JOYEUX NOËL !

Etant d'une nature très généreuse (depuis le temps, vous êtes au courant), voici votre cadeau =) J'imagine que vous vous doutez qu'une review pourrait représenter le votre.


Riza avait posé son crayon, et continuait de fixer ses dossiers, d'un air qui semblait triste… Mustang ne la quittait pas du regard, tout en tripotant ses doigts. Avant de lui expliquer sa version des faits, il voulait tout d'abord lui poser une question qui n'avait cessé de le tourmenter depuis son arrivée dans l'équipe, le matin même…

« Je souhaiterais… Vous demander quelque chose… Avant, si cela ne vous dérange pas. »

Elle ne bougea pas, conservant son silence. Il prit cela pour un oui. Que risquait-il, au pire ?

« Pourquoi êtes-vous venue, ce matin ? Vous aviez toutes les raisons de ne plus jamais poser les pieds ici. »

La jeune femme ne réagit pas dans un premier temps, créant une ambiance particulière au sein de la pièce. Elle ressemblait à une statue, si sa poitrine ne se soulevait pas au rythme de sa respiration, et si ses yeux ne clignaient pas à certains moments.

Puis, elle rétracta les doigts de sa main droite, ferma les yeux sans se tourner vers lui, dont son cœur battait à toute allure. Il avait besoin de sa réponse. De cette ou ces raisons qui l'avaient conduite ici, malgré sa faute. Il crispa ses mains, sentant une ou deux gouttes de sueur ruisseler sur son front. Le grand général de brigade Roy Mustang avait peur du terrifiant lieutenant Elisabeth Hawkeye. Si ce n'était pas ironique. Elle l'effrayait, même sans ses pistolets.

« J'ai… commença-t-elle. Promis à Kim qu'elle vivrait heureuse. Que ce monde changerait, qu'il deviendrait un endroit où tous pourraient trouver le bonheur. Je le désire tout autant, et la seule personne qui puisse accomplir cette utopie est vous. »

Elle marqua un arrêt, prit une grande inspiration avant d'ouvrir à demi ses yeux rouges et tristes qui étaient toujours posés sur le tas de feuilles recouvrant son bureau.

« J'avais fait, il y a un an, continua-t-elle, la promesse à Kim qu'on ne serait jamais séparée. Pourtant, le lendemain, j'ai failli. On s'est retrouvé éloignée l'une de l'autre. Je n'avais jamais brisé une promesse auparavant. »

Riza sembla hésiter, puis reprit.

« Au cas où vous l'auriez oublié, j'ai juré de vous suivre jusqu'au sommet, en Enfer s'il le fallait. Je n'ai pas l'intention de me défiler cette fois non plus. Et il vaut mieux faire en sorte que vous ayez le chemin le plus libre possible pour atteindre votre objectif. »

Il écarquilla les yeux, croyant en l'espace d'un instant que les siens devenaient brillants.

« C'est pour cette raison que je n'ai rien dit à propos d'elle, que personne n'en a jamais rien su. Je n'avais pas prévu que les choses tournent de cette manière… Désormais, elle s'est attachée à vous. Elle a suffisamment souffert, je ne veux plus la voir pleurer. »

Elle s'appuya le dos à la chaise, et regarda droit devant elle, dans le vide. Son regard avait l'air d'être redevenu comme avant, froid, déterminé.

« J'avais envie de vous tuer. De presser la détente. Je le veux toujours. J'ai toujours voulu venger ma mère, c'était comme une manière de m'affirmer moi-même. Si je ne le fais pas, je ne pourrai pas me regarder en face. C'est ainsi que je vois les choses. Je dois admettre que jamais je n'aurais pensé qu'il s'agissait de vous depuis le début… »

Elle n'en dit pas plus. Jusqu'à cette dernière réplique, elle avait un effroyable sentiment : l'impression de se mentir à elle-même. Pourquoi ? Ce n'était que la stricte vérité ! Pourtant, elle avait le sentiment que tout cela n'étaient que des prétextes, des excuses. Quelle était la véritable raison, dans ce cas-là ?

Mustang conserva ce silence un certain moment, tout en la scrutant. Il se sentait en même temps coupable de l'avoir fait parler, alors que cela n'était pas son rôle. C'était à lui de s'expliquer, d'exposer sa version des faits, sans chercher à la tourner à son avantage.

Se rendant soudainement compte qu'il n'y avait plus eu mot dans cette salle durant un certain nombre de minutes qu'il n'avait pas calculées, il décida de se mettre à parler.

« J'avais quatorze ans, à l'époque. J'avais envie de me distinguer, et un groupe de jeunes ''cool'' m'a remarqué. Ils m'ont imposé un test pour les rejoindre, je n'en ai rien su à l'avance, ils m'avaient uniquement donné rendez-vous à la place centrale de la ville peu avant minuit. J'y suis allé, et ils m'ont conduit dans une rue plus loin, et déserte. A ce moment-là, ils m'ont donné un revolver, et ordonné de tuer un chien. C'était un chien errant, qui aboyait fréquemment la nuit et dérangeait tout le monde. »

Il se tut quelques instants et fronça les sourcils, tout en gardant son regard dans le vide. Il se sentait stupide. Comment tuer un clebs sans foyer en était arrivé à détruire la vie d'une famille entière ?

« Je n'arrivais pas à tirer. Je faisais pourtant de mon mieux, je savais que si je n'accomplissait pas cette mission, plus jamais ils ne feraient attention à moi et je n'aurais plus l'occasion de me joindre à eux. J'essayais de me faire une liste des arguments pour me convaincre de tirer. Personne n'aimait ce chien, il était seul et dérangeait tout le monde. Tout jouait contre lui. Pourtant je ne parvenais pas à le faire. »

Son regard s'assombrit, c'était un aveu difficile… Il ne pouvait pas se défiler encore une fois. Il ne négligerait aucun détail, il n'avait pas pu tout dévoiler à Kimberley, elle était encore trop jeune et fragile… Et quelles seraient ses pensées en apprenant que son père était un assassin de cette tranche ?

« J'étais concentré sur ce chien, je n'entendais plus le groupe qui m'encourageait autour de moi. Puis, dans une rue parallèle, il y a eu des bruits de pas. Je n'entendais plus que le souffle du chien et ces pas qui amplifiaient de plus en plus dans ma tête. Puis des paroles prononcées ont tout chamboulé. »

Mustang mit ses mains en visière, cachant ses yeux. Il se sentait coupable… Il l'était. Riza allait le haïr, il le méritait. Un meurtrier ne méritait aucune pitié, aucun pardon.

« Une jeune femme d'une trentaine d'années qui était à l'origine de ces bruits de pas a surgi tout d'un coup, puis a commencé à parler. Ça m'a surpris, j'ai fait volte-face et mon index a décidé de bouger à ce moment-là uniquement… »

Il fit encore une pause. Il ferma les yeux quelques instants, tout en sentant son lieutenant se tendre. Une chose était certaine, au final : jamais il ne pourrait lui demander de l'aimer. Il ne se le permettrait pas.

« Le balle l'a atteinte en pleine poitrine. Elle m'a regardé avec incompréhension, et peur… Je sais qu'elle ne voulait pas mourir… Mais parce que j'étais idiot et faible, je l'ai tuée… A ce moment-là, j'ai vu son collier… C'est en le voyant autour du cou de Kim que j'ai découvert l'identité de ma victime… »

Le général de brigade inspira un grand coup, tentant de mettre ses esprits en ordre, de manière à raconter la suite de la meilleure façon possible, la plus compréhensible.

« J'ai jeté le revolver dans la rivière, plus loin… Je ne voulais pas aller en prison. Je voulais juste oublier. Je suis rentré chez moi et je n'ai pas quitté mon lit pendant une semaine. Durant cette période, j'ai réfléchi. Je ne voulais plus qu'il arrive de choses telles. Je souhaitais être en mesure de protéger tout le monde, même si j'étais averti que cela ne me permettrait pas de me racheter. Je désirais simplement que cette erreur ne se répète plus. »

Il n'osa poser son regard sur la jeune femme. Il ne méritait pas ne serait-ce que de la voir.

« J'ai ensuite pensé à votre père. On racontait que c'était un grand alchimiste, et qu'il mettait au point une alchimie, la plus puissante qu'il serait jamais. J'ai désiré… Obtenir du pouvoir, et ainsi être en mesure de protéger tout le monde. Ma tutrice ne comprenait pas pourquoi j'avais tout d'un coup ce changement d'esprit, toutefois elle a accepté que j'aille étudier là-bas. J'ai tenté ma chance deux mois plus tard. »

Il retira ses mains de son front, puis regarda droit devant lui.

« Votre père m'a tout de suite accepté en tant qu'apprenti, je ne savais pas pourquoi, pourtant je n'ai pas posé de question pour ne pas qu'il me repousse. »

Son regard s'intensifia, il semblait se rendre compte d'une chose.

« En y repensant, je pense… Qu'il l'a toujours su. Qu'il avait deviné que je l'avais tuée. Sans doute en me voyant… Et qu'il a compris que je regrettais, et tentais de faire en sorte que cela ne se reproduise plus chez personne… »

Il y eut un silence.

Riza avait écouté sans dire mot, le regard triste et dans le vide. Elle avait enregistré minutieusement chacune de ses paroles. C'était donc ainsi que sa mère était morte… Et qu'il avait ressenti tout cela.

Ce n'était pas de sa faute. Voilà ce qu'elle aurait souhaité penser. Or, il était réellement coupable. S'il ne s'était pas comporté de façon aussi immature, sa mère serait toujours en vie. Kim n'existerait sans doute pas. Elle ne se serait peut-être pas engagée dans l'armée. Son père serait-il toujours de ce monde, lui aussi ? Aurait-elle perdu une année de sa vie, à subir un nombre incalculable d'expériences ?

Mustang était le bourreau des Hawkeye. Il n'y avait pas d'autre réponse. Comment aurait été sa vie sans cette expérience ? Ils ne se seraient pas rencontré non plus… Quel métier auraient-ils exercé ? Archéologue et institutrice ? Qui sait…

Riza ne parvenait pas à mettre ses idées au clair. Elle ne parvenait pas à rester là. Il fallait qu'elle sorte. Qu'elle s'éloigne.

Elle se leva, attrapa son manteau puis partit, laissant son général derrière son bureau. Qu'il fasse comme il le souhaitait avec ses dossiers, elle n'en avait plus rien à faire.

Elle marcha à chaque pas qu'elle faisait de plus en plus vite. Son souffle, le battement de son cœur s'accéléraient. Ses yeux s'humidifiaient, elle finit par courir à en perdre haleine.

Son père l'avait deviné. Il avait trouvé l'assassin d'Alice. Pourtant, il avait accepté de lui enseigner son savoir. Lui avait-il pardonné ? Pourquoi ne lui avait-il rien dit ?

La nuit était présente, la lune était cachée par de sombres nuages, Riza se retrouva sur un terrain vague. Elle s'arrêta, essoufflée, puis leva les yeux et bras vers le ciel.

« Tu le savais, n'est-ce pas ? Hurla-t-elle. Pourquoi ne m'as-tu rien dit ? Tu sais à quel point j'ai cherché ! Maman ne pouvait pas mourir ! Il n'avait pas le droit de nous la prendre ! Pourquoi… Pourquoi lui as-tu pardonné ? »

Elle avait prononcé sa question d'une voix brisée, avant de s'effondrer, en sanglots.

Celui en qui elle avait donné une confiance absolue, celui qui pouvait la conduire jusqu'en Enfer si besoin était, sans doute la personne la plus proche d'elle avec Kim, le père de sa fille… Pourquoi avait-il fait cela ?

Ses dernières pensées à propos de lui la pétrifièrent. Non. Il ne fallait pas qu'elle pense de lui de cette manière. Elle fit donc la même chose qu'elle se répétait depuis douze ans. C'en était devenu un réflexe, une parole de réconfort en quelques sortes.

« Je ne l'aime pas… Je ne l'aime pas… »

Dans sa colère et sa tristesse, elle se laissa emporter.

« Je le déteste… Je le hais… Je veux le tuer… »

La jeune femme leva à nouveau les yeux vers le ciel.

« Papa… Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à le tuer ? Maman… Il le mérite… Il n'avait pas le droit de te faire ça… Laisse-moi finir ses jours de mes mains… Je t'en prie… Je veux pouvoir te venger… »

Une petite voix résonna dans sa tête, à son grand étonnement. Était-ce sa mère, ou bien sa conscience, cachée au plus profond d'elle-même ?

« Tu parles, tu veux juste t'affirmer toi-même.

- C'est faux… Je…

- Il a détruit ta famille, alors tu veux ne pas perdre la face.

- Je veux juste…

- Alors, que veux-tu vraiment ? »

Elisabeth resta silencieuse. Elle ne savait pas. Elle ne savait plus. Avait-elle raison en souhaitant le tuer ? Était-ce une erreur ? Après tout, Mustang était censé changer ce monde. Faire en sorte que tous soient heureux. Mais elle, trouverait-elle jamais le bonheur ? Serait-elle jamais capable de ne pas tirer, un jour où il lui présenterait son dos ? Elle avait le sentiment de faire une erreur… Fausse route… Alors, quelle était la bonne ? Que devait-elle accomplir de manière à régler toute cette histoire ?

Une question dominait toutes ses pensées. Une énigme, à laquelle elle ne saurait probablement jamais répondre : et maintenant ?


Et mon petit cadeau ? =)