Un grand merci d'abord pour vos commentaires, et vos messages privés qui montrent l'intérêt que vous portez à cette histoire. C'est gentil! Voici la suite, histoire de ne pas faire durer le suspens trop longtemps !

Chapitre 25

Loft, New-york, aux environs de 13h30 ...

Toujours allongée sur le sol, dans un état de semi-conscience, Martha entendit la petite voix plaintive d'Eliott qui l'appelait, et sentit sa main sur la sienne. Un instant, elle se demanda si elle dormait, si elle rêvait, et reprit conscience, réalisant qu'elle s'était évanouie au beau milieu du salon. Ouvrant les yeux, d'un air un peu hébétée, elle tâcha vite de retrouver ses esprits en apercevant le visage baigné de larmes de son petit-fils. Elle comprit aussitôt qu'il avait eu très peur, et son cœur se serra à l'idée de ce qu'il avait pu imaginer. L'esprit encore un peu embrumé, elle réalisa qu'elle devait avant tout rassurer Eliott.

- Grand-mère ! Tu es réveillée ! pleurnicha le petit garçon, en s'accrochant à son cou, et venant se blottir contre elle.

- Bien-sûr, trésor ..., chuchota Martha, l'enlaçant de ses bras pour lui caresser doucement le dos et l'apaiser. Tu as vu comme grand-mère est une bonne actrice ? Il était splendide cet évanouissement ...

Eliott ne dit rien, et renifla doucement, le visage enfoui dans son cou. Son chagrin lui fit mal au cœur, et savoir qu'il s'était inquiété, qu'il l'avait vue dans cet état la bouleversa.

- Oh, mon ange, ne pleure plus ..., lui fit-elle, le berçant tendrement contre elle. Je ne voulais pas te faire si peur. Ce n'était que du théâtre ...

Elle ignorait combien de temps elle était restée inconsciente. Probablement quelques secondes seulement, une minute tout au plus. Elle avait eu plusieurs vertiges de ce genre au cours des dernières semaines. Ce n'était rien que des chutes de tension, selon elle, dues à la fatigue et au stress qu'elle endurait avec les préparatifs de sa pièce. Elle ne s'en inquiétait pas vraiment, ou plutôt juste un peu. Mais elle se disait qu'une fois que la première aurait eu lieu, elle pourrait décompresser, se reposer davantage et que ces petits tracas rentreraient dans l'ordre. Elle n'en avait parlé à personne d'autre que son metteur en scène, qui avait assisté la semaine passée à l'un de ses gros coups de fatigue. Mais ni Victor, ni Richard n'étaient au courant, et il n'était pas question qu'ils le soient. Ils se feraient du mauvais sang, la sermonneraient, et l'enverraient passer toute une batterie d'examens. Certes, elle n'était plus de première jeunesse, mais elle avait une foule de choses à faire, et n'avait pas le temps d'arpenter les salles d'attente d'un hôpital pour qu'on lui dise qu'elle avait besoin de repos. Evidemment qu'elle avait besoin de repos ! Mais ce n'était pas le moment de se reposer. Elle allait jouer ce qui serait peut-être le dernier grand rôle de sa carrière, et c'était important.

- Grand-mère faisait juste semblant, mon grand ...

- Je croyais que tu étais morte comme le papa de Simba ..., expliqua Eliott, des sanglots dans la voix. Il ne se réveille pas, le papa de Simba.

- Eh bien moi, je suis réveillée, c'était juste du théâtre ..., mentit-elle, ne sachant comment le rassurer. Excuse-moi de t'avoir fait si peur.

- Je voulais appeler les pompiers pour te sauver. Papa et Maman m'ont appris, tu sais.

- Vraiment ? C'est bien, trésor ... Le jour où j'aurai un vrai problème, je sais que je serai en sécurité avec mon petit-fils, alors.

- Oui ..., répondit-il, en se redressant pour s'asseoir près d'elle.

Elle s'assit à son tour, prudemment, mais elle se sentait tout à fait bien maintenant.

- Tu vois, tout va bien. Je suis en pleine forme. Heureusement que tu n'as pas appelé les pompiers, ils auraient bien rigolé ...

Eliott la regarda, pas vraiment amusé, et la dévisagea, l'air encore inquiet et perplexe.

- Je vais très bien, mon grand, répéta-t-elle, espérant que ses joues avaient repris un peu de couleur.

Il ne dit rien, scrutant son regard, toujours sceptique. Souriante, elle déposa un baiser sur son front, et essuya les petites larmes sur ses joues.

- Tu crois que tu vas réussir à t'évanouir aussi bien que moi le jour de ton spectacle ? lui demanda-t-elle, doucement.

- Je ne sais pas ..., répondit-il, très sérieusement. Tu es drôlement forte, grand-mère ...

- Je suis un peu trop forte, même, admit-elle. C'était plus vrai que nature ..., et tu as eu peur. Tu es rassuré maintenant ?

- Oui ..., lui fit-il, en esquissant un sourire.

- Bien. Alors, si on allait boire un petit verre de jus de fruits pour se remettre de nos émotions ?

- D'accord.

- Et ensuite, au lit pour une sieste ... Grand-mère va s'allonger un peu aussi finalement, expliqua-t-elle, ayant compris qu'elle avait en effet bien besoin de repos.

- Dans le canapé ?

- Oui.

- Je peux faire la sieste dans le canapé avec toi ? S'il te plaît, grand-mère ? demanda Eliott, avec son regard enjôleur.

- Si tu veux, mon ange. Mais tu ne vas pas trop gigoter ? sourit-elle, malicieusement.

- Non, promis !

- Et tu ne ronfles pas ? le taquina-t-elle.

- Non ! C'est toi qui ronfles grand-mère !

- Moi ? Qui ose dire que grand-mère ronfle ? fit-elle mine de s'indigner en le chatouillant.

Eliott rit aux éclats en se débattant, et ses petits cris joyeux réchauffèrent le cœur de Martha. Elle se doutait que d'une manière ou d'une autre, il parlerait sans doute à ses parents de son évanouissement, même s'il avait gobé son mensonge. Ce petit bonhomme était intelligent, et très sensible. Il avait probablement compris, qu'il en ait conscience ou non, bien plus qu'elle ne l'imaginait. Ce n'était plus qu'une question de temps avant que Richard et Katherine ne soient au courant qu'elle faisait des chutes de tension, ne s'inquiètent plus que de raison, et ne lui reprochent aussi de ne pas les avoir tenus informés de ses soucis de santé.


Aux abords du Greenhouse, New-York, vers 14h ...

Leurs capuches sur la tête, les pieds dans la boue, et de l'eau jusqu'à mi- mollets, Castle et Beckett observaient ce qui, en temps normal, était le parking du Greenhouse. La pluie avait un peu faibli, mais le vent soufflait toujours par bourrasques, faisant voler feuilles et détritus, agitant l'eau qui stagnait, incapable de s'engouffrer dans les égouts trop pleins. Le ciel était si chargé de nuages et si sombre que la scientifique avait dû installer un projecteur pour éclairer l'emplacement du parking, où, d'après les explications d'Arthur Allen et la vidéo de Red Sword, la voiture de William avait été garée. Trois hommes vêtus de combinaisons orange pataugeaient dans la boue, épuisettes en main dans l'espoir de récolter quelque chose d'intéressant. Une femme, dissimulée derrière un grand imperméable orange, s'efforçait de procéder à des relevés sur le muret depuis lequel on avait filmé la scène. D'après l'angle de vue du film, la position de la voiture, de Red Sword et de William au moment de l'agression, le cameraman se trouvait forcément debout sur ce muret. La pluie qui avait lessivé les parpaings et les pierres ne permettraient probablement pas de relever la moindre empreinte, mais la scientifique essayait malgré tout de trouver des échantillons, des fibres, ou tout autre élément qui pourrait se révéler digne d'intérêt.

- Viens ! lança Beckett, à l'intention de Rick, qui, recroquevillé sous sa capuche tentait de s'abriter de la pluie.

- Où tu vas ? demanda-t-il, la voyant s'éloigner, en levant bien haut les jambes pour se déplacer dans l'eau.

- Vers la porte qui donne sur le parking ... Suis-moi ..., répondit-elle, sans même se retourner, éclairant de sa lampe l'arrière du Greenhouse à une trentaine de mètres.

- Bon sang ..., bougonna Castle, se mettant en marche pour la suivre, et pestant contre l'eau qui trempait son jean.

Les sols asséchés par la chaleur estivale qui s'était prolongée jusqu'à ces derniers jours ne parvenaient pas à absorber ces torrents d'eau qui s'abattaient sur la ville. Ce matin, en revenant des Hamptons, ils avaient entendu à la radio le bulletin d'alerte météo, l'avis de tempête, et les recommandations des autorités intimant aux New-yorkais d'éviter les déplacements en ce dimanche, en raison des vents violents, et des pluies qui tombaient en flots ininterrompus. Les pompiers étaient en alerte maximale, et les journalistes avaient relaté plusieurs cas de personnes ayant dû être secourues car leurs caves et garages avaient été envahis par les eaux. Pour l'instant, il n'y avait pas de dégât majeur à signaler, et les digues protégeant les voies en bordure de l'Hudson et de l'East River, étaient encore largement au-dessus du niveau des eaux. Mais si la violence de la tempête s'intensifiait ces prochaines heures, comme le prévoyaient les spécialistes météo, les risques étaient grands que ces eaux stagnantes provoquent des inondations plus importantes.

- C'est une combinaison de plongée qu'il nous faudrait ..., râla Rick, en arrivant à la hauteur de Kate, qui marchait toujours vers le bâtiment.

- Oui ... C'est incroyable ce temps. Mais on dirait qu'il pleut moins, non ? constata-t-elle, en levant légèrement les yeux vers le ciel.

-Tout est relatif ... Je suis trempé jusqu'aux os ..., marmonna-t-il, balayant de sa lampe l'étendue d'eau dans laquelle ils marchaient péniblement. Il faudrait pouvoir drainer tout ça, comment veux-tu qu'on trouve quelque chose là-dedans ? C'est foutu ... A croire que les dieux de la météo sont du côté des criminels ...

- Ah ... tu reconnais que Red Sword est un criminel ? lui fit Kate, avec un sourire.

- Ben ... je n'en sais rien ... Il n'est qu'un demi-super-héros finalement ..., expliqua Castle. Il a un côté trop cool, mais il n'y va pas de main morte pour mener à bien ses missions ...

- Un demi-super-héros, ça existe, ça ? demanda-t-elle, perplexe.

- La preuve !

- Hum ..., murmura-t-elle, pas convaincue, en atteignant enfin la porte du Greenhouse. Bon ... William et la fille sont sortis par là ...

- Dans le but de s'envoyer en l'air probablement ..., enfin c'est ce que la fille a dû laisser imaginer à William ..., précisa Rick, se tournant, dos à la porte, pour embrasser du regard toute l'étendue du parking.

- Tu crois ?

- D'après mon expérience, une fille qui fait du gringue à un gars dans un bar, et l'entraîne à quitter les lieux par la porte de derrière, c'est pour ...

- Ton expérience ? l'interrompit-elle, avec une petite moue.

- Ma lointaine expérience, bien-sûr ..., sourit-il. Du temps où j'étais encore ... jeune ... et insouciant ... prompt à tous les ...

- Castle, épargne-moi tes souvenirs de débauche ... ou je te raconte les miens ! lui lança-t-elle, pour le faire taire.

- Euh ... sans façon ... je me tais ..., répondit-il, aussitôt, lui qui supportait difficilement d'entendre parler du passé sentimental de sa femme.

- Donc ..., continua-t-elle, se reconcentrant sur l'enquête. William et la fille se retrouvent là pour faire leurs petites affaires, vite fait.

- Faire leurs petites affaires, c'est mignon ..., sourit-il, taquin.

- Tu peux te concentrer, Castle ? soupira Kate.

- Je suis concentré ! C'est toi qui me déconcentres ! se défendit-il.

- Que tu es agaçant !

Il sourit, ravi, comme d'habitude de l'embêter, et croisa son regard, un peu agacé en effet, mais aussi souriant.

- Il pleuvait déjà hier soir, continua Kate, sans tenir compte de son petit sourire. Et puis il n'y a pas d'endroit où se cacher des regards des curieux ou se mettre à l'abri ici.

- Donc William, en parfait gentleman, a dû suggérer à la demoiselle de rejoindre sa voiture. C'est pratique les voitures ...

- Hum ... oui ... Fais voir la vidéo s'il te plaît ...

- Tout de suite ..., répondit-il, extirpant son téléphone de la poche arrière de son jean, et se collant contre le mur pour abriter l'appareil des gouttes de pluie.

- Je pense qu'ils étaient forcément au moins trois pour maîtriser William et filmer ..., ajouta Kate, tandis qu'il faisait glisser ses doigts sur l'écran pour retrouver la vidéo.

- Ça se tient ..., constata-t-il, en lançant la vidéo.

Ils observèrent silencieux les quinzaines de secondes d'images qu'ils avaient déjà visionnées plusieurs fois. On y voyait Red Sword, de dos, plaquant William contre la voiture, du côté conducteur. Il n'y avait pas de bruit. Tout était calme sur le parking plongé dans l'obscurité, malgré un léger éclairage au niveau du mur du Greenhouse. William se débattait un peu, mais Red Sword l'écrasait de son poids, tenant d'une main son épée luminescente rouge, et empêchant William de crier de son autre main. La voiture semblait vide, mais la visibilité était faible, car les images étaient extrêmement sombres.

- Tu ne crois pas qu'il y avait une troisième personne en plus de la fille et de Red Sword pour filmer ? demanda Kate, en scrutant le petit film qui repartait depuis le début.

- Peut-être bien ... ou alors la fille filme, on ne la voit pas sur la vidéo ...

- Je vois mal Red Sword maîtriser seul William, l'empêcher de crier, ouvrir les portières pour le fourrer dans la voiture, lui fit-elle remarquer. Et tout cela en un temps record pour ne pas attirer l'attention.

- Hum ... c'est vrai ... La fille a dû l'aider. Tu crois que Red Sword était armé ? Pour faire obéir William ?

- Peut-être, oui, répondit Kate. Viens ... William et la fille s'éloignent donc de la porte en direction de la voiture.

- Il fait sombre, et il n'y a personne. Tout le monde regarde le match à l'intérieur ..., continua Rick, la suivant, en faisant attention à ses pas dans l'eau. Red Sword doit être planqué près de la voiture ... Il attend.

- Oui ... Imaginons que William soit d'abord allé ouvrir la portière à la fille côté passager ...

- Comme tout gentleman qui se respecte ...

- Au moment où il revient du côté conducteur pour ouvrir sa portière, Red Sword surgit et le maîtrise ...

- Donc tu as raison, il y avait forcément un complice debout sur le muret qui filmait, constata Castle, en observant l'agitation des techniciens de la scientifique.

- Ça correspond plus ou moins à ce qu'on pouvait déjà supposer avec le vol de la Mercedes.

- Et même l'agression de Cole Brown ... Hisser ce bougre dans la Mercedes avec la seule aide d'une jeune fille, c'était peu probable.

- Donc ils sont trois ... Celui qui se fait appeler Thor Mjöllnir, la fille blonde ..., énuméra Kate, scrutant encore et encore les lieux, en réfléchissant.

- Et la brune ... à moins que la blonde et la brune ne fassent qu'une ... et qu'il y ait une troisième personne.

- Ils ont dû repartir tous les trois dans la voiture de William je suppose. En le faisant conduire pour ne se pas se faire repérer par les caméras ... Il faut que Tory et ses équipes arrivent à retrouver la trace de cette voiture.

Les techniciens travaillaient d'arrache-pied depuis des heures sur les images de vidéosurveillance des rues de New-York. Ils avaient réussi à obtenir plusieurs visuels de la voiture qui filait en direction du nord de la ville. William y apparaissait, au volant, mais dans l'obscurité de la nuit, les images n'étaient pas très nettes. On devinait la présence d'un ou plusieurs passagers à l'arrière. La trace du véhicule se perdait pour le moment au-delà du Bronx, mais les techniciens poursuivaient encore leur travail dans l'espoir de trouver où avait disparu William, et où il était probablement détenu. Le signalement de la voiture avait été transmis à tous les commissariats du nord de la ville, et des communes limitrophes.

- Ils sont sacrément bien organisés, bon sang, constata Castle. S'ils sont tous montés à bord de la voiture de William, comment ont-ils fait ensuite ?

- C'est-à-dire ?

- Imagine qu'ils aient planqué William quelque part pour enregistrer la première vidéo qu'on a vue ...

- Oui ...

- Ils ne sont pas restés planqués avec lui là-bas depuis cette nuit ... Trop risqué de poireauter sur place si les flics débarquent, tu ne crois pas ?

- Probable ... Mais on ne sait pas vraiment quelles sont leurs intentions ..., lui fit-elle remarquer, difficile d'en tirer des conclusions sur ce qu'ils ont fait ou vont faire.

- Ils n'ont pas l'intention de le tuer, affirma Rick, d'un air convaincu. Ce ne sont que des gamins qui se prennent pour des justiciers et jouent au super-héros.

- Des gamins peut-être, mais en attendant ça n'a rien d'un jeu, Rick. Ce qu'ils lui font subir est humiliant, et dégradant. C'est suffisamment violent pour que William supplie pour sa vie ... et on ignore toujours où il est, lui rappela-t-elle, avec inquiétude.

- Oui, je sais bien ... Mais à mon avis, ils veulent lui faire payer, et qu'on le retrouve pour que justice soit rendue, qu'il soit arrêté, jugé ... Ils ont dû abandonner William quelque part, comme Cole Brown, et rentrer tranquillement chez eux, bien au chaud.

- Sauf que Cole Brown était facile à retrouver ... Rien ne nous dit que les intentions de Red Sword sont aussi louables cette fois.

- Non, c'est vrai ... mais s'il tient à son image de super-héros, il va libérer William, ou nous permettre de le retrouver sain et sauf. Et il tient à cette image, à son statut, au buzz positif qu'il crée, vu le mal qu'il s'est donné pour construire tout cela ...

- Donc tu en déduis que tout va bien se passer pour William ..., conclut-elle.

- Probablement, oui ... mais mes théories ne sont pas fiables à 100 %, sourit-il. Il se peut qu'il y ait une petite marge d'erreur dans mon raisonnement.

Elle lui sourit en retour, songeant à toutes les théories aussi farfelues qu'intelligentes et sensées qu'il avait pu lui donner au cours de leurs années de partenariat. La logique de son raisonnement était convaincante, et elle voulait le croire. Elle voulait espérer que tout irait bien, et que Red Sword relâcherait William une fois qu'il aurait fini de le ridiculiser publiquement, et de l'exposer à la vindicte populaire.

- En tout cas, reprit-elle, s'ils sont rentrés après l'avoir laissé en plan quelque part, ce n'était probablement pas à bord de la voiture de William. Trop risqué.

- Ils ont pu rentrer en bus ou en métro ..., l'air de rien ... ou celui qui filmait a suivi dans sa propre voiture pour ramener tout le monde. C'est ce que j'aurais fait, moi... Plus pratique, répondit Castle, en balayant de sa lampe-torche l'eau face à lui.

- Je demanderai à Tory de vérifier sur les images qu'on a si la voiture a l'air d'être suivie.

- Tu ne vois pas un truc là-bas ? lui fit-il, braquant sa lampe plus loin, à l'écart de la zone où les techniciens s'affairaient.

- Quoi ? Je ne vois rien ..., répondit-t-elle, regardant l'endroit qu'il éclairait quelques mètres plus loin.

- Là-bas ... Il y a quelque chose dans l'eau je crois. Je vais voir, continua-t-il en s'élançant à grandes enjambées dans l'eau boueuse.

- Doucement, Castle ..., l'avertit-elle, voyant que la profondeur de l'eau semblait plus importante vers là où il s'avançait.

Elle ne voyait pas ce qu'il pouvait avoir aperçu. Partout autour d'eux, il n'y avait que cette eau boueuse, profonde d'une vingtaine de centimètres, et quelques détritus, feuilles et branchages, flottant çà et là. La pluie avait quasiment cessé, mais le vent soufflait toujours en tourbillonnant. Elle l'observa patauger, constatant qu'il avait maintenant de l'eau quasiment jusqu'en haut de ses bottes.

- Qu'est-ce que c'est ? lui cria-t-elle, de loin.

- Attend ... J'y suis presque ! répondit-il, sans même se retourner.

Curieuse et intriguée, elle se décida finalement à le suivre, et se mit en marche à son tour, quand elle le vit trébucher, et tomber lourdement, la tête la première dans l'eau. Elle aurait pu rire face à l'une de ses maladresses légendaires, mais elle craignit surtout qu'il ne se soit fait mal.

- Rick ! s'écria-t-elle, avec inquiétude, se précipitant pour voir s'il allait bien, alors qu'affalé dans l'eau, il tentait de se remettre sur ses pieds.

- Monsieur Castle ! ça va ? lança aussitôt un des techniciens, s'approchant lui-aussi pour voler à son secours.


Van Cordtland Park, New-York, aux environs de 14h ...

Dans la pièce à peine éclairée par la lueur de la vieille lampe à pétrole, Odin scrutait le visage de William avec inquiétude. Assis sur la chaise en bois laqué, le jeune homme, nu, pieds liés aux pieds de la chaise, mains ficelées dans le dos, était maintenant recouvert de peinture jaune. Ses cheveux, son visage, son torse, ses cuisses luisaient de cette substance jaune poisseuse que Thor avait renversée sur sa tête quelques minutes plus tôt. Le jaune : la marque des coupables, la marque des menteurs et dépravés. Tête baissée, le corps inerte, William était inconscient. Il s'était débattu quand Thor avait enfoncé et maintenu le seau de peinture sur sa tête. Il avait suffoqué, s'était étouffé, mais Odin était en train de filmer et, bien que terrifié à l'idée de ce que son ami était en train de faire subir à leur victime, il n'avait pas interrompu la scène. Il ne pouvait y avoir qu'une prise. La vidéo serait en ligne d'ici peu. C'était l'acte final de Red Sword avec William, avant de laisser les flics le retrouver. Mais à peine avait-il interrompu la vidéo, Odin avait pesté contre Thor et cette violence non nécessaire qu'il avait fait subir à William.

- On ne peut pas te faire confiance ..., grogna Odin, en remballant sa caméra et le matériel vidéo.

- Tu psychotes pour rien ..., répondit Thor, s'amusant à faire briller son épée luminescente dans la pénombre. Il est dans les vapes, c'est tout ...

- Il étouffait bon sang ! lui lança Odin, le dévisageant avec colère. Qu'est-ce qui t'a pris ?

Il avait l'habitude du côté intrépide et fougueux de Thor. Mais il lui avait fait confiance, il l'avait jugé digne de cette mission-là, malgré le fait qu'il soit parfois incontrôlable, et qu'il aimât défier son autorité. Thor n'était pas un mauvais garçon. Mais il avait cette façon de n'en faire qu'à sa tête qui l'agaçait, et qui, surtout, pouvait faire capoter leurs plans.

- Tu voulais qu'il flippe, non ? C'est ce qu'on avait décidé ..., rétorqua Thor.

- Qu'il flippe, ouais, pas qu'il se voit mourir ! Et arrête avec cette épée, ce n'est pas un jouet, râla Odin, en lui enlevant l'épée des mains pour la ranger dans le sac des clubs de golf.

- Il a eu ce qu'il méritait ..., marmonna Thor, un peu penaud malgré tout.

Il n'aimait pas mettre Odin en colère. Il était leur leader, et son avis importait à tous. Il aurait préféré qu'il soit satisfait de ce qu'il venait de faire. Peut-être s'était-il un peu trop pris au jeu dans son costume de Red Sword. Mais c'était grisant, et puis ce pauvre gars allait s'en tirer sans vraiment de bobo. Il n'y avait pas de quoi en faire toute une histoire.

- Tâte son pouls ..., ordonna Odin.

- Il respire, c'est bon ... Arrête de flipper ... soupira Thor, jetant un œil à William, et sa tête baissée, immobile.

- Tâte son pouls, je te dis, répéta Odin, plus sèchement.

- Ok ..., grogna Thor, en s'exécutant et plaçant sa main gantée contre son cou, au niveau de sa carotide.

Il resta ainsi quelques secondes, concentré, sentant le léger battement du cœur de William à travers le sang qui affluait à rythme régulier dans la carotide.

- C'est bon. Il est juste inconscient, affirma-t-il. Tu n'as qu'à appeler le 911 anonymement pour dire qu'il est là si t'as peur qu'il clapse entre temps ...

- Non. Il devrait s'en tirer, répondit Odin, finissant de ranger leur matériel. Les flics ne devraient pas mettre trop de temps à le trouver.

- T'as envoyé la vidéo à Tyr ?

- Oui. C'est fait. Vérifie qu'on n'oublie rien ..., lui ordonna-t-il, d'un ton plus doux, en scrutant lui-aussi la pièce recouverte de bâches plastiques.

Thor balaya la pièce du regard, consciencieusement, s'attardant sur chaque petit espace.

- On laisse le seau de peinture vide ? demanda-t-il.

- Oui. Pas discret de se balader avec ça, répondit Odin, en envoyant un message à Frigg pour la prévenir qu'ils étaient prêts, et qu'elle devait les récupérer à l'endroit prévu.

- C'est bon ... on peut y aller, alors.

- Ok.

Tous deux, vêtus de noir, leur cagoule sur la tête, s'éloignèrent vers la porte, jetant un dernier regard vers William, toujours inconscient. Odin hésita, réfléchit un instant, se demandant si les flics le trouveraient rapidement ou non. Il y avait de quoi, sur les images qu'ils allaient poster, le retrouver. En théorie. Et puis, de toute façon, William n'était pas blessé ou en souffrance. Il pouvait patienter. Au pire, Red Sword passerait un petit appel anonyme à la Police de New-York d'ici quelques heures si William n'avait pas été retrouvé.