Auteur : Ruth Dedallime
Disclaimer : Harry Potter à Rowling, pas à moi.
Rating : K
Ecrit dans le cadre de la 18e nuit d'écriture du FoF, thème "pépin". Percy Weasley revit ses angoisses d'enfance. 507 mots.
Un pommier dans le ventre
Je n'aime pas les pommes. La pomme m'angoisse. J'ai peur des pommes tout simplement.
Quand j'étais enfant, mes grands frères me disaient toujours que si j'avalais les pépins du trognon, un pommier allait me pousser dans le ventre et que des feuilles et des branches me sortiraient par la bouche... Même si aujourd'hui, je sais que c'est absurde, je ne peux m'empêcher de penser que la magie peut beaucoup... Et qu'un pommier pourrait bien me pousser dans le bide pour peu qu'un de mes imbéciles de frères ne me lance le sort de croissance accélérée qui convient ! C'est pour cela que les jumeaux m'ont toujours irrité avec leurs idées dangereuses. Ils s'imaginent qu'on a le droit de tout faire... Du moment que c'est drôle. Du moment que ça fait rire. Mais ça ne fait jamais rire à leurs propres dépens, n'est-ce pas ?
Je fais souvent le même cauchemar. Je sens la pousse prendre racine dans mon ventre, le pommier se dresser, ses premières feuilles me chatouillant les parois de l'estomac. Puis croître avec une lenteur atroce le long de mon oesophage. Je me sens étouffer alors que les feuilles au fond de ma gorge forment un amas de verdure qui finit par sortir par la bouche, par le nez. Mais je ne peux pas mourir. Des branches poussent de l'intérieur et me crèvent les yeux, les tympans. Les branches, les racines enserrent mon coeur et le compressent dans un tapis de mousse humide. Ma peau verdit. Mais je ne parviens toujours pas à mourir. La magie ne peut rien. L'arbre impitoyable me garde en vie et me nourrit de ses pommes.
Alors, enfin, je m'éveille en sursaut, en sueur, le coeur oppressé. Vivant. Et sans une goutte de chlorophylle dans le corps. Je ne peux m'empêcher de rire ! Merlin soit loué, je ne vis pas d'eau et de soleil. Je ne donne pas de fruits. Je n'ai pas à me forcer à manger des pommes jusqu'à la fin des temps.
Sur la table du petit-déjeuner, ma femme a disposé une corbeille de fruits : abricots, raisins, kiwis, poires, un régime de bananes, deux citrons verts, un ananas... Pas une pomme en vue. Audrey sait que j'aime les fruits, mais que la pomme et moi ne sommes définitivement pas en bons termes. Pourquoi je ne mets pas les poires et les raisins - autres fruits à pépin - dans la même catégorie que les pommes ? C'est triste à dire... Tout simplement, parce que nous, Weasley, étions trop pauvres pour avoir d'autres fruits que des pommes. Je n'ai goûté le raisin ou la poire qu'à Hogwarts... A un âge bien trop avancé pour croire encore à la fable du pommier dans le ventre.
