Auteur : Cybèle
Si vous êtes prêt : advienne que pourra.
Chapitre sept : la marque.
Monsieur le directeur,
Je vous ai fait parvenir cette lettre afin de vous prévenir que mon fils, Draco, sera absent du quatre au neuf février. Je vous prie donc de bien vouloir lui faire préparer les cours prévus pour la dite période avant son départ. Un Portoloin lui sera envoyé le 3 février, prêt à le transporter une fois que les cours de la journée seront terminés.
Avec toute ma considération,
Lucius Malfoy.
S- Retrouvez moi cette après-midi à l'heure du thé, je vous prie. –D.
Mon ventre se tord sous l'effet du désespoir et de l'appréhension tandis je laisse le parchemin glisser peu à peu entre mes doigts. Sans parler des centaines d'émotions différentes qui m'assaillent suite à la requête de Lucius. Dumbledore sait ce qu'elle signifie. Je le sais aussi. Et Lucius sait que nous le savons. Il l'a rédigée un sourire moqueur sur les lèvres. Je peux le jurer.
Je jette un coup d'œil à l'horloge en lâchant un soupir d'irritation comme si cela pouvait suffire à faire tourner les aiguilles dans l'autre sens. Mais elles poursuivent leur tic-tac sadique dans le sens habituel. Je sors rapidement de mon bureau, lançant un charme de Verrouillage par-dessus mon épaule, puis traverse les couloirs jusqu'aux escaliers, les lèvres retroussées en un rictus animal. Puis d'autres foutus escaliers, encore et encore. Je m'arrête devant une gargouille grotesque qui me fixe avec antipathie. Je lui renvoie son regard.
« Jujube », je grogne. Cette fichue bête me fixe d'un air sournois tout en me laissant passer.
« Bonjour, Severus », m'accueille Dumbledore comme s'il s'agissait d'une visite de courtoisie. Comme si nous étions ici pour discuter d'un motif de papier peint à choisir et non du destin cruel d'un jeune garçon. « Un sorbet - »
« Albus », dis-je sèchement.
« Asseyez-vous. » Il pose la glace devant moi et nous sert deux coupes de thé avec autant de bruit et de lenteur qu'il est humainement possible. La soucoupe racle contre le bois tandis qu'il la pousse vers moi. « Que suggérez-vous ? » demande-t-il d'une voix grave tout en portant sa tasse à ses lèvres.
Je suis momentanément stupéfait par la rapidité avec laquelle il a abordé le sujet. Je m'étais attendu à diverses pâtisseries et autres plaisanteries durant cinq minutes au moins. Je ne pensais pas me faire surprendre mais je décide de lui en être reconnaissant.
Reconnaissant, et sans aucune idée de ce que nous pourrions bien faire. « Je suppose que l'on ne peut pas se contenter de le garder ici. »
« Lucius Malfoy saura faire sauter cette décision en quelques secondes. Même si Draco semblait montrer de l'anxiété, j'ai bien peur qu'il n'y a rien que nous puissions faire pour l'obliger à rester. » Il lève les yeux pour étudier mon visage au-dessus de sa tasse.
Je me rends compte qu'il s'agit de mon devoir de le convaincre que le gosse se fait du souci. Et quoi, quelqu'un pourrait-il me dire pourquoi je suis devenu le sauveur personnel de tous les sixièmes années à problèmes de cette école ? Severus Rogue versus Voldemort, acte deux.
« Je lui parlerai », dis-je avec raideur, essayant de ne pas laisser paraître ma frustration. « Mais je ne m'attends pas à avoir beaucoup d'influence sur lui. » Aucune, pour être exact. « Cependant, si jamais j'étais capable de convaincre Mr Malfoy de se retourner contre son père, j'espère que l'école serait en mesure de prendre des dispositions ? »
« Evidemment », acquiesce-t-il.
« Et si je devais constater qu'il n'a pas l'air anxieux du tout ? » Je n'ai pas envie d'entendre la réponse. Je la connais déjà. Je l'ai déjà vécu – il y a plus de vingt ans et à peu près autant de comas.
Dumbledore baisse les yeux avant d'inspirer profondément. « Nous laisserons cette histoire de côté, jusqu'à ce qu'il devienne nécessaire de prendre une décision. »
Je fixe ma tasse. J'ai à peu près autant de chance de convaincre Draco Malfoy de s'opposer à son père que de persuader Voldemort de mettre des fleurs dans ses cheveux et de prêcher l'amour et la paix sur terre. Je renifle en y songeant et lève les yeux pour voir que Dumbledore me fixe. Il a l'air fatigué, comme si son optimiste et son espoir habituels avaient perdu leur lutte contre la pesanteur et glissaient à présent lentement vers le sol.
« Comment allez-vous, Albus ? » je demande avant même d'avoir eu la chance d'y réfléchir. Ces mots ont une étrange saveur sur ma langue, et je ferais n'importe quoi pour être capable de revenir en arrière.
Ses yeux s'illuminent furtivement et je sens les coins de ma bouche s'étirer avec dédain. Il trouve ça amusant que je puisse m'inquiéter pour sa santé. Je me rappelle pourquoi je n'ai jamais posé cette question : je n'en ai franchement rien à foutre.
« Ce fut une année éprouvante », dit-il en souriant.
Un euphémisme. L'année a été éprouvante pour moi, entre les douleurs fréquentes dans mon bras gauche, la bataille futile entre ma libido et ma raison pour prendre le contrôle de mon corps, et mon double jeu entre les bons et mauvais côtés de Poudlard. Mais peu importe ce que j'ai pu endurer, Dumbledore a probablement du subir dix fois plus. Je ne sais rien de son travail avec l'Ordre du Phénix, sa lutte dans l'ombre contre les forces du mal, celle contre le Ministère. Sans même parler les autres tâches stupides qui incombent au directeur d'une école. Le poids du Monde des Sorciers repose sur ses vieilles épaules et son dos commence à ployer.
Je repose ma tasse de thé et la soucoupe sur le bureau avant de me lever, essayant de chasser cette constatation qui ne demande qu'à s'imposer : Dumbledore ne sera plus ici très longtemps. « Je lui parlerai », je répète.
« Vous me ferez savoir si il y a quoi que ce soit que je puisse faire », dit-il. Sa bouche s'étire en un sourire triste et me fixe avec ce qui ressemble à de l'espoir. Cela me fera du mal de devoir lui avouer que j'ai échoué.
Je hoche la tête avant de tourner les talons. Le fantôme de son regard plein d'espoir me suit jusqu'aux donjons.
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« Le cours est terminé. Monsieur Malfoy, pourriez-vous venir dans mon bureau un petit moment ? » dis-je en levant les yeux pour apercevoir un bref éclair d'appréhension dans son regard froid. Il sait très bien de quoi j'ai l'intention de parler avec lui. Il hoche la tête de façon mécanique et continue à ranger ses affaires. Je sors de la pièce avant lui, entrant dans mon bureau en laissant la porte entrouverte. Je m'assieds à mon bureau.
Des bruits de pas hésitants se font entendre dans le couloir. Il jette d'abord un coup d'œil à l'intérieur avant de se faufiler dans la pièce, sans même toucher la porte.
« Fermez la porte et asseyez-vous », fais-je, sans le quitter des yeux.
Il se détourne mais il hésite un petit moment avant de refermer doucement la porte puis de venir près de moi. Il s'assied et prend une posture rigide, le visage neutre si ce n'est son expression moqueuse naturelle.
« Votre père a envoyé une lettre au directeur le priant de bien vouloir excuser votre absence durant cinq jours en février. »
« Oui, monsieur », répond-il en crispant sa mâchoire.
« Auriez-vous l'obligeance de m'en expliquer la raison ? » Ma voix est basse et habituelle, mais il sait ce que je suis en train de lui demander. Je suppose que Lucius l'a déjà préparé pour ce petit interrogatoire. Il me fixe avec l'assurance qu'a celui qui a toutes les réponses écrites sur les paumes de ses mains.
« C'est mon anniversaire, monsieur. C'est assez courant que les étudiants rentrent chez eux lorsqu'ils atteignent leur majorité, non ? »
Je secoue doucement la tête. « Ce que j'aimerais savoir, c'est si vous désirez réellement tout ça. »
Son regard d'acier vacille peu à peu. Il expire lourdement avec un écho de frustration. « Je vais atteindre ma majorité, monsieur. Je dois rentrer chez moi. La tradition des Malfoy », explique-t-il calmement. Je le fixe avec un regard peu impressionné. « Je n'ai pas le choix », fait-il entre ses dents.
Je me lève et contourne le bureau pour me poster devant lui, m'appuyant contre le bois et croisant les bras sur ma poitrine. « Si vous persistez à faire ça, vous ne serez plus autorisé à rester dans cette école », lui dis-je. « Vous serez inspecté dès votre retour ici et si le directeur s'aperçoit que vous avez commis l'irréparable, vous serez expulsé. Votre baguette sera brisée et vous devrez vous expliquer auprès des Aurors. Même si c'est au nom de la tradition, il s'agit d'un sacrifice assez gros. »
Ses joues rougissent sous l'effet de la colère. « Je ne vous crois pas, de tous les gens… » commence-t-il, bouillonnant de colère. « Vous allez tous nous inspecter, professeur ? Vous retourner contre votre propre maison ? »
Je rigole avec malveillance. « Non. Au contraire. J'essaie justement d'éradiquer les vermines qui pourrissent ma maison, monsieur Malfoy. Et si cela signifie que je dois tout vous examiner, vous pouvez être certain que je le ferai. » Je le fixe avec dureté jusqu'à ce qu'il baisse les yeux. « Ce que vous devez choisir, c'est si vous désirez réellement gâcher votre vie pour avoir une chance de ramper aux pieds du Seigneur des Ténèbres. »
Il inspire profondément avant de secouer la tête. « Ca n'a rien à voir avec lui. En fait vous me demandez de choisir entre mon père et - »
« Et vous-même. Oui, quel cruel dilemme », je ricane.
Ses yeux brillent avec indignation. « Vous ne comprenez pas. »
« Vraiment ? »
« Je n'ai pas le choix », insiste-t-il.
« Je suis en train de vous donner le choix, Mr Malfoy. Vous serez en sécurité ici. »
Il lâche un rire sans joie. « Super. Donc, vous allez m'enfermer ici, comme Potter ? »
« Votre situation ne ressemble en rien à celle de Potter. Le Seigneur des Ténèbres ne perdra pas son temps à vous courir après. Il a déjà assez à faire avec un seul gamin têtu et obstiné. »
« Mon père me déshériterait. »
Je le fixe longuement et je peux voir que mes efforts sont vains. Après tout, c'était couru d'avance. L'amour d'un fils pour son père. L'amour d'un Malfoy pour sa lignée. Je sens ma poitrine se remplir de désespoir et j'inspire longuement afin de retrouver assez d'énergie pour mon argument final. « Vous devriez peut-être vous demander si vous souhaitez vraiment vous soumettre à un homme qui vous forcera à obéir au moindre de ses désirs. » Je vois que mes mots l'ont heurté et je retourne m'asseoir derrière mon bureau. « Mais il s'agit d'un tout autre problème. Pour le moment, Mr Malfoy, je vous offre le choix qui m'a été donné il y a de ça plusieurs années. Je vous conseille de prendre la décision la plus sage. Car si jamais vous décidez de changer d'avis une fois que c'est fait, les conditions de départ se seront multipliées à un point que vous ne pouvez même pas imaginer. Ayez l'obligeance de me le faire savoir, afin que je sache si je dois ou non préparer vos cours si nécessaire. »
Sa tentative de riposte est contrée par mon regard implacable. Il me fixe un moment avant de hocher brusquement la tête et de se lever. Une fois à la porte, il se tourne vers moi et mon ventre se crispe lorsque je vois le découragement dans son regard.
« Pouvez-vous m'obliger à rester ? »
Je prends une longue inspiration en remerciant le peu d'énergie qui me reste de m'accorder encore ce pouvoir. « J'ai bien peur que la décision reste votre. »
Je le vois pivoter et s'éloigner rapidement. La porte se referme derrière lui.
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« Vous vouliez me voir, professeur Dumbledore ? »
« Entrez, Severus, entrez. Désirez-vous un peu de thé ?
« Avec plaisir, monsieur. » Je m'assieds dans la chaise bleue en face de lui et pose mes mains moites sur mes genoux. Mon cœur est en train de passer en revue toutes les possibilités de cette invitation et je me rappelle avec amertume la dernière fois où je suis venu dans ce bureau. Le secret qu'il m'a obligé à cacher n'a cessé de hanter mes cauchemars depuis.
« Vous allez atteindre vos dix-sept ans durant les prochaines vacances, c'est bien cela ? » Il sourit avec gentillesse, mais je peux sentir ses yeux examiner la moindre de mes réactions. Je m'imagine rédiger mon testament ainsi que mes dernières volontés afin de garder un visage impassible, comme Lucius m'a dit de faire.
« Oui, monsieur. »
Il se met à glousser. « Je me souviens lorsque j'ai atteint la majorité. Mon père a du réparer les fenêtres une bonne trentaine de fois avant que tout ne soit fini. Ils ont du me garder enfermé une bonne huitaine de jours. » Ses yeux se perdent dans le vague tandis qu'il replonge dans ses souvenirs. Même si je me moque totalement de ce qu'il raconte, je ne peux m'empêcher d'être impressionné. La plupart des sorciers n'ont besoin que de deux jours pour acquérir tout leur pouvoir.
Je remue dans ma chaise avec impatience. Je suis presque certain qu'il sait ce que j'ai l'intention de faire. Cela ne m'étonnerait pas. Dumbledore est toujours au courant de tout.
Ses yeux se froncent une fois de plus. « J'ai parlé à votre mère, Severus. Elle m'a dit qu'elle avait tout préparé. Bien entendu, j'ai comme l'intuition que vous ne serez pas de retour à temps pour le début du trimestre. » Il me fait un clin d'œil et mon estomac se retourne avec un mélange de haine et de culpabilité. Ainsi que de la fierté pour son assurance en mes pouvoirs. Je chasse cette pensée. Je me fous bien de ce que ce vieil obsédé des moldus peut bien penser de moi.
« Votre mère m'a également fait part de votre souhait de passer ces vacances au manoir des Malfoy, est-ce vrai ? Son ton est amical mais ses yeux me fixent avec accusation.
« C'est ce que je voulais, oui. Mais elle a refusé », dis-je en contractant ma mâchoire sous le coup de la colère. Qu'est-ce que ça peut bien vous foutre, de toute façon ? Je maudis ma mère pour s'être alliée à ce vieux hibou.
« Et bien, je suis certain qu'elle désire ce qu'il y a de mieux pour vous. Les jeunes sorciers sont très vulnérables, durant cette période de leur vie », fait-il en souriant. J'essaie de retenir le sourire moqueur qui se faufile jusqu'à mes lèvres. Je ne suis pas un imbécile. Et encore moins l'un de ses moldus de compagnie qui ont toujours besoin de lui raconter tout en détails. « Ce qui me préoccupe, ce sont de récentes rumeurs concernant Voldemort – il semble avoir démontré un intérêt remarquable pour les jeunes sorcières et sorciers en passe de devenir adultes. »
Mon corps tout entier se frigorifie. Voilà la conversation à laquelle je m'attendais en venant ici. Je me prépare pour l'interrogatoire version Dumbledore. Je prends l'expression de surprise que chacun affiche lorsque le vrai nom du seigneur des Ténèbres est prononcé.
«A ce qu'il parait, il a découvert un moyen pour s'approprier les pouvoirs magiques d'autres personnes, ce qui lui permet en quelque sorte d'être lié à ces sorciers et d'être encore plus puissant. » Il se laisse aller dans sa chaise, tapotant la pointe de son nez tordu du bout des doigts. Je me force à prendre une expression horrifiée. Il sourit devant mes efforts avant de poursuivre. « En conséquence, vous devez comprendre qu'il faut rester prudent, Severus. »
Je hoche la tête laconiquement en essayant d'empêcher mes lèvres de s'étirer en un rictus. Etre prudent, en effet. Cet homme a laissé des Sang-de-Bourbes et autres loups-garous envahir l'école et il se permet de me faire la leçon. Une fois de plus la rage m'envahit. Ce sont des hommes comme lui que nous combattons. Des hommes comme Dumbledore, qui accuse le seigneur des Ténèbres des pires atrocités et autorise pourtant ses précieux Gryffondor à manigancer les pires complots meurtriers dans l'école sans risquer plus qu'un simple renvoi temporaire de l'école.
Il m'examine longuement avant de retrouver son sourire ridicule. « Je ne vous retiendrai pas, jeune homme. Je souhaitais simplement vous souhaiter un joyeux anniversaire et de bonnes vacances. Ainsi qu'une bonne chance. »
Je le fixe pendant un moment, laissant mon masque s'estomper juste un instant afin qu'il puisse percevoir la haine dans mes yeux, puis je me lève et lui souris également. « Merci beaucoup, professeur Dumbledore. Je vous souhaite également de bonnes vacances », fais-je en me tournant vers la porte.
« Severus ? »
Je lève la tête de ma main pour voir qu'il semble avoir fini d'étudier. Il fronce les sourcils.
« Quoi ? » dis-je sèchement.
« Est-ce que ça va ? » demande-t-il. Une question qui est bien trop souvent sortie de sa bouche ces temps-ci. Je soupire. « « Tu as terminé ? »
Il acquiesce avant de déposer son livre puis de se rapprocher. Il prend son habituelle position post-étude et lève les yeux vers moi, son menton posé sur mon genou. « Tu as envie d'en parler ? » fait-il calmement.
Je pince les lèvres. « Parler de quoi exactement ? »
Il hausse les épaules. « De ce qui semble te tracasser depuis des semaines. »
« Je vais très bien », je mens. Il n'a pas l'air convaincu. Sa bouche se tord en une moue boudeuse. Je le fixe avec un regard d'avertissement. Même si je n'espère plus que cela finisse par agir sur lui.
« Tu veux aller te coucher ? »
« J'ai dit que j'allais bien, Potter. Sois gentil et dégage. »
« Je ne vous ai pas demandé si vous étiez bien ou non, professeur, juste si vous vouliez venir au lit avec moi. »
« Tu n'es qu'un sale gamin effronté. »
« Et toi tu es impossible », riposte-t-il avec un large sourire.
« Dégage. »
« Si tu viens avec moi. » Il se met debout et me tend la main. Etant donné que j'ai fini par devenir un pauvre type sans aucune volonté, totalement sous soumis aux désirs de sa queue, je ne peux qu'accepter son invitation et le laisser me mener vers le lit – dans ce monde où Draco Malfoy n'existe pas et ne risque pas de recevoir bientôt la marque parce que j'ai échoué.
Il se glisse sous la couette à côté de moi, sa peau chaude et nue se collant à la mienne. Je lâche un soupir de satisfaction. Son bras se pose sur ma poitrine et ses doigts commencent à jouer avec mes cheveux. Il m'embrasse l'épaule.
« C'est Malfoy, c'est ça ? »
« Potter », je le mets en garde.
« Ne m'appelle pas comme ça. J'ai juste remarqué que tu avais l'air...préoccupé depuis qu'il est parti. »
« Je te prierai de te mêler de tes propres affaires. Le sort de mes étudiants ne te concerne pas. »
« Tu as raison », dit-il en grimpant sur moi. « Mais le tien, si. » « « Comme c'est touchant », fais-je d'une voix traînante en essayant de le foudroyer du regard – difficile étant donné nos nudités respectives. Je ferme les yeux. « Mais je n'ai vraiment pas besoin que tu t'inquiètes pour moi. »
« Tant pis, ça ne m'empêchera pas de le faire. Alors il faudra juste que tu apprennes à vivre avec, ok ? »
J'ouvre la bouche pour lui rétorquer que non, je n'ai pas besoin de vivre avec, mais il me coupe.
« Ferme-là. Je continuerai à me préoccuper de toi même si tu me fous dehors. » J'ouvre les yeux pour le voir me fixer avec un large sourire.
« Comment est-ce que je fais pour te supporter ? »
Son sourire s'élargit. Il soupire avec emphase avant de dire : « Ca doit être parce que tu aimes », me balance-t-il avant de se pencher pour m'embrasser.
Je me raidis, comme à chaque fois que cet horrible mot est prononcé. Il roule des yeux. « Je rigolais, c'est tout. »
Je passe ma main dans ses cheveux. « Je m'en doutais. Comment quelqu'un pourrait-il aimer un gosse qui représente une telle source d'irritation ? » dis-je avec un rictus en haussant un sourcil.
Il fronce les sourcils avec évidence. « Parce que je suis un jeune homme charmant, intelligent, attentionné, et je sais me révéler un excellent amant quand il le faut. » Il ricane et me donne un coup de hanche pour prouver ses dires.
« Oh ? Un excellent amant ? Et dites-moi donc, Mr Potter, qui vous a dit que vous l'étiez ? »
« Jusqu'à présent je n'ai jamais eu de plaintes venant de toi. »
« Et bien, je me dois d'encourager mes étudiants », je murmure avant de fermer les yeux.
Il renifle. « Ouais. Et si tu continues à nous encourager comme ça on va tous finir en dépression nerveuse. »
« Oh, ferme-la. »
« T'as qu'à me forcer », chuchote-t-il avec un air de défi.
Et je m'exécute.
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Je suis étendu, essayant de me concentrer sur cette chaleur à mes côtés, sur la respiration régulière d'un sommeil trop rarement serein. En vain. Mon esprit s'éloigne vers un autre adolescent qui est train de se sacrifier ce soir même. Je n'ai pas réussi à lui venir en aide. Ni à lui ni à Dumbledore. Et d'une manière ou d'une autre j'en souffre aussi. C'est une des raisons pour lesquelles j'ai accepté ce maudit job. Il a toujours été clair pour moi que pendant que le monde des sorciers fêter la victoire d'un mystérieux gamin sur le grand Voldemort, le monstre existait toujours quelque part. Même si la Marque des Ténèbres s'était effacée jusqu'à n'être plus qu'une simple coloration foncée de la peau, le pouvoir qui était contenu à l'intérieur ne s'était jamais estompé. Les fidèles de Voldemort savaient que ça n'était qu'une question de temps. J'étais posté ici dans le but de surveiller et d'être surveillé.
Le petit Mangemort apprivoisé d'Albus.
La Marque s'était faite discrète jusqu'à l'incident avec Quirrel. De petites démangeaisons magiques s'étaient alors faites sentir sous la peau. Le Seigneur des Ténèbres était faible, mais il se fortifiait. J'ai essayé de faire part à Albus de mes craintes, mais ce vieux fou ne m'a pas écouté. Je pense cependant qu'il savait à l'époque que j'avais raison. Et lorsque ce gosse a de nouveau vaincu Voldemort, la Marque est redevenue silencieuse.
On ne peut pas me considérer comme coupable de mon incapacité à écarter le jeune Malfoy du chemin des Ténèbres. Il a subi un conditionnement dès son arrivée sur terre il y a de cela dix-sept ans. La plupart des étudiants dans son cas l'ont été. Je m'interroge vaguement sur mes possibilités d'en sauver un seul. Si c'est seulement possible.
Mes pensées sont interrompues par une soudaine tension à mes côtés, suivie d'un sanglot. Je suis quasi certain de ne pas avoir besoin de demander de quoi il est en train de rêver. Un faible tressaillement magique parcourt ma peau et je me gratte distraitement tandis que je me tourne pour voir la figure de Harry se tordre sous l'effet de l'augmentation de pouvoir de Voldemort. Il se met à crier et s'assieds brusquement, sa main crispée sur sa cicatrice. Je reste couché en silence en attendant que ça passe. Il roule sur le côté et enfouit sa tête contre ma poitrine, ses mains plaquées à l'arrière de sa tête, agrippant ses cheveux. Je lui caresse le dos, plus par habitude que par réel désir de le réconforter. C'est d'ailleurs inutile.
Après un long moment, son corps se met enfin à se détendre. Il respire lourdement et s'essuie les yeux contre mon torse. Il lève ses grands yeux humides vers moi. Je n'arrive pas à dire si c'est à cause de la douleur ou autre chose. Il renifle et retombe sur le dos, ses mains cachant sa figure. Je me rends compte qu'il est en train de pleurer. Je m'abstiens de faire un commentaire et le laisser continuer.
Au bout d'une heure, ou plus probablement de quelques minutes à peine, il s'assied et s'essuie le visage avec son bras. Il se tourne pour me voir en train de l'observer. Ses yeux se posent sur mon bras gauche, que je glisse sous la couette par réflexe. Il renifle avec dégoût et secoue la tête avant de regarder ailleurs. « Tu l'as laissé prendre ta magie », dit-il.
« Pas vraiment », je réponds en un murmure. L'amertume s'infiltre dans chaque pore de ma peau.
« Je l'ai vu…je l'ai senti. Il a pris la magie de Malfoy », insiste-t-il. Ses yeux brillent avec colère.
« Il ne la prend pas. Il se contente de la contenir avec la marque et de l'associer à ses propres pouvoirs. Il peut y accéder, mais il ne pourra jamais la prendre », j'essaie de lui expliquer. L'expression de révulsion qu'il a sur le visage me tord le ventre. Je détourne le regard. I Il pose son front sur ses genoux. « Ca fait mal, n'est-ce pas ? Il ne - il n'arrêtait pas de crier, » chuchote-t-il. Je hoche la tête, la gorge trop nouée pour lui dire d'aller se faire foutre. Il ne peut me voir de toute façon, alors ma réponse ne sert à rien. Il se tord à nouveau et me fixe avant de se coucher sur le côté. Sa main se glisse sous la couverture pour attraper mon poignet. « Je peux la voir ? »
Il n'y a jamais prêté attention avant, de même que je feins de ne pas voir cette horrible cicatrice sur son front. Le fait qu'il veuille la voir maintenant me dérange plus que la normale. Je devrais plutôt être surpris que ce soit seulement maintenant qu'il devienne curieux.
Soupirant avec irritation, je le laisse extirper mon bras de dessous la couette. Malgré toutes les fois où je me suis retrouvé nu avec lui, je ne me suis jamais senti aussi exposé. Il s'agit de ma plus grande honte, une honte éternelle. De même que j'ai bien souvent souhaité la voir disparaître, j'éprouve aujourd'hui de la crainte pour la magie qui est contenue à l'intérieur. C'est marque est autant liée au gosse qui la fixe avec crainte qu'au salopard qui l'a gravée dans ma peau. Lorsque souhaiter la mort de quelqu'un revient à se préparer à celle de l'autre.
Je me retiens de rire avec ironie.
Il ne la touche pas, mais l'observe, ses yeux brillant de mille feux et sa bouche tordue avec dégoût. Sa gorge se contracte avec difficulté, à en juger par la grimace de douleur sur son visage. Je suppose qu'il est en train de ravaler toutes les questions qui lui viennent logiquement en tête. L'une d'entre elle se fraie quand même un chemin jusqu'à ses lèvres. « Pourquoi ? » s'étrangle-t-il, ses yeux se mouillant à nouveau. Il cligne des yeux et me regarde.
J'essaie de dégager mon bras mais il resserre sa prise et s'excuse.
« Je suis désolé », fait-il rapidement. Je n'aurais pas du… ce n'est rien. C'est juste que je… » Il soupire avec frustration avant de fixer à nouveau la marque qui a pris la couleur du sang séché depuis que Voldemort s'est manifesté il y a à peu près une heure. Son pouce caresse l'intérieur de mon poignet. « Est-ce que je peux...la toucher ? » Son regard croise le mien.
Je prends un petit moment pour contenir mon irritation. « Si tu penses en avoir besoin », je murmure. Son visage prend une expression concentrée et il prend une profonde inspiration avant de rapprocher lentement sa main de la tâche.
« Oh, pour l'amour du ciel », je grogne avant d'attraper sa main et de la poser de force sur la marque. Il mord sa lèvre inférieure puis presse son index contre ma peau.
Durant un instant nous retenons tous deux notre souffle. Je m'attends presque à ce que quelque chose se produise – une réaction quelconque à l'intérieur même de la marque. Mais rien ne se passe. Lui aussi semblait s'attendre à plus. Son doigt la caresse doucement puis il retire finalement sa main. « Qu'est-ce qui va lui arriver ? » fait-t-il. Il frotte inconsciemment son doigt contre la couverture.
« A qui ? » je demande, même si je sais déjà de quoi il parle.
« Malfoy. Il va être expulsé ? »
Je me redresse puis me glisse hors du lit. « C'est une affaire entre Mr Malfoy, le directeur et moi-même, aussi je te demanderai de bien vouloir éviter ce sujet. » J'enfile ma robe puis me tourne pour voir qu'il s'est lui aussi levé pour ramasser ses propres vêtements.
« Tu ne peux pas le laisser rester », s'indigne-t-il tout en s'habillant. Il ne regarde pas dans ma direction, ce qui lui permet d'éviter ma mise en garde visuelle. Sa remarque stupide ne mérite aucune réponse aussi je marche rapidement jusqu'au salon. Il me rejoint au bout d'un moment.
« Et si Voldemort lui ordonne de te tuer ? » sa vois résonne dans la pièce.
Je renifle et consent à lui donner la réponse à la question qui le tarabuste réellement. « Tu n'es pas plus en danger aujourd'hui que tu ne l'étais hier. Si tu penses que la marque change quelque chose à sa loyauté alors tu es encore plus naïf que je ne l'aurais imaginé. Mr Malfoy ne va tuer personne », à Poudlard j'ajoute mentalement. Je suppose qu'un meurtre sera probablement commis avant qu'il revienne ici. L'une des dernières étapes nécessaires au rituel. Je me demande vaguement combien de temps ça lui prendra. J'ai eu besoin d'un jour et demi pour invoquer suffisamment de magie nouvellement acquise pour utiliser ce sort. Malfoy a encore quatre jours pour y parvenir.
Il se dirige vers mon siège et se poste devant moi. « Tu vas le laisser rester ici, c'est ça ? » Il me foudroie du regard avec ce qui ressemble à de l'accusation.
Je lui réponds avec colère et indignation. Pour qui se prend-il ? « J'espère que tu ne t'es pas mis en tête que parce que j'enfile ma queue dans ton cul cela te donne le droit de me dire comment je dois faire mon travail. Contrairement à ce que tu pourrais croire, Potter, ceci n'a vraiment rien à voir avec toi. Tu es en train de simplifier une situation extrêmement délicate. Il est fâcheux que tu es été témoin de ce qui s'est passé. Mais être un spectateur ne signifie pas pour autant que tu joues un rôle actif dans cette histoire. Aussi je te prierai de te mêler de tes propres affaires. »
Sa figure vire au rouge, ses lèvres au blanc. « Comment peux-tu encore le défendre ? En sachant ce qu'il a fait, comment est-ce que tu peux… » Il s'interrompt tandis que ses yeux se posent sur mon bras.
« Bonne nuit, Mr Potter. »
« Ce n'est quand même pas pareil. Toi au moins tu avais une famille normale, lui… »
Je hausse les sourcils avec interrogation. Il détourne le regard. « Ecoute, fais ce que tu veux. C'est ce que tu feras de toute façon. » Il se penche pour attraper son sac et en sort son pot de poudre de Cheminette. Je suis encore intrigué par le fait qu'il ait mentionné ma famille et plus encore par son air de certitude lorsqu'il en a parlé. Je me demande s'il a appris quoi que ce soit de Black mais je doute que celui-ci sache quoi que ce soit. Il a rencontré ma mère une fois, mais il l'a saluée, sans plus. Je décide qu'il vaut peut-être mieux ne pas savoir ce qu'il a découvert et si je lui en parle, cela ne fera que susciter des questions auxquelles je n'ai pas envie de répondre.
« A plus », fait-il d'un ton boudeur avant de disparaître dans la cheminée.
Je réprime l'envie de lui balancer quelque chose et je feins de ne pas voir qu'il se conduit comme un amoureux jaloux. Je ravale la bile qui m'est montée jusqu'à la gorge et me lève. Je retrouve lit, dans lequel j'ai bien l'intention de rester à me prendre la tête pour une autre âme damnée en essayant de ne pas penser à la mienne.
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Plus de vingt ans ont passé depuis que j'ai moi-même subi ma propre initiation aux Forces du Mal. A présent face à face avec le visage hanté de Draco Malfoy, les souvenirs s'esquintent à détruire la muraille que je m'étais érigée pour m'empêcher de me rappeler. Les sorts de Cicatrisation et les potions analgésiques sont vraiment de peu d'utilité à celui qui a du subir l'agonie de toutes ces épreuves. La pâleur de ses yeux ternes trahit les effets dévastateurs sur l'âme que peut causer le Sortilège de Mort.
Quelque part là-dehors gît un cadavre de Moldu, le visage empreint par le soulagement de la mort après des jours en tant que cible personnelle de la nouvelle recrue du Seigneur des Ténèbres. Dix-sept à peine, et déjà en pleine possession de tous les pouvoirs qu'il aura jamais. Entièrement dévoué au Mal.
La cloche se met à sonner et je leur donne la permission de sortir. « Mr Malfoy, juste un petit mot s'il vous plait », je marmonne tandis que je passe à côté de sa table. Je n'ai même pas besoin de le regarder pour deviner l'appréhension qui colore ses joues. Au lieu de cela, je me dirige vers mon bureau, suivi par le bruit de ses pas dans mon dos. « Fermez la porte », j'ordonne tout en franchissant le seuil. Je ne pose pas les yeux sur lui jusqu'à ce que j'entende la porte se refermer doucement. Je me retourne et tends la main. « Votre baguette. »
Un éclair de crainte traverse son visage puis celui-ci se détend avec une colère détachée. Il me tend sa baguette avec obéissance. Je ne m'attends pas à trouver quoi que ce soit, certain que Lucius a détruit toute trace et purgé la baguette de son fils avant de le renvoyer à Poudlard. Cependant, l'inquiétude que je détecte dans son expression me fait penser que cette formalité n'est pas aussi futile que ça. Il a peur. Il a raison de l'être.
« Priori Incantatem. » La trace argentée d'un sortilège de transformation jaillit de l'extrémité. Je repète le sort plusieurs fois – faisant apparaître des sortilèges de lévitations, des charmes, quelques maléfices mineurs, mais rien de bien grave – puis je lui rends sa baguette avant de rejoindre mon bureau. « Ca sera tout. »
« Vous ne voulez pas vérifier mon bras ? » ironise-t-il d'une voix traînante.
« Je laisse ça au directeur. Je subodore que vous recevrez bientôt une invitation pour le thé », fias-je en me tournant vers lui avec un rictus malveillant.
Il me fusille du regard. « Il ne trouvera rien. »
Je grogne avec amusement avant de me pencher en arrière dans ma chaise, les bras sur la poitrine. Je croise son regard arrogant et le soutient jusqu'à ce qu'il craque. « La Marque des Ténèbres n'est pas le seul signe visible de votre forfait, Mr Malfoy. Je suis quasi certain que Dumbledore l'a su dès votre retour à l'école. Je peux en dire autant rien qu'en vous regardant, même si votre cérémonie d'intronisation n'avait pas eu un témoin malgré lui. »
Ses yeux s'élargissent et il lève la tête vers moi, perplexe. Je lui souris d'un air mauvais.
« Mieux vaut pour vous ne pas plaider l'innocence. Vous pouvez vous rendre à votre prochain cours. Je suppose que je vous reverrai bientôt. »
Il pince fermement les lèvres et je suis presque obligé de détourner le regard de la lueur de désespoir que j'ai vu dans ses yeux. Je me retourne pour ramasser le plan de la leçon pour la classe suivante et j'entends la porte s'ouvrir.
« Je n'avais pas le choix, professeur », fait-il doucement.
« Dans ce cas », dis-je en fixant le bois de mon bureau, « rien n'a changé. »
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« Vous avez demandé à me voir, professeur ? » fais-en en essayant de sourire. En vain. Je suppose que je ne sourirai jamais plus.
« En effet, entrez donc, Severus. » Sa voix est plus grave que je ne l'aurais jamais imaginé. Ses yeux me suivent tandis que je m'avance vers la chaise et sa déception m'envahit, semblant s'alourdir à chacun de mes pas jusqu'à ce que je ne puisse plus bouger du tout. Je m'effondre dans ma chaise, déclinant les bonbons qu'il me tend. Je ne pense pas que je pourrais supporter quelque chose d'aussi agréable.
« Comment allez-vous, Severus ? » Ses yeux me défient de lui mentir. Un défi que je relève stupidement.
« Je vais bien, monsieur. Juste un peu fatigué. » Je tente de remonter les épaules pour me donner contenance mais c'est peine perdue. Je sais qu'il sait ce que j'ai fait. Je peux presque le sentir lire en moi, violant mon esprit jusqu'aux profondeurs de ma déchéance. Je chasse les regrets qui tentent de s'immiscer. J'ai fait ce qui fallait faire, je me dis.
Il se radosse à sa chaise et reste silencieux pendant un petit moment. Je remue sur ma chaise avec malaise, conscient de la marque imprimée sur ma peau comme si elle était cousue sur mes paupières. Je la vois à chaque fois que je cligne des yeux. Elle me rappelle notre cause. Elle me rappelle que je ne dois rien à cet homme. Qu'il voudrait me voir rejoindre ses rangs, obéir à ces lois stupides imposées par le monde des sorciers qui favorisent les moldus en dépit du fait que nous sommes bien plus puissants qu'eux. En outre, nous sommes obligés de nous tenir à l'écart de ces imbéciles et de rester cachés simplement parce qu'ils ne sont pas capables d'accepter ce qu'ils ne peuvent comprendre. Cet homme, malgré sa propre nature, respecte totalement leurs préjugés. Et il voudrait que j'en fasse de même.
Je relève la tête en me forçant à croiser son regard. Lorsque j'y parviens, il me fait un sourire triste. Je fais semblant d'ignorer les remords violent qui s'immiscent entre mes convictions profondes.
« J'ai bien peur que vous n'ayez fait une chose totalement irréfléchie, Severus. » Il lève la main pour m'empêcher de parler « Ce que je veux savoir, c'est si vous souhaitez rester à Poudlard ? »
Je fronce les sourcils puis hoche la tête avec suspicion.
« Dans ce cas nous sommes d'accord », fait-il en tendant la main vers son pot de thé. Il me sert une tasse après s'en être servi une pour lui-même. Je l'observe, totalement déconcerté, m'interrogeant au juste sur ce que je viens d'accepter. La porcelaine de la soucoupe racle la table tandis qu'il pousse celle-ci vers moi. Il porte la tasse à ses lèvres et je fixe ma propre tasse avec méfiance, sans boire. « « Juste un peu d'Earl Grey, Severus. Vous n'avez rien à craindre », dit-il, ses yeux pétillant pour la première fois depuis le début de l'entretien. Je ne parviens à me décider si je lui suis reconnaissant pour cette petite étincelle dans ses yeux ou si je le hais. Je sirote le thé brûlant, l'observant par-dessus le bord de la tasse. Je m'attends presque à ressentir la douce béatitude causée par le Veritaserum. Ce n'est que du thé, tout compte fait. J'avale avec amertume puis repose ma tasse sur la soucoupe. Je place nerveusement mes mains sur mes genoux.
« Qu'attend-t-on de vous, tant que vous restez dans cette école ? », demande-t-il tout de go.
Mon premier réflexe est de jouer les ignorants comme on me l'a dit de faire. Mais je suis certain que Dumbledore ne se laisserait pas prendre. Je baisse les yeux. « Il n'a rien demandé. Pas tant que je suis ici. » Ca n'est pas vraiment un mensonge. Voldemort n'est pas complètement idiot au point de croire qu'un Mangemort actif pourrait se déplacer librement dans Poudlard. Il a été demandé à ceux d'entre nous qui font partie du groupe de rester tranquille et de lui faire un rapport durant les vacances.
Je vois comme un éclair passer dans ses yeux et il hoche la tête. Je me demande ce qu'il a bien pu lire dans ma réponse. Je passe mes déclarations en revue.
Au bout d'un moment, il prend à nouveau la parole. « Très bien. Lui avez-vous parlé directement ? A-t-il semblé intéressé par quelque chose en particulier ? »
Je contracte la mâchoire et secoue la tête. Pour être honnête, lorsque j'ai parlé avec lui, la seule chose qui semblait l'intéresser c'était moi. Mais quelque chose m'empêche de faire part de ça à Dumbledore. Je crains presque qu'il découvre quelque chose dont j'étais moi-même ignorant. Je refuse d'être ridiculisé par cet homme. Pas à nouveau.
Il m'examine durant un moment avant de hocher à nouveau la tête. « Bien entendu, je suis supposé vous remettre entre les mains des Aurors, Severus. Mais je ne pense pas que cela servirait à beaucoup. Je suis prêt à vous accepter ici, à condition que vous partagiez avec moi toutes les informations dont vous pourriez être mis au courant. Je vous laisse la liberté de décider ce dont vous me ferez part ou non. J'ai foi en vous et je pense que vous ne me décevrez pas. » Les mots « une deuxième fois » ne sont pas prononcés. Il me fixe par-dessus ses lunettes et au bout d'un moment je réalise qu'il attend mon consentement. Je m'attends à ce qu'il me donne d'autres conditions. Tandis que le silence s'allonge entre nous, mon appréhension croît.
« Ca sera tout », fait-il en se levant. Il marche jusqu'à la porte et l'ouvre pour moi. Je me mets debout avec peu d'assurance. Il y a sûrement autre chose. J'ai tué quelqu'un. Et bien qu'il soit possible qu'il ne soit pas au courant de tout ce que le rite d'initiation implique, devenir un Mangemort mérite une punition bien plus grande que ça.
Je me dirige vers la porte d'un pas mal assuré, m'attendant à tout moment à entendre le reste de la sentence prononcée contre moi. Arrivée au pied de la porte, je me retourne vers lui. « Monsieur, vous n'allez pas le dire à ma mère ? » I Il inspire profondément. « Severus, votre mère a suffisamment souffert. Etant donné que vous avez prise cette décision en tant que sorcier adulte, je ne vois pas la nécessite de lui en faire part.
La reconnaissance se mêle à la culpabilité et au ressentiment que je me dirige vers la grande salle pour le dîner. Lorsque que je traverse le hall d'entrée je croise James, le loup-garou et cette moldue. Je m'arrête en prenant une expression menaçante, mes bonnes résolutions se solidifiant aussi vite que les remords.
« « Salut, Sev. Bon anniversaire », fait James avec un sourire gêné. Sa main attrape celle de la fille.
Je grogne avant de les pousser pour entrer dans la salle. Lucius m'a gardé une place.
« Monsieur ? Dumbledore a dit que vous vouliez me voir. »
J'ouvre les yeux pour voir Malfoy, sa figure à peine marquée par l'impatience et la crainte. Je souris amèrement. Il pense s'en être tiré.
« J'espère que vous avez pleinement compris les conditions que le directeur vous a présentées. » Il acquiesce en essayant de cacher la satisfaction sur son visage. Il y parvient presque. « Dans ce cas vous me tiendrez au courant des informations que vous jugez nécessaires », dis-je sur un ton cynique afin de lui prouver que je ne suis pas le moins du monde convaincu.
« Oui, monsieur. »
« Avez-vous quelque chose à me dire maintenant ? »
« Non, monsieur. »
Je laisse un sourire amusé se faufiler sur mon visage. Son assurance faiblit. « Vous pouvez rejoindre votre maison pour le dîner, Mr Malfoy. »
Il me fixe d'un air stupéfait avant de s'en aller. Je le suis au bout de quelques minutes. Une fois assis à la table des professeurs, je l'observe s'amuser et rire avec ses camarades. Je peux sentir le regard émeraude qui me fixe avec trahison. Dumbledore entre à son tour et me tapote l'épaule en allant vers son siège.
Je regarde dans la direction de Harry qui secoue la tête avant de reporter sur attention sur ses amis. Il faudra bien que je parvienne à lui expliquer que tout est sous contrôle. Qui sait, je pourrais peut-être finir par y croire moi-même.
