Les étoiles de l'orage
Chapitre 24 : « J'ai passé une excellente soirée…mais pas aujourd'hui » ( Seconde partie)
Disclaimer : Tous les personnages, animaux, objets, lieux, créatures etc…appartiennent (encore et toujours) à J.K.Rowling, hormis certains qui existent réellement, et d'autre que j'ai inventés. Je ne gagne rien à écrire cette fic, à part le plaisir que j'ai à écrire, et à faire partager ce que j'écris (ainsi qu'un mal de tête carabiné).
Les personnages ajoutés sont tirés de mon imagination, toute ressemblance entre eux et des personnes existant ou ayant existé est le fruit du hasard.
Elle s'assit sur le lit de Ginny, Tonks et Elane sur celui d'Hermione.
Fleur tortillait nerveusement entre ses mains une boule détrempée de tissu blanc aux reflets argent, qui avait dû être un mouchoir. Tonks ne savait que dire et priait pour qu'Elane prenne la parole en premier, celle-ci avait compris ce que Tonks souhaitait mais ignorait par où commencer.
Elle vit Fleur lutter contre une nouvelle montée des larmes et se tamponner les yeux avec son mouchoir déjà bien mouillé. Instinctivement, elle sortit le sien de sa poche et le lui tendit. Fleur s'essuya les yeux et se moucha, dans le silence qui semblait avoir la consistance flottante de la brume.
- P-pourquoi est-ce que vous êtes v-venues ? demanda Fleur de derrière ses larmes.
Pourquoi étaient-elles venues ? C'était une excellente question, songea Elane, désabusée. Parce qu'elles avaient eu le sentiment que c'était là leur place… parce qu'il n'était pas bon qu'elle reste seule...Parce qu'elles en avaient eu envie…pour lui dire que ceux qui prétendaient qu'une Vélane n'était pas digne de confiance avaient tort… Peut-être bien que c'était cela, la bonne réponse…
- Parce qu'on voulait te dire que ceux qui pensent…ça …ont tort.
- Le problème est que eux sont persuadés d'avoir raison, dit Fleur d'un ton désenchanté à travers ses pleurs.
Elane se mordit la lèvre. Elle avait oublié que la plupart des questions les plus compliquées n'avaient pas de mauvaises réponses, elles n'avaient que des réponses que les gens ne voulaient pas entendre…
Un barrage se rompit soudain en elle, laissant couler des flots de colère. Elle se leva soudain et se mit à arpenter la pièce pour tenter de se calmer.
- Zut, j'aurais dû apporter du thé, dit Tonks.
- Je n'en ai pas besoin, dit Fleur avec un petit sourire affectueux.
- Moi si. Je suis furieuse.
Elane se rassit et retira ses chaussures, qu'elle posa à côté de celles de Fleur.
- Comment se fait-il que des gens que…qui… enfin que eux puissent dire des choses pareilles ?
Fleur soupira.
- Vous ne comprenez pas. Vous avez beau sortir un Veracrasse de l'endroit où il se trouve, le laver et le dresser à agir comme un chien, il restera toujours un Veracrasse, non ?
Elle enfouit son visage dans ses mains.
- Je suis désolée, dit-elle d'une voix étouffée. Je n'aurais pas dû dire cela.
Elane vint doucement s'asseoir à côté d'elle.
- Je crois que c'est nous qui ne comprenons pas. Certaines des personnes assises en bas…
Elle désigna le plancher de l'index.
- ..doivent, à l'heure qu'il est, être en train de se battre contre des préjugés qui étaient enterrés si profondément qu'ils ne savaient même pas qu'ils existaient. Bien des parents ont parlé à leurs enfants, sans penser à mal, de leur supériorité sur les géants, qui avaient besoin de sorciers pour les surveiller et les empêcher de s'entre-tuer, des êtres de l'eau, qui ont eux aussi besoin des sorciers pour défendre leurs intérêts… « Il est de notre devoir de les aider »… ce n'est pas facile pour eux…
- Mais c'est encore plus difficile pour Fleur, dit Tonks en venant s'asseoir de l'autre côté.
- Au moins elle peut avoir la satisfaction de savoir qu'elle est dans le vrai et pas eux.
Fleur tortilla les deux mouchoirs qu'elle tenait dans ses mains.
- Mais bien des gens ne sont pas ainsi, murmura-t-elle. Fred et George…le professeur Dumbledore… Maugrey et beaucoup d'autres…
- Maugrey crie sur les gens de manière totalement impartiale et sans le moindre préjugé, dit Tonks d'un ton emphatique.
Même Fleur sourit à cette remarque, mais elle secoua la tête.
- Il est différent. Et vous deux aussi.
- Je l'espère, dit Elane.
Fleur sourit réellement, de son sourire habituel, et soudain elle les serra toutes les deux contre elle.
- Merci, chuchota-t-elle.
Elles demeurèrent un long moment ainsi, avant que Fleur ne relâche doucement son étreinte.
- J'ai encore besoin d'un dernier conseil. Qu'est-ce que je fais à la prochaine réunion de l'Ordre ?
- Tu te caches derrière nous…
- Tu arrives en retard exprès et tu traverses toute la pièce pour aller t'asseoir sur la chaise la plus éloignée de la porte, afin de pouvoir lancer des regards hautains à tout le monde au passage…
- Tu les ignores royalement…
- Tu fais comme si il ne s'était rien passé, ce seront eux qui seront gênés…
Elles partirent toutes les trois dans un fou rire.
- Ouf, ça fait un bien fou, dit Tonks en redressant la tête.
Fleur se redressa à son tour.
- Je voudrais aller parler à Bill…
- Il est dans la chambre de Maugrey, avec Joachim, Charlie, Fred et George qui sont montés avec nous, la renseigna Elane.
- Merci, et merci …pour tout.
Lorsque elle fut sortie, Tonks s'appuya à l'oreiller. Aucune des deux ne parla pendant un moment. Elane repensait à un autre moment… Tonks sut immédiatement à quoi elle songeait. Elle eut un sourire nostalgique et demanda :
- Tu te souviens de cette nuit- cela semble remonter à il y a si longtemps-, cette nuit où nous avions tant parlé, et où j'ai dit…
- « Tu fais une telle histoire d'une chose si simple », compléta Elane.
- Quelque chose comme ça. Je me demande pourquoi tu ne m'as jeté un sort à ce moment…Si cela peut t'être d'une quelconque consolation, j'ai payé chèrement cette remarque stupide.
Elane se redressa légèrement pour pouvoir regarder Tonks dans les yeux.
- Cela ne m'est d'aucune consolation.
Elles échangèrent un sourire, mais ce sourire était doux-amer.
Note de Harry Potter : Par égard envers les personnes concernées, je n'ai ni publié ni même recherché à en savoir plus sur cette conversation. Je la connais dans les grandes lignes, mais je crois bien que nul n'a jamais su ce que Tonks et Elane ont pu se dire exactement cette nuit-là. Certains lecteurs vont peut-être s'interroger : pourquoi ne pas avoir alors coupé le récit de ce souvenir au moment où Fleur sortait de la pièce ? La réponse est : car des allusions à cette fameuse discussion reviendront, et que peu à peu vous en connaîtrez les grandes lignes. Je peux tout de même dire que cette conversation a dû avoir lieu environ quatre ans avant celle que je viens de relater, donc Tonks et Elane devaient avoir vingt ans environ et étaient par conséquent encore étudiantes.
Tonks joua distraitement avec une mèche de cheveux.
- Tu sais, quand on parle de soirées passées à discuter… on en a quand même un certain nombre à notre actif…
Une étincelle s'alluma dans le regard d'Elane.
- A chaque qu'on se retrouve…il y en a pour des heures…
- Tu te souviens de la fois où on avait parlé très tard devant la cheminée chez Maugrey… il était allé se coucher et nous avions rangé les tasses de thé…et on avait encore parlé après et…
Elle éclata de rire et Elane compléta sa phrase :
- Le lendemain, Maugrey nous a retrouvées endormies au salon !
Elles partirent toutes les deux d'un fou rire. Ce n'était pas un rire doux-amer, mais un vrai fou rire, comme ceux qui les prenaient parfois.
Dans la cuisine après la réunion Remus avait, aidé d'Hermione, Ginny, Ron et Harry, remis les chaises dans une configuration qui permettait la circulation dans la pièce, repoussé les bancs vers les tables et rangé les différents parchemins.
A présent, il venait de sortir de sa chambre où il avait été cherché sa bourse avec un peu d'argent et descendait l'escalier, sa cape sur le bras. Il n'avait pas l'intention de s'éterniser à l'extérieur, mais il était déjà tard et l'atmosphère allait sans nul doute encore fraîchir.
Il sortit sur le perron, encore dissimulé aux yeux des éventuels moldus par les sortilèges de protection et huma l'air du soir. Un subtil parfum d'été chatouilla ses narines, mélange d'herbe, de fleurs et de cette petite chose subtile qui faisait que c'était un air de vacances.
Du temps où il avait été à Poudlard, les périodes de l'année où il avait préféré sentir cette odeur avaient été Noël et Pâques, car alors il pouvait rester à Poudlard, profitant des avantages d'un château sans cours et avec moins d'élèves en compagnie de James et Sirius. Et Peter…
Il se concentra sur sa destination et transplana.
Wladeck soupira intérieurement en laissant lentement retomber ses mains du clavier. Il venait d'achever un morceau qu'il estimait sans vanité avoir exécuté avec succès, mais le seul effet que cela avait eu sur la salle était d'avoir fait monter le son des conversations. Seules deux jeunes femmes avec qui il avait discuté en début de soirée avaient donné un signe d'appréciation. Il leur rendit leur sourire. Autant se montrer gentil avec les seules personnes qui semblaient l'apprécier. Même si un des serveurs avait demandé d'un air entendu si c'était réellement la musique qui les intéressait à ce point, ou les bonnes manières du pianiste.
L'un des hauts responsables du restaurant s'approcha de lui et lui annonça qu'il pouvait faire une pause. Wladeck le remercia et se leva. Il n'aurait jamais imaginé qu'un jour il pourrait être content de pouvoir s'arrêter de jouer du piano…
Il esquissa intérieurement un sourire désabusé à cette réflexion tout en descendant de l'estrade. Il se dirigea vers le bar où l'un des serveurs lui proposa une coupe de champagne. En attendant que celle-ci arrive, Wladeck s'assit dans un fauteuil pour mieux voir l'assistance.
Perdu dans ses réflexions¸il ne s'aperçut de la présence d'une des deux jeunes femmes à qui il avait souri que lorsqu'elle se fut assise en face de lui. Les minuscules paillettes qui parsemaient sa robe de soirée couleur amande scintillèrent un bref instant aux lueurs des lumières.
- Vous avez un moment ?demanda-t-elle poliment.
Il acquiesça et décroisant ses jambes, il se redressa légèrement dans son fauteuil.
- Je ne me serais pas permis de venir vous déranger, mais…
Il fit ce qu'elle attendait de lui, à savoir l'assurer qu'elle ne la dérangeait pas du tout.
-… mais j'ai tant apprécié vos interprétations, tout à l'heure…
- Merci.
Le silence retomba entre eux. Le serveur lui apporta sa coupe de champagne, et Wladeck la tendit à la jeune femme avant d'en commenter une autre pour lui-même. Etant le pianiste de l'établissement, ses consommations étaient gratuites. A condition bien entendu qu'il reste dans la limite du raisonnable.
-Très jolie valse, fit-il observer.
- C'est vrai. Vous voulez danser ?
Un homme célibataire n'avait pas le droit de refuser une invitation d'une femme.
- Je veux bien.
Il se leva et lui tendit une main pour l'aider à se mettre debout avant de lui offrir son bras. Danser l'aiderait à faire passer le temps en attendant que cette soirée assommante ne se termine enfin.
Assise sur une chaise dans la chambre de Maugrey, Elane jeta un coup d'œil à Charlie, Tonks, Joachim, Fred et George qui s'y trouvaient, savourant le plaisir de leur présence et se réjouissant par avance de la lecture de la lettre de sa cousine. Elle ouvrit l'enveloppe et déplia le parchemin.
Lettre de Mathilde à Elane :
Je vais essayer de dire dans cette lettre tout ce dont je voudrais parler de vive voix avec toi. Tu nous manques à tous. Des mots bien plats pour un sentiment aussi fort. Je voudrais me confier à toi, mais certaines choses ne peuvent malheureusement être exprimées par courrier.
Je t'écris alors que nous (mon frère, ma sœur et moi-même) nous trouvons dans ta maison. Je sais bien que ce n'est pas uniquement TA maison, mais… c'est l'expression la plus proche de la réalité que j'ai pu trouvé. De plus, j'occupe ta chambre et même si tu es partie, d'une certaine façon tu es encore ici. Je t'assure, ta chambre est imprégnée de ta personnalité, et plus encore, des souvenirs des peines et des chagrins, des fous rires que nous y avons partagés.
Elane redressa un instant les yeux. Qu'avait donc sa cousine pour être si sentimentale lorsqu'elle avait écrit cette lettre ? Elle-même était très émue. Assise à des milliers de kilomètres de Mathilde, il lui semblait entendre sa voix alors qu'elle lisait.
Mais assez de nostalgie. Voyons, de quoi pourrais-je te parler ? Mon frère vient de s'asseoir sur le canapé en face de moi. Il a déniché une aiguille et du fil et va probablement passer l'heure qui suit à s'escrimer à recoudre quelques boutons de ses chemises, en marmonnant des jurons entre ses dents.
Elane sourit à cette évocation. Elle les imaginait très bien, tous installés au salon dans la quiétude du soir.
Et comme à chaque fois, il va se piquer et bondir brutalement en agitant sa main et en rugissant des imprécations contre les travaux d'aiguilles. Et comme à chaque fois, nous allons éclater de rire en nous moquant de lui. Comme à chaque fois, cela va l'énerver encore davantage. Mais sais-tu ce qui ne sera pas comme à chaque fois ?Il va nous invectiver en nous disant que si tu avais été là, tu lui aurais pris depuis longtemps l'aiguille et la chemise des mains et aurais commencé à recoudre le bouton à sa place.
Et en plus, il aura probablement raison…
Elane s'interrompit et avala sa salive avec difficultés. Elle se sentait au bord des larmes. Mais pourquoi une simple lettre pouvait-elle l'émouvoir à ce point ? Elle qui parvenait si bien à ne rien laisser paraître de ses troubles d'ordinaire était tout près de pleurer devant Maugrey, Joachim, Fred et George, Tonks et Charlie.
Ta cousine Camille, qui se trouve être (hélas ?) également ma sœur, vient de rentrer en compagnie de Térésa. Dès qu'elles ont passé le seuil de la porte, elles ont laissé leurs traits se détendre en une expression éreintée… Je suppose qu'elles ont eu une longue et éprouvante journée…Mais je suppose que les tiennes sont tout aussi dures, aussi ne vais-je pas les assombrir encore davantage avec des considérations de ce type. J'essaie de trouver un autre sujet.
Je pourrais te raconter comment hier soir, Christie avait décidé de tester une nouvelle recette de gâteau. Christie testant une nouvelle recette, tu imagines ce que cela peut donner ? Elle a manqué mettre le feu à la cuisine ! Oui, j'aurais des tas de petites anecdotes de ce genre à te rapporter, mais par courrier, ce n'est plus aussi drôle. Ensembles, nous en ririons aux larmes, et tu pourrais aussi me raconter tes journées, mais là… Tu es en droit de me reprocher la morosité de ma correspondance. Heureusement, ceci sera bientôt résolu. Embrasse Tonks de ma part, et W…
Là, un mot était raturé de telle façon qu'il soit strictement impossible à Elane de deviner les lettres tracées sous les ratures. Seule la première lettre apparaissait encore un peu. Quoi qu'elle ait écrit, Mathilde l'avait remplacé par :
… et tout le monde. Je ne te ferai pas la liste, ce serait peut-être trop long…
Curieusement, Elane avait l'impression que ce n'était pas pour cette raison que sa cousine avait rayé ce mot.
…alors je t'embrasse, toi. Tu as droit aux bises de tous ceux qui sont actuellement au salon avec moi, ainsi que celles de ceux qui sont à l'étage ! Tout le monde te serre dans ses bras, et mon cher frère vient de se piquer le doigt.
Avec toute mon affection (ce qui est bien peu à écrire !),
Mathilde.
Elane redressa sa tête et croisa le regard de Tonks, à qui elle sourit. Elle replia soigneusement la lettre et la rangea dans sa poche, pour la relire plus tard.
Remus retira sa cape d'un geste las avant de se laisser tomber sur une chaise à une table pour deux, dans un coin du bar. Il célébrait un bien triste anniversaire, ce soir-là… Il était sorti pour effectuer la course qu'il avait à faire, mais éprouvait le besoin de rester un peu seul avec ses idées noires. Il ne se sentait pas le courage de retourner immédiatement au Square Grimmaurd, aussi lorsqu'il avait avisé l'enseigne, il avait décidé de s'offrir un verre de Bièreaubeurre.
Il ferma les yeux en se laissant aller en arrière sur sa chaise, en attendant que sa commande arrive. Il laissa ses pensées dériver vers cette nuit-là…
Une lune haute et claire dans le ciel, quelques rares nuages… Un bruit de pas derrière lui… Soudain tout s'accélère… Il hurle de peur et se met à courir… La cadence des pas derrière lui s'intensifie, faisant écho aux battements de son cœur… Il accélère encore … L'autre également…Soudain, il se sent accroché par le pied à quelque chose…Il tombe… C'était une racine… Il hurle à nouveau… Des pas de plus en plus proches, des yeux fous que l'on voit briller à la lumière de la lune et qui semblent tenter de rejeter quelque chose… Un éclair doré… une fine chaîne d'or ouvragé retenant une croix celtique…
-Monsieur ? Monsieur…
Remus sursaute et tourne un regard hagard vers le jeune serveur qui l'observe d'un air soucieux.
-Tout va bien, monsieur ? répète-t-il.
- Heu…oui. Oui… je m'étais simplement laissé aller à rêvasser, s'excuse Remus.
- C'est bien compréhensible…
Le serveur lui tend sa chope et s'en va.
Tout en continuant à jouer, Wladeck baissa les yeux vers le serveur qui était venu lui parler.
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il à voix basse, en se penchant légèrement sur le côté.
- Quelqu'un qui voudrait vous parler…là-bas.
Wladeck reporta un moment son attention sur son clavier, le temps d'exécuter un passage particulièrement difficile, avant de tourner son regard dans la direction indiquée. Il dut lutter un bref instant pour que son visage conserve son expression habituelle.
La haute silhouette, le regard brun et vif, l'assurance tranquille qui se dégageait de tout son être… Roberto Szpilmann était assis à une table. Wladeck hésita puis jeta un regard à la partition. S'il s'y prenait correctement... il y avait un endroit où il pourrait improviser une fin prématurée au morceau qu'il était en train de jouer. Il eut un instant quelques scrupules, mais de toute façon personne ne faisait attention à lui. Il exécuta une cascade rapide de note vers l'aigu, avant de plaquer un accord final.
Il se leva aussitôt et se dirigea vers la table où son frère était assis.
-Comment se fait-il que tu sois ici ?demanda-t-il en italien.
Le visage de Roberto s'éclaira instantanément.
-Mais pour voir mon petit frère à l'œuvre, bien entendu !
Wladeck sourit mais haussa les sourcils.
- Uniquement pour cela ?
Roberto poussa un soupir.
- Trêve de plaisanterie… c'est loin d'être la raison première de ma présence. On m'a dit quelque chose…Je ne vais pas te le répéter ici et maintenant. Mais il faudrait à tout prix que je puisse en parler à quelqu'un…
Wladeck réfléchit rapidement.
- Tu es à Londres ?
- Oui...j'ai loué une chambre au Chaudron Baveur pour deux nuits, après je retourne en Ecosse…
- Je passe te voir demain en début d'après midi, on pourra en discuter dans ta chambre ou aller dans un endroit plus calme pour parler…
- Tu en connais un ? Un qui soit également … discret ? lui demanda Roberto.
- Je connais quelqu'un qui pourra m'arranger ça, sourit Wladeck.
A condition du moins qu'il puisse croiser Elane le lendemain… Le propriétaire vint lui demander s'il désirait prendre sa pause maintenant, ou s'il retournait jouer du piano. Wladeck choisit la première solution, et marmonnant un juron italien à l'intention de son frère, il se leva.
Un homme à l'air triste et fatigué demanda d'une voix lente à Remus s'il pouvait s'asseoir à côté de lui. Celui-ci acquiesça et retourna à l'examen approfondi de ses souvenirs. Au bout d'un moment il jeta un coup d'œil à son vis-à-vis.
Il gardait ses yeux cernés baissés sur le bois de la table, et semblait absorbé dans de tristes souvenirs. On lui apporta également une chope de Bièreaubeurre, et il prit plusieurs gorgées sans sembler s'apercevoir que Remus l'observait discrètement. Ce dernier avait comme une impression de déjà-vu, un peu comme s'il avait rencontré cet homme il y avait des années et l'avait oublié depuis. Il dit soudain de sa voix lasse et lente :
- Vous ne partirez pas si je vous raconte un souvenir pas très heureux ?
Remus fit non.
- Cela s'est passé il y a bien des années, à la même date…
Intérieurement, Remus se sentit tressaillir. Il n'était apparemment pas le seul à se souvenir d'un certain soir d'été… L'homme fit signe au serveur d'apporter deux autres chopes de Bièreaubeurre.
- Ce que je vais vous avouer risque de vous choquer…je suis un loup-garou.
Remus ne répondit rien. A cette date-là, justement… et un loup-garou… il y avait décidément des coïncidences bien étranges …
- Il faisait nuit…la lune s'était levée. La pleine lune, évidemment…Dans cette région de l'Angleterre, c'était beau à observer, la lune en été…
Remus se sentit faiblir. Lui aussi avait aimé la lune…avant. Pour lui aussi, elle avait été belle…
- Mais moi, je ne pouvais évidemment pas l'admirer ce soir-là…Je m'étais transformé… mais malheureusement j'étais près, enfin trop près pour un loup-garou, d'une maison de sorcier… Et il y avait un petit garçon qui vivait dans cette maison…
Remus sentit un grand froid l'envahir. Il ne voulait pas connaître la suite… Etait-ce une coïncidence, ou un rêve éveillé ?
- Et apparemment, lui aimait la lune, lui aussi aimait la lune… Il était dehors ce soir-là…
L'homme se pencha doucement pour saisir les deux chopes que leur tendait le serveur, et Remus vit briller un éclat d'or dans le col de sa chemise…Il cligna des yeux pour mieux voir…La fine chaîne ouvragée glissa du col de la chemise…
Remus se rejeta brutalement en arrière. Une croix celtique était retenue par la chaîne…Il déglutit brutalement. Ce n'était pas une coïncidence…Ce ne pouvait pas être une coïncidence…
-Je vous laisse imaginer…la forêt...il a peur… Moi sous mon apparence de loup… Je me mets à courir…
Remus connaissait la suite. Le petit garçon qui se met également à courir…Mais il tombe, retenu par une racine…et il hurle…
- Je ne me le suis jamais pardonné, termina l'homme, une tristesse infinie dans sa voix. Si j'avais été plus prudent…si j'avais fait plus attention…
Remus avala une grande gorgée. Le liquide chaud qui coula dans sa gorge ne fit que lui faire prendre davantage conscience du froid au fond de lui…
- J'aurais tant aimé le revoir… pour lui dire que j'étais sincèrement désolé… que je voulais qu'il m'excuse… et lui dire aussi qu'avec le temps il finirait peut-être par me pardonner…
Remus avait la gorge nouée.
- Peut-être vous a-t-il déjà pardonné…murmura-t-il.
Il remit sa cape d'une main tremblante.
- Adieu, souffla-t-il.
Il sortit aussi vite qu'il le peut, et une fois dans la rue il se retourna une dernière fois pour voir la silhouette de l'homme resté seul avec cette tristesse infinie.
- Ne vous inquiétez pas pour le petit garçon, murmura-t-il. On lui a fait pire depuis…
Je vous présente mes excuses : je sais que cela va faire plus d'un mois ( au bas mot ) que je n'ai plus posté, mais j'avais des problèmes avec ma connexion et puis aussi…j'ai eu beaucoup de mal à me décider à écrire la scène avec Remus…C'était une des premières que je m'étais promis d'insérer dans ma fic, et depuis le temps je l'avais presque mot pour mot dans la tête, mais j'avais peur qu'en l'écrivant elle ne soit plus … aussi bien qu'elle ne me le semblait… J'espère que vous apprécierez mes efforts…
