Chapitre 25

Severus Snape descendit de son jet privé et fut heureux d'être enfin de retour chez lui. Il n'en pouvait plus de ces conciliabules, de ces rendez-vous, de ces réunions sans fin. Bon, il ne pouvait pas dire que sa présence n'avait pas été nécessaire puisqu'il était l'instigateur de la plupart des projets dans les divers pays qu'il venait de visiter. Seulement quand une personne vous manquait horriblement le reste avait beaucoup moins d'importance d'un seul coup.

Il faisait bon ce matin sur la bonne vieille terre d'Angleterre. Severus regarda Tony s'avancer vers lui, vêtu d'une chemise blanche et d'un pantalon bleu foncé il ne passait pas inaperçu parmi la foule. Son ami était venu le chercher pour prendre un petit-déjeuner avant d'aller au tribunal. Aujourd'hui se déroulait le procès de Lavarice et de ses compères. Même pas le temps de voir Harry, souffla l'homme d'affaire très occupé.

Que faisait son ange en ce moment ? Il n'avait pas cessé de penser à lui durant son long voyage, un mois et demi qu'il était parti, il allait devoir se faire pardonner, et pas qu'un peu en plus.

-Tu as fait un bon voyage ? demanda Tony après lui avoir donné une accolade affectueuse.

-Oui, j'ai dormi tout le trajet, pour une fois on ne m'a pas ennuyé.

-Si difficile que ça ?

-Je n'avais plus une minute à moi, à croire que j'étais le seul à répondre à leurs questions, maugréa le financier en suivant Tony jusqu'à la voiture.

-Je te signale que c'était le cas, non ? C'est bien toi qui a mis cette opération de récupération de jeunes délinquants sur pied ?

-C'est moi, effectivement, soupira l'homme. Si j'ai une autre idée du genre rappelle-moi d'y réfléchir à deux fois avant de me lancer.

Le détective rigola et mit le sac de Severus dans le coffre de la voiture avant de prendre le volant.

-Nous allons chez moi, tu vas d'abord manger quelque chose, prendre une bonne douche pour finir de te réveiller, puis nous irons au tribunal ensemble si tu le veux.

-C'est parfait, acquiesça l'homme en étirant ses longues jambes. Est-ce que Carl sera là ?

-Non seulement Carl sera là, mais aussi Jared.

-Le procès sera à huis clos ?

-Oui, Carl a fait le nécessaire, déjà qu'il a fallu attendre plus longtemps que prévu de voir l'affaire se juger ! Alors le moins que le juge pouvait faire c'était d'acquiescer à notre requête.

-Tu as eu des nouvelles d'Harry ?

-Je me demande encore pourquoi vous ne vous téléphonez pas quand tu es au loin, bizarre, non ?

-C'est Harry qui me l'a demandé quand je l'ai appelé la première fois, je ne sais pas pourquoi mais il préférait que ça se passe ainsi, répondit Severus.

-Il allait bien la dernière fois que je l'ai eu au bout du fil, justement. Il tentait de faire entrer dans la tête des gamins des exercices de lecture et d'écriture, pouffa le détective. Il n'a pas dû s'ennuyer avec les morpions.

Snape sourit.

Deux heures plus tard Tony et Severus montèrent les marches du tribunal, accompagnés de Jared qui les avait rejoint un peu plus tôt chez le détective. Quelques journalistes avaient leurs caméras braquées sur eux, aucun des trois hommes n'aima le fait, mais ils ne protestèrent pas.

Jared, Tony, et Severus, allongèrent cependant le pas pour éviter d'être abordé. Ils n'avaient pas envie de discuter avec ces requins, surtout si c'était pour voir leurs propos déformés ou mal interprétés.

Le jugement était bien à huis clos, sur la demande express de Carl pour éviter que Jared ne soit pris à parti. Après tout les exactions du père n'avaient pas besoin de rejaillir sur le fils.

Le juge Dumbledore les salua gravement quand ils entrèrent dans la salle. Le vénérable homme était aidé d'une greffière et d'un jeune juge qui avaient déjà pris place devant leur bureau respectif. De l'autre côté se trouvait le banc des accusés encore vide, et devant le banc, assis devant une table imposante et longue, trois avocats attendaient patiemment l'arrivée de leurs clients.

-Asseyez-vous, messieurs, nous allons commencer, dit le juge Dumbledore. Monsieur le chef de la police, Carl Henson, ne devrait plus tarder à nous rejoindre.

Severus, Tony, et Jared, prenaient place au premier rang quand ils entendirent la porte s'ouvrir et se refermer grâce aux gardes en faction devant ladite porte.

-Excusez mon retard, fit Carl en rejoignant ses amis sur le même banc. Il y a une cohue pas possible dehors.

-Très bien, nous allons pouvoir commencer, signala le juge. Greffière, faites entrer les accusés je vous prie.

-Trois hommes entrèrent, Herbert Lavarice, le directeur de l'orphelinat. William Swenson, le cuisinier. Et Rick Digger, un employé véreux. Les trois avocats qui allaient plaider leur défense regardèrent les policiers assoir d'autorité les prévenus, ceux-ci s'assirent de mauvaise grâce mais un mot de leur avocat les fit tenir tranquille immédiatement.

Le cuisinier aussi haut que large prit à lui tout seul deux places, laissant aux deux autres le reste du banc. Lavarice fit une grimace d'agacement tandis que l'employé fit mine de rester indifférent.

-Nous sommes ici pour juger ces trois hommes dont voici les chefs d'inculpations : Abus de biens sociaux, maltraitances sur enfants mineurs, vols aggravés, blanchiment d'argent, coups et blessures, commenta le juge de sa voix froide et accusatrice.

Les accusés essayèrent de protester mais leurs paroles furent étouffées par un signe du juge qui leur promit des représailles exemplaires si un seul mot sortait de leurs lèvres avant qu'il ne finisse la liste des accusations.

-La parole est à l'avocat de la partie civile, ajouta-t-il cinq minutes plus tard.

-Merci, monsieur le juge, dit en se levant Alexander Delaware, un homme que Severus avait enrôlé dans son équipe deux ans plus tôt. Un homme efficace et droit et ardent défenseur des opprimés.

Alexander posa les premières questions qui déstabilisèrent Lavarice qui ne sut quoi répondre, Swenson et Digger ne firent pas mieux que leur directeur. L'avocat les cloua au pilori en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire. Trois heures pendant lesquelles l'homme tarabusta et questionna les accusés qui perdirent de leur superbe au fur et à mesure que le temps passait.

Severus ne prononça pas un mot, Alexander faisait un travail fabuleux, aucune chance que les autres s'en sortent, il était impitoyable.

Le juge interrompit la séance quand il vit que Lavarice était près de la crise de nerf et que les avocats demandaient un arrêt immédiat, le temps que les prévenus se reprennent et se calment, insistèrent-ils.

-Nous reprendrons dans deux heures, messieurs, le temps pour vous de déjeuner, annonça le juge Dumbledore qui prit un document qu'un greffier, venant de l'extérieur, lui avança en murmurant quelques mots près de son oreille. Ramenez les accusés en salle de détention, ajouta-t-il en s'adressant aux policemans.

Quand ils eurent disparus derrière la porte et que les avocats de la partie adverse eurent passés la porte eux aussi, Dumbledore fit signe à Severus et à ses amis de le rejoindre.

-Mon cher ami, je sais que je peux vous parler librement et que Tony, Jared, et Carl, sont dignes de votre confiance.

Severus opina gravement.

-J'ai là une information qui vient de me parvenir et qui doit absolument rester confidentielle. Que dis-je ! Ultra confidentielle.

Le financier se raidit, pressentant le pire car le juge s'adressait particulièrement à lui.

-Je ne vous ai rien dit, bien évidemment, si cela se savait j'aurais des ennuis vous vous en doutez bien.

Les quatre hommes acquiescèrent.

-Nous n'avons pu prouver ces dires, des preuves compromettantes ayant disparues étrangement. Cependant, Severus, il s'avère que vos parents, Tobias et Helen Snape, ont trempé dans cette affaire que nous jugeons aujourd'hui. Ils étaient de mèche avec le trafic de blanchiment d'argent, et je ne cite que ce délit, vous pensez bien, mon cher ami.

-Pourquoi je ne suis pas étonné ! Grinça Snape en serrant les poings. Où il y a un sale coup à faire ils sont impliqués.

-Et jusqu'à maintenant on n'a jamais pu les prendre en flagrant délit, affirma Tony. Et Dieu sait pourtant que j'y travaille d'arrache pied !

-Je sais, Tony, lui répondit le juge qui le connaissait bien car à l'occasion ils se rencontraient pour certains dossiers épineux.

Carl posa une main réconfortante sur l'épaule de Severus, celui-ci fulminait littéralement.

-Laisse-nous régler cette affaire pour aujourd'hui, prend ton après-midi et même la journée de demain pour décompresser et va voir Harry. Voilà des semaines que tu ne l'as vu, décida le chef de la police pour son ami.

-Je…oui, se décida le financier en remerciant ses amis de leur sollicitude, des amis qui avaient toujours été là pour lui. Avertissez-moi si vous avez du nouveau sur cette affaire. Tony, je veux que tu aides Alexander autant que tu le peux, ces ordures ne doivent pas s'en sortir.

-Je vais faire mon possible, salue Harry pour moi et…Ludovic tant que tu y seras. Tiens voilà les clés de ma voiture, Jared me raccompagnera chez moi quand nous aurons finis ici.

Severus attrapa les clés au vol, il prit le temps de passer chez lui pour se changer et malgré sa fatigue roula vers Harry qui ne devait pas s'attendre à son arrivée.

En fait le jeune homme se trouvait au milieu des enfants en ce début d'après-midi. Il expliquait à certains comment conjuguer le verbe être tandis que ceux qui avaient déjà cette pratique faisaient des fiches de math, apprenant par là comment faire une soustraction et une division. Fiches qu'il préparait le soir quand tout le monde était couché, après ses propres cours de gestion qu'il révisait assidûment.

Harry faisait ça depuis un mois passé et les leçons commençaient à porter leurs fruits puisque tous, y compris ceux qui ne l'avaient jamais fait, savaient écrire correctement. Bien sûr ce n'était pas comme si les enfants avaient reçu cette éducation venant de personnes qualifiées, mais bon dans le fond c'était toujours mieux que rien. Dans quelques mois la rentrée sera là et il voulait que tous les mômes sachent au moins lire et écrire, sauf les jumelles, évidemment.

Harry mordilla son crayon tout en regardant Dee-Dee et les autres recopier les mots faciles qu'il avait écrit sur un tableau qu'il avait récupéré dans la cave.

-oui, les encouragea-t-il. C'est très bien, les enfants. Demain on pourra faire des mots un peu plus difficiles et plus longs. Comment tu t'en sors, Marjorie ?

-Je connais déjà la table de trois et de quatre, annonça fièrement la fillette. Tu veux que je te les récite ?

-Si tu te sens prête, oui.

La jeune demoiselle, qui venait de fêter ses onze ans, récita ses tables de multiplication sans se tromper une seule fois. La gamine arborait autour du cou le mp3 qu'Harry lui avait offert pour son anniversaire, et elle couvait d'un œil tendre et possessif les livres que Ludo lui avait offert lui aussi. Elle était fière et heureuse, elle avait l'impression que tous étaient sa famille, comme si elle les avait toujours connu, c'était son premier anniversaire, un vrai, et tout ça grâce à Harry et à Ludo.

Harry tournait le dos à la porte, il ne vit pas le regard attendri de son amant ni sa fierté de le voir si impliqué dans la vie de ces gamins qu'il aimait tant. Severus sentit son cœur frapper sourdement dans sa poitrine, il était si beau, si désirable. Il était amoureux indéniablement, et pour lui ce mot ne signifiait pas qu'il s'agissait d'une plaisanterie, il était important, aussi sûrement que le fait qu'il voulait passer sa vie entière avec lui.

Ludovic qui avait aperçu Severus sourit avec douceur. Le regard que l'homme lançait vers Harry paraissait si plein rempli d'amour et de tendresse qu'il fut jaloux pendant un quart de seconde que ce regard ne fut pas celui de Tony pour lui. Ludo pensa qu'il était évident que ces deux-là finiraient leur vie ensemble, Severus ne fuira pas, lui, pas comme le détective, il n'était pas un lâche, lui, rumina injustement le cuisinier.

L'ancien squatteur fut surpris du silence soudain des enfants et de Ludo. Il se retourna promptement et son visage s'éclaira subitement tandis qu'il se précipitait entre les bras de Severus que celui-ci avait écartés pour recevoir le corps chaud de son amour contre le sien.

Ludovic fit sortir les enfants pour laisser un peu d'intimité aux deux amoureux.

-Tu m'as tellement manqué, souffla Harry. Tous ces jours n'ont paru une éternité sans toi.

Le financier ne répondit pas, il s'empara de la bouche du jeune homme et l'emporta dans un baiser indécent et plein de promesse. Les langues se déchaînèrent l'une contre l'autre, Severus tenait solidement Harry par la nuque d'une main, tandis que de l'autre il lui caressait le dos et le bas des reins.

-Allons ailleurs, parvint à dire le plus jeune qui sentit son corps frissonner entièrement tellement son homme faisait passer entre eux un fort courant de désir.

Snape acquiesça et tous deux disparurent derrière la porte pendant que Ludovic emmenait les enfants jusqu'au village pour acheter de nouveaux crayons dont ils n'avaient nul besoin, et pour s'arrêter dans un pub afin d'y siroter un bon Coca ou un Orangina bien frais avec Antoine et Robert qu'ils allaient prendre en passant.

Dans la chambre d'Harry des souffles s'accélèrent et des vêtements tombèrent sur le sol dans un joyeux méli-mélo teinté d'érotisme. Des mains fébriles glissèrent sur des peaux brûlantes. Des yeux se fermèrent de plaisir sous les merveilleuses sensations que les érections provoquèrent quand des doigts taquins les caressèrent habilement.

Severus mordilla les lèvres de son amant et dans son empressement le fit saigner. Harry gémit mais non de douleur, bien au contraire, la morsure exacerba encore plus ses sens sous la langue farfouilleuse de son compagnon.

-Je suis fou de toi, souffla Snape. Et tu es à moi, tu m'appartiens, mon amour.

-Je ne suis qu'à toi, répondit le jeune homme tandis que Severus le soulevait et le plaquait contre le mur de la chambre.

-Tu m'as terriblement manqué, morveux.

-Et à moi donc ! Cria Harry quand l'homme s'enfonça en lui dans un grand coup de rein, oubliant pour le coup de mettre un préservatif.

L'ancien squatteur reçut en lui l'imposante érection en remerciant son corps de s'être habitué à elle. Severus était bien pourvu c'était un fait, mais il pouvait la prendre plus facilement maintenant, et presque sans douleur encore.

Le financier fit des va-et-vient énergiques, il ne voulait pas prendre son temps, pas quand la pression dans son bas ventre était aussi douloureuse. Il avait besoin de faire l'amour à Harry de suite, d'éjaculer dans son corps gracile et superbe, puis de le reprendre en prenant cette fois tout son temps. Caresser sa peau, suçoter sa langue et ses lèvres et son sexe, embrasser son corps et savourer le goût de son plaisir après lui avoir prodigué milles effleurements sensuels.

Snape s'enfonça une fois de plus en Harry, ses mains qui tenaient ses hanches fines laissèrent des empreintes de doigts. Il ne pouvait plus s'arrêter, il ne le voulait pas, il avait besoin de ce corps contre lui, de le sentir l'entourer et trembler, d'entendre ses cris et ses gémissements de plaisir, d'entendre leur deux corps claquer l'un contre l'autre et surtout, surtout, d'entendre les mots d'amour que Harry murmurait contre son cou.

Les deux amants se répandirent en même temps. Harry rejeta la tête en arrière tandis que Severus se tendait entre les jambes de son jeune compagnon. Ils mirent un temps infini pour reprendre leur respiration. Snape déposa ensuite Harry sur le lit et dans la pénombre de la chambre aux volets clos ils savourèrent ensemble une plénitude radieuse avant de s'aimer une fois encore.

Quand Harry, dans les bras de Severus, entendit Ludovic revenir, il se releva à moitié sur son homme.

-Il faut que je me lève, chuchota-t-il en caressant le nez de Snape avec son index.

-Ca te dérange si je continue de profiter de ton lit ?

-Non, sourit le jeune directeur de la pension pour enfants abandonnés. Comme ça je suis sûr de te retrouver ici quand je reviendrai tout à l'heure.

-Je te promets de ne pas partir, et puis je n'en ai nullement l'envie, mon ange. Heu…Harry, nous avons oublié un élément indispensable…. dans mon empressement.

-Je sais, mais j'ai aussi pris connaissance de ta lettre et de tes résultats médicaux que tu m'as envoyés, il n'y a aucun mal, nous sommes cleans tous les deux, chéri.

-Je voulais que tu sois…

-C'est ce que je voulais, je te l'avais demandé, c'est pourquoi j'avais pris les devants.

-Malgré le fait que tu détestes les piqûres ?

-Pour toi je ferais n'importe quoi, tu le sais, et puis c'est mieux ainsi, non ? ajouta malicieusement Harry.

Le jeune homme l'embrassa avant de prendre une douche rapide et de se rhabiller. Quand il repassa par la chambre Severus avait déjà sombré dans le sommeil, Harry déposa un autre baiser sur l'épaule dénudée, puis il sortit de la pièce avec un sourire éclatant sur les lèvres.