chaque croisement sans son odorat.

Cette répartie fit exploser Sven de rire, pendant qu'Elarik plissa ses yeux : il était en recherche active de vengeance.

Petites représailles qu'il accomplit donc lorsqu'ils sortirent tous trois de la chambre, Sven et la meute tranquille en tête, puis Orphée à leur suite. En fermant la porte, Elarik attrapa quelques petites tresses rouges et rousses de la jeune fille. Encore une fois, elle s'attendait à un geste douloureux de la part du vampire sombre. Et pour la seconde fois, elle se trompa : il la tira à lui lentement sans lui faire le moindre mal et mit son bras autour de son ventre délicatement. Puis il passa son nez entre son épaule et son cou, sans même effleurer la peau de la belle qui s'était pétrifiée dans son étreinte : elle sentait juste le souffle froid d'Elarik sur sa peau, ce qui lui arracha un frisson de plaisir.

- Tout ce que je sais, c'est que mon nez retrouvera ton odeur et ton corps chaud n'importe où dans ce monde, décréta-t-il d'une voix sensuelle.

Elle tourna aussitôt sa tête vers le visage impassible de son garde du corps séduisant et fut assaillie par une vague de chaleur intense, plus forte que la précédente qui l'avait envahie contre le mur de la bibliothèque. Elarik vit les yeux de la jeune femme se remplir de désir en le regardant et ça lui plut outre mesure. C'est pour cela qu'il se laissa faire lorsqu'Orphée mit sa main durement entre son cou et son menton, pour le placer violemment au mur. C'est la raison pour laquelle il lui ouvrit ses bras alors qu'elle se colla à lui, la seconde main de la jeune fille allant rejoindre la première, caressant uniquement son cou et le haut de son torse gelés.

Orphée approcha ses lèvres de celle du vampire, duquel naissait un grondement sourd de plaisir, alors que Sven regardait la scène de très loin, amusé, avec les chiens qui se demandaient bien ce que pouvait faire leur maitresse.

Mais l'humaine ne l'embrassa pas, elle maintenait le visage d'Elarik à distance du sien et se contenta d'entrouvrir sa bouche pour effleurer celle, si froide et parfumée de son pirate, en frissonnant d'envie et d'excitation contenue. Elle en ferma même les yeux, leurs lèvres jouant comme dans une bataille où le meilleur est de s'imaginer le baiser comme il devrait être.

Pendant cette danse sensuelle, Orphée osa parler, toute l'attention d'Elarik braquée sur elle :

- Il parait que le mieux, c'est l'attente.

Elle frôla les lèvres d'Elarik en rouvrant ses yeux et découvrit son regard noir de luxure, ses mains fermes sur le bas de son dos cambré.

- Si patienter est vraiment la meilleure chose à faire, quand je t'embrasserais pour de bon, je tomberais directement au paradis ou en enfer.

Et elle caressa la bouche entrouverte de la sienne, alors qu'elle venait de lui confirmer ce que Sven avait soufflé à son chef.

Le vampire prit violemment cheveux et dreads de ses deux mains puissantes pour ne pas qu'elle se dérobe, pour ne pas que cette fille se retourne en lui souriant comme si rien ne s'était passé.

Puis il hésita, à trois millimètres de sa tentation.

Après tout, il aimait jouer, il adorait qu'Orphée résiste contre son propre désir et ses pulsions, maintenant qu'il savait que ces deux aspects étaient bien présents en elle. Elle avait raison : attendre décuple le plaisir et à présent qu'il est quasiment sûr de l'avoir pour lui, il pouvait se permettre de retarder son envie… de l'entretenir plus exactement.

Alors il glissa ses lèvres contre celle de cette humaine si tentante et caressa sa bouche rose de sa langue, avant de se retirer beaucoup plus loin de son visage sous un gémissement frustré de la femme nichée contre lui. Mus tous deux par une onde de plaisir intense, ils se collèrent l'un à l'autre un court moment, se prodiguant de fortes caresses à se briser les os.

Un bruit les coupa cependant dans leur état d'enivrement : Anthony se réveillait après presque vingt-quatre heures de sommeil, alors que Benjamin soufflait de soulagement : enfin, il pourrait arrêter de le surveiller ! Il ne savait pas qu'il avait une première preuve du pouvoir d'Orphée. Elle aurait pu tuer cet Anthony sans avoir à le toucher et personne ne s'en était rendu compte.

Mais qu'importe ! Cela restera secret encore un petit moment !

Elle se détacha doucement d'Elarik et lui prit le bras pour l'entrainer vers l'escalier, où Sven attendait avec Falko venu aux nouvelles, hilares du comportement du couple semblable à ceux d'adolescents aux hormones agaçantes et sans aucune pudeur : un peu plus et ils faisaient ça dans le couloir !

Orphée les regarda d'un air assassin, sentant leur humour à cent kilomètres, tandis qu'ils se dirigeaient tous les quatre vers la salle d'entrainement.

… …

… …

… …

Eris marchait rapidement le long d'une rivière en direction de Chivasso, si sa mémoire était bonne. À ce rythme là, il rejoindrait sa sœur l'année prochaine. Super.

Putain.

Il avait profité du parc national pour respirer un bon coup, étant resté un long moment à Lyon dans la ville étouffante, capitale française de l'ésotérisme. Le jeune homme avait appris quelques petites choses, mais rien ne remplaçait la pratique.

En pataugeant dans la boue, la terre n'ayant pas encore séchée de la pluie récente, il s'arrêta brutalement. Une présence… non, des présences se faisaient sentir dans la région. Des auras que le jeune homme avait déjà senti quelque part.

Il s'accroupit sur le sol et tentait de percevoir ce que cela pouvait bien être. Il ferma les yeux et respira profondément : la technique lui venait de sa sœur, il suffisait de s'insinuer à l'intérieur de la Terre pour identifier ce qui marchait à sa surface.

Au bout de quelques minutes, il sut :

C'étaient les mêmes énergies que celles qui se trouvaient autour de sa petite Orphée.

Eris les examina un moment : ces êtres étaient extrêmement rapides et … agressifs. Leur force semblait sans égale.

Qu'est-c'que c'est qu'ce bordel ?

La troupe d'êtres non identifiés courraient à quelques kilomètres de lui et la peur tordit le ventre de ce frère, angoissé à l'idée que sa petite sœur était possiblement entre les mains de tels barbares. Sans le vouloir, il envoya cette sensation à la jeune fille, ne réussissant pas à contrôler son émotion.

Il baignait dans l'inquiétude.

… …

… …

… …

Elarik conduisit Orphée jusqu'à la bibliothèque, tenant sa main légèrement entre la sienne de peur que des images peu catholiques ne lui envahissent l'esprit et que dans un moment d'égarement, il ne la lui serre encore plus.

Il la fit entrer en premier malgré la timidité apparente de la jeune fille face aux nombreux vampires présents : une bonne partie du château discutait là et Orphée avait réellement peur de déranger.

- Ne t'en fais pas, ils discutent de la guerre et tu n'y participes pas. Du moment que tu ne commences pas à danser sur une table, tout ira bien ! Ironisa Elarik, avec un sourire plutôt rassurant pour une fois.

- Non, tu ne déranges personne, confirma Marcus qui avait l'air de s'ennuyer à mourir. Et comme tu peux le remarquer, continua-t-il, peu de monde s'aventure pour le moment du côté des livres. Ne te gêne surtout pas.

L'ancien ne prit même pas la peine de rajouter qu'Orphée devait faire attention à l'état des trésors entreposés dans cet endroit. Elle le savait déjà et respecterait les bien présents, il en était persuadé.

Elarik s'aventura entre les premières étagères avec elle, afin de lui prodiguer quelques dernières recommandations : qu'elle soit sage, qu'elle n'ait pas de comportements déraisonnables, que s'il y avait le moindre problème il était juste à côté dans la grande salle de combat et qu'il gardait les oreilles ouvertes sur tout ce qu'il pouvait se passer, que…

- Respire, lui ordonna Orphée en pouffant.

Il ne trouva rien à redire à sa remarque, mais bougonna quelque chose dans le genre « ne me déçois pas ».

- Tu te répètes. Et tu m'agaces horriblement par ton manque de confiance, chuchota-t-elle d'un ton acerbe.

Il la regarda un moment, sans montrer aucune expression. Néanmoins, l'humaine n'était pas dupe et elle savait que le pirate s'inquiétait de la laisser seule ici.

Alors elle répondit directement à son angoisse :

- S'il se passe quelque chose de grave, j'hurlerais le plus fort possible.

Il leva un sourcil et fut content de l'initiative de sa captive : elle, elle lui faisait confiance contrairement à lui. Quelque chose le perturbait cependant : jamais il ne s'était acharné à vouloir garder un humain, même une proie, en vie. Très étrangement, plus elle se rapprochait de lui, plus le vampire la voulait, d'une manière encore inconnue pour lui il la trouvait de plus en plus attirante, ce n'était plus un but et un challenge de se l'approprier : c'était une obligation, une sorte de serment qu'il se faisait à lui-même. Il se devait de la comprendre, il fallait qu'il la charme, il devait absolument se faire aimer d'elle.

Ces pensées le perturbèrent grandement et il répondit juste :

- Très bien. Si tu t'ennuies à un moment donné, tu peux toujours venir nous voir.

Et à ce moment là, le temps fut suspendu pour Orphée : Elarik pencha son visage vers elle et il l'embrassa sur la tempe avant de se détourner Orphée le vit partir bien droit, les mains dans les poches, sans un regard en arrière.

Une heure passa.

Et de deux.

Orphée était tellement absorbée dans un vieil herbier médicinal qu'elle ne voyait pas le temps avancé.

Puis le temps sembla ralentir.

Non, le temps ralentissait.

Le monde s'arrêta de tourner momentanément.

Son cœur battit plus fort.

Beaucoup plus fort.

Si puissamment qu'elle sentit sa poitrine vibrer sous les pulsations.

Une sensation violente percuta la jeune fille qui cessa immédiatement de lire, alors que quelques vampires tournèrent la tête vers elle en se demandant ce qui pouvait bien la perturber ainsi.

Orphée fut envahie de sueurs froides et les bruits alentours furent étouffés, comme si elle avait du coton dans les oreilles et elle dû se tenir à la petite table basse devant elle, pour ne pas s'écrouler à terre.

Ses chiens s'agitèrent en présentant son trouble et ils se levèrent en jappant pour prodiguer à leur maitresse quelques caresses de réconfort. Elarik, toujours attentif même pendant ses combats, arriva dans la bibliothèque avec son clan, prêt à rugir.

Ce fut le moment que choisi Aro pour s'approcher rapidement de la jeune fille aux pupilles dilatées. Il posa sa main pâle et légère sur son épaule.

L'esprit du chef Volturi fut subitement accaparé par des sortes de flashs venant d'Orphée. L'image de son frère. L'inquiétude. Sa sensation de stress face… aux Irokois qui circulaient, sans nul doute : il sentait des vampires et les alliés des Volturi étaient tous présents dans le château. Ça ne pouvait donc être qu'eux. Aro, subjugué par le contact étroit entre Eris et Orphée de part leur empathie, ainsi que par leurs capacités, narra en chuchotant l'évolution des pensées et des ressentis de la jeune fille : son frère était-il en danger ? Orphée détourna son attention de ses propres inquiétudes et s'agrippa mentalement à l'image d'Eris pour ne ressentir que ses émotions à lui. Non, il n'est pas en danger : les Irokois ne font que passer à quelques kilomètres. Pourquoi a-t-il peur alors ? La jeune fille plongea dans l'image du cœur de son frère pour tenter de comprendre : il avait sentit ce même genre de présence autour d'elle et s'inquiétait de son espérance de vie. Où est-il ?...

Orphée releva ses yeux presque noirs sur les cartes pendues contre le mur et scruta un long moment celle de l'Italie en s'imprégnant de la forme du pays pour trouver la position exacte de son frère. Exercice beaucoup trop compliqué sans un minimum de préparation, elle ne trouva donc pas. Mais tous, Eris et Irokois, se situaient dans le nord du pays.

… …

… …

… …

Je sais que tout le monde s'en fout, mais j'ai enfin réussi à mettre des traits entre les paragraphes ! C'est plus propre ! Yeah !

Tout compte fait non, j'ai du remettre les points.

C'est bon, vous avez vu Eris ? Vous êtes contente ? XD

Réponses à vos reviews :

La blonde : Oui, tu manquais à l'appel ! Et je ne l'ai remarqué qu'après ! Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? Non mais ! Oui, Elarik a été sage, et dans ce dernier chapitre aussi. Est-ce pour mieux retomber violemment sur Orphée… hummm on verra bien ! Eris est un nom de déesse, en effet. Et aussi étrange que ça puisse paraitre, Orphée est un nom d'homme ^^Non tu n'es plus obligée de dire que tu m'adores. Tu parlais de l'histoire. Si, ça tu peux le dire, j'aime qu'on flatte mon égo ! XD

Lila : Je poste un chapitre toutes les semaines, autant que faire ce peut. : ) Bienvenue parmi nous !

Zod'a : Le prénom Sven vient aussi bien de Norvège, mais aussi d'Europe de l'est, ou à des origines anglo saxone. Je suppose que personne ne sait vraiment d'où ça vient !Elarik n'a pas été bien éduqué par ses parents, puisqu'il n'en avait pas. C'est con hein. Je me demande ou il a appris le « s'il te plait »… Tu aimes Sybelle ! Truc de ouf ! T'aimes quelqu'un ! Promis je prendrais pas la grosse tête. Ouai… la description des vieux sur Orphée, j'ai chié des briques en espérant que ça soit pas trop lourd à raconter. En plus y'en aura encore, mais pas des trucs si longs. Ca va pour le paragraphe d'Eris ? Oui il est protecteur, t'es comme Eve, toi : tres perspicace. XD mais c'est cool, oui, ça va foutre le gros bordel quand il arrivera au château. Oui oui ! Il va arriver un jour et comme je disais aux autres… boah… t'as qu'à lire les réponses aux reviews XD non, me tape pas.

aliCetwiligthF.F : Pour le frère d'Orphée, on verra par la suite qu'il ressemble beaucoup à Orphée, mais que quand il se méfie, il est infernal. Il n'est pas beaucoup puissant qu'elle, disons qu'il ne cherche pas toujours à exploiter ses dons. On verra par la suite, faut pas que j'en dise trop ^^

spies85 : Oui, son frère arrive, mais c'est un lent. :D pour la relation Orphée/Elarik, ils ne savent pas eux meme, c'est très confus pour eux, ils résistent… Bienvenue parmi nous !

Tia63 : Voilà voilà ! Le frère est là ! Ne me lance pas de cailloux ! Le pire c'est que tu n'étais pas la seule à me le réclamer ! Je sens que dans deux ou trois chapitres, je vais faire des heureuses. :D

La : Ne t'emballe pas trop pour la relation Elarik/Orphée… On ne sait pas comment ça va aller, avec ces gens imprévisibles ! ^^ Mais bon, il ne lui a pas démonté la tête pour s'être enfuie du château, c'est vrai que c'est déjà ça ! Pour le coup des fourchettes, oui, c'est possible, mais seulement avec les vieilles serrures ! Tu sais les gros trous dans du fer forgé, le machin vieux comme le monde, quoi. J'ai mis le frère cette fois ! tu es contente XD ? Pour la confrontation avec Elarik, faudra encore attendre, disons qu'ils vont bientôt se… rencontrer. Très brièvement ! Vous verrez :p

Aurore : J'espère que cette évolution physique t'a comblée ! XD

Eve-Wolf : hé oui, pauvre Orphée, c'est un peu le pot de fleur, la distraction du jour pour un château rempli de vampires qui tournent en rond. Mais ça va péter un jour, sa patience est forte, mais pas illimitée. Oui, Orphée quand elle n'a pas de clefs, elle improvise Et tu as très bien imaginé la premiere rencontre Orphée / Prêtres, c'est couuuul. Pour la grossesse d'Orphée, j'sais pô. Et puis bon, sont pas encore prêt à coucher ensemble. Plutôt dans le sens ou les faits les en empêche… J'avoue. Tu vois, la signification n'a pas été trop longue à attendre pour le prénom d'Orphée. Mauvaise langue. Tiens, t'as deviné qu'il était protecteur, Eris ? Etrange, je pensais l'avoir bien caché ! Mais comme je disais à La, Elarik et Eris vont se rencontrer… rapidement.

Jose94 : Bienvenue chez moi ! Je suis contente d'avoir toujours de nouvelles lectrices qui en plus, me laissent des reviews d'encouragements… Merci !

Si vous ne laissez pas de traces de votre passage… ERIS meure avant même d'avoir atteint Volterra. Na.