OoOoOoOoOoO
L'espionnage, c'est un vrai métier
OoOoOoOoOoO
Aux premières lueurs de l'aube, alors que la vie diurne du quartier Kabuki se réveillait lentement, le quartier général du Shinsengumi était déjà au garde-à-vous. Une part de ses agents se préparait pour la première session d'entraînement de la journée, tandis que d'autres étaient attelés à leurs tâches administratives et que deux des dix divisions s'apprêtaient à partir en patrouille. Comme de coutume, leur vice-commandant était présent pour leur rappeler le Kyokuchou Hatto à la base de leur organisation et de leur discipline, rituel qui avait autant pour but de leur donner du cœur à l'ouvrage que de servir de repère fixe dans des journées où l'imprévu dominait.
- Règle 21, récitait-il d'une voix forte, tous les membres du Shinsengumi qui…
- ATCHA !
- Yamazaki, on te serait reconnaissants de garder tes microbes pour toi et de mettre ta main devant ta bouche quand tu éternues.
- Pardon, vice-commandant, s'excusa l'inspecteur en sortant un mouchoir de sa poche.
- Reprenons. Article...
- ATCHA !
- Oh, ce qui est valable pour lui l'est aussi pour les autres !
- Excusez-moi, il m'a pris par surprise, vice-commandant.
- ATCHA !
- Sougo, tu l'as fait exprès ! Tu crois que je ne t'ai pas vu me viser ?
- Ma sœur m'a toujours dit que quand on est gentil, on partage, affirma le capitaine en faisant mine de s'essuyer avec sa manche.
- Tu l'écoutes bien quand ça t'arrange ! Sois égoïste comme d'habitude, c'est un ordre !
- AAAATCHA !
- Raaahh, Yamazaki, crève en silence ! commença à s'impatienter Hijikata.
- Ce n'est pas de ma faute !
- Oh, ça va, c'est pas la première fois que je te gueule dessus, arrête de pleurer !
- Mais je pleure pas, j'ai les yeux qui brûlent !
- C'est pas le seul, vice-commandant, dit un autre qui se frottait lui aussi frénétiquement les yeux. Je crois qu'on fait des allergies.
- Des allergies ? s'exclama Hijikata. Des allergies à quoi ?
- Probablement à toi, répondit Sougo. D'ailleurs, je sens que ça me prend aussi... aaat... cha !
- Arrête de faire semblant d'éternuer !
- Tout de suite les accusations...
- Les gens normaux ne crachent pas quand ils éternuent !
- Je ne crache pas, je postillonne beaucoup. Yamazaki, t'aurais pas un autre mouchoir ?
- Prête-lui celui que tu as utilisé, Yamazaki, intervint Hijikata, n'oublie pas, « quand on est gentil... »
- T'es hilarant aujourd'hui, Hijikata-s... Atcha !
- Argh, dégueulasse !
- Ah, je crois que j'ai compris, je suis définitivement allergique à ton humour de merde.
OoOoOoOoOoO
- Mais qu'est-ce que c'est que cette épidémie ?
- Allergie au pollen, déclara Kondo la morve au nez. Il y a eu une belle floraison cette année, donc beaucoup de pollen, et peu de pluie pour le faire tomber au sol. A cause ça, l'air en est saturé, expliqua-t-il avant de se moucher bruyamment.
- C'est dingue, pourquoi on n'a rien tous les deux ? cherchait à comprendre Hijikata en regardant Sougo assis à côté de lui.
- Hum...Je pense que c'est parce que vous êtes des campagnards, réfléchit le commandant. Vous êtes plus habitués que les citadins à être en contact avec la végétation. Shimaru n'a rien lui non plus... ATCHA !
- Mais vous êtes aussi de la campagne, et vous êtes dans le même état que les autres, fit remarquer Sougo.
- Ce n'est pas une science exacte, évidemment... Bref, ce n'est pas le plus important. Allergies ou pas, nous devons continuer à faire notre travail.
- Je sais. Tss, on va avoir l'air malin avec tous les agents la tronche dans leur mouchoir, pestait le vice-commandant.
- Bah, j'ai jeté un œil dehors, dit Sougo qui semblait peu concerné, tout le monde en ville est dans le même cas, ça va faire ton sur ton.
- Le problème, c'est que Yamazaki avait une planque à effectuer qui exige de la discrétion, vous vous souvenez ? rappela Kondo.
- Oui... Merde, il va se faire repérer en deux minutes ! réalisa Hijikata.
- C'est pour ça qu'il va falloir le remplacer. Or, il n'y a que vous deux pour ça.
- Quoi ?
- Presque tous les gars sont pris, c'est la seule solution. En plus, ce n'est pas la première fois que vous planquez ensemble, non ?
- La dernière fois, j'ai fini menotté à un abruti aux cheveux frisés pendant que celui-là partait manger des ramens !
- C'est pas beau de rapporter, Hijikata-san.
- Tout le monde est au courant, tu y as veillé ! J'ai failli ajouter un article au Kyokuchou Hatto pour interdire aux gars de faire mention de cette histoire sous peine de seppuku !
- Et du coup, vu que tu viens d'en parler… ?
- J'ai dit que j'avais failli ! Et puis, pourquoi on devrait forcément y aller ensemble ? Vous insinuez qu'à nous deux, on vaut un Yamazaki ?
- Il devait faire équipe avec un autre inspecteur, expliqua Kondo, mais il est lui aussi victime des allergies.
- Comment ça se fait, il gère bien tout seul d'habitude ! Enfin il gère... Il essaie, et ça suffisait plus ou moins ! Alors quoi, il forme un stagiaire ?
- Là, c'est particulier. C'est un grand complexe, il faut être sur plusieurs fronts en même temps. Il n'y a guère d'autre choix.
Le vice-commandant réfléchit à toute vitesse.
- Et Shimaru ? proposa-t-il. Il n'a pas d'allergies lui non plus, et il est discret. Je pourrais y aller avec lui.
- Excellente idée, j'ai hâte de vous voir vous transmettre les infos par talkie-walkie, commenta Sougo.
- Oh ça va, moi au moins j'essaie de trouver une solution !
- Une solution à quoi ? Moi, je ne vois aucun problème à planquer avec toi.
- C'est bien ce qui m'inquiète ! Qu'est-ce que tu as derrière la tête, encore ?
- J'ai rien derrière la tête, seulement il y a un boulot, faut le faire, c'est tout. Les enjeux de cette mission sont très importants.
- N'essaie pas de me faire la leçon ! Toi, quand ça n'implique pas de trancher des gens en deux, tu ne prends jamais rien au sérieux ! Ça te rend encore plus suspect !
- Pourquoi ? Tu devrais être content que je m'implique un peu plus.
Un regard échangé avec Kondo lui confirma que lui non plus n'avalait pas si facilement un tel miracle ; mais également, à son grand désespoir, qu'il ne changerait pas d'avis. Passablement énervé d'être ainsi mis entre le marteau et l'enclume, il se leva avec brusquerie, mettant un terme à la conversation.
- Je t'avertis, prévint-il le jeune capitaine, à la première connerie, je ne vais pas te louper !
- Oui, oui, le seppuku, je connais, répondit celui-ci d'un ton ennuyé. On ferait mieux d'aller se préparer au lieu de parler de ça.
Hijikata lui tourna le dos et posa la main sur la porte pour sortir. A ce moment-là, il entendit Sougo demander :
- Au fait, Kondo, on a bien reçu les nouveaux modèles de menottes ? J'aimerais bien avoir les miennes pour les essayer.
Hijikata se retourna lentement, un rictus menaçant d'écraser la cigarette entre ses dents. Avec un sourire presque contrit, son subordonné leva les mains en signe d'apaisement.
- C'était pour rire, Hijikata-san. Détends-toi un peu, on n'y est pas encore, à cette planque.
OoOoOoOoOoO
Hijikata étira ses jambes en grimaçant. Les inspecteurs faisaient vraiment le travail le plus chiant du monde… Il était là depuis des heures, coincé dans un renfoncement entre deux murs et contraint de se serrer dans le petit espace qui constituait un angle mort pour les guetteurs. Et pour ne rien arranger, une poubelle débordant à moitié à quelques mètres ajoutait encore un peu plus de piquant à la vue et à l'odeur. Les planques ne lui étaient pas complètement étrangères, mais c'était la première qui fût aussi longue et aussi inconfortable. Raison de plus pour en refiler la corvée à Yamazaki. Foutues allergies.
Ils avaient découvert que ce bâtiment servait régulièrement aux membres du mouvement joui pour rencontrer leurs informateurs et fournisseurs d'armes, dont certains seraient officiellement au service du gouvernement ; cette mission avait pour but de récolter les preuves dont ils avaient besoin pour réussir ensuite un beau coup de filet. Hijikata était posté près de l'entrée principale, et Sougo à une sortie de secours donnant sur une ruelle étroite, tous deux munis d'un appareil photo et d'un talkie-walkie pour rester en contact. Talkie-walkie, qui pour ne rien arranger à son agacement, ne cessait d'émettre du bruit depuis dix minutes. Par déni et crainte de voir ses soupçons confirmés, Hijikata avait tenté de l'ignorer ; mais le bruit refusait de cesser, sortant sans discontinuer du haut-parleur et l'empêchant de se concentrer sur autre chose. Finalement, n'y tenant plus, il détacha l'engin attaché à sa ceinture.
- Oh, Sougo ?
- Hum ?
- Je rêve ou ce sont des bruits de mastication que j'entends ?
- Non.
- Je préfère. Parce que là, c'est pas une poignée de rebelles qu'on risquerait de rater, c'est carrément toute la…
- Je sais, je sais. Mais je voulais dire que, non, tu ne rêves pas, je suis bien en train de mâcher.
- Pardon ? hurla presque Hijikata, retenant sa voix de justesse. Tu as abandonné ton poste ? Cette fois tu ne vas pas t'en tirer, tu…
- Oh, tu te calmes un peu ? Tu vas finir par te faire repérer. Je ne suis allé nulle part, je suis juste en train de mâcher un chewing-gum. Je peux, quand même ?
Le vice-commandant ravala une flopée de jurons fleuris en serrant un poing qu'il rêvait d'abattre sur la face arrogante du sale gosse hélas hors de portée. Il respira profondément pour se forcer à retrouver son calme.
- Tu pourrais au moins tenir ton talkie-walkie loin de ta bouche, que je ne t'entende pas ?
- Impossible. Dans la position où je suis, je n'ai pas cinquante endroits où le poser.
- Tu peux sûrement trouver mieux !
- Sûrement, mais je ne peux pas me concentrer sur tout en même temps.
- Raaah, tu m'emmerdes !
Il écarta avec rage l'appareil de son visage, et trouva un compromis en appuyant le coude sur son genou et la tête dans sa main, l'oreille contre sa paume, ce qui lui permettait de filtrer le bruit juste assez pour n'entendre l'imbécile que si celui-ci parlait à nouveau. C'était déjà mieux, mais il s'ennuyait toujours autant. Si aucun suspect ne se montrait, cela signifierait qu'ils devraient revenir. Ou pire, qu'ils avaient été repérés et qu'ils devaient s'attendre à se faire attaquer à tout moment. Mieux valait ne pas penser à ça.
- Hé, Hijikata-san.
- Qu'est-ce qu'il y a ? chuchota-t-il dans le talkie-walkie qu'il porta à son oreille. Ça bouge de ton côté ?
- Pas encore, je me posais juste une question.
- Tu aurais pu y penser avant. Quoi ?
- … Pourquoi on se sert de talkie-walkies alors qu'on a tous des portables ?
- C'est ça ta question ? Mais qu'est-ce qu'on s'en fout, c'est pas le moment !
- Le portable, on ne l'allume qu'en cas de besoin, développa Sougo, on peut le mettre sur silencieux donc pas de risque si l'autre nous contacte au mauvais moment… C'est vrai qu'on ne serait pas en contact en permanence, mais est-ce que c'est vraiment nécessaire ? Si quelqu'un t'attaque, je ne pourrais pas arriver à temps de toute façon.
- Tu parleras de tout ça à la prochaine réunion, pour l'instant, boucle-la !
- C'est quand, déjà, la prochaine réunion ?
- Je-n'en-sais…
- Hé, il y a quelqu'un là-bas ?
- Merde ! lâcha Hijikata dans une exclamation qu'il étouffa avec sa main.
Il avait apparemment attiré l'attention d'un des guetteurs. S'ils venaient voir, tout était foutu…
- Qu'est-ce qui t'arrive, Hijikata-san ?
- Chut, la ferme !
- … Si, je t'assure, j'ai entendu du bruit là-bas, poursuivit le guetteur en se rapprochant de sa position.
- Tu t'es fait repérer, Hijikata-san ? Franchement, tu pourrais faire attention, cette mission est…
La voix de Sougo fut interrompue par le doigt d'Hijikata venu presser le bouton pour couper la communication, avant de se presser lui-même contre le mur, interrompant sa respiration, tâchant de ne plus faire qu'un avec la pierre, l'oreille tendue, et notant quand même dans un coin de sa tête d'étrangler Sougo à la première occasion.
- Laisse tomber, répondit un autre, c'est plein de chats errants par ici. On nous a interdit de quitter nos postes.
- T'es sûr ?
Le guetteur s'était arrêté sur sa lancée, mais n'avait pas fait demi-tour.
- Vaudrait quand même mieux jeter un œil pour être sûr, non ?
Avec des gestes lents et d'infinies précautions, Hijikata se pencha pour ramasser une pierre qui jonchait le sol puis, toujours accroupi, visa la poubelle non loin de lui et lança son projectile de toutes ses forces, faisant dégringoler dans un fracas une partie des déchets et le couvercle de la poubelle qui était posé dessus en équilibre précaire. Puis il lâcha, d'une intonation aussi réaliste que possible :
- Miaou ?
Il s'ensuivit un silence de quelques instants pendant lequel même son cœur semblait s'être arrêté de battre, puis il entendit un grand éclat de rire :
- T'as raison, c'est forcément un vrai chat ! Aucun espion n'oserait utiliser ce vieux truc naze !
Hijikata put enfin relâcher la pression lorsqu'il entendit les pas du guetteur s'éloigner. Quand il fût sûr qu'il fût assez loin, il rétablit la communication sur son talkie-walkie.
- Ah, Hijikata-san, j'étais inquiet. Tu as dit qu'il était interdit d'éteindre les talkie-walkies.
- Je vais t'en foutre, des interdictions ! J'ai failli me faire prendre à cause de toi !
- Ça ne serait pas arrivé avec des portables.
- Je vais te les faire bouffer tes…
- Comment tu t'en es sorti, du coup ? l'interrompit Sougo.
- … Ils sont partis. Ils ont cru s'être trompés.
- Tu leur a fait le coup du chat ?
- Quoi ! s'exclama de nouveau Hijikata, encore une fois en se retenant juste à temps de hurler. Comment tu me vois ? Tu as quitté ton poste !
- Non, j'avais juste dit ça pour plaisanter… Mais tu as vraiment fait le coup du chat ?
- … Non ! Moi aussi je plaisantais !
- Tu devrais mourir de honte. Franchement, je ne sais pas comment je fais pour encore te parler.
- Parfait ! déclara-t-il. Ne me parle plus dans ce cas, ça me fera des vacances !
- Je m'ennuie, répondit Sougo.
- Moi aussi, je m'ennuie ! Mais on est au boulot, là, ce n'est pas spécialement fait pour être amusant ! Alors fais un effort !
Quoique s'il devait être honnête, des efforts, il en faisait déjà beaucoup par rapport à d'habitude. En général, quand une mission l'ennuyait, il ne se gênait pas pour la lâcher en laissant sans regrets ses partenaires en plan. Le fait qu'il soit toujours là était déjà un petit miracle en soi.
- Oh, Hijikata-san, il y a quelqu'un qui arrive !
- Vraiment ? fit Hijikata en se redressant. Des fournisseurs ?
- Sûrement. Ils sont une dizaine… Ils se sont arrêtés à vingt mètres, environ, il fait un peu sombre, je ne les vois pas bien, mais ils se tiennent sur leurs gardes et ils sont armés.
- Très bien. Prends des photos, même si la luminosité est faible, ça devrait suffire pour ces appareils.
- Roger.
- Et commence pas avec tes « Roger » !
Un léger froissement se fit entendre dans le haut-parleur, suivi d'un instant de silence.
- C'est fait.
- Bien. Si tu en as l'occasion, essaie de prendre des clichés plus proches quand ils passeront devant toi.
- Roger. Mais ils ont pas l'air de vouloir bouger, là.
- Ils procèdent sans doute à des vérifications d'identité avant de les laisser rentrer, supposa Hijikata. C'est bon signe, ça confirme qu'il se trame des choses importantes là-dedans s'ils prennent autant de précautions.
Il attendit un moment, attendant que Sougo lui donne des nouvelles. Une minute passa, puis deux, puis trois…
- Hijikata… Je crois que j'ai un problème…
- Qu'est-ce qu'il y a ? Si tu as envie de pisser, retiens-toi !
- Je… Je crois qu'ils m'ont repéré…
- QUOI ?
- Chuuut, arrête ou on va être deux ! Ils n'ont pas bougé, mais j'en suis quasiment sûr…
- Comment ils auraient pu te repérer ? tenta de le raisonner Hijikata. Tu es bien dissimulé, tu n'as pas fait de bruit, ils n'ont pas pu t'entendre me parler à cette distance ?
- Non… Je ne sais pas, mais ils s'agitent… hésitait Sougo.
- On est d'accord, ce n'est pas possible, ça doit être autre… A moins que… Sougo, rassure-moi, tu as bien désactivé le flash sur ton appareil photo ?
- …
- Sougo ?
- Oui… Oui, je crois…
- Tu crois ? répéta Hijikata d'une voix qui mêlait le cri et le chuchotement. Mais c'est la base, c'est la première chose à laquelle tu aurais dû penser ! Tu peux bien te moquer de moi et du coup du chat !
Et merde, il venait d'admettre avoir fait le coup du chat. Mais Sougo ne le releva pas, ce qui était sans doute le plus alarmant.
Il respira profondément pour se calmer. Sougo avait raison, ils ne seraient pas plus avancés s'ils se faisaient prendre tous les deux.
- OK, écoute-moi bien, s'ils t'ont repéré, il va falloir les éliminer discrètement pour ne pas rameuter tout le bâtiment. Tu as déjà les preuves, de toute façon. Avec un peu de chance, on pourra les déplacer plus loin, les autres penseront à une agression sans rapport avec nous, et ils n'en déduiront pas que leur planque a été découverte. Ils se méfieront quelques temps, mais on pourra revenir plus tard.
- Impossible, je ne peux pas faire ça !
- Comment ça, tu ne peux pas ? Tu as dit qu'ils étaient une dizaine, tu as déjà affronté bien pire ! le secoua Hijikata.
- Ils ont des armes à répétition, je les vois… Et ils n'ont pas l'air d'être du genre à hésiter à les utiliser…
- Merde…
La voix de Sougo s'était teintée d'inquiétude. Il fallait réfléchir vite. S'ils n'avaient encore rien fait, c'est qu'ils ne l'avaient pas localisé avec précision. Il fallait tirer profit de ce maigre avantage.
- Écoute, surtout ne bouge pas, d'accord ? lui dit-il en tâchant de garder une voix aussi apaisante que possible. Ils ne doivent pas connaître ta position exacte. Ils vont être obligés de s'avancer pour te trouver. Tu es en hauteur, alors quand ils seront assez proches, tu devras agir le premier pour tous les avoir d'un coup.
Il avait vu plus d'une fois son cadet exécuter cette dangereuse manœuvre que seuls les meilleurs sabreurs du monde pouvaient espérer réussir. Acculé de toutes parts par un ennemi en surnombre, le katana volait autour de lui pour trancher d'un seul mouvement tous les adversaires en l'espace de moins d'une seconde, tout en se prémunissant de leurs propres attaques. Un défi aux probabilités, un coup statistiquement impossible que Sougo n'avait jamais raté. Peu importe les armes que portaient les ennemis, ils n'auraient même pas le temps de les lever. Mais la voix à présent clairement paniquée de Sougo sortit du haut-parleur :
- C'est impossible, la rue est trop étroite, peu importe où j'atterrirai, je serai obligé de les affronter à la suite, ils auront tout le temps d'utiliser leurs armes !
- Merde, merde…
Une solution, vite, il y avait forcément une autre stratégie à adopter…
- Hijikata, ils commencent à avancer ! Ils vont me trouver, c'est sûr… Hijikata, je fais quoi ?
- Bordel, il faut que…
Inconsciemment, il s'était déjà levé et avait posé la main sur la garde de son sabre.
- Je vais venir t'aider, décida-t-il, surtout reste caché le plus longtemps possible, j'arrive !
- Ça ne servira à rien, répondit Sougo d'une voix où perçait le désespoir. Ils sont presque là, ils… Hijikata !
Le bruit d'un choc se fit entendre dans le talkie-walkie.
- Sougo ! SOUGO !
Hijikata ne se souciait plus d'être discret. Fixant l'appareil à présent silencieux, ses oreilles bourdonnèrent sourdement pendant un instant. Puis, comme traversé d'une décharge électrique, il dégaina son sabre et ses jambes se fléchirent, prêtes à le propulser de l'autre côté du bâtiment le plus vite possible.
- Oh, Hijikata-san ?
Les muscles tendus se figèrent aussitôt.
- Désolé, j'avais fait tomber le talkie-walkie. Tout va bien en fait.
- … ?
- Je me suis gouré, en fait. Ce n'étaient pas des fournisseurs, mais une bande de gamins qui s'amusaient avec des fusils-jouet. Quand même, ces machins font vachement réalistes dans la pénombre. C'est un peu dangereux, d'ailleurs. Il y a un gars qui est sorti du bâtiment pour les virer, du coup, je l'ai pris en photo, lui.
- …
- Hijikata-san, tu es toujours là ?
- *** DE SALE *** DE ***, dÈs QUE JE TE CHOPPE, JE TE JURE QUE JE TE…
- Hé, qui va là ?
- Ça venait de là-bas !
- Hijikata-san, t'as gueulé.
- Oh bordel de…
OoOoOoOoOoO
Un nouveau bruit de trompette emplit la pièce alors que Yamazaki se mouchait pour ce qui lui semblait être la dix-millième fois de la journée. Ses yeux embués se posèrent sur le dossier qu'il avait à peine avancé, tout occupé qu'il avait été à faire s'accumuler les mouchoirs roulés en boule dans la corbeille, puis au-dessus en un tas à l'équilibre précaire, puis tout autour. Il froissa celui qu'il venait d'utiliser avant de le lancer par-dessus la petite montagne de papier, le regarda rebondir dessus avant de rouler par terre en en entrainant trois autres dans sa chute. L'inspecteur soupira, avant de s'interrompre lui-même avec un nouvel éternuement plein de postillons dont il ne parvint qu'à moitié à épargner son travail. Il tira un autre mouchoir de la boîte déjà presque vide, et entendit indistinctement la porte glisser alors qu'il avait le nez à l'intérieur.
- Ah, bon retour, vice-commandant, dit-il d'une voix particulièrement nasale à son visiteur. Votre journée s'est bien passée ?
- Ouais.
D'un bond en arrière, Yamazaki s'écarta par réflexe lorsque son supérieur lâcha devant lui un sac en papier de pharmacie qui atterrit sur son écritoire. Interdit, il regarda rouler sur son travail les flacons d'antihistaminiques qui s'en étaient échappés.
- Tu vas me faire le plaisir de te dépêcher de guérir et de reprendre ton boulot en vitesse, j'ai autre chose à foutre que de te remplacer ! Tu te débrouilles, tu te fais désensibiliser s'il le faut, c'est pris en charge de toute façon, mais tu te grouilles d'être opérationnel !
- Mais, euh… C'est pris en charge ? Depuis quand ? balbutia un Yamazaki interdit à l'adresse de son vice-commandant qui avait déjà tourné les talons.
- Environ cinq minutes !
- Eh bien, euh, merci, vice-commandant, parvint à lâcher l'inspecteur, mais Hijikata avait déjà claqué la porte. Il saisit un flacon dont il examina distraitement l'étiquette, confus. Il savait bien que son travail n'était pas le plus palpitant du monde, mais d'habitude, au moins le vice-commandant reconnaissait son utilité, à défaut de le reconnaître lui. Il serait curieux de savoir ce qui lui était arrivé… Mais il n'était pas imprudent au point d'essayer de le demander.
OoOoOoOoOoO
