Bonsoir,
Bon, je sens que les lecteurs vont encore me détester pour la suite de cette fic, parce que, hum, on ne peut pas dire que ça s'arrange vraiment … Mais bon, y'a pas marqué dans le style de texte guimauve/cuicui les petits zozios, alors forcément …
En fait, je voulais vraiment marquer un tournant, faire de ce chapitre quelque chose de crucial, parce que tout de même, c'est le 25ème, ça compte pour moi … Et avec le virage annoncé dans le chapitre précédent, les choses ne pouvaient s'inscrire que dans ce sens.
J'ai vraiment mis mon âme dans ce chapitre, je l'ai écrit comme on plonge dans une tempête, prête à souffrir s'il le fallait, parce que ça en valait la peine … Je l'ai vécu avec beaucoup d'intensité, et j'espère que vous le ressentirez comme tel, et qu'il vous plaira. Sincèrement, je l'espère de tout mon cœur ! (et pardon si je parais un peu théâtrale dans mes propos, mais j'ai du mal à ressortir de ce chapitre qui m'a vraiment prise aux tripes …).
Disclaimer : la plupart des personnages et lieux appartiennent à J.K. Rowling, le reste est à moi.
Rating : K +
Bonne lecture à tous …
Fallen angels
Chapitre 25 : We are fallen angels
Une fois, je me suis demandé ce que je devais faire si je me trouvais au bord d'un précipice : rester au bord, ou avancer ?
Plus les jours passent, moins je comprends ma vie. Je ne comprends pas où je vais, puisque je ne sais d'où je viens.
Je pensais que marcher toute ma vie en aveugle m'irait très bien, mais il paraît que je me perds peu à peu. Que je perds ce qu'il y a d'humain en moi. Et ça, je ne le veux pas. A aucun prix je ne veux perdre ce cœur qui bat en moi : c'est la seule certitude que j'ai encore.
Alors, ne me l'enlevez pas.
C'est pourquoi, même si la chute doit être douloureuse, même si seules d'autres ténèbres doivent m'attendre au fond du précipice, je fais le choix d'avancer.
Et de sauter.
…
Pitié, dieu, ou qui que vous soyez, donnez-moi des ailes pour que ma chute soit moins douloureuse …
Prenant une grande inspiration, comme avant de sauter dans un grand lac gelé, Harry se prépara, puis plongea la tête dans la pensine qu'il tenait sur ses genoux.
Il crut d'abord s'étouffer, puis eut la sensation vertigineuse de tomber, tomber, en une chute infinie, qui le prenait aux entrailles, en une sensation de peur viscérale, de vide inexorable. Enfin, il atterrit dans de l'herbe. Il se réceptionna tant bien que mal, et quand il eut redressé sur son nez ses lunettes, il constata qu'il faisait nuit. La lune était pleine, à demi cachée par les nuages.
Un bruit attira son attention sur la droite, et en tournant la tête, il ne put retenir un cri stupéfait : il venait de voir une version plus jeune de lui-même sortir du tronc d'un grand saule, rapidement suivi par ceux qu'il devina être Hermione et Ron, également plus jeunes. Inquiet qu'on le voit, il recula de quelques pas, cherchant autour de lui un endroit où se dissimuler. Mais il constata bien vite que personne ne paraissait faire attention à lui.
Sous ses yeux, tout se déroulait très vite. Il reconnut Rogue, qui venait les invectiver, lui et ses amis, puis en tournant la tête, il aperçut le professeur Lupin … Ainsi donc ils se connaissaient bien depuis quelques années déjà. Etonnamment, cette pensée lui réchauffa le cœur, un peu.
Mais son sentiment de bien-être ne fut que de courte durée : sous les yeux horrifiés du jeune homme -et de sa version plus jeune-, Remus Lupin achevait de se transformer en loup-garou … malgré les imprécations de cet homme, aux cheveux noirs emmêlés, malgré les cris des jeunes adolescents.
Harry se plaqua une main sur la bouche, saisi d'horreur … Saisi de peur, comme il se rappela alors l'avoir été, des années auparavant. Là, maintenant, comme l'était ce jeune lui-même. Tout cela était encore confus, ses sentiments actuels se mêlant à ceux encore enfouis dans sa mémoire à demi perdue …
Ce n'est que quand il vit le deuxième homme se transformer à son tour qu'un flash le traversa.
Un chien et un loup s'enfuyaient déjà au loin, quand il tendit le bras, trop tard … Trop tard.
« Sirius … » eut-il juste le temps de balbutier, le cœur serré, avant de se sentir happé, tiré hors de cette bribe de souvenir. Arraché hors de ce bout de lui-même.
Il ne se laissa même pas le temps de reprendre son souffle ou de se remettre du choc du souvenir retrouvé de son parrain qu'il replongeait avec avidité la tête dans sa pensine. Pour rattraper ces souvenirs qui bouillonnaient là-dedans, pour violer les barrières de sa mémoire encore fermée … pour se retrouver … pour le retrouver.
Quand il atterrit dans cette étrange pièce circulaire plongée dans l'obscurité, Harry eut le pressentiment qu'il n'allait pas aimer ce qu'il allait voir. Mais il eut l'illusion, pendant quelques secondes, qu'il serait cette fois capable d'intervenir. De changer le cours de l'histoire, s'il le fallait. Et tant pis pour les conséquences -Harry n'y pensait même pas, en cet instant.
Il n'eut pas à attendre longtemps : il se vit arriver dans la pièce, entouré de Ron, Hermione, Ginny et d'autres élèves. Très vite, ils furent rejoints par des mangemorts. Après les avoir affronté une fois, il s'en rappelait. Il s'en rappellerait toujours, à présent. Même si ce qui pouvait le lier à eux, même si ce qui pouvait les opposer avec tant de force lui échappaient encore, un peu. Très vite, comme il s'y attendait, le combat s'engagea entre ses amis et les autres.
Déterminé cette fois, il se concentra pour faire apparaître une boule d'énergie magique dans sa main, et la lancer sur ceux qui retenaient maintenant ses amis prisonniers, sous le joug de leurs baguettes. Mais, alors qu'il avait parfaitement réussi ce sort d'attaque sans baguette quelques heures plus tôt, rien ne se produisit. Incrédule, stupéfait que son corps lui fasse défaut au moment où il en avait le plus besoin, Harry sentit la peur déferler sur lui par vagues.
Quand d'autres personnes firent irruption dans la grande salle, dont l'homme qu'il avait reconnu quelques minutes plus tôt comme étant son parrain, il sut.
Il sut ce qui allait arriver.
Pas comme si le souvenir lui était revenu, non, c'était encore plus fort comme ça. C'était comme une prémonition qu'il n'avait pas eu à l'époque, et qui aurait pourtant pu tout changer.
Qui aurait pu le sauver.
Sans perdre une seconde, Harry se précipita au-devant des protagonistes de cette scène fantôme qui se déroulait devant lui. Il dépassa celui qu'il avait été il y a à peine 2 ans, le laissant se battre aux côtés de Sirius contre des ombres dont il n'avait que faire. Se postant devant le voile, il attendit, de pied ferme.
Que Sirius s'en rapproche. Que Sirius soit au bord de tomber derrière.
Mais cette fois, ça n'arriverait pas. Parce qu'il était là. Parce qu'il pourrait, Merlin sait comment, éviter que l'inéluctable se reproduise.
Il ne le perdrait pas une fois de plus. Une fois de trop.
Sirius et son adversaire se rapprochaient, toujours sans le voir. Ils étaient pris dans leur combat acharné, et en l'homme, Harry se reconnut, un peu : tout comme son parrain, il pouvait oublier tout ce qui se passait autour de lui, quand il était lancé dans quelque chose. Comme lui, il pouvait parfois être imprudent, risquer sa vie en croyant être en train de la vivre pleinement. De la vivre trop. Comme si l'avenir ne comptait pas, comme si le passé n'existait plus.
Comme si le présent seul avait de l'importance.
Mais Harry savait aujourd'hui que c'était faux. Qu'on ne pouvait vivre sans son passé, ni ignorer l'avenir qui nous attend. Mais pour le futur, il attendrait encore. Là, tout de suite, il avait un passé à sauver.
Tout se passa comme dans une mauvaise séquence de film, qui a besoin d'un ralenti pour bien souligner l'horreur de ce qui est en train de se passer. Et Harry se vit, dans un dédoublement quasi irréel, hurler, hurler à s'en faire crever les poumons, les tympans et le cœur, quand Sirius tomba derrière le voile.
Il avait pourtant fait rempart de son corps, il avait pourtant tendu la main, il avait pourtant prié très fort intérieurement pour que cela ne se produise pas. Pas une deuxième fois. Mais on ne peut changer le passé. On ne peut ramener les morts à la vie.
Et dans le hurlement silencieux qui sortit de sa gorge, reprit en écho par son double plus jeune, Harry mourut une deuxième fois en même temps que son parrain disparaissait.
Une fois de plus.
Une fois de trop.
oOoOoOoOoOo
Comment puis-je encore être en vie, en traînant tant de morts derrière moi ?
Pourquoi ne me suis-je pas donné la mort, alors que j'ai perdu tant de gens qui m'étaient chers ?
Qu'est-ce qui fait que je suis encore là ? Qu'est-ce qui peut bien me rattacher encore à la vie ?
Quelle est ma raison de vivre ? Qu'est-ce qui m'a tenu toutes ces années durant ?
Putain, quelle est ma raison de vivre !
Draco ne pensait pas que ce serait si douloureux. Mais il ne manifesta pas la moindre émotion quand Voldemort lui imprima la marque de sa soumission sur le bras. Il serra les dents, battit des cils pour en chasser les larmes qui s'y étaient nichées, et ancra ses genoux dans le sol froid, comme s'il voulait se fondre dans le carrelage de marbre du manoir Malefoy.
Après tout, il appartenait à cette maison. C'était sa caste, son héritage. Il en était le descendant, la lignée directe. La seule encore pure, le seul enfant encore digne de respect.
Les bons sorciers, les vrais, les seuls vraiment dignes de respect se faisaient rares. Draco le savait. C'est pourquoi il avait choisi ce soir de recevoir la Marque. De prêter ce serment d'allégeance à Voldemort.
Il avait passé trop d'années à hésiter, trop de temps à marcher entre deux eaux, sans savoir où était réellement sa place. Sa lâcheté l'avait toujours fait hésiter, mais enfin, il savait ce qu'il voulait.
Ce qu'il voulait faire.
Ce qu'il voulait être.
Il serait un de ces sorciers encore dignes de respect.
Alors il serra les dents, et ferma les yeux pour refouler ces larmes qui n'avaient plus leur place dans ses yeux. Il ne les entrouvrit que pour voir la Marque enfin apposée, encore brûlante sur sa peau nue et pâle. Il enserra de sa main droite son poignet gauche, et murmura un « Merci » douloureux, qui se perdit dans les cris de tous les Mangemorts présents.
Il était l'un des leurs à présent. C'était fait.
Draco laissa enfin une larme, libératrice, s'écouler. Et il sourit. Il sourit, d'abord doucement, puis se laissa aller à rire, de plus en plus fort.
D'un rire presque aussi fou que celui du Mage noir, qui regardait, satisfait, sa nouvelle recrue agenouillée devant lui. Une nouvelle pierre à l'édifice, il y avait de quoi être heureux.
Draco avait fait son choix. Celui qui déterminerait à présent toute sa vie.
Il avait de quoi être heureux.
oOoOoOoOoOo
Ma vie … ma vie peut-elle encore porter le simple nom de « vie » ? Tout n'est qu'une mascarade, une putain de mauvaise farce où on m'a entraîné … Je ne veux rien de tout ça, je ne comprends pas pourquoi je suis encore là !
Lâchez-moi, laissez-moi repartir !
Ou donnez-moi un sourire, une épaule réconfortante, donnez-moi un signe, même infime, que dans mon passé réside du bonheur …
Si tout ce que je vois là est ce que j'ai vécu, comment ai-je pu tenir jusque ici sans craquer ? Sans flancher ? Sans devenir fou ?
Donnez-moi juste un sourire …
Le visage baigné de larmes, Harry s'agrippait aux bords de la pensine comme à une bouée de secours. Mais il n'était plus du tout sûr en cet instant que l'objet magique pouvait encore constitué une aide. Il y avait trop de malheur là-dedans, trop d'horreur … trop réelles.
Mais, peut-être par masochisme, éventuellement encore par curiosité, sans doute par désespoir, il plongea une nouvelle fois la tête dedans. Pour voir. Pour voir si dans son passé se trouvait un sourire. Une main tendue.
Il atterrit cette fois dans une grande pièce doucement éclairée. Il s'y crut d'abord seul, mais en tournant la tête, il se vit. Agé d'un an ou deux en moins. Le même que dans la Salle du voile, en fait. Mais visiblement pas encore déchiré par cette douleur à venir. Cette douleur déjà passée.
En s'approchant doucement, Harry se découvrit en train de discuter avec une jeune fille. Brune, l'air timide. Plutôt jolie. Mais à l'air déjà infiniment triste. Comme lui le serait plus tard. Comme il l'était maintenant. Alors le jeune homme les écouta : il comprit qu'elle évoquait un être cher disparu, et il eut de la compassion pour elle. En regardant son double, il devina de l'amertume et de l'affection : il comprit qu'il avait aimé cette fille.
Mais il devina aussi, comme dans une autre triste prémonition, que ça ne durerait pas entre eux. Que leur histoire était déjà condamnée d'avance. Il aurait voulu prévenir celui qu'il avait été qu'il allait souffrir, qu'elle n'était pas la main tendue tant attendue.
Mais il ne pouvait rien dire. Juste regarder en silence, impuissant, ce baiser baigné de larmes qui s'échangeait, déjà froid. Déjà empli de regrets. Et il ne put que pleurer en silence, pour les accompagner.
Il ressortit de ce souvenir amer pour replonger avec une avidité cette fois clairement masochiste dans le suivant.
Il s'y vit hué par la plupart des élèves de l'école parce qu'une coupe l'avait choisi. Lui qui avait aujourd'hui droit aux attentions et à la gentillesse bienveillante de ses camarades, ne comprenait pas ce qui avait pu faire que, quelques années à peine auparavant, il était devenu un objet de mépris et de railleries.
Et le regard, si noir, qu'il aperçut alors chez Ron, pourtant un véritable ami. Le Harry du présent ne doutait pas de l'amitié du jeune homme, même après avoir perçu ce regard, mais cela lui fit mal. Toutefois, il se dit qu'ils avaient visiblement su passer au-dessus de ça.
Et lui qui, sans souvenir, ne pouvait se rappeler combien Ron avait pu être proche de lui, en eut une preuve indirecte ici. C'était toujours ça de pris.
De même qu'il ressentait une chaleur l'étreindre doucement quand il perçut l'inquiétude de Hermione dans un autre souvenir, juste avant qu'il n'aille affronter un dragon. La peur de celui qu'il avait été avant était alors incommensurable, et la sollicitude de la jeune fille n'avait pas été pleinement perçue. Mais lui, avec le regard extérieur qu'il porta sur cette scène pourtant douloureuse, put s'en rendre compte.
La bribe de souvenir suivant le submergea également par l'angoisse palpable qui s'en dégageait : il se vit, tout jeune, agenouillé devant Ginny, inconsciente. Ignorant le reste de la scène, qui était bien trop chargée d'horreur, il le savait, le pressentait, Harry vint s'accroupir devant son double et son amie. Il perçut entre eux une réelle inquiétude, un lien très fort.
Même dans la douleur, il comprit qu'il pouvait y avoir de la chaleur.
Il y avait des gens qui tenaient à lui.
Aussi, même si les sourires se faisaient rares dans la pensine, même si les éclats de rire n'y résonnaient guère, Harry continua. Il effeuilla souvenir après souvenir, il plongea dans ce bain de douleur à la recherche des bribes de chaleur qui pouvaient s'y nicher.
Il en ressortit vidé. Epuisé. Défait. Il avait reçu des preuves d'amitié, d'amour, de sollicitude. Mais ces preuves étaient si infimes à côté de toute la douleur et toute la peur qui régnaient dans son passé qu'il avait failli perdre pied plus d'une fois. Il n'était pas loin de l'overdose de mauvais souvenirs.
Mais il ne regrettait pas de l'avoir fait. Pas une seule seconde.
Même si, depuis, une angoisse sourde, lancinante, lui étreignait le cœur et lui tordait le ventre. Tout résidait dans une seule question, tout aurait pu se résoudre par une simple réponse. Mais encore fallait-il pouvoir poser cette question.
A la bonne personne.
Et être prêt à tout entendre comme réponse.
oOoOoOoOoOo
Ce ne sont que quelques mots. Quelques mots, pour m'apaiser l'esprit.
Mais je sais aussi combien les mots peuvent faire mal, combien ils peuvent être meurtriers.
Et si j'ai eu aujourd'hui plus de réponses que je n'espérais en avoir, il me reste cette question.
Cette unique question, qui change tout, au fond.
Pour une réponse, qui changera peut-être vraiment tout.
Quand Draco vit Harry qui l'attendait sur le seuil du château, il se raidit, comme s'il se préparait au combat. Les vieux réflexes face à Potter n'avaient visiblement pas encore tous disparus. C'était bien normal, après tout, mais pourquoi revenaient-ils seulement maintenant ?
Parce que lui était désormais différent ?
Ou parce qu'au contraire la lueur de colère qu'il percevait dans les yeux du brun lui rappelait trop le Harry d'autrefois ?
Grimpant lentement les dernières marches menant dans le hall d'entrée, Draco tenta d'apaiser son cœur. Ce n'était pas le moment de paniquer, de perdre pied. Tout se jouait là, maintenant que sa nouvelle mission avait clairement commencé. Il devait se montrer à la hauteur.
Savoir doser justement le chaud et le froid face à Harry Potter. Jouer finement. Pour ne pas faire d'erreur. Plus un seul faux pas n'était permis, il en résulterait trop de choses …
Refermant la grande porte derrière lui, le blond demanda à voix basse :
« Tu m'as attendu toute la soirée ? Tu aurais pu te faire attraper par Rusard … Viens, allons dans ma chambre, veux-tu, ça vaudra mieux. »
Le brun hocha la tête, sans ajouter un mot. Ils se dirigèrent en silence rapidement jusqu'aux cachots, pourtant le trajet parut infiniment long au Serpentard. Il sentait bien que Harry était tendu, semblant couver une colère sourde qui ne demandait qu'à exploser. Il ne l'avait que très rarement vu comme ça depuis son « retour » à Poudlard à la rentrée, et craignait le pire.
Toutefois, il tenta de reprendre le contrôle de lui-même, de redevenir le parfait Serpentard qu'il était avant. Avant ce Harry, avant que tout ne soit chamboulé dans sa vie. C'était essentiel qu'il garder son sang-froid, surtout ce soir-là.
Ils arrivèrent enfin à la chambre de préfet de Draco, et s'y engouffrèrent sans un mot. Ils étaient tellement pris dans cette rencontre entre eux, qu'ils ne virent pas l'ombre d'une personne se faufiler dans la pénombre des couloirs mal éclairés. Cette même personne qui, pourtant, les avait déjà surpris ce soir où, devant l'entrée du bureau de Dumbledore, ils s'étaient pardonnés mutuellement tout le mal qu'ils s'étaient faits. Tout le mal qu'ils se feraient encore sûrement.
Mais le pardon était-il encore de rigueur, ce soir ?
Les promesses échangées seraient-elles encore tenues, aujourd'hui ?
A peine Draco eut-il refermé la porte de sa chambre que Harry se retourna et attaqua à brûle-pourpoint :
« Draco … J'ai une question à te poser. C'est vraiment très important pour moi. »
« Ca a l'air, en effet. » ne put qu'admettre le blond face au ton sérieux du Gryffondor.
Le brun planta son regard dans le sien, et Draco tint bon. Soutint les prunelles émeraudes, fortes et inébranlables ce soir-là. Il ne flancha pas, et attendit que tombe la question. Que tombe peut-être sa sentence.
« Pourquoi est-ce que tu n'es dans aucun de mes souvenirs ? »
Bien que préparé à tout, le blond ne put retenir une expression de surprise : à vrai dire, il s'attendait vraiment à tout, sauf à ça. Il s'était composé le masque le plus neutre, pour ne rien laisser paraître si le brun l'interrogeait sur ses nouvelles sorties nocturnes, et qui aurait pu les mener sur le terrain glissant de sa nouvelle identité.
Mais non. Potter lui posait une question d'une simplicité à faire peur.
Et justement, Malefoy aurait dû avoir peur. Il aurait dû savoir que ce n'était justement pas si simple.
Mais inconscient du sens réel de la question, il demanda :
« Et bien, tu le sais, non ? Tu as perdu la mémoire, et tu … »
« Je ne parle pas de ça ! » s'exclama Harry, énervé. Il fit un pas en avant, et demanda, se contenant visiblement, ne voulant pas exploser, pas déjà. Pas sans avoir eu sa réponse. « J'ai … Est-ce que tu sais ce qu'est une pensine ? »
Draco hocha la tête lentement, en assentiment. Il commençait à comprendre où voulait en venir le brun.
Les poings serrés, les bras tremblants, Harry poursuivit :
« J'ai une pensine. Je l'ai récupérée, et j'ai … j'ai plongé dedans aujourd'hui. J'ai retrouvé des souvenirs. Mes souvenirs. » Il se mordit la lèvre, détourna le regard une seconde, puis revint vers Draco : « J'y ai vu beaucoup de souvenirs. »
Un silence, puis le couperet qui tombe.
« Et tu n'es dans aucun de mes souvenirs. » Harry releva un visage qui oscillait entre rage et désespoir. « Tu m'entends ? » murmura-t-il tout bas, avant de s'écrier, faisant sursauter le blond : « Tu n'es dans aucun de mes souvenirs ! Tu n'y es pas ! Mais alors … » D'un geste, Harry agrippa la cape de Draco, qui se laissa faire, trop choqué pour réagir. « Mais alors, qu'es-tu pour moi ? »
Eclatant en sanglots, Harry se jeta dans les bras de l'autre comme si sa vie ne comptait plus, comme s'il se jetait du haut d'une falaise, pour une chute qui ne devait plus jamais finir.
Incapable de lui rendre son étreinte, Malefoy écouta, sidéré, le brun lui crier entre deux sanglots erratiques : « J'y ai vu tant de monde, même dans les pires moments ! Même dans mes pires souvenirs, j'ai compris que Ron, Hermione, Ginny, et tant d'autres, étaient mes amis … même quand mon cœur se déchirait, j'ai compris qu'avec eux j'avais aussi dû avoir des moments de joie. Des moments réels, d'amitié, d'amour … »
Tapant sur la poitrine du blond, mais sans réellement lui faire mal, comme si déjà toute force abandonnait son corps, Harry continua, dans un discours déchiré :
« Mais toi, où étais-tu ? Tu n'apparais nulle part, comme si tu n'existais pas avant, comme si tu n'avais jamais compté pour moi ! Je ne comprends pas … Je ne comprends pas … »
Il releva la tête, les yeux disparaissant sous ses larmes, et cherchant avidement la bouche de Draco, comme s'il y cherchait de l'air pour respirer, Harry l'embrassa, perdu, confus, pour de nouveau se blottir tout contre lui.
« Contredis-moi, merde ! Dis-moi que j'ai mal regardé, que tu devais être là, caché dans mes putains de souvenirs ! Je voulais t'y voir … tu comptes tant pour moi ! » Il dit enfin, d'une voix si basse, comme un souffle qui agonise : « Mais tu n'y étais pas … Tu n'étais dans aucun de mes souvenirs. »
Toujours raide, les bras le long du corps, le visage fermé, Draco parla enfin. D'une voix froide.
« Qu'est-ce que tu veux que je te dises ? Je ne contrôle pas tes souvenirs. Comment pourrais-je t'expliquer pourquoi je n'y suis pas … Qu'attends-tu de moi ? »
Se reculant d'un pas, comme si on venait de le brûler au fer rouge directement sur l'âme, Harry s'écria :
« Mais je veux que tu m'expliques ! Que tu me dises réellement ce que tu étais pour moi avant … parce que là je ne comprends plus … Tout ça n'a pas de sens ! Pourquoi n'étais-tu pas dans mes souvenirs ? »
Il se recula un peu plus, et voyant que le visage sombre de Draco ne lui donnerait aucune réponse, surtout pas de celles qui rassurent, il chercha l'air à pleins poumons, comme s'il était sur le point de s'étouffer, et puis … et puis il vit Malefoy détourner le regard.
Et il ne le supporta pas, il explosa une dernière fois. C'était la fois de plus, vraiment la fois de trop :
« Je croyais en toi, tu sais ! Je croyais en nous … À tort ou à raison, mais j'y croyais ! Alors ne viens pas tout gâcher, ne viens pas tout nier maintenant par ton silence. Ne me dis pas que ce qu'on a vécu n'a jamais existé … Pas comme ça, pas maintenant … » Il chancela, sentant son cœur se faire lourd dans sa poitrine. Lourd d'un poids qui aurait tant de mal à partir.
Harry sentait déjà la douleur à venir.
« Je croyais que tu étais ce que j'avais de plus cher au monde ! Tu étais tout pour moi, et je découvre que tu n'existes même pas dans mon passé ! » Il planta une dernière fois son regard dans celui du blond, comme pour raccrocher ce lien qui disparaissait sous ses yeux : « Tu es celui qui m'a sorti de l'ombre, Draco, tu étais mon ange … Mais je ne crois plus en tout ça, maintenant … Je n'y arrive plus. Tout se brise. »
Regardant enfin l'autre dans les yeux, Draco dit, sans visiblement ressentir la moindre émotion :
« Et tu as raison. Je ne suis pas un ange, Harry, nous ne le sommes ni toi ni moi. » Il leur accorda enfin un sourire. Un sourire à peine esquissé. Un sourire triste. « Ou alors, si nous le sommes, nous sommes des anges déchus. »
