Chapitre XXIV : Que de missions !

PDV Hermione :

Je plongeai mon regard dans le sien et lui expliquai clairement la situation. Je lui expliquai que j'étais désolée qu'il se sente trahi, et que je comprenais qu'il me retire sa confiance, mais que la mission que m'avait confié le professeur Dumbledore n'avait pas pour but de le piéger. Que mes sentiments pour lui, et tout ce qui s'était passé entre nous, n'était pas lié de près ou de loin à la mission. Je lui expliquai simplement que, après la destruction de la moitié des dortoirs du château d'une façon mystérieuse, qui coïncidait comme par hasard avec la découverte de l'héritier des Malefoy assommé seul dans une salle de classe vide en pleine nuit, le directeur de Poudlard avait tenu a surveillé toute cette histoire de près. Que quand il m'avait accueillie dans son bureau après « l'incident », il m'avait proposé d'être celle qui surveillerait le jeune monsieur Malefoy, qui appartenait à une famille notoirement peu fréquentable, et dont le comportement semblait si suspect.

Je lui expliquai que je n'avais jamais fait semblant quand nous étions seuls. Que je n'avais pas forcé mes sentiments pour me rapprocher de lui. Que je ne l'avais pas manipulé. Que je n'étais pas une traîtresse. Que je n'avais jamais eu le temps de faire de rapport à Dumbledore. Et je m'excusais encore. Mais ça ne changeait rien. Son regard glacé restait perdu dans le vide. Il ne me voyait pas, ne me touchait pas, ne sentait pas ma présence. Je n'existais plus pour lui. Cependant, alors que je m'apprêtais à me lever, croyant tout espoir perdu, il saisit ma main, me regarda droit dans les yeux avec son petit sourire en coin, et tu me souffla un 'je comprends' au creux de l'oreille. Puis il s'approcha de moi et avant qu'il ne puisse esquisser le moindre geste, je posai mes lèvres sur les siennes. Rien de plus, car tout le monde nous regardaient et que nous étions à la base ici pour rompre tout ce qui nous liait. Mais je l'ai quand même fait. Parce que j'en avais envie et que je ne m'y sentais absolument pas forcée. Et aussi parce que je comprenais que lorsque nous aurions trouvé un 'remède', malgré tout ce qu'il pouvait en dire maintenant, il était fort probable que notre relation redevienne comme avant. Et je ne me sentais pas la force de tout recommencer à zéro.

PDV Drago :

J'étais désorienté. Elle m'exposait la situation et, là où mon ego m'ordonnait de rester entêté et de camper sur mes positions, ma conscience et ma raison me disaient clairement que je comprenais ce qu'elle m'avait fait, et pourquoi elle l'avait fait. Pire même, je respectais ça. J'arrivais à me mettre à sa place et à me rendre compte que j'aurais sans doute fait pareil. Cette soudaine tolérance me désorientait. J'étais connu pour mon tempérament implacable. Or, il suffisait qu'elle me regarde avec des yeux larmoyants et qu'elle m'expose sa version des faits avec des trémolos dans la voix, pour que je me range à son côté. Je n'avais pas l'habitude de faire ça. Et pourtant je sentais que, même si je venais implicitement d'avouer que j'avais eu tort, j'avais pris la bonne décision.

Après avoir serré sa main dans la mienne et l'avoir furtivement embrassée, je me redressai du canapé et, l'entraînant à ma suite, décidai que nous allions lever le sortilège qui pesait sur nous. J'en étais revenu à ma première idée : j'allais lui prouver que avec ou sans les effets de la potion, nous étions faits l'un pour l'autre. Je sentais que plus nous passions de temps l'un près de l'autre, et plus elle était encline à l'éventualité que notre relation puisse être fondée sur de réels sentiments.

Les heures passaient, toutes plus longues les unes que les autres, et nous avancions à pas de fourmis. Hermione s'était jointe à Théodore et leurs deux cerveaux brillants combinés leur permettait de retranscrire petit à petit le grimoire en français courant. Simplement ils avançaient lentement car ils devaient traduire rune par rune. Weasley, sa petite sœur et Pansy s'étaient mis en tête de planifier dès maintenant le cambriolage de la réserve du professeur Rogue afin d'amasser les ingrédients dont nous aurions sans doute besoin. Mon meilleur ami et Potter étaient quand à eux en train de faire des recherches sur les quelques pistes qu'Hermione et Théodore nous avaient déjà fournies, tout en se lançant des piques discrètes et en tentant d'empêcher son voisin de lire par-dessus son épaule. Ils étaient assez comiques à regarder. Pour ma part, il n'y a rien que je pouvais faire pour l'instant. On m'avait assigné la confection de la potion d'antidote, une fois que nous aurions la recette de celle-ci et à supposer qu'il s'agisse bien d'une potion, étant donné que c'était mon domaine de prédilection.

Je me contentais donc d'observer cette association Gryffondors-Serpentards pour le moins incongrue. J'étais également tenté d'avouer à ma meilleure amie et aux deux rouquins qu'ils n'avaient pas besoin de se préoccuper des ingrédients vu que Rogue était mon parrain et que j'avais par conséquent la clé de sa réserve, mais je préférais les regarder s'embêter à concevoir des plans. Weaslette passait son temps à contredire son frère tandis que Pansy contredisait la rousse. C'était amusant à regarder. Presque autant que Blaise et Harry. Mais la plus intéressante à observer travailler, en tout cas selon moi, était bien sûr Hermione. Ses yeux faisaient la navette entre plusieurs livres remplis de runes, ses sourcils se fronçaient en permanence, elle saignait de la lèvre inférieure à force de la mordiller avec acharnement, la transpiration collait ses boucles brunes à ses tempes et elle gonflait souvent ses joues rouges en signe de frustration. Elle n'était pas ce qu'on pourrait qualifier de séduisante. Et pourtant, à chaque fois qu'elle trouvait la signification exacte d'une rune, un immense sourire illuminait son visage, ses yeux se plissaient, son nez se retroussait légèrement d'une manière adorable et ses épaules se relâchaient. Et à ce moment-là, elle était magnifique.

Elle releva soudain les yeux vers moi et je me retrouvai surpris en flagrant délit de matage. Légèrement gêné, je détournai le regard. Elle se leva alors et vînt vers moi. J'observai sa démarche rapide et dynamique et fronçai les sourcils. Elle semblait en colère. Elle ne pouvait tout de même pas être agacée parce que je la matais, si ?

« - J'en ai marre Drago ! Ha ben si, elle pouvait...

- Qu'est-ce que j'ai fait ?

- Qu'est-ce que t'as fait ? Mais qu'est-ce que t'as PAS fait plutôt ! Tu ne fais rien ! Depuis tout à l'heure tu te contentes de nous observer bosser sans rien dire. Tu te marres à nous regarder trimer comme des bêtes sur cette saloperie de grimoire incompréhensible et tu restes planté là sans rien faire !

- Je croyais qu'on avait convenu que vous faisiez les recherches et moi la potion ?

- Facile à dire : tu as juste à mélanger quelques ingrédients et à touiller ! Nous on se tape le plus dur du boulot.

- S'il est si facile d'être un maître des potions, et qu'il suffit de 'mélanger quelques ingrédients et de touiller' comme tu dis, comment se fait-il que les potions soit la seule matière où tu n'as jamais réussi à me battre, hein ?!

- C'est parce que Rogue fait du favoritisme !

- C'est ça ton excuse pour te justifier ?

- Et toi c'est quoi ton excuse pour justifier le fait que tu ne nous es d'aucune utilité ici et maintenant ? Non parce que je signale quand même au passage que tu es aussi impliqué dans cette histoire qu'il est possible de l'être ! Alors tu pourrais peut-être, je ne sais pas, NOUS AIDER par exemple ! Après tout, c'est de ta faute si nous en sommes là et tu ne fais pas le moindre effort pour réparer les dégâts que TU as causés !

- Que J'AI causés ?

- C'est de ta faute si mon dortoir a explosé, si notre relation à tous les deux n'a ni queue ni tête, si mes deux meilleurs amis m'en veulent pour quelque chose que je ne contrôle pas, si je suis plongée depuis des heures dans l'étude de ce putain de grimoire à la con et que je n'y comprends STRICTEMENT RIEN. Si nous en sommes tous là, c'est de ta faute Drago !

- Tu ne sais pas de quoi tu parles !

- JUSTEMENT ! Expliques-moi parce que là je n'en peux plus ! Il est hors-de-question que je continue de me tuer à la tâche parce que tu as ratée ta mission. Mais je ne sais même pas de quelle foutue mission il s'agit ! Ta potion a mal tournée et maintenant nous devons tous arranger ça, mais quelle est cette potion au juste ? Comment l'as-tu fait ? Dans quel but ? Il n'y a que des questions ! Nous ne pouvons pas avancer dans nos recherches sans réponses !

- Ce sont des réponses que je suis incapable de te donner ! hurlai-je à mon tour.

- Mais pourquoi ?

- Parce que j'ai fait un Serment Inviolable ! »

Je soulevai les manches de ma chemise et lui montrai mes poignets recouverts de zébrures sanguinolentes. Le fait de parler de tout ça avait activé mon Serment Inviolable et la peau de mes poignets n'était plus qu'un amas de chair ensanglantée et boursouflée dont certaines zones étaient teintées de pourpre ou de bleu. C'était atrocement douloureux. Sortant soudain de sa transe colérique, Hermione posa sur moi un regard effaré et coupable, comme si elle venait tout juste de se rappeler ce léger détail. Un silence glacial régnait dans la salle et je sentais que tout le monde avait les yeux rivés sur mes poignets maltraités. Pansy s'approcha lentement de moi pour me soigner tandis qu'Hermione s'excusait sans relâche, comme pour se punir d'avoir pu oublier mon Serment ne serait-ce qu'une seconde. Une fois mes poignets revenus à leur état d'origine, je remerciai Pansy et pris Hermione dans mes bras, où elle éclata en sanglots. La nuit avait été longue pour elle et la pression l'avait fait craquer. Je posai mon menton sur ses cheveux et lui caressai lentement le dos en lui murmurant des mots doux tandis qu'elle enfouissait son visage dans mon cou. Elle finit par se calmer et décolla sa tête de mon torse en me lançant un regard d'excuse. Je la gardai serrée au creux de mes bras pour lui faire comprendre que je ne lui en voulais pas. Nous étions tous épuisés, nos recherches avançaient très lentement et il était environ cinq heures du matin. Je pris la décision qu'il était temps d'arrêter les frais pour cette nuit.

« - Je pense qu'on ferait tous mieux d'aller se coucher. Pansy, rends-leur leurs baguettes s'il-te-plaît. On se retrouve ici demain soir pour continuer à avancer dans les recherches, d'accord ? Théodore devrait garder le grimoire en attendant, j'ai toute confiance en lui et je pense qu'Hermione a assez vu ce livre pour ce soir.

- J'en prendrais soin, il ne risque rien avec moi, répondit le principal intéressé.

- Parfait. Écoutez, je sais que c'est un travail très pénible et très long mais on va y arriver. Peu importe que ça nous prenne un peu de temps, l'important c'est le résultat.

- Non. La voix de Blaise résonna durement contre les murs.

- Comment ça 'non' ?

- Je suis d'accord avec toi sur le fait qu'il faut qu'on continue à avancer, mais on n'a pas besoin de perdre notre temps. Il suffit de connaître le but de la potion et les ingrédients utilisés.

- C'est-à-dire exactement ce que je ne peux pas vous dire sans mourir.

- Et bien écris-le, suggéra Ron.

- Je suis sous Serment Inviolable Weasley. Ça me tuera quand même.

- Oh je sais.

- Ron ! s'offusquèrent sa sœur et son meilleur ami au même instant.

- On a compris que tu ne pouvais rien dévoiler Dray', et tu n'auras pas à le faire.

- Mais dans ce cas comment veux-tu... ?

- C'est très simple : je suis au courant de ta mission. On me l'a proposée avant toi. La différence c'est que j'ai refusé. Et malgré cela, personne n'a eu la présence d'esprit de me faire faire de Serment Inviolable. »