Chapitre 25 :
Une journée pleine d'humiliations
BANG ! Harry embrassa bien malgré lui la vitre en verre et la Meute au complet l'applaudit en riant aux éclats. Pour sa décharge, elle était constamment sale et ouverte, cette porte, pourquoi était-elle propre et fermée, hein ?!
"J'vous emmerde." siffla-t-il entre ses dents serrées.
"Langage !" réprimanda Red avant de développer : "J'encule vos joli popotins de vache, j'ai l'honneur d'envoyer un gros sac de merde à vos têtes de poisson pas frais… Soit un minimum créatif, bon sang !"
"Tu sais que t'es sensé être notre figure d'autorité ?"
"Je peux être très autoritaire… Par exemple : Finissez votre petit déjeuner rapidement et allez bosser, bande de féniasse !"
Logium bailla lentement à s'en décrocher la mâchoire, Praesepe pris une bouchée de pain, Michael dormait encore et Max envoya sa salade d'algues marinée au plafond avec un système très complexe de catapulte élaborée avec des cuillères et quelques fourchettes.
"Ah ouais..." s'étonna Harry avec un sourire moqueur. "Très efficace ton autorité, dis-moi."
"Je ne dérange jamais mes louveteaux quand ils mangent." se défendit Red. "Assieds-toi très loin de Max, je ne veux pas devoir réparer la table et la moitié de la cuisine…"
Ainsi, Harry mangea son dernier repas à cette table mais il ne le savait pas encore. Il ignorait également qu'il venait de passer sa dernière nuit dans son lit, sans doute aurait-il savouré sa dernière bataille d'oreiller si ça avait été le cas.
Il quitta la maison avec ses vêtements en lambeaux (rescapé d'un incendie, on ne précisera pas qu'il était l'auteur dudit incendie) et une besace contenant la plupart de ses affaires n'ayant pas explosé dans une expérience ou un combat avec Max. Ce n'est qu'une fois dans la rue qu'il sentit un léger vertige : par où commencer ?
"Bonjour, je souhaiterai rencontrer le directeur." annonça-t-il solennellement en pénétrant dans un fast-food.
"À quel propos, gamin ? Ton steak n'était pas cuit ou ton jouet est cassé ?"
"Je veux postuler pour être serveur."
Tout le monde se ficha ouvertement de sa gueule et il fut renvoyé à coup de menaces plus ou moins violentes. Avant de partir, il fit valser la plupart des plateaux-repas et jaillir les sodas des machines d'un geste souple du poignet.
On ne se moque pas impunément du Survivant. Non mais oh !
Si Max avait réussi, il n'y avait aucune raison qu'il échoue. Il prit une profonde inspiration et ses jambes s'allongèrent : parfait ! Pour plus de réalisme, il visualisa un fin filet de pilosité faciale mal entretenu. Il ressemblait plus à un adolescent avant l'achat de son premier rasoir qu'à un adulte mais c'était déjà bien.
Son premier pas fut hésitant et il ne lui fallut pas plus de trois enjambées pour perdre l'équilibre. Il entendait distinctement les rires de la Meute dans son esprit :
"Fermez vos bouches de crapauds malodorants." dit-il et tous les passants le regardèrent avec horreur.
Fier de son effet, il leur adressa un large sourire accompagné d'un signe de la main... Et son coeur manqua un battement. Ce n'était pas son juron imagé qui avait effrayé les foules (bien qu'il fut parfait) mais sa nouvelle apparence. Sa magie s'était (encore) emballée et tout son corps était désormais recouvert d'une épaisse couche de poils noirs de jais et aussi ébourrifés que sa véritable tignasse potterienne.
"Fais chier…"
Il n'avait jamais autant été un loup de la Meute qu'aujourd'hui et il ne lui manquait plus qu'une paire d'oreille assortie d'une queue et quelques griffes pour être un loup-garou. Graou ?!
Il passa le reste de sa journée caché au fin fond d'une ruelle où s'entassaient les poubelles et la nuit était déjà tombée depuis longtemps quand il se résigna à chercher de l'aide.
Toc - Toc - Toc
"Qu'est-ce que... Harry ?!" s'écria Red en ouvrant la porte.
"J'suis coincé..." avoua-t-il à contrecoeur.
D'un coup de baguette sur le haut du crâne, il perdit sa fourrure et retrouva son (magnifique) corps (d'Appolon) et son visage (sculpté par les dieux). Oui, bon, peut-être qu'il exagerait (si peu…).
"T'as l'argent ?"
"Euh... Bah... C'est-à-dire que j'étais trop occupé à ne pas être chassé pour finir en barbecue et manteau-pour-mèmère."
BANG ! C'est ainsi qu'après une journée pleine d'humiliations, Harry passa sa première nuit dehors...
- Fin du 25ème chapitre -
...à suivre...
