Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en différé). Le thème était « message ».
Pas de SOS
Rien. Le néant. La solitude. Toujours. A jamais. Sirius en crevait, punaise, il en crevait, de cette solitude qui lui collait à la peau. Il n'arriverait jamais à s'en débarrasser. Il avait l'impression de tourner en rond. De passer de cage en cage. De solitude en solitude. De barreaux de fer en barreaux de fumée.
Il haïssait cette solitude. Il l'exécrait. Elle l'insupportait. Elle le rendait fou. Mais il n'avait pas le choix. On ne le lui avait pas laissé. On lui avait volé sa vie. Et on prétendait ne la lui rendre qu'à certaines conditions.
Au début, il avait trouvé ça pas si gênant que ça. Il avait vécu pendant des années dans un concert de folie, un peu de silence ne lui faisait pas mal. Il n'était pas habitué au brouhaha de la vie. Il faisait une transition en douceur.
Sauf qu'il n'y avait pas de transition. Pas de changement. Il restait le même. Il restait celui qu'on avait condamné. Il restait celui qu'on avait éloigné du monde des communs. Il restait celui dont la folie n'était juste pas prouvée, mais évidente. Celui qu'il fallait protéger. Contre son gré. Pour son bien. Celui qu'il fallait ménager.
Il était dans une prison dorée. Une cage qu'on prétendait bien meilleure que la précédente. Il n'avait plus de liberté. Elle lui avait été enlevée bien des années auparavant, et on ne souhaitait pas la lui rendre. Trop dangereux, qu'on disait. Etait-il dangereux d'être libre ?
Il n'en pouvait plus. Il tournait en rond. Rongeait son frein. Freinait son impatience. S'impatientait de plus en plus. Trépignait. Il avait hâte de vivre, hâte de vivre enfin. Hâte d'être libéré. Mais plus les jours passaient, et moins cette perspective semblait probable. Il ne serait jamais libre. Il ne pourrait jamais faire ce qu'il voulait. On le surveillerait toujours. Parce qu'on ne savait jamais. Parce que ça n'est pas parce qu'on est blanchi qu'on est totalement blanc. Parce qu'il est dangereux, instable. Parce que c'est pour son bien. Ce bien qu'on connaît bien mieux que lui. Lui ne connaît pas la vie. Il ne peut pas savoir. Et on ne le laissera pas l'affronter. Trop dangereux. Trop risqué.
Il était seul. Invariablement seul. Toujours seul. Personne ne venait, dans cette maison froide. Si peu accueillante. Cette maison qu'il abhorrait plus que tout. Ou alors ils passaient en coup de vent. L'excluaient de leurs réunions. Il n'était pas le bienvenu ici. Il était un poids. Un fardeau encombrant, dont on s'accommodait tant bien que mal. Il n'était pas à sa place.
Il aurait fait n'importe quoi pour sortir. N'importe quoi pour voir le monde autrement que par ces fenêtres crasseuses. N'importe quoi pour sentir enfin le goût de la vie. Il aurait envoyé des tas de hiboux, pris la poudre de cheminette autant de fois qu'il le fallait. Il aurait même fait des signaux de fumée s'il le fallait. Mais ça ne servait à rien. Tous ses messages étaient bloqués, déconsidérés. Il n'était qu'un capricieux. On lui rendait la vie, c'était déjà pas mal, non ?
Non. Il voulait la vraie vie. Il voulait la sentir de toutes ses forces, de toute son âme. Il voulait savoir ce que c'était que de vivre seul par choix. Que de se promener, insouciant, dans les rues qu'il voyait depuis sa fenêtre. Il voulait vivre enfin. Il voulait découvrir ce qu'on lui avait volé. Mais il n'y avait pas droit. Il était prisonnier.
Encore une fois, il fit les cent pas dans sa chambre. Déchira le dernier parchemin qu'il avait écrit. Tout ça ne servait à rien. Pas de SOS possible pour lui. Pas de message de détresse. Personne ne viendrait. Et il était déjà désespéré…
