Juste un mot avant de vous donner le premier chapitre de la troisième partie, pour dire aux personnes qui m'ont laissé des reviews et des messages, qu'il y a un bug et que je n'arrive pas à y répondre. Surtout ne prenez pas mon silence pour de l'indifférence... je vous répondrai dès que j'en aurai la possibilité. A tous, d'ores et déjà merci.

TROISIEME PARTIE : ALIX, OMBRE ET LUMIERE

CHAPITRE 1 : LE RETOUR D'ALIX O'BRIEN

« Miss O'Brien ! C'est un plaisir de vous retrouver ! Asseyez-vous, je vous en prie ! »

Alix prit place autour de la grande table ovale. Elle était un peu en retard. Elle n'avait repris ses fonctions que le matin-même, et si Emily avait préparé son retour avec le plus grand soin, le nombre de dossiers qui s'étaient accumulés en trois semaines était proprement hallucinant. Et cette réunion, prévue à peine deux heures après son arrivée ! Elle l'avait préparée rapidement, toujours avec l'aide de sa secrétaire mais elle ne maîtrisait pas tous les thèmes et elle était un peu nerveuse. Elle s'assit donc en silence, prenant soin de positionner devant elle les documents auxquels elle pensait pouvoir se référer…

Elle sentait tous les regards sur elle. Et à ce moment-là, elle trouvait cela très désagréable. Pas besoin de recourir à la légilimancie pour deviner leurs réflexions : « une petite arriviste, qui a ravi le poste que convoitait Janus Alexander simplement parce qu'elle couche avec Malfoy. »

« Vous connaissez tout le monde ici je crois, Miss O'Brien ? »

Alix releva la tête d'un air hautain pour regarder les personnes qui se trouvaient autour de la table… et faillit s'étrangler. Lucius était de l'autre coté, pas tout à fait en face d'elle. Il devait se pencher un peu en avant pour être dans son champ de vision. Elle sourit froidement à tous et fit un signe de tête.

« Monsieur Gawtrey nous disait que la plupart des bâtiments de Claratown ont besoin d'être rénovés.

- L'insalubrité de ce quartier est inadmissible, Monsieur le Ministre.

- Claratown est un quartier dans lequel on trouve une forte population d'hybrides et de créatures magiques.

- Ce quartier avait été construit il y a deux siècles pour des sorciers assez aisés. Les bâtiments sont assez beaux mais complètement délabrés. Rien n'a été fait pour ce quartier depuis sa construction et il est de plus en plus insalubre.

- Mais alors qu'elle est votre demande ou votre proposition, Monsieur Gawtrey ?

- C'est un quartier pauvre. Les habitants s'en sortent à coup de sortilèges… mais ce n'est pas suffisant. Certains problèmes ne peuvent être résolus qu'avec l'apport de matériaux. La plomberie est carrément dangereuse dans certains appartements… des toitures doivent être refaites aussi…. Les cheminées ne fonctionnent plus pour la plupart. Je demande que le Ministère étudie notre demande de réhabilitation de ce quartier. »

Le petit sorcier à lunettes qui venait de s'exprimer jeta un coup d'œil anxieux aux visages de ses interlocuteurs. Il sursauta presque lorsque Lucius Malfoy demanda d'un ton sarcastique :

« Vous êtes en train de nous demander de loger les hybrides ? De leur donner des logements confortables ?

- Eh bien… à tout le moins, de leur permettre de vivre de manière décente. »

Lucius se contenta de hausser les sourcils d'un air étonné en regardant les quelques personnes qui l'entouraient.

« Nous avons bien d'autre projets, mon cher Gawtrey ! dit Fudge. Les hybrides sont logés ?

- Bien sur mais… monsieur le Ministre, si vous acceptiez de m'accompagner… »

Le ministre eut une grimace de dégoût.

« S'ils sont logés, cela me parait suffisant pour le moment. Nous pourrons toujours lancer une opération de réhabilitation dans les années qui viennent… Il faudra simplement le prévoir au budget… Quand on voit le montant des travaux…

- La somme inscrite dans ce dossier représente le montant global. Mais des priorités pourraient être définies…

- Oui bien sûr… mais…

- Une telle opération a été lancée il y a 10 ans dans un quartier de Salisbury je crois, intervint Alix.

- Tout à fait Miss O'Brien.

- Je me souviens avoir lu que cette réhabilitation avait eu un effet très positif sur la communauté sorcière de Salisbury d'une manière générale… Notamment on avait enregistré une baisse de la délinquance et de la violence juste après. On dit toujours depuis que Salisbury est l'une des communes les plus agréables à vivre…

- Miss O'Brien pense apparemment qu'en changeant la plomberie d'une tanière de loup-garou, on en fait un être humain ? »

La voix de Lucius avait cinglé l'air comme un fouet. Alix soutint son regard glacial et amena même un sourire sur ses lèvres pour répliquer d'une voix douce :

« Je pense que ce dossier mérite d'être étudié, Monsieur Malfoy. Le projet est onéreux mais nous pouvons chercher des financements privés … Cependant, ne vous inquiétez pas, il n'y a pas une personne autour de cette table qui a pensé un moment que vous seriez le mécène d'une telle opération… »

Il lui rendit son sourire, froidement.

« J'aime investir utilement, Miss O'Brien… que l'on parle d'argent ou de temps !

- J'entends bien, Monsieur Malfoy. Mais là où vous n'investissez pas, d'autres peuvent être tentés de le faire… Vos intérêts ne sont peut-être pas systématiquement les mêmes que ceux de l'Etat ?»

Elle se tourna vers le Ministre.

« Ce serait l'occasion de renouer le dialogue avec cette frange de la population, Monsieur le Ministre.

- Renouer le dialogue ? Franchement, je ne vois pas l'intérêt que le Ministère pourrait avoir dans la fréquentation de ces espèces, intervint un sorcier, près de Lucius.

- Le mécontentement commence à gronder chez les hybrides, expliqua Alix. Les lois contre eux sont de plus en plus drastiques.

- Le Ministère a fait des choix… répliqua une sorcière qui se trouvait à la droite de Lucius.

- Je ne reviens pas sur la pertinence des choix qui ont été faits… Mais la situation est telle à présent qu'il y en a un autre à faire d'urgence : on reprend le dialogue ou on bâillonne. Sans cela, la prochaine étape sera la répression. Et réprimer une manifestation ou une révolte est beaucoup plus difficile à assumer face à la population. – elle se tourna vers le Ministre - Je ne suis là que depuis ce matin, Monsieur le Ministre… mais il me semble que ce dossier mérite d'être approfondi. Le quartier de Claratown est un véritable souci du point de vue de la sécurité. Un intervention de l'état ne peut pas être malvenue… et la réhabilitation du logement peut être un angle d'attaque intéressant.»

Elle vrillait dans ses yeux la pointe de ses prunelles grises. Il détourna le regard et chercha celui de Lucius. Alix le rappela à elle immédiatement d'une voix douce :

« Nous ne parlons que d'étudier ce projet, Monsieur. Pour le moment, nous ne nous engageons à rien. »

Elle avait gagné la partie. A partir du moment où on ne lui demandait pas de prendre une décision… Elle sentit immédiatement qu'il se détendait. Fudge demanda pour la forme aux autres participants, qui n'avaient rien dit :

« Y a-t-il une objection ? »

Puis devant l'absence de réaction, trancha :

« Miss O'Brien, j'attends vos propositions. Je vous laisse deux mois. »

Elle fit un signe de tête. Elle sentait sur elle le regard brûlant comme de la glace de Lucius.

« Second point à l'ordre du jour… » continua Fudge.

... ... ... ... ...

Elle savait qu'il ne serait pas long à la rejoindre mais elle ne pensait pas qu'il la suivrait aussi ostensiblement de la salle de réunion jusqu'à son bureau.

« Miss O'Brien ! Puis-je vous parler une minute ? »

Oui bien sûr mais… elle n'avait fichtre aucune idée de ce qu'elle allait lui raconter. Depuis une semaine, elle faisait et défaisait en elle-même d'improbables dialogues… sans avoir pu déterminer quelle devait être son attitude et comment elle expliquerait son silence…

Elle le regarda entrer dans son bureau et son cœur se serra. Ce port altier… ces yeux gris dont elle connaissait la moindre nuance… C'était bête, mais elle regrettait presque à cet instant le temps passé à se battre contre la Force. Elle aurait voulu que rien n'ait changé et pouvoir simplement, une fois la porte fermée, s'approcher et se blottir contre lui. Et entendre à nouveau sa voix grave : « Est-ce que je serais ici, si je ne t'aimais pas ? »

Mais il ne semblait pas d'humeur à murmurer des mots d'amour. Comme elle ne disait rien, il prit la parole, froidement :

« Alors ?

- Alors quoi ?

- Mes intérêts ne rejoignent pas ceux du ministère ? »

Elle sourit. Parler de ça pour ne pas parler d'autre chose… Lucius se montrait en général beaucoup plus direct avec elle…

« Pas systématiquement en effet. Ce n'est quand même pas une découverte pour toi !

- Tu ne crois pas que d'autres projets sont plus importants que cette histoire…

- Eh bien occupe-toi de ces projets importants et laisse-moi m'amuser avec cette broutille… »

Il était incertain de l'attitude à avoir. Elle le sentait bien. Et il montait cette histoire d'habitat en épingle… Il y voyait probablement le signe qu'elle n'était plus avec lui. Elle eut la tentation de sauter sur l'occasion et de régler le problème. Malentendu – rupture – histoire terminée. Mais à cette idée, une boule monta dans sa gorge. Ce n'était décidément pas si simple.

« Je t'ai attendu hier soir, reprocha-t-il enfin.

- J'étais fatiguée. J'ai préféré rester seule.

- Ton impatience à me revoir me touche ! »

Tout ce que supposait ce reproche teinté d'ironie…

« Je n'étais vraiment pas en forme. J'ai été malade moi aussi. »

Le mensonge était sorti tout seul… sans qu'elle y réfléchisse. Elle décela un doute dans son regard.

« Tu es pâle en effet…

- Oui… j'ai passé trois semaines difficiles.

- Tu n'as pas eu beaucoup de temps pour répondre à mes lettres !

- Non, je n'avais pas beaucoup de temps… et surtout je n'en avais pas envie. »

Elle vit qu'elle l'avait blessé.

« J'avais besoin de faire le point, Lucius…

- Le point sur quoi ? »

Il parlait toujours d'une voix très froide. Elle le regarda d'un air grave.

« Sur nous, bien sûr. Il y a eu tellement de choses ces derniers temps…

- Je trouve que c'est un peu facile d'avoir des doutes juste au moment où tu obtiens le poste que tu convoitais… »

Elle secoua la tête lentement. Le coup était bas mais il était faible… En terme de sarcasme, elle le savait capable de bien mieux…

« Ne sois pas insultant inutilement. Et puis d'abord, ce n'est pas le poste que je convoitais, tu le sais très bien… Je te parle de nous, Lucius. Je ne te parle pas de ma carrière…

- Ta famille ne m'aime pas beaucoup. J'imagine qu'on t'a parlé de moi…

- Et que pouvait-on me dire que je ne sache déjà ?

- Personne n'a essayé de… te faire valoir que tu serais beaucoup mieux sans moi ?

- Oh… Effectivement… on ne t'aime pas beaucoup mais…

- Mais ?

- Mais est-ce que je serais là, si je ne t'aimais plus ? »

Elle s'était approchée et il l'attira d'un geste brusque, la dominant de sa taille, de sa force… Elle plongea son regard gris clair dans le sien et murmura :

« Je mentirais si je te disais que tu m'as manqué, Lucius. Mais ce qui est sûr, c'est que je suis heureuse de te retrouver. »

Il se pencha pour prendre ses lèvres mais elle détourna la tête :

« Cependant, cela ne veut pas dire que je ne me suis pas posée de questions… et je suis tout de même arrivée à une conclusion. »

Il ne répondit pas mais ses yeux se plissèrent d'intérêt.

« Je ne veux pas te suivre dans tes … activités. Autant que tu le saches tout de suite. Je n'irai pas jusque là. Tu devrais me faire subir un sortilège d'amnésie ou modifier ma mémoire … ou je ne sais quoi… Je ne veux pas savoir, Lucius, ce que tu fais…

- Un sortilège d'amnésie… oui si tu veux… on verra… mais … »

Il caressa de ses lèvres le grand front têtu, les fit glisser le long de l'arête du nez impertinemment levé vers lui, et prit sa bouche avec une douceur qui les emporta tous les deux dans un tourbillon de sensations retrouvées…

« Alors… Je ne t'ai pas manqué… ? »

Elle secoua la tête.

« Je vais te faire payer chaque minute de ton absence… Je te promets que tu n'auras plus jamais envie de t'en aller… »

Il l'embrassa encore, approfondissant son baiser.

« D'abord, je t'interdis de t'éloigner désormais. Je t'interdis de faire le point. Je t'interdis de penser seulement que tu pourrais ne pas me voir quand j'ai envie d'être avec toi… »

Le ton de sa voix avait légèrement changé. Elle ouvrit les yeux. Y avait-il vraiment une menace… ?

« Je fais ce que je veux Lucius. Ne t'avise pas de m'en empêcher. »

Il soutint son regard. Elle sentit ses mains glisser le long de ses cuisses et remonter doucement sa robe de sorcière tandis qu'il la poussait contre son bureau.

« Et là… maintenant… qu'est-ce que tu veux ? »

Elle le regarda intensément et passant sa main derrière sa tête et attira son visage jusqu'au sien.

« Ce que je voudrais, c'est avoir le temps de te retrouver vraiment… Mais j'ai du travail en retard et un rendez-vous qui arrive dans une demi-heure et pour lequel je ne suis absolument pas prête.

- Quelques minutes…

- Quelques minutes ? Ca n'en vaut vraiment pas le coup ! Retrouvons-nous plutôt ce soir…

- Alix…

- Ce soir, Lucius – elle l'embrassa et le repoussa – s'il te plait ! »

Quand il fut parti, elle soupira imperceptiblement. La situation était inextricable. Il aurait fallu le quitter… peut-être mais… allons, elle savait bien qu'il ne la laisserait pas faire. Et… oh ! Elle manquait si cruellement de volonté quand elle était avec lui. Oui, il était dangereux et elle le savait. Et en même temps, ce n'était pas la peur qui l'attachait à lui. Elle aurait voulu que la cérémonie du Mens Praestes ait fait également table rase des sentiments. Mais, visiblement, ce n'était pas le cas. Elle avait maîtrisé la Force du Mal. Mais Lucius, lui… eh bien, il était toujours Lucius. Et elle le retrouvait tel qu'elle l'avait quitté, à peine trois semaines auparavant.

Mieux valait, pour le moment, prendre le temps d'analyser la situation… Après tout, il ne lui demandait que de conforter ses idées politiques auprès de Fudge… et cela, elle pouvait le faire. Ils étaient si souvent d'accord, tous les deux. Et puis, elle se savait assez fine pour louvoyer quand il faudrait louvoyer… En politique, tout était une question de nuances, finalement.

... ... ... ... ...

En son absence, bien des choses s'étaient passées ! Elle apprit dans l'après-midi même de la bouche de Percy Weasley que Dolores Ombrage s'était faite nommer Grande Inquisitrice de Poudlard.

« Grande inquisitrice ? Et quelles sont les prérogatives d'une grande inquisitrice ?

- Principalement, cela lui donne la possibilité d'inspecter ses collègues… et ainsi de contrôler la qualité de l'enseignement dispensé… A terme, bien sûr, elle aura un droit de regard sur les programmes…

- La qualité de l'enseignement ? »

Alix fronça légèrement les sourcils. Mentalement, elle passa en revue les différents professeurs qu'elle connaissait… Rogue bien sûr… excellent… Mais pas deux sous de pédagogie ! Flitwick et sa voix insupportablement couinante… une vraie scie pour les nerfs ! Sinistra qui perdait le fil de sa pensée une fois sur deux… Hagrid… tout sauf un prof celui-là ! Et cette vieille chouette de McGonagall…

Percy reprit d'un ton qui se voulait sarcastique en lui jetant un regard complice :

« Ah ! La vieille McGo'… Elle ne va pas faire long feu celle-là ! »

L'imbécile !

« Je ne vois pas vraiment ce qu'on pourrait lui reprocher ! »

Non… elle n'aurait jamais cru qu'elle s'entendrait dire ça un jour… Mais bon… tous les élèves ou presque obtenaient leurs B.U.S.E.S. avec la vieille chouette… Et puis surtout, elle ne supportait pas la lâche hypocrisie de ceux qui brûlaient à grands cris les idoles qu'ils avaient autrefois adorées. Cette comédie l'avait amusée pendant l'été… mais maintenant, elle l'écoeurait.

Percy se reprit et se penchant d'un air important :

« Allons, nous savons toi et moi qu'elle est du mauvais côté ! Dolores aura tôt fait de trier le bon grain de l'ivraie.

- Le problème, Percy, c'est que selon ce critère-là, il n'y a actuellement que de l'ivraie à Poudlard ! Vous comptez refaire tout le staff d'ici la fin de l'année ?

- Non bien sûr… mais donne-lui un an…

- Dolores, directrice de Poudlard ? »

Elle préférait ne pas en dire plus devant ce benêt bouffi d'orgueil depuis qu'il était le larbin de Fudge. Mais elle n'aimait pas ça… L'école revêtait une image sacrée pour elle… Et même si elle avait beaucoup critiqué le système, Dumbledore et ses professeurs… au moins il fallait reconnaître qu'on y enseignait et qu'on n'y faisait pas de politique. Et puis, qu'est-ce que Dolores pouvait connaître aux qualités pédagogiques et à la conception des programmes, elle qui n'avait jamais enseigné ?

Mais Lucius, quelques jours plus tard, ne fit que rire de ses interrogations.

« Mais enfin… ton fils est encore à Poudlard ! Ca ne t'inquiète pas de savoir cette incapable prête à prendre les commandes ?

- Quand Dolores aura les commandes… je les aurais aussi !

- N'en sois pas si sûr Lucius ! Dolores aime trop le pouvoir pour ça…Ce n'est pas Fudge… Elle ne sera pas ta marionnette bien longtemps… A moins bien sûr que tu n'ailles jusqu'à coucher avec elle ?

- Pouah ! rit-il… non, là, il y a quand même des limites que je ne peux pas dépasser !

- En attendant, elle aura largement le temps de pourrir la scolarité de ton fils !

- Drago en saura toujours assez pour tenir son rang !

- Tenir son rang ? »

Alix eut un petit rire incrédule.

« Lucius, par moment, je te trouve… délicieusement désuet ! Ca ne te vient pas à l'idée que le Petit Prince pourrait travailler… un jour ? Tu comptes faire quoi de ton fils ? Il se vautrera dans le vice et la paresse en attendant que Papa soit assez vieux pour le laisser à la tête de son patrimoine… Qu'il s'empressera de dilapider crois-moi… s'il ne change pas… Parce que je ne veux pas te décevoir, mais à ce jour, il n'a rien dans la tête ! »

Elle sentit qu'elle l'avait vexé. Il répliqua un peu sèchement, en se levant et en commençant à s'habiller :

« Ce n'est pas parce que toi, tu as choisi de travailler, que tout le monde doit en faire autant. Ca t'amusait de jouer les bonniches pour Ombrage ? Je n'en n'ai pas vraiment eu l'impression… Peut-être devrais-je regretter de t'avoir arrachée à ce glorieux statut ?

- Ce n'était pas drôle mais c'était quelque chose… une expérience… C'était la vie quoi ! Mais… - elle se leva à son tour et l'enlaça, l'empêchant d'enfiler sa robe de sorcier – tu as très bien fait de voler à mon secours ! – Elle l'embrassa – Je te suis très reconnaissante. »

Il sourit enfin.

« Vraiment très reconnaissante ? »

Elle fit signe que « oui » de la tête.

« Tu aurais dû être ma fille… »

Elle rit doucement :

« Ta fille ? Quelle drôle d'idée ! Vu la modernité de tes idées, je serais déjà mariée à un beau parti et j'aurais déjà pondu un ou deux héritiers à mon respectable époux qui, lui, irait chercher son plaisir ailleurs… Non, je ne crois pas que j'aurais aimé être ta fille ! »

Elle se colla contre lui et commença à ressortir sa chemise de son pantalon.

« J'aime bien mieux être ta maîtresse… »

Néanmoins, pensa-t-elle quand il fut parti, l'attitude de Lucius lui paraissait, pour une fois, manquer de… profondeur, voire d'intelligence – elle mit un moment à accepter de se formuler les choses ainsi. Quelle école voulait-il ? Un école débarrassée de moldus, d'accord… mais quel enseignement, quel programme ? Quelle méthode ? Il semblait n'avoir pas réfléchi aussi loin, s'être uniquement concentré sur son but : évincer Dumbledore et mettre les moldus dehors. Elle n'aurait pas su dire pourquoi mais ce constat lui laissait une impression de malaise… un sentiment bizarre mêlé de culpabilité… comme si elle avait entrouvert une porte sur une pièce interdite.

Et ce n'était pas vraiment la première fois, il fallait le reconnaître. Depuis une semaine qu'elle était revenue… elle sentait une gêne, un sentiment de malaise qu'elle cachait à son amant, chaque fois qu'il était question de politique. Elle faisait semblant de le suivre toujours aveuglément, parce qu'elle sentait confusément qu'il n'aurait pas supporté qu'il en soit autrement. Et parce qu'elle ne voulait pas qu'il comprenne qu'elle avait subi le sortilège du Mens Praestes. Il ne lui avait pas parlé depuis de son refus de devenir une mangemort… mais n'avait pas proposé non plus de lui faire subir une modification de mémoire. Elle mesurait ce que cela supposait de confiance… Elle en était flattée en même temps que touchée. Cependant, elle pressentait que ce ne serait pas si simple… Et que viendrait le jour où elle devrait lui signifier son désaccord sur certains points… Et ne pas être avec lui sur tous les fronts… ce serait être globalement contre lui. Elle le savait. Et elle ne se sentait pas encore tout à fait prête à assumer ce que cela impliquait.

Elle se prenait à espérer que quelque chose arriverait – n'importe quoi ! – avant qu'elle se trouvât au pied du mur… Quelque chose qui rendrait son opposition inutile… Quelque chose qui la délivrerait de l'obligation de choisir.

« Je me demande quels seront vos choix futurs ? »

Tout était embrouillé pour le moment dans sa tête. Elle avait besoin de temps pour mettre tout à plat, se forger une opinion qui lui appartienne, à elle… et recommencer à tracer son propre sillon. Elle se souvenait de ce qu'elle avait répondu à Remus : «Mais je sais où je vais : je vais tout en haut. Aussi haut que possible. »

Mais tout en haut de quoi… et qu'y trouverait-elle ?