D'un château à un autre.
[S7] : « Le massacre chez les Freys, c'était vous, n'est-ce pas ? » La jeune fille releva la tête. « Oui, c'était moi, affirma-t-elle sans broncher. » Brienne ne sut alors si elle devait être admirative ou effrayée de savoir qu'une gamine avait réussi à faire ce qu'elle n'avait jamais fait.
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Arya Stark n'était plus une petite fille inoffensive.
Non pas qu'elle l'ait jamais réellement été, mais à vrai dire, Brienne ne la connaissait pas suffisamment pour le savoir, et la première fois qu'elle l'avait vue, aux Eyrié, ce n'était effectivement qu'une enfant.
Une enfant qui avait déjà tué, certes, mais quant même.
Déjà à l'époque, la femme chevalier avait conscience qu'il ne fallait pas se fier aux apparences, et qu'il n'était en aucun cas une bonne idée de la sous-estimer. Même si elle ne l'avait pas compris immédiatement.
Ça lui avait coûté cher à ce moment-là, puisqu'elle n'avait même pas envisagé l'idée qu'elle puisse s'enfuir au cours de son combat contre le Limier. Et elle l'avait perdue de vue, perdue pendant plusieurs années, alors qu'elle avait été, pendant quelques secondes, si proche du but.
Et maintenant, elle s'en rendait véritablement compte, Arya n'était définitivement pas une personne à se mettre à dos, enfin, pas si on avait envie de rester en vie un nombre appréciable d'années.
Après son combat contre elle, elle réalisa à quel point la jeune fille était devenue forte.
Tout ça lui laissait un certain goût amer, car, si Arya était bel et bien rentré à la maison, à Winterfell, ce n'était pas grâce à elle.
Elle avait échoué, en un sens, elle n'avait pas réussi à tenir sa promesse faite à Catelyn Stark.
Elle avait fait un serment à sa mère, et elle ne l'avait pas tenu.
D'un autre côté, cela prouvait bien que la jeune femme en devenir qu'était Arya Stark pouvait s'en sortir toute seule, et qu'elle n'avait pas besoin de son aide, ce qui était un bon point.
En la regardant s'entraîner avec Podrick (qui avait décidément encore beaucoup de choses à apprendre), et en constatant la virtuosité de ses mouvements et de ses coups, la jeune femme sentit un frisson glacé la traverser.
Peu de temps avant le retour de la Sans-visage au château des Stark, la nouvelle de la mort de Walder Frey et de tout ses fils était parvenue jusqu'à Lady Sansa, qui, en apprenant la nouvelle, s'était fendue d'un léger sourire.
Les Noces pourpres et la mort de sa mère et de son frère étaient enfin vengées, peu importe par qui, au moins, les Freys ne leur causeraient plus jamais de soucis.
Et, en voyant Arya se battre, Brienne se remémora ce qui avait été dit après la mort du patriarche et de ses fils :
« Si jamais on te demande ce qu'il s'est passé ici, dis leur que le nord se souvient, et que l'hiver est tombé sur la maison Frey. »
Le Nord se souvient.
L'hiver vient.
Deux phrases typiquement Stark (et nordiennes en générales) combinées en une, et si son souvenir était bon, la veuve Frey avait rapporté que c'était une jeune fille qui l'avait prononcée.
Une jeune fille habillée en homme, qui avait eu le visage de Walder Frey sur son propre visage encore quelques secondes avant.
L'entraînement fini, elle se dirigea vers Arya.
Il fallait qu'elle en ait le cœur net.
« Lady Arya, la salua-t-elle.
- Je vous ai déjà dit que je voulais être appelée seulement Arya, la reprit-elle avec un sourire mi-amusé, mi-ennuyé. Je ne suis pas une dame.
Et moi non plus, pensa Brienne.
- J'essaierai d'y penser la prochaine fois.
- Merci, Ser. »
Une vague d'émotion contradictoire traversa alors Brienne. De la surprise, mais aussi de la joie, car elle savait bien que jamais la noble ne l'appellerait ainsi pour se moquer d'elle.
« Je ne suis pas un chevalier, La... Arya, se reprit-elle.
La jeune femme haussa les épaules, comme si ce genre de détail technique ne l'intéressait pas plus que cela.
- Vous vous battez avec une épée, et vous refusez qu'on vous appelle ma dame... Fit-elle avec un pragmatisme déconcertant. Vous êtes un chevalier. »
Brienne s'autorisa alors à sourire.
C'était étrange, si étrange, de voir une personne reconnaître ses compétences et son statut, comme ça, aussi naturellement.
« Qu'y a-t-il ? Lui demanda-t-elle alors.
- Je voulais vous poser une question...
- Allez-y.
- Le massacre chez les Freys, c'était vous, n'est-ce pas ? »
Arya se figea, semblant comme interloquée que quelqu'un ait réussi à percer son secret aussi rapidement, puis, elle se mit à sourire, fièrement.
La jeune fille releva la tête.
« Oui, c'était moi, affirma-t-elle sans broncher. »
Brienne ne sut alors si elle devait être admirative ou effrayée de savoir qu'une gamine avait réussi à faire ce qu'elle n'avait jamais fait.
Elle avait tué Stannis, avait vengé la mort de Renly, mais jamais elle n'avait eu l'occasion de faire de même en ce qui concernait Lady Catelyn, et une part d'elle-même s'en était toujours voulue, elle s'était maintes fois reprochée de ne pas avoir pu se rendre aux Jumeaux et exécuter elle-même ce salopard de Walder Frey.
Oui, elle aurait aimé pouvoir lui planter son épée dans la gorge, et le regarder mourir, agoniser à ses pieds, en lui faisant bien comprendre que par son bras, Lady Catelyn Stark prenait sa revanche depuis l'au-delà, une revanche bien méritée.
Mais comment aurait-elle pu le faire, à elle seule contre eux tous ?
Arya l'avait devancée, et le fait qu'elle ait réussi à faire tout ça toute seule en disait long sur ses capacités.
Elle aurait dû avoir peur, probablement, mais après avoir entendu parler Sansa de ce qu'elle avait vécu à Port-Réal, puis aux mains de Ramsay, elle ne pouvait qu'imaginer que ce qu'avait vécu Arya était probablement aussi horrible.
Pas étonnant qu'elle ait voulu tout faire pour venger sa famille détruite...
Qu'elle y soit parvenue à la seule force de ses bras, ça c'était le plus étonnant.
Elle se sentait terriblement fière.
« Est-ce que vous avez quelque chose à dire à ce sujet Ser ? L'interrogea Arya, farouche.
- Non. À part que vous avez dû passer par bien des choses, pour aller jusqu'au château des Freys, puis pour revenir jusqu'ici après avoir vengé votre mère et votre frère. Vous êtes terriblement forte Arya. D'ailleurs, ajouta-t-elle, je suis certaine que votre mère est extrêmement fière de vous, de là où elle est. »
Pendant quelques fugitives secondes, le masque de froideur et de force qu'elle gardait en permanence sur le visage se fissura légèrement, et, en la voyant sourire, Brienne eut l'impression de revoir la jeune fille paisible et heureuse qu'elle devait être autrefois.
Toutes ces épreuves l'avaient faites grandir, c'est vrai, mais toute cette innocence perdue qui ne reviendrait jamais rendait Brienne terriblement triste.
« Merci Brienne. »
