Kent, Hunsford Parsonage, lundi 10 août 1801

– Hou, hou…

Jane se retourna brusquement pour se retrouver face à son père lui faisant de petits signes de la main.

– Réveillée ?

– Je ne dorm…

– Je sais, ma chérie, je sais que tu ne dormais pas et j'essayais de plaisanter de tes absences, c'est tout…

– Désolée, papa. Je ne sais pas ce qui me passe par la tête, mais je n'arrive vraiment plus à me concentrer.

Edward Bennet fit signe à sa fille de s'approcher et l'invita à prendre place sur ses genoux.

Elle lui jeta un regard presque choqué.

– J'ai bien peur que je ne sois…
– Plus d'âge, termina monsieur Bennet, je sais mais l'âge n'a rien à voir avec cette histoire. Je suis le papa d'une petite fille qui est très perturbée et les papas des petites filles perturbées, prennent leurs petites filles perturbées dans les bras pour les consoler. Et lorsque lesdits papas sont confortablement installés dans des fauteuils profonds, le meilleur moyen de prendre lesdites petites filles dans les bras, c'est toujours encore de les prendre sur leurs genoux.

Devant l'air hésitant de Jane, il fit une grimace et un clin d'œil.

– D'autant qu'il nous faut profiter de l'absence du révérend qui, j'en suis sûr, aurait, sans nul doute, quelque chose à redire à la provocante situation dans laquelle nous allons nous trouver.

Jane poussa un long soupir et s'assit sur les genoux de son père.

– Houuu, fit-il en exhalant bruyamment.,

Jane, bien évidemment, fut immédiatement relevée. Son père lui lança un sourire contrit.

– L'âge, a, tout compte fait, quelque chose à voir… J'ai bien peur que mes pauvres jambes ne soient plus à la hauteur des envies d'une tête qui a retrouvé le plaisir de parler à sa fille.

Il lui tendit la main.

– Aide-moi à me relever. Nous allons profiter du parc pour parler. Le temps est beau et cela fait longtemps que je n'ai plus eu le plaisir de me promener avec une de mes filles…

– Hier, hasarda Jane.

– Exactement, longtemps !


– Alors quelles sont les conclusions auxquelles mon bébé est parvenu ?

Jane le regarda d'un air fâché.

– Papa, s'il vous plaît, ne m'appelez plus ainsi, cela me donne l'impression de n'être qu'une enfant.

Monsieur Bennet lui répondit d'un petit rire.

– Mais nous ne sommes tous que des enfants, ma chérie. Moi, je suis à un âge où je regrette de n'en être plus un et toi à l'âge où on a envie d'oublier qu'on en a été un. Mais je suis sûr que tu voudras bien accorder à ton pauvre père cette dernière folie de vieillard déliquescent.

Jane se rapprocha de son père et le prit par le bras.

– Ça me rappelle la dernière fois où je me promenais avec à mon bras une très belle jeune fille. J'étais jeune, je portais la vareuse rouge de lieutenant et j'avais l'air fringant et imbécile de la jeunesse.

– Papa, protesta Jane.

– Si, si, ma chérie, même si aujourd'hui je ne suis plus fringant, tout le reste est tout pareil.

Jane ouvrit la bouche pour protester une fois de plus mais son père l'en empêcha.

– Laisse ton pauvre père profiter du fait qu'il est en compagnie de la plus adorable et la plus compassionnée des créatures. Il a beaucoup de choses à se faire pardonner et il lui faut une épaule où s'épancher.

Il poussa un long, très long soupir.

– Même si c'est difficile de se l'imaginer, ses parents ont été, il y a très longtemps, autre chose que ces cerbères sévères qui sont là pour enseigner aux petits êtres que sont les enfants, les dures réalités de la vie.

Il tapota la main de Jane et la regarda en souriant.

– Un jour, ils ont été jeunes, amoureux et incapables de penser à ce que serait leur vie une ou deux années après.

Un sourire tendre apparut sur ses lèvres.

– Quoi que j'ai pu dire de votre mère, je l'ai aimée. Je l'ai aimée pour sa beauté et je l'ai aimée pour l'enthousiasme avec laquelle elle me trouvait attirant.

Il arrêta une nouvelle remarque de Jane.

– A vos âges, on a besoin de se savoir attirant, séduisant, unique. On sort juste d'une période où on a été un parmi d'autres et où on a été, presque continuellement, sous l'autorité d'autrui. On a besoin de prendre son envol, de savourer son unicité.

Il s'arrêta et s'installa sur un tronc en invitant Jane à le rejoindre.

– Nous reprendrons la route dans quelques instants. Pour le moment j'ai besoin de te sentir à mes côtés.

Il récupéra la main de sa fille et la tapota en souriant.

– Je venais de le faire. Je venais de rompre les liens avec ma famille et après trois années d'université, une année sur le continent et une année en Amérique, je m'étais engagé dans la cavalerie.

Jane le regarda l'air surprise.

– Si, si, ton père, à une époque, était un fringant cavalier. Et il a toujours eu la chance d'avoir des montures suffisamment intelligentes pour le conduire par des chemins où il ne se passait rien. Il a donc passé ses deux ans de vie militaire à monter à cheval, brandir une épée d'un air menaçant et éviter de se faire trop mal lorsque ses maigres talents de cavalier ne suffisaient pas pour lui permettre se suivre sa monture.

Il se tut pour pouvoir profiter du rire limpide de sa fille.

Comment avaient-ils bien pu façonner quelqu'un d'aussi parfait ?

Il n'avait jamais compris et il avait souvent remercié le ciel pour la perfection dont il lui avait fait cadeau.

Ses prières s'étaient beaucoup espacées après la naissance de Mary et de Kitty. Mais il savait, aujourd'hui, qu'elles n'étaient pas en cause, c'était lui, et lui seul qui les avait abandonnées entre les mains trop laxistes de leur mère.

– Où en étais-je ?

– Fringant cavalier avec maigres talents d'écuyer, l'aida sa fille en le gratifiant d'une petite moue dubitative.

– Excellent résumé, convint-il. Mais suffisamment fringant pour plaire aux jeunes filles en fleur et de toutes les jeunes filles en fleur, c'est votre mère qui sut le mieux me faire comprendre que j'étais unique.

Il observa une abeille qui butinait une fleur juste en face de lui et il ne put s'empêcher de se souvenir de cette époque où lui et sa femme se butinaient encore avec plaisir et enthousiasme.

– D'autres m'auraient peut-être mieux convenues sur le long terme. Mais ces autres n'avaient jamais appris comment faire passer le message qu'elles vous appréciaient.

Jane ne put retenir un froncement de sourcil. Son père en venait-il enfin au sujet qui l'intéressait ?

– Ta mère, elle, lorsqu'elle était avec moi, ne me laissait pas le moindre doute quant au fait que j'étais important pour elle.

Et, il se rendait compte, maintenant que ses cinq filles avaient de lourds passifs en ce qui concernait leur éducation.

Les deux premières, il s'en était occupée. Il leur avait tout appris et les avait pris sous son aile. Sa femme, souvent enceinte, n'était que trop contente de lui laisser les deux aînées et de s'occuper des autres.

Et s'il leur avait tout appris ce qu'il savait, il n'avait pas été en mesure de leur apprendre ce que lui-même n'avait jamais appris.

Être ouvert, souriant et capable de comprendre que faire passer l'une ou l'autre information sur ce qu'on ressent pouvait avoir un intérêt. Elizabeth avait un peu profité de ses deux parents mais sa femme, bien occupée par Lydia qui avait eu de vrais problèmes de santé alors qu'elle était petite, avait rapidement abandonnée pour s'occuper de la petite dernière.

Jane, elle, était restée dans le carcan un peu trop idyllique que son père lui avait passé.

Avec les résultats actuels.

Il décida de reprendre le fil de sa narration.

– A l'époque, j'avais aussi envie de m'entourer d'êtres qui ne me ressemblaient pas trop. Je revenais de mon tour d'Europe et j'avais vécu quelques aventures désagréables, du point de vue sentimental, alors que je visitais nos colonies outre mer. J'avais envie de me changer les idées et de ne rien prendre au sérieux.

Il fit une petite grimace à destination de sa fille.

– Je n'ai juste pas réfléchi au fait que ma partenaire, elle, serait peut-être plus sérieuse que je n'en avais envie.

Jane le regarda d'un air sévère et il ne put que reconnaître sa faute d'une moue contrite.

– J'ai bien peur que, et tu n'es pas autorisée à le répéter à aucune de tes sœurs, ta mère et moi n'ayons été obligés de nous hâter pour convoler en justes noces.

Cette fois le visage de sa fille fut marquée de le plus extrême incrédulité.

– Si, si, je t'assures et nous avons bien fait dans la mesure où je pense que notre première escapade amoureuse a eu des résultats plus que probants d'un point de vue efficacité.

Il récupéra la main de sa fille et la remit sur le droit chemin du sourire en lui faisant des grimaces.

– Papa, vous n'êtes pas sérieux…

– Et toi tu l'es trop, ma chérie. Je crois que c'est la seule erreur que j'ai faite dans ton éducation, je t'ai trop éloignée de ta mère. Elle avait des choses à t'apprendre que moi je ne connaissais pas et en te privant de cette facette-là, je crois bien que je ne t'ai pas rendu service.

Jane le contempla avec tant d'amour dans le regard qu'il en eut les larmes aux yeux.

– Je me sens bien comme je suis, papa…

– Et tu es presque parfaite comme tu es, ma chérie, sauf qu'il faut que tu apprennes à faire connaître tes sentiments.

– C'est inconvenant, papa. Une jeune fille doit…

Il l'interrompit d'un tss tss tss énergique.

– Nous avons quitté la théorie pour entrer dans la pratique et la pratique c'est Jane Bennet. Une créature sublime qui a connu le malheur parce qu'elle n'a pas appris à faire passer les messages indispensables sur les sentiments indispensables.

Il se tourna et récupéra ses mains dans les siennes.

– Il est évident qu'il faut rester très sereine et distante lorsqu'il s'agit de faire passer ses aversions et ses antipathies. Il ne serait pas acceptable, par exemple, que nous fassions comprendre de façon trop brutale à notre cousin Collins ce que nous pensons de lui. Il a beau être un parfait imbécile…

– Papa !

– …Nous feront tout pour qu'il ne s'en rende pas compte.

Une moue ironique prit possession de son visage.

– Dans le cas particulier de monsieur Collins, c'est d'autant plus facile qu'il est vraiment aussi bête qu'il en a l'air.

Jane le gronda du regard. Il lui donna la satisfaction d'avoir l'air, un peu, désolé.

– Mais, pour ce qui est des sentiments nobles, l'Amour, par exemple, il est très nécessaire que tu fasses des efforts pour que ton partenaire sache à quoi s'en tenir.

Il arrêta une remarque de Jane en faisant non de la tête.

– Ne proteste pas, tu as vu que le fait de rien faire passer ne t'a, à aucun moment, garantis contre une peine de cœur. Et même si je reste persuadé qu'une petite déception amoureuse, de temps en temps, est une bonne chose, il n'en est pas de même lorsqu'on aurait pu l'éviter simplement en se parlant. Et ça, j'en suis directement responsable. Je ne t'ai pas enseigné à faire la différence entre ce que demande la bienséance et ce qui est bon pour toi, malgré la bienséance…

Jane baissa la tête et entreprit d'observer les brins d'herbes qui bougeaient à leurs pieds.

Elle s'était, depuis deux jours, souvent posé la question sur ce qui se serait passé si elle avait laissé entrevoir à Charles Bingley qu'elle n'était pas indifférente à son charme et à sa gentillesse.

L'aurait-il bien ou mal pris ? L'aurait-il condamnée d'ainsi s'afficher ?

Serait-il parti plus tôt ? Aurait-il profité de son ouverture pour se déclarer à son tour ?

– J'ai bien conscience, reprit son père, que tu es timide ma chérie et que tu ne sais pas faire la différence entre faire connaître tes sentiments et afficher une sentimentalité de mauvais aloi. Mais, en matière de cœur, il est absolument nécessaire de privilégier le premier quitte à passer, de temps en temps, pour un peu sans gêne.

Elle releva la tête une moue timide sur le visage.

– J'ai bien peur de ne plus être capable de changer, fit-elle. Je…

– Ttttt Ttttt Ttttt; intervint son père. On peut changer à tout âge et de toutes façons je ne te demande pas de changer de caractère, je te demande, lorsque tu ressens des sentiments forts pour quelqu'un de lui faire savoir que tu n'es pas indifférente.

– Je ne saurai juste pas comment faire…

Son père l'obligea à relever la tête en repoussant son menton vers le haut.

– Le dire, murmura-t-il. Tout simplement le dire ! A un moment ou à un autre, de préférence lorsqu'il est sur le point de partir, dire que tu regrettes son départ et que tu as passé un excellent moment en sa compagnie… Pour commencer. Et un peu plus tard, lorsqu'il revient, dire combien il t'a manqué…

Edward Bennet donna un petit coup malicieux sur le bout du nez de sa fille.

– Et de là ça peut aller crescendo…

– Papa !

– Si, si, insista-t-il. Crescendo !

Il attira son aînée contre lui et lui posa un baiser sur le front.

– Il faut que tu te rendes comptes que les grandes passions se montrent. Je sais que tu as fait part de ton attachement à monsieur Bingley à Lizzie. C'est un début. Maintenant, il faudrait que tu travailles les moyens de lui –qui qu'il soit– faire savoir que tu t'intéresses à lui et que souhaiterais en savoir un peu plus sur ses intentions…

– Je ne saurai jamais, papa. C'est trop inconvenant.

Edward Bennet poussa un soupir et leva les yeux au ciel.

– Jane, ma chérie, n'oublie pas que c'est ton père là qui est en train de t'expliquer. Ce n'est ni ta mère, ni Lady Lucas ou ta tante Philips. C'est non seulement ton père mais –par la force des choses– un homme qui a quelque expérience sur la question. La convenance c'est une chose et elle doit être respectée par rapport à l'entourage. Par contre, si tu as la chance de te retrouver seule avec un amoureux et avec tes sœurs en charge de te surveiller, ce n'est vraiment pas difficile, il te faut être un peu plus explicite.

Il passa son bras par-dessus les épaules de Jane et entreprit de la convaincre en lui murmurant le reste à l'oreille.

– Commence par lui murmurer les choses, souffla-t-il. Je te jure que ça concentre l'attention d'un amoureux de façon extraordinaire. Ensuite, sans te jeter à sa tête, fait lui comprendre que tu es bien. Et, et ça c'est important, que le fait d'être bien est en relation directe avec sa présence à tes côtés.

Un rire désabusé lui échappa.

– Tu n'imagines pas combien la plupart des gens sont rongés de doutes. Extérieurement, ils apparaissent pleins de confiance et de certitudes, et au-dedans, ils doutent de tout. Même ton Bingley…

– Ce n'est pas mon Bingley, rectifia mécaniquement Jane comme elle l'avait déjà fait souvent avec Elizabeth. Mais cette fois ce n'était plus par timidité ou bienséance mais parce qu'un doute s'était instillé dans son esprit.

Elle ne savait plus quoi penser.

Peut-être son père saurait lui dire…

– …Cé son temps à se poser les mêmes questions que toi. Est-ce que je lui plais, est-ce qu'elle m'apprécie, est-ce que ce que je fais est suffisant pour la convaincre ? Nous sommes tous comme ça. Il faut que tu en tiennes compte.

Jane prit une longue inspiration avant de poser sa question. Tant pis si son père la traitait de volage, il fallait qu'elle sache.

– Mais qu'est ce que je dois faire si je ne suis pas sûre moi-même, fit-elle dans un murmure. Si je suis attirée par deux hommes et que je n'arrive pas à me décider, qu'est ce que je dois faire ?

Edward Bennet regarda sa fille en levant un sourcil surpris.

Que sa farouche petite Jane ait osé même envisager une telle question prouvait que le problème en était à l'empêcher de dormir.

Il fut tenté d'en rire mais il sut instinctivement que cela ferait rentrer immédiatement sa fille dans sa coquille.

Elle avait besoin que sa question soit traitée avec la plus extrême délicatesse.

Non pas qu'elle fut difficile à résoudre, mais parce qu'elle exigerait de la part de son aînée une vraie révolution des mœurs. Et Jane n'avait pas vraiment été élevée pour ça.

Il se racla la gorge.

– Là ça demande un peu de savoir-faire –et de vice– mais ce n'est pas une situation totalement imprévue lorsqu'au centre d'un tel trio amoureux on trouve une des plus jolies femmes de tout le Royaume Uni.

Il fut ravi de la voir rougir. Comment pouvait-on, à vingt deux ans, être encore aussi fraîche et naïve ?

– Le mieux, c'est que tu t'arranges –passe par Lydia c'est l'assurance d'un succès total– pour que les deux sachent que l'autre existe.

– Papa, s'exclama Jane. Ils vont me prendre pour une…

Monsieur Bennet intervint immédiatement. Que ce soit toujours les plus vertueuses qui s'imaginent porteuses de tous les vices, ça le dépassait.

– Jeune femme qui a un autre prétendant, et c'est tout ! Et, je te prie de croire qu'il n'y a pas de meilleur moyen pour qu'un amoureux réfléchisse sérieusement à ses sentiments par rapport à une femme que de voir émerger le risque de la perdre.

– Et s'ils décident tous deux que je n'en vaux pas la peine ?

– Bon débarras, alors, gronda-t-il, fâché autant par le manque de confiance en soi de sa fille que par la perspective.

– Mais je t'assure, mon cœur, que ce n'est pas comme ça que ça va se passer. Le seul résultat probant que j'envisage c'est que leurs ardeurs ne décuplent et que tu n'aies plus guère de doute quant à leurs projets.

Jane eut une petite moue un peu affolée.

– Si d'Arcy se mêle d'être encore plus explicite, je pense que je devrai le repousser à coups de bâton…

Cette fois Edward Bennet se donna l'autorisation de rire. Compte tenu de ce qu'on lui avait raconté sur l'homme, ce serait assez drôle de voir sa réaction.

Jouerait-il le jeu ?

Oui, il jouerait le jeu !

Mais ça lui donnerait encore un avantage supplémentaire par rapport à Bingley et, même si d'Arcy était sans doute ce qui pouvait arriver de mieux à Jane pour la faire éclore, Bingley avait d'autres avantages.

Comme celui de ne pas avoir la bougeotte.

Avec d'Arcy, Jane disparaîtrait de sa vie, de ça il était sûr. Avec Bingley, elle finirait par s'installer à moins de vingt miles de Pemberley, de ça aussi il était sûr. Bingley et Darcy étaient déjà frères siamois, s'ils épousaient Jane et Elisabeth, ils seraient inséparables. Leurs enfants seraient toujours chez les Bingley –moins sévères et beaucoup plus souples– et son monde serait un formidable chaos harmonieux et plein d'Amour où lui aurait toutes les raisons du monde de traîner. Il serait dans l'une ou l'autre des deux maisons pour, comme le seul grand-père restant en vie, répondre à la dernière mission de sa vie : soigneusement pourrir l'éducation de ses petits enfants.

Un sourire naquit dans ses yeux, qu'il dissimula soigneusement à sa fille.

Il venait de décider qu'il préférait Bingley.

Il ne pleurerait pas de chaudes larmes si d'Arcy réussissait à conquérir sa fille mais, pour sa tranquillité et ses perspectives d'avenir, Bingley avait plus d'arguments en sa faveur.

Et, cerise sur le gâteau, il avait même une raison parfaitement admissible pour préférer l'un à l'autre.

Haro sur l'envahisseur !