Une présence dans les ténèbres
Omi se réveilla en sursaut.
Elle était incapable de dire ce qui l'avait tirée du sommeil. La maison était parfaitement silencieuse et le capitaine, à ses côtés, n'avait pas bougé. Cependant, il était réveillé lui aussi, et la jeune femme se rendit compte que son corps était tendu comme la corde d'un arc, et qu'il rassemblait toute sa puissance spirituelle, comme s'il s'apprêtait à attaquer.
Avant que la jeune femme ait le temps de lui poser une question, le capitaine roula sur elle. Il lui mit un doigt sur la bouche et lui chuchota à l'oreille :
-Il y a des intrus dans la maison. Ils sont une demi-douzaine, d'après les énergies spirituelles que j'ai réussi à détecter.
Il glissa la main sous l'oreiller, et en retira le poignard que la jeune femme avait pris l'habitude d'y cacher depuis quelques semaines. Il se retourna ensuite de l'autre côté du lit. Omi sentit qu'il se levait et commençait à s'habiller dans le noir. Elle l'imita en tâchant de rester aussi silencieuse que lui. Tout en passant un kosode et des sandales, la jeune femme réfléchissait à toute vitesse. Elle comprenait maintenant que les conjurés n'avaient jamais eu l'intention de lui demander d'assassiner Kuchiki Byakuya. Son rôle se bornait à attirer le capitaine en un lieu où il serait vulnérable. Si seulement ils s'étaient rencontrés en d'autres endroits… ou s'ils avaient organisé leurs rendez-vous selon un rythme moins régulier… Les conjurés avaient eu la partie facile.
Le capitaine et elle étaient tellement persuadés qu'Omi serait avertie du lancement des opérations qu'ils n'avaient pris aucune espèce de précaution. Le zanpakutō du capitaine était resté dans la salle de séjour, à l'endroit où il l'avait déposé avant de s'asseoir pour dîner. Avec les assassins qui se promenaient dans la maison, il était exclu d'aller le chercher. Le capitaine et elle allaient devoir utiliser leur kidō et leur hakuda pour affronter les intrus – modestement aidés par le poignard de la jeune femme.
Omi sentit les assassins se rapprocher du seuil de sa chambre et se prépara à leur faire face. La porte s'ouvrit brusquement et un ninja fit irruption dans la petite chambre. La voix calme du capitaine Kuchiki retentit.
-Trente-troisième technique de destruction : flammes bleues de l'anéantissement !
Un jet de feu bleuté jaillit dans l'obscurité, traversa le seuil de la pièce, renversant deux hommes au passage et révélant la présence de trois autres. La jeune femme ajusta la position de ses mains en direction de ces derniers et lança à son tour :
-Trente-et-unième technique de destruction : boulet rouge !
Une boule de feu fusa en direction des intrus. Par malchance, elle ne toucha que celui qui se trouvait dans l'encadrement de la porte. Il encaissa le coup en pleine poitrine, protégeant ses acolytes du même coup. L'un des assassins survivants lança une corde rampante dans la direction approximative de la jeune femme, mais manqua son sort. Le capitaine le foudroya d'un sort de foudre blanche, avant de se retourner pour donner un coup de couteau à l'un des ninjas qui avaient tenté de l'attaquer par derrière. Pendant ce temps, le dernier assassin avait lancé une volée de poignards qu'Omi para d'un sort de répulsion. S'étant débarrassé de son agresseur, le capitaine acheva le dernier intrus d'un jet de foudre blanche, au moment où ce dernier se préparait à lancer un sort d'entrave à Omi.
-C'est fini, vous pouvez allumer la lumière, annonça le capitaine Kuchiki.
La jeune femme s'exécuta, un peu tremblante. Elle se demanda pourquoi le capitaine la dévisageait avec horreur, quand elle remarqua la profonde estafilade qui entaillait son bras gauche. Dans le feu de l'action, elle n'avait absolument rien senti.
-Vous êtes blessée, remarqua Kuchiki Byakuya inutilement.
-Rien de grave, je crois, répondit la jeune femme pour le rassurer.
Mais le capitaine Kuchiki s'était déjà ressaisi.
-Je dois retourner immédiatement à ma division afin de donner l'alerte, énonça-t-il de sa voix froide et nette. L'action des conjurés a déjà commencé, nous ne devons pas perdre de temps.
La jeune femme acquiesça silencieusement.
-Je vous emmène avec moi, ajouta le capitaine. Vous n'êtes pas en sécurité dans cette maison, et vous le serez encore moins si d'autres conjurés se présentent ici et découvrent ce qui est arrivé à leurs camarades.
-Ils pourraient aussi s'en prendre aux domestiques, réfléchit la jeune femme. Il faut que je leur dise de quitter la maison.
Le capitaine et elle se rendirent dans la salle de séjour. Pendant que le premier récupérait son zanpakutō, Omi alla réveiller Daisuke qui dormait dans un coin de la pièce. Elle dut secouer énergiquement le vieillard avant que celui-ci n'ouvre les yeux.
-Daisuke, lui dit la jeune femme d'un ton pressant, dès que nous serons partis, va réveiller les servantes et emmène-les à l'abri loin d'ici. Soyez prudents. Il va y avoir pas mal d'agitation dans le seireitei cette nuit.
Omi abandonna le vieil homme hébété pour suivre le capitaine hors de la maison.
