Liam Burnett poussa un profond soupir.
Appuyé contre le mur de la chambre, les bras croisés sur son torse puissant, il observait d'un œil las la rue pavée, aussi déserte que les autres jours à cette heure-ci. Certes, la chausse humide de la journée pluvieuse et scintillant du reflet de la lueur orangée dans réverbères n'était pas vraiment son objectif : c'était la maison d'en face, où les Evans vivaient. Cependant, la rue comme la maison n'avaient rien à offrir d'intéressant depuis une semaine qu'il était là, squattant une maison inoccupée par ses propriétaires partis en vacances en Espagne.
Comment s'était-il laissé embarquer dans cette histoire ? Une semaine et un jour auparavant, il était au service de la Fraternité, du Grand Seigneur, jusqu'à ce qu'il reçoive la visite de l'homme qui aurait pu être son beau-frère – un homme qu'il détestait de tout cœur pour ne pas avoir sauvé sa sœur aînée et sa nièce. Pourtant, lorsqu'il avait trouvé Logan Nobel sur le palier de sa porte, il n'avait pas hésité à le laisser entrer, à l'écouter et à le suivre dans la rébellion qu'il menait contre le Grand Seigneur.
L'attaque contre Massalia avait ébranlé beaucoup de monde, notamment les pères, les mères, les oncles ainsi que les tantes appartenant à la Fraternité. Certains avaient obéi par peur, conscients qu'un refus pourrait provoquer la colère du Grand Seigneur, mais ceux-là s'étaient appliqués à ne faire aucun mal aux étudiants. Malheureusement pour Massalia, la Fraternité connaissait elle aussi des membres racistes qui n'avaient pas hésité à abattre tous les élèves d'ascendance moldue qu'ils avaient croisés sur leur chemin… Mais les pires n'étaient pas les racistes : les fanatiques, en effet, étaient bien plus dangereux.
Liam soupira une nouvelle fois. A une semaine de la rentrée scolaire, rien n'indiquait que Lily Evans ait été celle à qui Deadheart avait vendu l'Œil de Cronos. Toutes les personnes qui l'avaient relevé dans sa surveillance de la maison des Evans avaient dit la même chose que lui : aucune trace de Deadheart, aucune trace des Frères fidèles au Grand Seigneur.
− Je fais toute confiance à Brighton.
Liam tourna légèrement la tête. Logan l'avait rejoint dans la chambre, sa longue robe rouge et or presque noire et terne dans l'obscurité. Quand ils n'étaient encore que des Apprentis, Logan était surnommé « le sans-visage » en raison de sa manie à ne jamais se débarrasser de son capuchon. Les moqueries s'étaient rapidement interrompues face à son ascension fulgurante : en l'espace de deux ans, il était passé d'Apprenti à Maître mineur. Néanmoins, Maître mineur ou Maître majeur, Logan n'avait jamais perdu sa manie et, de mémoire, Liam ne l'avait vu sans sa capuche qu'à cinq reprises en bientôt dix-sept ans.
− Même Brighton peut se tromper, dit Liam avec calme.
− Je ne dis pas le contraire, assura Logan, mais je le connais. Gladys et Brian pensent que Brighton dissimule des informations et, si c'est véritablement le cas, nous n'avons aucune raison de remettre son jugement en doute. S'il affirme que Deadheart a vendu l'Œil de Cronos à cette jeune femme, c'est que c'est vrai.
Liam n'insista pas. Il ne pouvait prétendre avoir les mêmes affinités avec Brighton que Logan. En sortant Logan de la misère et d'une vie d'ivresse dépressive, Brighton avait créé un lien fort avec lui. Liam, comme nombre de ses Frères, avait intégré la Fraternité parce que son propre père en faisant partie. Sa sœur aurait pu s'enrôler, elle aussi, mais sa grossesse et son désir d'être une mère présente l'avait poussée à refuser l'offre de la Fraternité. Tu aurais dû accepter, Fanny, songea-t-il amèrement.
− D'après Gladys et Brian, reprit Liam, Brighton saurait bien plus de choses qu'il ne veut le faire croire sur notre cher Deadheart… Toi qui le connais si bien, pourquoi prétend-il le connaître à travers les informations qui lui ont été envoyées ?
Logan resta silencieux pendant quelques secondes, observant les fenêtres éteintes de la maison des Evans.
− Il doit avoir ses raisons, déclara-t-il finalement.
Liam ouvrit la bouche, mais Logan le fit taire en levant une main. Liam fronça légèrement les sourcils, nullement vexé par le geste de son Frère, mais plutôt par sa soudaine concentration. Tournant les yeux dans la direction que semblait suivre le regard de Logan, il mit quelques secondes à remarquer le détail qui avait attiré son attention : à la base du muret de briques rouges délimitant le jardin des Evans, une très longue silhouette rampait en ondulant, prenant soin à rejoindre toute zone d'ombre qui pourrait lui permettre d'avancer discrètement.
− Elle doit bien mesurer deux mètres, cette saleté, commenta Liam.
− Sauf qu'il n'existe aucun serpent de cette taille en Angleterre, dit Logan. C'est un sortilège.
Liam arqua un sourcil.
− Un piège ? suggéra-t-il.
− Sans aucun doute, répondit Logan. Les partisans du Grand Seigneur doivent se douter que nous ne sommes pas loin, ou plutôt que Deadheart ne doit pas être très loin. Après avoir réussi à obtenir une description des bijoux de chaque client issu d'une famille sorcière, ajoutée à cela l'information sur l'intégration de Deadheart à Poudlard à la rentrée, un Génie ou un Penseur est forcément arrivé à la même conclusion que Brighton. D'autant que la fille des Evans est la seule à avoir le même âge que Deadheart.
Ils continuèrent à surveiller la progression du long serpent lorsque, soudainement, une curieuse sensation grimpa le long de la colonne vertébrale de Liam.
− Ils ne font pas les choses à moitié, remarqua-t-il.
− Antitransplanage, approuva Logan. Sans doute étendu sur toute la rue.
Le grand reptile se dressa lentement pour grimper sur le muret, puis disparaître dans un épais massif d'hortensias encore scintillant de la pluie tombée dessus au cours de la journée. Liam lança un regard en coin à Logan, mais il n'obtint aucune réponse. Qu'attendait-il pour donner le signal ? Le serpent réapparut sur la pelouse, ombre noire aux écailles étincelantes se dirigeant tranquillement vers la porte d'entrée, avant d'exploser subitement dans une bouffée de fumée noire.
Liam cilla. Le sortilège reptilien venait d'être détruit par un... piège à loup ? Certes, il y avait bien une forêt à un petit kilomètre, mais Liam doutait sérieusement qu'il y ait des loups – et quand bien même il y en aurait, il serait très surprenant qu'ils s'aventurent jusqu'ici.
− Deadheart, murmura Logan.
− Quoi ? dit Liam.
− C'est une ruse de Deadheart, répondit Logan. En utilisant un piège à loup, il laisse croire que les Evans sont les responsables indirects de la destruction du serpent. La semaine dernière, des sangliers ont détruit les maisons les plus proches de la forêt, certains ont même jusqu'à défoncer des voitures garées dans le centre-ville.
Liam plissa le front, plongé dans un souvenir pas si lointain.
− Il a tout prévu, dit-il dans un souffle.
− Comment ça ?
− Il y a deux semaines, un Génie a été écarté d'un projet visant à enrager des animaux, expliqua Liam. Une petite potion gazeuse dont Deadheart aurait déjà fait usage lors de sa scolarité, lors d'une retenue, pour se venger d'une machinerie organisée par deux de ses camarades. Un ours se serait entré dans Massalia par un passage secret afin de traquer les deux élèves visés, avant d'être finalement neutralisé par un professeur. Bien sûr, l'existence d'une telle potion n'est qu'une rumeur, mais…
− Mais il ne faut pas sous-estimer Deadheart, acheva Logan. Tu as raison, ça ne m'étonnerait pas qu'il ait créé et utilisé cette potion sur les sangliers qui ont vandalisé une partie de la ville la semaine dernière. Ainsi, les pièges à loup dans les jardins sont parfaitement naturels…
Il s'interrompit, mais Liam n'eut pas besoin d'entendre la suite. Tous deux étaient sur la même longueur d'ondes concernant Deadheart : ce garçon était décidément bien plus malin qu'ils ne le soupçonnaient jusqu'à présent. La preuve en était qu'un second serpent fit son apparition, aussi long et calme que le précédent, mais cette fois-ci un peu plus rusé que son prédécesseur. Au lieu de franchir le muret, en effet, le reptile s'avança jusqu'à l'allée pour se faufiler sous le portique et remonter l'allée en toute sérénité.
Lorsqu'il atteignit la porte d'entrée, Logan se redressa légèrement. Liam connaissait cette réaction : elle signifiait clairement que son beau-frère soupçonnait le serpent de jouer un rôle plus important qu'ils ne l'avaient pensé. Et, à l'évidence, Logan se préparait à intervenir dès qu'il aurait la confirmation à son soupçon. Reportant son regard bleu vers le reptile, Liam le vit se dresser lentement pour approcher sa tête de la petite boite aux lettres aménagée dans la porte d'entrée.
− Il ne va quand même pas… s'étonna-t-il dans un souffle.
Et pourtant, malgré son épaisseur, le serpent se faufila sans peine par l'ouverture pour s'introduire dans le hall de la maison. Logan tourna brusquement les talons pour se diriger vers la porte de la chambre, Liam sur les talons.
− Il semblerait que certains sortilèges aient subi quelques améliorations depuis mon départ, déclara-t-il.
− Ce n'est pas surprenant, dit Logan. La Fraternité se doute forcément que nous chercherons à contrecarrer toute mission chère au Grand Seigneur, il lui fallait donc s'armer en conséquence. Cela fait des années que les racistes, les assassins et les espions demandent à ce que le Serpent soit amélioré… Le Grand Seigneur a de toute évidence accédé à leur requête.
Liam eut un léger frisson. Contrairement à ce que beaucoup de gens pensaient, même au sein de la Fraternité, les robes des Frères n'étaient pas identiques. Les broderies dorées se ressemblaient beaucoup, mais il existait plus de différences qu'on le soupçonnerait – et chacune de ces différences correspondait à une « classe ». Liam et Logan avaient des robes identiques, car ils étaient tous deux des Maîtres majeurs spécialisés dans le combat, considérés comme des « guerriers ». Mais il existait plusieurs classes au sein de tous les grades, à l'exception des Apprentis qui ne portaient qu'une simple robe noire.
Atteignant le rez-de-chaussée, Logan émit un sifflement strident, immédiatement suivi d'un raclement de chaises et du martèlement de plusieurs pas pressés. Des silhouettes jaillirent par les portes de la cuisine et du salon. Deux blanches, Brian et Gladys, et quatre noires, dont Liam n'arrivait pas à mémoriser les noms. Il connaissait Gladys et Brian depuis des années, notamment pour les avoir présentés l'un à l'autre, lorsque Brian est devenu le mentor de Gladys après que celle-ci ait atteint le grade de « Maître mineur ».
− Brighton disait vrai, alors ? s'enquit Gladys.
− Ils ont installé un Dôme Antitransplanage, peut-être étendu sur tout le quartier, annonça Logan. On fait comme on a dit et, sous aucun prétexte, vous ne devez manifester d'hostilités envers Deadheart s'il se pointe. S'il attaque en premier, défendez-vous mais ne répliquez pas. On y va !
Ouvrant la porte, il s'élança le premier à l'extérieur de la maison, Liam sur les talons. A peine eurent-ils dépassé le muret de la propriété que plusieurs éclairs de lumière fusèrent dans leurs directions, mais ils n'eurent pas en se préoccuper des attaques, Gladys et Brian les couvrant tandis que les Apprentis répliquaient à l'aveuglette. Ils ont envoyé des Assassins, ces enfoirés, grogna intérieurement Liam, dont les yeux bondirent à chaque extrémité de la rue sans repérer la moindre âme.
Probablement l'une des classes les plus récentes, celle des Assassins connaissait une activité saccadée depuis son apparition, trois siècles auparavant. Recrutés pour leur habilité en potions et en sortilèges, ils étaient nés quand la Fraternité nomma à sa tête le premier Grand Seigneur assoiffé de reliques et d'artefacts. Fanatiques, la plupart du temps, leurs compétences en matière de Camouflage les rendaient indétectables, ni par le regard, ni par la magie, faisant d'eux de véritables fantômes. Chaque fois qu'un Grand Seigneur friand des Assassins était nommé, toute une étude était menée pour ensuite être exposée aux Apprentis, non sans raison. En trois siècles d'activités, seuls trois Assassins étaient morts alors que, sur la même période, les guerriers comptaient 71 morts et les espions, 27.
Un sortilège passa tout près du capuchon de Logan, mais celui-ci ne ralentit pas. Traversant la rue pavée, Liam à sa suite, il ouvrit le portique de bois d'un mouvement de sa baguette magique et remonta l'allée à grands pas. Se retournant brièvement, Liam aperçut un Apprenti à terre, au beau milieu de la chaussée, tandis que Gladys, Brian et une jeune femme, à en juger par les courbes dessinées par la robe au niveau de la poitrine, luttaient férocement pour laisser un troisième Apprenti porter le dernier, apparemment blessé à l'épaule, jusque dans le jardin.
− C'est bon ! annonça Brian en franchissant le portail.
Logan avait déjà ouvert la porte de la maison silencieuse. La refermant lorsque Brian fut entré, il observa Gladys examiner la blessure de l'Apprenti avant de donner un petit coup de baguette dessus. La plaie se referma aussitôt tandis que le sang disparaissait, le sortilège ne laissant derrière son passage qu'une pâle cicatrice qui disparaîtrait avec le temps.
− Logan, murmura Liam.
Quand Logan l'eut rejoint, Liam lui montra le haut de l'escalier. Un halo fébrile et bleu pâle éclairait faiblement le couloir du premier étage, comme une lampe l'aurait fait depuis une chambre à la porte ouverte.
− Gladys, Paola, vous gardez la porte d'entrée, chuchota Logan. Brian, tu prends les garçons pour l'arrière.
Accompagné de Logan, Liam monta le plus silencieusement possible l'escalier, sa baguette tendue devant lui. Ce curieux halo était de toute évidence magique, mais il doutait sérieusement que la fille des Evans ait pu le créer. Il se demandait, en outre, où était passé le serpent, mais la réponse apparue dès qu'ils atteignirent le couloir. Sur un pan de mur face à la chambre d'où provenait la lueur tremblotante, une ombre humaine et partielle se dessinait.
Logan et Liam échangèrent un regard, comme pour se concerter sur la meilleure stratégie à adopter, mais ils n'en eurent pas le temps.
− Vous arrivez trop tard, lança l'ombre.
− Grant ? s'étonna Logan.
L'ombre apparue entièrement sur le pan de mur, surmontée de cheveux ébouriffés. Le fameux Harry Grant sortit de la chambre mais s'arrêta sur le palier, puis désigna d'un mouvement de tête l'intérieur de la chambre.
− Comment es-tu arrivé jusqu'ici ? interrogea Logan en baissant sa baguette.
− J'ai passé la journée dans la vieille cabane à outils du jardin, répondit Grant.
− Exercice sur la discipline de l'esprit face à l'ennui et l'inactivité, j'imagine, marmonna Liam.
Grant se contenta de hocher la tête, puis tourna une nouvelle fois la tête vers la chambre. Se reflétant sur le verre rond de ses lunettes, Liam remarqua que la lueur bleu pâle et fébrile était diffusée par un petit globe flottant dans les airs. S'approchant d'un même pas avec Logan, ils jetèrent un œil à l'intérieur de la chambre. En effet, lévitant à un bon mètre quatre-vingt du parquet, une sphère lumineuse occupait le centre de la pièce.
− Vous savez ce que c'est ? demanda Grant, perplexe.
− Ce n'est pas vous qui l'avez créé ? s'étonna légèrement Liam.
Grant hocha la tête en signe de négation.
− C'est l'apparition de cette lumière qui m'a poussé à quitter la cabane à outils, avoua-t-il. J'ai juste neutralisé un serpent qui venait de s'introduire par la boîte aux lettres. Le problème, c'est qu'il n'y a plus personne. Les Evans ont disparu, et je n'ai croisé personne.
− Sauf que nous n'avons vu personne sortir de la maison, objecta Liam.
− C'est normal, dit Logan. Deadheart a contourné le Dôme Antitransplanage pour partir, et peut-être même pour entrer. Ses compétences dépassent largement le niveau d'un Apprenti de dernière année, il en serait parfaitement capable. Toutefois, je me demande pourquoi il a laissé derrière lui ce sortilège…
L'explosion de la porte d'entrée, immédiatement suivie d'un cri étranglé, détacha leur attention de la sphère bleu pâle. Apparemment, Gladys et la jeune Paola ne s'étaient pas laissée impressionner par l'ouverture barbare de la porte et avaient déjà neutralisé un assaillant. Toutefois, Grant parut brusquement prendre conscience de quelque chose, car il attrapa brusquement les manches des deux Maîtres majeurs et les entraîna vers l'escalier.
− Il faut sortir d'ici tout de suite, déclara-t-il d'un ton autoritaire.
− Qu'est-ce qui te… ? commença Logan.
La réponse l'interrompit. Le halo bleu pâle qui éclairait les murs s'intensifia brusquement, devenant plus blanc et plus brillant qu'auparavant. Lâchant les deux Maîtres majeurs, Grant s'élança dans l'escalier en tirant sa baguette magique, dévia un sortilège orienté vers Gladys et Paola qui reculaient dans le couloir, visiblement incapables de maintenir leur position initiale. Sautant par-dessus la rampe, Grant fit volte-face pour bloquer une attaque dirigée vers lui, cette fois-ci.
Atteignant les dernières marches, Liam agita sa baguette magique en direction de l'embrasure. Les morceaux de la porte d'entrée, éparpillés en tous sens, commencèrent frémir sur le carrelage, puis s'envolèrent les uns vers les autres pour reformer progressivement un panneau flambant neuf, qui alla reprendre sa place dans l'encadrement. Certes, la nouvelle porte ne tarderait pas à céder, mais elle leur faisait au moins gagner du temps pour descendre les dernières marches et rejoindre Grant, Gladys et Paola au fond du couloir.
− Tu veux bien nous expliquer ? lança Logan.
− Massalia n'a jamais été détruite par votre Fraternité, dit Grant. Les géants ont certes abîmé la façade, mais rien d'irréparable. Dans les journaux, nous avons découvert que la dernière fois que Deadheart a été aperçu le soir de l'attaque, il descendait aux sous-sols. Or, l'explosion qui a détruit Massalia venait des sous-sols. J'y étais, j'ai vu la terre soulevée par l'explosion et le rez-de-chaussée en ruines. Sans fondations solides, le palais s'est effondré.
Sortant dans le jardin arrière, Liam referma la porte au moment où celle de l'entrée explosait de nouveau. Brian, ainsi que les deux jeunes Apprentis qui l'avaient suivi, paraissaient n'avoir rencontré aucune menace réelle. Tous trois étaient debout, à quelques mètres de deux silhouettes vêtues de blanc étendues sur le sol.
Le jour parut se lever plus tôt que prévu. Une lumière éblouissante jaillit soudainement des fenêtres de l'étage, se répandant dans tout le quartier comme si un soleil avait soudain naquit dans la maison des Evans, chassant toutes les ombres et éclaircissant jusqu'aux nuages les plus bas. Puis la nuit retomba, plus obscure qu'auparavant. Liam cligna des yeux pour s'habituer à la pénombre, sa baguette pointée sur la porte de la maison.
Une minute s'écoula. Toutes les baguettes étaient orientées sur la maison, à l'exception de celle de Gladys qui se chargeait d'annuler le Dôme Antitransplanage. Personne rare au sein de la Fraternité, Gladys était l'une des seize sorciers et sorcières appartenant à la classe des « Enchanteurs », bien qu'elle eût toutes les compétences requises pour devenir une guerrière. Malheureusement pour elle, le grade de Maître majeur ne s'ouvrait que difficilement aux Enchanteurs – en cinquante ans, les Maîtres majeurs n'avaient compté que deux Enchanteurs.
− Pourquoi ne viennent-ils pas ? dit Paola avec un léger accent portugais.
− Parce qu'ils sont morts, répondit Logan en abaissant un peu sa baguette.
Liam resta silencieux, comme tous ses Frères. C'était une manière de faire le deuil de leurs confrères qui, malgré leur hostilité, ne pouvaient être blâmés d'avoir obéi aux ordres. Le responsable de leur mort était autant Morphée Deadheart que le Grand Seigneur mais, pour la première fois, Liam comprit pourquoi Logan vouait désormais sa vie à combattre le Grand Seigneur.
− J'ai fini, annonça Gladys d'une voix sobre.
− Alors, rentrez, dit Logan.
− Où comptes-tu aller, encore ? demanda Brian.
− Je dois m'entretenir avec Brighton, répondit Logan. Cette nuit aura des répercussions dramatiques… et je dois vérifier une théorie.
− Quelle théorie ? interrogea Liam.
− Je vous en ferai part quand elle m'aura été confirmée, promit Logan.
− Que fait-on pour Joshua ? lança un Apprenti qui ouvrait la bouche pour la première fois.
− Je m'en occupe ! dit Gladys. Il n'est pas mort, juste inconscient.
Les Apprentis, emmenés par Brian, transplanèrent dans une succession de bruissements d'étoffe. Voyant Logan s'approcher de Grant pour le ramener sur l'île de Brighton, Liam s'interposa en le saisissant par le bras.
− J'estime avoir le droit à davantage qu'une simple promesse, Logan, dit-il d'un ton sec.
− Tu sais très bien à quoi je faisais allusion, Liam, rétorqua Logan d'une voix calme.
Liam crispa la mâchoire, la gorge légèrement sèche.
− C'est impossible, tu le sais très bien, dit-il.
− Ca s'est déjà produit une fois, ça peut se reproduire.
− La magie arca…
− Bonsoir, Liam, coupa Logan.
Liam lâcha le bras de Logan comme si l'interruption l'avait électrocuté, puis il regarda Logan poser une main sur l'épaule d'un Harry Grant visiblement très intrigué. Alors, dans un silence total, tous deux disparurent.
