Chapitre 25 : Bats les masques
Je demeurais encore auprès d'Anna. Raiponce continuait de chanter sa berceuse et elle semblait bien inutile en de pareilles circonstances, l'état de ma cadette ne s'améliorant pas particulièrement. Elle la répétait depuis une bonne heure au moins. J'avais failli craquer et lui supplier d'arrêter mais je ne l'avais pas fait pour le bien d'Anna. Ma petite sœur avait besoin de calme pour guérir, mais la comptine, bien qu'agaçante semblait ralentir le maléfice ce qui m'empêchait d'exploser et hurler à ma cousine d'arrêter cette chanson insupportable ! Néanmoins, elle devenait de plus en plus blanche au fur et à mesure du temps qui passe. Je pensais amèrement que le sacrifice d'Olaf n'avait servi à rien. Si Anna arrivait à se rétablir je lui offrirais un nouveau bonhomme de neige en guise de cadeau enfin non, je trouverais un moyen de ressusciter notre merveilleux petit Olaf ! Malheureusement pour le moment ce n'était pas le cas. Pourquoi guérirait-elle d'ailleurs ? Le baiser d'amour de Kristoff n'ayant pas fonctionné ! Je sentais le découragement m'envahir et je tachais de le supprimer de mes pensées ! Bien sur qu'elle allait guérir ! Je ne savais pas encore comment ni même quand, mais Anna survivra il ne pouvait en être autrement ! Oui je me devais de rester optimiste ! Elle le serait ! Come elle l'a toujours été et l'est toujours pensais-je en la regardant m'esquisser un sourire malgré son état. J'observais par ailleurs mes compagnons d'infortune qui étaient obligés de subir les vocalises de Raiponce avec moi. Il y avait Flynn qui regardait sa femme avec une pointe de déception dans le regard. S'en voulait-il de lui avoir retiré ses pouvoirs ? Car oui même si Raiponce était encore dotée de sa magie elle n'était sans doute plus aussi puissante que lorsqu'elle avait encore ses cheveux longs supposais-je. A moins et connaissant le bandit c'était somme toute probable qu'il était en train de regretter d'avoir épousé une femme qui ne cessait de répéter inlassablement la même comptine agaçante. Kristoff se tenait également auprès de sa femme lui caressant la main comme si elle était déjà morte, marmonnant tout bas des paroles inaudibles. En agissant ainsi il pensait que je ne remarquerais pas qu'il était en train d'observer Viktor en cachette. Ce qui aurait pu être très drôle si la situation n'avait pas été aussi dramatique c'est que le fils adoptif des îles du Sud faisait exactement la même chose avec autant de discrétion que le livreur de glaces officiel. Les deux paraissaient s'affronter du regard comme deux frères qui rivalisent. Kristoff se voulait protecteur à mon égard sans doute, tout l'inverse d'Anna qui souhaitait me voir en couple avec la bagatelle de vingt sept princes et dignitaires depuis la disparition tragique de Karl, ce qui, même de sa part finissait par devenir très grossier !Quant à la reine Victoria, elle était assise sur une chaise et attendait le regard vide que quelque chose se passe. Le temps semblait s'être arrêté dans cette chambre spacieuse que ma sœur aimait tant, mais qui était désormais ni plus ni moins pour nous qu'une prison dorée où nous ne pouvions rien faire d'autre qu'attendre notre triste sort. Je tachais de détourner mon regard de Kristoff et Viktor qui continuaient de se tester pour me focaliser sur Victoria qui m'intriguait. Pour la première fois j'avais l'impression que sous sa capuche, son visage devait trahir l'anxiété qui la gagnait. On avait l'impression qu'elle était loin de cette pièce, loin de nous. Peut être vagabondait-elle déjà à son retour dans son palais des îles du Sud, où à la possible fin funeste qui nous attendait ? Elle me lorgnait songeuse et dévisageait également Viktor qui ne lui avait toujours pas adressé la parole, depuis mon arrivée en tout cas bien qu'il sache qu'il s'agissait de sa mère adoptive, celle pour qui il avait vécu pendant de longs mois cette vie d'aventurier. Sa mère qu'il recherchait depuis plusieurs mois était là juste devant lui, et il restait de marbre ! Pourquoi cette attitude ? Que n'aurais-je pas donné pour aller enlacer la mienne encore une fois si cela m'était possible...
Sortant aussitôt de mes pensées je m'approchais de la couche de ma sœur. Je ne sentais pas le froid qui devait l'envahir. Certes mes maudites menottes qui ne voulaient toujours pas se détruire m'empêchaient d'avoir un contact avec son visage mais de toute manière, jamais je ne l'avais jamais senti. Et même lorsqu'il faisait chaud j'étais privilégiée étant toujours à température ambiante. Je ne savais pas ce que ressentait Anna pour la deuxième fois…En fait si ! Cette sensation de froid me revînt tout à coup en tête ! Moi aussi j'avais eu le cœur gelé l'an passé ! Pensant qu'il s'agissait du maléfice de Grand Pabby les révélations de Gulba m'ont appris que la réponse était beaucoup plus complexe qu'il n'y paraissait. Cependant, la première fois, et pour mon propre cœur de glace j'étais fautive ! Mais cette fois, ce n'était pas de ma faute ! C'était Emma. Emma...
A cet instant mon cœur faillit se mit à battre plus fort. Le bruit de la poignée de la porte se fit entendre, mais le verrou résistait. Une odeur de brûlée me vint alors aux narines. Je sus immédiatement que c'était Emma qui était sans doute derrière cette porte. Emma ! Celle que j'avais aperçu me faire un clin d'œil quand on m'a enfermé ici ! Avais-je bien vu ? Ou alors étais-ce mon esprit qui cherchait à se persuader m'empêchant de voir une réalité dans laquelle Emma épouse le prince Hans ? Cette idée m'horripilait rien que d'y penser. La réponse ne se fit cependant pas attendre, je vis la poignée fondre sous l'effet de la chaleur et la porte commença à s'entrouvrir. Effectivement c'était bien elle, en robe de mariée, sublime, mais le regard désespérée... C'était assez étrange et paradoxal pour une jeune femme dont c'est censé être le plus beau jour de sa vie…à moins qu'il ne s'agisse connaissant le futur époux du pire !
Elle s'avança dans la pièce. J'observais rapidement ses mains. Elles étaient incandescentes. A mon avis elle devait être en pleine crise, semblant avoir perdu le contrôle de ses pouvoirs. Instinctivement, je reculais de quelques pas. J'espérais juste qu'elle n'avait pas mis le feu au château tout entier en faisant fondre cette serrure. La première pensée que j'eue, passé cet instant n'était pas du tout envers ma jumelle cependant. Je voyais la porte ouverte. La liberté ! J'avais envie de partir. D'aller régler mes comptes avec les fous qui avaient osé me défier ! Qu'importe ces menottes !
-Que fais-tu là ? Demanda alors surpris Kristoff, avec une pointe de reproche dans la voix.
Elle regarda Viktor et répondit d'une voix paniquée :
-Je suis venue vous aider.
-Toi ? Je croyais que tu te mariais. Répondit mon beau frère d'un ton de défiance malgré les propos de Gulba quelques minutes plus tôt.
-C'est la tenue qui t'a mis sur la piste ? Demanda-t-elle d'un ton ironique puis poursuivit déterminée : J'ai horreur que l'on me force la main ! Si je me marie je veux que cela soit par amour ! Et de toute manière ! Même si cela s'était fait ! Un bout de papier ne signifie rien ! Répondit-elle d'un ton que j'aurai aisément pu avoir dans mes colères les plus glaciales.
-Un bout de papier ? Demandais-je
-Oui…Qu'importe le papier ! Tu es bien placée pour le savoir n'est ce pas ? Rétorqua-t-elle déterminée.
Ainsi elle avait eu connaissance de l'acte qu'on voulait me faire signer ! Et que mon traitre d'oncle a proposé de rédiger et signer en mon nom. Si j'avais eu le caractère d'Anna j'aurais couru dans ses bras pour l'enlacer et lui dire que je l'aimais. Mais je n'étais pas ma sœur et je répondis simplement :
-Comme un acte royal d'abdication par exemple ?
-Exactement ? Tu as vraiment signé ce torchon ?
-Comment ? Mais non bien sur que non !
-Sache qu'ils en ont rédigé un pour toi et ils souhaitent le rendre officiel avec la signature du régent.
-Ils connaissent mal les lois du pays ! Il leur faut aussi un code royal que seul le monarque connait ! Ca n'est pas un petit régent usurpant son pouvoir par malice qui me volera mon trône ! Et Raiponce je te jure qu'une fois que cela sera terminé, je ferais renvoyer ton père à Coronna enchaîné à une galère !
Raiponce se contenta d'un hochement de tête, alors que le visage de ma jumelle se radoucit immédiatement en entendant cela mais elle ne répliqua rien, se contentant d'un léger sourire crispé et un hochement de tête. Finalement elle rétorqua :
-Nous n'avons pas beaucoup de temps, j'ai coincé Ludwig Hans et son dingue de père dans le grenier car la cérémonie avait lieu là-haut.
-Coincé ? Demandais-je
-La cérémonie dans un grenier ? Quel manque de savoir vivre ! Et après on dit que ce sont les voleurs qui ne savent pas se tenir, mais moi j'ai épousé la donzelle en grande pompe ! Fit Eugène d'un ton léger que ni Emma ni moi ne souhaitions relever nous contentant l'une comme l'autre de le fusiller du regard afin qu'il comprenne que nous avions une situation bien plus urgente à régler !
-Par un rideau en feu et la porte à demie-bloquée par une poutre, elle aussi un peu brulée.
-Tu as brulé mes rideaux ?! Demandais-je offusquée
-Excuse moi mais je ne pense pas ta majesté que quelques rideaux poussiéreux soient en ce moment ta priorité ! Me répondit-elle d'un ton quelque peu insolent comme aurait pu l'avoir Anna.
-Et en quel honneur portez-vous ma robe jeune fille ? Demanda alors Victoria qui jusqu'à présent était restée silencieuse.
-Je dois avouer, tu es sublime dans cette robe. Fis-je en détaillant le magnifique vêtement et m'imaginant pareillement vêtu en fixant ma jumelle comme si je fixais un miroir.
-C'est Hans qui me l'avait donné bafouilla-t-elle confuse.
La reine Victoria en fut surprise mais n'ajouta rien. Un sourire se montra même sur la partie inferieure de son visage, la seule qui ne fut pas cachée par sa capuche.
-Très bon choix en tout cas...Vous la portez magnifiquement bien ! Se contenta-t-elle de répondre, un léger tremblement dans la voix.
-Bon je ne voudrais pas paraître pressé, mais vous conviendrez que nous avons d'autre priorités que de complimenter la tenue magnifique qu'elle porte intervint Viktor : Mais si tu es là pour nous aider c'est le moment où jamais parce que je suppose qu'ils ne vont pas rester trop longtemps là-haut. Connaissant Hans, un rideau brulé ne va pas l'empêcher d'arriver !
-Tiens le petit prince vagabond a appris à répondre depuis notre collocation dans la forêt d'Arendelle ! Je suis heureuse de te revoir !
-Mi aussi Emma, mais de même les chaleureuses retrouvailles, même avec toi ne sont pas notre priorité je crois.
-Non tu as raison admit Emma se sentant à l'aise.
-Le plus dur ça va être de transporter Anna déclara Raiponce stoppant pour la seconde fois sa chanson.
-Kristoff et moi pourrions la prendre proposa Eugène.
-Hors de question de la transporter m'insurgeais-je ! Elle n'est pas en état ! Et de toute manière l'emmener pour aller où ? Il est inconcevable que je fuie mon royaume ! Père ne serait jamais parti face au danger ! Je suis la reine je ne laisse pas mon château ! Lançais-je d'un ton grandiloquent, fixant Emma qui avait certes changé d'opinion mais avait clairement supposé me prendre la couronne.
-Aucun de nous ne pense fuir. Tempéra Raiponce, nous devons nous mettre à l'abri c'est tout ce que nous avancions.
-Toi aussi ma cousine tu seras reine, et ce très vite une fois que j'en aurai terminé avec ton père, et quand tu le seras tu comprendras qu'il n'y a nul autre endroit où une reine doit se trouver que son château quand il est attaqué !
-Quand tu en auras fini avec mon père ? Que veux-tu dire ? Demanda ma cousine soudain paniquée.
-Quand je le verrais devant moi menottes les mains liées et que je prononcerais contre lui une sentence de bannissement ! Je suis la reine, pas une meurtrière moi.
Mais si Emma semblait accepter mes paroles, les pouvoir ne semblant finalement plus l'intéresser préférant il semblerait la découverte d'une famille, l'attitude de Victoria me surprit toujours davantage. Depuis l'intrusion de ma jumelle cette dernière semblait pensive. C'était étonnant surtout que c'était elle qui était venue quelques jours auparavant me mettre sur la piste d'Emma, et maintenant qu'elle nous voyait ainsi réunies, elle semblait le regretter. Certes nous n'avions pas d'effusions de bonheur, sans doute du fait de notre caractère réservé que nous avions en commun, mais aussi parce que les circonstances étaient particulièrement dramatiques, néanmoins cette attitude semblait suspecte, tout comme sa volonté d'avoir tant voulu préserver son identité au point de continuer à conserver sa capuche sur la tête m'empêchant de découvrir les traits du visage de la reine des Iles du Sud.
-Qu'avez-vous Victoria ? Demandais-je
-Rien du tout Elsa, je pensais simplement à vos paroles à propos de votre père…
-Oh je comprends, la comparaison avec votre époux sans doute ! Nous avons ici les opposés entre un bon et un mauvais monarque. Lançais-je me rendant compte après tout de la faute diplomatique que je venais de commettre, aussitôt je tentais de rectifier. Enfin je veux dire, pardonnez moi, mais les circonstances actuelles tendent à me rendre hostile vis-à-vis de votre patrie eu égard aux agissements de votre époux accompagné de votre plus jeune fils !
-C'est un peu plus compliqué que ça ma chère. Conclut Victoria avec son eternel ton énigmatique.
-Elsa nous n'avons pas beaucoup de temps ! Me coupa Emma avant d'ajouter. Je veux vous aider !
-Si tu as un plan je suis tout ouïe ! Repris-je oubliant quelques instants Victoria.
-J'en ai un ! Tu te débarrasses de ces chaines et avec ta permission je t'assisterais pour les raccompagner chez eux le plus rapidement possible, tant pis pour la diplomatie !
-J'y ai pensé évidemment, mais je n'arrive pas à m'en débarrasser ! Répondis-je en grommelant, continuant machinalement de me concentrer pour tenter de geler le métal qui ne voulait toujours pas se briser.
Emma ne répondit pas et m'entraina de quelques pas, nous tenant au plus près de la porte, nous éloignant ainsi des autres, je comprenais qu'elle souhaitait utiliser ses pouvoirs et protéger nos compagnons d'infortune. Elle me fixa alors, pour la première fois je pus regarder ma sœur jumelle dans les yeux, et comme elle, de petites larmes d'émotion perlaient de mes iris alors que je plongeais dans son regard mêlé de culpabilité, émotion et joie. Si j'avais un dernier doute, il venait de s'évanouir, c'était bien ma jumelle, je me voyais en elle. Nous n'avions même pas besoin de nous parler, le regard nous suffisait à communiquer alors qu'elle avait posé ses mains sur mes menottes, un léger picotement de chaleur me fit comprendre qu'elle tentait de les faire fondre mais le métal résistait. Je me souvenais alors des propos que Gulba nous avait lu à propos de Grand Pabby : Ensemble ! La réponse était là ! Oui nous étions bien les filles de la prophétie d'Yggdrasil, et nous voici à nouveau réunies, il nous fallait associer nos dons pour réaliser des prodiges. Je n'eus pas besoin de le dire à Emma, elle l'avait deviné dans mon regard, et j'avais l'instinct qu'elle m'invitait à associer nos pouvoirs d'un simple clignement des yeux alors qu'elle baissait le regard sur les menottes ce que, avec une étonnante symétrie je fis me concentrant pour geler le métal, imaginant la rencontre entre ma glace et les flammes de ma jumelle. Nous étions toutes les deux concentrées sur notre ouvrage, et dans la pièce un silence pesant venait de s'installer, même Raiponce ne chantait plus depuis quelques instants. Je supposais que tous nos compagnons étaient en train de nous fixer Emma et moi mais nous n'en avions que faire et seul des petits gazouillis de ma nièce se faisaient entendre ce qui, pour la première fois de la part de cette petite m'arracha un demi sourire, sans doute aidée par le sourire radieux d'Emma qui elle semblait sous le charme de ma nièce…de notre nièce ! Cela me détendit quelque peu, j'oubliais l'espace d'un instant ces maudites menottes, libérant mes pouvoirs et quelques instants plus tard Emma et moi sentîmes un souffle qui nous fit chacune reculer d'un pas. Je baissais alors mes yeux et vit à mes pieds les restes de métal à moitié fondu, à moitié gelés et mes mains enfin libre. Je bougeais mes doigts heureuse d'enfin pouvoir les mouvoir, faisant tomber quelques petits flocons de neige.
-Elsa, je pense qu'il y a suffisamment de neige dehors, pas la peine de nous offrir un supplément ici. Fit remarquer Eugène toujours prompt à la légèreté.
-Très spirituel Eugène !
-Je t'en prie, en tout cas il semble que cela plaise à ta nièce ! Me fit remarquer l'ancien bandit, qui m'indiquait la petite Emma, calée dans les bras de son père qui gazouillait visiblement ravie de voir les flocons.
Cela pour la seconde fois m'arracha un sourire qui s'effaçait aussitôt quand mon regard se posa sur ma cadette en souffrance, à cause de ce pouvoir de neige détenu par la petite et je m'empressais de détourner le regard fixant à nouveau à mes pieds les restes de métal. Puis, je relevais les yeux dévisageant Emma, restée silencieuse, comme attendant avec une certaine angoisse ma réaction, et, encore une fois avec un étonnant mimétisme nous sourîmes en même temps, avançant l'une vers l'autre et nous nous tombions dans les bras. Nous étions toujours au devant de la porte, quelque peu éloigné des autres qui ne s'étaient pas approchés, nous laissant toute deux savourer ce moment de retrouvailles. Pour la première fois, je pouvais prendre ma sœur jumelle dans mes bras. Aucune de nous ne parlait, mais je sentais en mon fort intérieur que nos âmes étaient synchronisées, une seule façon de l'expliquer ! L'amour fraternel était si évident entre nous ! Par cette étreinte, j'avais la sensation de tout oublier. Oublier le fait qu'elle et moi avions été séparées pendant des années. Oublier le fait qu'elle avait conspiré contre moi avant de découvrir qui elle était réellement. Il n'y avait qu'elle et moi…et Anna !
Je plongeais à nouveau mon regard dans le sien, je crus l'entendre commencer une phrase, mais elle ne put la terminer que la porte derrière elle dont elle avait fait fondre la serrure s'ouvrit brusquement la heurtant violemment dans le dos et nous projetant elle et moi au sol. Je n'eus pas le temps de bien comprendre les événements, étant à terre, je voyais plusieurs paires de jambes entrer à la hâte dans la pièce, me relevant je sentis la colère monter en apercevant le visage de Hans qui entrait en dernier d'un pas nonchalant dans la pièce.
-Vous ! Fis-je d'une voix forte ! Jamais vous n'auriez dû avoir la folie de reparaitre devant moi ! Lançais-je commençant à lever les mains, prête à le neutraliser dans ma glace.
-Oh je ne ferais rien si j'étais vous. Se contenta-t-il de répondre désignant du doigt le lit de ma sœur, qu'un homme en arme menaçait, couteau sous la gorge.
-Etes-vous à ce point lâche pour attaquer une femme souffrante et sans défense lançais-je outrée, prête à geler ce paon des Iles du Sud.
-Ce n'est pas elle qui est visée ma chère, votre greluche de sœur m'est totalement indifférente, mais s'il me faut la sacrifier pour débarrasser ce monde d'une sorcière comme vous c'est un sacrifice que je suis prêt à ordonner. Lança le prince avec désinvolture
-Monstre, tu penses que je vais te laisser faire ça ! Vociféra Emma
-On se calme le volcan ambulant ! Car c'est aussi valable pour toi !
-Dire que pendant quelques instants j'ai pensé que tu m'aimais !
-C'est la preuve que la crédulité est génétique chez vous !
-Je vais te faire regretter ton impertinence, tu vas effacer ce sourire ! Menaça Emma
-Dernier avertissement ! Se contenta-t-il de répondre faisant un signe à l'homme de main, qui approcha un peu plus sa lame de la gorge d'Anna qui était bien trop faible pour répondre, et aucun de nos compagnons, menacés eux aussi ne pouvaient intervenir.
-Laissez là ! Hurlais-je en baissant les bras, supportant difficilement le sourire satisfait de Hans alors que son homme de main relâchait quelque peu sa menace.
-Sorcière…mais au fond faible et inapte !
-Encore vous ! La suffisance est génétique chez vous en tout cas ! Lançais-je à la personne encapuchonnée
-Et plus encore que vous ne le pensez ! Répliqua-t-il d'un ton narquois et poursuivit : Rassurez-vous ma mignonne nous n'aurons plus à nous côtoyer très longtemps. Bien maintenant que nous sommes ici, reprenons-nous là où nous étions arrêtés ? Ou alors la reine souhaite-t-elle signer de sa main son arrêt de mort ? En guise de dernier acte officiel ?
-Comment ?!
-Elle ne vous a pas dit ? Oh je ne pensais pas votre sœur si cruelle ! Elle est venue ici pour vous annoncer qu'elle venait de vous condamner à mort après avoir été nommée reine. Nous nous sommes chargés de votre abdication vous vous souvenez. Et votre sœur fraichement nommée reine par nos soins la approuvée.
-C'est faux Elsa ! Je n'ai pas accepté une telle ineptie ! Je n'ai… Emma qui s'insurgeait sur les propos odieux de la personne encapuchonnée ne put terminer sa phrase que la personne encapuchonnée s'était rué vers elle lui tenant fermement le bras.
-Décidément mademoiselle vous avez décidé de me contrarier aujourd'hui mais je suis fatigué de supporter vos humeurs !
Ce personnage fou joignit le geste à la parole, tenant fermement les bras de ma jumelle incapable de réagir et sortit un couteau d'un des pans de sa cape pour la placer sous la gorge d'Emma qui semblait tétanisée alors que je regardais impuissante ce psychopathe menacer ma jumelle, même Hans ne semblait pas en mener large face à un tel sang froid dans le crime, c'est alors que je vis telle une furie surgir Victoria qui empoigna la personne encapuchonnée le forçant à lâcher Emma et le gifla vigoureusement.
-Hors de question que tu touches à un seul cheveu de ma fille ! Lança-t-elle d'une voix forte, alors que le roi fou encaissait le choc, mais paraissait étonnamment calme.
-Ta fille ? S'exclama Viktor qui réagit instantanément.
J'étais trop estomaquée pour réagir, à la fois par cette réaction de cette mystérieuse Victoria mais aussi par la phrase qu'elle venait de lancer. Ca n'était pas possible je devais avoir mal entendu mais pourtant Viktor avait apparemment entendu la même chose que moi alors que la reine se décida enfin d'enlever sa capuche, laissant enfin apparaître pleinement son visage, me permettant de me rendre compte qu'elle avait le même regard qu'Emma et moi, mais aussi la même chevelure blonde.
-Tu m'as déjà pris mes filles à leur naissance ! Hors de question que tu recommences en les menaçant aujourd'hui.
-Oh, alors on joue désormais à visage découvert…Ravi de vous revoir ma mie. Fit le roi des Iles du Sud sans se décontenancer, pas même spécialement surpris de faire face à son épouse.
-Victoria quelle est cette histoire ?! M'insurgeais-je, partagée entre un sentiment de gratitude envers celle-ci qui s'était interposé entre ce fou et ma sœur jumelle et scandalisée du manque de respect qu'elle avait envers ma défunte mère en se présentant ainsi !
-Dites lui Quentin ! Ayez au moins la décence de reconnaître le monstre que vous êtes ! Répliqua au roi des Iles du Sud Victoria pour toute réponse.
-Père, comment pouvez-vous la laisser ainsi porter de telles allégations sur vous. Demanda Hans qui lui aussi semblait troublé de ces déclarations.
Ce psychopathe qui restait de marbre face à ces allégations restait au contraire de la salle étonnamment calme, il fit un petit soupire de satisfaction décidant lui aussi de montrer son visage. Et c'est avec fort peu de joie que je pus à nouveau dévisager ce souverain qui m'avait fait horreur au cours des quelques instants où j'avais pu le rencontrer. Désormais débarrassé de son anonymat il fixait sa femme un air satisfait, puis détourna les yeux sur moi, me dévisageant pour la première fois. Je me sentais mal à l'aise face à ce regard, finalement je tachais de me reprendre et après une respiration, je déclarais de la voix la plus assurée que je pus.
-La reine Victoria dit-elle la vérité ? Répondez ! Est-elle notre mère ?! Lançais-je peinant à croire que je puisse prononcer de telles paroles, et au fond de moi je priais pour que mes défunts parents me pardonnent de l'affront que je leur faisais.
-Voyons Elsa, regardez bien, vous connaissez la réponse ! Se contenta-t-il de dire avec son indissociable sourire narquois alors qu'il passait la main dans ses cheveux…
