Chapitre 25 - Libérer

Kal ouvre les yeux doucement. La lumière des néons de l'infirmerie agresse sa rétine. Elle cligne des paupières pour s'habituer à la lumière. La voix d'une jeune femme lui parvient à travers les brumes de son esprit. Elle se concentre pour en saisir la signification.

« Si vous m'entendez, serez-moi la main. »

Elle referme ses paumes. Elle sent deux mains différentes dans chacune d'elle. Aussi douces l'une que l'autre, celle de droite est cependant bien plus grande.

« Neo. » souffle-t-elle en reconnaissant l'autre.

Le petit garçon serre ses doigts autour de la main de sa mère. Elle tourne sa tête vers lui. Sa vision devient nette en quelques secondes. Son visage un peu inquiet, mais heureux, lui apparaît. Elle passe sa main dans ses cheveux.

« Tu m'as manqué, Maman, dit-il d'une voix étranglée.

- Toi aussi, mon chéri. »

Elle lui sourit. Il enfouit sa tête dans les draps, contre elle.

« C'est fini maintenant, le rassure-t-elle, tout ira bien. »

Elle se retourne vers la jeune femme qui lui a parlé.

« N'est-ce-pas ?

- Oui, le traceur est enlevé. Vous n'avez plus rien à craindre. »

Elle ferme les yeux et pousse un soupire de soulagement.

« Je suis le docteur Jennifer Keller, se présente la femme.

- Kal.

- C'est ce qu'on m'a dit. Comment vous sentez-vous ?

- Bien. Très bien même.

- Tant mieux. Je vais faire quelques examens, mais je pense que tout est en ordre.

- Merci de m'avoir libérée.

- Je n'ai fait que mon travail.

- Vous ne savez pas tout ce que cela représente pour moi. J'ai passé la moitié de ma vie à fuir et à survivre. À présent, je peux commencer à vivre. Et je ne sais même pas comment je vais faire !

- Vous avez votre fils. Vous verrez, tout ira bien. Mais pour l'instant il vous faut du repos. Vos blessures sont seulement en voie de guérison. Il faudra un peu de temps pour vous remettre complètement sur pieds. »

Kal acquiesce.

« J'ai prévenu le colonel Sheppard et son équipe. Ils ne devraient pas tarder.

- Entendu.

- Je vous laisse. »

Une fois le médecin parti, elle se reconcentre sur son fils. Il a relevé la tête et la fixe du regard.

« Neo, où est Nuts ?

- Avec Sam.

- C'est elle qui dirige, c'est ça ? C'est ce qu'il m'a dit.

- Oui.

- Viens là. » dit-elle en tapant sur les draps à côté d'elle.

Il ne se fait pas prier et se hisse sur le lit. Il s'allonge contre elle. Elle l'entoure de ses bras et dépose un baiser sur son front.

« Alors, bien réveillée ? lance Sheppard en entrant dans la salle.

- Ça va.

- Vous nous avez fait une sacrée peur vous savez ! Tomber dans les pommes alors qu'on vient juste de sortir de la mémoire tampon, c'est pas sympa.

- Pas fait exprès.

- Je m'en doute. »

Il se rapproche d'elle.

« Il ne reste plus rien du vaisseau, annonce-t-il joyeusement.

- Excellente nouvelle.

- McKay a trouvé un nouveau jouet avec le laboratoire des Anciens de Sil. Il est là-bas avec l'équipe de Lorne, les pauvres ! Teyla et Ronon s'entraînaient donc ils seront là dans deux minutes. Quant à Nuts et au colonel Carter, ils sont toujours enfermés dans son bureau. Apparemment, il avait quelque chose à lui demander.

- Je saurais tout ça quand il me rejoindra.

- Télépathie, hein !

- Il me confiera tous ses souvenirs et je partagerai les miens. Chacun sait tout de l'autre. C'est comme ça que ça fonctionne. »

Il hoche la tête et indique Neo du doigt. Il s'est endormi.

« Depuis qu'on est parti pour vous chercher il n'a presque pas fermé l'œil. Ça fait trois jours. Alors il a du sommeil en retard !

- Merci de vous en être occupé.

- C'était un plaisir ! C'est un enfant génial. Il a fait craquer tout le monde sur la cité.

- Atlantis.

- Oui. Évidemment vous aurez une meilleure vue quand vous sortirez d'ici. Je vous emmènerai faire un tour en orbite, j'en ai fais la promesse au petit bonhomme.

- Je ne compte pas m'éterniser ici.

- Comme nous tous. Rodney est l'exception qui confirme la règle. Il voue un véritable culte à l'infirmerie !

- Heureusement qu'il ne vous entend pas, John ! »

Il se tourne vers le nouvel arrivant.

« Teyla ! s'exclame-t-il. Avouez que j'ai raison.

- Je n'ai jamais dit le contraire, sourit-elle.

- Je suis heureuse de vous revoir, Teyla, déclare Kal.

- Moi de même. »

Entendant des pas, ils reportent leur attention sur l'entrée. La haute stature de Ronon apparaît. Une sphère métallique bondit sur le lit.

« Nuts, sourit Kal, je suis si contente de te voir ! »

Le petit être prend l'apparence d'un chaton et se frotte contre son cou. Elle rit.

« Bien sûr que tu m'as manquée !

- Il affectionne particulièrement la forme du sous-marin dans l'eau et du chat sur la terre ferme, explique John.

- Un sous-marin ? »

Nuts projette des images dans sa tête.

- Oh, d'accord. C'est vrai que ça te va bien.

Il continue de partager ses souvenirs tandis qu'une conversation s'installe entre les adultes.

Au bout d'un quart d'heure, Jennifer vient les chasser. Il lui faut du repos. John et Teyla sont les premiers à partir. Ronon s'avance vers Kal. Celle-ci fait signe au doc de les laisser. Ils ont à parler.

« Vous étiez un runner, dit-elle. Vous avez vécu la même chose que moi.

- Pas aussi longtemps, lâche-t-il.

- Vous avez l'air contrarié.

- Non.

- Alors qu'est-ce-qu'il se passe ?

- Vous étiez une enfant.

- Dans un sens, je le suis toujours. Je n'ai pas grandi comme tout le monde.

- Comment ?

- Comment quoi ?

- Comment vous avez tenu ?

- Mourir n'était pas une option. Il était hors de question qu'ils réussissent ça aussi.

- Et votre fils ?

- Neo m'a donné un but dans la vie.

- Lequel ?

- Vivre. »

Il la regarde interloqué.

« Être un coureur signifie survivre, pas vivre. Vous le savez comme moi. Lorsque je suis arrivée sur Jahin, je ne pensais pas que ça se passerait comme ça. Ils savaient que ma présence attirerait les Wraiths, pourtant ils ont tenu à ce que je reste. C'est là-bas que j'ai appris la plus importante leçon de ma vie. On ne peut pas toujours fuir. À un moment ou à un autre, il faut s'arrêter. On ne peut pas se contenter de survivre, il faut vivre. Qu'importe les risques, la peur, la douleur et les épreuves, il faut vivre, être heureux et aimer. Ce sont les seules choses qui comptent dans cet univers. »

Il devient pensif. Elle tend sa main droite et saisit la sienne. Elle enlace leurs doigts.

« Nous ne sommes pas différents des autres, Ronon. Vous pouvez culpabiliser, avoir des remords, ressasser le passé autant que vous voulez, cela ne changera rien. La douleur de ce qu'il s'est passé ne disparaitra jamais, elle se contentera de diminuer. Vous devez aller de l'avant. La vengeance ne mène nulle part, elle n'apaise pas. Vous battre contre les avaleurs de vie est une bonne chose, mais ne passez pas à côté du reste.

- Ils ont détruit mon monde, décimé mon peuple.

- Et le mien. Je sais que sur Sateda vous étiez bien plus nombreux que sur Srine. Mais moi, je suis l'unique survivante. Il n'y a personne d'autre. Contrairement à vous j'ai assisté à la décimation des miens, les uns après les autres je les ai vus et entendus être mangés. J'étais la dernière qui aurait dû y passer. Ce jour là, j'aurai dû mourir. Je suis devenue coureuse parce que j'ai intrigué un des Wraiths. Vous, ils vous ont tout de suite implanté un traceur. Ce sont les seules différences entre nous. Comme vous, j'ai couru, fui, tué. Mais j'étais une enfant, pas une adulte, encore moins un soldat. Cela m'a permis d'appréhender les choses différemment. Vous ne pouvez pas refaire le passé. Vous n'oublierez jamais ce qui est arrivé et il ne le faut pas. Mais vous devez en tirer des enseignements. »

Elle marque une pause. Elle resserre sa prise sur sa main et capte son regard douloureux.

« Cessez de vous en vouloir Ronon.

- J'aurais pu les sauver.

- Comment ? Vous n'en aviez pas les moyens. C'est l'arrivée des terriens qui a changé cela. Ni vous ni moi ne pouvons ramener les nôtres. Par contre, nous pouvons sauver d'autres personnes. Nous pouvons vivre parmi elles, comme vous le faites maintenant. Les gens ici tiennent à vous, comme vous tenez à eux. Vous avez trouvé un foyer.

- C'est là qu'est ma place.

- Parmi les gens qui vous aiment oui, ne voyez pas uniquement le côté guerrier. »

Le silence s'installe quelques secondes.

« Ronon, termine-t-elle, vivez. Ne vous contentez pas de survivre. »

Elle détache doucement sa main de la sienne. Ils échangent un dernier regard, puis il s'éloigne.