Chapitre 22 – La Bataille de Poudlard
La nouvelle amena un vent d'espoir parmi la Communauté magique : Harry Potter était de retour. Il avait été vu à la banque de Gringotts en compagnie de Ron et d'Hermione : ils avaient déjoué la sécurité des gobelins, avaient forcé un coffre en particulier et avaient réussi à s'échapper à dos de dragon.
Pourquoi ?
C'était la question qui revenait le plus souvent. Qu'y avait-il de si important à la banque pour pousser Harry à s'y rendre en plein jour, au nez et à la barbe des Mangemorts ?
Charlie et Remus s'absentèrent longtemps pour apporter des réponses à cette question, et je restai au côté de Tonks et des enfants, à me ronger les sangs. Tout au fond de moi, je pressentais que quelque chose allait se passer, et l'attente n'en était que plus angoissante.
Jamie ressentit mon humeur, et il était impossible à calmer, empêchant Teddy de faire sa sieste.
- Donne-le-moi, me proposa Mrs Tonks en me voyant m'épuiser à l'apaiser.
Les pleurs de mon fils s'espacèrent quand il fut dans ses bras : je m'effondrai sur le fauteuil le plus proche, malheureuse comme les pierres :
- Je suis une mauvaise mère.
- Non Polly : tu es simplement éreintée et sur les nerfs, me tranquillisa-t-elle. Repose-toi un peu, je veille sur lui.
Tonks, qui patientait près de la fenêtre, se rapprocha de moi et passa un bras autour de mes épaules :
- Le Petit Coup de Foudre va revenir, tout comme Remus, me réconforta-t-elle en posant son menton sur le sommet de mon crâne.
Je ris : cela faisait longtemps que je n'avais pas entendu ce surnom ridicule. Il me renvoya à l'époque de Poudlard, quand rien d'autre n'avait d'importance que le prochain devoir à rendre et les entraînements de Quidditch...
- Tu te souviens quand les Nullos avaient mis en place leur spectacle crétin sur Star Wars ? dis-je, une bouffée de nostalgie m'envahissant.
- Comment oublier ? ricana-t-elle. J'étais sur scène, à moitié nue dans cette espèce de bikini doré ! Je suis devenue le fantasme de tout Poudlard en l'espace d'une soirée !
- Pardon ? s'exclama Mrs Tonks, outrée.
Je vis les joues de mon amie rosir : apparemment, elle n'avait jamais raconté ce petit détail à sa mère. Je ricanai et Tonks me lança un regard noir :
- T'ai-je aussi parlé du jour où Polly est entrée de force dans la Salle commune des Gryffondors en pyjama ? se défendit-elle.
- Charlie refusait de me parler, il fallait bien que je trouve un moyen !
Mrs Tonks leva les yeux au ciel et posa Jamie dans le berceau :
- Y'a-t-il autre chose dont je n'étais pas informée ? grommela-t-elle. Non, en fait, je ne veux rien savoir...
J'échangeai un regard avec Tonks avant d'éclater de rire :
- C'était le bon temps, dis-je en haussant les épaules.
Tonks me tira gentiment une mèche de cheveux, et retourna à son poste d'observation, près de la fenêtre.
- Mais que fabriquent-ils ? soupira-t-elle. Ils auraient déjà dû être rentrés !
Je regardai ma montre : il était presque six heures du soir. Dehors, les nuages avaient pris une jolie teinte rose orangé et l'air commençait à se refroidir.
- Je ne sais pas.
À l'heure du dîner, nous n'avions toujours aucune nouvelle, et la peur remua mes entrailles. Leur étaient-ils arrivé quelque chose ?
Mrs Tonks nous força à avaler quelque chose, mais c'était comme mastiquer du carton. Tonks ne cessait de fixer la porte, s'attendant à voir quelqu'un entrer à chaque instant.
- Mange quelque chose, ma chérie, la pria sa mère. Tu n'as rien dans le ventre depuis ce matin.
- Faux, j'ai grignoté des patacitrouilles.
- Et il est reconnu que les patacitrouilles sont une nourriture consistante...
Tonks ne l'écouta pas : elle se leva soudain d'un bond et colla son nez sur la fenêtre de la cuisine.
- C'est Will ! s'écria-t-elle.
Il n'était pas venu seul cependant : Charlie, Remus et Kingsley l'accompagnaient. Ils entrèrent dans la maison et Charlie me prit aussitôt dans ses bras.
- Quelles sont les nouvelles ? demandai-je.
- Harry est à Poudlard, me répondit Lupin, qui serrait la main de Tonks. Neville vient de nous informer.
- Vous-Savez-Qui se prépare à envahir le château, renchérit Will d'un air sombre, jouant nerveusement avec sa baguette. Il a ordonné à ses troupes de se rendre là-bas.
Effrayée, je les regardai tous : une étrange lueur brillait dans leurs yeux.
L'appel de la bataille.
Tout se jouerait ce soir.
Tonks le comprit aussi : nous échangeâmes un regard. Je vis ses épaules se redresser et elle releva fièrement la tête.
- Alors, nous devons y aller nous aussi.
- Pas toi, dit Lupin. Ni Polly.
- Pardon ? Il en est hors de question, Remus : j'irai et je me battrai !
Un frisson me parcourut l'échine. J'étais partagée : l'envie de me battre pulsait dans mes veines. Personne n'avait le droit d'attaquer Poudlard.
Mais, d'un autre côté, le désir de protéger Tonks faisait taire cette petite voix belliqueuse.
Et puis, il y avait aussi Jamie, qui dormait pour le moment comme un bienheureux, et que je ne voulais plus abandonner.
Étais-je une lâche de penser ainsi ?
Il n'était nul besoin de me tourner vers Charlie pour savoir à quoi il pensait : s'il avait pu m'enfermer à double tour dans un placard à balai, il l'aurait fait sans l'ombre d'un doute.
Tonks se rebiffa, secouant la tête malgré les supplications de Remus.
- Pense à Teddy ! Il a besoin de sa mère !
- Et il a besoin de toi ! Aux dernières nouvelles, tu as signé pour le rôle de père !
- Tu ne comprends pas...
- Et c'est reparti ! s'exclama Tonks en levant les bras au ciel.
La dispute se profilait à l'horizon, et Will poussa un soupir. Je décidai d'agir.
- Tonks, tu me l'as promis, la coupai-je d'une voix douce.
Mon amie se tourna vers moi, surprise. Elle devina à quoi je faisais référence. Alors, elle rendit les armes et hocha la tête avec lenteur.
- D'accord, finit-elle par concéder. Je reste ici.
Lupin fut étonné par son changement d'avis, mais ne rajouta rien.
- Nous vous enverrons des nouvelles, jura-t-il.
Il caressa avec douceur la joue de Tonks, qui croisait les bras, l'air boudeur.
- S'il vous plaît, les suppliai-je, faites attention à vous.
Will tapota le sommet de ma tête.
- Va dire ça aux Mangemorts ! ricana-t-il. Eux vont se prendre la raclée du siècle !
Charlie leva les yeux au ciel, dépité par le comportement de son meilleur ami. Il me promit cependant d'être très prudent et me demanda d'embrasser Jamie de sa part.
- Tu le feras en rentrant, répondis-je, sentant les larmes me monter aux yeux.
Un dernier baiser et il s'arracha à regret de moi, avant d'échanger un regard avec Will.
Sans ajouter un mot, Charlie, Will, Kingsley et Remus sortirent de la maison, nous laissant seules derrière.
Les minutes s'égrenèrent à l'allure d'un veracrasse.
Aucune nouvelle ne nous parvint, et l'angoisse s'intensifia. Tonks faisait les cent pas, sa chevelure perdant à chaque demi-tour un peu plus de son éclat. Sa mère, assise sur le fauteuil du salon, la regardait faire, sans rien dire.
Je ne quittai pas la fenêtre, peinant à respirer, dans l'espoir que quelqu'un — ou quelque chose — arrive. Dehors, seul le vent faisait danser les feuilles des arbres, et les derniers rayons du soleil disparaissaient à l'horizon.
Au bout d'un moment, Tonks déclara :
- Je vais à Poudlard.
Je sursautai, sa mère ouvrit de grands yeux épouvantés :
- Nymphadora, non !
- Je suis désolée, mais je n'en peux plus de rester ici à attendre les bras croisés. Donc, je vais à Poudlard.
Elle rangea sa baguette dans la poche arrière de son pantalon, enfila sa veste et sa chevelure reprit sa teinte rose originelle.
- Est-ce que tu viens, Polly ?
Je fus debout avant même de décider quoi que ce soit. La petite voix dans ma tête chuchota que je devais la retenir, mais savoir Charlie loin de moi et courant un grave danger était plus fort que tout.
- Maman, prends soin de nos garçons, demanda Tonks.
Un court instant, Andromeda Tonks fut sur le point de dire quelque chose, mais elle serra sa fille dans ses bras. Un moment, je regrettai que la mienne ne fût pas à mes côtés.
- Faites attention. Toutes les deux, se contenta-t-elle de dire.
Tonks prit ma main, puis, après un dernier regard en arrière, nous transplanâmes.
oOo oOo oOo
Pré-au-Lard était plongé dans le chaos : des centaines d'élèves affolés tentaient de fuir par tous les moyens.
Comment rejoindre Poudlard en sûreté ? Mue par une intuition, je serrai la main de Tonks et nous remontâmes ensemble le flot jusqu'au pub la Tête du Sanglier.
- Là ! cria Tonks en pointant du doigt un trou béant dans le mur.
Nous aidant mutuellement, nous grimpâmes sur le rebord de la cheminée, provoquant une crise de panique parmi les plus jeunes qui cherchaient à fuir à tout prix.
- Accroche-toi, Tonks ! intimai-je en la tirant vers moi.
Nous descendîmes un petit escalier de pierre : déjà le flot d'élèves se tarissait.
- J'espère qu'ils vont s'en sortir ! pria Tonks en laissant passer un groupe de retardataires.
Le tunnel était en pente douce et semblait s'étendre sur des kilomètres sous terre. Nous étions éclairées par des lampes en cuivre qui diffusaient une lueur presque fantomatique.
- Tu connaissais ce passage ? demandai-je à Tonks, tournant à un angle.
- Non... mais ça aurait été bien pratique de le connaître ! Imagine les sorties en douce pour aller à Honeydukes !
- Arrête, tu n'as jamais vraiment aimé les sucreries...
- Je parlais pour toi, banane. Ah ! On y est !
Nous gravîmes quelques marches et poussâmes la porte située au fond du couloir, pour déboucher dans une vaste pièce qui ressemblait à un immense terrain de camping avec ses hamacs suspendus.
- Mais où sommes-nous ?
Seule une jeune fille se tenait dans la pièce : je reconnus la chevelure flamboyante de Ginny.
- Tu as des nouvelles ? s'enquit Tonks tandis que je la serrais dans mes bras, heureuse de la voir en bonne santé.
- Ils m'ont dit de rester ici ! pesta-t-elle, un peu en colère. Harry est arrivé il y a une heure, et Vous-Savez-Qui le savait : il a sommé à tout Poudlard de le lui livrer, sinon il passerait à l'attaque...
- Heum, heum, un peu d'aide serait la bienvenue ! rouspéta une voix derrière nous.
Une vieille sorcière se tenait dans l'encadrement de la porte. Je reconnus en elle Mrs Londubat.
- Il n'y a plus personne dans le pub, expliqua-t-elle d'une voix cassante quand je m'approchai d'elle pour l'aider à bloquer la porte d'entrée à l'aide de maléfice. Il est inutile de laisser ce château ouvert comme un gruyère. Ah Potter ! Allez-vous nous dire ce qu'il se passe ?
Nous nous tournâmes vers les nouveaux arrivants : Harry, Ron et Hermione semblèrent surpris de nous trouver ici.
- Tout le monde va bien ? demandèrent Ginny et Tonks d'une même voix.
- Oui, je pense, répondit Potter. Y a-t-il encore des gens dans le passage ?
- Non, je viens d'en condamner l'entrée, répondit Mrs Londubat. Avez-vous vu mon petit fils ?
- Il est en train de se battre.
- Naturellement, répondit la vieille dame avec fierté. Excusez-moi, mais il faut que j'aille l'aider.
Et elle trottina vers la sortie, tenant fermement sa baguette dans la main. Je plaignais déjà le Mangemort qui se retrouverait en face d'elle !
- Lupin nous a dit que vous étiez chez votre mère, s'étonna Harry en se tournant vers Tonks.
- On n'a pas pu y rester. Sais-tu où il est ?
- Il devait sortir dans le parc à la tête d'un groupe de combattants.
Tonks pâlit et se précipita hors de la salle. Je voulus la suivre, mais me tournai d'abord vers Harry, les yeux pleins d'espoirs :
- Je ne sais pas où est Charlie, dit-il en secouant la tête.
Je le remerciai quand même et me ruai à la suite de mon amie, Ginny sur les talons.
- Tonks, attends-moi !
J'eus un choc en me retrouvant dans les couloirs de Poudlard : le bruit de la bataille emplit l'air, l'odeur de la poussière m'assaillit les narines, et je vis des éclairs verts et rouges par les fenêtres brisées. Les murs et le plafond tremblaient sous l'effet des impacts.
- TONKS !
- Ici !
Je vis une silhouette à une fenêtre non loin, lançant des sortilèges. Un rapide coup d'œil me fit comprendre la situation : un groupe de Mangemorts tentait de rentrer de force par le flanc ouest.
- IMPEDIMENTA ! criai-je en voyant un premier Mangemort réussir à escalader le mur de pierre que venait de fracasser un géant.
Le maléfice le bloqua et Tonks le renvoya de là où il venait grâce à un sortilège d'Expulsion. Ginny lança à son tour un maléfice sur ceux qui tentaient de prendre le même chemin, et Tonks et moi en profitâmes pour réparer le mur en faisant léviter des blocs de pierre pour boucher l'entrée.
Le sorcier que je crus être pendant un instant Albus Dumbledore passa en trombe devant nous en nous avertissant que le mur nord n'allait pas tarder à céder.
- Vous avez vu Remus ? cria Tonks.
- Se bat contre Dolohov. Pas revu depuis.
Tonks me regarda avant de tourner les talons.
- Attends-moi, Tonks ! la suppliai-je.
Je me précipitai derrière elle.
Une déflagration soudaine suivie de cri de joie retentit : les Mangemorts avaient réussi à pénétrer dans l'enceinte du château. Je repris ma course, glissant sur un morceau de pierre et m'étalai de tout mon long. Des détonations assourdissantes secouèrent le château. Je me relevai :
- Tonks ! Où es-tu ?
Je pestai : j'avais perdu de vue mon amie. Je me remis à courir, bien décidée à lui mettre la main dessus.
La bataille se concentrait pour le moment dans la cour du château : je m'y dirigeai pour y trouver Kingsley se battant férocement contre un Mangemort aux épaules carrées. Non loin de lui, un autre Mangemort voulut le prendre en traître par-derrière : je levai ma propre baguette et invoquai le sortilège de Bloquenjambe. Surpris, le Mangemort tomba au sol, la tête la première, et se brisa le nez. Kingsley se tourna vers moi, surpris :
- Attention ! criai-je en voyant son adversaire tenter de l'abattre.
Mon bouclier dévia de justesse le sortilège de la mort.
- Besoin d'un coup de main ? demandai-je en me positionnant au côté de Kingsley, baguette levée pour parer les attaques d'un Raffleur qui s'avança vers nous en hurlant comme un sauvage.
- Arthur est dans la galerie : une baguette de plus ne serait pas trop. Allez-y !
- D'accord !
Tout en zigzaguant pour éviter les sortilèges, je rejoignis en toute hâte Arthur Weasley. Il n'y avait cependant pas de trace de Tonks ou de Charlie. J'aperçus cependant Rose, aux prises avec un Mangemort qui faisait deux fois sa taille.
La voir ici me remplit à la fois de joie et de stupeur. Que faisait-elle ici ? Comment avait-elle su qu'une bataille se déroulait à Poudlard ? Je la croyais à l'étranger ! Elle envoya le Mangemort au tapis, s'essuya un filet de sang qui coulait de son nez et nos regards se croisèrent.
L'instant d'après, j'étais près d'elle.
- Nom d'une Patacitrouille, que fabriques-tu ici ? m'exclamai-je en levant la voix pour me faire entendre.
- Je t'expliquerai plus tard. Par ici ! m'enjoignit-elle pour nous mettre à couvert quelques instants.
Le désordre régnait dans la cour : partout des sortilèges, des cris, des explosions. Des élèves se battaient contre des adultes sans pitié et beaucoup tombaient comme des mouches. Un froid soudain me fit frissonner, et quelqu'un hurla :
- DES DÉTRAQUEURS !
Je fis volte-face : un contingent de Détraqueurs fonçait droit sur nous.
- Saleté, grommelai-je.
Je pris la main de Rose, retrouvant avec plaisir la chaleur de mon amie, et ensemble, nous invoquâmes d'une même voix nos Patronus : mon ours et son cheval chargèrent ces immondes créatures.
- Bien joué ! s'écria Arthur Weasley qui venait lui aussi de faire apparaître une belette argentée.
Je le remerciai d'un petit signe de la tête.
- As-tu vu Charlie ? demandai-je à Rose. Où quelqu'un d'autre ?
- Les Nullos allaient sur le front est ! Et Napoléon tente de couvrir notre flanc gauche contre les Détraqueurs.
- Quoi ? Bony est là aussi ?
- Oui. Peux-tu aller trouver les Nullos ? Dis-leur que l'aile nord est tombée ! Et si tu trouves Peeves en chemin, demande-lui aussi de couvrir le pont principal. Allez, fonce ! Arthur ! Comment ça se présente ?
Incrédule, je regardai Rose me donner des ordres.
Ma Rose.
Rose la passionnée, la fleur bleue, la romantique, qui s'évanouissait à la seule vue du sang.
- QU'EST CE QUE TU ATTENDS ? rugit-elle en me voyant encore planter là.
- Ok, ok, pas la peine de hurler.
Je fis demi-tour pour rentrer au château, lançant des sortilèges à tous Mangemorts qui cherchaient à m'entraver la route. Le mur explosa au-dessus de moi, et j'eus tout juste le temps de me mettre à l'abri avant de me prendre des pierres sur la tête.
- Bella notte, no ?
- Orazio !
Heureuse de retrouver mon ami, je lui sautai au cou et l'embrassai sur ses deux joues.
- McBee, j'ai tout vu ! tonna une autre voix. Ça sera répété, déformé et amplifié !
Will Swann, caché derrière un muret, relevait de temps en temps la tête pour lancer un sortilège, tout en comptant à voix haute :
- Et de onze ! Ah ah ! Allonge la monnaie, d'Aprile !
- Même pas en rêve, coglione, sourit Orazio.
- Mais à quoi jouez-vous ?
- À celui qui mettra le plus de Mangemorts hors course. C'est très ludique, tu sais ? Tu en as eu combien McBee ?
- Un. Mais il était gros ! me défendis-je en entendant Swann ricaner.
Je leur demandai s'ils avaient vu Charlie.
- Quand on s'est séparé, il se dirigeait avec Dubois et Madame Bibine vers le terrain de Quidditch pour récupérer des balais. Ce sont nos renforts aériens. Et paf ! De douze !
- Quelle fantastique idée, grommelai-je. Je dois rejoindre les Nullos, vous avez une idée de l'endroit exact où ils sont ?
Un sortilège frappa le muret, projetant de la pierre partout. Will grimaça : une profonde estafilade sanglante lui barrait le front.
- Hé ! n'allez pas me le rendre plus moche qu'il ne l'est déjà ! s'époumona Orazio en contre-attaquant.
Il échangea sa place avec Will, qui se laissa tomber à côté de moi en grimaçant.
- Laisse-moi regarder.
- Non, ça va aller. Nos amis les Nullos sont partis vers les serres. Si tu trouves ma sœur en chemin, dis-lui de rentrer immédiatement à la maison, ou j'irai lui botter personnellement les fesses !
- Je ne suis pas un hibou ! m'emportai-je.
- Moi aussi, je t'adore. Baisse bien la tête surtout... Orazio ! Fais diversion !
Orazio visa un banc et l'explosa en mille morceaux. J'en profitai pour escalader le mur et me retrouvai dans les couloirs du château. Soudain, les vitres m'entourant furent soufflées par une explosion et je m'arrêtai net : Will ! Orazio ! Je voulus les rejoindre pour leur porter secours, mais un jet de couleur verte passa si près de moi que je sentis la chaleur hérisser mes cheveux. Je me jetai sur le côté, roulai derrière une statue et m'y terrai.
- Miss McBee ! Quelle heureuse surprise !
Je me figeai sur place : Crowley ! Comment avait-il réussi à venir jusqu'ici ? Je me fis toute petite derrière la statue, espérant de tout mon cœur qu'il ne m'ait pas vue.
La dernière fois que nous nous étions croisés, il avait juré ma mort.
- Oh, Polly, je suis déçu ! Je pensais que tu voulais te battre contre moi ! Allez, sors d'ici et viens à moi. Je te promets de te faire souffrir cruellement.
L'esprit en ébullition, je calculai mes chances : si je fuyais vers la statue qui me faisait face, Crowley en profiterait pour me lancer un sortilège dans le dos. Je n'avais d'autre choix que de l'affronter, même si je savais que mes chances étaient minimes contre lui...
Je serrai ma baguette dans ma main, la tendis en avant et quittai ma cachette. Un large sourire se dessina sur le visage de Crowley.
- Quelle bravoure, me félicita-t-il.
Sans attendre, il me lança un premier sortilège qui atteignit de plein fouet mon épaule. La douleur me fit lâcher ma baguette. Serrant les dents, j'agrippai ma blessure de ma main valide : à la lueur des quelques torches encore présentes, je vis du sang rougir sur mes doigts.
- C'est douloureux, n'est-ce pas ? ricana Crowley en jouant avec sa baguette. Mais une promesse est une promesse : je vais te vider de ton sang, et, quand il ne te restera qu'un soupçon de souffle dans tes poumons, je t'étranglerai. Comme ça, j'aurai tenu parole envers ce cher Simon...
Il leva de nouveau sa baguette : cette fois-ci, j'étais prête. Je réussis à parer son sortilège, une fois, deux fois. Le troisième me fit une profonde entaille à la joue, et je criai de douleur.
Crowley s'approcha de moi, une lueur démente dansant au fond de ses prunelles. Son sourire si cruel s'agrandit quand il me vit à sa merci.
Il pointa sa baguette vers moi...
- PROTEGO !
Le sortilège souffla Crowley qui se retrouva propulsé en arrière. Je levai les yeux pour remercier mon sauveur et eus la surprise de voir Tom Morrow faire un rempart de son corps entre moi et Crowley.
- Ça suffit, dit-il calmement. C'est moi que tu veux, Théophilius.
- Simon... Enfin, tu es là. J'attendais ce moment avec une telle impatience. Mais combien de temps vas-tu rester avant de t'enfuir ? Je te connais si bien mon ami !
- Je ne fuirai pas. C'est fini. Je suis ici pour en finir avec toi. Tu ne feras plus aucun mal à Polly.
- C'est ce que nous verrons. SECTUMSEMPRA !
- PROTEGO !
Le maléfice de Crowley se brisa sur le bouclier de Morrow. Ce dernier se tourna vers moi et cria :
- Partez, Miss Polly !
- Mais...
- Faites ce que je vous dis ! rugit-il.
À quatre pattes, je détalai, laissant derrière moi les deux Némésis s'affronter dans un duel à la mort.
« Pitié, faites que Morrow s'en sorte ! », priai-je silencieusement tandis que je courrais à en perdre haleine, la douleur de mes blessures m'irradiant le corps.
J'eus un mal fou à rejoindre les serres : là encore, la bataille faisait rage, menée tambour battant par les trois Nullos, accompagnés par une dizaine d'élèves.
Je vis Kenway brandir sa baguette au-dessus de lui, projetant une pluie de braises sur ses adversaires :
- KAMÉ HAMÉ HA ! cria-t-il.
J'entendis des Mangemorts hurler de douleur tandis que leurs capes prenaient feu.
- Bien joué Son Goku ! le félicita Fey.
- Merci. Ah, Polly ! Tu tombes bien ! Est-ce que tu peux...
- À COUVERT !
Les Mangemorts se mirent à nous bombarder de gravats : bras au-dessus de ma tête, je me protégeai comme je le pouvais.
- RATÉ, VOUS NOUS AVEZ RATÉ ! HÉ LES MANGEMORTS ! VOUS AVEZ APPRIS À TIRER À DISNEYLAND OU QUOI ?
Et il s'esclaffa. Par Merlin, où avais-je débarqué ? Cela ne plut pas du tout aux Mangemorts : quelqu'un lança l'ordre d'attaquer. Hastings, la tête dépassant juste ce qu'il fallait, nous interpella :
- Euh, les gars... Comment dire... RETRAITE !
Kenway m'agrippa le bras, et tête toujours baissée, fonça en direction de la serre numéro trois.
- À couvert, à couvert ! gesticula-t-il vers un groupe d'élèves de Serdaigle, qui prirent aussitôt la direction opposée.
- Il nous faut du soutien aérien ! s'exclama Fey sans s'arrêter de courir.
- Et comment on fait gros malin ? Ils doivent être de l'autre côté du parc ! s'époumona Kenway.
Nous entrâmes tous dans la serre, et Fey ferma la porte à clef, se faisant traiter tous les noms par Kenway :
- Tu crois vraiment que ça va arrêter les Mangemorts, bougre d'idiot ?
- Planquez-vous les gars ! nous conseilla Kenway en se planquant derrière un pot contenant un Tentacule vénéneux.
- Où sont passés les autres ? s'inquiéta Fey.
- Dans ton froc ! Baisse ta tête, espèce Wookie déplumé ! s'égosilla Hastings.
Autour de nous, les vitres explosèrent.
- Qui a eu la merveilleuse idée des serres ? bougonnai-je chassant les débris de verre de mes cheveux.
Hastings fouilla dans ses poches et nous donna à tous des petits sacs remplis de billes jaunâtres de la taille d'une noix. Voyant ma perplexité, le Nullos m'invita cordialement à les balancer sur les Mangemorts qui cherchaient à entrer dans la salle.
Je visai soigneusement et lançai la bille : en plus d'exploser dans un bruit assourdissant, du pus malodorant se déversa sur un Mangemort qui hurla de douleur :
- MES YEUX ! MES YEUX !
- Invention des frères Weasley et Weasley ! m'expliqua calmement Hastings, comme s'il s'agissait d'un cours pratique de botanique. Pus de Bubobulb mêlé à un leurre explosif. Attention, ça pique un peu les yeux.
- Génial, dis-je avec un grand sourire.
Je me mis à lancer joyeusement les billes sur tous ceux qui essayaient d'entrer dans la serre, et les Mangemorts finirent par battre en retraite.
- Et voici Kenway qui lance sa bille ! Elle est haute et la passe est bonne ! La bille rebondie, et... But ! Kenway remporte dix-sept à zéro contre l'équipe des Mangemorts ! Écoutez la foule en délire qui hurle le nom de notre héros : KEN-WAY, KEN-WAY !
- T'as pas bientôt fini ? Râla Fey.
Kenway ne l'écouta pas : « Who's ze best ? C'est moi ! » crâna-t-il.
Un coup d'œil au-dessus de la table derrière laquelle je m'étais abritée, et je vis que la voie était libre :
- Allons-y ! proposai-je.
Mais, au moment de passer les ouvertures, une immonde créature poilue, munie de pattes gigantesques me barra la route.
- DES ARAIGNÉES ! hurlai-je, paniquée.
- Rooooh, Polly, tu n'en fais pas un peu trop ? Tu as peur de minusc... OH LA VACHE ! ELLES SONT ÉNORMES ! ELLES SORTENT D'OÙ ?
Nous nous mîmes à courir jusqu'à la sortie, située à l'opposé. J'entendis les bestioles entrer par les fenêtres et tout ravager à leur passage, leurs pinces cliquetant avec avidité.
Nous débouchâmes à l'air libre et passâmes en trombe devant les autres serres.
- Par ici ! s'exclama Fey en désignant la porte menant aux salles de classe.
Heureusement, personne ne se trouvait sur le chemin. Nous entrâmes dans le bâtiment les uns à la suite des autres pour échapper à ces monstrueuses créatures avant de barricader les portes avec tout ce qui nous tombaient sous la main : tables, chaises, blocs de granit, morceaux de statues brisées...
Le cœur cognant à tout rompre, j'entendis les araignées se cogner avec violence à la porte — qui ne céda pas — avant de grimper aux murs dans un cliquetis angoissant.
- J'ai un mauvais pressentiment, murmura Hastings.
- Je propose une retraite stratégique loin de ces horribles créatures : qui me suit ?
Au même instant cependant retentit une voix dans tout le château, résonant dans les couloirs :
- Vous avez combattu vaillamment, dit la voix glacée. Lord Voldemort sait reconnaître la bravoure. Mais vous avez aussi subi de lourdes pertes. Si vous continuez à me résister, vous allez tous mourir, un par un. Je ne le souhaite pas. Chaque goutte versée d'un sang de sorcier est une perte et un gâchis. Lord Voldemort est miséricordieux. J'ordonne à mes forces de se retirer immédiatement. Vous avez une heure. Occupez-vous de vos morts avec dignité. Soignez vos blessés.
Le calme retomba. J'échangeai un regard avec mes Nullos. Après un tel chaos, le silence en était presque douloureux.
- On fait quoi ? demanda Fey en s'épongeant le front.
- Allons à la Grande Salle, proposa Kenway, les autres doivent y être. Oh, Polly, tu es blessée !
Dans la folie du moment, j'en avais oublié mes blessures à la joue et à l'épaule.
- Ce n'est rien, juste une égratignure, dis-je en jetant un coup d'œil à mes plaies.
Kenway fit apparaître un mouchoir et fit un nœud autour de mon épaule : « ça arrêtera de saigner comme ça ». Je le remerciai puis, tout ensemble, longeâmes le couloir.
Même si Voldemort avait promis de rappeler ses troupes, nous n'étions pas rassurés pour autant : nous gardâmes nos baguettes à portée de main, prêts à voir surgir à tout moment un ennemi.
Sur le chemin, la réalité nous rattrapa brusquement : des corps, partout. Des jeunes, des adultes. Une véritable hécatombe.
Non loin, quelqu'un leva une main. Je me précipitai à ses côtés : il s'agissait d'une jeune fille que je ne connaissais pas. Le visage tuméfié, elle avait une longue blessure béante sur le côté, ruisselant de sang. Elle essaya de parler, je l'en empêchai :
- Non, garde tes forces !
Je retirai l'écharpe des Poufsouffles qu'elle portait au cou et la pressai contre sa blessure. Elle eut un sourire triste et la vie quitta son regard. Je la contemplai, ahurie.
- Vient Polly, dit Kenway avec douceur.
- Mais...
- Tu ne peux plus rien pour elle. C'est fini.
Il lui ferma les yeux. Elle semblait se reposer sous la nuit étoilée. Il me força à me relever, avant de m'obliger à marcher à sa suite.
Je me rendis compte que j'avais gardé l'écharpe à la main.
oOo oOo oOo
Le château était silencieux. Sur le sol, le sang se mêlait à la poussière. Les quatre sabliers géants avaient été brisés, laissant s'échapper des émeraudes, des diamants, des saphirs et des rubis.
Je passai les portes de la Grande Salle, où les survivants de la bataille s'étaient regroupés : Madame Pomfresh s'occupait des blessés en compagnie de Stephen Piccadilly. Ce dernier prenait soin d'Orazio, blessé : de longues plaies béantes lui parcouraient le torse, et il semblait avoir des difficultés à respirer. Non loin de lui se tenait Will, qui serrait étroitement sa sœur Abby dans ses bras. Cette dernière était encore plus pâle que d'habitude et la poussière de marbre recouvrait sa longue chevelure noire.
Je promenai mon regard un peu partout, tentant d'apercevoir Charlie, le cœur cognant à tout rompre entre mes côtes. Rose pleurait et Bony la consolait, ses yeux mouillés de larmes. Le professeur McGonagall semblait être au bord de l'épuisement. Chourave consolait un jeune garçon. Aucune trace cependant du professeur Morrow.
Soudain, Charlie apparut dans mon champ de vision, et le soulagement me coupa les jambes.
Je me ruai vers lui pour le prendre dans mes bras et le serrai étroitement contre moi. Il était épuisé et couvert d'égratignures, et je sentis son corps secoué d'un long sanglot.
- Charlie ? l'appelai-je doucement.
- Mon frère, Fred, réussit-il à articuler. Il est...
Ce fut comme recevoir un coup au creux de l'estomac. Fred ! Ce n'était pas possible !
Charlie se détacha de moi et me fit un geste vers sa famille, regroupée dans un coin, pleurant au-dessus du corps sans vie de Fred. Mon cœur se serra à la vue de Georges, qui semblait être brisé.
Mon regard fut alors attiré par la chevelure rose qui se tenait juste à côté...
Mon cœur s'arrêta de battre. L'horreur me gagna de toute sa puissance...
- NOOOOOOOOOOOOOON ! criai-je en me précipitant vers Tonks.
Pâle, immobile, le visage paisible, si belle, Tonks semblait être simplement endormie. Je tombai à genoux à ses côtés, tremblante, et lui pris ses mains froides, si froides.
Tonks était morte.
Du fond de mon être, un sanglot fit surface et je pleurai sur le corps de mon amie. Je n'arrivais plus à respirer.
Tout ce que j'avais craint ces dernières années s'était réalisé.
Quelqu'un me soutint, mais ma vue était embrouillée de larmes, mon cœur était en train d'agoniser.
- Polly, me chuchota Charlie à mon oreille, lui aussi tremblant de chagrin.
Je pleurai la perte de mon amie, de ma sœur. Mes angoisses s'envolèrent vers son fils, si jeune et désormais seul dans ce monde : dans sa fureur meurtrière, la Mort avait également pris la vie de Remus Lupin.
Prostrée auprès du corps de Tonks, je n'entendis plus rien de ce qu'il se passait. Il me sembla apercevoir l'ombre de Harry Potter passer près de moi.
Combien de temps le chagrin posa ses griffes sur moi pour ne plus me lâcher ? C'était une partie de moi qui venait de mourir avec elle.
Et je l'avais toujours su.
Autant m'arracher le cœur.
Qu'allais-je devenir sans elle ?
Charlie m'obligea à me relever et je m'accrochai à son cou, suffocante de chagrin. Il me caressa lentement le dos.
- Tu es blessée, constata-t-il. Viens.
Je me laissai guider jusqu'à Stephen. Lui aussi semblait avoir perdu une partie de sa vie. Avec douceur, il pansa mes plaies. Je ne sentais cependant plus rien.
Madame Pomfresh était penchée au-dessus d'un homme que je reconnus sans peine. La démarche hésitante, je m'approchai.
Le professeur Morrow était mortellement blessé.
J'échangeai un regard avec l'infirmière, qui secoua la tête, les yeux embués.
Je me plaçai près de lui et lui caressai avec douceur sa chevelure brune couverte de poussière.
- Tom... soufflai-je.
Il ouvrit les yeux et un léger sourire s'étira sur ses lèvres.
- Maman ? dit-il dans un soupir.
Je refoulai du mieux que je pus mes larmes.
- Oui, c'est moi. Je suis là.
Il chercha ma main et la serra dans la sienne.
- Il ne te fera plus aucun mal. Je l'ai tué. De mes mains.
Je lui embrassai son front et il frissonna.
- Tu restes près de moi, hein ? demanda-t-il d'une petite voix.
- Pour toujours.
Il ferma les yeux et son souffle se fit plus régulier.
Survivrait-il ?
La voix de Lord Voldemort retentit alors de nouveau :
- Harry Potter est mort. Il a été tué alors qu'il prenait la fuite, essayant se sauver lui-même pendant que vous donniez vos vies pour lui. Nous vous apportons son cadavre comme preuve que votre héros n'est plus. La bataille est gagnée. Vous avez perdu la moitié de vos combattants. Les Mangemorts sont plus nombreux que vous et le Survivant est fini à tout jamais. Il ne doit plus y avoir de guerre. Quiconque continuera à résister, homme, femme, enfant, sera éliminé ainsi que tous les membres de sa famille. Sortez maintenant du château, agenouillez-vous devant moi et vous serez épargnés. Vos parents, vos enfants, vos frères, vos sœurs vivront, ils seront pardonnés, et vous vous joindrez à moi pour que nous reconstruisions ensemble un monde nouveau.
Le silence nous entoura, et nous nous regardâmes, tous choqués et déçus.
Harry Potter, mort ?
C'était impossible.
Alors, telle une procession funèbre, nous prîmes tous le chemin de la sortie.
Je pris la main de Charlie dans la mienne, nous soutenant mutuellement.
La nuit étoilée illumina l'étrange cortège qui avançait à notre rencontre. Voldemort ouvrait la marche, suivi par ses Mangemorts. Et, les surplombant tous par sa haute taille, Hagrid tenant dans ses bras le corps sans vie de Harry Potter. Un cri retentit : McGonagall hurla son désespoir, qui trouva un écho dans ma poitrine.
Nous étions perdus. Tout était fini. Le monde dans lequel nous avions vécu n'existait plus.
Je voulus à cet instant rentrer chez moi pour ne pas avoir à subir ce cauchemar. J'étais épuisée, fatiguée, meurtrie.
Cependant, personne n'était prêt à laisser sa liberté entre les mains d'un tyran aux yeux couleur du sang.
Autour de moi, des cris, des insultes, des vociférations retentirent.
- TAISEZ-VOUS ! hurla Voldemort d'un air menaçant. Harry Potter est mort ! Il n'était rien, n'a jamais rien été, qu'un jeune garçon qui voulait voir les autres se sacrifier pour lui !
Neville s'avança vers lui, la rage déformant ses traits. Voldemort eut un sourire de satisfaction et loua son courage.
- Rejoindras-tu mes rangs, Neville Londubat ? demanda-t-il.
- Je me rallierai à vous quand il gèlera en enfer ! répondit le jeune garçon, se dressant avec bravoure face à Voldemort.
Voldemort comprit alors que chaque personne présente dans la cour ne le rejoindrait jamais, et attaqua violemment Neville. Son hurlement se répercuta sur chaque pierre du château.
La terre trembla sous nos pieds.
Au loin, un géant hurla et fonça sur nous. Puis des centaures sortirent de la Forêt Interdite dans un formidable cri de ralliement et se mirent en rang, avant de charger les Mangemorts, les arrosant d'une pluie de flèches.
Le chaos revint.
Tout le monde se réfugia au château pour éviter les flèches ou les pieds des géants qui écrasaient tout sur leur passage.
La bataille reprit, plus violente que jamais. Mais cette fois-ci, nous n'étions plus seuls : les renforts arrivèrent à point nommé. D'abord les elfes de maisons qui tailladaient l'ennemi à l'aide de couteaux et de hachoirs. Puis des résidents de Pré-au-Lard, des centaures, des parents d'élèves, de tous ceux qui souhaitaient vivre libres.
Je vis mes propres parents, les yeux flamboyants de rage. Baguettes levées, ils se battirent ensemble.
Les Nullos lançaient des sortilèges à tout va, lançant des cris de guerre.
Will et Abby Swann menaient leur bataille de leur côté.
Dos à Charlie, je me lançai dans un duel à mort avec un Mangemort. La fureur m'habita, et je criai vengeance : pour mon grand-père, pour Tonks. De ma baguette, je cinglai l'air, lançai des sortilèges. Le Mangemort tomba, remplacé par un autre. Charlie vint me prêter main-forte pour le terrasser. Un troisième prit sa place, je le catapultai sur le mur en face et un bruit sinistre retentit quand son cou craqua sous l'effet de l'impact.
Un jet de lumière rouge passa devant moi, et j'eus juste le temps de reculer avant qu'il ne me touche.
Non loin de moi, Rose se battait elle aussi comme une lionne. Le Mangemort qui lui faisait face était bien décidé à la tuer.
- AVADA KEDAVRA ! hurla-t-il dans sa direction.
Je hurlai le nom de mon amie et levai ma baguette pour conjurer le sortilège du bouclier, mais je ne fus pas assez rapide.
Bony se jeta devant Rose et se reçut le sortilège à sa place.
Il tomba au sol les yeux grands ouverts et Rose poussa un cri de désespoir.
Le Mangemort éclata de rire et je n'eus plus qu'une envie : lui faire le plus de mal possible.
- ENDOLORIS ! fulminai-je, ayant perdu tout contrôle de moi-même.
Le sorcier s'effondra à son tour, son corps secoué de spasmes douloureux. Je lus dans ses yeux la supplication muette d'arrêter son tourment, mais je le laissai ainsi, sans aucune pitié. Ce fut Rose qui le libéra, lui retirant à son tour toute vie de ses yeux.
Nous échangeâmes un regard. La même colère, le même chagrin se lisait dans nos yeux.
- HARRY ! IL EST VIVANT ! hurla quelqu'un.
Je me retournai : les combats avaient cessé. Harry et Voldemort se trouvaient au centre, se jaugeant du regard.
Comment, pourquoi ?
La salle entière retint son souffle : tout se décidait maintenant.
L'aube se leva et ses rayons traversèrent les fenêtres de la Grande Salle, illuminant les visages des deux ennemis.
Ils levèrent conjointement leurs baguettes respectives et prononcèrent en même temps :
- AVADA KEDAVRA !
- EXPELLIARMUS !
Une formidable explosion retentit dans la salle quand les deux sortilèges se heurtèrent avec fracas. Puis, comme un ralenti, la baguette de Voldemort lui fut arrachée des mains et Harry l'attrapa habilement. Alors, le sortilège de la mort se retourna contre Voldemort et le tua.
Il s'abattit au sol sans grâce.
oOo oOo oOo
Ce fut comme s'éveiller d'un cauchemar, mais pour en tomber dans un autre, bien plus cruel.
Agenouillée au côté de Tonks et de Bony, je leur chuchotai :
- On a gagné : nous sommes libres.
Rose renifla, tenant serrée la main de celui qui avait été son mari. Les images se bousculèrent dans ma tête : le jour de la sélection de Quidditch quand j'avais choisi Bonaparte au poste de gardien, la première fois que j'avais parlé à Tonks lors de notre première nuit à Poudlard.
Je lui avais dit qu'elle avait de drôle de cheveux.
Les larmes me montèrent aux yeux. Je ne voulais plus penser à rien.
Je voulais juste dormir. Voir mon fils. M'assurer que Charlie allait bien.
Dans ma main, j'avais toujours l'écharpe des Poufsouffles ensanglantée. Je la posai entre mes deux amis, mes deux Poufsouffles.
Je déposai un baiser sur le front glacial de Tonks comme pour lui souhaiter une bonne nuit et me relevai avec difficulté. Puis, le cœur serré, j'arrachai Rose à la dépouille de Bony et la laissai sangloter contre moi, lui caressant avec une infinie douceur sa chevelure.
Tout était terminé.
Voilà, voilà, voilà.
Pour info, ma charmante beta AppleCherry Pie ne se remet toujours pas de ce chapitre. Quant à moi, j'avoue qu'il a été particulièrement éprouvant à écrire. Je n'ai jamais compris les raisons qui ont poussé Rowling a écrire la mort de Tonks. Remus à la limite, oui: il était un Maraudeur, et il avait encore un rôle à jouer dans la Forêt Interdite, au moment où Harry invoque ses parents, Sirius et Lupin avec la pierre de résurection.
Mais pourquoi Tonks? Elle était drôle et pleine de couleurs. C'est un personnage que j'ai adoré écrire. Je suis encore très attristé de sa disparition. Enfin, j'ai suivi le canon, et, même si beaucoup n'espérait pas sa mort dans cette fic, j'espère que vous ne m'en voudrez pas...
Quand aux autres personnages... je vous laisse faire votre deuil. Mais pour Bonaparte, ce choix est venu de lui même: ce n'est pas juste, mais je me devais de le sacrifier. A la guerre, les gens meurent, les innocents en premier.
J'ai l'air d'un monstre maintenant.
Merci en tout cas pour la lecture de ce chapitre! Je ne vous ai pas encore répondu aux reviews, ce sera chose faite très bientôt. Merci également à AppleCherry Pie qui a littéralement pété un plomb durant la correction de ce chapitre!
Et pour finir sur une note plus joyeuse: si vous souhaitez replongé dans le tome 1 de Polly, je vous invite à vous rendre sur Wattpad à cette adresse:
/ user / DocteurCitrouille (enlever les espace). Il s'agit de la version finale des Pensées Pittoresques.
Et le chapitre 23 de ce présent tome sera posté le 4 décembre!
A très bientôt!
Votre Citrouille
