Bonjour à toutes !

Tout d'abords, désolée de ne pas avoir répondu aux reviews ! Je tiens tout de même à vous en remercier ici car elles sont extrêmement motivantes ! Merci également pour vos mises en alerte et favoris !

Je ne vous fais pas attendre plus longtemps ! Voilà la suite ! Prêtes pour un énorme pas de géant ? Beaucoup de choses se passent et beaucoup d'informations et révélations dans ce chapitre,

Alors bonne lecture !


Chapitre 25 :

Il était presque 23h et je faisais mentalement le point sur notre soirée, tout en préparant deux tasses de café. Mes placards criant famine, nous avions dû nous rabattre sur un plat de pâtes. Bien évidemment, Edward n'avait pas laissé passer cette occasion formidable de se moquer du soit-disant talent de cuisinière dont je m'étais vanté. Je souris instinctivement en me remémorant ses mots, son visage, son regard. Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas passé une soirée aussi agréable. Un menu fade, de l'eau pour seule boisson, aucun dessert à proposer, et pourtant, j'aurais délaissé, sans aucune hésitation, tous les restaurants gastronomiques pour ces instants que nous venions de passer. Se taquiner l'un l'autre, parler de tout et de rien, surtout de rien, sourire et même rire. Seule depuis bien longtemps, j'avais oublié à quel point la vie banale pouvait être plaisante.

La solitude était presque devenue mon mode de vie et la logique aurait voulu que la présence de mon invité surprise me pèse mais, au contraire, avoir Edward à mes côtés semblait m'apaiser. Je me pris même à l'imaginer rester et envisageai d'accepter sa proposition de poursuivre sa rééducation moi-même. Je me ravisai vite cependant, consciente que cela aurait été totalement égoïste de ma part. Je devais d'abord penser à lui et il lui fallait les meilleurs soins possibles.

C'était étrange mais, j'avais beau me sentir bien en sa présence, ce petit bonheur passager me faisait peur. Lorsque vous avez passé les trois dernières années à vous morfondre et à vous blâmer, lorsque vous avez passé tout ce temps à ne ressentir que peine et souffrance, lorsque vos nuits ne sont faites que de cauchemars et de cris, vous finissez par vous y habituer et par vous persuader que souffrir vaut toujours mieux que de ne rien ressentir du tout. Alors lorsque rien ne vous y prépare et que vous pensez votre monde à jamais détruit, redécouvrir certaines émotions, certaines sensations, peut devenir extrêmement déstabilisant.

Mes mains se mirent à trembler, mon cœur cogna plus fort, plus vite, martyrisa mes tempes, mes jambes se firent soudain bien molles, mes angoisses reprirent le dessus. Je tentai de me maîtriser, fis quelques exercices de respiration, mais je ne parvenais pas à me calmer. Il fallait que je me détende et que je me focalise sur autre chose si je ne voulais pas me tétaniser au milieu de ma cuisine. Je décidai de ne pas attendre que mon café se fasse et apportai la tasse d'Edward, espérant m'apaiser quelque peu en sa présence.

J'entrai dans le salon et mes yeux se portèrent en premier lieu sur le fauteuil vide. C'était étrange de revoir ce genre d'accessoire ici. Je me revis, avant que tout ne soit aménagé et adapté, hurler et pleurer, seule, coincée entre les meubles, tomber maintes et maintes fois pour avoir loupé un simple transfert sur mon canapé, rager devant des portes trop étroites, devant une baignoire dont je ne pouvais même pas profiter. Edward n'aurait pas à subir ça, pas ce soir, pas ici.

Nous avions enlevé les assises du sofa, les avions posé juste devant, à même le sol et, à grand renfort de coussins, nous avions réussi à nous construire un petit nid douillet lui permettant d'abandonner le fauteuil. Il faisait sombre, seule une petite lampe d'appoint éclairait la pièce, mais cela ne rendait ce cocon que plus intime encore. Adossé contre le canapé, Edward avait réussi à approcher la table basse et venait d'allumer la grosse bougie ronde qui y trônait. Il tenait toujours l'allumette entre ses doigts, à la verticale, et la regardait se consumer lentement. Je m'approchai et il détourna son regard pour ne fixer que moi.

J'ai toujours entendu dire que la lumière des bougies était flatteuse. Ce n'était pas le cas pour Edward. Elle ne le flattait pas, elle le sublimait, faisait de lui un dieu d'une beauté presque irréelle.

Sa peau semblait se parer de diamants, ses yeux étaient deux émeraudes incrustées d'or, le cuivre de ses cheveux semblait danser sur le rythme vacillant de la flamme, ses lèvres, plus rosées et plus charnues que d'ordinaire, s'entre-ouvrirent en un sourire divin. Je ne pouvais détacher mon regard, j'étais comme électrisée, presque obnubilée par son visage, par sa perfection, par sa beauté, par lui.

Je posai la tasse sur la table sans même regarder mon geste et m'agenouillai face à lui, juste à quelques centimètres, mes genoux collés à sa cuisse, mon visage à quelques centimètres du sien. Il me fixait toujours de ce même regard, tendre et pourtant brûlant. J'aurais pu rester ainsi pendant des heures. A le contempler, à détailler chaque parcelle de sa peau, à chercher le moindre défaut qui ne l'aurait rendu que plus beau, mais le feu approchait dangereusement les doigts de mon Apollon immobile. En un geste lent, je saisis sa main, approchai mes lèvres et soufflai la flamme sans jamais détacher mes yeux.

- On ne t'a jamais dit de ne pas jouer avec le feu ? Murmurai-je, transportée.

- Si, mais j'ai toujours eu du mal à ne pas céder à ce qui me fascine.

De sa main libre, il saisit mon poignet et m'attira contre lui. Il guida mes bras autour de son cou, redescendit les siens jusqu'à ma taille qu'il enserra, possessif et protecteur. Nos visages n'étaient qu'à quelques centimètres, nos lèvres étaient proches, nos souffles se mélangeaient déjà. Edward remonta ses mains le longs de mon dos, passa ses doigts dans mes cheveux emmêlés et mes yeux se fermèrent aussitôt. Ma tête se renversa légèrement, je soupirai sans même m'en rendre compte. Je savourais, tout simplement. Des années qu'on ne m'avait plus touché, des années que mon corps n'avait plus ressenti pareilles sensations. Je me redressai pour retrouver son regard émeraude et mon cœur loupa un battement. Le désir dans ses yeux, sa peau brûlante sous mes doigts. Je n'avais plus envie de me battre. Je voulais succomber, céder à mes pulsions, à mes envies, à mon amour. Je me fichais de tout. Au diable mes principes, envolé mon passé, je ne voyais plus que ses lèvres. Qu'il découvre mes cicatrices m'importait peu, j'avais confiance. Mes doigts caressèrent cette bouche que je rêvais de martyriser et mes dernières barrières s'effondrèrent à l'instant même où sa langue effleura la pulpe de mon majeur. La raison m'abandonna totalement, je n'étais plus que désir. Mes lèvres saisirent les siennes avec avidité. Ce n'était plus une envie, c'était un besoin. Je voulais revivre, redécouvrir le plaisir pur avec lui.

Je me rapprochai encore, me collai à lui, passant mes jambes de chaque côté de ses cuisses. Je forçai la barrière de ses dents pour approfondir notre baiser. J'en voulais plus, toujours. Je voulais qu'il me serre, encore plus fort. Je désirais ce corps comme jamais, là, ici, maintenant. Je relâchai sa nuque et m'attaquai aux boutons de sa chemise, en arrachant deux dans ma précipitation. Je voulais le sentir, toucher la douceur de sa peau, ressentir sa chaleur. Frissonnante et tremblante sous ses caresses avides, j'ôtai enfin ce vêtement bien trop encombrant, le suppliant de m'étreindre plus fort encore. Ses mains passèrent sous mon T-shirt, remontèrent vers le haut de mon dos, dégrafèrent mon soutient-gorge avant de reprendre leurs caresses brûlantes et délicieuses.

Ses baisers et la sensation de ses doigts avaient beaux être merveilleux, tout était encore trop doux. Je me hâtai et enlevai moi-même mon haut et mon sous-vêtement avant de presser mon corps contre le sien. Peau à peau, cœur à cœur, je me fis presque violente. J'agrippai ses cheveux, mordillai ses lèvres avant d'intensifier nos baisers déjà passionnels. J'avais besoin de ça, de cette force pour me sentir en vie. Je voulais de la puissance, de la passion, de la douleur s'il le fallait mais je voulais tout oublier, contraster avec la violence de mon passé. Je voulais l'effacer le temps d'un instant, ne garder que cette sensation de bonheur charnel. Que ce plaisir à l'état brut dépasse le souvenir de l'horreur. Je ne voulais pas de douceur, j'avais besoin de sa force, d'une étreinte puissante pour me sentir vivante. Je voulais sentir mon cœur battre, mon corps s'ébattre.

Sans même que je ne prononce un mot, Edward sembla comprendre ma soif et se fit plus pressant encore. Ses doigts s'attaquèrent à mon jean et je l'aidai à m'en défaire pour pouvoir le déshabiller entièrement à mon tour. Quelques mouvements habiles et je pouvais enfin admirer le corps sur lequel j'avais tant fantasmé. Je restai émerveillée par sa beauté tandis qu'Edward me fixait, fier et fort, avant de m'attirer vers lui. Je me remis dans la même position, à califourchon sur lui, mais cette fois, je ne maîtrisais plus rien. Il agrippa mes cheveux, me forçant à offrir mon cou à ses baisers tandis que son autre main, sur mes fesses, guida mon intimité au plus près de son désir. Je me cambrai et m'offris entièrement à lui. Sa bouche parsemait désormais ma poitrine de baisers humides, sa langue vint tourmenter mes seins durcis par le plaisir et ses doigts glissèrent entre mes cuisses. J'arrachai ses lèvres de ma peau pour reprendre nos baisers. Ils se firent plus fougueux, ardents et je gémissais sans pudeur. Je me consumais sous ses doigts. Je brûlais d'un feu dont j'avais oublié l'existence. Je brûlais d'un feu dont je n'avais peut-être jamais connu l'existence.

Je le laissai s'emparer de mon être, je voulais vibrer sous ses caresses et j'avais ce besoin presque vital de ressentir sa présence, de le sentir contre moi, de le sentir en moi. Je le voulais intense, fort, je voulais sentir l'extase m'envahir. Mon esprit se détacha totalement pour ne plus laisser s'exprimer que mon corps. Je pouvais sentir le plaisir monter, encore et encore, et, alors que j'étais persuadée m'approcher de la jouissance, Edward parvenait à provoquer de plus fortes sensations. Ses mains, accrochées à mon bassin, m'obligeaient à suivre ses coups de reins, plus rudes, plus intenses, et je me sentis perdre pied. J'enfouis mon nez dans son cou, mordis sa clavicule, plantai mes ongles dans sa chair et lui tirai quelques cheveux au moment où je m'accrochai à lui, submergée par l'extase. Je le sentis se raidir et, à son tour, il martyrisa ma peau avant de s'écrouler contre le bord du canapé dans un râle profond.

Toujours contre lui, mes bras toujours enroulés autour de son cou, mon souffle était presque coupé, je pouvais sentir mon cœur cesser de battre, des spasmes me secouaient encore.

Le vide, plus aucune pensée autre que le bonheur, la douceur malgré la force, et ces milliers de décharges électriques qui envahissaient encore mon corps. Je m'accrochais toujours à mon amant, restais serrée tout contre lui, savourant ce moment de plénitude car je savais qu'il ne durerait pas.

Je redescendis lentement de mon nuage, relâchai mon étreinte pour la laisser s'évaporer en caresses, me décollant doucement pour placer mon visage à quelques centimètres du sien. J'effleurai sa mâchoire avant de l'embrasser tendrement, dans un sourire. Je profitais de cet instant, si précieux, où, enfin, je me sentis bien.

Un baiser, une étreinte, et j'attrapai le plaid jeté sur le sofa afin de nous y envelopper. Je me calai contre son torse nu, dos à lui, liai mes doigts aux siens et observai nos mains ainsi soudées. Je les embrassai avant de les regarder de nouveau, fixai son alliance. Un petit pincement au cœur, mais je me raisonnai vite. Il était marié, mais quelle importance finalement ?

Je le sentis se redresser quelque peu tandis que je faisais tourner la bague sur elle-même autour de son annulaire.

- Je crois qu'elle ne sert plus à grand chose maintenant, murmura-t-il en embrassant ma tempe.

Je ne répondis pas, qu'aurais-je pu dire de toute façon ? Il relâcha ma main, soupira et ôta l'anneau avant de le poser sur la table sous mes yeux stupéfaits.

- Tu n'es pas obligé de faire ça Edward, assurai-je, consciente que ce geste devait lui peser bien lourd.

- Je sais. Mais ça n'a plus aucune valeur, assura-t-il avant de me serrer contre lui.

Je glissais doucement pour me fondre encore mieux dans son étreinte. Ma tempe posée contre son torse, mes mains enserrant son bras droit. Je soupirais, souriais inconsciemment. Moment de liberté, de détente et de bonheur. Je me sentais tout simplement bien. J'aimais ces instants, rares, où j'oubliais tout, où rien ne me ramenait à ma réalité. Malheureusement, ils n'étaient souvent que de courte durée. Légèrement tournée sur le côté, je réalisai que je lui offrais une vue imprenable sur certaines de mes cicatrices lorsque ses doigts vinrent effleurer la boursouflure de mon épaule gauche. Je me redressai, anxieuse tout à coup. J'allais devoir me justifier, pourtant je ne m'en sentais pas encore capable. Je le fixai cherchant quoi dire mais son sourire calma vite mon angoisse.

- Rassure-toi, j'attendrai que tu sois prête à m'en parler.

Je ne quittai pas ses yeux, j'étais surprise et réellement touchée par cette attention. Mes mains encadrèrent son visage et je me laissai aller à l'embrasser tendrement avant de me remettre dans ma position initiale. Peu m'importait qu'il voit mes marques, j'étais avec un homme absolument merveilleux. Présent et d'un soutien sans faille, mais sans jamais m'oppresser. Je repensai à ses réactions, à ses gestes lors de mes moments difficiles comme le décès de Rachel. Jamais il ne m'avait brusqué, ne m'avait incité à parler. Il respectait mes silences et mes larmes, il me respectait, me comprenait dans un sens. Une part de moi voulais lui raconter ma vie, lui expliquer mon passé, lui confier mon mal-être, mais je n'avais aucune idée de la façon dont je devais m'y prendre. Je ne savais pas par où commencer, la honte m'enfermait dans une sorte de mutisme. Il n'est jamais évident de dévoiler son jardin secret, alors quand celui-ci est aussi peu glorieux que le mien, cela s'avère presque impossible. Bien souvent, on se confie petit à petit, au détour d'une conversation, on lâche quelques indices par-ci par là, on fait des allusions plus ou moins discrètes. Mais dans mon cas, il existait peu de sujet capable d'amener ce genre de confidence.

Non, je ne me sentais pas prête, pas encore. Je le voulais pourtant, et j'allais le faire, il le fallait, mais pas ce soir.

- Tu es resplendissante sur cette photo.

Sa voix me sortit de mes pensées et mes yeux se portèrent sur l'image dont il parlait. Il ne pouvait pas s'agir d'autre chose, c'était la seule photographie présente ici. Ma gorge se serra, mon cœur se contracta. Non, pas ce soir, pas maintenant, je n'y étais vraiment pas préparée.

- Tu as l'air heureuse dessus, tu rayonnes.

Je fixai le cadre sur le buffet, mais ne vis pas mon visage. Je ne voyais que mes amis, tous. Ce qu'Edward décrivait, c'était sur eux que je le voyais.

- Est-ce que je peux voir de plus près ? Me pria-t-il, curieux.

Je me tournai vers lui, le regard plus suppliant que je ne l'aurais souhaité. C'était déjà trop, devoir ne serait-ce qu'évoquer cette photo était une torture. Il dut lire en moi, une fois de plus et tenta de me rassurer.

- Je veux juste regarder, ça ne t'engage à rien.

Je sentis mes mâchoires se crisper douloureusement. J'hésitai un moment, gardant mes yeux implorants accrochés à son regard doux. Je me redressai difficilement, emportant le plaid avec moi et accédai à sa requête, le cœur lourd et la conscience tourmentée.

J'aurais dû refuser, peut-être même inventer n'importe quelle excuse pour me soustraire à ce moment qui, je le savais, risquait de me faire sombrer une fois de plus. Pourquoi fallait-il qu'il provoque ça ? Je n'étais pas prête, je ne voulais pas, je ne voulais plus, j'en étais incapable.

Je lui tendis la photo et la couverture puis récupérai mes vêtements, les enfilai à la hâte. Il posa les objets près de lui, préférant m'imiter, avec beaucoup plus de difficultés cependant, avant de considérer l'image. Je récupérai la tasse de café froid sur la table, me fit intérieurement la remarque idiote sur ce deuxième gaspillage de la journée.

- Est- ce que tu en veux un autre ? proposai-je en espérant éviter l'étude détaillée de mon passé.

- Non, je veux que tu viennes t'asseoir près de moi, quémanda-t-il sans avoir conscience de ce qu'il me demandait de faire.

Edward

Bella ne bougeait pas d'un iota, préférant probablement rester debout. J'observais l'image sous mes doigts. Une bande d'amis, des sourires heureux, une bonne ambiance, tout respirait la joie de vivre. Bella y était magnifique, elle l'était d'ailleurs toujours, mais pourtant elle semblait différente sur cette image. Outre quelques détails dans la forme du visage, ce qui me marqua le plus fut son regard, ces étincelles dans ses yeux, de véritables étoiles qui s'étaient éteintes depuis. Une douleur traversa ma poitrine et je fus touché par une profonde tristesse. Qu'avait-il bien pu se passer dans sa vie ? Quels événements l'avaient détruite au point de ternir son regard ?

Lui poser la question aurait été vain, aussi je préférai reprendre mon observation et j'aperçus, juste derrière elle sur l'image, son frère, le visage bien moins dur que celui que je lui connaissais.

- C'est Jasper, demandai-je machinalement sans réellement attendre une réponse.

- Oui.

Elle ne semblait pas très encline à parler de cette photo et un silence s'installa après sa brève réponse. Je la vis serrer les points, pouvais presque entendre son cœur torturer sa poitrine. Mes yeux se reportèrent sur l'image. Sur son image plutôt, et je ne pouvais me détacher de ce regard enjoué.

- Tu as l'air heureuse sur cette photo, remarquai-je, tristement attendri.

- Parce qu'à l'époque je l'étais, murmura-t-elle, émue.

- Mais ça a changé depuis, observai-je comme pour moi-même, désolé.

Je me retournai vers elle et la vis fixer la photo, le regard emplie d'une douleur certaine, un sourire triste parant ses lèvres. Elle ne me répondit pas mais son silence le fit pour elle. J'avais vu juste. Je voulais tellement qu'elle me parle, qu'elle se libère, qu'elle partage sa souffrance, pouvoir la soulager, mais je ne voulais surtout pas la brusquer. Je repris mon étude, peut-être arriverais-je à l'atteindre par ce biais ?

- Qui sont les autres personnes ? Vous avez l'air si proches.

- On l'était, soupira-t-elle.

Elle tritura ses doigts, se mordit la lèvre inférieure avant de souffler. Elle tentait de se donner une contenance, ça ne faisait aucun doute. Elle s'approcha lentement, vint s'asseoir près de moi, les jambes repliées contre elle, et s'éclaircit la gorge avant de pointer tour à tour les visages sur la photographie.

- Jasper donc … Et là, c'est Maria, sa copine de l'époque. Ils se sont séparés peu de temps après cette soirée, m'expliqua-t-elle en désignant une jolie latine. Les quatre ici, ce sont Mike, Paul , Jessica et Angela, des amis.

Elle ne me donna pas plus de détails sur ces derniers mais je la sentis trembler. Elle reprit après un effort de respiration, pointant une jolie brune de type amérindienne.

- Leah, une fille géniale que j'adorais … Elle est avec Jacob maintenant, précisa-t-elle en désignant une baraque aux cheveux longs et noirs, indien lui aussi. Lui et moi, on était fiancé à cette époque là … On devait se marier l'été suivant.

Elle ne semblait pas amer, au contraire, elle souriait. D'un sourire triste et empreint de nostalgie, mais aucun sentiment négatif à son égard ne semblait l'habiter.

- Que s'est-il passé ?

Elle se mordit la lèvre une fois de plus et haussa les épaules, quelque peu gênée.

- Elle a été là pour lui lorsqu'il en a eu le plus besoin.

Toujours cette nostalgie, c'était étrange.

- Et toi ? Tu …

Elle porta son regard sur moi et je ne pus terminer ma phrase, ses yeux en disaient longs, elle était totalement résignée. Son sourire était teinté d'une certaine mélancolie mais elle semblait pourtant pleine de compassion et de bon sentiments pour ce couple.

- Ils sont beaux tous les deux, ensemble. Ils se rendent heureux … Ils vont même avoir un bébé.

Je ne m'étalai pas plus, comprenant qu'elle ne se sentait pas prête à m'en dire plus sur elle pour le moment. Je retournai à la photo, désignai une blonde magnifique.

- Et là ? Qui c'est ?

- Rosalie … ma sœur.

Sa voix tremblait littéralement mais je décidai de ne pas y prêter attention. Je ne voulais surtout pas qu'elle s'arrête.

- Ta sœur ? C'est drôle, vous ne vous ressemblez pas du tout. Ceci-dit tu ne ressembles pas à Jasper non plus.

- Non, je ne ressemble à aucun des deux, confirma-t-elle en s'étranglant de plus en plus. Mais Rosalie est la jumelle de Jasper.

- Ils doivent être très proches.

Elle baissa la tête et je ressentis aussitôt un malaise. Elle se racla la gorge, voulu se relever, probablement pour passer à autre chose. Notre conversation paraissait être éprouvante pour elle.

- T'es sûr que tu ne veux pas un café ?

Je ne lui laissai pas l'occasion de s'échapper, je sentais que je m'approchais de quelque chose.

- Tu ne m'as pas dit qui était la dernière.

Elle se raidit, me fixa et tout devint clair. Son mal-être était en rapport avec ces gens, avec cette photo. Elle me suppliait presque silencieusement de ne pas poursuivre mon interrogatoire. Je pouvais lire toute sa souffrance dans son regard. Je l'incitais pourtant, je voulais qu'elle lâche prise. Elle souffla une fois de plus et commença à ronger l'ongle de son pouce, tremblante.

- Rachel … la sœur de Jacob … ma sœur de cœur.

Sa voix se brisa et des larmes commencèrent à perler aux coins de ses yeux. Je la vis ouvrir la bouche pour tenter de parler mais aucun son n'en sortit. Agonie, c'est le seul mot auquel je pensais lorsque je la regardais. Elle souffrait terriblement. J'étais choqué par ce que je commençais à comprendre. Je l'attirai à moi, liai mes doigts aux siens pour lui signifier ma présence. Je présageai le pire … Dégageant quelques mèches de cheveux, je murmurai ma question, anxieux.

- Est-ce qu'elle est …

Je ne pus terminer, Bella éclata en sanglot, poussa presque un cri de douleur.

- Elle est morte à cause de moi … Rachel, Rosalie, Mike et Paul, ils le sont tous ! Je les ai tué Edward, tout est de ma faute ! J'ai volé leur vie …


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