Salut salut!
Je reviens avec un nouveau chapitre un peu tristounet mais c'est passager (ben oui il fallait s'y attendre).
Merci merci et mille fois merci à toutes les reviews super gentilles que j'ai eu sur le chapitre précédent c'est vachement adorable (et rassurant) les amours!
Bref! Bonne lecture mes choupettes!
Chapitre 24
"Nana! Oiseau!"
Je lève le regard un peu plus haut et vois une perdrix prendre son envole. Je vise habilement et arrive à la percer de ma flèche avant qu'elle ne disparaît du couvert des arbres. Elle tombe à une vingtaine de mètres devant nous. Je vais pour la ramasser, mais le petit garçon me dépasse à toutes vitesse, guidé d'avantage par le jeu que par la faim. Je ris en le voyant soulever la volaille morte au-dessus de sa tête avec un air de triomphe.
"Fait attention à ne pas la faire tomber dans la boue, Galadh." je le réprimande
"Non, Nana..."
Et il repart à toute vitesse en direction de la rivière. Ce bois était devenu notre maison, nous nous y promenons avec la même facilité qu'une vaste demeure. Il m'attend sur la berge, un sourire étirant sa petite bouche.
"Laisses-le moi, je dois le préparer. Va jouer." je dis en récupérant ma prise.
Je lave la bête et la plume, la vide, la met sur le feu. Une routine installée depuis peu qui pourtant nous apporte le plus grand des bonheur. J'ai laissé ce petit d'habitué à cette liberté, ce train de vie hors normes dans ce monde où chacun a sa place en société. Nous sommes des hors la loi, des ermites, des sauvages. Et nous aimons cela.
Un cri me tire de ma réflexion, et je me retourne. Je perd légèrement l'équilibre sur ma jambe encore malade, et me rattrape sur un tronc moussu.
"Galadh?" j'appelle, inquiète.
Aucune réponse. Je ne sais pas si je dois paniquer où s'il joue encore à cache-cache avec moi . J'avance avec prudence dans les bois, mon poignard volé à un marchand nain me démangeant la main. J'ignore les battements fous de mon coeur, et élargis mon ouïe et ma vue. Un mouvement capte mon attention. Un rire retenti. Un rire d'enfant. Je marche plus rapidement dans la direction du bruit, ayant trop peur de le voir nouer des liens avec des étrangers. On ne peut faire confiance à aucune créature dans ce milieu. J'arrive finalement dans la prairie un peu plus en aval de la rivière, et je rencontre tout un campement de voyageurs. Des Hommes. Des Hommes du Sud.
Ils sont plus petits que les Hommes que j'ai pu voir à Henneth Annûn. Ils ont une longue chevelure bouclée noire, et leur peau brune brille sous la lumière du soleil. Leurs yeux sont verts et leurs dents, blanches. Je comprends alors que l'on me compare à eux.
Je retiens une longue plainte à l'encontre de mon fils, si naïf qu'il avait suivit une petite fille en jupons rouges jusque dans les jambes de ce qui semble être son père. Un homme fort et grand. Rien que je pourrais pu combattre dans mon état. Je regarde les alentour. Je compte pas moins d'une demi douzaine d'hommes et au moins quatre femmes. Du moins, des jeunes femmes. Ils n'ont pas bien l'air offensifs et je pense que s'ils étaient réellement sur leur gardes, Galadh n'aurait pas fait deux mètres avant qu'ils ne l'attrapent. Mais ils ne font rien. Ils parlent leur langue et sourient en voyant les petits sauter à pieds joints dans l'eau et s'éclabousser. Je reste encore un instant dans l'ombre de l'arbre. Pas par crainte, mais pour observer les enfants dans ce moment d'innocence. Observer Galadh et deviner sa vie sociale s'il n'était pas coincé dans cette forêt avec moi. Un pincement au coeur me fais tordre les lèvres, quand je réalise à quel point c'est simple pour lui. Je l'envie. Puis, je décide que cela a assez duré. Je prends deux grandes inspirations, et vérifiant que mes poignards sont toujours à porté de main, je sors de l'ombre.
"Galadh?" j'appelle en arrivant dans le campement.
Si la présence de Galadh ne les a pas dérangée outre mesure, la vue d'une femme adulte armée jusqu'aux dents et ayant une dégaine sauvage les rend un peu plus nerveux. Leur chef s'avance et s'adresse à moi dans une langue que je ne comprends pas. Mais il semble me poser des questions. Il désigne le petit qui joue dans la rivière, toujours inconscient de la tension qui s'est installée dans le campement. Je comprends qu'il me demande s'il y a un lien entre le petit et moi. J'agite la tête en ne quittant pas Galadh des yeux, des fois que l'un d'entre eux ait la bonne idée de le prendre pour m'atteindre. Le chef s'avance un peu plus, et je comprend au sifflement d'un de ses hommes qu'il va faire quelque chose que tout le monde désapprouve. Il me tend la main, alors que je recule, croyant qu'il voulait me frapper. Il me prend pour l'une des leurs. Mais le fait que je ne parle pas leur langue les mène à croire que je n'ai pas grandit parmi leur peuple. Je l'accepte, comprenant qu'il ne représente pas un danger.
Il m'invite d'un signe de la main à m'assoir. Il appelle la petite fille de sa voix forte et joviale, et elle arrive, Galadh galopant derrière elle. Ils s'assoient près de nous, et acceptent le repas que leur tendent les femmes. J'accepte, moi aussi ce que l'on me tend. Je le remercie d'un signe de tête.
Nous festoyons, apprenons à nous connaitre, rions, jusqu'à l'aube. Puis, avant que nous ne repartions, avant que chacun ne retourne à sa propre quête, les jeunes femmes nous offrent des vêtements. Mon regard croise celui, ravi et fatigué de Gal.
Pour la première fois depuis notre rencontre, je me rend compte que ce petit bonhomme m'apportera bien plus que ce que je pouvais imaginer.
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Les brumes du sommeil se dissipent petit à petit, alors que je reprends conscience de la réalité. Un coeur bat sous mon oreille. Une respiration soulève ma tête, et un souffle agite quelques cheveux sur ma tête. Je suis sur la poitrine nue de Rînmalthen. Et hier soir, nous avons fait l'amour.
Je ne veux pas lever la tête. Je ne veux pas débuter cette journée qui ne peut pas bien se dérouler, car je sais déjà en quoi elle consiste. On va me prendre mon fils, et mon fiancé et on va me laisser seule dans un endroit que je ne suis plus sûre d'apprécier.
Mais je le dois...pas tout de suite. Il est encore tôt.
Ses doigts commencent à courir sur ma hanche et dans mon dos. Lui aussi est réveillé. Nous ne parlons pas. Profitant de la chaleur l'un de l'autre. Mes propres doigts courent sur la cicatrice qui barre le haut de sa poitrine et meurt sous ma joue. Il pose ses lèvres dans mes cheveux. Je lève le visage et le trouve, le visage partagé entre plusieurs émotions. Je ne sais que lire en premier. Le bonheur, la frustration, la colère, l'amour...et pourtant rien ne franchit ses lèvres. Il se contente de me regarder. Il me détaille comme s'il me voyait pour la première fois. Je réalise que c'est la dernière fois que je me réveillerais à ses côtés. Avant très longtemps.
Il essuie ma joue, et je réalise qu'une larme traîtresse a coulé, révélant ce que je ne voulais surtout pas aborder. Toujours en silence, il exerce une légère pression sur l'arrière de ma tête pour la reposer sur sa poitrine. J'avale ma salive et reprends une respiration normale. Ses doigts courent sur la longueur de mes cheveux. Je ferme les yeux et savoure cet instant d'intimité et de tendresse.
"Prends soin de lui." je laisse échapper au bout de quelques instants.
Sa main s'arrêtes quelques instants, puis il reprend un peu plus lentement.
"Comme toujours, Hana."
J'embrasse la peau sous mon visage et repose ma tête au même endroit. Il ne dit plus rien. Mais il sait. Moi aussi, je sens. Tout ce que nous ne disons pas en ce moment transpire de chaque pores de notre peau. De chacune de nos respirations.
Gwirith ne vient pas dans la chambre, mais je l'entends dans le petit salon. Puis les bruits des autres personnes de ce pavillon éveillés nous forcent à en faire de même et à nous lever. Je l'aide à rattacher sa tunique et lui, referme mon corset. Biensûr, cela n'a pas de sens ou d'utilité mais nous nous accrochons avec autant de naïveté que de tristesse à ces moments. Il place un doigt sous mon menton et soulève mon visage vers le sien.
"Comme tu es belle, Hana." il murmure.
"Ne sois pas jaloux." je dis d'une voix tremblante entre deux émotions contraires.
Il ne sourit pas, mais m'embrasse de toute ses forces. Mettant fin à notre dernier instant d'intimité avant longtemps.
Je retrouve Gwirith dans le petit salon, perdue dans ses pensées, mais n'oubliant pas de s'incliner lorsque nous sortons. Rînmalthen la regarde avec insistance, et elle acquiesce presque imperceptiblement. Je ne comprends pas ce qu'il se passe, avant qu'il ne sorte. Gwirith revient vers moi.
"Oh, Demoiselle..." elle commence.
"Non. Pas maintenant." je dis.
Elle s'incline légèrement et fait ce qu'elle a à faire. Elle fait entrer les servantes comme tous les matin pour qu'elle s'occupent de la chambre et du petit salon, alors qu'elle s'occupe de moi. J'entends d'ici les servantes persuadées que je possède une ouïe humaine, parler tout leur saoul sur ce qu'elles trouvent devant leurs yeux. Alors que Gwirith me lave les cheveux, elle jette très soudainement le peigne et court dans ma chambre à coucher, me laissant pantoise. Je pensais lui avoir dis de les ignorer. Non? J'entends à peine ce qu'elle leur lance à la figure tant elle sert les dents, puis plus rien. Elle claque ses talons sur le sol et claque la porte de la salle de toilette derrière elle, puis reprend ce qu'elle a entreprit.
"Je peux savoir ce qu'il t'a prit?" je dis, légèrement amusée.
Elle souffle fortement du nez et se frotte les yeux pour se calmer.
"Pardonnez mon attitude, Demoiselle. Mais je ne pouvais simplement pas les laisser...parler et insulter votre honneur dans cette maison qu'elles peuvent quitter si ce qu'il s'y passe ne leur plaît pas." elle dit en rinçant ma chevelure.
Je souris. Non, finalement je ne suis pas seule au milieu de cette maison de fous. J'espère à nouveau ne pas sentir le temps passer.
"Merci." je souffle alors qu'elle frotte mon cuir chevelu avec douceur.
Je soupçonne Rînmalthen de l'avoir harcelée et fait jurer de veiller sur moi avec sa propre vie. C'est exagéré, mais c'est un militaire. A quoi dois-je m'attendre? Il veut être sûr d'avoir un oeil sur moi, je dois découvrir qui seront ses espions ici. Un peu comme surveiller ce qui lui appartient. Rien qu'hier soir cette idée m'a rendue folle, mais ce matin...ce matin je me sens comme une partie de lui. Tout comme je le porte en moi. C'est un sentiment tellement beau et bon...et cruel. De ne se sentir entier qu'avec un autre. Plus seule, comme avant. Je vais commencer à haïr l'amour. Une douleur vive me sors de mes pensées.
"Aouch! Gwirith!" je grogne en portant ma main à l'arrière de ma tête.
"Je suis désolée, Demoiselle! Pardonnez-moi je suis confuse ces derniers temps." elle bégaye en ramassant le peigne qu'elle a cassé dans mes cheveux.
"Mais qu'est-ce qu'il te prend? Tu veux m'en parler?" je dis en la voyant vraiment confuse, comme le dit.
Elle soupire longuement et se tient les tempes.
"C'est...Eiliant me dit que c'est normal après un mariage. Ce genre de phénomène est courant chez les ellyth. Trois jours par mois je serais...dérangée. Du moins, jusqu'à ce que je porte un enfant."
Oh alors c'est ça? Elle a ses règles ma petite Gwirith est devenue une femme ! Je luis souris.
"C'est parfaitement normal. Cela arrive aussi chez les filles des Hommes. Elles saignent une semaine par mois jusqu'à ce qu'elle tombent enceintes." je lui explique.
"Illuvatar! Du sang?" elle s'exclame en faisant tomber une nouvelle fois son peigne.
"Ne sois pas comme ça! Ce n'est pas toujours douloureux. Je l'ai expérimenté durant quelques temps ici, avant mon métabolisme ne change totalement." j'ajoute, amusée par son trouble.
Sans le savoir, viens de répondre à une des questions qui me turlupinent depuis que je suis là. Mes règles ont disparut car les femmes elfes ne les ont pas. Mais je ne suis pas une elfe. Encore une fois, je découvre que mon corps s'est adapté à mon nouvel environnement. Je ne suis vraiment fertile que lorsque je trouve la bonne personne. Alors je n'ai pas à m'inquiéter de quoi que ce soit...
Je ris de soulagement et embrasse la joue de Gwirith. Elle lâche un "Demoiselle!" surpris.
"Oh, ma Gwirith! Je vais pouvoir donner la vie!" je ris
Elle me regarde comme si une troisième jambe me pousse au milieu du front. Je me replace et lui fais signe de continuer, mais ma bonne humeur ne s'envole pas.
"Si je puis me permettre, après cette nuit, vous portez certainement l'héritier de Hîr Conui." elle glisse, l'air de rien.
Une remarque simple qui éveille en moi une nouvelle angoisse. Enceinte? Moi? Je ne veux pas dire que la maternité me fait peur, Galadh m'a prouvé que je peux m'occuper d'un enfant. Cependant, je ne peux pas m'y prendre maintenant. Ce serait beaucoup trop tôt...beaucoup trop d'un coup. Une main amicale se pose timidement sur mon avant-bras.
"Ne craignez rien. Je ne faisais qu'émettre une idée."
Oui, c'est ça. Je pourrais très bien ne rien porter avant longtemps. Et puis en y réfléchissant bien, je n'ai rien ressenti ces derniers temps. Je pourrais très ne rien ressentir avant longtemps. Qui sait? La biologie contient toujours des exceptions. Je ne sais pas si je dois m'en réjouir ou m'en inquiéter. Oh et puis merdre. Un problème à la fois. Je dois déjà dire au-revoir à ma famille.
Et moi qui venais de retrouver la bonne humeur.
Je sors du bain, m'habille me fait coiffer, le tout dans un silence confortable.
"Voulez-vous que je vous laisse? " elle me demande alors qu'elle renonce à me faire manger.
"Je ne reste pas, de toutes façons." je dis en me précipitant vers la porte.
Elle marmonne un truc du genre "et cela me surprend encore...". Je n'y prête pas plus d'attention. Ce soir, nous aurons tout le temps de parler. Pendant les années à venir. Je sors et vais dans la chambre à la droite de la mienne. Mon coeur saigne de savoir qu'elle sera très bientôt vide.
"Mon grand?" j'appelle en entrant.
Rien ne répond. Mais je vois sa silhouette debout devant la fenêtre surplombant le spectacle des chevaux préparés pour le grand départ. Il ne bouge pas alors que j'approche.
"Galadh?" je tente une nouvelle fois, craignant le pire. Je sais ce que ce mutisme cache.
"Va-t-en." j'entends souffler.
Je ferme les yeux. C'est ce que je craignais. Il m'en veut. Je ne sais pas comment il peut en être autrement.
"Je sais ce que tu ressens, mon coeur..." je dis en avançant.
"Reste où tu es!" il dit en se retournant, la voix tremblante de rage et de tristesse. "Tu veux m'abandonner!"
"Quoi? Non! Galadh, je ne t'abandonnerais jamais! J'ai promis que je prendrais soin de toi!"
"Rînmalthen a promis de prendre soin de moi et il va le faire. Toi, tu m'as laissé dans les mains d'un homme que tu ne connaissais qu'à peine! Tu n'as pas hésité à te débarrasser de moi!" il hurle, la voix dur.
C'est dur. Douloureux d'entendre cela de la bouche de son enfant. Parce que je me sens comme si je l'avais réellement abandonné. Comme si j'avais réellement prévu de le laisser derrière moi comme un poids mort. Et Dieu sait que c'est faux. Je l'aime plus que ma propre existence ce petit, et je ne permettrais pas qu'il ai cette dernière image de moi.
"Ecoutes-moi bien Draugion. Tu es mon fils, je t'ai élevé du mieux que je le pouvais avec les moyens du bord. Je t'ai fais grandir et je t'ai trouvé un tuteur qui pourra t'apporter tout ce que moi, je ne pourrais jamais t'apporter, car tu mérite un avenir meilleur. Je t'aime, et je ne veux que ton bien. Et si cela veut dire me séparer de toi pendant quelques années, alors je suis prête à faire ce sacrifice. Maintenant je te laisse deux chois, mon coeur." je m'approche et lui attrape les mains. "Soit tu agis comme l'homme que tu souhaites devenir, et tu suis ton Seigneur et Commandant, soit tu choisi de rester à mes côtés et perds tout espoirs de trouver un jour ta place ici. C'est à toi de voir."
Je vois le doute le ronger. Le doute et la honte. Il regrette ce qu'il m'a dit, et il sait que je n'agis que pour son bien, même si cela doit me ronger de l'intérieur. Car son avenir m'importe plus que mon propre coeur. Il plonge son regard gris perle dans les miens.
"Ne m'oublies pas." il souffle en embrassant ma joue.
"Je croyais que tu avais discuté de cela avec Sa Majesté?" je demande en l'accueillant sur ma poitrine.
"Je croyais que tu aurais trouvé un moyen pour venir avec nous." il dit en reniflant bruyamment "Mais ce matin j'ai compris que je repartirais seul. Que tu n'avais pas cherché à insister."
"Oh, Galadh." je murmure dans ses cheveux.
C'est vrai, j'ai honte. J'avais été plus combattive fût un temps. J'aurais par ma simple obstination, trouvé un moyen de les rejoindre. Mais les choses changent. J'ai une réputation à construire, désormais. Je ne suis plus seule. Nous ne sommes plus seuls. Je vois bien qu'il vient seulement de le comprendre.
"J'ai des devoirs ici, mon coeur. Je vais bientôt devoir penser à des centaines de personnes, pas seulement nous deux. Et puis tu ne seras pas seul. Rînmalthen sera avec toi. Tu l'a toujours admiré." je dis alors que ma voix se brise sur la fin.
"Je voudrais te ressembler à toi. Tu es tellement plus forte. Et tu aime tout le monde, même quand ils ne t'aiment pas. C'est pour ça que tu trouve ta place de partout où tu vas. Je veux être comme ça."
Alors mon fils m'admire. Moi. Des larmes de joies roulent sur mes joues.
"Oh, mon petit garçon! Mon petit ange! Tu peux être ce que tu veux dans la vie. Il suffit de le vouloir." je lui dis en le redressant.
Il voit dans mes yeux ma fierté et mon espoir. Nous avons été pendant très longtemps notre seul point d'ancrage, et aujourd'hui est le point où nos vies doivent prendre des chemins différents. Mais je n'ai jamais été aussi fière qu'en ce jour où mon fils a prit cet air sérieux et m'a juré:
"Je te reviendrais en homme, Nana. Et je t'emmènerais avec moi. Et Faerentaur veillera sur moi." il ajoute, alors que le loup saute sur le lit pour se lover près de nous.
Je n'ai pas profité de la présence de la bête. Il a l'ai heureux de son maître et de sa place. Lui aussi était perdu, il aurait périt seul dans les bois si Rînmalthen n'avait pas été prit d'insomnies cette nuit là. Ils se tiendront compagnie. Le loup pose sa tête sur Galadh et fouille sa main du museau. Je suis heureuse de voir Galadh retrouver le sourire en quelques secondes et lui flatter le ventre.
Je suis profondément rassurée. Le laisser partir ne sera pas aussi douloureux que si je l'avais laissé partir il y a quelques semaines. Je connais ceux qui l'entourent. Moi je n'importe pas, je survivrais. Comme toujours.
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A la demande de Galadh, je ne le quitte pas et l'accompagne en bas. Je ne vois pas Rînmalthen, je ne croise que des nobles dont les regards n'expriment qu'une seule chose : jugement et jugement. Je les envoi chier en les ignorant. Je ne fais pas attention aux murmures sur mon passage, ni aux regards réprobateurs à la présence de cet enfant sur les terres d'un grand Seigneur, alors qu'il n'est que le bâtard d'un roi des Hommes. Descendant d'un vaniteux qui a faillit à son devoir envers le monde. Mais je ne permet pas qu'on regarde mon fils de cette manière. Je trouve quelques regards compatissants dans cette assemblée venue dire adieux à cette délégation qui ne reviendra pas avec leur Seigneur la prochaine fois.
"Oh, ma très chère Hana. Je compatis à votre peine." me dit Valiel, le regard un peu trop malheureux pour être honnête.
"Allons, ne soyez pas bête! Il ne s'agit que d'une courte séparation, pas d'un départ pour les terres immortelles!" la réprimande Fanen.
Eäriel qui parait consternée par le comportement de ses amies pose une main amicale sur mon épaule et me fait comprendre qu'elle va les éloigner. Je lui souris et continue ma progression jusque dans la cour principale où les soldats du Conui se sont rassemblés avec les amis qu'ils se sont fait durant leur séjour ici, les amantes et les membres de leur famille qui va rester. Je vois un peu plus loin Finn et Naur. Je n'ai pas pu assister à l'accouchement de cette dernière, mais j'ai accouru dès que j'ai entendu la nouvelle. Le petit a légèrement grandit depuis les quatre derniers mois (la grossesse dure en moyenne dix mois et deux semaines chez les femmes elfes). Ils rayonnent, bien que Finn soit triste de voir son ancien tuteur disparaître du Palais royal. Naur me fait signe de loin, et je les rejoins avec Galadh. Il aime bien Finn. Il doit être le seul instructeur qu'il n'ai pas envoyé sur les roses.
"Vous êtes beau ce matin, Galadh. Un fringant soldat." sourit Naur qui pousse Galadh à rougir.
"Il fera un très bon soldat, c'est à n'en pas douter." renchérit Finn.
Je caresse ses boucles brunes et il colle sa tête à ma hanche. Il ne grandit pas aussi vite qu'il le devrait. Mais qui en a quoi que ce soit à faire? Ce sont mes derniers instants avec lui. Je croise le regard de Finn qui vient de caresser son fils du regard. Il comprend, biensûr. Lui et Naur compatissent sincèrement. Je suis heureuse de voir que mes amis sont venu pour nous. Officiellement venu faires leurs adieux, mais je sais qu'ils comprennent ma douleur.
"Dites-moi comment ce sera là-bas, maître Fingrustui." demande Galadh au bout de quelques minutes de réflexions.
Finn le regarde avec un sourire dans le regard.
"Nous en avions parlé, jeune Galadh."
Puis il sourit, comprenant qu'il a besoin d'être rassuré.
"Il y a d'abord une grande barrière de hêtres plus hauts que les autres arbres qui peuplent la région. Les buissons y sont abondants, les fruits aux arbres, savoureux, et les animaux amicaux et heureux de la compagnie des habitants locaux. Les Hommes et les elfes y vivent en harmonie." il semble lui même prit par la nostalgie de sa propre description.
Naur pose une main chaleureuse sur la tête de Galadh qui semble un peu plus rassuré. Il n'a pas perdu sa détermination. Brave petit. Maman l'aurait adoré.
"C'est aussi là que se situe l'ancienne demeure de Aran Oropher." j'entends une voix grave quoi que nasillarde s'avancer vers nous.
Je vois le Seigneur de la Maison de l'Aigle s'avancer vers nous, la mine froide et suffisante. Je n'ai jamais saisi son nom, je ne suis même pas sûr de l'avoir entendu un jour. Il fait référence à la vieille forteresse abandonnée par le Roi Oropher alors que les forces du mal s'y sont introduites il y a de cela des siècles. Il cherche à me faire peur, à diminuer le prestige de ce qui deviendra ma propre demeure. Il me toise de haut, alors que Fingrustui s'avance devant nous et s'incline pour le saluer.
"Hîr Cemel."
Le rapace ne me quitte pas de ses yeux menaçants, me promettant dix années fortes en tourments. Je sais ce que je suis pour lui à partir du moment où Rînmalthen sera au loin : une épine dans son pied ici. Je vas éclipser sa popularité auprès du roi, et il devra bientôt rejoindre lui même ses terres pour régler le problème des nains qui refusent de s'acquitter des taxes aux frontières, et des passages illégaux dans les terres qui se sont faits abondants cers dernières décennies depuis la disparition du Seigneur Noir. Je vais être celle qui vais représenter le Domaine le plus riche et le plus vaste, alors que je ne suis rien d'autre qu'une humaine. Une fille de rien retrouvée par hasard sur le chemin d'un noble de la famille royale. Puis, je réalise que la position et l'initiative de Finn à vouloir me protéger me met dans la plus délicate et dangereuse des situations. Il prend pour une proie facile et son regard veut "Il n'y aura pas toujours ton ami pour te venir en aide". Mais je n'ai pas peur de lui faire de l'ombre. Non, je vais le rendre fier mon fiancé, et je vais porter nos couleurs haut et fort contre les marées d'ennemis qui m'attendent ici. Je m'avance devant Fin, et m'incline légèrement pour le saluer. Seulement le saluer, car nous sommes égaux sur ce terrain.
"Monseigneur." je dis en le poignardant du regard "J'ai été heureuse d'apprendre que l'époux de votre fille a finalement accepté l'offre de son époux de la rejoindre à Bar-en-Aran. Elle semblait réellement soulagée de pouvoir enfin quitter le domicile familial. Ce doit être un véritable soulagement pour vous de la voir si bien lotie au bras du scripte royal." je souris avec innocence, sachant très bien qu'il désapprouve cette union autant qu'il est fier de son domaine, froid, austère que sa fille a été plus qu'heureuse de quitter.
Il est sur le point d'explose, et je sens Finn se tendre à côté de moi. Cemel finit par s'incliner et de siffler.
"Passez une bonne journée, Dame Hana."
Puis il s'en va. Je souffle et je me rends compte que mes mains tremblent. Je me tourne vers ma petite assemblée et je souris devant leur expression.
"Eh bien quoi? Je devais le laisser me menacer sans broncher?"
"Non. Non, tu as bien fais. Mais c'est un adversaire dangereux. Tu ne sais pas à quoi tu te frotte, Hana. Soit prudente. Tu as beau avoir la protection du roi, les Nobles sont une partie importante du pouvoir." me dit Naur en serrant son bébé contre sa poitrine.
"Dans ce cas il est heureux que j'en sois une aussi." je dis en fusillant le dos de l'intéressé du regard.
Galadh lève un regard admirateur vers moi avec un petit sourire.
"Allons, mon grand, il faut retrouver ton cheval." je lui dis en lui tapotant l'épaule.
Il redevient sérieux et acquiesce. Il s'incline devant son ancien enseignant et salut son épouse poliment. Je retrouve l'étalon noir de Galadh et l'aide à se hisser dessus.
"Garde ta cape bien sur tes épaules, je t'en ai mis une de secours à l'arrière de ta selle, si tu as vraiment froid. Ne t'éloigne pas du sentier et suit bien Rînmlathen. Tu as ton épée?" je demande en vérifiant sa ceinture.
"Oui, j'ai bien tout. Ne t'en fais pas, je n'ai plus quatre ans." il me dit en souriant.
"Non, c'est vrai. Tu es un petit bonhomme bien grandit. Promet moi de faire attention. Et si jamais quoi que ce soit devait arriver et que tu ne trouve pas Rînmalthen, quoi qu'il arrive tu dois chevaucher au plus vite jusqu'à nous, suis-je bien claire?"
"Maman..." il dit, embarrassé par ma paranoïa.
"Promis?" j'insiste
"Oui. Je te le promet." il finit par soupirer.
"Et écris-moi dès que tu as arrive. N'attends pas que qui que ce soit le fasse. Je veux que ce soit toi. Décris-moi tout ce que tu auras vu." je souffle.
"Ne t'inquiète pas, je le ferais."
"Tu es un bon garçon." je dis une nouvelle fois, les larmes aux yeux.
On pourra dire ce que l'on veut, les au-revoir ne sont jamais chose facile. J'ai eus beau me préparer mentalement pendant des semaines entières, rien ne me préparait à cela. J'aperçois Rînmalthen qui est finalement arrivé avec le Roi. Mon coeur rate un battement. Il est tellement beau et fier dans sa tenue. Une bouffée de fierté me fait sourire. Il se retourne vers moi, alors que Thranduil la dû lui indiquer que je le regarde. Il me sourit à son tour, mais ne quitte pas encore son royal cousin. Non, il a encore à faire, des dernières directives pour les hommes qu'il va devoir croiser et galvaniser sur son chemin. Alors je n'ai pas de soucis à me faire, je crois que Thranduil sait quelles menaces peuvent venir de l'extérieur. Et il aime assez son royaume pour ne pas le laisser dépérir. Du moins c'est ce que j'espère, car cet endroit est celui où je compte m'établir et je l'espère pour toujours.
Le Roi finit par remonter les marches pour dominer l'assemblée comme il le fait si souvent ces derniers temps pour un discours. Il lance d'abord un long regard circulaire sur la grande réunion de nobles, soldats et gens du peuple dans la même cour, tous une part active et vitale de son peuple, de son pouvoir. Une légère vague d'émotion traverse son regard pendant une fraction de secondes. Je n'écoutes pas ce qu'il dit, je suis plutôt absorbée par la manière qu'il a de galvaniser son peuple, bien qu'il ne s'agisse que d'au-revoir. Il est doué pour ce genre de choses, je ne peux pas m'empêcher de penser que c'est un roi né, une véritable âme destinée à guider. Bien que l'on vous dira qu'un roi est plus enclin à gouverner et à se montrer juste s'il sait oublier sa fierté et sa passion le temps de prendre d'importantes décisions.
Il finit de parler et un silence plane encore quelques secondes avant que des clameurs ne montent. Je sens la main de Galadh se poser sur la mienne. Une sorte d'urgence dans son regard me serre le coeur.
"Une dernière fois, Maman. Juste une dernière..." il murmure, les yeux brillants.
Je le prends tout de suite dans mes bras et l'embrasse où je le peux, avant de l'aider à reprendre sa selle. Je ne parle pas, mais mon regard le fait pour moi. Je lui dis tout ce que je ne peux pas extérioriser devant les autres membres de la cour. Il embrasse ma main et reprend ses rennes.
"Je suis tellement fière de toi." je laisse glisser, alors qu'il efface toute émotion de son visage pour avancer vers l'avant de la diligence.
Il doit se situer derrière les lieutenants. Je les connais. L'un d'entre eux me fait un léger signe de tête pour me faire comprendre que je peux compter sur lui. Je le reconnais, il a tenté de m'empêcher de me rendre aux orcs lors de notre voyager jusqu'ici. Dans une autre vie.
Rînmalthen me fait signe de le rejoindre. Je le retrouve devant son cheval, et je tente d'ignorer les sifflements de mes rivales qui tentent encore tant bien que mal de le ramener vers elles, bien qu'il ne leur ait jamais accordé d'attention. Je ne comprends pas ce qu'elles peuvent bien attendre encore de lui. Mais enfin...
"Nous y voilà..." il dit, l'expression impénétrable.
Je ne dis rien. Ma main se retrouve sur sa poitrine, là où ma tête se trouvait un peu plus tôt. Son indexe soulève mon menton. Il me sourit.
"Tente de ne pas les rendre fous." il glisse
Je ris, comprenant que c'est exactement ce qu'il veut.
"Tu me connais."
Puis il prend une expression plus sérieuse.
"Promets-moi de prendre soin de toi."
"Si toi aussi tu me le promets."
Il colle son front au mien et fait glisser ses doigts dans mon dos. Se séparer à nouveau de moi est cruel, mais il n'a pas le choix. Le devoir...
"Ecris-moi dès ton arrivée." je murmure
"Je le ferais. Et sois prudente. Ta position t'attire désormais des ennemis insoupçonnés dont la férocité n'est rien à comparer avec de simples racontars. Tu dois me promettre de ne faire confiance à personne."
"J'ai survécue jusqu'aujourd'hui, dix ans dans cette jungle politique ne me fait pas peur." j'argue, consciente que je devrais avoir peur.
Il me sourit.
"Ma brave Adaneth." il dit en posant un baiser sur mon front.
Puis, il grimpe sur son cheval et me regarde une dernière fois.
"Au-revoir, Ithilnîn."
"Au-revoir, mon amour." je souffle, alors que ma diligence se met en marche.
Le cheval de Galadh est passé à ma gauche sans que ce dernier ne se retourne, conscient des regards sur lui. Il est droit, fier, digne de Rînmalthen. Je suis fière de mon fils. Je ramène mes deux mains à ma poitrine, et moi aussi observée, je sèche mes yeux aussi vite qu'ils se sont remplis. La cour se vite petit à petit, alors que je regarde le dernier cheval disparaître sur le pont, derrière les derniers arbres devant le Palais. Mon coeur se serre violemment.
Soudain, une présence qui ne m'est habituellement pas agréable se fait sentir à ma droite.
"Dites-moi que j'ai fais le bon choix." je souffle
Thranduil prend une grande inspiration et marque une courte pause, avant de dire:
"Il aurait été au pire un roi, au mieux un écuyer."
Je tourne un regard interrogateur vers lui et le vois sourire.
"Vous avez agis pour le mieux. Allons, changez-moi cette expression, on se croirait à un enterrement." il ajoute.
Je ne sais toujours pas comment prendre cet elfe. Il est déroutant. Absolument déroutant. Mais je vais devoir le déchiffrer, et vite, parce que cette cour ne me fera pas de cadeaux pendant les dix années à venir. Je vais être mise à l'épreuve et humiliée, mais je dois faire honneur à ma famille.
Thranduil s'est avancé, et a marqué un temps d'arrêt avant de faire demi- tour et de me tendre la main. Je souffle un bon coup, et c'est déterminée que je la prends.
Bon ben...c'est parti.
