L'innocence arrachée, une âme empoisonnée
Chapitre 22
Ça faisait une éternité que l'on conduisait. Sans blague.
- On arrive dans environ quinze minutes, mes belles. Tu devrais essayer de calmer ton amie, mon amour. On dirait qu'elle va s'évanouir.
Un spasme me parcourut. Ça ressemblait à un sursaut, mais ce n'était pas tout à fait ça. À chaque fois qu'il me parlait, que j'entendais sa voix, j'avais la même réaction. Ça se rapprochait d'un tremblement soudain. Mais peu importe à quel point j'avais peur, l'état d'Alice était bien pire. Elle semblait ailleurs. Ses yeux fixaient le dossier devant elle. Je ne sus percevoir ses pupilles bouger tant elle était immobile. Glacée.
Elle était sous le choque.
Je pris une profonde inspiration, espérant diminuer le stress qui m'envahissait.
Aucune chance, puisque le fou qui conduisait me parla.
- Je dis ça pour vous. Je ne crois pas que tu désire que je la touche, arrivée à destination. Si elle n'est pas capable de bouger, c'est moi qui la transporterai.
Un nouveau spasme. Terreur.
Nouvelle inspiration.
- Je peux la porter moi même, tranchai-je.
Ma voix ne sortit pas comme je le voulais. Un couinement la décrirait bien. Je voulais avoir l'air forte.
Il n'allait pas contrôler ma vie. Il n'allait pas me faire faire quelque chose que je ne voulais pas.
Le monstre se manifesta à nouveau, me faisant frisonner de plus belle.
- Comme tu veux. Mais tu as l'air sur le choque, toi aussi. Tu devrais te reposer, ma Bella.
Je ne suis pas ta Bella.
J'avais envie de le crier. J'avais besoin de le dire.
- Alice... ? murmurai-je tout bas.
Lorsque je n'eus aucune réponse, je m'en voulus. Drake l'avait enlevée.
- Alice, dis-je avec plus de conviction.
Lentement, elle tourna la tête vers moi. Mon coeur se serra en voyant ses grand yeux bruns briller de peur.
Je suis tellement désolée, aurais-je voulue lui dire.
Mais les mots me manquaient. Qu'est-ce que je pouvais faire pour l'aider ? Pour que mon amie survive à cette sensation d'être emprisonnée.
Je soufflai douloureusement en retenant mes propres larmes.
Dit quelque chose, n'importe quoi. Merde, Bella. Fait un effort.
Elle fut plus rapide que moi.
- C'est qui, lui ? demanda la voix d'Alice. Je frissonnai en entendant la peur mélangée à la haine dans sa voix.
Une haine qui m'était destinée. Une haine qui était compréhensible. Une haine que je partageais.
- C'est, c'est... c'est... Drake. Drake est, était...
- Ton copain, c'est ça ? Pourquoi est-ce que je ne suis pas surprise qu'une folle comme toi attire les psychopathes ?
- En effet, nous coupa-t-il, j'étais son petit ami. Et j'espère le redevenir, chuchota-t-il pour lui même en me regardant dans le rétroviseur.
Je soutins son regard bleu. Il était quasiment amical. Il aurait presque pu paraître honnête. S'il n'était pas envahit par la folie.
Un ricanement amer me réveilla.
- Vous allez bien ensemble, alors. Deux fous. Merveilleux. Tu aurais dû rester avec lui au lieu de me voler mon frère.
Ce fut comme un coup de poing. Ce qu'elle venait de me dire avait fait mal. Le regard de... lui changea aussi et j'eus envie de rigoler. Amusant comme nos humeurs changeaient en même temps.
J'avais perdu une alliée. Alice me détestait. C'était clair et précis.
- Bon, fermez-là. Il ne reste que cinq minutes de route.
Parfait, pensai-je sarcastiquement en me frictionnant les bras. J'avais froid. J'étouffais, aussi. Ça ne servait à rien d'inspirer. Je perdais mon air aussitôt. Pense à autre chose, Bella. Je passai une main dans mes cheveux mais quelques mèches retombèrent devant mes yeux. Je ramenai lentement mes jambes contre ma poitrine, sentant un nouveau poids contre mon coeur. C'était la pire des sensation. On aurait dit qu'on le tordait sans remord. Je sentis les larmes monter dans mes yeux, glissant telle deux rivières contre mes joues. Un soufflement tremblotant m'échappa, me donnant une allure faible.
- Tu dois rester forte, Bella, murmura Leyna.
- Qu'est-ce que je dois faire, lui demandai-je faiblement, les lèvres mouvant difficilement.
Je remarquai à peine la tête d'Alice et de Drake se tourner dans ma direction, l'étonnement dans leurs regard. Je me contentai de demander de l'aide.
J'en avais besoin.
- Fait ce qu'il y a de mieux. Obéis, s'il le faut. Survit, Bella. Tu ne peux pas baisser les bras. Et n'oublie pas que je suis avec toi. Même si je ne te parle pas tout le temps, je suis constamment à tes côtés.
- J'ai peur, me plaignis-je, oubliant les regards interrogateurs.
- Tu ne devrais pas avoir peur, ma chérie. Je ne te veux aucun mal. À toi non plus, Alice. Tout ira bien, vous verrez, dit le monstre d'une voix qui se voulait douce.
Elle sonnait dans mes oreilles, hideuse. Répugnante.
Je posai ma tête contre la vite, le noir de celle-ci me remplissant d'amertume. J'aurais aimé contempler le paysage tandis qu'il défilait. Je sentis une boule se former dans ma gorge. De son côté, Alice paniquait toujours. Elle regardait autour d'elle comme un chien perdu, cherchant une issue. Des pensées amers me vinrent à l'esprit. Tu es finie, Alice. Pas de chance. Durant la dernière année, j'avais réussie à me forger une carapace de fer. Je suis rendue une de ces personnes qui ne sourit à peine, qui cherche à oublier son passé. Le monde me voyait comme une âme perdue. J'étais souvent sarcastique. Acide. Sans émotion. J'étais avide de contrôle. Je désirais contrôler mes émotions. Tant de moments perdus à essayer de ressembler à autre chose qu'une fille détruite. Et voilà que tous ces efforts étaient démolis en poussière. J'étais morte à l'intérieur et je n'avais rien vu. Alice ne survivrait pas à l'angoisse permanente. Tant de peur ressentie, toute la nervosité inoubliable, les remords qui me rongeaient tranquillement... tout ça, j'allais le revivre.
- Encore et encore, murmurai-je en me tournant vers Alice.
Cette dernière me fixait sans émotion. Son regard éloigné me fit souffrir. Je lui fit un sourire.
Durant une bonne partie de ma vie, j'ai du prétendre. Pourquoi arrêter maintenant ?
- Tu vas voir, ça va bien aller...
Elle me foudroya du regard. J'ai encaissé.
Tout d'un coup, la voiture cessa d'avancer.
- On est arrivés, s'exclama Drake en souriant, le jeu peu enfin commencer.
Je haussai les épaules.
- ... ou pas, finis-je par déclarer.
Je ne me suis jamais autant détesté.
PDV Edward
- Où est-ce qu'elle peut bien être, putain ? angoissa Jasper en faisant les cent pas.
J'étais pareille. Ça faisait une éternité qu'on la cherchait et toujours aucune nouvelle. On avait essayé de la joindre sur son cellulaire, sans grand succès.
- On peut aller regarder à l'extérieur, Bella est là. Peut-être qu'Alice est sortie et qu'elles se sont mises à parler. Tu connais les filles.
Il me regarda, ne me croyant à peine.
- Elles se disaient des insultes, il y a quelques heures. Ça n'aurait aucun sens.
Je soupirai et le regardai légèrement de travers. Qu'est-ce qu'il croyait, que je ne me souciais pas d'elle ?
- Jazz, je suis aussi inquiet que toi. C'est ma soeur. Alors ça vaut la peine d'essayer.
Je vis ses épaules s'apaiser légèrement et je me détendis aussi. Jasper avait cet effet là sur les autres. Il était calme, nous l'étions aussi. Il angoisse, j'angoisse. En ce moment, l'angoisse était à son comble. Nerveux, nous avançâmes à grands pas dans les couloirs de l'école. Ça vous est déjà arrivé d'avoir un mauvais pressentiment ? Je chassai cette pensée de mon esprit, gardant mes idées positives le plus possible. Le son de nos pas contre le plancher était le seul indice de notre présence. Nos têtes, par contre, étaient ailleurs. Nous sortîmes hâtivement de l'établissement, franchissant la porte avec nervosité.
Et c'est la que je la vis.
La sacoche de Bella. Sur sa voiture.
Sans Bella.
- Mais elle est où, Bella ? Tu avais dit qu'elle serait là, désespéra-t-il.
Il n'avait aucune idée de ce qui me tracassait. Il s'en foutait complètement du sac à main sur la Charger. Ce qui l'importait, c'était Alice.
Moi, c'était Bella et ma soeur.
- Bella a peut-être trouvé ça trop long. Elle a perdu patience. Elle est partie. Alice est sûrement partie ! À la maison, non ? Elle était épuisée et elle est tout simplement partie. C'est tout, marmonnai-je en bégayant.
Jasper se retourna vivement vers moi. Je fus étonné par sa colère. Il balança violemment son sac sur le sol. Je sursautai à chaque pas qu'il fit vers moi. Lorsqu'il fut juste devant mon visage, je baissai les yeux.
Faible, pensai-je amèrement.
- Ne viens pas me dire qu'elle est rentrée ! On sait tous les deux que quelque chose d'étrange s'est produit ! Tu ne comprends pas ! Alice... c'est l'amour de ma vie. Tu sais très bien qu'elle n'est plus là. Je ne sais pas où... mais tu le sens, comme moi. Et Bella ? Tu ne trouve pas ça suspect de voir son sac à main sur sa voiture ? Au contraire de ce que tu dois penser, je m'inquiète aussi pour Bella. Je ne la considère pas tout à fait comme une soeur, mais c'est mon amie ! Et elle aussi, on dirait qu'elle a disparut. Alors arrête d'essayer de faire comme si tout allait bien ! cracha t-il, le dernier mot sortant de sa bouche comme une insulte.
Je soufflai un bon coup, remerciant le vent qui me donna un minimum d'air. J'avais chaud.
- Et tu crois que je ne m'inquiète pas ? Je n'ai plus rien à part ces deux personnes. Je me retrouve seul au monde si elles sont réellement disparues. Et tu sais quoi ? Je ne suis pas certain de savoir vivre sans elles. Et voilà que je me remets à parler comme une fille...
Jusqu'à quel point pouvais-je être pathétique ?
Jasper se calma tout en soupirant. Une lumière changea dans son regard.
Détermination.
- Alors tu peux me dire pourquoi nous sommes toujours ici à se morfondre sur notre sort ? On doit faire tout ce qui est en notre possible pour les retrouver. Tout.
Je me redressai et, me ressaisissant, cogna mon poing contre le siens.
Il avait raison.
PDV Bella
- Nous devons mettre quelques choses au clair. Je ne vous ferai aucun mal tant que vous n'essayez pas de vous enfuir. Compris ?
Alice acquiesça. Je me contentai de marcher à ses côtés tandis que Drake nous faisait visiter notre nouvelle maison, comme il aimait l'appeler. Je restais impassible. Je ne voulais pas montrer qu'au fond, je paniquais. S'il le désirait, il pourrait le voir dans mes yeux. Remarquer à quel point mon coeur battait rapidement. Et puis de toute façon, ce n'était pas une maison. Ça ressemblait à un vieux studio de danse. Il y avait des miroirs partout, ça en était presque effrayant. Moi qui n'aimais pas voir mon reflet, j'étais au mauvais endroit. Mais cet endroit me rappelait quelque chose. J'étais certaine y avoir déjà été. Je connaissais ce vieux plancher de bois. D'où ? J'en sais rien. Mais je l'avais déjà vu. Je l'avais piétiné dans le passé. Et je ne pouvais pas savoir où nous étions puisque Drake nous avait bandé les yeux avant de rentrer dans le studio. La chance me laissait seule avec mes souvenirs.
Je soupirai tandis qu'il nous montra notre chambre. Une toute petite pièce séparée par un mince mur. Bonjour intimité.
- Pourquoi est-ce que je suis ici ? demanda Alice.
Je ne pensais pas qu'elle trouverait le courage de le demander. J'imagine que la période de questions commençait. Il y en avait toujours une, à un moment ou à un autre.
- Si ce n'était que de moi, tu ne serais pas ici, dit-il honnêtement, ce qui me surprit.
Désormais, je pouvais voir le mensonge dans son regard. J'ai appris à le faire. En ce moment, il disait la réalité.
Ce qui me faisait craindre la raison pour laquelle elle était ici.
- Si ce n'était que de toi ? Drake. Pourquoi elle est là ? Garde-moi, s'il le faut. Mais renvoie-là chez elle. Elle n'a pas besoin de ça, dis-je en m'adressant directement à lui pour la première fois depuis un long moment.
Il soupira en passant sa main à travers ses cheveux bruns. Je ressentis comme... de la mélancolie en me rappelant les moments où il était tout simplement... charmant.
Pas pour lui.
Pour Edward.
J'avais enfin trouvé quelqu'un de réellement charmant. Et le voilà à une éternité de moi. Déjà, il me manquait.
Drake finit par me répondre.
- Ce n'est pas de tes affaires, Bella. Tu as toujours été curieuse, murmura-t-il pour lui même. Mais je vais tout de même te répondre. En fait, quelqu'un désire la voir. Je ne suis plus seul, s'expliqua-t-il en haussant les épaules.
Ah oui, c'est clair.
Non.
Encore une fois, Alice me surprit. Elle avait plus de caractère qu'on pourrait le penser. Ce n'est pas parce qu'on est petite et joyeuse qu'on est inoffensive. Avec le temps, j'aurais dû le savoir. Encore une autre erreur de ma part.
- J'imagine que tu vas me sortir une espèce de phrase énigmatique du genre de "La patience est la clé" et qu'au moment où je m'en attend le moins, la personne concernée va apparaître et me dire un "Coucou, Alice, je suis heureux de te voir". Et puis là, là je vais paniquer et tu va bien rire de ma gueule, pas vrai ? C'est tellement cliché que tu dois adoré ça ! cria-t-elle, sa voix cristalline résonnant fortement dans la salle de danse.
L'écho de sa voix.
L'écho de son coeur.
L'écho de sa peur.
PDV Edward
- Je fais tout ce qui est dans mon possible, Edward ! Alors s'il-te-plait, calme-toi ! cria le chef Swan, sa moustache me défiant de rouspéter.
- Mais ça fait plusieurs heures qu'elles sont disparues ! Je ne peux pas rester là à ne rien faire !
Le père de Bella grogna en pinçant l'arrête de son nez.
- Fait ce que tu veux, mais tait-toi ! Tu ne m'aide pas, Cullen. C'est de ma fille qu'on parle. Tu crois que je ne m'inquiète pas ? J'ai très peur pour elle.
Je pris une profonde inspiration tout en m'approchant de Charlie. Je posai mes mains sur ses épaules. Je me baissai légèrement pour être à la même hauteur que lui.
Je le regardai dans les yeux.
- Je suis désolée, Charlie. Mais faites réellement tout votre possible. Retrouvez Bella. J'ai besoin de votre fille. J'ai... besoin de la voir. De la prendre dans mes bras. J'ai besoin d'elle pour survivre. J'ai besoin d'elle pour aimer.
PDV Bella
J'entendis une porte s'ouvrir. Je me retournai vivement, Alice en fit de même. J'eus le temps d'apercevoir le soleil intense.
Une personne entra.
Je savais qui c'était. Je savais trop qui c'était. Je détestais cette personne.
Alice encore plus.
- La patience est la clé, marmonna Drake.
Sa voix résonna.
- Coucou Alice. Je suis heureux de te voir. Je peux avoir une danse ? Après tout, je ne t'ai pas payer des cours pour rien, lorsque tu étais petite.
Sa voix résonna.
Bon bon bon. Je crois que vous comprenez que ça devient de plus en plus sérieux. Et c'est triste car ça ce voit que plus ça va, plus la fin arrive. Ça me rend triste et fière en même temps. :) Commentaires ? :O SVP :D J'adore savoir ce que vous en penser. Mais je suis triste :( J'ai l'impression que les commentaires diminuent de plus en plus. Est-ce que vous en avez assez de L'innocence arrachée, une âme empoisonnée ? :/ Je ne sais vraiment pas quoi penser. Mais peu importe les raisons, je finirai cette histoire. Ce sera ma première fiction écrite au complet À VIE. Magnifique, si vous voulez mon avis ! :D Bref. Merci beaucoup de me lire ! :) Vous êtes des amours :)
Med :)
