Raph prit une douche très longue, autant pour se soulager manuellement suite à son contact rapproché avec Léo que pour essayer de le coincer hors de la douche en remontant chercher ses affaires. Il voulait lui dire… Un truc. Il ne voulait pas former les mots dans sa tête. C'était inutile de les ressasser, ce n'était pas un truc auquel il devait penser. Juste le dire comme il le sentait, à l'instinct, comme tout ce qu'il faisait. Il monta les escaliers à toute vitesse. Même si Léo était encore sous la douche, il l'attendrait. Il devait le voir, lui dire, le retenir…

Quand il frappa, une vielle dame à l'air revêche lui répondit, bloquant l'entrée de la porte. Il marmonna une brève présentation et essaya de voir si derrière elle, il pouvait apercevoir son Sensei. Ce fut la bouille aux taches de rousseurs de son de Mikey qu'il vit.

-Hey, Mike! S'exclama Raphael, un peu plus joyeusement que nécessaire. Tu peux dire à Cerbère de me laisser passer. Y a quelque chose que je veux dire à ton frère!

Mikey la bouche pleine de croustilles lui répondit quelque chose d'inintelligible.

Anxieusement, il lui demanda de répéter :

-Léo est parti, dude. Il a pris un sac de vêtements de rechange et il a filé. Il a dit qu'il se doucherait chez qui il allait. Il avait l'air vachement pressé. Il m'a dit qu'il ne rentrait peut-être pas de la nuit.

Raphael sentit une pierre pointue descendre dans sa gorge et tout déchirer jusqu'à son cœur. Il tourna les talons et descendit si vite qu'il fut en bas avant de le réaliser, recevant une bourrasque glacée au visage en sortant. Il s'aperçut qu'il avait laissé ses clés en haut, mais sous aucun prétexte, il ne voulait remonter là. Affronter la mine pincée de la vieille, les yeux surpris du gamin inconscient et… La dure réalité.

Léo avait filé, pressé d'aller baiser Elena dans sa douche, pour ensuite faire les boutiques avec elle pour se mettre beau pour cette fichue danse. Il y passerait la nuit… Jamais une pensée ne lui avait occasionné autant de douleur. Penser à sa mère lui faisait mal, mais un mal triste, nostalgique. Penser à son père l'emplissait souvent de frustration et de rage impuissante. Mais cette douleur n'avait aucune commune mesure avec les autres éprouvées. Tout son être le brûlait lentement, comme si un acide corrosif avait été injecté dans ses veines.

Raphael marcha jusque chez-lui, sans manteau, étant trop consumé par la jalousie pour ressentir le froid mordant et trop tourmenté pour s'en préoccuper. Les images obsédantes de Léo enlacé par Elena, leurs lèvres se joignant en des baisers profonds, ne cessaient de danser devant lui, aiguillonnant sa fureur, comme un drapeau rouge devant un taureau.

Enfin chez lui, il défonça sa porte arrière d'un coup de pied. Léo aurait été fier, pensa-t-il avec une ironie furieuse : C'était un parfait coup de pied. Mais à quoi cela servait-il? De s'intéresser à la passion de son amant et de tenter d'y performer autant pour partager du temps avec lui, susciter sa fierté et s'améliorer en vue de le protéger? Raph s'était mis dans la merde jusqu'au cou, descendant ses propres hommes, s'équipant comme un putain de tueur à gage digne de Marvel et baignant dans le sang toutes les nuit afin de LE protéger! Léo n'avait aucune idée de ce qu'il faisait pour lui et il s'en balançait car ce qui l'intéressait vraiment se trouvait entre les cuisses neigeuses d'Elena.

Il devrait la descendre. Subtilement. Puis merde tout ça, il devrait descendre Léo et déposer la chair sanglante de son dos aux pieds de son père. Fini son obsession. Il pourrait reprendre une vie normale. Et son père serait fier de lui. Il ne pourrait dénier à Raph qu'il méritait la place de représentant de New-York. Plus de sourire méprisant ou de sous-entendu sur son passage sur le fait qu'il n'était qu'une arme sans cervelle.

Après avoir frappé tout ce qu'il pouvait frapper chez lui, détruisant tout comme un Fléau de Dieu, Raphael s'écroula en larmes. Il savait qu'il ne pensait pas vraiment tuer Léo. Ni même sa petite garce d'ex. Mais il avait besoin de quelque chose pour se changer les idées. La cocaïne était hors de question. Il ne voulait pas perdre la tête. La mission de ce soir serait difficile. Il mit son visage dans sa main, respirant par petits coups. Il devait apprendre à gérer ses émotions par lui-même.

Il pensa à d'autres options qui pouvait le faire sentir mieux. Il rejeta l'idée d'appeler Casey. Son ami n'avait beau pas être un génie, il était loin d'être con. Ce n'était plus tant parce que Léo était un garçon que Raph voulait dissimuler ses sentiments, mais plus car il aimait désespérément quelqu'un qui ne le payait pas en retour, de toute évidence.

Texter la racine du mal elle-même était hors de question. Si Léo ignorait encore une fois un de ses messages, il allait imploser. En soupirant, il choisit de texter « Armur Man ». Il n'était que 20h, mais il s'en balançait. Il avait besoin de sentir des armes dans ses mains et une moto entre ses cuisses. Celle-ci justement avait été livrée le matin-même, les clés en étant sur la table. Ensuite, un bain de sang lui ferait sûrement un bon exutoire à ce sentiment de rage impuissante qui le drainait.

Après avoir pris une autre veste, il sentit son cellulaire vibrer et le prit, croyant à une réponse de l'armurier, pas encore prêt. Ses yeux s'ouvrirent démesurément quand il prit connaissance du message.

« Hé Senzi. Je suis désolé d'avoir quitté si vite. J'avais aussi un autre truc à faire. Si tu veux, on peut faire l'entraînement plus tôt demain, non? De 13h30 à 17h pour reprendre le temps perdu aujourd'hui? »

Impulsivement, Raphael répondit, ses doigts allant plus vite que sa pensée :

« Je serai là à midi. Envoie-moi une photo sexy de toi avec ta nouvelle chemise. »

Raph regarda son propre message, sans trop y croire. Qu'est-ce qui lui avait pris de faire une demande aussi insolite?

« Je veux qu'une minute au moins dans sa soirée, il fasse quelque chose pour moi. Qu'il pense à moi, même s'il est avec une autre. Et j'ai besoin de voir son visage. »

Léo répondit par un émoticon interrogatif :

« Ma nouvelle chemise? »

Raph roula les yeux, comprenant que Léo le trouvait pathétique, et ce, avec raison. Mais le cellulaire revibra très vite :

« Tu parles de cette nouvelle chemise pour la St-Valentin? Bien sûr, laisse-moi disons… 30 minutes. »

Raphael, toujours monté sur sa moto, son casque noir d'une main et son cellulaire de l'autre plissa les yeux. À l'heure qu'il était Léo devait déjà être dans une boutique, non? Comment avait-il pu oublier de quelle chemise pouvait bien parler Raphael? N'était-il pas sorti pour ça?

Il calma sa suspicion. Léo avait tiré un coup, prit sa douche et sûrement arrêté dans un resto. Obnubilé par Elena, il avait perdu le fil.

Pourtant, il l'avait texté. Et accepté de lui envoyer une photo. Et accepté qu'il soit là demain à midi. Raph comptait bien éterniser sa soirée chez son bel ami beaucoup plus tard que 17h. Avec un nouvel optimisme, il mit son casque et démarra.

Sur le toit, allongé, il attendait patiemment sa cible, Vincenzo. Son casque avait un viseur intégré avec vision nocturne, en plus d'être totalement fermé, masquant tout son visage. Son tir serait aussi parfait qu'incognito. Il ajusta son fusil de précision, sachant que sa victime sortirait de ce garage où se déroulait des parties de poker clandestines, d'un moment à l'autre. Ensuite, il laisserait le corps là. Rien à foutre de perdre du temps pour faire dans la discrétion. Tout finissait par se savoir. Seulement, les assassinats du clan adverse devaient être aussi publicisé, afin de détourner l'attention de sa bande de Léo. Restait à savoir si le clan de Léo allait réagir.

Il repensa un très bref instant à la photo de celui-ci. Il lui avait envoyé 30 minutes après leur conversation, une photo de lui, dans un environnement inconnu, portant une chemise noire moulante, au point que Léo ne l'avait pas attaché complètement, laissant le haut déboutonné. Les cheveux du beau jeune homme étaient échevelés et ses joues légèrement rosies comme s'il avait couru… Ou fait l'amour passionnément à une nymphomane de 17 ans. Son sourire était à la fois moqueur et séduisant. Ses doigts s'étaient resserrés autour de la crosse du glock qu'il essayait à cette dernière pensée. Il l'avait glissé à sa ceinture pour texter sa réponse plus commodément.

« Merci de me rappeler pourquoi que je me bats. Mais tu devrais essayer la taille au-dessus. Y a tout de même un peu de viande sur ce squelette que tu trimballes. »

« C'était censé être sexy, idiot. Mon squelette va tout de même t'envoyer au tapis demain, à plus. »

Il sourit au souvenir. Léo était diablement sexy sur cette photo. Peu importe ce qu'il faisait, il avait pris le temps de lui envoyer une photo à lui. « Merci de me rappeler pourquoi que je me bats » Léo avait cru au Dojo. Mais le réel sens se trouvait à quelques 500 mètres.

Son doigt était sur la gâchette, il respirait doucement. Il était rarement nerveux dans ces occasions… Plus que quelques instants…

Aussitôt un éclair argenté fit dévier le fusil, l'arrachant des mains de Raph. Celui-ci, par réflexe, saisit une autre de ses armes à sa ceinture, mais lorsqu'il la pointa en direction de l'apparition fantomatique, il n'appuya pas sur la détente.

Un homme de sa taille, tout de noir vêtu se tenait devant lui. La tenue recouvrait presque tout son corps, les tons de noirs se superposant selon les couches de fin tissus qu'il portait. Un mince foulard dissimulait le haut et le bas de son visage, mais pas les yeux, souligné d'un trait noir, dans un but sans doute de travestissement plus réussi. Mais c'était inutile.

Effondré, Raph reconnut sans peine que la personne qui venait de faire rater son opération n'était nul autre… Que Léo. Un putain de con de Léo revêtu qu'un d'un costume léger, sans aucune foutue armure, protections, ni armes à feu! Rien, hormis ses katanas, jouant les justiciers au milieu d'une rue contrôlée par la mafia qui voulait sa peau. Et un Léo qui, de toute évidence, voyant sa position de combat et ses yeux bleus résolus, il devait affronter. Ses cheveux se dressèrent sur sa tête. Léo était un entêté fils de pute. S'il avait décidé de mettre des bâtons dans les roues de Raph, nul doute qu'il le ferait. Mais était-ce bien Léo? N'était-il pas avec sa petite amie?

Comme pour chasser le doute auquel il s'accrochait désespérément, Léo parla, sa voix reconnaissable entre mille, malgré le foulard :

-Alors, c'est toi?

Raph les mains le long du corps, absolument méconnaissable car on ne voyait pas ses yeux ni un centimètre de sa peau, hésita. Oui, avec le casque, sa voix sortirait plus comme celle de Dark Vador que la sienne propre, mais si Léo la reconnaissait tout de même?

-Tu ne m'attaques pas? Pourquoi? s'étonna le ninja.

Raph devait dire quelque chose et vite. Sinon, Leo deviendrait soupçonneux. Il devrait trouver une bonne raison de le convaincre de ne pas chercher à engager le combat avec lui, de rentrer à la maison où il serait plus au chaud et boire une tisane pour refréner ses ambitions de super-héros.

Puis, il comprit. Mikey. Le désir du gamin de connaître un justicier masqué avant de mourir. C'était très noble comme action, mais la place de Léo n'était pas dans la rue. Il le préférait même dans le lit avec Elena. Il devait parler, en essayant de changer sa voix le plus possible.

-Non. Je n'ai aucune raison de me battre avec toi. Tu es un innocent. Je ne tue que les bandits.

-Oh! Tu es un assassin vertueux? Qui te dit que ce mafioso italien n'est pas sur le point de changer de vie? Tu vas ainsi lui enlever toute chance de rédemption!

Raphael, interloqué, fixa Léo. Il était négativement impressionné que Léo sache qui était dans ce garage, mais ce qu'il savait, lui, c'était que Vincenzo n'était pas sur le point de changer de vie. DU TOUT. Il devait le faire comprendre à cet imbécile déguisé.

-Écoute, Ninja-Man, ou peu importe le nom que tu te donnes. Tu connais rien des intentions des gars en-dessous, okay? Ce sont de dangereux criminels, tueurs, voleurs, receleurs, trafiquants de drogue et proxénètes.

-J'ignorais que la mafia sicilienne parrainait aussi la prostitution. Peu importe, ce que étaient ses hommes, avant. Ils peuvent changer.

Raphael roula les yeux devant tant d'innocence. Comment un être aussi pur que Léo avait pu être choisi par un clan Yakusa pour les diriger?

-Hé porteur de katana, Tes intentions sont mignonnes, okay? Mais je crois pas que les gars en bas vont te laisser prêcher la bonne nouvelle. Tu vas ouvrir la bouche et ils vont transformer ton joli petit corps en gruyère avec leurs balles! À quoi tu penses de sortir affronter moi, eux et peu importe qui peut arriver, habillé de quelques draps noirs!

Raphael fit une pause pour toiser à nouveau son adversaire dont, décidément, il trouvait la tenue beaucoup trop légère. Celui-ci plissa des yeux mais le laissa continuer.

-Je nie pas que t'es sûrement bon avec tes épées, mais on parle d'ennemis armés, qui peuvent t'attaquer à une bien plus longue distance que tes katanas. Tu penses quoi, leur proposer un combat singulier que, s'ils perdent, ils vont devenir d'honnêtes hommes? C'est pas comme ça que ça marche, ninja.

-Je ne suis pas venu pour eux, pas ce soir, mais pour toi.

La voix était douce, caressante, un vrai velours. Raphael se demanda presque si Léo n'avait pas eu l'intention de venir séduire son adversaire plutôt que de l'affronter à l'épée.

-Pourquoi tu ne tires pas sur moi avec tout ton attribut létal? Tu vois? Tu n'as pas tiré sur moi. Peut-être eux non plus ne le feraient pas.

Raphael perdit presque patience et faillit secouer l'autre adolescent naïf et lui dire : « Parce que je t'ai reconnu, idiot et que je t'aime ».

-Je te l'ai dit. J'ai rien contre, toi, Ninja. Déguerpis et laisse-moi faire mon boulot.

-Ton boulot, répéta lentement le garçon en noir, donc c'est pour cela que tu fais ça, pour l'argent? Tu as été engagé par les Russes pour faire disparaître la compétition? Combien te donnent-ils?

-Pourquoi tu veux me donner plus pour que j'épargne les Yakusa? Grogna Raph.

Il comprit qu'il avait fait une erreur. À part les épées et le costume, Léo n'avait à proprement parler, rien d'asiatique. Ses yeux étaient légèrement en amande, mais leurs iris étaient d'un bleu indéniablement nordique. Le khôl en faisait davantage ressortir la couleur. Raph aurait aimé que Léo enlève ce foulard pour voir de quoi il avait l'air ainsi maquillé. Sûrement sexy à mort. Mais ce n'était pas le moment de penser à ça.

-Pourquoi crois-tu que j'aie quelque chose à faire avec les Yakusa, questionna-t-il. Je me moque de la nationalité des victimes. Je suis ici pour stopper la violence dans tous les camps. Je t'offre l'argent en mon nom propre.

Raphael réfléchit, non pas parce qu'il voulait l'argent, mais plutôt à combien Léo était déterminé à arrêter sa vendetta. Léo, de lui-même, n'était pas riche. Il vivait de la charité de son cousin. Est-ce que Donny était de mèche dans son petit schème? Il mit ses intentions claires :

-Nah. J'veux pas de ton pognon. Je fais pas ça pour l'argent.

-Oh. Alors, quelles sont tes motivations? Répondit Léo du tac au tac.

Il opta pour dire la vérité.

-Ils ont fait quelque chose à une personne que j'aime. Et ils en menacent une autre. Je ne veux pas perdre cette personne, aussi.

Léo se tut un instant, puis sa voix cristalline retentit ;

-Mon propre père est mort sous les balles d'un gangster sicilien. Mais il demeure que la personne que j'aime est d'origine italienne.

Raph pesa les paroles. Sans nul doute, Léo parlait d'Elena. Mais quelque chose en lui espérait malgré tout qu'il parle de lui. Sa voix fut plus douce lorsqu'il répondit :

-Je reconnais que ton truc de pardon est très beau et noble. Tu es une bonne personne. C'est pour cela que je t'ai pas tué. Je l'ai senti. Rentre chez-toi. Va donner ton argent à un hôpital d'enfants malades ou à un centre de toxicomanes, okay? Y a d'autres moyens de répandre tes idéaux de rédemptions, de pardon et de charité que te balader dans la rue à risquer ta peau.

Voulant démontrer qu'il était toujours aussi déterminé, Raph fit un mouvement pour rependre son fusil. Il espérait qu'il n'était pas trop tard et que sa cible n'avait pas filé. Il fut bloqué par la lame du katana.

-Je ne vais nulle part tant que tu ne partageras pas mon point de vue. S'il le faut, les armes à la main.

La voix de Léo était froide, calme et lisse comme le couperet d'une guillotine et Raphael se sentit justement l'entrain d'un condamné à l'idée de se battre, alors qu'habituellement c'était son activité favorite.

-Si je te bats, tu vas me laisser tranquille? Tu vas rentrer chez-toi, enlever ton déguisement centenaire et aller te coucher?

-C'est une promesse. Mais en échange, tu dois aussi rentrer chez-toi sans faire de victimes.

D'après le plissement des yeux, Raph devinait que Léo devait lui faire son sourire à la fois moqueur et condescendant qu'il haïssait. Il eut un instant d'hésitation. Plusieurs options se présentaient à lui.

Il pouvait tirer Léo dans le genou. Juste de quoi le faire lâcher prise. Mais il refusait de le blesser, même non mortellement. La seule arme blanche qu'il possédait étaient les sais aiguisés. Mais Léo le reconnaîtrait-il avec ces armes? Avec réluctance, il les tira de sa ceinture.

Léo fut un bref moment dérouté

-Des sais? Pourquoi?

-Je veux pas de tuer, idiot! C'est plus honorable arme blanche à arme blanche, non?

-Tu aurais pu utiliser le glock, ça n'a aucune importance.

Cela prit Raphael à son tour par surprise.

-Hé, le ninja, je me doute que tu es rapide. Mais tu peux pas éviter autant de balles. Enlève toi ça de la tête enlève qu'il t'arrive malheur. T'es pas immortel.

-Je le sais. Je peux éviter les balles si j'en ai envie et si une me touche, c'est que je l'aurai souhaité ainsi.

Dans sa stupeur à l'audition de cette réplique, Raph perdit presque toute prudence élémentaire

-Hey! Tu peux pas dire ça, tu m'entends! T'as chez toi un petit frère… Ou une petite sœur ajouta-il rapidement, qui a besoin de toi. Sûrement au moins un autre membre de ta famille qui t'aime et aussi un amoureux ou une amoureuse qui t'adore à la folie. Dis pas des conneries pareilles. Et tente d'éviter les balles dans ton salon, okay? Pas de la rue. Meilleure chance de réussite.

Léo ne dit rien et engagea le combat. Raphael n'avait jamais vu Léo aussi rapide, il semblait partout à la fois. Merde, il crut même le voir voler. Léo avait raison plus tôt quand il disait y aller doucement avec lui au Dojo. Il ne put parer tous les coups et il se trouva sur le dos, une pointe de Katana sous la gorge, Léo le toisant d'un regard neutre.

-Tu as perdu, rentre chez-toi.

Raphael leva ses mains dans un mouvement de soumission. Ce soir, il n'arriverait à rien. Mais demain soir, certainement, maintenant qu'il était prévenu, il saurait éviter ce connard inconscient de Léo. Mais s'il réussissait à l'éviter, comment allait-il le protéger? Cet imbécile heureux avec ses idéaux se trouverait en moins de deux percé de balles dans le fond d'une ruelle, tout impressionnant qu'il fût.

-Okay, je me rends. Tu as gagné pour ce soir, Ninja-man

-Je ne suis pas « Ninja-Man »… Je suis… Le Fantôme.

Raph roula des yeux devant ce surnom qu'il jugea puéril.

-Okay, Fantôme. N'empêche que tu devrais porter un peu plus d'équipement. Puis un truc en laine sous tes oripeaux noirs. Il fait sous zéro, ce soir. Mais tu devrais cesser tout court. T'as sauvé une vie. Va boire un thé à la santé du mec et contente de cette petite victoire. T'auras pas tous les jours de la chance.

Ce fut au tour de Léo de rouler des yeux.

-À plus tard, quoi? Robocop?

Raph jeta un regard sur lui-même, son costume était entièrement noir, sans rien de robotique. Il n'avait pas pensé à un nom. Personne n'était supposé le voir, merde! Et là, il devait se trouver une identité de Super-Vilain. Il pensa à son rôle. Toutes les nuits, il devrait descendre en douce des gangsters, tout en surveillant Léo à la fois pour qu'il ne l'empêche pas et pour le protéger. Et il n'était pas un méchant non plus. Il voulait se trouver un nom pas trop menaçant, pour que Léo comprenne que Raph, dans le noir, veillait sur lui.

-NigthWatcher.

Léo croisa les bras.

-Alors, à demain soir?

-À demain, Fantôme. Quoique que je dis que tu serais mieux de rester chez-toi.

Leo disparut comme s'il était réellement un esprit avant que Raph s'en aperçoive.

Il attendit un instant, s'assurant qu'il était bien seul. Il jeta un œil en bas. Sur le trottoir Vincenzo était là, fumant une cigarette avec des comparses. Il ajusta le fusil et tira.