Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.
Chapitre 25
Snape pouvait être, en de rares occasions, compréhensif et prévenant, mais cela ne signifiait pas qu'il supportait l'inattention pour autant. De fait, il employa les deux heures nécessaires à la préparation des ingrédients à vérifier les connaissances de sa fille et ses souvenirs de l'année précédente, lorsqu'il lui avait donné l'autorisation d'assister à la réalisation de la potion.
Dans l'ensemble il était satisfait, mais il avait tout de même enjoint à Emilie de revoir dans le détail quelques éléments sur lesquels elle s'était montrée trop évasive ou avait fait des erreurs. Cette fois-ci, il en profita pour expliquer les grandes lignes de la préparation entre les différentes étapes et la jeune fille se sentit plus impliquée dans le processus, au lieu de restée cantonnée dans le rôle de simple spectatrice qu'il lui avait assigné auparavant.
Snape lui avait confié la préparation des ingrédients les plus simples, mais il prit le temps de vérifier son travail et corrigea ce qui ne lui paraissait pas assez bien fait. Les différentes étapes étaient identiques à ce dont se rappelait Emilie et comme la fois précédente elle dût maintenir un strict silence afin de ne pas déconcentrer le Maître des Potions. A 23 heures, Snape annonça une pause et en profita pour aller prendre une douche, après ce qu'Emilie nommait dans son esprit la phase « sauna » de la potion, quand la chaleur et la vapeur étaient si importantes qu'elles se faisaient oppressantes et drainaient presque autant votre énergie que la magie et les incantations qu'y insufflait Snape. Affalée dans le divan, les jambes étendues devant elle, Emilie entama sans remords la collation que venait d'apporter un Elfe après force courbettes.
Quelques minutes plus tard, Snape se laissa tomber à son tour dans le divan sans plus de cérémonie, ses cheveux encore trempés gouttant sur les épaules de sa robe.
« Il ne faut pas seulement connaître les Potions et la botanique pour être un Maître, n'est-ce pas ? Cela dépend aussi de la puissance dont on dispose », remarqua Emilie avec un ton un peu amer.
Snape avala une bouchée de quiche aux légumes avant de se tourner vers sa fille et de l'observer attentivement :
« En effet. Pourquoi cette remarque ? »
Emilie haussa les épaules, les yeux baissés sur son assiette et la bouche barrée d'un pli amer.
« Allons, je suis un peu fatigué pour jouer aux devinettes, Emilie. Si as quelque chose à dire, fait-le clairement.
-Je pourrais étudier les Potions pendant vingt ans sans que cela ne serve à rien », déclara la jeune fille avec un visage sombre.
Snape s'arrêta de manger et posa sa fourchette sur le bord de son assiette. Il se donna quelques instants pour observer sa fille avant de prendre la parole, notant l'aspect buté de son expression, malgré ses efforts pour paraître nonchalante.
« Que veux-tu dire par « cela ne sert à rien » ? Est-ce que les Potions ne t'intéressent plus ? demanda le Maître des Potions qui ne put s'empêcher de ressentir une légère déception.
-Non. Si ! Ce n'est pas ce que je voulais dire, corrigea Emilie : c'est juste que je me demande à quoi cela pourrait bien servir si je suis incapable de réaliser une partie des potions…
-La potion Tue-loup ? coupa son père, en riant malgré lui. Crois-tu que ce soit une potion à la portée de n'importe qui ? Emilie, soupira-t-il : cette potion ne fait absolument pas partie des potions requises pour la Maîtrise. Et quand bien même : est-ce que tu voudrais abandonner le sujet pour l'unique raison que tu ne pourrais briguer la Maîtrise ? Cela me paraît un peu extrême comme hypothèse… »
Emilie coula un regard de côté, pinça les lèvres et finit par demander :
« Est-ce que j'ai une chance, ou pas ? »
Cette fois-ci Snape se leva et fit face à sa fille. Il avait sentit immédiatement qu'elle avait eu recours à l'Occlumencie. C'était une sensation étrange : jamais il n'avait paru avoir conscience de l'emploi de cette technique par quelqu'un, à moins de scruter avec attention son visage. Secouant la tête, il remit cette question à plus tard et croisa les bras.
« Je vais être tout à fait honnête : je n'en sais rien. Emilie, fais-moi plaisir et arrête de fixer cette table, soupira-t-il avant de reprendre avec prudence, quand il eut enfin croisé le regard de sa fille : tu es trop jeune. Je crois qu'à ton âge aussi il aurait été difficile de prévoir ma carrière, et pourtant, ce n'était pas faute de creuser le sujet. Pour être objectif, je dirais que tu as le goût et le talent nécessaire pour pouvoir travailler dans les Potions, mais comme tu le sais, les possibilités ne se résument pas à la Maîtrise. D'ailleurs, je puis t'assurer que certaines personnes très douées ont parfois préféré ne pas s'engager dans cette voie tout simplement parce qu'elles préféraient exercer une autre profession. Un Potionneur de haut niveau est toujours recherché, ne serait-ce qu'à St Mangouste. Pour être franc, à mon avis la Maîtrise ne s'adresse qu'à des gens qui se sentent une vocation pour la recherche. Un Maître qui cesse de chercher et se contente de vivoter sur ses acquis n'est qu'un mauvais maître, et crois moi, il y en a. »
Face à lui, sa fille restait en apparence impassible et Snape soupira en ajoutant doucement :
« Si cela peut te rassurer, je peux te dire que je pense que tu as le potentiel pour la Maîtrise, si c'est ce que tu souhaites.
-Mais…
-Mais rien du tout, enchaîna son père d'une voix un peu tranchante : c'est trop tôt pour être sûr et tu ne sais même pas ce qu'est la recherche.
-Mais comment est-ce que je pourrais savoir si je peux faire certaines potions ou pas ?
-Pas à quinze ans en tous les cas, ni à seize. Si tu veux faire une maîtrise, expliqua-t-il : après tes ASPICs, tu devras démarcher des Maîtres qui examineront de près tes résultats et te proposeront peut-être un entretien. Voyant le regard plein d'espoir que fixait sur lui sa fille, Snape fronça les sourcils, secoua la tête et précisa : pas moi, Emilie, il n'est pas bon d'être formé par quelqu'un de sa famille. Quoi qu'il en soit, au cours de ta septième année, tu constateras que certaines potions te demanderont plus d'efforts que d'autres. Il appartiendra aux Maîtres que tu verras de s'assurer de ta force. S'ils l'estiment suffisante, tu pourras commencer, mais sans garantie d'atteindre la puissance requise pour certaines des potions de la Maîtrise. Plus tu travailles ta magie, plus elle croît, jusqu'au moment où elle atteint un pallier, mais pour l'instant tu es trop jeune pour que l'on puisse se prononcer. »
Sa réponse avait dû calmer son angoisse car elle commença à relâcher la protection qu'elle avait placée sur son esprit, mais l'expression sérieuse de son visage montrait qu'elle réfléchissait aux implications de ce qu'il venait de lui apprendre. Pourtant, sa question le surprit :
« Est-ce que certaines potions sont réservées aux Maîtres ? Est-ce qu'un Potionneur qui aurait les capacités de réaliser la potion Tue-loup, par exemple, pourrait le faire sans avoir le titre de Maître ?
-Non. Oh, bien sûr, personne ne pourrait l'en empêcher, tant qu'il ne s'en vante pas bien entendu, mais il en serait réduit à l'écouler comme contrebande. Il existe une liste de potions réservées aux Maîtres, régulièrement mise à jour.
-Est-ce que cette liste comporte, hum, disons… la Goutte du Mort-vivant, l'Amortencia et la Liquid luck ? »
Snape dévisagea sa fille dont les yeux brillaient de malice derrière leurs paupières mi-closes.
« L'Amortencia et la Liquid luck, oui, cette dernière est de plus régulée par le Ministère de la Magie, répondit-il prudemment ayant le sentiment de savoir où allait mener cette petite discussion.
-Dans ce cas, je m'étonne que Slughorn ait pu nous présenter ces potions en début d'année, remarqua Emilie d'un air narquois.
-Liquid luck ? Ce bon vieux Slughorn a augmenté quelque peu les enjeux, cette année…
-Si la Liquid luck est régie par le Ministère, Slughorn a dû la faire lui-même ou s'adresser à un Maître, n'est-ce pas ?
-La Liquid luck a toujours été au-delà des capacités de Slughorn, se contenta d'avancer Snape après un silence embarrassant, avant de demander à son tour : que vous a-t-il dit sur ces potions, s'il ne s'est pas contenté de se pavaner à côté ?
-Rien. De toutes façons nous n'avons pas vu la Liquid luck parce qu'il l'avait apparemment déjà donnée à Potter pour avoir réalisé parfaitement une potion », expliqua Emilie qui regarda avec curiosité son père qui semblait avoir avalé de travers et toussait.
Elle aurait juré que sa toux était entrecoupée de jurons. Quand il eut retrouvé son souffle, son visage était assombri et portait tous les stigmates de la colère, mais elle décida quand même de presser son point et d'obtenir des réponses aux questions qu'elle se posait depuis la rentrée :
« L'Amortencia. Certaine qu'elle avait désormais toute l'attention de son père, elle continua : je ne comprends pas comment cela fonctionne. Est-ce que cela nous révèle sans erreur possible ce que nous aimons ? Mais dans ce cas cela peut changer, n'est-ce pas ? Est-ce que cela trahit ce que nous allons, ou ce que nous pourrions aimer… »
Snape l'arrêta d'un geste de la main et répondit en s'appuyant sur la cheminée :
« Slughorn est un inconscient d'exposer des élèves à de telles potions, mais je suppose qu'il m'appartient de me préoccuper des conséquences, soupira-t-il. L'Amortencia est l'un des philtres d'amour les plus puissants qui existent et, comme tout ce qui touche à des émotions aussi primaires, il est particulièrement complexe et subtil à analyser. La plupart des philtres d'amour ne relèvent que de la charlatanerie pure et simple, avertit-il en ayant de nouveau endossé son ton professoral : l'Amortencia n'a pas pour but de provoquer l'amour ou un sentiment qui s'y apparenterait. Elle doit révéler à celui qui la respire ce qu'il apprécie le plus. Je préfère employer ici le verbe « apprécier » plutôt qu' « aimer » car il ne s'agit pas uniquement d'êtres humains. La question est d'identifier ce que l'on sent et surtout de faire le lien adéquat au bon moment. Par exemple, si je sentais une odeur de rose, elle pourrait signifier que j'aime l'odeur de cette fleur ou bien que j'aime quelqu'un portant un parfum utilisant cette essence. Si d'aventure je connaissais réellement quelqu'un portant ce parfum, les possibilités pourraient être multiples : mon cerveau pourrait déduire que si l'Amortencia me révèle cette odeur, c'est que cela signifie obligatoirement que j'éprouve des sentiments pour la personne en question. Il existe ainsi un véritable danger que des personnes soumises à l'Amortencia se déclarent persuadées d'aimer quelqu'un envers qui elles n'avaient pas éprouvé de sentiments particuliers auparavant, tout simplement parce que leur esprit leur aurait suggéré un lien après avoir été contaminé par l'Amortencia.
-Est-ce que ce que l'on sent évolue ?
-Nos sentiments évoluent, donc oui, ce que révèle l'Amortencia n'est jamais gravé dans le marbre.
-Est-ce que si l'on respirait l'Amortencia en pensant à quelque chose ou à quelqu'un on obtiendrait un résultat différent ?
-Comment cela ? demanda Snape en fronçant les sourcils.
-Imaginons que quelqu'un respire l'Amortencia une première fois, alors qu'elle est en train de travailler, puis qu'elle la respire une seconde fois alors qu'elle pense à… je ne sais pas, son petit ami, par exemple…
-Est-ce que la focalisation des pensées altère les sens ? formula Snape en lui lançant un regard soupçonneux avant de conclure : je ne sais pas, mais je ne le pense pas.
-Est-ce que le fait d'avoir une odeur particulière mise en exergue par l'Amortencia pourrait plus tard rendre quelqu'un plus sensible à cette odeur ou à quelqu'un portant ce parfum ? » demanda encore Emilie.
Snape réajusta son opinion de Filius Flitwick qui devait être un saint, pensa-t-il, s'il devait gérer au quotidien les questions innombrables posées par des hordes de Serdaigles.
« C'est possible, répondit-il : c'est que j'essayais de t'expliquer tout à l'heure sur le côté « manipulateur » de cette potion. Pour simplifier les choses, ton cerveau pourrait estimer qu'une odeur ou que quelqu'un portant cette odeur devrait être nécessairement plus important à tes yeux parce que l'Amortencia lui aurait suggéré ton goût pour ce parfum. »
Emilie ferma les yeux et se prit la tête dans ses mains, vaincue par la complexité des notions que mettait en œuvre cette potion.
« Qu'est-ce que tu as senti ? demanda Snape, recourant enfin à une approche directe et priant pour que cela ne les ramène pas à ce maudit Gabelli.
-Rien de capital, répondit Emilie avant d'ajouter : l'une des odeurs semblait changer, je n'ai pas réussi à l'identifier avec certitude. L'autre n'évoquait absolument rien à mes yeux, même si je la connaissais. La troisième était « vraie » : c'est-à-dire qu'elle évoquait vraiment quelque chose que j'aime…
-Le chocolat ? demanda Snape avec un sourire en coin.
-Non ! protesta Emilie en riant : l'odeur des livres neufs ! »
Snape passa une longue main pâle sur ses yeux et se contenta de commenter :
« Oublie ce que je t'ai dis sur tes aptitudes Slytherin : tu es bien une Serdaigle, après tout ! Un instant après il ajouta : oublie aussi cette potion, mais rappelle-toi que tout ce qui touche aux sentiments les plus profonds est au mieux confus, et peut au pire provoquer des catastrophes. Vérifiant l'heure sur la pendule, le Maître des Potions ajouta : de toutes façons, nous avons une Potion Tue-loup qui nous attend, et elle ne sent pas la rose ».
.
Un peu plus de deux heures après, Snape put enfin mettre la potion dans un flacon d'environ un quart de litre.
« Cette potion, comme la plupart des potions les plus complexes faisant intervenir un grand nombre d'ingrédients, ne peut pas être conservée. Elle doit être utilisée au plus tard cinq jours après sa réalisation.
-Elle se consomme en une seule fois ?
-Oui, et de préférence légèrement tiédie. Il y a eu un débat lorsque cette potion a été inventée, pour savoir si elle avait la même efficacité froide ou non. L'efficacité ne varie pas, en revanche, l'amertume est un peu masquée et il est plus facile au sujet d'avaler la potion.
-C'est pour Remus Lupin, n'est-ce pas ? » demanda Emilie, pour une simple confirmation.
Snape baissa un peu la tête et fixa sa fille, le visage en partie dissimulé par de longues mèches de cheveux noirs. Sa bouche se contracta en une petite moue agacée et il se contenta de hocher la tête.
« Est-ce qu'il ne peut pas la trouver chez un apothicaire ? Ou à St Mangouste ? »
Snape haussa les sourcils, surpris du tour de la conversation.
« Non, il s'agit d'une potion extrêmement difficile à réaliser et je pense être le seul à pouvoir la fournir avec régularité, même si d'autres Maîtres sont capables de la faire correctement. Si Lupin choisissait de se la procurer par d'autres moyens, il faudrait qu'il ait recours à un réseau de contrebande et, outre le prix exorbitant qu'elle coûterait, il courrait le risque de n'avoir qu'une potion de mauvaise qualité. St Mangouste ne traite pas la lycanthropie.
-Mais si on peut en trouver par contrebande…
-Cela signifie que des gens peu scrupuleux préfèrent en tirer un profit juteux, plutôt que de la vendre à un tarif élevé mais honnête, soupira Snape en reniflant dédaigneusement avant d'ajouter : à chacun ses principes, mais je considère que profiter de la maladie d'autrui pour assoir sa propre fortune est immoral.
-Et si… si jamais tu ne pouvais pas faire la potion, que se passerait-il ?
-Lupin devrait se terrer dans un endroit clos, une cave j'imagine, et y rester le temps de redevenir complètement humain.
-Est-ce que la transformation est difficile ? »
Snape déglutit et baissa un peu les yeux :
« On m'a assuré qu'en effet, elle était terrible. Cependant, de l'aveu même de Lupin, ce n'est pas la douleur physique qui est le plus dur à supporter. En effet, pour la plupart des loups-garous contaminés par morsure et non nés ainsi, le pire est de perdre sa conscience humaine pour ne garder que les instincts du loup. La potion Tue-loup n'empêche pas la transformation, même si elle la rend plus aisée, mais elle laisse au loup-garou sa volonté humaine. »
Snape leva la main pour couper court aux questions de sa fille et saisit l'opportunité d'un bâillement pour lui suggérer d'aller se coucher :
« Pas plus de trois gouttes, Emilie, nous sommes d'accord ? »
Emilie acquiesça dans un sourire et partit demander à un Elfe de lui apporter quelques affaires.
Note de l'auteur : hello à Fishina et Dream-your-world. Bon , soyons clairs : Snape, c'est Snape, ce n'est pas bisounours, hein ? -)
