.
CHAPITRE 25
BELLA
"Savoir quoi?" réponds-je sur la défensive, même si Jay a posé une vraie question, je ne sais pas à quel élément d'information ahurissant il se réfère et son attitude me fait me raidir. Il parle de quoi, du tremblement de terre, du tsunami, d'Edward, d'Alice…?
"Que le gars à la capuche était Easy… Edward… Dracula… peu importe quel nom il prend. Que le tremblement et le tsunami allaient se produire lundi. Qu'Edward et Alice sont des vampires?"
Je suis très énervée maintenant puisque évidemment il ne me fait pas confiance avec tout ça et c'est la merde totale puisque c'est moi qui suis allée vers lui.
"J'ai compris pour le tremblement de terre en même temps que toi, Jay, et c'était quand nous avons vu la peinture sur les murs de Johnson Hall. J'ai rencontré le vrai Edward mercredi soir pour la première fois chez moi. Quand je suis rentrée du travail j'ai mis une note à ma vitre et je lui ai ordonné de monter. Nous n'avons pas eu le temps de discuter de qui ou de quoi que ce soit, ou du désastre ou comment il savait quand il allait se passer parce que ça ne faisait que cinq minutes qu'il avait passé la porte que j'ai reçu un appel de mon père concernant la transplantation de son foie. Quoiqu'il en soit, avant que tu ne m'en veuilles encore plus, quand Alice t'a-t-elle dit qu'elle était un vampire?"
"Hier soir."
"Et quand exactement?"
"Juste après que vous nous ayez laissés."
"Donc tu l'as su avant moi, Jasper, Edward ne me l'a dit que plus tard."
"Tu ne t'étais doutée de rien avant alors?"
"Qu'il était un vampire… tu es fou? A quoi tu penses bon sang? J'ai compris qu'il était différent mais en même temps crois-le ou non, qu'il soit un vampire était très loin dans ma liste. Souviens-toi, c'est toi le premier qui a suggéré que le gars à la capuche devait avoir des 'capacités extraordinaires'. C'est toi le premier qui as mentionné X-Men, Professeur Xavier etc. Et comme tu l'as dit toi-même les gens normaux ne peuvent pas prédire l'avenir mais je ne m'attendais pas à cette explication. Toi si?"
Jay redevient tranquille, apparemment il réfléchit à ce que je viens de lui dire.
"Pourquoi tu ne m'as pas dit qu'Edward est venu dans ton appartement pendant que tu dormais," cracha-t-il pratiquement. "Et qu'il avait laissé des messages pour toi sur ta vitre et plus important que tu lui avais parlé le mercredi soir?"
"Parce qu'il n'y avait rien de nouveau à te raconter," m'écrié-je et j'espère qu'il comprend que je suis vraiment énervée maintenant. "Il m'avertissait simplement de ne pas chercher à savoir qui il était. Plus, j'ai été inquiète pour mon père toute la journée. Désolée!" Et je crache le dernier mot.
J'attends une trentaine de secondes qu'il réponde mais il s'assied et sirote son café en ruminant. En fin de compte je ne suis pas prête à supporter cette merde et ses bouderies. A mon avis, il se comporte comme un enfant de deux ans.
"Jay, Jasper, si tu n'arrêtes pas, je sors de ce bureau et je ne reviens pas. Putain nous sommes dans une situation impossible. La terre sous nos pieds est sur le point d'exploser, un déluge de proportions épiques va submerger la ville, mardi matin nous serons tous les deux sans emploi parce que qui se préoccupe de graffitis sur un tas de gravats, mon père est aux portes de la mort et si ce n'est pas encore suffisant je serai sans doute morte avec lui dans trois jours et demi et pour couronner le tout mon petit-ami et ta petite-amie sont des vampires. Et toi tu restes là assis, à bouder parce que je ne t'ai pas dit que j'avais brièvement parlé au gars à la capuche. Putain qu'est-ce qui ne va pas chez toi?"
Jasper pose violemment son café sur la table en éclaboussant tout, ce qui me fait sursauter et ensuite il me fixe.
"Parce que je pensais que nous étions une équipe Bella. Quand je vous ai vus marcher main dans la main vers Alice et moi, est-ce que tu as une idée de ce qu'il m'est passé par la tête? J'ai supposé que tu savais qui il était depuis un moment et que tu ne me l'as pas dit et je me suis senti complètement laissé de côté. C'est Alice qui a dû me dire qu'il était allé chez toi. Elle m'a dit qu'il t'avait fait passer des messages et je ne le savais pas. Comment crois-tu que je me sois senti face à elle? Et pire encore quand tu es allée au club d'art le lundi comment n'as-tu pas réalisé que Easy était le gars à la capuche?"
"Au club il avait les yeux dorés Jasper," hurlai-je. "Le gars à la capuche avait des yeux noirs comme du charbon quand je l'ai vu à l'Aquarium, et c'est ce que je cherchai chez lui. Je te l'ai dit que je le soupçonnai d'être notre gars mais je ne pouvais pas en être certaine."
Il grogne puis bois le reste de son café en digérant ma réponse. Je suis toujours tentée de prendre mon sac à main et d'aller vers l'hôpital le laissant en plan et je suis sur le point de lever quand il se met à s'excuser.
"Je suis désolé Bella. Je suis complètement paumé. Je suis resté éveillé toute la nuit à me demander ce qu'il se passait mais surtout parce que je pensais que tu m'avais gardé à dessein dans l'obscurité et ça m'a vraiment bouleversé. Tu es la seule personne sur laquelle je pensais pouvoir compter mais quand Alice m'a dit qu'Edward était allé dans ta chambre et que des messages passaient entre vous, je me suis senti incroyablement déçu et vraiment stupide. Je peux comprendre pourquoi tu as caché tout ça mais qu'aurais-tu pensé si c'était moi qui avais su tout ça? Souviens-toi comment tu t'es sentie quand tu as appris qu'il avait déjà peint ailleurs? Tu te souviens comment tu étais énervée?"
Lorsque Jay me rappelle cet épisode je me rends compte que je suis une imbécile et que Jay a parfaitement le droit de se comporter comme il le fait. Je suis sur le point de m'excuser mais il n'a pas encore fini.
"Il y a deux semaines, j'étais une personne ordinaire, un peu triste, célibataire, un trentenaire comme tous les autres, Bella, avec un travail pas terrible et aucun espoir. Ensuite tu es arrivée et tout mon monde a été chamboulé. Je ne sais pas comment tout ça va continuer mais il me semble que le sol bouge en permanence et je suis toujours nauséeux."
"Oui je comprends bien ça," réponds-je. "Excuses acceptées et je m'excuse aussi pour n'avoir pas été totalement honnête et pour t'avoir crié dessus. J'aurai dû te dire tout et je suis vraiment désolée de t'avoir mis devant le fait accompli, devant Alice. Et quoi qu'il en soit je n'y suis pour rien si nos mondes ont été chamboulés, c'est la faute d'Alice et d'Edward."
"C'est vrai mais c'est toi qui as compris qu'il y avait un message dans ses peintures. Je n'aurai jamais vu plus loin qu'un artiste frustré décorait la ville de graffitis supérieurs à la moyenne. Si tu n'avais pas été aussi curieuse, nous n'aurions jamais su que nous allions être frappés par l'équivalent d'une bombe à hydrogène – sans les radiations."
"C'est que j'ai appris," soupiré-je. "On m'a toujours appris à me demander pourquoi un artiste choisissait un sujet, qu'il s'agisse d'une commande ou d'une image religieuse. En outre Alice a dit à Edward que je viendrai à Seattle et que nous serions liés. C'est pourquoi il m'a ciblée et m'a harcelé, pas toi."
"Oui, Alice m'a dit ça hier soir."
"Qu'est-ce qu'elle t'a dit d'autre?"
"Pas grand-chose que nous ne sachions déjà."
"Non je veux dire à son sujet."
"Eh bien elle m'a dit qu'elle avait environ cent vingt ans qu'elle est née à New York puis a déménagé en Alaska après avoir été transformée en vampire. Elle a été transformée par un nomade qui l'a attrapée alors qu'elle promenait son chien et l'a laissée pour morte. Elle ne s'est jamais nourrie de sang humain parce qu'un vampire appelé Garrett surveillait ce nomade qui provoquait des problèmes en ville et il l'a emmenée loin de la civilisation avant qu'elle puisse suivre son instinct naturel. Elle a déménagé avec la famille d'Edward. Oh et elle a vu mon avenir, je serai vampire un jour et nous vivrons heureux en tant que mari et femme. Pour être honnête je pense qu'elle en rajoute un peu et que c'est un vœu pieu de sa part, à part ça rien de réellement extraordinaire."
"Quoi!?" hurlé-je.
"Ouaip! Elle veut que j'aille avec elle et sa famille en Alaska à bord de leur yacht et elle m'a offert de me transformer quand nous serions là-bas."
"Tu es sérieux?"
"Oui elle me l'a demandé mais je n'ai pas dit oui sur le truc d'être vampire. Je suis sur le point d'aller en Alaska avec elle mais tu le savais."
"Mais Jay…"
"Quoi Bella? Dis-moi s'il te plait ce qui me retient ici? Je n'ai pas de famille. Je déteste mon travail. Je déteste cette ville en dehors de la musique. Mes perspectives sont merdiques car je ne travaillerai certainement plus dans quatre jours et…"
"Et quoi?"
"J'apprécie beaucoup Alice. Je ne sais pas si je suis amoureux d'elle parce que je ne la connais pas vraiment mais elle pense que nous serons très heureux ensemble. Et si ça ne marche pas qu'est-ce que j'aurai perdu?"
"Seulement ton humanité Jasper."
"Humanité? C'est quoi ça Bella? Gentillesse, empathie, intelligence, compassion, cruauté, stupidité? Je peux penser à cent et une choses qui peuvent décrire l'humanité. Tu veux dire qu'Edward ne les a pas? N'est-il pas humain pour une seule chose, la façon dont il se nourrit, ses différences physiques et ses avantages?"
"Non mais…?"
"Edward t'a-t-il offert de te transformer?"
"Non… à moins que ce ne soit par accident."
"Il le fera, je peux te l'assurer. Il ne te laissera pas partir. Alice dit que tu es sa cantante."
"Sa quoi?"
"Sa chanteuse. Une personne qui est exclusivement faite pour une autre. Il ne pourra plus exister sans toi. Il est complètement épris de toi. Il ne se reposera pas avant de t'avoir convaincue de devenir un vampire alors tu ferais mieux de te faire à cette idée."
"Seigneur!"
Je repense au moment où Edward et moi parlions avant d'aller nous coucher et il m'a averti que s'il perdait le contrôle je finirai morte ou vampire. Je n'avais pas compris cela et un jour il pourrait vraiment me laisser le choix ou peut-être choisirait-il pour moi en affirmant que c'était par accident. Les implications de cette perspective étaient époustouflantes et je savais que s'il me le demandait maintenant je ne serais pas en mesure de lui donner une réponse en connaissance de cause car il se passait bien trop de choses dans ma vie. Mais si Charlie ne se remettait pas de l'opération, qu'est-ce qui m'en empêcherait mis à part la peur de l'inconnu? Il fallait que je demande à Jay.
"Quand est-ce que tu as laissé Alice? Je veux dire tu as passé la nuit avec elle? Désolé c'est vraiment indiscret," ajouté-je à la hâte.
"Nous avons quasiment passé toute la nuit ensemble mais nous sommes restés vêtus si c'est que tu veux savoir. Ce n'est pas ton affaire. Elle m'a parlé de sa vie et de sa famille. Je lui ai posé des questions. Elle m'a décrit à quoi m'attendre en Alaska et que je serai en sécurité même si je serais entouré de vampires. Je ne vais pas te dire que je ne suis pas nerveux mais c'est la chose la plus excitante qui me soit arrivée."
J'acquiesce et je suis tentée de lui demander ce qu'il a appris d'autre concernant la famille d'Edward mais toutes ces idées tourbillonnent dans ma tête. Etre avec Edward signifie-t-il que je doive être transformée ou puis-je vivre humaine avec lui? Si je survis à ces prochains jours, il faudra que je lui demande.
Alors que j'examine toutes ces options mon téléphone bourdonne et je reconnais le numéro de l'hôpital. Je décroche et dit nerveusement. "Allô."
"Votre père est conscient maintenant Mlle Swan. Si vous voulez le voir vous pouvez venir quand vous voulez. Il est encore endormi alors je ne peux pas vous garantir qu'il sera réveillé quand vous viendrez."
"Merci," réponds-je toute excitée. "Je vais demander si je peux quitter le travail et venir dès à présent. Et tant que je suis au téléphone, est-ce que vous pouvez me dire quelles décisions ont été prises pour bouger les patients à cause du tremblement de terre imminent?"
"Pour l'instant pas de décision Mlle." répond-elle. "Nous attendons les instructions. Si l'hôpital doit être évacué et que votre père soit assez bien pour être transporté, nous vous tiendrons informée et vous dirons où il sera transféré."
"Merci," réponds-je et je dis au revoir. Il faut que je trouve qui prend cette décision et que j'aille à l'hôpital bien que je ne sois pas en position de botter des derrières.
Jasper (je ne suis toujours pas habituée à ce prénom) hausse les sourcils.
"Papa est revenu parmi les vivants," dis-je. "Je ferai mieux de dire à Jim que je vais y aller."
"Tu veux que j'y aille avec toi? Il n'y a rien à faire ici."
"Ce serait génial," réponds-je ça me donnera du temps pour lui demander ce qu'Alice lui a raconté d'autre.
Je vais dans le couloir et raconte ce qu'il se passe à Jim. Il me fait signe de partir en disant qu'il espère que mon père ira bien et de ne pas m'inquiéter de revenir demain ou lundi. J'ai fait quelques pas dans le couloir pour revenir à mon bureau quand je réalise que je ne peux pas partir sans avoir dit quelque chose de plus au sujet de ce qu'il va se passer. Je sais que je prends un risque mais pour une raison quelconque je fais confiance à Jim pour qu'il garde pour lui ce que je vais lui dire. Il n'a rien dit de ce qu'il y avait sur le mur, ce qui me renforce dans ma décision.
"Jim écoutez-moi," dis-je, en rentrant dans son bureau. "Ne me demandez pas comment je sais ça mais tout ça va réellement arriver et je veux vous dire autre chose que Jay et moi avons découvert. Le médium n'est pas celui qui peint les graffitis. Il est juste l'intermédiaire qu'utilise le médium pour prévenir la ville."
Jim a les yeux écarquillés mais je continue.
"Il m'a dit que lundi il y aurait un énorme tremblement de terre au large. La plupart des vieux immeubles de la ville vont s'effondrer et quelques nouveaux aussi - qui sur le papier ne devraient pas le faire. Les routes et les chemins de fer vont environ une demi-heure plus tard être inutilisables quand la vague arrivera sur la côte et déferlera rapidement de la péninsule olympique jusqu'en Oregon et jusqu'en Alaska. Les collines situées au nord de Seattle détourneront la force de l'eau de sorte que lorsque la vague se produira ici elle se déplacera beaucoup plus rapidement et sera beaucoup plus haute que ce qui se répandra que les terres. Elle détruira le Sound et submergera Seattle et tout ce qui l'entoure sur des kilomètres. Les bâtiments laissés debout après le séisme seront endommagés par des millions de tonnes de débris qui seront poussés par l'eau à l'intérieur des terres. Vous devez donc me promettre de partir à temps."
La mâchoire de Jim tombe lentement pendant que je parle puis il déglutit plusieurs fois avant de me répondre.
"Tu en es sûre?"
"Oui mais comme je l'ai dit, ne me demandez pas comment car j'ai juré de garder le secret. Et si je ne vous revois plus, merci de m'avoir soutenu, Jay et moi. Je ne pense pas que nous pourrions avoir convaincu le maire sans votre soutien. Grâce à votre aide nous avons sauvé déjà d'innombrables vies, assurez-vous simplement que la vôtre est l'une d'elles."
Jim se lève de derrière son bureau, s'approche de moi et me prend dans ses bras.
"Toi aussi Bella et j'espère que nous pourrons nous revoir une fois que tout sera fini et que nous pourrons en parler. Je quitte Seattle demain pour rejoindre ma femme et mes enfants à Denver donc je n'attends personne au travail lundi. Le maire dit qu'il va rester mais il peut bien rester ici tout seul."
Je rigole à cette image, le maire assis à son bureau en haut de sa tour comme Saroumane à Isengard en train de regarder son empire s'effondrer autour de lui. J'espère que cet immeuble résistera à l'assaut car honnêtement je ne souhaite aucun mal au maire.
Jasper m'attend près de l'ascenseur avec une grande boite en carton contenant toutes ses affaires.
"Juste au cas où le bâtiment ne résisterait pas," dit-il. Je ne peux m'empêcher de frémir en imaginant ce vaste monolithe s'écraser au sol. Je retourne à mon bureau et ramasse les quelques objets personnels que j'aie accumulés pendant ces deux dernières semaines y compris un sac de biscuits à moitié rassis de Kirsty puis je suis Jasper dans l'ascenseur. Alors que les portes se ferment je jette un dernier coup d'œil sur le sol puis je soupire car j'ai déjà accepté qu'il y a peu de chances que je revienne ici car même si le bâtiment survit Seattle aurait de plus gros problèmes à régler que de préserver des graffitis.
Jay insiste pour conduire et je suis ravie de lui passer les clés. Alors que nous commençons à sortir du parking j'appelle Edward pour lui dire ce qu'il se passe. Il est chez lui en train de finir d'emballer les dernières affaires de la famille, de charger le camion que son frère va conduire jusqu'en Alaska, ensuite Alice et lui vont mettre les voitures à l'abri au dernier étage de parkings espérant que même s'ils s'effondrent les voitures sur le dessus vont s'en tirer. Il me propose de me retrouver à l'hôpital mais je lui dis que je l'appellerai plus tard.
Nous devons nous frayer un chemin sur la route car il y a beaucoup de circulation, beaucoup de personnes quittent la ville. La plupart des voitures se dirigent vers l'autoroute mais certaines descendent vers le port et les ferries pour s'échapper. Les agents de circulation et la police font un travail remarquable pour réguler le trafic mais il nous faut bien plus d'une heure pour faire un trajet de vingt minutes habituellement.
Une vague d'émotion me frappe lorsque je franchis les portes automatiques de l'hôpital et que je m'y rends jusqu'aux soins intensifs. Je n'avais jamais pensé que ce moment arriverait et maintenant j'ai l'espoir que mon père reste dans ma vie pour de nombreuses années encore. Une vague de gratitude à la famille qui a permis que les organes de l'être cher soient donnés, me submerge sur et j'aurais aimé avoir l'occasion de les remercier mais malheureusement, je présume que cela n'arrivera jamais.
On dit à Jay d'attendre dans une chambre voisine pendant que je suis une infirmière jusqu'à un box de quatre lits. Avant d'entrer je me nettoie les mains puis me couvre d'une blouse de protection bleue et de housses pour mes chaussures. Je suis sûre que je ressemble à un Schtroumpf quand j'entre dans la salle qui est silencieuse en dehors des bips et des impulsions répétitives des différentes machines qui maintiennent les patients en vie et mes yeux sont sur le lit dans le coin où Charlie était inconscient hier soir.
Il est relevé comme sur un transat, entouré de perfusions et de machines plutôt que de journaux et d'une bière. Je ne m'attendais pas à ce qu'il soit réveillé mais quand j'approche du lit, sa main s'éloigne de quelques centimètres de la couverture alors qu'il tente de me faire signe et à mesure que je m'approche, son visage se fend en un sourire le plus incroyable, vu qu'il a un masque à oxygène couvrant sa bouche.
"Papa!" Je crie en me précipitant vers lui. Je manque de trébucher parce que mes pieds glissent sur le sol trop lustré.
"Bella!" Il répond d'une voix beaucoup plus forte que je ne l'imaginais, étant donné qu'il a été inconscient pendant plus de vingt-quatre heures. En retirant son masque, il dit : "Pourquoi n'es-tu pas au travail?"
"Papa!" Je le réprimande. "Tu es bien plus important que n'importe quel travail. De toute façon, mon patron m'a dit que je pouvais venir. Je n'arrive toujours pas à le croire. Comment tu te sens?"
"Comme si un éléphant était assis sur mon abdomen mais à part ça, je suis bien. Je pourrais vraiment boire une bière si tu pouvais t'en procurer une plus tard..."
Je ris de ce que je présume être une blague mais connaissant papa, il y a une chance qu'il soit totalement sérieux.
"Je ne pense pas que ce soit recommandé. Je suppose qu'il faudra aussi du temps avant que tu manges quoi que ce soit. Qu'est-ce que les docteurs t'ont dit?"
"Seulement qu'il n'y a encore aucun signe de rejet, alors c'est une bonne nouvelle."
Papa tousse alors et son visage se déforme de douleur. Je panique et je cherche frénétiquement une infirmière mais elles sont toutes occupées.
"De l'eau," murmure-t-il et montre du doigt une bouteille avec une paille. Je la lui tiens pendant qu'il prend une gorgée puis il pose sa tête sur l'oreiller et soupire.
"Ne dis plus un mot," j'insiste. "Tu viens de subir une grosse opération alors ne fais pas semblant d'aller bien juste pour moi. D'accord?"
Il hoche la tête et ferme les yeux. "Désolé," il murmure et bouge sa main vers la mienne et je sais qu'il veut que je la tienne. Je passe mes doigts à travers les siens et je remarque à quel point ses mains sont chaudes, et je me rends compte que je compare sa main à celle d'Edward, dont les doigts glacés sont les derniers que j'aie touchés.
Je le regarde s'endormir. C'est un effort pour lui de me parler et je me demande si ma présence ici ne le stresse pas inutilement. Je regarde autour de moi et tous ceux qui ne sont pas dans un lit sont occupés, à l'exception d'une femme médecin qui se tient près de la porte, en train d'écrire quelque chose dans un dossier. Je me lève, je vais la voir et je me présente disant que je suis la fille de Charlie Swan.
"Ah oui, Mlle Swan," dit-elle. "Votre père va aussi bien qu'on peut s'y attendre à ce stade. Nous devrions en savoir plus sur le succès de la transplantation demain ou dimanche au plus tard. Vous habitez dans le coin?"
"Je n'habite pas loin," réponds-je. "Merci pour tout ce que vous faites pour lui… mais je voudrai savoir quels sont vos plans pour évacuer les patients si le maire dit à tout le monde de quitter la ville?"
"Nous n'avons rien de prévu pour le moment, Mlle Swan. Je suis sûre que l'hôpital ira bien. Il a été construit pour résister à un tremblement de terre de 8,5 et nous avons des générateurs de secours, de sorte que votre père sera plus en sécurité où il l'est."
"Et le tsunami?" Je crie tranquillement, en quelque sorte.
"Je doute que ça arrive, Mlle Swan. De toute façon, votre père est trop malade pour être déplacé en ce moment, même s'il y a un tsunami. Si j'étais vous, je m'inquiéterais plus de ce qui va se passer dans les prochains quelques jours dans cette unité et pas de ce qui n'arrivera peut-être pas du tout en ville. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser… je dois y aller."
Elle sort de la pièce en me laissant vouloir crier de frustration. Je veux la pourchasser et la raisonner mais je me briserais probablement le cou en courant dans le couloir dans ces choses stupides attachées à mes pieds.
Je retourne voir papa mais il est déjà endormi, alors ça ne sert à rien que je traîne ici. Je remets doucement son masque à oxygène sur son visage et je dis à une infirmière que je pars. Je me débarrasse de mon attirail et je file chercher Jay. Il est toujours dans la salle d'attente en train de lire un magazine d'autos.
"Hé," dit-il en levant les yeux. "Comment va-t-il?"
"Il dort maintenant mais sinon il va bien. On peut y aller?"
"Bien sûr mais j'ai faim, on se fait un resto rapide?"
"Le Pape est-il catholique? Bien sûr que oui, allons-y!"
Nous laissons la voiture au parking de l'hôpital parce que les routes locales sont encombrées et nous nous rendons à pied dans le plus proche fast-food qui n'est qu'à quelques minutes d'ici. Nous commandons pratiquement tout sur le menu parce que si la fin du monde arrive ou si l'un d'entre nous, ou les deux, sont transformés en vampire dans les prochains jours, quelques globules de gras de plus qui flottent dans nos artères ne feront pas une si grande différence pour notre santé à long terme.
Après m'être empiffrée d'un sandwich au poisson, de frites et d'une tarte aux pommes, j'en suis à ma deuxième boisson à la fraise pendant que Jasper commence son deuxième hamburger, avec des frites et du coca. "Peut-être que je vais en profiter tant que je le peux…" dit-il la bouche pleine.
"Que veux-tu dire?" demandé-je car je suis sûre qu'il y a plein de fast-food en Alaska.
"Les vampires ne mangent pas de hamburgers, en fait ils ne mangent rien du tout. Alice me l'a dit."
"Rien du tout?"
"Rien d'autre que du sang. Elle vit de sang animal, chassé ou élevé. Plutôt dégoûtant mais elle dit que si je suis transformé, ce sera la seule chose que je voudrai."
"Oh mon Dieu!" Je m'exclame et soudain, j'ai la nausée. Je ne suis pas végétarienne en ce sens que je mange du poisson, des produits laitiers, des trucs comme ça mais je ne mange pas de viande. L'idée de ne vivre que de sang animal est un cauchemar. Vivre sans fromage pourrait changer la donne pour moi aussi.
"Désolé, je t'ai dégoûtée de devenir un vampire?" glousse-t-il ,en s'essuyant la bouche avec une serviette.
"Tu pourrais dire ça…" je réponds en regardant autour de moi où sont les toilettes au cas où je voudrais vomir.
"Tu y as pensé?" demande-t-il.
Je secoue la tête, je ne l'ai vraiment pas fait. Ce n'est pas quelque chose que je suis prête à envisager jusqu'à ce que tout cela soit derrière moi. Ce qui se passera dans les prochains jours façonnera probablement mon avenir immédiat. Je verrai plus clair quand et si Charlie survit à l'opération et bien sûr si Edward le veut.
"Que veux-tu faire pour le reste de l'après-midi?" Je lui demande.
"Alice m'a proposé de récupérer tout ce que je voulais sauver dans mon appartement et de tout charger sur le yacht qu'elle pilotera pour l'Alaska. Je ne vais pas prendre grand-chose, juste quelques vêtements et mes disques vinyles et des livres… et mon lézard, et..."
"Alors presque tout?"
Jasper en rit et me demande ce que je vais sauver.
"Pas grand-chose, juste des vêtements. Heureusement, je n'ai pas ramené grand-chose de Forks. Si j'ai le temps, je donnerai à Edward un sac de trucs à mettre sur le bateau. Quand Alice prévoit-elle de partir?"
"Je ne suis pas sûr… probablement demain après-midi. Elle dit qu'elle doit être au nord de Vancouver avant que le tremblement de terre ne se produise, sinon le bateau risquerait d'être soulevé vers le rivage. Edward a décidé quoi faire?"
"Je ne sais pas. Je suis sûre qu'il me le dira ce soir. Je présume qu'il partira avec Alice et toi," réponds-je philosophiquement.
"Aucune chance," répond Jasper avec confiance. "Il restera avec toi. Il ne t'abandonnera pas, Bella, n'oublie que sa vie n'est pas en danger."
"Tu crois qu'il restera?" Je demande en espérant qu'il ait raison.
"Absolument."
En finissant mon milk-shake, je contemple mon avenir et celui d'Edward. Il dit qu'il m'aime et pour le moment, je suis sûre que c'est vrai mais je ne peux pas garantir qu'il m'aimera la semaine prochaine ou le mois prochain, même si Alice pense que je suis sa cantante, peu importe ce que ça veut dire.
Donc l'idée que je lui permette de me transformer en vampire est folle jusqu'à ce que je sois absolument sûre que notre amour mutuel est un amour du genre éternel. De plus, il n'y a pas d'urgence, il est capable de se contrôler quand il est avec moi, alors pourquoi s'embêter pour le moment?
On retourne à la voiture et je prends les clés cette fois. Alors que je conduis Jasper à son appartement qui n'est pas loin du mien, je regarde les voitures et les camions qui nous entourent et qui sont soit pleins de gens et de leurs animaux de compagnie soit de bagages.
La plupart des véhicules ont des barres de toit surchargées ou des remorques mais nous remarquons tous les deux qu'il n'y a pas de camion de livraison ou d'ouvriers dans les camionnettes. Seattle s'arrête lentement et se vide de ses travailleurs et de ses citoyens, ce qui me remplit de soulagement et aussi d'un sentiment d'appréhension.
Je dépose Jasper aussi près que possible de son appartement et je promets de rester en contact par SMS. Et je continue jusqu'à mon propre appartement, je laisse Freddie au dernier étage du parking ouvert le plus proche car je doute avoir besoin de conduire à nouveau. En fait, je me sens assez triste de la quitter. Je m'y suis attachée ces deux dernières semaines et j'espère qu'elle survivra à l'assaut… j'en doute cependant.
Après avoir grimpé la colline sous le soleil chaud et ensuite les escaliers jusqu'à mon appartement, je me sens légèrement malade car l'overdose calorique commence à faire effet. Avant d'entrer, je frappe à la porte de Jessica mais pas de réponse. Je vérifie sous mon paillasson, sa clé est partie et je pense qu'elle a suivi mon conseil et qu'elle a déjà quitté la ville. Quand j'ouvre ma porte, je trouve à l'intérieur un morceau de papier plié avec mon nom griffonné dessus et je suppose que c'est d'elle.
Bella!
Mike et moi allons à Forks pour un moment. Il n'a pas eu de cours aujourd'hui donc on part avant la ruée du weekend. J'espère que tu resteras en sécurité.
Jess x
Je soupire de soulagement mais je me dis qu'il faudra que j'appelle Mike dimanche pour lui dire qu'il ne doit pas revenir en ville lundi et lui dire que sa famille devrait être au milieu du terrain de sport à partir de dix-neuf hures environ lundi soir. Je ne veux pas qu'il soit à l'intérieur ou à proximité des arbres quand le tremblement de terre frappera la ville.
J'appelle Edward pour lui dire que je suis rentrée. Il me dit de rester à l'appartement et qu'il me rejoindra puis m'emmènera à l'hôpital sur le chemin du club d'art. Je suis heureuse d'avoir l'occasion de passer la soirée avec des enfants, ce qui me distraira pendant quelques heures.
Je range puis je mets tous mes vêtements et autres choses dans des sacs et je les entasse près de la porte pour qu'Edward les emmène avec lui sur le bateau d'Alice. J'appelle l'hôpital et on me dit que papa va bien alors je décide d'appeler Sue.
Après lui avoir donné un bref résumé de ce qu'il s'est passé à l'hôpital ce matin, elle se met pleurer, ce qui me fait pleurer, alors on pleure toutes les deux mais au moins cette fois, ce sont des larmes de joie. Après qu'on se soit calmées, je lui demande comment vont Billy et le reste de la famille de Jake.
"Ils vont bien," dit-elle tristement. "J'ai parlé à Billy hier et il m'a avoué que Jacob vivait sur le fil du rasoir et il s'attendait à ce qu'il lui arrive quelque chose d'horrible. Il a dit que quand Jacob était à l'hôpital en train de se remettre de l'accident de moto ou quoi que ce soit, c'était comme s'il souffrait d'un épisode psychotique.
Billy a demandé aux médecins de faire une évaluation psychiatrique mais Jacob a quitté l'hôpital avant. La seule chose qui maintient Billy en vie en ce moment, c'est qu'il a permis à ce que les organes de Jacob soient utilisés pour des transplantations mais je sais qu'il avait un groupe sanguin rare qui est commun au Quileutes, ils n'ont probablement pas été utilisés. Au fait, est-ce qu'ils ont attrapé le conducteur qui lui a roulé dessus?"
"Je ne sais pas," bégayé-je quand quelque chose d'horrible me vient à l'esprit. "Personne n'a relevé le numéro de la plaque…" J'ajoute et soudain je me sens de nouveau malade. Soit c'est la nourriture trop riche soit c'est l'idée que le foie de Jacob vient de sauver la vie de mon père.
"Ça va, Bella ?" dit Sue.
"Euh... Je pense que oui," réponds-je. "Sue, il y a quelqu'un à la porte. Je peux te rappeler demain? Je dois te parler du tremblement de terre, d'accord?" Je finis à la hâte.
Je termine l'appel sans dire au revoir et je m'adosse contre le canapé car mon visage commence à brûler. Si ce que dit Sue est vrai et que Jake a été comme un homme possédé à l'hôpital, peut-être qu'il est sorti de l'hôpital parce qu'il savait que quelque chose d'étrange arrivait à son corps et pas seulement parce qu'il voulait m'attaquer.
S'il se transformait en loup, il aurait pu être surnaturel quand Edward l'a renversé, ce qui veut dire que papa a maintenant un foie surnaturel à l'intérieur de son corps. J'ai vraiment besoin d'en parler avec Edward et immédiatement. Je l'appelle et il me répond tout de suite.
"Edward," dis-je en tremblant. "Y a-t-il une chance que mon père ait reçu le foie de Jacob?"
Il se tait à l'autre bout du fil, ce à quoi je ne m'attendais pas.
"Bella, j'ai entendu les docteurs dire qu'ils avaient eu le foie d'un jeune homme qui avait eu un accident. Ils ont aussi dit que c'était un géant, donc je pense que c'était celui de Jacob."
"Pourquoi tu ne me l'as pas dit?" Je gémis. "C'est horrible."
"Je savais que tu serais contrariée, c'est pourquoi je n'en ai pas parlé. J'espérais que tu ne le saurais jamais. Mais Bella, c'était la seule chance de survie de ton père… tu lui aurais refusé ça ?"
"Non, bien sûr que non, c'est juste que... ça me rend malade de savoir que l'homme qui voulait me tuer fait maintenant partie de mon père et pire encore, que tu l'as tué. Même si je sais que ce n'est pas vrai, on pourrait être accusés d'avoir tué Jake pour sauver mon père."
"Tu veux que je vienne maintenant?" offre-t-il.
"S'il te plaît," je réponds et je me mets à pleurer. Edward raccroche et je peux l'imaginer courir vers sa voiture, enfreindre toutes les lois de la circulation et pousser toutes les autres voitures hors du chemin entre où il vit et ici, ce qui me fait penser, où vit-il? Dans une caverne avec des chauves-souris? Sous terre? Dans une maison sans fenêtre pour que le soleil ne le touche pas?
Je me blottis sur le canapé et me mets en boule. Je ne pleure pas souvent mais j'ai pleuré plus ces derniers jours qu'au cours des dernières années, à part quand j'ai appris que papa était malade, j'ai pleuré pendant une semaine. Je me sens comme une épave émotionnelle, même si c'est compréhensible. J'ai déjà commencé à accepter que quoi qu'il arrive dans les prochains jours si je survis bien sûr, ma vie ne sera plus jamais la même.
Comme j'attends qu'Edward arrive et que je contemple mon avenir, si j'en ai un, j'entends un bruit, comme celui d'un train express dans la rue, de plus en plus fort. Je saute de mon canapé en me précipitant vers la fenêtre lorsque le bâtiment commence à trembler et que les vitres vibrent.
J'entends un fracas venant de la cuisine alors que la vaisselle s'écrase sur le sol puis j'entends des cris venant de l'intérieur du bâtiment. Je cours dans la cuisine où j'ai une meilleure vue sur la rue et je vois avec horreur les bardeaux du toit de l'immeuble d'en face s'effondrer et tomber sur le trottoir en dessous.
Alors qu'une des vitres de ma fenêtre se brise et tombe dans l'évier, j'arrive à la terrifiante conclusion qu'Alice s'est trompée de date.
Note de l'auteur :
Oh doux Jésus! Pensez-vous qu'Alice ait foiré ou pensez-vous que c'est un autre tremblement avant le grand? Vous le saurez bientôt.
Alors Bella a compris que Charlie a été "sauvé" par Jacob. C'est dégueulasse, quand on y pense. Au moins Charlie est vivant et semble bien se remettre. Elle a aussi calmé l'anxiété qui avait explosé entre elle et Jasper. Il avait tout à fait le droit d'être fâché avec elle, alors des excuses étaient nécessaires dans les deux sens.
La prochaine fois... en fait, je ne peux rien dire parce que ce serait trop en dire. Désolée! (Pas désolée).
Joan xx
