Incroyable mais vrai! Voici enfin le chapitre 25, après plusieurs mois d'attente interminable :) Je sais que ça a été long. Heureusement, le film qui est sorti récemment m'a donné de l'inspiration. Personnellement, je l'ai trouvé pas trop raté, surtout comparé aux autres, même s'il y avait un gamin derrière moi qui était tellement terrifié qu'il n'arrêtait pas de donner des coups de pieds dans mon siège et que sa maman a fondu en larmes quand Dobby est mort (authentique lol)
Merci à tous pour vos adorables reviews.
Bonne lecture,
Charybde
Chapitre 25
Les jours qui suivirent le retour de Harry furent marqués par un calme relatif : aucune attaque, aucun fait étrange ou aucune irruption du Ministère ne vinrent troubler la vie de Poudlard, ce dont Harry était reconnaissant. Curieusement, les Serpentards eux-mêmes se faisaient discrets. C'était comme si une trêve avait été signée entre les différents camps et que tous s'étaient repliés dans leurs tranchées, afin de mieux se préparer aux batailles qui pointaient à l'horizon.
Ce matin-là, Harry fut réveillé par un vent hurlant qui faisait trembler les fenêtres du dortoir. Janvier tirait sur sa fin, et une vague de froid s'était abattue sur le pays. De nombreux enchantements permettait au château de garder une chaleur agréable, mais un seul regard à l'extérieur suffisait à vous donner des frissons. Seuls quelques aventureux, comme James et Sirius, se risquaient à mettre le nez dehors, comptant sur l'exercice physique pour oublier le froid. Harry, de son côté, avait choisi de se mettre en hibernation et de ne se lever qu'en cas d'extrême nécessité. Malgré les réprimandes du professeur McGonagall, on le voyait rarement avant la moitié de la matinée.
C'était dimanche, et Harry s'était senti autorisé à ignorer la matinée toute entière. Mais vers Midi, la faim et l'agitation commencèrent à se faire sentir. Le dortoir était désert. L'esprit encore embrumé, Harry se lava, passa son pantalon d'uniforme et une nouvelle chemise hawaïenne blanche à fleurs bleues, qu'il recouvrit du pull noir réglementaire à col V, sans se préoccuper de l'effet insolite de cette combinaison. Puis il descendit vers la Grande Salle, traînant un peu des pieds, animé par la simple perspective d'un repas chaud.
La plupart des élèves étaient déjà à table. Sans prêter la moindre attention à ce qu'il faisait, il s'assit à la première place qui s'offrit à lui et laissa sa tête lourdement retomber sur ses bras. Il ne remarqua aucunement l'étonnement des jeunes filles blondes de quatrième année qui étaient assises à côté de lui.
-Euh… fit une d'entre elle après un bon moment d'hésitation. Sa- salut….
-'lut, fit Harry en ouvrant un œil.
-Tu es au courant que tu es assis à la table des Poufsouffle, n'est-ce pas ? demanda-t-elle avec une note d'incrédulité.
Harry cligna les yeux d'un air vaguement étonné, puis haussa les épaules.
-Du moment que je ne suis pas assis à côté de Bellatrix.
Les jeunes filles gloussèrent. Flattées par la présence du séduisant Gryffondor, elles ne crurent pas pertinents de mentionner que la personne concernée était assise dos à dos avec lui. Et distraites comme elles l'étaient, elles ne remarquèrent pas que la belle Serpentarde tenait sa baguette pointée contre lui. Seuls Regulus, qui était assis juste en face de sa cousine, remarqua le sourire malveillant qui déformait les traits de son visage. Mais bien entendu, l'idée de questionner Bellatrix ne lui traversa même pas l'esprit.
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De l'autre côté de la Grande Salle, les Gryffondors observaient leur condisciple égaré avec un mélange d'amusement et de consternation. Certains, comme Lily et Remus, considéraient ce nouveau pied de nez au règlement comme une des nombreuses excentricités de leur camarade et ricanaient avec bienveillance. D'autres, en revanche, y voyaient un véritable affront.
-Non mais, regardez comme il se la joue, dit James dit air scandalisé.
-C'est vrai, approuva Sirius avec un hochement de tête courroucé. Pour qui se prend-il ? Ignorer les sacro-saints règlements de cette manière.
Remus le préfet lui adressa un regard sceptique.
-Euh, Sirius, dois-je te rappeler que tu es en mauvaise position pour critiquer ceux qui enfreignent au règlement ?
-Oui, d'autant plus que ce n'est pas vraiment une offense majeure. Pas comme certaines autres choses, approuva Lily avec un regard appuyé.
-Mais pourquoi boude-t-il notre table ? se plaignit Sirius. Je lui avais même gardé une place !
-Tu sais quoi, Patmol ? Je crois qu'Azkaban lui a donné la grosse tête, dit James d'un air lugubre.
-S'il est vraiment allé à Azkaban, rétorqua Sirius avec un reniflement de dédain. Je dois dire que j'en suis de moins en moins persuadé.
-Ouais, si ça se trouve, cette histoire était complètement bidon et il est allé se dorer au soleil.
-Il cherchait juste à se faire plaindre.
Lily s'éclaircit la gorge bruyamment.
-Puis-je vous faire remarquer, dit-elle de sa voix de préfète, que vous êtres en train de vous comporter comme de véritables commères ?
Remus réprima à grand peine un éclat de rire.
-Quoi ? fit James, les joues empourprées. Puis-je te signaler que nous sommes en train de discuter d'un sujet de la plus haute importance.
Lily roula les yeux d'un air exaspéré.
-C'est ça, c'est ça, changer de table est une offense capitale, dit-elle d'un ton ironique. Maintenant, est-ce qu'on peut passer aux choses sérieuse ? J'ai avancé au sujet de vous-savez-quelle théorie, ajouta-t-elle en baissant la voix.
Aussitôt, les maraudeurs se redressèrent sur leur siège, le problème de la table complètement oublié.
-Alors, quoi de neuf ? demanda James d'un air excité pendant que Remus lançait le sort Muffiato pour les protéger des oreilles indiscrètes.
Lily s'éclaircit de nouveau la voix, et commença à rapporter le résultat de ses recherches.
-J'ai d'abord commencé par voir si le nom de William Griffith était apparu dans d'autres documents historiques, mais ça n'a rien donné, dit-elle. La seule personne qui portait ce nom, c'était William Adrosius Griffith, mais il avait cinquante-cinq ans quand il a inventé le premier Cuisine-tout à intuition télépathique et il est mort deux ans après. Alors j'ai fait des recherches sur les sorciers célèbres de moins de vingt-cinq ans, et j'ai trouvé plusieurs personnes qui ressemblent singulièrement à notre William. Pas physiquement, mais l'apparence peut être facilement modifiée.
-Par exemple ? demanda Remus.
-Eh bien, il y a Tahir Kilic, un sorcier turc qui s'est fait remarqué en protégeant un sultan d'une armée de zombies. Yukio Fuuma, un sorcier japonais qui a protégé une ville de moldus d'un tsunami. Et enfin Placide Leroi, un Belge qui a empêché une guerre civile d'éclater entre de puissants clans de Flandres et de Wallonie.
-Et qu'est-ce qui te fais dire qu'ils sont liés avec William ? demanda James en fronçant les sourcils.
-Tous trois présentent les mêmes caractéristiques, répondit Lily d'un air excité. Jeunes, exceptionnellement brillants, origines inconnues, ont disparu au bout d'un temps allant de trois mois à quatre ans, et surtout… La même cicatrice sur le front.
Les maraudeurs la regardèrent d'un air stupéfait.
-Tu en est sûre ? demanda lentement Sirius.
Lily hocha la tête.
-Absolument, répondit-elle. Et cela fait sens… Les cicatrices magiques sont les seules parties du corps qui ne peuvent être dissimulées par un sortilège. Bien sûr, le polynectar permet de les faire disparaître, mais ce n'est pas très pratique de devoir se promener en permanence avec une bouteille sous le bras. Si William est vraiment un voyageur temporel, il n'a pas besoin de se donner trop de mal pour changer son apparence. Qui songerait à l'associer à des personnages d'un autre siècle ?
-A part toi, commenta James.
-Oui, mais c'est uniquement parce que ce fantôme, Almaviva, a mis le pied dans le plat. Si je n'avais pas eu cet indice, je n'aurais jamais eu idée…
Au moment où elle prononçait cette phrase, James prit soudain conscience de ce qu'impliquait cette découverte. Déjouer les plans du plus terrible des sorciers de leur temps, c'était déjà une chose mais voyager à travers les siècles ? Etait-ce vraiment possible de retourner dans l'Egypte ancienne, de vivre la découverte de l'Amérique, de se promener dans les rues de la Rome antique quand on était né à l'époque du micro-onde et de la télévision ? Pour tout dire, c'était une idée stupéfiante, et même plutôt effrayante.
-Alors, qu'est ce qu'on fait ? demanda Sirius d'un air aussi troublé que lui.
Lily se tourna vers James, l'interrogeant du regard.
-Je pense qu'on devrait lui poser la question directement, dit James après une longue hésitation. Il nous a sauvé à plusieurs reprises – je pense qu'on devrait lui faire confiance.
-Tu es sûr ? demanda Remus d'une voix un peu timide. Je lui fais confiance, mais je ne me vois pas trop aller lui dire « Eh, salut ! Tu ne serais pas un voyageur temporel par hasard ? J'ai vu ton portrait dans un livre ». Vous imaginez comment il réagirait ?
-A mon avis, si tu le présentais sous cette forme, il trouverait ça hilarant, dit Sirius en haussant un sourcil.
-Pourquoi ne pas essayer ? demanda James en haussant les épaules.
-Attendons la fin du repas, et prenons-le à part, décida Lily.
Pendant tout le repas, ils ne quittèrent pas leur étrange ami des yeux. Ils étaient à la fois nerveux et excités : enfin peut-être ils allaient avoir une réponse à ce qui constituait leur plus grand mystère depuis le début de l'année.
-ça y est, il se lève, dit Remus avec une certaine fébrilité.
Ses amis hochèrent la tête d'un air décidé et se levèrent, prêts à embusquer leur camarade, qui s'avançait vers la sortie d'un air un peu égaré.
-Vas-y, toi, dit James en donnant un coup de coude à Lily. C'est toi qu'il préfère.
La jeune fille lui jeta un regard hautain, et, préparant son plus beau sourire, se dirigea vers William.
-Salut, dit-elle d'un ton aimable. On peut te parler un instant ? C'est imp…
-Désolé, impossible, l'interrompit Harry sans la regarder. Il faut que j'aille… quelque part…
Ses yeux erraient un peu dans le vide, comme quelqu'un qui venait de se réveiller d'un profond sommeil.
Vexée, Lily fronça les sourcils.
-Tu n'as pas une minute ? C'est important, insista-t-elle.
-Et d'abord qu'est-ce que tu as de si important à faire ? Tu as dormi toute la matinée, demanda Sirius d'un air un peu moqueur.
Apparemment, ce n'était pas un bon jour pour taquiner leur ami.
-Il faut que j'y aille, dit-il d'un ton sec. Oui… J'ai quelque chose de nécessaire à préparer.
Et il tourna les talons, sans un regard pour ses compagnons.
Les Maraudeurs et Lily échangèrent des regards confus et irrités.
-Quelle mouche l'a piqué ? demanda Sirius d'un ton agacé. Il nous snobe, maintenant ?
-Il a peut-être vraiment quelque chose d'urgent à faire, dit Remus, toujours raisonnable.
-Bizarre, commenta Lily. Cette attitude ne lui ressemble pas.
Mais il n'y avait rien qu'ils puissent faire pour l'instant, et ils durent se résoudre à reporter leur interrogation.
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-Et à présent, ajoutez la corne de bicorne à votre préparation. Versez-là petit à petit, et surtout n'oubliez pas de continuer à tourner lentement dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, ordonna le professeur Slughorn. Si tout se passe bien, votre potion de célérité devrait prendre une couleur orangée et dégager un léger parfum de citronnelle.
James attrapa d'un geste maussade le flacon de corne de bicorne et s'exécuta sans enthousiasme. Les potions n'étaient toujours pas sa tasse de thé.
-Lentement, James, dit Lily avec un regard réprobateur. En plus, tu t'es trompé de sens. Normalement, les aiguilles d'une montre tournent de la gauche vers la droite.
James lui lança un regard irrité, mais dût bien se résoudre à suivre ses conseils quand il s'aperçut que sa mixture était plutôt vert kaki qu'orangée.
-C'est complètement stupide, ce truc, maugréa-t-il. Pourquoi se casser la tête à faire une potion pour courir plus vite, quand on peut faire la même chose avec un sortilège ?
-Bien dit, approuva Sirius, dont la potion dégageait une odeur de lait caillé.
-Les sortilèges de rapidité ont des effets secondaires dangereux, dit Lily d'un ton docte. Le corps humain n'est pas fait pour tolérer un tel effort, et ceux qui abusent de cette technique se retrouvent avec d'horribles déchirures musculaires, et font parfois des infarctus. La potion de célérité, en revanche…
-ç'est ça, c'est ça, l'interrompit James en baillant de façon exagérée. En attendant, qu'est ce qu'on s'ennuie…
Soudain, il y eut un tumulte de l'autre côté de la salle. Une épaisse fumée noire enveloppait un groupe d'élèves impossibles à distinguer et répandait dans la salle une forte odeur d'œufs pourris. Le chaudron d'où venait le problème crachotait des gouttelettes d'une mixture noire, comme un volcan en éruption.
-Visiblement, quelqu'un n'a pas versé sa corne de bicorne assez lentement, commenta Lily en toussotant.
-Du calme, du calme ! ordonna le professeur Slughorn en éteignant le feu sous le chaudron éruptif d'un geste de baguette. Pas de quoi paniquer, c'est juste un peu de fumée.
Sirius ouvrit la porte pour faire entrer de l'air, et quelques minutes plus tard, la fumée se dissipa.
-Eh bien, maintenant, vous savez pourquoi la patience est une vertu essentielle pour la préparation de potions. Cela dit, venant de votre part, je suis très étonné, William. Une telle erreur de débutant, cela ne vous ressemble pas !
Lily, James et Sirius se tournèrent vers l'intéressé avec des regards stupéfaits. William Griffith, l'élève le plus brillant de Poudlard, rater une potion de célérité ?
-Je… je suis désolé, professeur, répondit William en fixant son chaudron d'un air un peu troublé.
Le regard de Slughorn s'adoucit aussitôt.
-Ce n'est rien, mon garçon, nous avons tous nos mauvais jours. Vous semblez fatigué, peut-être avez-vous attrapé quelque chose ? Vous feriez bien de vous reposer un petit peu.
-Personne ne me propose de me reposer quand je rate une potion, moi, maugréa James.
-Je… Non, tout va bien, je ne sais pas ce qui m'a pris… Je vais nettoyer, répondit William en se baissant maladroitement pour prendre un chiffon.
-Laissez, laissez, dit Slughorn avec empressement. Vraiment, vous ne semblez pas dans votre assiette. Thomson, accompagnez-le donc à l'infirmerie, votre potion est au-delà de tout espoir de toute façon.
Cette fois, William obéit et quitta la salle en compagnie de Thomson, un Serdaigle aux cheveux noirs et frisés.
Quand la porte se referma derrière lui, les autres reprirent leur travail. A part William et Thomson, tout le monde avait à peu près réussi à produire le résultat désiré. La potion de Sirius était un peu grumeleuse et celle de James plus ocre qu'orangée, mais au moins elles mijotaient doucement dans leurs chaudrons. Celles de Lily et de Rogue, comme d'habitude, étaient impeccables.
-C'est vrai qu'il est bizarre, ces jours-ci commenta Sirius.
Trois jours étaient passés depuis qu'ils avaient décidé de le confronter au sujet de sa mystérieuse ressemblance avec des sorciers du passé, mais ils n'avaient toujours pas réussi à l'interroger. Le jeune homme semblait souvent introuvable, et quand ils parvenaient à le coincer, il paraissait distrait et se disait trop occupé pour parler avec eux un instant. Le fait qu'il soit invisible sur la carte du Maraudeur était devenu plus frustrant que jamais.
-Peut-être qu'il a de nouveau ennuis avec le Ministère, suggéra Lily.
-Oh, ça m'étonnerait que le Ministère soit capable de faire quoi que ce soit susceptible de le perturber. Rappelle-toi, on parle d'un garçon qui est revenu d'Azkaban en chemise à fleur et qui a failli faire démissionner les détraqueurs.
-C'est vrai, dit Lily en pouffant. Ça ne lui ressemble pas, cet air troublé. J'espère que cela n'annonce pas une nouvelle catastrophe.
-Il n'y qu'un moyen d'en être sûrs, dit Sirius d'un air déterminé. La prochaine fois qu'on arrive à le coincer, on ne le laisse pas partir avant qu'il ait craché le morceau.
Lily et James hochèrent la tête avec résolution.
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A l'infirmerie, Harry était plongé dans un état de grande confusion. Que s'était-il passé pendant le cours ? Ah oui, il devait faire une potion, seulement il ne se rappelait plus très bien laquelle… Quel jour était-on d'ailleurs ? Tout était mélangé dans son esprit.
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Pendant deux jours, William resta complètement introuvable. Ils étaient d'abord allés lui rendre visite à l'infirmerie, mais Mme Pomfresh leur avait dit qu'il était parti une heure plus tôt, avec pour seule consigne de se reposer. Ils l'avaient ensuite cherché dans la tour des Gryffondors, sans succès. Il n'était pas non plus en cours, et ne se montrait pas pendant les repas dans la grande salle. Il semblait s'être volatilisé.
-Je me demande s'il est même dans le château, dit Remus d'un air sombre. A Poudlard, personne ne peut rester caché aussi longtemps, c'est impossible.
-Il doit bien sortir de temps en temps pour se restaurer, dit Sirius. Peut-être qu'on pourrait demander aux elfes de la cuisine s'ils l'ont vu ?
-Bonne idée, Patmol, dit James. Oh, mais regardez, c'est lui !
Les quatre Gryffondors se tournèrent dans la direction qu'il pointait du doigt. Et en effet, c'était bien William qui venait d'apparaître à l'angle du couloir. Les Maraudeurs remarquèrent tout de suite qu'il avait les cheveux en désordre et que son regard était perdu dans le vide.
Lily et James échangèrent un regard, puis, d'un même mouvement, allèrent résolument à la rencontre de leur ami, suivis de près par les autres.
-William, dit Lily avec fermeté, il faut qu'on parle.
-Mmm, quoi ? fit le jeune homme, semblant la remarquer pour la première fois.
-Où étais-tu passé ces derniers jours ? demanda James d'un ton plus curieux que réprobateur.
-Oh… Par ci par là, répondit vaguement William en clignant rapidement des yeux, comme s'il cherchait lui-même à se rappeler ce qu'il avait fait ces derniers jours.
-« Par ci par là ? » C'est quoi, ça, comme réponse, s'énerva Lily.
-Tu n'as pas l'air dans ton assiette, dit Remus. Tu vas bien ?
-ça va, ça va, marmonna William. Ce n'est rien, juste un peu distrait. Il faut que j'y aille…
Mais Sirius et James l'attrapèrent par le bras, décidés à ne pas le laisser s'en tirer si facilement, et l'entraînèrent dans un coin à l'abri des regards, derrière la statue d'un sorcier ventripotent.
-Cesse de nous éviter, dit James en baissant la voix pour éviter d'attirer l'attention. On n'est pas là pour te soumettre à un interrogatoire. On cherche seulement à te comprendre.
Ils s'attendaient à voir leur ami se murer dans un silence obstiné, protester avec véhémence, leur jeter des regards furieux, mais à leur grande surprise, celui-ci poussa un soupir à fendre l'âme et son visage se chargea d'une grande mélancolie.
-Personne ne peut me comprendre, dit-il d'un air tellement dramatique qu'il en était presque comique.
-Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Sirius avec un mélange d'irritation et de commisération.
-Je veux dire que… Mon trouble est trop profond… trop inouïe…
-ça y est, voilà qu'il ressort les grands mots, dit Lily en levant les yeux au ciel. Je croyais que ça t'était passé.
-Il n'y a pas de mots assez forts pour exprimer ce que je ressens, s'emporta William. Personne n'a idée de ce que…
-Oh, je crois que nous avons une petite idée, l'interrompit Remus d'un ton guilleret.
William cligna les yeux d'un air incrédule.
-Vraiment ? Vous avez percé le secret de mon cœur ? demanda-t-il.
-Si tu tiens à utiliser les grands mots, répondit James en haussant les épaules. En tout cas, nous savons que tu es un voyageur temporel.
Il y eut un grand silence. Chacun retint son souffle. Puis William éclata d'un rire tonitruant, presque hystérique.
-Pas si fort, grinça Lily entre ses dents.
-Désolé, c'est juste que… Comment pouvez-vous vous soucier de ça quand le dilemme qui m'écrase dans son étreinte est tellement plus… profond… plus troublant… plus… énorme, répondit Harry en appuyant ses mots d'un grand geste du bras vers le ciel.
Les Maraudeurs et Lily commençaient à douter de sa stabilité mentale.
-Il y a quelque chose de plus… énorme… qu'un voyage temporel de plusieurs siècles ? demanda James d'un ton lent, comme s'il craignait un peu la réponse.
Harry plissa les lèvres avec dédain.
-Peuh, un voyage temporel, ce n'est rien du tout, on s'en tire très bien. Le trouble qui m'agite aujourd'hui est irrémédiable, et, dans mon cas, je crains qu'il ne soit fatal.
-Qu'est-ce qui t'arrive ? demanda Lily d'une voix inquiète. Tu veux qu'on t'emmène chez Mme Pomfresh ?
« Où plutôt au Service psychiatrique de St Mungo », songèrent en même temps les cinq amis.
-Il n'y a pas de remède contre le mal dont je souffre, répondit William en hochant tristement la tête.
James commença à perdre patience.
-Bon, alors maintenant ça suffit les petites énigmes, s'énerva-t-il. Tu vas cracher le morceau, ou bien il faut qu'on emploie la force ?
-L'Amour ! s'écria précipitamment Harry en ouvrant les bras d'un air exalté.
Les Gryffondors le regardèrent d'un air ahuri.
-Qu… Quoi ? bafouilla James sans comprendre.
-ça y est, il a véritablement perdu la boule, marmonna Sirius en se voilant la face.
-Bon, ben si plus personne n'a besoin de moi…, fit Peter en cherchant un moyen de s'éclipser.
Des voyages temporels, ça pouvait encore aller, mais des voyageurs temporels psychiquement dérangés…
-William, dit Lily en s'efforçant d'adopter un ton raisonnable, si tu voulais bien nous expliquer de quoi tu parles…
William poussa un nouveau soupir, cette fois plutôt résigné.
-Qu'y a-t-il encore à expliquer ? Je suis follement, éperdument, irréversiblement tombé amoureux, voilà tout. Je n'ai jamais rien ressenti d'aussi enivrant ni d'aussi douloureux.
-Et… Et alors ? demanda James d'un air méfiant. Tu n'as qu'à demander à cette personne de sortir avec toi, non ?
-C'est que… Je n'ose pas, dit William en baissant les yeux, le visage empourpré, une expression qui était aussi normale sur lui que sur le professeur McGonagall.
-Si tu ne confesses pas tes sentiments, tu ne pourras jamais savoir ce qu'elle pense de toi, dit Sirius malgré lui.
Cette conversation était en train de tourner en article digne de Sorcière Hebdo.
-En plus, ajouta Lily, tu es très populaire et plutôt agréable à regarder. Ça m'étonnerait qu'elle te rejette.
-Oui, mais elle a été plutôt froide avec moi, jusqu'à présent. Et puis, nous sommes très différents. Nous ne sommes pas dans la même Maison, nous n'avons pas les mêmes amis… Et j'ai toujours des sentiments pour ma petite amie qui m'attend à la maison, si elle est toujours en vie, même si ce n'est plus la même chose depuis que je l'ai rencontrée…
-Hein ? Comment ça, « si elle est toujours en vie » ? demanda James, de plus en plus inquiet.
-tout cela devient ridicule, grogna Sirius en se massant les tempes. Allez venez, inutile de prolonger cette conversation, vous voyez bien qu'il n'a plus toute sa tête.
-Est-ce que tu te sens bien, physiquement ? demanda Lily en pressant la paume de sa main contre le front de son ami. De la fièvre, des maux de tête ? Tu as peut-être été soumis à un sortilège de confusion ou…
William recula d'un grand pas, son visage se tordant dans une expression courroucée.
-Je savais bien que vous ne comprendriez pas ! s'écria-t-il avec colère, attirant l'attention de quelques élèves qui revenaient de la grande salle.
-Du calme… fit Remus en levant les mains en geste d'apaisement.
Mais William ne lui prêta aucune attention.
-Personne ne me comprend ! Je souffre le martyr, et vous vous moquez de moi ! Chaque seconde, je pense à elle, et elle ne m'accorde pas un seul regard !
-Pourquoi voudrais-tu qu'elle te regarde, si tu n'as même pas le courage d'aller lui parler, rétorqua James, prêt à se briser la tête contre un mur.
Pour leur grande confusion, cette remarque sembla faire mouche. William regardait James comme s'il venait de découvrir le théorème de Pythagore.
-Tu as raison, dit-il d'une voix faible. Jusqu'à présent, j'ai été lâche. Cela fait déjà deux jours que je suis amoureux d'elle, et je n'ai même pas osé l'approcher !
-Deux jours, ça va encore, grommela James, soudain inquiet de ce qui allait venir.
-Non, il faut que je confesse mes sentiments, répliqua William avec détermination. Mais il faut que je me prépare. Il faut que ma déclaration soit exceptionnelle, inoubliable.
Et avant que ses amis aient eu le temps d'ajouter quoi que ce soit, il tourna les talons et partit d'un pas vigoureux, faisant virevolter sa cape derrière lui dans un mouvement théâtral.
Les Maraudeurs et Lily restèrent quelques instants immobiles, comme s'ils venaient d'être frappés par la foudre. Puis, une fois le choc passé, un mélange de confusion et d'horreur les submergea.
-C'était quoi, ça ? demanda James d'un ton mécanique, désignant du doigt l'angle où William venait de disparaître.
-ça, mon cher Cornedrue, c'est un fou qui a atteint un degré supérieur de maboulerie, dit Sirius. Ça me rappelle un peu l'époque où tu harcelais Lily, l'année dernière.
-Patmol, je t'en prie, dis-moi que je n'étais pas aussi pathétique que ça.
-Rassure-toi, pas tout à fait. Presque, mais pas tout à fait.
-Avec tout ça, il a réussi à éluder les questions sur son supposé voyage temporel, grommela Remus, dépité.
-Ne t'inquiète pas, on finira par lui faire cracher le morceau, dit Lily dont les yeux lançaient des éclairs. Mais pour l'instant, ce que j'aimerais savoir, c'est qui est la pouffiasse qui a réussi à lui faire ingurgiter un philtre d'amour.
Les yeux des Maraudeurs s'éclairèrent aussitôt.
-Mais oui, bien sûr, c'est cela ! s'exclama James en se jetant au cou de Lily. Lil', tu es géniale. Un instant, j'ai vraiment cru qu'il avait perdu la boule !
-Les philtres d'amour sont formellement interdits par les règlements de l'école, dit Remus en fronçant les sourcils d'un air courroucé. Quand McGonagall apprendra ça, elle va être furax !
-On peut trouver un remède, non ? demanda Sirius à Lily avec une note de désespoir. Ce serait terrible s'il restait comme ça à jamais !
Lily hocha la tête.
-Bien sûr qu'il y a des remèdes, dit-elle avec dédain. La plupart de ces potions sont très mal concoctées, elles ne durent pas bien longtemps. Il faudrait simplement savoir quelle potion a été utilisée, mais avec un peu de recherches, je devrais pouvoir le faire.
-Dieu soit loué ! s'exclama James.
-Allez, allons manger quelque chose, dit Sirius en se dirigeant vers la grande salle. Personnellement, j'ai besoin de me remettre du choc avant de penser à une contre-attaque.
Les Gryffondors approuvèrent, et se mirent en mouvement.
Mais ils n'eurent pas le temps de se remettre du choc. A peine avaient-ils pénétré dans la grande salle, qu'il devint clair qu'un désastre était sur le point de se produire.
Les élèves des quatre maisons étaient debout, regardant avec confusion ou hilarité quelque chose que les Maraudeurs ne pouvaient voir, et qui se trouvait quelque part entre les extrémités des tables de Poufsouffle et de Serpentard. Même les professeurs semblaient fascinés par la scène. Les yeux de McGonagall s'étaient dangereusement rétrécis, et Dumbledore avait haussé un sourcil d'un air intrigué.
-Venez, approchons-nous, murmura Lily, prise d'un mauvais pressentiment.
Ils se frayèrent un chemin entre leurs camarades, mettant à profit leur statut de septième années, et parvinrent enfin ce qui avait attiré l'attention de l'assistance. James sentit son estomac se nouer, Sirius se cacha les yeux, Peter couina de surprise et Lily et Remus grognèrent en pensant à tous les points que Gryffondor allait perdre dans un futur imminent. Sans parler de la fierté de la maison, probablement endommagée pour plusieurs générations.
William était agenouillé à même le sol, vêtu d'une parure de velours écarlate à manches ballonnées rayées de bleu qu'il n'avait pu que faire apparaître lui même dans son état de folie intense. Elle rappelait furieusement les vêtements ridicules dont sont accoutrés les princes dans les dessins animés moldus. Dans ses mains, il tenait un instrument qui ressemblait à une lyre en bois doré, ornée de saphirs, d'émeraudes et de rubis. Les yeux rivés sur la table des Serpentard, son visage rayonnait d'adoration.
Et soudain, pour la plus grande horreur des Maraudeurs et de Lily, il se mit à chanter, accompagnant sa voix de quelques notes approximatives.
« Combien de jours, combien de nuits,
A attendre que soit belle ma vie.
Ta chevelure, ton œil hardi,
Font brûler le feu des mes envies.
Dans la nuit noire, tu resplendis,
De toi, je me languis.
Oh ! Combien de jours encore,
A attendre un mot de toi !
Quand tu n'es pas là je suis comme mort,
Bellatrix, je t'en prie, sois à moi. »
-Sirius, je t'en prie, tue-moi, grommela James.
Mais Sirius était incapable de répondre, car il était tombé dans un état d'inconscience bienheureuse.
Voilà, j'espère que ça vous a plu. En attendant la suite, je vous souhaite à tous une excellente année 2011. Review?
