Une semaine de retard sur l'horaire !

Vous devez me détester !

Pour ma défense, ce chapitre est le plus long que j'ai jamais écrit et, franchement, je me suis éclatée à l'écrire alors j'ai un peu pris mon temps pour le savourer. Ce sera le seul de ce genre dans cette histoire (je veux dire par là sans trop gros nuages à l'horizon et tout en légèreté) alors j'espère que vous allez l'aimer aussi.

Ça commence à faire un moment que j'ai répondu en MP aux superbes reviews que vous m'avez laissées alors, vous toutes à qui j'ai déjà écrit (Kinoum, Halay, Lisouarras, Jaspy, Missstardustphotos, Sochic88, Nedwige Stew, sarouh07, Puceron52, Karimark, Maninon, mmccg, Paulipopo, Lili-rose-bella, gallezjey, Bellaeva, Dreams-Twilight, Grazie, Julicious, La plume d'Elena, Camelia Bella, Estelle 7, Kadronya et j'espère n'oublier personne), je vous envoie des caisses de merci et de bisous en tout genre !

Flopy 69 :Je suis désolée pour l'attente. Tu me disais l'autre fois que tu étais prête à attendre donc j'espère que tu ne seras pas déçue. Bisous !

Sandry : Merci d'avoir adoré les retrouvailles ! Voilà la suite. Biz

Celia : J'adore quand on me dit que ma fic change de ce qui se fait d'habitude. C'est un des plus beaux compliments qu'on peut me faire alors mille merci à toi !

So06 :je suis toute touchée que tu trouves que j'écris bien l'amour ! J'espère que tu penseras la même chose dans ce chapitre parce que j'en ai aussi mis pas mal -) Bisous

Momi : Vu le délai que j'ai mis pour poster, tu as effectivement dû avoir le temps de relire tout depuis le début… plusieurs fois ! Je m'en excuse encore et j'espère que ce chapitre te plaira aussi !

Fan de twa : Tu as vu, je vous avais laissé sur une fin heureuse ? Mais tu as raison, les ennuis ne sont jamais bien loin et ne vont pas tarder à se montrer.

Cel : Je suis vraiment déçue que tes 2 précédentes reviews n'aient pas été visibles ! Décidément, tout ne marche pas toujours comme on voudrait avec internet ! Mais ce n'est pas grave, l'important c'est de savoir que ma fic continue à te plaire. Merci d'être là.

Line : J'ai marqué des points si la réconciliation s'est déroulée comme tu l'imaginais ! J'ai hâte d'avoir ton prochain avis !

Bref, vous l'aurez compris, je vous adore inconditionnellement et vous remercie d'être à mes côtés dans cette aventure !

Maintenant place à une journée dans la vie de Bella...

Bisous

Lily

Tous les personnages appartiennent à Stephenie Meyer


Chapitre 24- Hometown Glory

Pov Bella

Ma tête reposait sur sa poitrine immobile et silencieuse et je m'émerveillais une nouvelle fois de ce silence.

Sa peau n'était plus froide contre la mienne, pas après tant d'heures passées à se toucher et à s'aimer. Elle était toujours fraiche mais il aurait presque pu passer pour un humain à cette température… si un cœur avait battu sous mon oreille… et s'il avait été moins ridiculement parfait. Personne ne répondant qu'aux simples caractéristiques humaines ne pouvait avoir un tel charme et une telle prestance.

A bien y réfléchir, je trouvais ça presque aberrant que certains puissent tomber dans le panneau. Mais je fus surprise de sourire en imaginant que, bientôt, je serais moi aussi à même de cacher une nature comparable à la sienne.

Un éclat de rire silencieux vibra dans sa poitrine et je relevai la tête pour le regarder.

Enfoncé dans mes oreillers, les yeux clos, il souriait d'une façon que je ne lui avais jamais vue encore.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » demandai-je, curieuse.

Son sourire s'étira encore plus.

« Tu n'as vraiment plus peur du tout » dit-il.

Il avait entendu mes pensées.

Il savait maintenant pertinemment que je ne reculerais plus. Il y avait encore pas mal de détails à régler mais ma transition se ferait. J'y étais déterminée, même si les questions du « où » et du « comment » m'inquiétaient encore un peu. Je ne pouvais pas le cacher.

Son sourire s'effaça et il redressa la tête pour me regarder sérieusement. Il allait ouvrir la bouche quand il détourna brusquement le regard, son attention attirée ailleurs, et il esquissa une grimace.

« Nous allons avoir de la visite. » dit-il.

« Quoi ? » demandai-je en me redressant, subitement anxieuse.

Je n'étais prête à voir personne pour l'instant, vampire ou humain.

Edward secoua la tête.

« Ton amie… Angela. Elle est dans l'ascenseur.

- Quoi ? » répétai-je en me relevant, nue, debout sur le lit.

« Elle est paniquée. » continua-t-il, toujours concentré sur quelque chose que je ne pouvais pas entendre, probablement sur les pensées d'Angie. « Elle est déterminée à te voir. Elle a une clé de chez toi.

- Merde ! » jurai-je en me ruant vers mon dressing pour en extirper une paire de jeans et le premier débardeur que je trouvai.

« Hum hum. Je ne mettrais pas ça si j'étais toi. » intervint Edward d'une voix un peu gênée.

Ne comprenant pas, je jetai rapidement un coup d'œil dans le miroir en pied à ma droite. Un seul regard sur la mauvaise cicatrice que me laissait l'attaque d'Aro me figea sur place.

En une fraction de seconde, Edward fut à mes côtés, posant une main sur ma hanche et passant l'autre dans ma penderie pour en tirer une chemise à col mao blanche.

« Bientôt, tout cela aura disparu. » chuchota-t-il à mon oreille, distillant dans tout mon corps un apaisement immédiat.

Mais des coups furieux frappés à ma porte me remirent brusquement en mouvement. Je levai un regard paniqué vers Edward en posant mes mains sur sa poitrine.

« Tu restes ici. » lui ordonnai-je. « Pas un bruit, pas un mot. »

Il me sourit, visiblement amusé, en réponse et je réprimai l'envie de lever les yeux au ciel.

Les coups redoublèrent.

« Bella ! Bella je sais que tu es là ! Ouvre-moi ! »

Je me précipitai hors de la chambre en enfilant rapidement ma chemise. Je finissais de la boutonner quand j'arrivai devant la porte et je perçus deux voix dans le couloir avant qu'Angela ne se rejette sur ma porte.

« Bella ! J'entre ! »

J'ouvris le battant juste au moment où elle s'apprêtait à insérer sa clé dans la serrure. Elle se figea sur place.

Elle était vêtue d'un pantalon de survêtement et d'une veste de tailleur, me faisant immédiatement penser qu'elle avait décidé brutalement de venir vérifier que j'allais bien. La connaissant, elle avait probablement ruminé une partie de la nuit avant de venir. Il était encore tôt et elle n'ouvrirait sa boutique que dans quelques heures.

Derrière elle, campé dans l'encadrement de sa porte grande ouverte, Lauren, ma voisine de palier, observait ouvertement la scène.

Angela me regarda de la tête aux pieds et ce qu'elle vit sembla la mettre en colère.

« Tu vas bien ? » demanda-t-elle d'une voix blanche.

J'eus honte de l'avoir mise dans cet état. C'était moi qui l'avait appelée, en pleurs, en plein milieu de la nuit puis qui avait coupé brusquement notre conversation sans explication. A sa place, j'aurais fracturé sa porte bien plus tôt.

« Angie… Excuse-moi pour cette nuit. » commençai-je.

« Est-ce que tu vas bien ? » me coupa-t-elle.

Tenant toujours la porte à moitié fermée pour ne pas qu'elle voit l'intérieur ravagé de mon appartement, je lui lançai un regard de sincères excuses.

« Oui. Ça va maintenant. Je n'aurais jamais dû raccrocher comme ça. Tu as dû te faire un sang d'encre…

- Ah tu crois ? » s'exclama-t-elle. « Ma meilleure amie m'appelle en pleine crise à deux heures du matin puis me raccroche au nez. Elle ne répond pas à mes appels et, quand j'arrive devant sa porte, sa voisine m'apprend qu'il y a eu des bruits étranges toute la nuit dans son appartement ! Comment je me sens à ton avis ? »

Je lançai un regard furieux à Lauren qui pourtant, bien loin de se sentir gênée, se permis même de se mêler à la conversation.

« C'est vrai ça. » dit-elle. « Entre les fracas et les cris, j'ai été à deux doigts d'appeler les flics. Mais quand c'est devenu plus… enfin vous savez…Je me suis dit que tu préfèrerais certainement ne pas être dérangée. »

Son sourire en disait long sur la nature des bruits qu'elle avait entendus ensuite. Soit l'isolation à cet étage était particulièrement insuffisante, soit elle avait passé une partie de sa nuit l'oreille collée à ma porte mais elle semblait ne pas avoir raté grand-chose de ce qui s'était passé chez moi cette nuit.

Angela compris aussi immédiatement le sens de ces allusions et écarquilla les yeux.

« Qu'est-ce qui s'est passé ici cette nuit ? » m'interrogea-t-elle.

Elle me regarda à nouveau de la tête aux pieds, bien plus surprise cette fois.

« Hier soir, tu semblais au trente-sixième dessous. Pourquoi est-ce que tu as l'air si… épanouie. »

Je rougis furieusement, ne sachant pas comment répondre à ça. Mais mon silence ne suffit pas à mon amie qui poussa sur la porte pour l'entrouvrir un peu plus et regarder par-dessus mon épaule.

Je tentai de lui opposer de la résistance mais elle était déterminée et elle poussa une exclamation en découvrant mon intérieur. Je fermai les yeux, prête à subir l'assaut de questions car je savais ce qu'elle voyait maintenant : le mur fissuré et les débris de fauteuils en dessous, la baie vitrée fendue et les éclats de verre au sol, le dossier éventré de mon canapé. Je ne l'avais aperçu que du coin de l'œil avant de venir lui ouvrir mais mon salon ressemblait à un vrai champ de bataille.

« Mon dieu » souffla-t-elle. « Mais qu'est-ce qui s'est passé là-dedans ? »

Je grimaçai sans oser me retourner. Comment allais-je trouver une explication qui la satisfasse ?

Je n'en eus pourtant pas besoin car, brusquement, Angie émit un hoquet de surprise en fixant quelque chose dans mon dos en rougissant. Je me retournai donc pour apercevoir Edward, splendidement nu, traverser la pièce pour aller récupérer son jean près des débris de la table basse et l'enfiler en nous tournant le dos, les muscles de ses épaules roulant outrageusement au moindre de ses mouvements. Puis, sans tourner la tête vers nous, il regagna la chambre en souriant et referma la porte derrière lui, comme si de rien n'était.

A quoi jouait-il exactement ?

Je lui avais demandé de rester caché !

En me mordant la lèvre, je reportai mon regard vers Angela mais elle fixait toujours le vide derrière moi. Lauren, à sa porte, en faisait autant. Je réalisai alors que la tactique d'Edward n'avait peut-être pas été si mauvaise puisqu'il semblait par sa seule présence avoir complètement fait oublier sa colère à mon amie.

« C'était Edward. » dis-je et Angela battit furieusement des paupières avant de refaire le point sur moi. « Il est arrivé hier soir pendant que je te parlais au téléphone et j'ai… perdu le fil, en quelque sorte. »

Angie restait muette.

« On s'est disputé. » continuai-je, un peu plus confiante du fait qu'elle ne m'oppose pas une de ses réparties cinglantes. « Mais tout va bien maintenant.

-Je vois ça. » répondit-elle d'une voix rauque.

Elle se racla la gorge plusieurs fois avant d'être capable de parler d'une voix plus dégagée.

« Mais comment… comment une simple dispute peut-elle donner… ça ? » demanda-t-elle en pointant du doigt la large fissure dans le mur de la chambre.

Je me tournai pour la regarder à mon tour et je compris ce qui pouvait effrayer mon amie.

« Je t'avais dit qu'Edward était… particulier. » dis-je, incapable de lui fournir une autre explication qui n'exposerait pas trop du secret de mon ténébreux amant. «Il est impétueux et impulsif. Mais il ne me ferait jamais de mal. Il est venu pour moi… »

« Bien… Donc, je suppose que tout est arrangé, alors ? » bredouilla-t-elle, cherchant dans mon regard l'assurance qu'elle pouvait croire ce qu'elle venait de voir et d'entendre.

« Oui. » acquiesçai-je avec un franc sourire. « Tout va merveilleusement bien maintenant.

- Il va rester longtemps ? » demanda-t-elle en souriant à son tour, contaminée par mon évidente bonne humeur.

Je hochai la tête en me mordant la lèvre pour réprimer un peu de mon enthousiasme mais sans grand succès. Angela me connaissait comme une sœur et elle vit parfaitement à quel point j'étais heureuse.

« Alors j'aurais peut-être l'occasion de faire sa connaissance… à un moment où il sera plus… »

Elle chercha ses mots un instant.

« … habillé. » chuchota-t-elle en se penchant vers moi comme une conspiratrice.

Je ris de bon cœur, soulagée de la tournure que prenait cette conversation, même si je savais que ce ne serait pas possible. Il était hors de question qu'Edward se mêle à mes amis.

« Je vais te laisser. » dit Angela en reculant. « Je suis contente que tu ailles bien. Appelle-moi.

- Promis. » lui répondis-je en lui faisant un geste de la main alors qu'elle regagnait l'ascenseur.

Avant de refermer la porte, je lançai un dernier regard furieux à Lauren qui battit innocemment des cils en refermant la porte de son appartement pour aller y faire dieu savait quoi, puis je regagnais la chambre où, allongé sur mon lit, les bras derrière la tête, Edward attendait patiemment.

« Tu l'as fait exprès, n'est-ce pas ? » demandai-je, gardant intentionnellement mes distances pour ne pas être troublée par sa proximité alors qu'il était encore à moitié nu dans ma chambre, dans mon lit, dans mon monde.

Sa présence ici me paraissait encore complètement irréelle et je m'attendais presque à le voir s'évanouir en fumée d'un instant à l'autre.

Ses lèvres s'étirèrent en un sourire machiavélique.

« Tu avais l'air de ne pas savoir comment te sortir de ce pétrin, » répondit-il sans me regarder. « Je n'ai fait que venir à ton secours. »

Je croisai les bras en tentant de garder un air grave face à sa désinvolture.

« Ça aurait pu tourner au drame. » contrai-je. «J'ai bien cru que ces deux pauvres jeunes femmes allaient avoir une syncope ! J'aurais très bien pu m'en sortir sans ton intervention. »

Il se redressa nonchalamment sur un coude, faisant basculer son corps sur le côté et me vrilla de son regard perçant et rouge comme la braise. Je le remerciai silencieusement d'avoir eu au moins la présence d'esprit de ne pas tourner les yeux vers Angela tout à l'heure. Elle aurait flippé encore plus, c'était certain.

« J'ai pris les devants car j'ai bien compris que tu n'avais pas le moins du monde l'intention de me présenter. » dit-il.

J'écarquillai les yeux.

Le présenter ?

Pour quoi faire ?

Pour que l'existence d'êtres tels que lui soit révélée au grand jour ?

Son apparence actuelle ne lui permettait pas de donner le change, surtout pas auprès de fouineurs comme mes amis, qui comptaient quelques journalistes au moins aussi entêtés que moi.

« Ne t'inquiète pas pour ça. » répondit-il à mes réflexions. « J'ai plus d'un tour dans mon sac. Et puis, si je ne me trompe pas, tu as beau être enfin certaine de ton choix concernant l'avenir, tu n'as pas l'intention de me laisser te transformer ce matin ? »

Je ne répondis pas mais il avait raison. Nous n'avions pas planifié quoi que ce soit. Je voulais le suivre mais j'avais des choses à régler avant. Je devais m'assurer que mes proches ne me chercheraient pas et sauraient que je suis heureuse.

« Je comprends ça, et je l'accepte totalement maintenant. » dit-il. « J'imagine également que tu ne vas pas accepter que je te garde enfermée dans cette chambre jusque-là. »

Quoi ?

Pas question !

« Bien. » dit-il en se laissant retomber sur le matelas et en refermant les yeux avec nonchalance. « Tu dois accomplir certaines choses, dire au revoir sereinement à tout ce que tu vas quitter. Mais il y a un autre vampire en ville, un vampire qui te cherche et qui, d'une manière ou d'une autre, est lié à Volterra. Il est hors de question que je te quitte d'une semelle tant que tu seras si fragile. Il m'a donc semblé approprié de rencontrer ton amie.»

Les paroles et le ton étaient légers mais je ne pus m'empêcher de ressentir la menace dans sa voix et je revis dans un flash les corps de Maria et de Laurent. La panique se répandit à nouveau en moi et la peine causée par la disparition de celle qui m'avait tant aidée et soutenue me submergea.

Je vins m'asseoir lentement sur le lit, tournant le dos à Edward qui se redressa pour venir mouler son torse à mon corps et m'encercler dans ses bras déjà plus froids.

« Est-ce que… » commençai-je, ayant du mal à contourner la boule qui s'était formée dans ma gorge. « Est-ce qu'elle deviendra un vampire ? »

Maria.

Je ne pouvais imaginer cela.

« Non. » chuchota-t-il à mon oreille d'une voix apaisante. « Ce n'est pas comme cela que ça se passe. »

Il resserra son étreinte avant de poursuivre.

« Quand je te transformerai, cela n'aura rien à voir. La morsure sera propre et nette, rapide, et elle guérira rapidement. Ce sera la première transformation causée par le venin : la guérison de toutes tes blessures présentes et passées. Je ne boirai pas ton sang cette fois. Dans le cas de ton amie… ce n'était qu'une exécution. Je suis désolé. »

Je baissai la tête, incapable de verser une larme, comme si j'avais déjà trop pleuré ces derniers jours.

« Qui a pu faire ça ? » demandai-je.

« Je ne sais pas précisément. Ce type, dans le parking… »

Je frissonnai à ce souvenir. Edward avait tué ce gars en une fraction de seconde. Il était capable de ça et j'en serais capable aussi, peut-être même pire. Je ne voulais pas penser à ça maintenant et, s'il perçut cette pensée, Edward n'en fit pas état et continua sur le même ton.

« Il était trop défoncé. Il se rappelait d'une femme mais pas assez précisément pour que je la reconnaisse.

- Tu crois qu'Aro aurait envoyé quelqu'un pour me tuer avant ma transformation ? » demandai-je en me tournant vers lui.

Il avait un air grave et sérieux.

« Alice pense que non. Mais il est assez tordu pour s'arranger pour que quelqu'un l'ait décidé à sa place en pensant lui faire plaisir. Si c'est le cas, les pistes sont trop nombreuses. Nous allons devoir attendre la prochaine attaque, malheureusement.

- Et je vais jouer l'appât ? » demandai-je, un peu effrayée malgré tout.

Il secoua la tête vigoureusement.

« Non ! Il n'en est pas question. Alice et les autres seront bientôt là. Je ne doute pas qu'elle a déjà vu tout ce qui s'est passé hier soir avant même que nous n'ayons décidé quoi que ce soit. Elle verra le prochain coup de notre ennemi avant qu'il ne frappe. Le plan était que je ne t'approche pas directement et que j'apprenne qui était derrière la menace qui planait sur toi. Ils seraient alors venus me rejoindre pour m'aider à éradiquer le danger. J'imagine que cela tient toujours et qu'ils vont arriver dans les prochaines heures maintenant que tu es au courant. L'idée pour trouver qui est derrière tout ça reste la même, même si il va falloir compter avec la participation d'une petite humaine fragile et bornée. »

Je passai mes bras autour de son cou en montant à califourchon sur ses cuisses.

« Tu comptais me surveiller sans m'approcher ? C'était ça ton plan ? » m'étonnai-je.

Il acquiesça en souriant de son sourire un peu tordu, son nez effleurant ma peau qu'il huma avidement au passage.

« C'était un mauvais plan. » affirmai-je.

« Je m'en rends compte maintenant. » répondit-il. « Mais ça aurait pu marcher si tu n'avais pas l'habitude de te mettre dans des situations impossibles.

- Hum hum. » contrai-je en secouant la tête. « Ca n'aurait jamais marché. »

Ce fut à son tour d'avoir l'air étonné.

« Et pourquoi donc ?

- Parce que je sentais que tu étais là, quelque part… Je te ressens. Tout le temps. »

Il me regarda intensément avant d'approcher ses lèvres des miennes. Son baiser fut d'abord tendre, il effleura à peine ma bouche, ses mains remontant sur mes hanches sous ma chemise, me faisant frissonner.

« Ça tombe bien… » murmura-t-il en écartant à peine ses lèvres. « J'ai un nouveau plan. »

Il reprit possession de ma bouche avec ferveur, me serrant plus fort contre lui, m'embrassant jusqu'à ce que le souffle me manque.

« Et ce plan consiste à me suivre en permanence » haletai-je alors que sa bouche dérivait dans mon cou.

« Exactement.

- à rencontrer mes amis et à arpenter les rues de Seattle avec moi en plein jour…

- On peut aussi rester ici. » gronda-t-il en soulevant son bassin contre moi.

Je gémis malgré moi.

Son offre était tentante mais j'avais des contrats à respecter, des adieux à faire et je ne pouvais pas faire tout ça par téléphone.

Prenant appuis sur ses épaules, je m'écartai donc de lui pour me remettre debout et souris face à sa mine frustrée. Il ressemblait à un petit garçon qu'on venait de priver de son jouet préféré.

« Ce n'est pas très bon pour mon égo que tu penses de telles choses. » se renfrogna-t-il, boudant adorablement.

Je me mordis la lèvre pour ne pas rire et le rejoindre aussi vite que je l'avais quitté.

« J'accepte d'être enchainée à toi jusqu'à la fin de mes jours. J'accepte d'être un appât. » dis-je. « Mais j'ai des contrats à honorer et, si je dois sortir d'ici, il faut d'abord que j'aille prendre une douche. »

Je lui tournai le dos et partis dans la salle de bain.

Dans le miroir, pendant que l'eau coulait pour atteindre la bonne température et qu'une vapeur apaisante commençait à sortir de la cabine de douche, j'observai mon visage et le sourire qui semblait ne pas vouloir le quitter. J'étais en danger, des gens que je connaissais étaient morts, ma vie allait complètement changer dans les prochains jours et pourtant, je souriais. Pourtant, j'étais heureuse. Heureuse parce qu'il était là, dans la pièce d'à côté et que je ne le quitterais plus jamais.

Je me glissai sous la douche, sentant tous mes muscles endoloris s'assouplir et se relaxer. Je fermai les yeux et savourai ce bien être quelques minutes sans bouger.

Puis quelque chose changea.

Une brusque tension vibra dans l'air.

Je n'eus pas besoin d'ouvrir les yeux pour savoir que je n'étais plus seule.

Une grande main douce et fraiche vint se poser sur ma hanche, m'apprivoisant doucement avant de m'attirer contre un corps de pierre.

« Il peut y avoir certains avantages à être enchainée à moi jusqu'à la fin de tes jours. » murmura-t-il à mon oreille.

Je n'eus pas le temps de répondre que, déjà, ses mains passaient sur mon ventre et je m'appuyai volontairement contre lui, ressentant dans mon dos, contre mes fesses et à la l'arrière de mes cuisses l'eau s'infiltrer difficilement entre nos deux corps de plus en plus proches.

Il fit courir ses dents le long de mon cou, déclenchant au plus profond de moi des frissons d'anticipation.

« Je ne te mordrai pas. » dit-il.

« Pourquoi ? » gémis-je, réalisant que cette communion faisait maintenant partie intégrante de nos ébats et du plaisir que j'y prenais.

J'aimais qu'il me prenne, j'aimais qu'il me goutte, j'aimais qu'il soit le vampire et moi l'humaine.

Il gronda dans mon dos.

« J'aime ça aussi… inconditionnellement. » dit-il. « Mais je dois me sevrer de ton sang, Isabella parce que, bientôt, même moi je ne pourrai plus l'atteindre. »

Un de ses bras barrait ma taille pour me maintenir alors que son autre main commença à descendre lentement plein sud, glissant sur ma peau trempée.

« Heureusement pour moi, j'ai découvert cette nuit qu'il n'y avait pas que ton sang qui pouvait m'enivrer. »

Je poussai un râle profond quand ses doigts s'immiscèrent entre mes jambes, jouant entre mes replis intimes avant de pousser doucement en moi. Ma tête bascula en avant quand tout mon ventre se crispa délicieusement alors qu'il commençait à bouger.

L'eau me brûlait presque en contraste avec sa peau et son souffle lourd résonnait à mon oreille mais je n'arrivais à me concentrer que sur une chose, les mouvements de ses longs doigts en moi et de son pouce qui vint commencer à presser en rythme sur mon bouton gorgé de plaisir.

A ce rythme et dans cette position, totalement soumise à lui, incapable de le toucher, il ne me fallut que quelques instants pour que mes jambes commencent à trembler dangereusement avant qu'un orgasme puissant ne m'emporte, me faisant me retenir des deux mains aux parois en carrelage de la douche face à moi.

Le bruit de l'eau qui cascadait ne couvrit pas mes râles, ni ma respiration erratique quand je retrouvai mes esprits alors qu'il se retirait de moi. Il fit remonter sa main le long de mon corps pour venir humer ses doigts qu'il enfourna dans sa bouche en laissant échapper un grondement sourd qui fit vibrer chacun de mes nerfs. Il était d'une sensualité à couper le souffle. Ce geste, tellement cru et intime me chavira totalement et j'appuyai à nouveau mes fesses contre lui, en voulant plus, tellement plus.

Il gronda à nouveau en saisissant mes hanches pour pousser contre moi son bassin et me faire sentir à quel point il avait envie de moi.

Qu'un être tel que lui me veuille, moi, tenait du miracle.

Il se pencha à nouveau à mon oreille, me faisant prendre encore plus appuis sur mes mains.

« C'est toi mon miracle. »

Et, en une seconde, il s'enfonça en moi de toute sa longueur, m'arrachant un cri. C'était tellement intense, tellement profond sous cet angle qu'il me fallut un temps pour m'adapter et l'accueillir. Il resta contre moi, sans bouger, le temps nécessaire mais, assez vite, ce fut moi qui en demandais davantage en commençant à imprimer un rythme ample et lent à notre étreinte, savourant chacune de ses avancées en moi, toujours plus loin.

Il se laissait faire, bougeant à peine, se retenant en enfonçant ses doigts dans mes hanches pour permettre à mon corps d'accepter le sien.

Je ne me rassasierais jamais de lui.

J'aurais toujours besoin de lui, de le sentir, de le toucher…

J'avais besoin de…

Je ne savais pas de quoi j'avais besoin mais tout ça n'était encore pas assez.

Je voulais…

Je le voulais…

Plus.

Plus vite.

Plus fort.

Il se mit en mouvement en donnant un brusque à-coup de bassin.

Oh mon dieu !

Ses hanches claquèrent contre les miennes. Une fois. Puis deux.

Le plaisir explosa dans ma tête.

« C'est ça que tu veux ? » demanda-t-il, la voix rauque et sifflante sous l'effort qu'il faisait pour se retenir de continuer.

« Oh oui… S'il te plait !

- Alors accroche-toi. »

Je n'étais plus capable de raisonner ni de contenir mes cris. Il me pilonnait avec force et passion, approchant de plus en plus mon corps du carrelage froid du mur contre lequel je me retenais tant bien que mal, mon front reposant sur mes mains crispées.

Ce n'était pas possible. Jamais de ma vie, même dans ses bras, je n'avais ressentis cela. J'allais mourir, ici. Mourir d'un plaisir tellement puissant qu'il n'était pas humain.

Nos cris et les bruits de nos peaux claquant l'une contre l'autre couvrirent le jet de la douche qui commençait à rafraichir mais mon sang bouillonnait dans mes veines, attisant la flamme qui se construisait dans mon ventre.

Je vis les mains d'Edward venir se poser à côté des miennes alors qu'il continuait à pousser profondément et violemment en moi. Il était proche. Je savais qu'il ne voulait pas qu'elles soient sur moi au moment où il exploserait.

Mais cela me fit complètement chavirer de voir ses doigts briser les carreaux de carrelage qui s'effritèrent brusquement.

Il ne lui fallut que quelques secondes supplémentaires pour me faire décoller, hurlant son prénom et des mots que je n'avais même jamais prononcés à haute voix. Mais il me rendait dingue et incohérente. Il me faisait sortir de mon corps.

Je devenais une autre dans ses bras.

Quelques secondes plus tard, son bassin claqua une dernière fois contre mes fesses alors que ses doigts se refermaient sur le mur, en arrachant du plâtre et des carreaux de faïence.

Puis ce fut le silence.

L'eau ruisselait sur nos corps, en effaçant les frissons et la sueur, couvrant le bruit de nos respirations haletantes.

De chaque côté de mon visage, Edward se retenait toujours au mur, son front reposant contre ma nuque, chaque parcelle de son corps encore uni au mien.

Je poussai un profond gémissement.

« Tu sais que je suis toujours humaine, n'est-ce pas ? »

Il embrassa mon épaule, puis mon cou, puis la peau si fine juste sous mon oreille.

« Oh oui… » répondit-il. « Et j'aime ça. Mais j'ai aussi hâte de ne plus avoir à te protéger à ce point. »

Je me retournai lentement pour lui faire face et passai mes deux bras autour de son cou.

« Je n'ai pas eu l'impression que tu te retenais beaucoup cette fois. »

Il secoua la tête.

« Tu n'as pas idée d'à quel point je me suis retenu. » se moqua-t-il.

Sans le lâcher je tournai les yeux vers les profondes saignées qu'il avait creusées dans mon mur avec ses mains nues puis reportai le regard vers lui en levant les sourcils.

« Crois-moi, Bella. Quand tu seras comme moi, ce sera autrement plus intense que ça. »

Je ne pus empêcher l'exaltation de m'envahir à cette idée et cette pensée me fit rougir.

Il sourit et m'entraina à l'extérieur de la douche dont il coupa le robinet avant de m'envelopper dans une serviette. Je jugeai alors que c'était le bon moment pour lui poser quelques questions sur ce qui se passerait… après.

« Que veux-tu savoir ? » demanda-t-il, anticipant ma prochaine phrase.

J'hésitai un instant, ne sachant laquelle de mes questions méritait d'être posée en premier, ou quelle réponse m'effrayait le moins.

« Carlisle voulait que nous allions en Alaska. Pourquoi ? »

Edward s'appuya contre le lavabo, nullement incommodé par les perles d'eau roulant toujours sur sa peau mouillée. J'en déduisis que les vampires ne subissaient pas non plus l'inconfort des changements de température.

Il me regarda franchement dans les yeux pour me faire sa réponse.

« Les premiers temps, après la transformation, les instincts sont difficiles à canaliser. La soif est plus puissante et toutes ces nouvelles facultés peuvent parfois être grisantes. Trop grisantes. Carlisle peut tolérer de créer un nouveau vampire mais pas au détriment de vies humaines. Nous avons une propriété en Alaska, suffisamment isolée pour que la tentation soit minime de partir à la chasse à l'homme.

- Tu crois que je ne saurais pas me contrôler ?

- Je crois qu'aucun nouveau-né n'est capable de se contrôler pleinement avant un certain temps. Quel que soit le choix que tu feras concernant ton alimentation, je suis certain que tu ne voudras tuer personne. »

L'alimentation.

Voilà un sujet sur lequel je ne souhaitais pas m'étendre. Suivre le régime particulier des Cullen me paraissait une évidence car il était hors de question que je m'attaque à des humains. Mais j'avais conscience que cela serait difficile si la soif me tenaillait en permanence et que mon compagnon lui-même était moins regardant sur ses choix. L'éclat cramoisi de ses yeux en cet instant était la preuve que ça faisait longtemps qu'il n'avait pas gouté au régime animal.

« Quoi que tu décides, je te soutiendrai, je t'aiderai et je te suivrai. » dit-il avec une telle sincérité dans le regard qu'il m'était impossible de ne pas le croire.

Je ne pus m'empêcher de demander pourtant.

« Tu renoncerais au sang humain ? Pour moi ?

- Tu renonces bien à ta vie pour moi. » répondit-il en haussant les épaules.

Je restai muette un instant.

Il aimait ce qu'il était. Il avait fait ce choix malgré la distance que ça instaurait inévitablement entre lui et les siens.

« J'étais un solitaire, Bella. » répondit-il à mes réflexions. « Ce choix ne m'a jamais couté. Mais je ne veux plus compter qu'avec ma propre volonté. Je ne suis plus seul. Tu es celle qui comptera à présent. »

Je rougis de plaisir mais revins au sujet, plus grave, que nous discutions avant qu'il ne me distraie avec ces paroles si… wahou !

« Ok. Donc, les premiers temps, il faudra que je sois mise au secret pour éviter de tuer tous ceux qui croiseront mon chemin » dis-je en poussant un soupir. « Combien de temps ?

- ça dépend… Quelques mois. »

J'encaissai le coup.

Quelques mois.

Ok.

Qu'est-ce que c'était que quelques mois en comparaison de l'éternité qui s'en suivrait.

« Et après ? »

Edward plissa les yeux pour être certain qu'il avait bien compris la teneur de ma question.

« Après, nous pourrons retourner à la civilisation. Pas à Seattle évidemment, en tout cas pas pendant les prochaines décennies. Mais tu apprendras à te fondre dans la foule. Nous pourrons soit vivre avec mon clan, soit vivre seuls quelques temps. La décision ne viendra pas que de nous.

- Pourquoi ? »

Je n'avais jamais eu une grande famille et je ne savais pas trop comment gérer l'idée que j'allais faire partie d'un clan. Je ne connaissais pas assez chacun de ses membres pour savoir si j'étais prête à vivre à leur côté, de toute façon, mais l'idée était séduisante.

Par contre il ne m'était jamais venu à l'esprit qu'ils pourraient me rejeter. Or, là, Edward me disait que sa famille pouvait refuser ma présence.

Je paniquai un peu.

Edward sourit.

« Rassure-toi. Tout se passera bien. Alice, Carlisle et Emmett t'ont déjà adoptée. Jasper a été moins démonstratif car ta condition d'humaine le faisait se tenir sur ses gardes jusqu'à présent mais il t'apprécie également. Esmée va t'adorer juste parce que tu as réussi à me mettre le grappin dessus et, quant à Rosalie, elle sera odieuse, comme d'habitude, mais elle t'acceptera si Emmett l'a fait.

- Alors pourquoi ne voudraient-ils pas de nous ? »

Edward passa une main dans ses cheveux mouillés pour les ébouriffer.

« Tu seras forte, Bella. Plus forte que n'importe lequel d'entre nous parce que, avec la transformation, ton corps va mettre du temps à trouver son équilibre. Il en ira de même pour tous tes sens et toutes tes… pulsions. »

Il accompagna son dernier mot d'un clin d'œil complice qui me fit rougir.

Oh…

Ça me paraissait aberrant de penser que je pourrais avoir envie de lui encore plus que maintenant une fois transformée.

Il sourit.

« Crois-moi… ce sera le cas. Et tu n'auras plus besoin de dormir, ni de te reposer, ni même de reprendre ton souffle. »

Oh !

« Il a fallu une bonne dizaine d'années avant que nous ne puissions rester à moins de dix kilomètres d'Emmett et Rosalie. » ajouta-t-il.

Alors que je regardais une dernière goutte d'eau rouler de sa clavicule jusqu'à son nombril, je visualisai tout à fait à quel point mon envie de lui pourrait gouverner ma vie. Ses muscles se découpaient en clair-obscur puisqu'il tournait le dos à l'unique source de lumière de la pièce. Il était parfait et ne semblait pas le moins du monde fatigué alors que la nuit passée et la dernière heure avaient moulu mon corps que je sentais engourdi et mou comme de la gelée. Qu'en serait-il quand ma condition physique ne prendrait plus jamais le pas sur mes désirs ?

« J'ai hâte de voir ça. » dit-il en souriant.

Je secouai la tête et nouait une serviette autour de mes cheveux en sortant de la salle de bain.

« Ce n'est pas tout ce que tu voulais savoir. » dit-il en me suivant alors que je prenais cette fois le temps de choisir des vêtements dans mon dressing.

Je me figeai avec un chemisier en soie bleu nuit dans la main.

« Non… » commençai-je.

Il s'assit sur le lit et ramassa son boxer qu'il enfila rapidement.

« Il y a cette …. douleur, dont Carlisle a parlé. » dis-je en baissant les yeux.

Il fut près de moi en une fraction de seconde, relevant mon menton d'une main rassurante, pour que je plonge dans son regard sérieux, presque triste.

« Si je pouvais, je donnerais tout ce que j'ai pour que tu ne passes pas par là. Mais il a dit vrai. C'est un passage obligé vers l'immortalité. Il va falloir que ton corps meurt et il se battra contre ça.»

Je déglutis avec peine.

« Combien de temps cela durera ? » demandai-je.

Il inspira profondément, comme s'il n'avait pas envie de me donner cette réponse.

« Deux jours… Peut-être trois… »

Mon souffle se coinça dans ma gorge.

Trois jours !

Trois jours d'agonie !

Au froid intense qui m'envahit, je sus que je devais être devenue blanche comme un linge. Le cintre m'échappa des mains et tomba au sol avec un bruit métallique.

Il allait me falloir intégrer cette idée.

« Je resterai près de toi à chaque instant. » dit-il mais je l'entendais à peine.

Je marchais jusqu'à la fenêtre pour aller observer la rue dehors. Il faisait jour depuis longtemps maintenant mais le soleil ne perçait pas l'épais tapis de nuages gris qui roulaient dans le ciel.

J'avais cru que la facilité était de renoncer à ce qu'Edward me proposait et je m'étais lourdement trompée. Les dix jours que j'avais vécus sans lui avaient été les plus douloureux de toute ma vie. Si j'avais persisté dans cette voix, chaque jour du reste de ma vie aurait été un jour d'agonie.

Le choisir, lui, m'en imposait trois. Trois jour de réelle mort lente et douloureuse mais au bout desquels je renaitrai son égal à ses côtés.

Je me retournai vers lui, déterminée.

« Je suis prête à payer ce prix. » affirmai-je.

Ses épaules se relâchèrent de soulagement.

« Quand le moment sera venu. Je serais prête. » ajoutai-je en revenant vers lui pour entourer encore une fois son cou de mes bras et l'embrasser chastement.

Ses mains se posèrent sur mes reins par-dessus la serviette qui me ceignait toujours la poitrine.

« Merci d'avoir été honnête avec moi. » murmurai-je à même ses lèvres.

Ses mains se crispèrent dans mon dos, froissant le tissu. Ses yeux étaient fermés et ses mâchoires crispées quand il reprit la parole.

« Si tu veux vraiment avoir une chance de quitter un jour cette chambre, tu devrais t'habiller…

- Tu n'es pas très vêtu toi non plus » me moquai-je en pressant un peu plus mon corps contre son torse nu.

Il gronda contre mes lèvres et s'éloigna de moi si vite que je le perdis de vue. Et, quand il cessa de bouger suffisamment pour que je vois clairement ses mouvements, il était habillé et marchait vers la porte.

« Je t'attends à côté… Sinon nous ne sortirons jamais d'ici. » dit-il.

Je ris quand il ferma la porte derrière lui.

Une demi-heure plus tard, je le rejoignais dans le salon, habillée, coiffée, maquillée, bref plus humaine que je ne l'avais été ces dix derniers jours.

Il posa sur moi un regard appréciateur mais je me figeai sur place en notant une différence manifeste : ses yeux étaient noisette.

Ils étaient encore rouges sous l'influence de mon sang quelques minutes plus tôt et là, ils étaient d'un brun ocre soutenu tout à fait… normal.

« Comment as-tu fait ça ? » demandai-je, vraiment médusée pour le coup.

Il sourit en s'approchant de moi.

« Des lentilles de contact. » répondit-il. « C'est un subterfuge bien utile quand on veut se déplacer en journée même s'il faut en changer souvent et ne pas y regarder de trop près. »

Effectivement, maintenant qu'il était plus proche de moi, je notai la singularité de la couleur et le cercle un peu trop large de ses iris. Mais cela devait être nécessaire pour couvrir totalement son regard.

« J'en ai toujours un jeu sur moi, au cas où. Mais il faudra que je repasse à mon hôtel tout à l'heure pour en prendre d'autres. » ajouta-t-il. « Il n'y a pas assez de cerfs ou de pumas à disposition dans cette ville pour que mes yeux ne reviennent d'eux même à une couleur plus discrète. »

Il allait donc vraiment faire ça ?

Sortir avec moi ? Dehors ? Au milieu de gens réel, dans ma ville ?

Pour toute réponse, il sourit et m'entraina à la porte qu'il ouvrit pour me laisser sortir dans le couloir.

J'attrapai donc mes clefs, mon appareil photo et une veste avant de le suivre, à la fois excitée et effrayée à l'idée de cette journée.

J'allais me promener main dans la main, en plein jour, avec Edward Cullen…

Cela me paraissait tellement invraisemblable que je me sentais presque comme si j'allais me balader au bras d'une célébrité. Et, à vrai dire, dans les deux cas le besoin de passer le plus inaperçu possible était le même.

Dans l'ascenseur qui nous mena au rez de chaussée, je ne pus m'empêcher de lui lancer de fréquents regards émerveillés tant son apparence était différente à cet instant. Il était toujours incroyablement beau et charismatique mais ses yeux changeaient complètement la donne.

Je me demandais de quelle couleur ils avaient été du temps de sa vie humaine quand les portes s'ouvrirent avec un ding retentissant sur le monde extérieur.

Il avança d'un pas assuré dans le hall en sortant une paire de lunettes de soleil de sa poche poitrine. Il les posa nonchalamment sur son nez et se pencha vers moi pour un dernier baiser avant que nous ne nous perdions dans la foule.

« Verts… » dit-il. « Mes yeux étaient verts. »

Je le suivis en secouant la tête, complètement incrédule face à ce que je m'apprêtais à faire, et en me mordant les lèvres car j'imaginais avec facilité comme il avait dû être magnifique déjà en ce temps-là.

« Je dois avoir une ou deux vieilles photographies qui trainent quelque part si tu veux. » jouta-t-il en levant le bras pour héler un taxi. « Où allons-nous ? »

Je mis quelques secondes à me remettre de cette information : Edward avait en sa possession des documents vieux de cent ans qui étaient des témoignages réels de sa vie humaine, pas des fantasmes sortis tout droit de mon esprit.

Un peu que je voulais les voir !

Il sourit, amusé, en me tenant la porte du taxi ouverte.

« Chaque chose en son temps mademoiselle Swan. Ce charmant monsieur attend que tu lui dises où tu souhaites nous emmener pour commencer cette journée. »

Reprenant mes esprits, je donnai l'adresse du musée Asiatique. Tout devait être en place à présent et je voulais prendre des photos avant que l'endroit ne soit envahi de journalistes et de personnages publics qui ne s'en soucieraient qu'une journée à peine. Je voulais donner à mon article plus d'authenticité en m'intéressant à ceux qui profiteraient de cette structure et du parc qui avait été aménagé autour, c'est-à-dire les promeneurs et les étudiants.

Durant tout le trajet, Edward garda ma main fermement enserrée dans la sienne alors que ses yeux ne quittaient pas les abords de la rue, à la recherche de quelqu'un ou de quelque chose qui n'aurait pas dû y être. Puis, arrivés sur place, il me laissa plus libre de mes mouvements pendant que je prenais des clichés sous différents angles pour finir de m'imprégner des lieux.

Son téléphone sonna alors que j'avais presque fini et que je prenais quelques derniers clichés des arcades et des colonnes magnifiquement sculptées qui les reliaient entre elles. Il répondit mais parla si vite que je ne perçus qu'un vague bourdonnement donc je conclus qu'il s'agissait probablement d'un des membres de sa famille.

Il me le confirma dès qu'il raccrocha.

« C'était Alice. » dit-il. « Ils seront là demain matin mais elle ne perçoit rien pour aujourd'hui. La journée de demain est plus floue. »

Une boule se forma dans ma gorge.

« Ne t'inquiète pas. » me rassura-t-il. « Elle a juste vu que le soleil ne me permettrait pas d'être près de toi et ce sont mes propres décisions qui vont brouiller ses visions.

- Comment cela ? » demandai-je, un peu perdue parce que je ne comprenais pas encore très bien comment tout ça fonctionnait.

« Il est hors de question que tu sortes sans protection » affirma-t-il, le regard dur.

J'entrevis immédiatement le problème.

« L'inauguration a lieu demain après-midi, Edward. Je dois y être.

- C'est hors de question. » répéta-t-il.

Je soupirai en levant les yeux au ciel avant de me rendre compte que je ne devais pas le prendre de cette façon. Il était inquiet pour moi. Lui tenir tête ne servirait qu'à le braquer et je le soupçonnais d'être tout à fait capable de me séquestrer contre mon gré s'il était persuadé que c'était pour mon bien.

Je vins donc me pelotonner contre son torse en l'encerclant de mes bras.

« C'est mon job. » dis-je d'une voix plus douce. « Tu l'as dit, cela se déroulera en plein soleil donc, si toi tu ne peux pas être présent pour moi, aucun vampire ne le pourra. Et il y aura énormément de monde. Je ne risquerai rien. »

Il soupira en posant son menton sur mes cheveux.

« Je n'aime pas ça… » gronda-t-il.

« Moi non plus. » répondis-je en relevant le visage vers lui. « Mais c'est une des choses que je dois finir. »

Je savais que c'était un coup bas car il ne pouvait pas me refuser d'aller au bout de mes derniers projets avant que je n'abandonne ma vie. Mais c'était ma décision.

Il conserva cependant une humeur rageuse jusqu'à ce que je le traine au magasin d'Angela pour qu'elle me développe mes derniers clichés. Mais, malgré moi, j'aimais aussi inconditionnellement cette facette irascible de sa personnalité. Il était sauvage et rebelle, mais j'avais réussi à le dompter… du moins en partie.

La boutique d'Angela était située dans une artère passante du centre de Seattle mais elle n'était vraiment connue que de quelques initiés, le plus souvent des professionnels, comme moi, attirés par l'amour du travail bien fait et qui suffisaient largement à remplir son chiffre d'affaire.

A la porte, je posais une dernière fois la question.

« Il n'y a vraiment pas une chance pour que je te décide à m'attendre dehors ? »

Il me sourit malicieusement en ouvrant la porte pour me permettre d'entrer.

Au-dessus de nos têtes, une clochette à l'ancienne résonna pour annoncer notre arrivée mais la pièce était vide. La lumière d'avertissement au-dessus de la porte de la chambre noire indiquait qu'Angela était en plein travail. Normalement, cela aurait été le signal pour revenir plus tard, mais mon amie faisait toujours une exception pour moi.

« Angie ! » appelai-je à travers la porte épaisse. « C'est moi ! »

Nous entendîmes un remue-ménage de boites et de tiroirs de l'autre côté du battant puis, à peine une minute plus tard, la lumière sur le mur s'éteignit et Angela nous rejoignit dans la pièce principale.

« Il n'y a que toi pour me déranger en plein développement des photos pour le Met ! » s'écria-t-elle en souriant. « Heureusement que… »

Elle se figea en apercevant Edward derrière moi.

« Bonjour. » bredouilla-t-elle, le regard vide.

Pour la millième fois depuis ce matin, je levai les yeux au ciel et réprimai l'envie d'agiter la main devant le visage de mon amie pour la faire revenir sur Terre.

« Angela, je te présente Edward. » concédai-je.

Puisqu'il était là, vêtu et grimé en humain, autant faire les présentations.

« Bonjour. » répéta Angela comme si elle tournait en boucle.

Edward s'approcha un peu et la salua poliment.

« Je suis ravi de faire votre connaissance, Angela. » dit-il de sa voix de velours. « Bella m'a énormément parlé de vous. »

Angie battit frénétiquement des cils plusieurs fois avant d'être capable de se remettre en marche.

« Hum… Oui… Heu... Bella m'a beaucoup parlé de vous aussi. » dit-elle en allant se placer derrière le comptoir.

Cette place lui donnait plus d'assurance et elle avait au moins un truc sur lequel poser ses mains qui semblaient la gêner subitement.

« Ah oui ? » s'étonna Edward ?

« Vous pensez ! » répondit mon amie, visiblement mise plus à l'aise par le ton avenant et simple qu'il avait pris pour lui parler. « Le mystérieux amour de vacances qui disparait de la vie de madame la baroudeuse aussi vite qu'il y est entré en la laissant sens dessus dessous ? Vous avez été le scoop de l'année.

- Vraiment ? » s'amusa-t-il en s'accoudant au comptoir tout en tournant un regard rieur vers moi.

« Oui » ajouta-t-elle. « On peut dire que vous l'avez mise dans tous ses états.

- Ce n'était pas mon intention. » répondit-il, plus sérieux, sans me quitter des yeux.

Le regard d'Angela passait de lui à moi et un sourire éclatant s'épanouissait sur ses lèvres. Visiblement, ce qu'elle voyait entre nous lui plaisait.

« Je t'ai amené ça. » dis-je abruptement pour couper court à son examen de notre relation.

Je posai une carte mémoire sur le comptoir.

« Ce sont les dernières avant le grand jour. Est-ce que tu penses que tu aurais le temps de me les développer avant ce soir ? J'aimerais vraiment avoir le temps de faire mon choix avant de commencer mon article. » ajoutai-je, plus aimablement.

« Bien sûr. » dit-elle en glissant la carte dans une enveloppe de papier Kraft. « Je vais pouvoir m'en occuper en fin d'après-midi et je te les donnerai quand on se verra ce soir.

- Ce soir ? » m'étonnai-je.

« Oui. Au White Horse. » me rappela mon amie. « On est vendredi. »

Mince !

J'avais tellement été chamboulée par les évènements de ces derniers jours que je ne savais même plus quel jour on était. Le vendredi soir était une sorte d'institution dans notre groupe d'amis. Quels que soient nos projets du moment, on se retrouvait pour faire le break de la fin de semaine. Et ce soir était particulier puisque Ben et Angela voulaient en plus célébrer, en quelque sorte, leur premier anniversaire.

Je ne pouvais pas y couper. Pourtant, il allait bien le falloir.

« Angela… » commençai-je, sans savoir exactement comment j'allais lui présenter la chose.

Je ne pouvais pas simplement lui dire que je ne pouvais pas inviter mon compagnon, vampire, à sa soirée.

« A quelle heure devrons-nous être là ? » me coupa-t-il.

Le traitre !

Il esquissa un sourire en coin qui me prouva que, les heures avaient beau passer, il entendait toujours mes pensées.

Tu vas me payer ça, Cullen !

Je le regardai d'un air fâché alors que son propre regard aurait très bien pu me faire comprendre qu'il avait hâte de voir comment j'allais m'y prendre pour me venger.

Angela, encore une fois, observait notre échange muet avec un sourire.

« vingt heure… Je crois… » dit-elle. « Si ça vous va.

- Nous y serons. » répondit Edward sans détourner son regard de moi et je fulminai intérieurement.

Et j'étais toujours en colère quand nous nous retrouvâmes sur le trottoir après avoir laissé derrière nous une Angela aux anges et qui semblait bien plus à l'aise avec mon compagnon maintenant qu'elle était capable de le regarder sans que son cerveau ne court-circuite.

« Qui est Jacob ? » me demanda-t-il en remettant ses lunettes de soleil.

J'écarquillai les yeux.

D'où est-ce qu'il sortait ce nom ?

« Ton amie a l'air d'être très curieuse de voir comment vont se passer les présentations entre lui et moi. » m'éclaira-t-il.

Merde Jacob !

Evidemment il serait là ce soir. Je n'avais plus pensé à lui depuis…

Edward fronça brusquement les sourcils.

« Qu'est-ce que tu me caches ? » demanda-t-il, la voix plus tendue.

Je commençai à marcher, mal à l'aise, mais mieux valait effectivement que je le prévienne avant qu'il ne se retrouve face à mon… quoi ? Mon boss ? Mon Ex ?

Je n'étais même pas certaine que je puisse l'appeler comme ça.

« Jacob est… mon employeur, en quelque sorte, la plupart du temps. » dis-je en tentant de garder un ton détaché. « Il est le rédacteur en chef du Seattle Times et c'est à lui que j'ai vendu la plupart de mes sujets. Mais il est aussi un ami. Nous nous connaissons depuis très longtemps et….

- Et vous couchez ensemble. » me coupa-t-il, la tension perçant nettement dans sa voix.

Je me figeai pour lui faire face.

« On couchait ensemble… de temps en temps. » rétorquai-je, en insistant bien sur l'emploi du passé dans cette phrase.

Cela ne calma pourtant pas la crispation dans ses mâchoires.

« Ecoute… » commençai-je en fuyant son regard, je ne savais pas pourquoi parce qu'il n'y avait rien dont je devais avoir honte mais je me sentais obligée de me justifier. « Je n'ai jamais eu de relation sérieuse avec qui que ce soit. Alors, c'est arrivé plusieurs fois que Jacob soit là au bon moment et que j'en profite. Mais il n'y a jamais rien eu de plus entre nous… De mon côté en tout cas. »

Je me revis deux jours plus tôt dans son bureau, quand il avait pour la première fois, essayé de faire évoluer nos rapports sur un autre plan. Il était évident que ses sentiments pour moi étaient plus profonds que les miens.

Edward s'était à nouveau changé en statue de pierre et j'avais un peu peur que son immobilité n'alerte les passants qui nous dépassaient sans nous regarder.

« Tu n'avais tout de même pas l'impression que j'avais vécu recluse comme une bonne sœur avant que je ne te rencontre, n'est-ce pas ? » ironisai-je pour alléger l'atmosphère.

Il secoua la tête, un des coins de ses lèvres se relevant imperceptiblement et je soupirai de soulagement.

« Non… Bien sûr que non… » répliqua-t-il doucement. « Et je serais bien le dernier à pouvoir te faire des reproches. »

Il passa une main nerveuse dans ses cheveux.

« Mais il y a une différence entre savoir ces choses et rencontrer un homme qui en pince pour toi. »

Je m'approchai et me mis sur la pointe des pieds pour parvenir à sa hauteur tout en agrippant les revers de sa veste.

« Jacob peut bien penser ce qu'il veut. » dis-je. « Ce n'est pas de lui dont je suis amoureuse. »

Et je déposai un léger baiser sur ses lèvres.

« J'en aurais presque de la peine pour lui ». murmura Edward quand je me reculai. « M ais qu'il essaye ne serait-ce que de te toucher ce soir et je lui brise les deux bras. »

Je savais qu'il en était capable et cela m'inquiéta car je devrais être particulièrement vigilante ce soir pour à la fois gérer Jacob et canaliser Edward mais, plus que tout, ce qui me chamboula fut la vague de chaleur qui lécha mon ventre à ces mots. Je n'aurais pas dû ressentir ça mais…

« Mais tu aimes quand je suis brutal. » compléta-t-il pour moi en souriant.

« J'aime tout de toi. » dis-je en l'embrassant une nouvelle fois, déclenchant autour de nous des regards désapprobateurs ou envieux de la part des passants.

« Quelle est la prochaine étape ? » me demanda-t-il en délaissant mes lèvres au bout de quelques délicieuses minutes, les yeux toujours clos et son front reposant sur le mien.

«Il faut que je mange quelque chose puis… Je dois aller voir les amies de Maria… » murmurai-je, à bout de souffle. « Je dois m'assurer qu'elles vont bien. »

Il acquiesça sans un mot et héla un nouveau taxi. Je nous imposai un arrêt devant un fast food pour m'acheter un sandwich puis nous reprîmes la route.

Dans le véhicule, à demi-mots, je lui décrivis le lien qui m'unissait à ces filles. Je lui parlais de mon article sur les trafics liés à la prostitution à Seattle et la façon dont elles m'avaient aidé à me fondre dans ce monde obscur et dangereux. Mes pensées, que je ne cherchai pas à cacher, lui apprirent les détails plus intimes et sordides de ce que j'avais vécu les mois qu'avait duré mon infiltration.

Il ne fit aucune remarque ni aucun commentaire, se contentant de serrer ma main sur sa cuisse.

Il était encore trop tôt pour que Maggy et Charlotte soit déjà de sortie. Je tentai donc ma chance à l'appartement de Boston street.

Le taxi nous déposa devant l'immeuble de briques rouges un peu avant seize heures. Les fenêtres du rez de chaussée étaient renforcées par des planches de bois et le perron sentait un mélange de moisi et de pisse de chien mais les appartements avaient au moins le mérite d'être spacieux et dotés d'une installation électrique qui ne menaçait pas de prendre feu à tout moment. Ce qui n'était pas négligeable dans ce quartier.

Nous montâmes les quatre étages en silence et j'allai frapper à la porte de ce qui avait été mon chez-moi pendant quelques mois, il y avait une éternité de ça.

Je dus frapper deux autres fois avant que des pas de ne fassent entendre de l'autre côté de la porte.

Il y eut un nouveau silence durant lequel j'imaginai que la personne qui se tenait derrière la porte m'examinait derrière l'œilleton. Puis Maggy ouvrit finalement la porte, sans retirer la chaine de sécurité. Je ne pouvais pas lui en vouloir.

« Qu'est-ce que tu fous là, Swan ? » me demanda-t-elle avec son accent irlandais prononcé.

Puis elle détailla d'un regard suspicieux Edward qui se tenait en retrait pour ne pas l'effrayer.

« Et c'est qui ça ? » insista-t-elle.

« Il est avec moi. Il faut que je vous parle. » répondis-je.

« On n'a rien à te dire. » répliqua-t-elle, brutale.

« Je t'en prie, laisse-moi entrer. » suppliai-je. « C'est à propos de Maria. »

Maggy baissa les yeux et soupira avant de refermer la porte pour retirer la chainette et m'ouvrir en grand mais elle me tourna immédiatement le dos et partit dans une autre pièce.

Je la suivis, silencieuse. Edward referma la porte derrière lui et nous entrâmes dans le salon.

Sur le vieux canapé, Charlotte était en train de rouler un joint parfaitement cylindrique. Elle était concentrée sur sa tâche mais ses traits étaient fatigués et ses yeux rougis, tout comme ceux de sa colocataire, je le réalisai à présent.

« Les filles, je suis désolée… » commençai-je.

« Oh ferme-là ! » me coupa Maggy. « Tout est de ta faute. Je ne sais pas ce que Maria a fait pour toi l'autre fois mais c'est à partir de là que tout a commencé à déconner !

- Comment ça ? » m'étonnai-je.

« Viktor est devenu dingue quand il a su que quelqu'un posait des questions sur ses affaires. Il a fait surveiller les moindres allées et venues autour de ses clubs. » poursuivit la rouquine.

« Je ne vois pas en quoi Maria était mêlée à tout ça. » répliquai-je.

« Mais bon sang tu la connaissais, non ? » s'énerva-t-elle. « Elle n'a pas pu se tenir à l'écart quand elle a compris que des filles se faisaient tuer au Breaking Dawn. Elle a essayé d'en faire sortir une. Après ça, nous n'avons plus été tranquilles. Il y a eu la surveillance et les menaces. On ne pouvait plus sortir sans tomber sur un de ces enfoirés de ruskofs ! »

J'en restai bouche bée. Maria m'avait spécifiquement fait comprendre qu'elle ne souhaitait pas s'impliquer dans cette histoire. Viktor était un maniaque et elle était bien trop exposée dans la rue.

Elle n'aurait jamais dû s'en mêler.

La culpabilité me submergea. Maggy avait raison. Tout était de ma faute.

Encore une fois.

« Et où étais-tu, hein, toi, quand elle a eu besoin de toi ? » m'invectiva à nouveau Maggy. « Tu es très fortiche pour demander de l'aide et venir foutre la merdre mais après il n'y a plus personne ! »

Elle s'approcha si près en criant de plus en plus fort qu'elle était prête à me frapper sous l'effet de la colère avant qu'Edward ne retienne son bras.

« C'est qui celui-là ? Lâche-moi ! » hurla-t-elle, au bord de la crise de nerf.

« Edward, laisse-la. » murmurai-je, incapable de parler à haute voix tant la boule dans ma gorge était énorme.

« Ça suffit, Maggy ! » intervint enfin Charlotte.

La blonde porta sur son amie un regard où se mêlaient tristesse et sévérité.

« Isy n'y est pour rien. Maria était assez grande pour faire ses propres choix. » dit-elle d'une voix calme. « Elle ne pouvait pas laisser mourir ces filles sans rien faire.

- Et maintenant c'est elle qui est morte ! » cria Maggy, son exclamation me déchirant le cœur un peu plus.

« Nous ne pouvons même pas être certaines que Viktor est derrière tout ça. » argumenta Charlotte. « Ça ne sert à rien de blâmer qui que ce soit. Ça ne la ramènera pas. »

Maggy me jeta un dernier regard plein de dégout et sortit en claquant la porte.

« Excuse-là. » dit Charlotte. « Elle est bouleversée.

- Comme nous toutes. » répondis-je en venant m'asseoir près d'elle. « Que s'est-il passé ? »

Charlotte toisa alors pour la première fois Edward qui se tenait appuyé contre le mur en face d'elle, les bras croisés et le regard grave.

« Qui est-ce ? » demanda-t-elle, sur ses gardes.

Je savais que, dans son monde, on ne faisait pas confiance facilement, surtout à un homme, il fallait donc que je sois honnête avec elle si je voulais qu'elle me parle.

Edward dut le sentir car il me devança pour répondre.

« Je suis son mec. » dit-il sans ciller.

C'était une chose de le savoir mais s'en était une autre de l'entendre le dire avec une telle assurance et un délicieux frisson, très mal venu pour le coup, descendit le long de ma colonne.

Charlotte nous regarda alternativement l'un et l'autre avec un regard réellement surpris.

« C'est vrai. » affirmai-je alors. « Tu peux parler devant Edward. Je n'ai aucun secret pour lui. »

Elle alluma d'abord le joint et fit une seconde rouler la fumée dans sa bouche avant de la recracher.

Elle lança ensuite un dernier regard suspicieux à Edward mais sembla décider qu'il n'était pas une menace donc elle se mit à parler.

« Maggy t'a dit l'essentiel. Maria a pris contact avec un des serveurs du Breaking Dawn et, un soir, elle a ramené une fille avec elle. Katerina. Une paumée, shootée à l'héroïne. Son corps était couvert de cicatrices bizarres et elle était dans un état pitoyable. On l'a hébergée quelques jours mais, un matin, elle est sortie alors que j'étais sous la douche, pour aller chercher sa dope, probablement. On l'a retrouvée deux jours plus tard dans une ruelle. Elle avait été battue à mort et saignée à blanc. Maria a été… »

Elle pris une autre taffe pour se donner du courage.

« Elle a été complètement dévastée. Elle n'arrêtait pas de dire qu'il y en avait d'autres, qu'elle devait aller prévenir les flics mais c'est là que les menaces ont commencé. Des lettres. Des appels bizarres dans la nuit puis dans la journée. Et on était perpétuellement surveillées par des types de Viktor. Toutes les trois. Alors Maggy et moi on l'a suppliée d'arrêter… mais tu la connaissais… Quand elle avait une idée derrière la tête… Et, puis, elle aimait les causes perdues. Regarde-toi. »

Elle me sourit tristement.

C'est vrai que je n'en menais pas large quand j'avais débarqué dans leurs vies au départ. Mais Maria avait fait de moi une vraie reine de la nuit en peu de temps en me prenant sous son aile pour ne pas que je me fasse bouffer toute crue dès la première semaine.

J'aurais dû me douter qu'elle prendrait vite fait et cause pour ces pauvres filles.

« Quand l'as-tu vue pour la dernière fois ? » demandai-je.

« Hier soir. » répondit-elle. « On était de sortie sur la 67ème, comme d'habitude et une voiture s'est arrêtée pour elle. Le type au volant n'était pas un russe. Il avait plutôt un accent british tu sais, et il avait ce look de petit garçon bourgeois et premier de la classe, tu vois ?

- Tu veux dire qu'il était jeune ?

- Ouais. S'il n'avait pas sorti une liasse de billet grosse comme un annuaire téléphonique, je ne lui aurais pas donné sa majorité. Mais il avait l'air propre sur lui et réglo, alors… Il a dit que lui et sa copine voulaient prendre un peu de bon temps. Ça paraissait un plan sûr alors elle y est allée sans se méfier. »

Je tiquai.

« Il était accompagné ? » demandai-je

« Oui. » répondit-elle. « Il y avait une belle blonde sur le siège passager, plus vieille, avec un air un peu vulgaire, tu vois ? Tout à fait le genre à prendre son pied dans un plan à trois. »

Je regardai Edward qui me fixait. Une femme. Une blonde.

Exactement comme ce qu'il avait perçu des pensées confuses du toxico dans le parking. J'étais certaine que c'était elle, la vampire que nous cherchions.

« Le gars, »insistai-je. « Est-ce qu'il avait quelque chose de bizarre ou de différent ?

- Non. Que du banal à part cet accent. »

Elle n'avait pas vu de particularité dans ses yeux, il se pouvait donc que ce ne soit pas un vampire. Mais Edward était la preuve vivante que quelques artifices pouvaient suffire à duper les humains sur leur nature. Ce qui me questionnait le plus était cet accent que mentionnait Charlotte. Viktor avait la réputation de rester dans sa communauté. Il ne faisait pas d'affaire avec les étrangers sauf s'il avait beaucoup à y gagner. Et il aurait envoyé un de ses gars s'il avait voulu s'en prendre ouvertement à Maria.

Pourtant, le Breaking Dawn était sous son contrôle. Cela signifiait qu'il était en relation avec la filière américaine mise en place par Aro depuis l'Italie. Il avait pu transmettre ses informations à de nouveaux arrivants de Volterra. Même lui avait tout à craindre de la colère de tels associés.

J'étais perdue dans mes réflexions quand Charlotte m'appela d'une toute petite voix.

« Isy… Est-ce que tu l'a vue ? »

La boule revint prendre place dans ma gorge et l'image du corps mutilé de Maria revint flotter devant mes yeux.

« Oui. »

Charlotte aspira une autre profonde bouffée puis joua un instant avec le joint entre ses doigts.

« Comment est-elle morte ? » demanda-t-elle. « On ne nous a pas autorisées à la voir. »

Je déglutis avec peine. Je ne pouvais pas lui dire la vérité, mais je ne pouvais pas entièrement la lui cacher non plus. Elle ne croirait jamais à l'attaque animale que nous serviraient les journaux et elle pourrait témoigner à la police d'avoir vu Maria partir avec deux personnes. Elle n'était pas seule dans un quartier paumé en bordure de la ville.

« On lui a tranché la gorge. »

Charlotte ferma les yeux.

Une larme roula le long de sa joue.

Il était temps pour moi de partir. Ma présence ne lui serait d'aucune aide dans cette épreuve. J'aurais beau lui promettre monts et merveilles, elle et moi savions pertinemment que jamais personne ne serait officiellement accusé et puni pour ce meurtre.

Il n'y avait que dans nos mémoires que Maria resterait la femme forte et déterminée que nous connaissions. Pour les autres, elle ne serait jamais qu'une pute.

Je me levais lourdement, mes jambes me portant à peine.

« Si je peux faire quoi que ce soit » dis-je tout bas. « Tu as mon numéro. »

Elle hocha la tête, les yeux toujours perdus dans le vide.

« Trouve qui a fait ça. Pour elle. »

J'acquiesçai d'un signe de tête puis sortis, Edward sur mes talons.

Revenus sur le trottoir, je pris une profonde inspiration pour tenter de chasser la peine. Edward enserra ma taille de ses bras en me balançant doucement contre son torse.

« On trouvera qui a fait ça et il sera puni. » murmura-t-il à mon oreille.

« Tu as l'air bien sûr de toi » rétorquai-je.

« On s'en est pris à elle pour t'atteindre. Tu devrais déjà être morte si leur plan avait marché comme ils l'avaient prévu. Or tu es sous la protection des Cullen. Tu n'es plus n'importe quelle humaine. Nos lois punissent cela. »

J'émis un rire sans joie.

« Parce que tu penses qu'Aro fera exécuter quelqu'un qui aura accompli ce que lui brule d'envie de faire ?

- Non. Nous le ferons et il le cautionnera. Il n'aura pas le choix si nous lui apportons une preuve. Ma famille pourra témoigner. »

Son assurance passa un peu de baume sur ma peine et je me laissai aller à sourire. Je vengerais Maria à leur manière sans aucun remords.

« Rentrons. » lui proposai-je, plus sereine.

« Nt nt, nous avons une invitation à honorer ce soir et il va falloir que je me change et que je récupère mes affaires à mon hôtel. » dit-il.

Je soupirai.

Foutu vampire à la mémoire infaillible !

Et je soupirai une nouvelle fois quand le taxi nous déposa devant l'entrée du Pan Pacific Hotel à la nuit tombante.

Evidemment.

J'aurais dû me douter qu'il ne pouvait pas réserver dans un petit hôtel de quartier. Il lui avait fallu une vue directe sur le Space Needle et une suite à trois cent dollars la nuit… avec un lit king size dans lequel il ne dormait pas.

« Il va falloir que tu m'expliques à quoi te sers de réserver ici. » ironisai-je en entrant dans la magnifique chambre aux tons gris anthracite et blanc.

« Ils ont un SPA sensationnel. » répondit-il en jetant la carte magnétique sur la console à l'entrée.

« Je vois que monsieur à des gouts de luxe… » dis-je en admirant la vue impressionnante.

« Tu t'y habitueras vite, tu verras. » vint il chuchoter à mon oreille, déclenchant une nouvelle vague de frissons le long de ma colonne vertébrale.

La question de l'argent ne m'avait jamais traversé l'esprit jusque-là. Je ne m'étais jamais demandé comment se déroulerait notre vie après ma transformation mais il m'apparaissait maintenant évident que les Cullen menaient un train de vie plus qu'aisé.

A bien y réfléchir, leur goût pour les vêtements de luxe et les voitures de sport aurait dû me mettre la puce à l'oreille.

« Et à quoi te sers de prendre une chambre avec lit aussi grand si tu n'y dors pas ? » le taquinai-je.

Il me saisit par la taille et je poussai un cri de surprise quand il m'envoya d'un geste rapide et souple sur le lit.

Je rebondis une fois en riant avant qu'il ne me couvre de son corps et ne se mette à embrasser ma gorge en grondant doucement. Je fermai immédiatement les yeux en jetant la tête en arrière.

« J'aime le confort. » dit-il en léchant la peau découverte par le décolleté de ma blouse en soie.

« Peut-être pourrions-nous lui trouver une autre utilité. » gémis-je.

Il souriait quand il remonta vers ma bouche et qu'il agaça mes lèvres avec un baiser léger comme une plume.

« Je sais ce que tu es en train de faire. » murmura-t-il. « Tes pensées ne me sont plus aussi claires maintenant mais je te connais.

- Et qu'est-ce que je suis en train de faire ? » râlai-je en accrochant ses cheveux pour tenter de l'approcher plus de moi et aller chercher ce baiser qu'il me refusait.

« Tu essayes de me faire oublier que nous devons rejoindre tes amis dans moins d'une heure. »

Merde.

« Crois-moi, ils ne sont pas si intéressants que ça. » plaidai-je, le feu du désir me consumant littéralement.

J'avais effectivement pensé à ce plan pour éviter cette rencontre mais mon envie de lui était bien réelle et me vrillait le ventre.

Il gronda quand je commençai à onduler sous lui.

« Bella… Si tu m'entraines sur ce terrain-là, une heure n'y suffira pas.

- Alors laisse-toi aller. » le suppliai-je.

Il n'y avait aucune retenue dans le baiser qu'il me donna. C'était puissant et sensuel, ses mains dérivant sur mes flans alors que les miennes tiraient sans ménagement sur ses cheveux.

Mais, trop vite, il se releva et me laissa seule sur le lit, perdue et frustrée.

« Tu ne vas quand même pas me laisser comme ça ? » m'offusquai-je.

« Oh que si ma belle. S'il faut que l'un de nous deux soit fort, je serai celui-là. » répondit-il en souriant avant de disparaitre dans la salle de bain.

Je me laissai retomber lourdement sur le matelas, grognant ma déception.

Il ressortit à peine cinq minutes plus tard. Il avait troqué son tee-shirt noir contre une chemise gris clair impeccable et avait revêtu un pantalon noir qui dessinait parfaitement ses hanches. Il portait sur l'épaule un sac de voyage qu'il jeta sur le lit à côté de moi.

« Tu ne voudrais tout de même pas être en retard ? » s'amusa-t-il alors que je restai immobile à le fixer.

En soupirant, je me relevai.

« Tu vas vraiment faire ça, hein ? »

Il sourit de son magnifique sourire en réponse et je dus me mordre la lèvre pour ne pas sourire à mon tour.

J'attrapai ma veste et nous sortîmes de la chambre côte à côte. Dans l'ascenseur, il saisit ma main qu'il porta à ses lèvres.

« J'aimais bien cette chambre. » me plaignis-je.

« Nous pourrons y revenir… tout à l'heure » répondit-il. « Et je te promets de ne plus jamais te laisser sur ta faim.

- Des promesses, toujours des promesses » dis-je en regardant le plafond.

Avec un grondement rauque, il me plaqua contre une des parois de la cabine et fondis sur mes lèvres. Sa langue quémanda la mienne et une de ses mains saisit ma cuisse pour la remonter le long de sa jambe jusqu'à sa hanche afin qu'il accède à mon bassin contre lequel il pressa fortement le sien.

Je perdis pied et un gémissement sans fin monta de ma gorge jusqu'à ce que résonne le ding nous informant que nous étions arrivés au rez de chaussée.

Edward relâcha ma jambe mais resta contre moi, debout dans le fond de l'ascenseur, son souffle glacé balayant mon visage.

« Ne doute jamais de ma capacité à te faire dépasser toute limite, Isabella. » gronda-t-il contre mes lèvres.

« Jamais… » soufflai-je.

Nous sortîmes de la cabine sous les regards des quelques personnes présentes dans le hall, Edward me tirant par la main pour que je sois capable d'avancer sur mes jambes qui s'étaient subitement transformées en gelée.

Une vingtaine de minutes plus tard, nous étions devant les portes battantes du White Horse.

La musique pop était audible depuis le trottoir et les chaudes lumières invitaient à entrer. Mais je ne parvenais pas à me décider.

« Tu sais que la fête se déroule à l'intérieur, n'est-ce pas ? » demanda Edward en passant un bras autour de mes épaules.

J'étais complètement paniquée.

J'avais peur que mes amis ne se doutent de quelque chose.

J'avais peur que Jacob ne fasse des allusions déplacées.

J'avais peur que le caractère impétueux d'Edward ne soit pas facilement compatible avec ce genre de soirée.

Et, surtout, j'avais peur de ne pas être capable de paraitre, moi, normale, assise à côté de cet être qui me faisait perdre tous mes moyens au premier effleurement.

« Tu me promets que tu te tiendras tranquille ? » le suppliai-je une dernière fois. « Parce qu'il y a deux journalistes et un flic là-dedans. Plus ma meilleure amie qui a prouvé à plusieurs reprises qu'elle était douée d'un sixième sens pour débusquer tout ce que je pouvais lui cacher. »

Il promit en me trainant jusqu'à la lourde double porte dont il ouvrit un battant pour moi.

J'inspirai profondément puis entrai, retrouvant l'atmosphère joyeuse et chaleureuse de mon pub préféré.

Derrière le bar, Mike m'adressa un salut de la main et un clin d'œil puis m'indiqua du pouce une table dans le fond où étaient déjà installés Ben, Angela, Jacob, Jessica et un jeune homme asiatique que je n'avais jamais vu avant.

Je fis quelques pas vers eux, sentant parfaitement la présence d'Edward derrière moi. De toute façon, si je ne l'avais pas ressenti aussi fortement, les regards appuyés des femmes sur notre passage auraient suffi à m'informer de sa présence.

Nous n'étions plus qu'à quelques mètres de la table quand Jacob m'aperçut et se leva précipitamment.

Je me raidis immédiatement.

« Bella ! » s'écria-t-il en écartant les bras pour m'enlacer mais je reculai d'un pas en levant une main pour le freiner.

Il s'arrêta à deux pas de moi, une véritable détresse dans le regard.

« Bella, je suis désolé ! Je voulais te le dire depuis jeudi mais tu n'as répondu à aucun de mes appels.

- J'ai été très occupée. » répondis-je gentiment, ne voulant pas éterniser ses excuses embarrassantes. « Tout va bien, Jacob, ne t'en fais pas.

- Non, tout ne va pas bien. J'ai été un parfait connard. Tu as toujours été très claire et je dois accepter ce que tu me donnes. Je ne veux pas que cet incident change quoi que ce soit entre nous.

- ça va, Jacob. Je t'assure. »

Je savais bien que cette conversation n'avait pas le même sens pour lui que pour moi.

Dans son imagination, si les choses ne changeaient pas entre nous, cela signifiait qu'une intimité était encore possible.

Pas dans la mienne.

Mais il sembla rassuré et le monde autour de nous reprit de l'importance à ses yeux. Il nota alors que le pas que j'avais fait en arrière m'avait poussée contre le torse de l'homme derrière moi et que ce dernier ne bougeait pas pour se dégager.

Pour la première fois, les yeux de Jacob croisèrent ceux d'Edward.

« Tu es venue accompagnée ? » me demanda-t-il, la voix subitement plus tendue.

Nous y étions.

« Oui. Heu… Jacob, je te présente mon ami, Edward. »

Jacob se redressa en entendant ce nom. Il faisait évidemment le rapprochement avec la conversation que nous avions eu quelques jours plus tôt.

Il savait parfaitement qui était Edward et ce qu'il représentait pour moi.

Les muscles de ses joues se contractèrent sous l'effet de la contrariété mais il eut au moins la sagesse de ne pas la montrer et il tendit une main avenante vers mon compagnon. Je dus donc m'écarter pour permettre ce salut mais, ce fut vraiment inquiète que je levai les yeux vers le visage d'Edward.

Je fus surprise de n'y voir aucune colère mais plutôt un amusement à peine voilé.

« Jacob Black. » se présenta le jeune homme d'une voix forte et assurée.

Edward regarda cette main tendue puis la serra avec un sourire affable.

« Edward Cullen, enchanté de te rencontrer. »

Je n'en revenais pas.

Une grande partie de la tension quitta mes épaules. C'était un premier pas de franchi. Mais je n'allais pas laisser s'éterniser non plus cet affrontement visuel. Il ne valait mieux pas tenter le diable.

« Allons rejoindre les autres. » dis-je pour y couper court.

Jacob se détourna sans un mot et nous précéda pour aller reprendre sa place.

« Félicitations. » murmurai-je à l'intention d'Edward pour lui faire comprendre que j'étais vraiment rassurée par son comportement.

« Cette soirée promet d'être très amusante. » répondit-il, rallumant immédiatement la sirène d'alarme dans ma tête.

« Tiens-toi correctement. » lui ordonnai-je, toujours en chuchotant pour que personne ne nous entende alors que nous approchions de la table de mes amis.

« Pourtant ce n'est pas moi qui ai décidé de me lancer dans une compétition pour déterminer qui sera le mâle dominant. » glissa-t-il à mon oreille.

Merde.

Si Jacob avait dans l'idée de se lancer là-dedans ce soir, cela ne présageait rien de bon.

« Ne rentre pas dans son jeu ! » m'offusquai-je.

« Je n'en ai pas besoin. » répondit-il. « Je sais déjà que c'est moi, sans aucun doute possible. »

« Hey ! Salut les amoureux ! » s'écria Angela, déjà visiblement éméchée.

Jessica manqua de s'étouffer avec une gorgée de son cocktail quand elle leva les yeux vers nous et son compagnon dut lui taper dans le dos pour qu'elle se reprenne.

Je supposai que je devrais rapidement m'habituer à ce genre de réactions.

Ben me salua d'un sourire puis retint de justesse Angela dont le coude venait de riper sur la table alors qu'elle tentait de se lever pour m'embrasser.

« Salut tout le monde. » Lançai-je à la cantonade. « Je vois que la soirée est déjà bien commencée.

- C'est ma faute. » répondit Ben d'un air contrit. « Je suis allé la surprendre au travail avec une bouteille de champagne… Elle n'a jamais supporté les bulles. J'aurais dû m'en souvenir. »

Angela enlaça amoureusement son cou et déposa sur sa joue un baiser lourd et sonore puis me sourit malicieusement en désignant Edward d'un mouvement de menton.

Tous les regards étaient braqués sur lui.

« Je vous présente Edward. » dis-je simplement.

Le visage de Jessica se fendit d'un immense sourire.

« LE Edward ? » demanda-t-elle.

« Le seul et l'unique. » répondit l'intéressé en tirant une chaise pour moi et en prenant place à mes côtés.

« Wahou ! Quel retournement de situation ! » se contenta d'insinuer Jessica en reportant son cocktail à ses lèvres alors que ses yeux passaient alternativement d'Edward à Jacob.

« Qu'est-ce que je vous sers ? » demanda Mike en s'approchant de notre table.

Oups ! Encore une chose à laquelle je n'avais pas pensé…

Je doutai que Mike ait une poche de A positif quelque part dans un de ses frigos.

Pourtant Edward me surpris une fois de plus en répondant sans la moindre hésitation.

« Une pinte de Guiness pour moi s'il vous plait. Et pour toi, bébé ? » dit-il en se tournant vers moi avec le sourire.

Je haussai un sourcil.

Bébé ?

Vraiment ?

Et pourquoi pas « poussin » ou « chérie » tant qu'il y était ?

« Une Bud. Bien fraiche, s'il te plait.

- C'est parti ! » s'écria Mike en s'éloignant.

Edward ne se départissait pas de son sourire en coin. Il semblait s'amuser follement alors que chacun autour de cette table l'observait avec plus ou moins de discrétion.

« Donc. Edward, » se lança Jess en mettant les pieds dans le plat la première. « Qu'est-ce qui t'a fait quitter Chicago pour notre bonne ville ? »

Edward me vrilla une nouvelle fois de son regard perçant qui me fit rougir avant de répondre.

« Je pense que c'est plutôt évident, non ?

- Il est venu pour Bella. » chuchota Angela par-dessus la table comme si c'était un secret.

Edward rit et je crus bien apercevoir Jacob serrer les poings.

« Oui. C'est exact, Angela. Je suis venu pour Bella.

- Et pour tout casser dans son appartement » poursuivit mon amie sur le même ton de conspiratrice. « Et pour se balader nu à l'intérieur ensuite.

- Quoi ? » s'écrièrent en même temps Jessica et Ben.

Je laissai tomber mon front dans mes mains, affligée par ce qu'elle était capable de sortir quand elle était saoule.

« Mais c'est ma faute. » corrigea-t-elle en battant l'air avec ses mains. « J'ai débarqué à l'aube chez Bella ce matin et forcément…

- Qu'est-ce que c'est que cette histoire de saccage ? » s'inquiéta Jacob.

Je voyais gros comme une maison qu'il se ferait une joie de s'engouffrer dans la brèche s'il décelait en Edward un petit ami violent potentiel.

Mon dieu, s'il avait su.

« Ce n'est rien. » m'empressai-je de corriger en faisant les gros yeux à Angela qui me répondit par une grimace. « Les retrouvailles ont été plutôt… intenses.

- Intenses, hein ? » commenta Jessica avec une moue explicite. « Il semble que ce soit un mot qui revienne souvent quand on parle de toi, Edward.

- Et puis il était temps que tu changes cette déco de toute façon. » bredouilla Angela en posant sa tête sur l''épaule de Ben.

A côté de moi, Edward fut secoué par un éclat de rire.

Mike déposa devant nous nos verres et je portais le mien à mes lèvres pour essayer d'oublier où j'étais et cette conversation.

« Doucement, ma belle. » murmura Edward en se penchant à mon oreille, si près que ma peau se couvrit de chair de poule. « Je te veux consciente et en pleine possession de tes moyens tout à l'heure. »

Je manquai de m'étrangler avec une gorgée de bière.

Il ne pouvait pas faire ça. Pas là.

Mais mon regard noir ne sembla pas l'apeurer le moins du monde et il déposa un baiser léger sur mon épaule.

« Alors, Edward. » nous coupa Jacob. « Qu'est-ce que tu fais dans la vie pour pouvoir t'accorder un voyage à Seattle à peine revenu de tes vacances en Italie ? »

Il venait de déclarer l'ouverture des hostilités car il ne fallait pas chercher longtemps pour savoir qu'il espérait bien qu'Edward allait être gêné par une situation peu avantageuse. Après tout c'était vrai, la plupart des métiers ne permettaient pas une telle liberté de mouvement. Jacob ferait alors peser dans la balance son entreprise qui valait plusieurs millions de dollars et qu'il faisait tourner d'une main de maitre malgré son jeune âge.

« Je fais de la recherche. » répondit simplement Edward.

Jacob le toisa d'un regard ouvertement dédaigneux.

« Dans quel domaine ? » s'intéressa Ben.

« L'anthropologie. J'étudie les anciennes légendes et la façon dont elles ont influencé le développement des populations locales.

- Et tout ça dans quel but ? » insista Jacob pour tenter de montrer le caractère désuet de ce que nous disait Edward.

« Par intérêt historique et personnel. » répondit Edward en lui renvoyant son regard.

« Tu as déjà publié quelque chose ? » demanda Angie.

« Quelques articles, oui.

- Quel est ton nom de famille déjà ? » interrogea à nouveau Jacob.

« Cullen. » répondit Edward calmement.

« Je ne me rappelle pas avoir lu quoi que ce soit paru sous ce nom-là. Et pourtant je lis beaucoup. » argua Jacob.

« C'était il y a longtemps. »

Edward semblait ne pas vouloir rentrer dans le jeu de Jacob pour l'instant. Il restait incroyablement calme et en confiance.

Il me bluffait littéralement.

Y avait-il une once de vérité dans ce qu'il disait ou bien inventait-il son mensonge au fur et à mesure ?

« Quand bien même. » reprit Jacob. « J'imagine que la région ne doit pas être très intéressante pour toi et que tu vas vite devoir repartir sous d'autre cieux. »

J'écarquillai les yeux face à son évidente animosité.

« Tu te trompes. » répondit Edward d'une voix suave. « Les Duwamish qui vivaient autrefois dans cette région avait une mythologie très développée et ce sont eux qui ont fondés les bases de cette ville. Il serait intéressant de savoir quelles traces persistent de leur passage, non ? »

Jacob se renfonça dans son siège, visiblement mécontent que son argumentation soit tombée à plat.

« Mais j'avoue que les légendes amérindiennes sont bien loin d'être ma préoccupation première en ce moment. » insista Edward en passant un bras possessif autour de mes épaules pour enfoncer le clou.

« Et, quand tu étais en Italie, » continua Ben, véritablement intéressé, « Tu y étais pour tes recherches ? »

Edward se recula sur sa chaise pour s'approcher de moi.

« Pas vraiment, non… Mais la région où nous étions était très riche de ces vieilles histoires. »

Fascinée, je l'écoutais pendant les minutes qui suivirent raconter les légendes qu'il dit avoir collectées au fil du temps. Il nous parla de ces anciennes civilisations puissantes antérieures aux romains, si puissantes qu'on pouvait douter de leur mortalité. Il nous raconta la violence et la cruauté de ces demi-dieux qui disparurent brusquement comme s'ils n'avaient jamais existé, laissant planer le doute sur leur existence tout comme sur leur pérennité.

Je savais pertinemment de quoi il parlait et que Volterra était le bastion survivant de cette civilisation mystérieuse mais, dans sa bouche, cette histoire s'auréolait d'un mystère qui me fit la découvrir sous un autre angle.

Mes amis semblaient subjugués, relançant continuellement la conversation, à l'exception de Jacob qui resta silencieux à ronger son frein.

« C'est fascinant. » murmura Jessica, le menton appuyé sur sa main alors qu'elle ne quittait pas Edward d'un regard gourmand.

Je me doutai donc qu'il n'y avait pas que ses histoires qu'elle trouvait fascinantes.

Edward déposa un baiser sur ma tempe, comme si de rien n'était et Jessica retint mal un gémissement.

« C'est bien joli tout ça. » coupa Jacob. « Et quels sont tes projets pour l'avenir ?

- Tout dépendra de Bella. » répondit Edward sans même prendre une seconde pour réfléchir.

Je me redressai sur mon siège quand tous les regards convergèrent alors sur moi.

« Quoi ? » se moqua Jacob. « Vous vous connaissez de puis quoi ? Un mois ? Et tu vas laisser ça décider de ta carrière ? »

Le regard d'Edward se durcit et je sentis nettement son corps se tendre contre le mien. Jacob allait trop loin en insinuant que notre relation n'en valait pas encore la peine.

Je posai une main sur la cuisse de marbre d'Edward mais il ne se détendit pas.

« Certaines choses n'ont pas besoin de temps pour devenir importantes. » dit-il en tentant de garder un ton calme et serein mais je le connaissais trop bien. Je savais qu'il bouillait sous la surface. « Et elles méritent qu'on revoit ses priorités pour elles. »

Jacob sourit car il avait lui aussi senti que le ton était moins léger et qu'il venait enfin de porter un coup qui avait atteint sa cible.

Qu'est-ce qu'il cherchait exactement ?

A provoquer Edward jusqu'à ce qu'il sorte de ses gonds ?

Jacob était un homme athlétique et entrainé mais il ne tiendrait pas deux secondes face à Edward.

« Pourtant Bella est une femme qui tient beaucoup à sa carrière. » insista-t-il. « Elle l'a toujours faite passer avant tout le reste. C'est dommage…

- Peut-être lui manquait-il juste de trouver quelque chose qui en vaille la peine. » le coupa Edward.

Jacob se tut quand il vit ma main s'enrouler par-dessus le poing serré d'Edward sur la table et il tourna enfin les yeux vers moi.

Je lui en voulais énormément à cet instant de gâcher cette soirée par sa mauvaise humeur. Je pouvais comprendre qu'il soit blessé et j'aurais vraiment préféré qu'Edward et lui ne se rencontrent jamais mais c'était ainsi. Il devait faire avec.

« Bella est une femme qui sait saisir les opportunités qui lui sont offertes et elle va intégrer mon journal la semaine prochaine. » continua-t-il pourtant, se raccrochant à un fragile espoir que je devais étouffer avant qu'il ne devienne trop grand et que ça ne lui fasse trop de mal.

« Vraiment ? C'est génial ! » s'exclama Angela en retrouvant un regain d'énergie.

« Je n'ai encore rien signé. » dis-je, la voix tranchante.

Jacob fronça les sourcils.

« Mais, tu es toujours intéressée, non ? » demanda-t-il, soudain perdu.

« Ton offre et très généreuse, Jake. Mais je ne pense plus pouvoir l'accepter. »

Ce n'était ni le moment ni l'endroit pour cette déclaration mais il fallait que cela soit dit. Maintenant.

Jacob serra les dents et les poings en me lançant un regard furieux puis se leva brusquement en envoyant balader sa chaise.

Edward ne le quittait pas du regard et, une fraction de seconde, j'eus peur que Jacob ne lui saute dessus mais, finalement, il attrapa sa veste et partit sans un mot.

Un silence gêné s'installa autour de la table. Et il dura jusqu'à ce qu'Angela ne le brise avec un brusque éclat de rire.

« Et bien ça c'était une soirée d'anniversaire ! » s'écria-t-elle, hilare.

Ben la soutint alors que sa tête valsait de gauche à droite.

« Bon, je crois qu'il est l'heure que je te ramène à la maison. » dit-il en l'aidant à se relever.

Nous nous levâmes tous et les suivîmes à l'extérieur.

Sur le trottoir, Ben m'embrassa sur la joue et serra chaleureusement la main d'Edward, ne tiquant pas à cause de sa froideur.

« J'ai été ravi de te rencontrer, Edward. » dit-il. « Et je suis désolé pour… tout ça.

- Merci à toi. » répondit-il alors qu'Angela m'enlaçait, le forçant à me relâcher.

« Je suis tellement contente pour vous deux ! » cria-t-elle à mon oreille, manquant de me percer un tympan. « Jacob est un con. »

Je souris en l'aidant à se tenir droite.

« Et, Edward, » poursuivit-elle. « Je suis ravie d'avoir pu discuter avec toi alors que tu étais… »

Elle chercha ses mots en faisant des gestes amples avec ses mains devant le torse d'Edward.

«… Habillé. » s'écria-t-elle. « Prends soin de ma Bella.

- C'est bien mon intention. » répondit-il en riant gaiment.

« Oh ! Et j'allais oublier ! » s'écria-t-elle une dernière fois en sortant une large enveloppe en papier de sa besace. « J'ai tes photos. »

Elle me tendit la pochette puis regagna l'étreinte stabilisante de Ben et nous les regardâmes s'éloigner, amoureusement enlacés.

Je m'excusai une nouvelle fois auprès de Jess et de son ami dont je n'avais même pas retenu le nom dans cette confusion puis nous nous séparâmes.

« Tu as des amis charmants » ironisa Edward alors que nous marchions dans la nuit à la recherche d'un taxi libre.

Je pouffais de rire. Cette soirée n'aurait pas pu être plus étrange.

Mais, au moins, personne n'avait été blessé. Et je considérai ça comme un progrès.

La grande main d'Edward caressait mon dos doucement. Cela paraissait si simple tout à coup. Etre avec lui. L'aimer.

Plus rien d'autre n'avait d'importance.

Ma carrière. Les opportunités qui s'offraient… J'étais prête à renoncer à tout pourvu que je sois avec lui et je ressentis le besoin de le lui dire à nouveau.

« Ce qu'a dit Jacob tout-à-l 'heure, » commençai-je.

« A quel propos ?

- Ce comme quoi ma carrière avait toujours été ma priorité. » poursuivis-je. « Il avait raison… Mais tout cela me semble si vain maintenant… »

Edward resserra sa prise sur moi.

« Tu ne seras pas obligée d'abandonner tout ce que tu es, tu sais ? » dit-il.

Je levai vers lui un regard interrogateur alors il précisa son propos.

« Tu ne pourras plus écrire sous ton nom, évidemment. Mais rien ne t'empêchera de prendre un pseudonyme pour continuer à vendre tes articles. Tu pourras aussi découvrir d'autres passions, exercer une multitude d'autres métiers. Tu auras l'éternité pour ça.

- C'est ce que tu as fait, toi ? » l'interrogeai-je, vraiment curieuse de toutes ces choses que je ne savais pas encore sur lui.

« Oui. » répondit-il. « Tout n'était pas faux dans ce que j'ai dit tout à l'heure. J'ai écrit quelques études, j'ai passé plusieurs doctorats dans différents domaines… Il faut dire que j'avais beaucoup de temps libre. Tu en auras moins.

- Pourquoi ?

- Parce que j'étais seul. » dit-il. « Alors que tu m'auras en permanence dans les jambes et que je ne compte pas te laisser respirer beaucoup. »

Ses lèvres étaient sur ma tempe quand il prononça ces mots qui se diffusèrent immédiatement jusque dans la plus infime de mes terminaisons nerveuses.

Mes lèvres ne quittèrent pas sa bouche pendant tout le temps que dura la course en taxi et mes mains cherchèrent sa peau que je caressai sans discontinuer, animée par une faim de lui complètement ahurissante.

La porte de mon appartement accueillit le début de notre étreinte, dans le couloir de mon étage, le temps que je trouve mes clefs et que j'ouvre à l'aveuglette car sa bouche était déjà partout.

En entrant, je trébuchai sur une chaise renversée et mon sac m'échappa en rependant son contenu sur le sol. Je ris au désordre supplémentaire que je causais sans le vouloir.

Les photos d'Angela s'éparpillèrent sur le parquet et un détail attira mon regard.

« Edward. » gémis-je.

« Chutt. » murmura-t-il en muselant mes lèvres d'un baiser torride.

Mais je le repoussai, mon sang s'étant glacé subitement dans mes veines.

« Non Edward, attends. » dis-je en le repoussant.

Il s'écarta, étonné et essoufflé et me regarda d'un air interrogateur alors que je m'agenouillai sur le parquet pour étaler les photos et retrouver ce détail qui m'avait choquée.

Je brandis alors un des clichés sous son nez. Il représentait une des nouvelles arcades du musée. Je me rappelais très bien quand je l'avais prise, attirée par la colonne sculptée que j'avais photographiée en premier plan sans me préoccuper du fond.

Mais là, sur cet agrandissement, on voyait très nettement la bâtisse et les gens qui se promenaient devant, ainsi que la silhouette très reconnaissable d'une magnifique femme blonde qui me renvoyait un sourire cruel à travers la pellicule.

Tanya.


Alors ? Alors ? Alors ?

Vous vous doutez que je suis pressée d'avoir vos avis… Mais je comprendrais que vous ayez envie de me punir un peu pour vous avoir fait attendre…

Ne soyez pas trop cruelles quand même :-)

Je vais fractionner le chapitre suivant pour pouvoir publier plus vite. La suite sera donc plus courte et j'espère ne pas vous faire attendre plus de 2 semaines (j'ai vraiment un rythme de dingue au boulot et à la maison en ce moment qui ne me laisse pas beaucoup de temps mais je ne vous laisserai pas tomber avant la fin !) mais, du coup, il restera un ou deux chapitres de plus avant la fin.

A vos claviers donc : vos reviews (même courtes) sont le plus beau cadeau que vous puissiez me faire.

Je vous embrasse.

Lily